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Présentation du patrimoine d'Amboise aux 15e et 16e siècles

Dossier IA37005593 réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

De la « ville-pont » à la « ville-château »

Vue d'Amboise depuis la rive nord de la Loire.Vue d'Amboise depuis la rive nord de la Loire.Entre 1421 et 1525, la ville modernisa son enceinte et la fortification de ses ponts et se dota d'édifices édilitaires en relation avec son budget modeste, 1 000 l. t. maximum. Pour des raisons économiques, une partie du cours de la Masse servait de douves. Dès le Haut Moyen Âge, l'aménagement de ce ruisseau pour implanter un moulin nécessita, d'une part, la canalisation d'un bief et, d'autre part, la création d'un bras de dérivation régulant la hauteur de l'eau, que nous reconnaissons dans le bras dit secondaire. La première enceinte longeait le bras dit principal et était commandée par le portail de l'Aumône (la future tour de l'Horloge). Au-delà s'était installé un faubourg qui se trouvait cerné par le bras de dérivation de la Masse. Dans le contexte de la guerre de Cent Ans, au cours de l'épisode de la Guerre de Touraine (1417-1430), Amboise renforça son enceinte, mais le faubourg était déjà protégé par l'extension de l'enceinte lorsque la ville oeuvra en 1421 à l'entretien de ses murs.

Vue de la tour Féalan depuis le quai Charles Guinot.Vue de la tour Féalan depuis le quai Charles Guinot.À la fin du XVe siècle, dans son dernier état, l'enceinte de 1 200 m de périmètre était percée de trois portes principales - la porte du Pont, la porte Saint-Denis (ou Galaffre) et la porte Heurtault - défendues par une barrière et sa garde-porte, par un pont-levis et des canonnières pour les deux premières portes. Les portes principales possédaient une chambre placée au-dessus du passage qui, faisant d'elles des logis-portes, leur conférait un aspect plus imposant. Les portes secondaires étaient quant à elles au nombre de six : la porte Titery, la porte Neufve des marais, la porte Tripière, la porte Saint-Simon, la porte sur le Port et la porte des Bons Hommes. Également précédées de barrière et d'une garde-porte, elles n'étaient fermées que de vantaux, parfois renforcés de contre-portes, et précédées d'un pont-dormant. Enfin, cinq tours de flanquement, très probablement circulaires, ceinturaient l'enceinte sur le front de Loire : la tour Boileau, la tour Boulacre, la tour Féalen, la tour Cormeray et la tour Argot.

Outre sa fonction de voie de communication et son importance dans la vie économique de la ville, le pont jouait aussi un rôle défensif. En 1115, Hugues Ier d'Amboise remplaça la partie méridionale des ponts par un pont de pierre qui assurait désormais le lien entre la ville et l'Entrepont, par contre on conserva des ponts de bois sur l'autre rive pour des raisons à la fois économiques et défensives. La Loire constituait bien, pour le quartier de l'Entrepont, sa principale protection. L'accumulation d'ouvrages de qualité moyenne qui se succédaient sur les ponts de pierre défendait la ville des actes de brigandage ou des trahisons.

Le Petit Fort : lien de la ville au château

Implanté au nord, au pied du château, s'étendait un quartier de la ville d'Amboise au statut particulier : le Petit Fort dont les habitants s'étaient fortifiés à leur frais et qui étaient dédouanés des taxes extraordinaires levées dans la ville. On ne sait à quand remontait cette fortification héritée de l'histoire des seigneurs d'Amboise. Le Petit Fort ne faisait pas vraiment partie de la ville mais il assurait le lien entre la tête de pont et la ville à proprement parler. Situé entre la ville et le Petit Fort, le guichet Errart était très étrangement placé car si l'ennemi atteignait ce point il avait déjà franchi la porte du Pont, le Petit Fort était pris. Mais il restait dominé par le promontoire castral, commandé par la tour Garçonnet. Le Petit Fort fut définitivement rattaché à la ville en 1468, en relation avec la rationalisation de la défense de la ville menée par Louis XI.

