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Lumière sur

Hôtel dit des Trois Maillets, actuellement immeuble (20 rue Sully)

Face sud, vue de sud-est.Face sud, vue de sud-est.HISTORIQUE

L’édifice est localement connu comme l’hôtellerie des Trois Maillets. Au 18e siècle il aurait appartenu aux sœurs de Nazareth avant d’être vendu comme bien national.

En 1648, l’aveu de la baronnie de Nogent comporte la déclaration des « maisons de lormarin et tenue des mailletz », en partie situées sur l’emplacement de l’édifice étudié1. Elles sont accolées à la tenue des bénédictines et sont occupées par Pasquiere Herin, veuve d’André Collas2 et ses enfants, ainsi que par Florent Buguet Le Vivier et Marguerite Fareau sa femme. Les propriétaires ne sont pas mentionnés.

La série B des archives départementales conserve plusieurs baux, saisies et quittances relatives à la maison, puis à l’hôtellerie des Trois Maillets3. La maison apparaît dans une quittance (1678-1704) relative à son acquisition par le prieuré de Nazareth4. Elle aurait ensuite été vendue au sieur Drouet en 17925 lors de la vente des biens du prieuré. Elle est alors composée de deux caves voûtées situées l’une sur l’autre, deux chambres basses à feu, deux chambres hautes aussi à feu, un cabinet, un grand grenier, une chambre froide sur une petite cour, une chambre haute à feu, deux petits cabinets et un grenier dessus. Un bâtiment « où était autrefois placé un pressoir » est disposé à la suite de la cour. Une seconde cour est dotée de deux petites écuries, de latrines, avec un grenier sur le tout. Enfin, une troisième cour, plus grande, est bordée de quatre petits bâtiments avec grenier au-dessus et une chambre froide bâtie sur des piliers.

L’édifice figure sur le cadastre de 1811, ses bâtiments sont articulés selon un plan en U autour d’une cour centrale. Un bâtiment perpendiculaire à l’aile en fond de cour vient prolonger l’ensemble, il donne également sur une petite cour. La maison des Trois Maillets aurait été divisée en deux lots situés au 20 et 22 rue de Sully après 1827.

Une photographie prise en 1980 montre la façade sud de l’édifice. Celle-ci est alors partagée en deux propriétés distinctes, l’une comporte deux travées, l’autre une, elles sont toutes deux dotées de trois niveaux d’élévation. Une seconde photo prise à la même époque montre plusieurs bâtiments en mauvais état côté cour.

L’édifice est rénové en 1991. La façade sud est intégralement reprise, une porte carrossable, une fenêtre et des soupiraux sont ajoutés, tandis que l’élévation est abaissée d’un niveau. Une photographie du démontage du deuxième étage du bâtiment 1, montre une charpente composée de fermes à pannes contreventées par une sous-faitière dotée de potelets. Une cloison en pan de bois est également visible sur la même photo. Elle est composée d’un assemblage formant un motif en losange. Côté nord, la porte piétonne du bâtiment 2 est reconstruite, tandis que les ouvertures du premier étage sont remontées pour celle la plus à l’ouest, ou ré-ouverte pour la fenêtre en plein-cintre la plus à l’est. Le cadastre actuel (1990) atteste de la destruction de l’ensemble des bâtiments situés au-delà de la cour.

DESCRIPTION

Situation

Plans de situation.Plans de situation.

L’édifice est implanté sur une parcelle en L, large de 11 m 60 pour 45 m de long, située au n°20 de la rue de Sully. Celle-ci prend place le long de la pente du plateau Saint-Jean, c’est la seule voie carrossable qui permet de relier directement le château Saint-Jean depuis la ville.

Il est composé de quatre bâtiments disposés selon un plan en L, prenant place entre la voie et une cour arrière. Il est situé juste en face du portail de l’Hôtel-Dieu et à l’ouest de l’entrée de l’ancien emplacement du prieuré de Nazareth.

