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L'inventaire général du patrimoine culturel recense, étudie et fait connaître le patrimoine architectural et mobilier de la région Centre-Val de Loire.
Bienvenue sur le nouveau portail qui vous permettra progressivement d’accéder aux dossiers documentaires constitués par l'inventaire du patrimoine Centre-Val de Loire. Le service patrimoine et inventaire de la Région recense, étudie et valorise tous types de patrimoine culturel, architectural et mobilier, sur les six départements du territoire. Cette mise en ligne de dossiers qui démarre au printemps 2016, vous présente l’étude sur les aménagements portuaires de la Loire, le diagnostic patrimonial sur la ville de La Riche, l’étude sur la Reconstruction de la ville de Blois ... L’objectif du service patrimoine et inventaire est de diffuser au fur et à mesure l’ensemble de ses études, et ce, de manière exhaustive au bénéfice de tous. Nous espérons que ce portail vous donnera l’occasion de belles découvertes.

Actualités de la recherche :
   - Les aménagements portuaires de la Loire
   - Le diagnostic patrimonial de la commune de La Riche
 
Lumière sur

Secteur urbain concerté du Sanitas

Important carrefour des voies de communication routières et ferroviaires, la ville de Tours fut lourdement frappée, en 1943 et 1944 par les bombardements aériens des forces alliées, après avoir déjà subi d'importants dégâts au moment de l'invasion allemande de 1940. Les installations de l'arrière-gare de Tours, ainsi que la zone industrielle entourant cette dernière, furent totalement détruites à la Libération. Ces immenses emprises, entourées par des zones d'habitation, formaient une enclave dans le tissu urbain tourangeau. Le déplacement de la gare, dont la position en cul-de-sac pénalise la circulation ferroviaire, était alors envisagé de longue date. Il avait ainsi été inscrit au titre du Plan d'Aménagement, d'Extension et d'Embellissement (PAEE) de 1933, étudié par l'urbaniste Alfred Agache. Le coût rédhibitoire de l'opération, malgré les recettes provenant du lotissement des emprises ferroviaires, avait repoussé sine die sa réalisation.

Plan général de situation.Plan général de situation.

1 - Le Sanitas : du Plan de Reconstruction et d'aménagement (PRA) à la politique des secteurs industrialisés

Les destructions de la Seconde Guerre mondiale firent brutalement rejaillir cette problématique. Jean Dorian, urbaniste chargé du plan de reconstruction de la ville de Tours après la Libération, reprit les principes d'Agache et traça les plans d'un nouveau quartier en lieu et place des emprises ferroviaires. Il s'organisait autour de deux axes, l'un Nord-Sud, partant de la place de l'ancienne gare et la reliant à la nouvelle, et l'autre Est-Ouest, allant de la place de la Liberté à Saint-Pierre-des-Corps. Le refus des commerçants du centre-ville de voir la gare déplacée gela une fois de plus le projet. Les installations de la SNCF non indispensables à l'activité de la gare (dépôts, halles d'entretien des machines, etc) et la zone industrielle furent toutefois progressivement déménagées au sud de Saint-Pierre-des-Corps, rendant disponibles, à partir du milieu des années 1950, plusieurs dizaines d'hectares pour la construction de logements. Enserrée entre la Loire et le Cher, la ville de Tours faisait alors face à un grave manque de terrains constructibles pour son Office d'habitations à loyers modérés, alors même que le nombre de demandes de logements en instance atteignait plusieurs milliers.

Vue du site de construction du secteur industrialisé - 1954. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série Fi, cote 102Fi22).Vue du site de construction du secteur industrialisé - 1954. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série Fi, cote 102Fi22).

Parallèlement, l’État lançait en 1951 le programme national des secteurs industrialisés. A vocation expérimentale, celui-ci visait à lancer des opérations immobilières de grande ampleur (plus de 600 logements et les équipements collectifs correspondants). Celles-ci devaient permettre des économies d'échelle et un abaissement du coût de la construction grâce à une industrialisation accrue des modalités de construction, passant notamment par la préfabrication d'éléments de second œuvre et de gros-œuvre. La ville de Tours fut ainsi sélectionnée par Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement, pour prendre part à cette opération pilote après que ce dernier ait reporté sine die le projet de gare unique lors d'une visite en novembre 1953. Dans le cadre du dispositif des secteurs industrialisés, l’État accorda donc à la Ville de Tours des crédits correspondant à la construction de 600 logements et aux frais d'études pour la conception du nouveau quartier. En contrepartie, il proposa le nom de l'homme de l'art chargé de l'opération.

