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L'inventaire général du patrimoine culturel recense, étudie et fait connaître le patrimoine architectural et mobilier de la région Centre-Val de Loire.
Bienvenue sur le nouveau portail qui vous permettra progressivement d’accéder aux dossiers documentaires constitués par l'inventaire du patrimoine Centre-Val de Loire. Le service patrimoine et inventaire de la Région recense, étudie et valorise tous types de patrimoine culturel, architectural et mobilier, sur les six départements du territoire. Cette mise en ligne de dossiers qui démarre au printemps 2016, vous présente l’étude sur les aménagements portuaires de la Loire, le diagnostic patrimonial sur la ville de La Riche, l’étude sur la Reconstruction de la ville de Blois ... L’objectif du service patrimoine et inventaire est de diffuser au fur et à mesure l’ensemble de ses études, et ce, de manière exhaustive au bénéfice de tous. Nous espérons que ce portail vous donnera l’occasion de belles découvertes.

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Lumière sur

Bibliothèque municipale

Histoire d'une genèse

Après les destructions de juin 1940, le bibliothécaire en chef Georges Collon, qui souhaite un rétablissement rapide de l'institution, rédige dès le mois d'août un "premier programme de reprise de la lecture publique". Collon entreprend parallèlement la reconstitution des fonds et se lance dans la recherche d'un emplacement propice à la reconstruction de l'établissement. A la fin novembre 1940, convaincu que la future bibliothèque nécessite une installation en sous-sol afin d'assurer la protection de ses collections, il esquisse trois projets de reconstruction souterraine. Ces premières études sont suivies par l'examen de plusieurs sites et en janvier 1942, Collon propose d'élever la bibliothèque dans un angle du jardin du musée des beaux-arts, un terrain qu'il n'aura de cesse de défendre. Séduite par le projet, la municipalité donne son accord en avril 1942 en espérant une construction rapide de l'édifice. Mais la Commission supérieure des Sites décide dès le mois suivant de classer le jardin, marquant sa vive opposition au projet du bibliothécaire.

La seconde vague de destructions qui frappe la ville en 1943 et 1944 conduit les autorités locales et nationales à réévaluer l'ensemble du plan d'aménagement et de reconstruction du quartier nord. Début 1948, à la suite de la visite d'un inspecteur général des bibliothèques, la bibliothèque de Tours est inscrite sur la liste des édifices publics à reconstruire en priorité et l’État fait savoir qu'il accordera en ce sens une importante subvention. Chargée d'examiner plus d'une vingtaine de sites disponibles, une commission municipale s'accorde à l'avis de la direction des bibliothèques de France qui préconise une étude comparative plus poussée de deux terrains. Les architectes Charles et Jean Dorian sont ainsi désignés pour établir les plans de la future bibliothèque d'une part sur le site du Champ-Girault, et d'autre part sur l'emplacement primitivement retenu dans le jardin du musée.

Le premier site, à proximité de la gare, offre la possibilité de construire un édifice de style moderne bénéficiant d'une réserve de terrain importante. Sa réalisation est cependant conditionnée par le déplacement de la gare, qui n'est pas envisageable dans l'immédiat. La terrasse du jardin du musée, déjà plébiscitée par Georges Collon et la municipalité, s'avère plus propice à l'édification d'un bâtiment de style classique, en accord avec les constructions anciennes environnantes. Ce terrain, qui présente néanmoins des capacités d'extension très limitées, fait l'objet de trois études de septembre à décembre 1949. L'approbation de la dernière étude par la municipalité entraîne un nouveau blocage de la Commission supérieure des Sites qui refuse de déclasser le jardin du musée, malgré l'insistance de la Ville.

2e projet Anatole-France : élévation de la façade sur Loire, P. Patout, Ch. et J. Dorian arch., mars 1951. (archives municipales de Tours, 472 W 1, projet Anatole-France).2e projet Anatole-France : élévation de la façade sur Loire, P. Patout, Ch. et J. Dorian arch., mars 1951. (archives municipales de Tours, 472 W 1, projet Anatole-France).

Après adoption par la municipalité en juillet 1950 de l'installation de la bibliothèque au sein de l'un des deux blocs monumentaux prévus sur la place Anatole-France, Georges Collon se montre extrêmement réservé quant à l'allure générale du bloc qui selon lui ne convient pas à une bibliothèque. Il rappelle qu'initialement le pavillon n'a pas été conçu pour cet usage, et estime que la disposition symétrique des deux monuments de l'entrée nord fait primer l'aspect architectural sur un aménagement fonctionnel de l'édifice. Garant du programme d'aménagement de la future bibliothèque, Collon s'attache de 1950 à 1952 à retoucher chacun des projets proposés par les trois architectes. L'architecture du bâtiment, imaginé au départ comme un simple volume cubique, évolue significativement en mars 1951. Patout et les frères Dorian juxtaposent au bloc initial un corps de bâtiment rectangulaire, l'ensemble évoquant la silhouette en arrière-plan de l'église Saint-Julien. En juin 1951, de nouveaux plans renient cette composition et font apparaître deux ailes basses servant de socle à un corps central de forme carrée. Ce principe établi, les architectes poursuivent l'aménagement intérieur du bâtiment au gré des recommandations de la direction des bibliothèques et de Georges Collon. Alors que la réalisation du gros-œuvre débute en juin 1953, Collon, promu à la direction de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, est remplacé par René Fillet en septembre 1953. Arrivant au cours du chantier, le nouveau bibliothécaire propose quelques modifications, telles que la réorganisation de la salle de prêt au rez-de-chaussée et la création d'une discothèque au quatrième étage.

