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Lumière sur

Chapelle Saint-Jacques dite de l'aumône ou de la Maison-Dieu, église paroissiale Notre-Dame

Historique

La chapelle Saint-Jacques

L’Hôtel-Dieu de Nogent-le-Rotrou est fondé entre 1182 et 11901 par Rotrou IV (1144-1191), comte du Perche et seigneur de Nogent-Le-Rotrou. La chapelle2 de l’hôtel-Dieu est mentionnée pour la première fois en 1200 (terminus ante quem) dans une charte du cartulaire du prieuré de Saint-Denis3. Sa date d’édification est donc comprise entre 1182 et 1200. Afin d'éviter toute concurrence, la chapelle est admise par les moines de Saint-Denis dès lors qu’elle ne possède qu’un autel et une seule cloche dont le clocher ne doit dépasser que de peu la hauteur du toit. S’il n’existe aujourd’hui aucune trace de l’ancien clocher de la chapelle, il figure sur la vue de Villebon4 représentant Nogent-le-Rotrou au 17e siècle. Le vocable de Saint-Jacques n’apparaît dans les textes qu'à partir de 15765.

Contrairement à ce qui est dit par les historiens du du 19e siècle6, puis repris dans des publications plus récentes, les bas-côtés de l’édifice ne datent pas du 19e siècle. Une première mention de 1654 fait état d'un bas-côté destiné à l’accueil des malades et des élèves du collège de l'hôtel-Dieu fondé la même année :"il fut décidé alors que l'on prendrait le bas-côté, à droite en entrant, de la chapelle ayant son entrée principale sur la rue Dorée [sur l'origine de laquelle il n'y a pas non plus de renseignements], que les classes seraient établies au rez-de-chaussée et les malades au 1er étage"7. Une seconde mention datant de 1744 fait état de l'acquisition de "l'aile gauche de la chapelle Saint-Jacques [qui] est utilisée comme prison par le comte de Béthune". Le cadastre ancien8, ainsi qu’une aquarelle antérieure à 18509, viennent confirmer l'hypothèse de collatéraux à un seul niveau d’élévation antérieurs au 19e siècle.

L'église Notre-Dame

L'érection de la chapelle en église paroissiale en 1802 entraîne une réfection globale de l'édifice. La fabrique de Notre-Dame fait l'acquisition entre 1802 et 1823 auprès de l'Hôtel-Dieu des parcelles correspondant aux bas-côtés nord et sud. Les collatéraux sont occupés au nord par des échoppes et le corps de garde de la milice10 et au sud par des échoppes dont la nature des produits vendus est indéterminée11. Les collatéraux sont alors restructurés, exception faite du premier niveau d'élévation. Les travaux reprennent en 1838, avec la construction des voûtes en plâtre de la nef qui masquent actuellement les voûtes lambrissées conservées au niveau du comble12.

La nef de l’église Notre-Dame est classée Monument historique depuis le 13 avril 1907.

Description

Situation et matériaux de construction

Nef, vue du nord-ouest.Nef, vue du nord-ouest.L’église est accessible depuis le numéro 2 de la rue Gouverneur dont elle fait l’angle avec la rue de Sully. Elle se développe selon une structure basilicale à chevet plat. L’emprise de l’édifice au sol est de 36 m de long pour 20 m de large (murs compris).

Elle est en majeure partie construite de moellons recouverts d’enduit à l’exception de sa face ouest, où le mur du vaisseau central et de ses bas-côtés (en partie basse) est constitué d’un moyen appareil de pierre de Nogent. L’ensemble des couvertures est réalisé en ardoise.

Plan

Plan de distribution (1993).Plan de distribution (1993).

La nef est accessible dans son vaisseau central depuis des degrés donnant sur la rue Gouverneur. Ce dernier s'étend sur trois travées de longueurs inégales, de plan barlong dans le vaisseau central et rectangulaire dans les bas-côtés. Les collatéraux sont prolongés par deux chapelles orientées rectangulaires. Le chœur est composé de deux travées carrées accessibles depuis la nef par trois marches donnant sur le vaisseau central. La sacristie prend place à l’est du chevet.

Élévation

Nef, élévation intérieure, vue de l'ouest.Nef, élévation intérieure, vue de l'ouest.Vaisseau central, coupe transversale et longitudinale (2015).Vaisseau central, coupe transversale et longitudinale (2015).Vaisseau central, combles, vue en direction de l'est.Vaisseau central, combles, vue en direction de l'est.Nef, voûtes en plâtre et voûte lambrissée.Nef, voûtes en plâtre et voûte lambrissée.