Jacques Henri-Labourdette, jeune architecte parisien, fut ainsi chargé en juillet 1954 de reprendre l'étude d'urbanisme de Jean Dorian destinée à la réalisation d'un nouveau quartier d'habitation ; le déplacement de la gare restait en outre envisagé à long terme. Ayant progressivement perdu, sous Jean Dorian, les caractéristiques de la cité-jardin, ce nouveau quartier devait, pour Labourdette, constituer le premier grand ensemble de l'agglomération tourangelle. Réalisé dans le cadre de la politique nationale des secteurs industrialisés, il intégrait donc une logique d'expérimentation, sur une échelle de plusieurs milliers de logements, de différentes techniques constructives et de différents matériaux.

2 - Les différentes tranches de construction du Sanitas1

Date d'achèvement de construction des immeubles d'habitationDate d'achèvement de construction des immeubles d'habitationMarquées par de nombreuses polémiques et par un problème récurrent de respect des prix-plafonds imposés par l’État, les études pour une première tranche de 811 logements aboutirent au printemps 1956. Des difficultés d'adjudication repoussèrent le début des travaux au mois de février 1958, les premiers immeubles étant habités à l'hiver suivant. Encouragée par la rapidité de la construction, la municipalité de Marcel Tribut lança une deuxième tranche de 1 279 logements. Cette dernière s'inscrivait dans la continuité esthétique et géographique de la première.

L'élection de Jean Royer à la tête de la mairie de Tours, en mars 1959, marqua l'abandon du projet de déplacement de la gare, diminuant de près de moitié la surface initialement allouée au secteur industrialisé. Le nouveau maire impulsa toutefois une politique de récupération de la plus grande superficie possible des emprises ferroviaires, lançant dès l'automne 1959 une nouvelle opération de 400 logements, la Rotonde, achevée seulement deux ans plus tard. Le secteur industrialisé, rebaptisé quartier du Sanitas par Jean Royer, fut quant à lui poursuivi sur un rythme de construction plus restreint : près de 800 logements furent réalisés dans le cadre de la troisième et de la quatrième tranche, entre 1963 et 1969. La pierre de taille et la distribution des logements par coursives, caractéristiques des deux premières tranches, furent à cette occasion remplacées par des menuiseries en bois verni et de vastes panneaux de grès cérame posés sur une structure en béton armé, moins coûteuse à réaliser.

Épilogue de la construction du Sanitas, la réalisation de l'opération Pasteur, à la pointe sud du quartier, consacra le retour à une plus petite échelle des bâtiments et de la voirie, et à une approche plus traditionnelle de la rue. Largement plus coûteuse que les autres grands ensembles réalisés dans l'agglomération, l'opération fut stoppée aux deux tiers de sa réalisation, en 1971.

3 - Le Sanitas aujourd'hui

Situé à moins d'un kilomètre de la place Jean-Jaurès, centre névralgique de la ville de Tours, le quartier du Sanitas constitue un exemple singulier de grand ensemble en centre-ville. Comprenant environ 3 500 logements, il s'étend sur une quarantaine d'hectares au Sud-Est de la gare de Tours, en bordure des voies ferrées y menant. Il est cerné sur chacun de ses côtés par un tissu urbain plus ancien, allant du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle.

Les voies de desserte

Plan général du réseau de voirie.Plan général du réseau de voirie.Le grand ensemble est desservi par deux grands axes routiers constituant un repère orthonormé sur lequel aboutissent chacune des voies secondaires desservant l'intérieur du quartier. Le raccord du Sanitas à ses franges est toutefois particulièrement irrégulier. L'axe Est-Ouest, formé par l'avenue du Général-de-Gaulle, débouche ainsi de chaque côté sur des voies à grande circulation permettant un accès rapide aux autres quartiers de la ville. A l'inverse, l'axe Nord-Sud, formé notamment par le boulevard de Lattre-de-Tassigny, butte sur son côté Nord sur un tissu urbain ancien, à la voirie sous-dimensionnée. Au Sud et surtout à l'Est, les voies ferrées enserrant le quartier limitent le nombre de franchissement, formant des barrières imperméables pour la circulation. La liaison avec les quartiers Est de la ville de Tours est particulièrement délicate, seule une passerelle piétonne passant au-dessus des voies ferrées s'ajoute à l'avenue du Général-de-Gaulle. En dépit de sa position centrale, le quartier du Sanitas souffre ainsi d'un relatif enclavement, n'étant que partiellement raccordé aux grandes voies de circulation et ne bénéficiant d'aucun accès direct à grand gabarit vers la place de la Gare.