Structure

Plans du rez-de-chaussée et de l'étage (Archives privées, 1991) - annotations (2016).Plans du rez-de-chaussée et de l'étage (Archives privées, 1991) - annotations (2016).Le bâtiment 1 est composé d’un plan rectangulaire ayant son grand côté sur rue. Son rez-de-chaussée est divisé en trois espaces par un couloir central permettant d’accéder à la cour depuis la rue. Les deux pièces ainsi ménagées de part et d’autre de ce dernier sont chauffées par des cheminées et éclairées depuis la rue. Le second bâtiment est disposé à la suite du premier, une partie de son rez-de-chaussée est occupée par le couloir central, il communique à la fois avec le bâtiment 1 et avec la cour sur laquelle il prend jour. Ses maçonneries sont plaquées contre les bâtiments 1 et 3.

Le bâtiment 4 se développe à la perpendiculaire du bâtiment 1, son unique volume est éclairé depuis la cour. L’angle entre les deux bâtiments est occupé par une tour dans-œuvre (bâtiment 3) dotée d’un escalier rampe sur rampe à volée droite et à quartier tournant6. Celui-ci dessert à la fois le premier niveau de cave, l’étage et le comble de l’édifice tandis que le rez-de-chaussée de la tour donne accès au bâtiment 4. L’escalier est éclairé par des petites fenêtres prenant jour sur la cour. Au niveau des caves, il est doté d’une niche quadrangulaire portant les traces d’un vantail.

Le premier niveau de cave est composé de deux salles couvertes de voûtes en berceau plein-cintre situées sous l’extrémité ouest du bâtiment 1 et sous le bâtiment 4. Elles prennent respectivement jour depuis la rue et depuis la cour par des soupiraux. Deux massifs de maçonnerie sont visibles sur le mur sud du bâtiment 1. Ce dernier dispose d’un second niveau de cave accessible par un escalier droit. A l’inverse de l’étage supérieur où les voûtes sont perpendiculaires à la rue, la voûte en berceau en plein-cintre est ici parallèle à la rue. Les murs des caves sont construits en moellons de calcaire et de silex. Les voûtes sont montées en pierre de taille calcaire rapidement dégrossie.

L’étage reprend la disposition déjà observée au rez-de-chaussée. On note toutefois la présence de nombreuses cloisons et l’absence de communication directe entre l’escalier situé dans le bâtiment 3 et les bâtiments 2 et 4, pourtant plaqués contre le premier. L’étage du bâtiment 2 est doté d’une galerie accessible depuis le bâtiment 1 et éclairée depuis la cour, elle est en partie assise sur le couloir central.

Élévations

Face sud, vue de sud-est.Face sud, vue de sud-est.Face nord, vue du nord.Face nord, vue du nord.

Côté rue, la façade (bâtiment 1) compte deux niveaux d’élévation pour trois travées prenant place sous un toit à deux pans couvert en tuile plate. Elle est construite en moellons de calcaire et de silex enduit. Les chaînes d’angles, les ouvertures et la corniche sont montées en pierre de taille de calcaire.

Le rez-de-chaussée est percé de gauche à droite par : une plate-bande dont le chambranle forme un bandeau, ses piédroits se poursuivent jusqu’au sol, une porte carrossable ménagée sous un arc en anse de panier, elle est surmontée d’une pierre sculptée de trois maillets, et deux soupiraux surmontés d’une fenêtre à plate-bande délardée. Le piédroit gauche de cette dernière est accosté par une baguette moulurée portant sur une colonnette polygonale. Plusieurs traces de reprises sont encore visibles sur le côté est de l’élévation.

L’étage est percé de trois fenêtres se superposant aux ouvertures du rez-de-chaussée. A l’ouest, les fenêtres sont dotées de plates-bandes, à l’est l’unique fenêtre est percée sous une plate-bande délardée. Le mur pignon ouest est couronné par un rampant à crossettes en pierre de taille. La crossette est liée à une corniche moulurée en doucine.