Le vaisseau central s’ouvre sur les bas-côtés par des arcs brisés à double rouleaux reposant sur des piliers composés, dont les corbeilles des chapiteaux sont laissées nues. Il est couvert d'une voûte d'ogives quadripartite (brique et plâtre) redoublée au niveau du comble par une voûte lambrissée en plein cintre et une charpente à chevrons formant fermes non contreventée. Celle-ci est assemblée à l’aide de queues d’arondes, de mi-bois et tenons et mortaises tous trois chevillés. Les combles de l’église conservent une partie du mur pignon est du vaisseau central. Ce dernier, construit en bois et torchis conserve une "rose" éclairant primitivement la nef avant la mise en place de ses voûtes.

Bas-côté sud, élévation intérieure, vue de l'est.Bas-côté sud, élévation intérieure, vue de l'est. Bas-côté sud, charpente lambrissée, comble. Bas-côté sud, charpente lambrissée, comble.Bas-côté sud, voûte d'ogives.Bas-côté sud, voûte d'ogives.

Les collatéraux sont éclairés au nord et au sud par des fenêtres à remplages dont le réseau est composé (entre autres) de lancettes en accolades trilobées et d'écoinçons ajourés. Le bas-côté nord s’ouvre sur la rue de Sully dans sa première travée par une porte ménagée sous un arc en accolade. Au sud, le bas-côté s'ouvre par trois portes (dont deux bouchées) en direction de la cour du presbytère. Les collatéraux sont couverts par des voûtes d'ogives quadripartites (brique et plâtre) prenant place sous des voûtes brisées et lambrissées. A la différence de la charpente du vaisseau central, celles des bas-côtés sont indépendantes des voûtes lambrissées.

Nef, élévation extérieure, vue de l'ouest.Nef, élévation extérieure, vue de l'ouest.Détail du portail, piédroit nord.Détail du portail, piédroit nord.Détail du portail, piédroit sud.Détail du portail, piédroit sud.

L’élévation de la façade ouest est composée de deux niveaux assis sur un soubassement à l'empattement taluté. La travée centrale est encadrée par deux contreforts dont les retraits forment un glacis. Les maçonneries de moyen appareil des bas-côtés, plusieurs fois modifiées en partie basse, laissent place à un enduit puis à un moyen appareil de pierre grise en partie haute.

Le premier niveau est percé par des fenêtres en arcs brisés à double rouleaux dans les travées latérales, et animés de niches à dais trilobé encadrant le portail dans la travée centrale. L’ébrasement de ce dernier est sculpté de colonnes dont les chapiteaux portent un monstre ailé à tête humaine sur une corbeille cubique au nord, et des crochets sur des corbeilles coniques au sud. La porte est ménagée sous un arc déprimé. Elle est surmontée par un tympan nu, prenant place sous un arc brisé outrepassé à trois voussures et sculpté d’un motif de dent de loup et de losange.

Le second niveau d’élévation est éclairé par trois fenêtres percées sous des arcs brisés à double rouleaux surmonté d’une archivolte et par des quatre-feuilles dans les bas-côtés. Ceux-ci donnant au-dessus des voûtes des collatéraux, ils sont invisibles depuis la nef. Les murs gouttereaux du vaisseau central portent une corniche dans les combles des actuels bas-côtés. Le couvrement actuel de ces derniers n’est donc pas contemporain du couronnement du vaisseau central.

Choeur, élévation intérieure, vue de l'ouest.Choeur, élévation intérieure, vue de l'ouest.Détail, colonnes et chapiteaux à crochets, choeur.Détail, colonnes et chapiteaux à crochets, choeur.Détail de la clef de voûte de la première travée du choeur.Détail de la clef de voûte de la première travée du choeur.Détail de la clef de voûte de la seconde travée du choeur.Détail de la clef de voûte de la seconde travée du choeur.

Le chœur est surmonté de voûtes d'ogives sexpartites, dont les clefs sont sculptées à l’est, par un groupe de personnages en position hiératique composé de trois hommes, d’un ange et d’un mouton, et à l’est par un visage féminin redoublé d’un second visage à la face monstrueuse. La première représentation est identifiée comme le sacrifice d’Abraham. Les nervures des voûtes moulurées d’un tore reposent sur des chapiteaux à crochets. Le chœur prend jour par des fenêtres percées sous des arcs brisés à double rouleaux. A l’est, leur rythme ternaire répond à celui du pignon du vaisseau central.

Conclusion

Le chœur

Les voûtes d'ogives sexpartites, l’absence d’arcs formerets, les fenêtres étroites percées sous des arcs brisés et les clefs de voûtes historiées observées dans le chœur contrastent avec les chapiteaux à crochets indiquant une période de transition entre la fin du 12e et le début du 13e siècle. Au regard de la datation, il est possible d'identifier le chœur actuel de l'église avec la chapelle de l'Hôtel-Dieu, attestée par les textes à partir de 1200.