A l'origine fortement hiérarchisé, le réseau de voirie tend aujourd'hui vers la mixité des fonctions, les voitures pouvant emprunter la quasi-totalité du réseau de voies de desserte des immeubles, initialement réservées aux piétons et aux cycles. Les espaces de stationnement, d'abord regroupés en de vastes parkings, tendent à se disséminer le long des voies de circulation, rappelant l'organisation des rues traditionnelles.

La dénomination des voies emprunte aux principaux sites touristiques de la Touraine (allée de Montrésor, allée de Cangé, allée de la Bourdaisière, etc.), à ses personnalités du monde littéraire et artistique (Camille-Lefèvre, Jacques-Marie Rougé). Les deux axes principaux sont eux nommés suivant deux figures historiques ayant inspiré le maire Jean Royer : le général de Gaulle et le maréchal de Lattre-de-Tassigny. Les voies de desserte internes à l'opération de la Rotonde font elles enfin référence au milieu de l'aviation (rue Georges-Guynemer, rue Jean-Mermoz, mail du Petit-Prince), une partie de ses 400 logements étant initialement réservée au personnel de l'Armée de l'Air rapatrié de la base de Meknès, au Maroc.

Les espaces publics

La quasi-totalité des immeubles étant géré par un même bailleur social, l'OPAC (Office public d'aménagement et de construction de Tours) de la ville de Tours, les espaces interstitiels sont tous considérés comme des espaces publics, aucune grille ou clôture ne venant délimiter d'espaces privatifs. Souvent phagocytés par les stationnements - autorisés ou non - les espaces verts sont peu nombreux, et se résument parfois au comblement d'espaces laissés vacants entre les voies ferrées d'une part, et l'espace organisé d'autre part. Le jardin de la place Meffre, d'une superficie d'un hectare, constitue la seule réelle exception ; sa position excentrée, au Sud du quartier, limite toutefois son accessibilité pour les habitants.

Les immeubles : gabarits, matériaux, formes

La composition urbaine du grand ensemble ne diffère guère des grandes opérations de logements collectifs réalisés à la même période : tous les immeubles prennent la forme de tours ou de bâtiments en bande alignés le long des voies de circulation. Les hauteurs rencontrées - cinq, sept, onze et seize niveaux - sont elles aussi courantes. L'architecture des immeubles se distingue toutefois par la qualité des matériaux employés (pierre de taille porteuse pour les deux premières tranches, grès cérame pour les deux suivantes) et par la lisibilité de l'ossature porteuse. Le faible nombre de types de percements (loggias, balcons, baies ouvrantes) n'exclut également pas la recherche de variations dans le rythme des façades, celles-ci faisant l'objet de compositions subtiles établies selon l'orientation du bâtiment. La distribution de certains bâtiments par des coursives constitue la seule originalité notable dans l'agencement intérieur, les logements étant sinon soumis aux normes HLM et ECONOR (Logements Économiques Normalisés) en vigueur au moment de leur construction.

Hauteur des immeubles d'habitationHauteur des immeubles d'habitation

Montrant, après une trentaine d'années, des signes évidents de vieillissement, la totalité des bâtiments du Sanitas fut rénovée au cours de la décennie 1990, dans le cadre du Développement Social de Quartier (DSQ). Certains d'entre eux firent l'objet de travaux de surélévation, les terrasses étant remplacées par des toits à double pente à couverture d'ardoise. Jugée peu concluante par la nouvelle municipalité de Jean Germain, élu en 1995, cette expérience ne fut pas étendue. Après une seconde campagne de rénovation, débutée en 2005 dans le cadre des conventions passées avec l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), l'effort porte désormais sur le désenclavement du grand ensemble. La réalisation de la première ligne du tramway (2013) de l'agglomération tourangelle, qui emprunte les deux axes principaux du Sanitas, doit participer à l'ouverture sur le reste de la ville de ce grand ensemble en milieu urbain.

1L'attention du lecteur est attirée sur la datation des différentes réalisations : contrairement à l'usage, les dates indiquées correspondent à l'achèvement des bâtiments, celles de mise en chantier n'ayant pu être déterminées avec la même précision.
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