Un édifice monumental

La bibliothèque municipale se dresse au nord-est de la place Anatole-France, sur une bande de terrain délimitée par le bord de Loire et l'avenue André-Malraux, anciennement quai d'Orléans. Édifiée isolément sur l'assiette nord de la place, positionnée en tête de pont, la bibliothèque est un édifice emblématique de l'entrée de ville monumentale reconstruite.

Vue générale depuis le pont Wilson, août 1965. (ministère de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, Fonds M.R.U., cliché n°42878-1).Vue générale depuis le pont Wilson, août 1965. (ministère de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, Fonds M.R.U., cliché n°42878-1).

L'édifice présente un corps central de plan carré de 32 mètres de large élevé sur 30 mètres de haut, flanqué de deux ailes basses couvertes en terrasse et percées d'oculi. Il comprend deux étages de sous-sol, un rez-de-chaussée entresolé et cinq étages carrés, qui alternent salles de lectures, bureaux et réserves de livres. Des poteaux en béton armé constituent l'ossature portante et le remplissage des façades est assuré par une maçonnerie de moellons, que recouvre à l'extérieur un plaquis de pierre calcaire. De grandes baies disposées en bandeaux verticaux éclairent les niveaux supérieurs du corps central, donnant l'illusion d'un ordre colossal appliqué sur toutes les façades. Un grand escalier d'apparat en pierre monumentalise la façade principale tournée vers la ville : il mène à une double porte ornée d'une série de médaillons sculptés en laiton et sertis dans un châssis métallique qui est surmontée par l'inscription "Bibliothèque municipale" en lettres de laiton.

Compte tenu de la proximité de la Loire et de la nature meuble du terrain, la bibliothèque a été construite sur de solides fondations formées de 250 pieux de béton enfoncés à dix mètres sous terre. Un cuvelage étanche de cinquante centimètres enveloppe les deux étages de sous-sol où se logent des magasins, des locaux de service et la salle du Trésor. Alimentée par un système d'air conditionné, cette pièce aveugle est destinée à la conservation et l'exposition des manuscrits les plus anciens. L'accès au Trésor s'effectue depuis le hall du rez-de-chaussée par un escalier dallé de pierre, formé d'une volée centrale et d'une volée double à montées parallèles. Les deux rampes de la volée centrale sont ornées de cercles en ferronnerie, un motif géométrique repris sur la grande grille qui contrôle l'accès à la salle souterraine.

Escalier menant à la salle du Trésor au premier sous-sol.Escalier menant à la salle du Trésor au premier sous-sol.

Au rez-de-chaussée auquel on accède par deux sas d'entrée disposés en retrait de part et d'autre de l'escalier extérieur, se trouve un grand hall d'accueil distribuant la salle de prêt qui occupe la quasi totalité de l'aile ouest et la section Jeunesse installée dans la partie nord au sein d'un avant-corps central qui s'avance vers le fleuve. L'aile est abrite des ateliers de reliure et de reprographie, des bureaux et des réserves ainsi qu'un grand garage, un logement pour le concierge et une salle du personnel.

Deux volées d'escalier partant du rez-de-chaussée rejoignent le hall du premier étage. Cet espace aux imposantes dimensions - 11 mètres de haut, 17 mètres de large et 9 mètres de profondeur - est éclairé au sud par de hautes verrières. Une dizaine de marches conduit au palier de la section Étude : baptisée "salle Jacques-Marie Rougé", cette section est destinée à un lectorat plus estudiantin. Deux longues salles de travail flanquent une banque centrale où sont disposés trois monte-livres et un monte-charge reliés aux différents magasins.

Le deuxième étage, initialement réservé aux expositions, a été réaménagé en espace de bureaux pour l'administration et le catalogage. Le troisième étage, occupé par les salles d'étude et les magasins des sociétés savantes, est éclairé de façon zénithale par une série d'oculi et de petites ouvertures carrées. A partir du niveau supérieur, le corps central réduit son emprise. Autrefois hébergée au quatrième étage, la discothèque a laissé place à un nouvel espace de magasins. Le dernier niveau de la bibliothèque accueille un auditorium vitré sur ses quatre côtés, ceinturé d'une étroite terrasse et coiffé d'un toit pyramidal couvert de feuilles de cuivre oxydé sur la base duquel sont apposés quatre blasons stylisés de la ville de Tours. L'auditorium constitue la version moderne d'un belvédère, offrant une vue à 360 degrés sur la Loire et la ville.

Toit de l'auditorium, angle sud-ouest.Toit de l'auditorium, angle sud-ouest.

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