Amboise, lieu de résidence de la famille royale

Peu après son avènement, Louis XI (1461-1483) s'intéressa à la ville d'Amboise, d'abord au même titre que les autres villes de France puis, à partir de 1469, comme lieu de résidence de la famille royale. Le roi imposa de mettre à jour la défense de la ville et commanda, dès 1465, la construction de quatre boulevards : un à la porte des Bons Hommes, un à la Porte Heurtault, un autre à la porte Galaffre et le dernier sur le pont. Le seul qui soit bien documenté est celui de la porte Galaffre ; construit dans un premier temps en pipes pleines de terre, il semble avoir été le seul à être reconstruit en maçonnerie de pierre, chaux et sable. En 1468, le roi imposa aussi l'aménagement d'un chemin de ronde continu sur le périmètre de l'enceinte. Dès lors, le chemin de circulation ménagé au pied du rempart fut annexé par les habitants puisque l'on accédait désormais aux murailles par au moins six « eschalliers ».

Vue de la porte des Lions depuis l'intérieur de l'enceinte castrale, à l'ouest.Vue de la porte des Lions depuis l'intérieur de l'enceinte castrale, à l'ouest.L'équipement en armes de la ville, encore faible en 1421 se renforça entre 1465 et 1485 : les charpentiers travaillant pour la ville se rendirent à Tours pour apprendre à enchâsser les canons sur des pièces de bois et des canonniers de Loches vinrent vérifier l'artillerie. Cependant, à partir de Louis XI, le pouvoir royal supervisa toujours les choix militaires. En un siècle, un seul achat de poudre est attesté ce qui laisse supposer soit que les armes n'aient jamais servi, soit que durant les périodes où le dauphin était à Amboise, le roi ait assuré l'approvisionnement de la ville. L'implication du roi dans la mise en défense de la ville est par ailleurs avérée : en 1475, Louis XI dépêcha les gentils-hommes de Touraine pour faire le guet et protéger le dauphin, et de même, en 1494, Charles VIII y envoya des gardes écossais pour veiller sur le dauphin Charles-Orland.

Vue générale du beffroi dit tour de l'Horloge.Vue générale du beffroi dit tour de l'Horloge.De fait, la présence royale donna une nouvelle impulsion à la ville, tant du point de vue financier qu'architectural. À partir de 1469, les finances de la ville affichèrent une santé encore inégalée jusque-là. Compte tenu des 250 l. t. qu'exigeait en moyenne l'entretien des ponts et de l'enceinte, qui était financé par l'apetissement du vin, les édiles disposèrent, les bonnes années, de 200 à 750 l. t. pour moderniser et embellir la ville d'Amboise. Malgré de modiques moyens, la ville parvint, avec le concours de la confrérie Notre-Dame-et-Saint-Nicolas, à se doter de quatre constructions qui constituèrent jusqu'au XVIIIe siècle les édifices édilitaires de la ville, à savoir : le portail du Port (1469), la maison de ville (1485), le portail du Pont, sous la grosse tour (1494), et la tour de l'Horloge (1495) . En outre, l'urbanisme fut largement perfectionné par le pavage des rues, la pose d'égouts, la construction de puits et le curage de la Masse. Ces travaux allant bien au-delà d'un simple assainissement, présentaient toutes les caractéristiques d'un pur embellissement ; au puits du Petit Fort une bannière d'or et d'azur était dressée tandis que les armes du roi furent apposées au-dessus des nouvelles portes de la ville. La maison de ville reçut quant à elle une statue de saint Michel sur son pignon côté Loire.

De la « ville-château » à la « ville-chantier »