Côté cour, la façade du bâtiment 3 compte une travée pour trois niveaux d’élévation. Le rez-de-chaussée est percé d’une porte ménagée sous un arc légèrement surbaissé donnant sur l’escalier tandis que les deux autres niveaux sont éclairés par des fenêtres étroites prenant place sous des linteaux. La tour est couronnée par un toit en pavillon. Le rez-de-chaussée du bâtiment 2 est ouvert sur la cour par une porte carrossable ainsi qu’une porte piétonne. Elles sont toutes deux percées sous un arc légèrement surbaissé. La première donne sur le couloir central, la seconde sur l’intérieur du bâtiment 2, elle est associée à un jour sous linteau. L’étage du bâtiment 2 est éclairé par trois fenêtres, deux en plein-cintre et une plus étroite dotée d’un linteau droit.

La façade du bâtiment 4 possède deux niveaux d’élévation pour deux travées. Le rez-de-chaussée compte deux fenêtres, l’une dotée d’un linteau, l’autre d’une plate-bande. L’étage est uniquement percé par une croisée immédiatement insérée sous une corniche en quart-de-rond. L’ensemble est couvert par un toit en appentis.

CONCLUSION

Trois grands partis sont identifiables.

L’articulation de l’édifice autour d’une cour centrale associée à un passage carrossable permet de lui attribuer, malgré sa petite taille, une fonction d’hôtel particulier. Le couloir central devait permettre d’accéder à la cour depuis la rue. Celle-ci distribuait à son tour le rez-de-chaussée des bâtiments 1, 2, 3 et 4 tout en permettant d’accéder aux bâtiments situés plus au nord. La distribution verticale était assurée par l’escalier situé dans une tour dans-œuvre (bâtiment 3).

L’observation d’une tour de forme carrée, de portes piétonnes et carrossables ménagées sous des arcs surbaissés, et d’une galerie7 éclairée par des fenêtres en plein-cintre, invitent à dater l’édifice entre le deuxième quart et le quatrième quart du 16e siècle8. Le rampant, la crossette et le piédroit appartenant à une croisée visible sur la face sud n’ont pas été retenus pour dater le bâtiment 1, leur mise en place date des travaux réalisés en 1991.

Si l’on retient cette hypothèse, le logis devait être situé entre rue et cour, tandis que les communs devaient être rejetés dans les autres bâtiments plus au nord. Le rez-de-chaussée devait accueillir plusieurs salles et une cuisine. Celle-ci devait à la fois communiquer avec la cour, les caves (celliers) et les étages ; ceci laisse à penser qu’elle se trouvait dans la pièce la plus à l’est du bâtiment 1, le bâtiment 4 ne comportant pas de cheminée. L’étage devait accueillir plusieurs chambres (et garde-robes ?) chauffées et un cabinet, peut-être situés dans la « galerie ». Les combles des bâtiments 1 et 4 devaient être dédiés à des greniers.

La distribution semble être confirmée par l’acte de vente du prieuré de Nazareth (1792). Celui-ci restitue deux chambres à feu (bâtiment 1), une chambre froide sur la cour (bâtiment 4) au rez-de-chaussée, trois chambres à feu à l’étage (bâtiment 1 et 4) et un cabinet (2) et deux greniers (bâtiment 1 et 4), ce qui pourrait indiquer que l’hôtel était utilisé comme tel par une ou plusieurs sœurs de Nazareth.

Il n’a pas été possible de retrouver le propriétaire de l’édifice à cette époque. On peut tout au plus penser, qu’il était occupé par Florent Buguet Le Vivier et Marguerite Fareau en 16489.