La nef

Les arcs brisés outrepassés, les décors géométriques, ainsi que les chapiteaux historiés et à crochets du portail occidental d’une part, associés à une voûte lambrissée en plein cintre et à une charpente à chevrons formant fermes non contreventée d’autre part, permettent d'avancer pour le vaisseau central, une datation comprise entre le dernier quart du 12e et la première partie du 13e siècle. L'utilisation de chapiteaux à abaques circulaires est un indicateur d'une influence normande13, où ils sont généralement associés à la première moitié du 13e siècle. L'hypothèse a pu être vérifiée en 2016 par datation des bois (dendrochronologie) de la charpente de la nef. "Les 19 pièces échantillonnées [...] ont toutes été datées. Elles permettent d'identifier une seule et même phase d'abattage, liée à la mise en œuvre, située entre 1211 et 1218d"14. La construction du vaisseau central est donc postérieure d'une vingtaine, voire d'une trentaine d'années à la chapelle de l’Hôtel-Dieu édifiée entre 1192 et 1200.

Les maçonneries du mur pignon de la nef comportent trop de reprises pour qu’il soit possible d’affirmer la contemporanéité du vaisseau central et de ses collatéraux. Néanmoins les baies percées sous des arcs brisés à double rouleaux et les voûtes brisées lambrissées au niveau des combles n’interdisent pas, en ce qui concerne les parties basses, d’en émettre l’hypothèse.

En partie haute, l’utilisation de moellons recouverts d’enduit associés à un moyen appareil de pierre grise et une corniche conservée dans le comble, laissent à penser à une campagne de construction postérieure. L’hypothèse est confirmée par une peinture figurant l’église Notre-Dame avant l’exhaussement de ses bas-côtés, ceux-ci étant alors couverts par le prolongement des pans du toit du vaisseau central. L’opération est à rapprocher des travaux effectués lors de l’érection de la chapelle en église paroissiale au début du 19e siècle.

Notre-Dame (avant 1850).Notre-Dame (avant 1850).

Les piles de la nef sont liées à la construction des voûtes d'ogives de la nef. Celles-ci sont plaquées sur les murs de l’édifice et viennent masquer des dispositifs de couvrements antérieurs. Les matériaux, la brique notamment, et leurs modes de mise en œuvre permettent de dater leur construction au 19e siècle. L’hypothèse est confirmée par Joseph Fret qui date l’édification des voûtes en 1838.

Si l'on retient l'hypothèse exposée plus haut, la chapelle aurait été composée dès 1200 d'un vaisseau unique de deux travées et d'une abside voutée en pierre. Elle aurait ensuite été agrandie durant le premier quart du 13e siècle de trois travées ajoutées à l'ouest sous une charpente lambrissée, peut-être associées dès l’origine à des bas-côtés à un seul niveau d'élévation. Les éléments stylistiques postérieurs au 13 e siècle sont issus de campagnes de constructions postérieures ; à l’image du tympan du portail d’entrée et des fenêtres à remplages des bas-côtés datant de la fin du 15e siècle ou du voûtement de la nef datant du 19e siècle.

1PROUST. Stanislas. Inventaire sommaire des Archives des hospices de Nogent-le-Rotrou depuis leur fondation jusqu'à 1790. Nogent-le-Rotrou. 1889. Source originale : Archives municipales de Nogent-le-Rotrou. Hôtel-Dieu A1-A4.2capella3DE SOUANCÉ. Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789, Vannes, 1895. Charte 108.4Fresque de Villebon. copie. Château Musée Saint-Jean.5MERLET, Lucien. Inventaire sommaire des archives départementales d'Eure-et-Loir. Série B. Chartres. 1890. Source originale : AD 28 série B 2502.6FRET, Joseph. Antiquités et chronique Percheronne, Mortagne, tome III. 1840. p.195.7PROUST. Stanislas. Inventaire sommaire des Archives des hospices de Nogent-le-Rotrou depuis leur fondation jusqu'à 1790. Nogent-le-Rotrou. 1889. P. 29. Source originale : Archives. Municipales de Nogent-le-Rotrou. Hôtel-Dieu, B s.2. Bâtiment de l'Hôtel-Dieu.8Archives municipales de Nogent-le-Rotrou. Cadastre ancien. Feuille A2 (1811).9Archives municipales de Nogent-le-Rotrou. Cadastre ancien. Feuille A2 (1811).10GOUVERNEUR, Aristide, DAUPELEY, Gustave. Documents sur Nogent-le-Rotrou. Nogent-le-Rotrou. 1996. p 29-42.11Le Nogentais, le 6 septembre 1868.12FRET, Joseph. Antiquités et chronique Percheronne, Mortagne, tome III. 1840. p.195.13A l'image de la cathèdrale de Coutance.14LE DIGOL, Yannick, COUTURIER, Yann, MARAIS, Axel. Rapport d’étude dendrochronologique, Église Notre-Dame, Nogent-le-Rotrou (28280), Eure-et-Loir. Dendrotech. Décembre 2016, p.1 - N° DT-2016-053. URL : http://www.dendrotech.fr/fr/Ressources/Rapports/NogentLeRotrou_EgliseNotreDame.pdf.
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