Rampe cavalière de la tour Heurtault.Rampe cavalière de la tour Heurtault.Au-delà de la restitution de l'enceinte et des ponts, de l'étude du programme architectural édilitaire et de la compréhension de l'intervention du roi dans ces entreprises, notre étude s'est attachée à montrer les évolutions techniques des chantiers de construction urbains au contact des chantiers successifs menés par le roi au château. L'étude des comptabilités de la ville permet ainsi de distinguer trois périodes majeures à mettre directement en rapport avec les phases constructives du château : la première, entre 1421 et 1465, prend fin avec l'arrivée effective à Amboise de Louis XI (1461-1483) ; la seconde comprise entre 1465 et 1485, coïncide avec les chantiers de Louis XI ; enfin la dernière postérieure à 1485 concorde avec les chantiers de Charles VIII (1483-1498), Louis XII (1498-1515) et François Ier (1515-1547) . Les évolutions touchent l'approvisionnement en matériaux, l'outillage des ouvriers et leur nombre. On observe ainsi une diversification des matériaux de construction : antérieurement limité aux carrières situées dans un périmètre de 5 km maximum, les approvisionnements des chantiers de Louis XI s'étendirent à d'autres carrières plus éloignées et mirent en oeuvre, la brique et le ciment à base de bris de tuile. Entre 1465 et 1469, furent employées pour la première fois, les pierres de Véretz (Indre-et-Loire) et de Saumur (Maine-et-Loire) au détriment des fournitures des petites carrières telles que celles de Tortecoue et de La Maze, du faubourg des Violettes ou de la porte Heurtault. Quant aux briques, leur utilisation sur les chantiers urbains est peu documentée mais plus explicite pour les chantiers du château. Durant l'année 1495-1496, sur 268 750 briques achetées, 72% étaient des « grosses bricques » (22 cm x 11cm x 5,5 cm), 24 % des « bricques » (11 x 6 x 5,5 cm) et 4% des « petites bricques » (8,5 cm x 10 cm x 4,5 cm) . Chacun de ces modules avait un emploi bien défini, à savoir : les premiers pour les parements plans, les seconds pour les parements circulaires et les troisièmes pour des utilisations plus variées mais en général dans des maçonneries non apparentes.

Sous Charles VIII (1483-1498), les lieux d'approvisionnement en pierre se diversifièrent encore d'avantage et se confondirent bientôt avec ceux révélés par le compte de construction du château de 1495-1496. Outre les éléments relatifs au déroulement du chantier du château, l'exploitation de ce compte apporte des informations essentielles sur l'origine et l'utilisation des matériaux mis en oeuvre. La pierre provenait de dix carrières situées le long des vallées de la Loire et du Cher : Malvau, Lussault-sur-Loire, Limeray, Les Caves près du Coudray, Belleroche, Les Terriz, Saumur, Bourré, Saint-Aignan et La Ronde « près Loches ». Leur distance par rapport au chantier était variable, de 2 km pour Malvau, à environ 110 km pour Saumur. La quasi-totalité du transport empruntait les voies d'eau, même pour les moellons des carrières proches. Le tuffeau blanc constituait la pierre la plus exploitée ; le calcaire coquillier était notamment employé pour les marches. L'appellation de « pierre dure » pouvait correspondre à des matériaux de natures variées, notamment le tuffeau jaune. Les pierres étaient désignées en fonction de leur gabarit pour les parements (parpaings, quartier, grand quartier, « blocz », ...), mais aussi de leur utilisation (« accouldoires », meneaux, ogives, clefs, « pendans », doubleaux, corbeaux, piliers, marches, ...) . La même appellation pouvait correspondre à des gabarits différents selon les carrières, le quartier de Saint-Aignan mesurant en moyenne 2,5 pieds de long, contre 2 pieds seulement pour celui de Bourré. Enfin, le prix des matériaux ne variait pas uniquement en fonction de l'éloignement des lieux d'approvisionnement, ou de la taille des éléments, certaines pierres, telle la pierre de Bourré, apparaissant plus prisées que d'autres.

L'outillage des ouvriers évolua aussi, surtout à partir de 1485. Les deux avancées majeures furent l'apparition de l'acier pour « asserer les marteaux et les picques des maçons » et l'emploi des gabarits pour réaliser les modénatures.

Enfin, le nombre et la qualification des ouvriers évoluèrent. Alors qu'au cours de la première période (1421-1465), la ville employa au total une trentaine de maçons, 25 manoeuvres et une douzaine de charpentiers, à partir de 1465, elle comptait désormais, chaque année, une dizaine de maçons, une vingtaine de manoeuvres et autant de charpentiers. Par ailleurs, le terme de maître-maçon fit son apparition pour trois des maçons. Entre 1485 et 1500, on relève dans les comptabilités 35 maçons et 50 charpentiers oeuvrant annuellement dans la ville. Les manoeuvres y sont quant à eux bien plus nombreux, mais ils constituaient une main-d'oeuvre très volage qui ne passait parfois que quelques semaines à Amboise.