L’absence de communication entre l’escalier (3) et le bâtiment 2 et le fait que les maçonneries de la galerie soient plaquées sur celles du bâtiment 3, et que les marqueurs retenus pour la datation soient essentiellement situés dans les bâtiments 2 et 3 posent la question de l’homogénéité de l’ensemble. Ainsi, il est possible que l’édifice ait été antérieurement doté d’un seul bâtiment sur rue flanqué par une tour d’escalier (dotée d’un escalier en vis ?), et peut-être par le bâtiment 4 dont l’implantation semble avoir présidé à l’emplacement des fenêtres de l’escalier, avant de connaître le développement sur cour qu’on lui connait actuellement (bâtiment 2).

L’hôtel est ensuite supplanté par deux maisons durant le 19e siècle. Le couloir carrossable est alors détruit côté sud, tandis que l’édifice est rehaussé d’un niveau. La séparation en deux édifices s’appuie sur le mur est du couloir carrossable. Chaque maison dispose alors de son propre accès sur rue et d’un système de distribution autonome.

Les deux maisons sont de nouveau réunies en un seul édifice en 1991. La façade sud est intégralement reprise, le passage carrossable est reconstruit. Côté cour, plusieurs ouvertures sont ré ouvertes et/ou modifiées10. Le cloisonnement interne (couloir y compris) est repris et le comble est rendu habitable de manière à ce que l’édifice puisse assurer une fonction d’immeuble. L’intégralité des bâtiments qui participaient à la formation d’un plan en U au nord de la cour (entrevu sur le cadastre ancien) et dont une partie était encore en élévation en 1980, sont détruits à ce jour.

1AN. Série P : article P898. Aveu et dénombrement de Nogent-le-Rotrou (1648). Fol 10 r°. Cf. annexes.2Plusieurs Collas sont mentionnés au 17e siècle : Pierre Collas, seigneur des Francs et Jean Collas, greffier du Grenier à sel de Bonneval. MERLET, Lucien. "Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, série E". Chartres : Impr. Garnier, 1884, p. 114 et 158.3MERLET, Lucien. "Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, série B". Chartres : Impr. Garnier, 1890. Sources originales : AD 28. Série B : 2141. "Bail de la maison des Trois Maillets (1676)" ; B 2166. "Bail de l’hôtellerie des Trois Maillets (1682)" ; B 2193. "Saisie de l’hôtellerie des Trois Maillets (1701)". 4MERLET, Lucien. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, archives ecclésiastiques, Série H. Chartres : Impr. Garnier, 1897 (réédition de 1978).5Le document (acte de vente) a été transcrit dans un dossier communiqué par le propriétaire, malheureusement la cote d’archive n’a pas été communiquée. Cf. annexes.6Le caractère inhabituel de l’escalier et les nombreuses reprises visibles à son contact amènent néanmoins à se demander s’il n’a pas été modifié en 1991.7Il s’agit ici d’une fausse galerie, la fonction de circulation n’ayant, jusqu’ici pas été démontrée.8L’utilisation d’une galerie éclairée par des fenêtres en plein-cintre au contact d’un escalier a été observée au 5 rue du Paty avec un escalier rampe sur rampe, et au 1 rue Giroust avec un escalier en vis à cage carrée. Ce dernier est également doté d’un passage carrossable percé sous un arc surbaissé. L’hôtel situé au 5 rue du Paty (dossier d’inventaire IA28000341) est daté entre le second quart du 16e siècle et le quatrième quart du 16e siècle, l’hôtel situé au 1 rue Giroust (dossier d’inventaire IA28000332) est daté du quatrième quart du 16e siècle.9Si l’on suit la logique de la déclaration de l’aveu de 1648, les maisons de Lormarin pourraient être occupées par Pasquiere Herin, veuve d’André Collas et ses enfants tandis que la tenue des Maillets aurait été occupée par Florent Buguet Le Vivier et Marguerite Fareau sa femme. L’hypothèse reste à prouver.10Comme c’est le cas pour le prieuré de Nazareth, la restauration effectuée dans les années 90 accentue la difficulté de lecture de l’édifice. Celle-ci est ainsi réalisée avec des éléments anciens (croisée, crossettes, rampants) qui participent à la confusion.
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