Dans ce grand renouveau de la ville, le chantier religieux - la construction de l'église Notre-Dame-et-Saint-Florentin-en-Grèves - dut jouer un rôle majeur. L'étude de l'architecture religieuse fait en effet défaut au tableau des chantiers amboisiens, d'autant plus que la nouvelle église fut édifiée au coeur de la période faste, entre 1476 et 1507. Malheureusement aucune pièce comptable n'est connue à ce jour et l'analyse architecturale de cet édifice très dénaturé ne peut pas compenser ces lacunes.

L'architecture urbaine, à la croisée des savoirs-faire

L'ouverture des chantiers du château, qui drainèrent une main-d'oeuvre abondante et qualifiée, ainsi que l'installation des souverains, de leurs hôtels mais aussi de la cour fréquentant au moins épisodiquement Amboise, entraînèrent un renouveau important du bâti au cours de la période 1469-1525. Parallèlement à l'approche textuelle basée sur l'analyse des comptabilités, nous avons donc mené un inventaire minutieux de l'architecture privée datant de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance pour, dans un premier temps, évaluer l'ampleur de cette dynamique puis, dans un second, caractériser l'architecture privée d'Amboise et enfin, dans un troisième temps, connaître concrètement l'impact des chantiers édilitaires et castraux sur cette architecture. Peu d'édifices en témoignent antérieurement au XVe siècle : à l'exception d'un petit logis, conservé en élévation dont la charpente présente des caractéristiques propres à la dater des XIIIe-XIVe siècles. On compte par ailleurs dans l'architecture antérieure au XVe siècle, deux baies très partiellement conservées, des peintures murales et les bois d'une charpente du XIIIe siècle remployés dans une charpente de la fin du Moyen Âge. La façade à bois longs du 35 rue de la concorde pourrait également être antérieure au renouveau de la ville au XVe siècle. Les vestiges se concentrent essentiellement dans des caves, mais la plus grande partie d'Amboise se trouvant en zone inondable, notre investigation a toutefois été limitée. Les caves se rencontrent principalement dans les deux grands axes longeant le château, à savoir la rue de la Concorde et la place Michel Debré, soit dans l'emprise de la première enceinte urbaine. Sur les 25 caves recensées dans la ville comme susceptibles de dater de l'époque médiévale, seule une demi-douzaine de caves est antérieure à la période d'expansion royale. Certaines ont pu servir, à l'origine, de carrières d'appoint pour exploiter le tuffeau affleurant au pied du promontoire du château, comme à Orléans, Lille ou Douai. D'un point de vue structurel, ces caves sont voûtées de berceaux brisées et parfois la voûte de la descente de cave est épaulée de doubleaux à rouleaux multiples. Les autres caves, simplement voûtées en berceau surbaissé, présentent un plan qui, pour la très grande majorité, concorde avec l'emprise au sol du bâtiment édifié à leur aplomb. Cette méthode de prospection a certes des limites, mais elle atteste le renouveau du bâti entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle. En 1560, l'abandon soudain de la ville, qui suivit la Conjuration d'Amboise, eut l'avantage de conserver cette ossature médiévale. Si le bâti a été altéré par les enduits modernes pour les pans-de-bois dont les reliefs ont été sacrifiés par bûchage, par les plans drastiques d'alignement de façade au XIXe siècle (1835 et 1887), puis par les mesures d'assainissement du XXe siècle, et enfin par la politique d'embellissement menée à partir des années 1960, la trame telle qu'elle apparaît sur le cadastre napoléonien (1808-1810) est néanmoins bien lisible dans son ensemble.

Le patrimoine architectural amboisien apparaît assez transformé, amputé d'une part non négligeable d'édifices et nous souhaitons que nos conclusions tendent à restituer son état médiéval. Aujourd'hui, on reconnaît l'architecture de bois, réservée aux maisons, de celle de pierre, retenue pour les hôtels. Sans pouvoir affirmer qu'il n'ait jamais existé de modèles intermédiaires - duquel relèverait la simple maison de ville -, dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'avons pas d'exemple de maison en pierre des XVe et XVIe siècles. Au-delà du clivage propre aux matériaux de construction, chaque genre présente des techniques de charpenterie particulières. Les maisons sont ainsi couvertes de charpentes à fermes et à pannes tandis que les hôtels reçoivent des charpentes à chevrons-formant-fermes. La modicité de la ville induit que les deux genres aient un corpus affilié assez restreint. Dans notre étude, qui n'inclut ni les édifices dénaturés à outrance, ni ceux dont les caractères trop vernaculaires interdisent toute datation précise, les maisons sont au nombre d'une quarantaine, plus ou moins bien conservées et les hôtels une dizaine. Les manoirs, au nombre de cinq, constituent quant à eux un genre encore plus restreint, dont les caractères hétéroclites peuvent se rattacher aux hôtels mais parfois aussi aux maisons.

Maison à pan de bois, datée de 1504 et 1543 (52 place Michel Debré).Maison à pan de bois, datée de 1504 et 1543 (52 place Michel Debré).L'architecture urbaine en pan de bois, dont les analyses dendrochronologiques n'ont pas révélées de dates antérieures à 1486, propose des caractères communs. Couramment élevées sur trois niveaux (rez-de-chaussée, premier étage et combles habitables), les maisons sont implantées à pignon ou à rive sur rue et leur orientation est déterminée par la taille, la forme de la parcelle (plus ou moins laniérée, traversante ou non), la topographie du lieu mais aussi par l'aisance financière du propriétaire. L'encorbellement d'une vingtaine de centimètres, constitué de deux sablières superposées qui reposent sur des poteaux corniers élargis, constitue l'ordonnance de façade la plus couramment rencontrée à Amboise. La mise en oeuvre des solives, perpendiculaires ou parallèles à la rue, semble avoir été conditionnée avant tout par un souci économique induisant l'emploi de modules conformes à la longueur des bois disponibles en abondance, à savoir 4,5 à 5 m. L'armature secondaire à grille ou à panneaux de croix de Saint-André montre une préférence pour ces dernières sur les maisons ornées. Le hourdis constitué de moellons de tuffeau ou de bris de briques peut aussi être de briques soigneusement agencées, parfois en motifs géométriques ornementaux, pour les façades ornées. La charpente à fermes et à pannes est toujours contreventée longitudinalement d'une poutre faîtière et d'un sous-faîtage. La couverture d'origine était en tuile plate. Enfin, lorsque le décor existe ou a existé (sur dix d'entre elles), il est sobre et d'inspiration gothique, la sculpture est quasiment inexistante et des moulures à la modénature variée courent sur les sablières de plancher et de chambrée. Elles présentent ainsi trois types de profil et on différencie : celles incluant cavet, gorge, gros tore et listel dont le profil est d'inspiration prismatique, celles au profil plus souple, incluant doucine, cavet large peu profond et bande, et pour finir celles constituées de cavet plat et de baguette circulaire venant mourir en sifflet à leurs extrémités. Enfin, quatre façades se distinguent par un décor plus recherché, constitué de pilastres sculptés sur les colombes verticales et dont un culot parfait l'about inférieur.

Cependant, certaines maisons font exception en proposant un encorbellement sur solives ou aucun encorbellement, et quelques autres une ferme débordante sur pignon. On peut se demander si ces orphelines ne sont pas le fruit d'ouvriers exilés à Amboise, issus du grand brassage de gens de métiers de divers horizons que les chantiers du château suscitèrent. Exception faite de ces cas particuliers, il est vrai que l'on rencontre pêle-mêle dans l'architecture en pan-de-bois amboisienne des caractéristiques présentes dans plusieurs villes du grand Val-de-Loire. Les moulures des sablières sont proches de celles qui existent à Tours ou à Angers ; les pilastres ornementaux se rencontrent à Orléans ou à Bourges ; l'absence d'encorbellement, quasi-systématique à Orléans, est rare à Amboise, mais l'emploi des charpentes à fermes et à pannes constitue, comme à Amboise, une des propriétés essentielles de l'architecture orléanaise.

Les caractéristiques communes aux édifices élevés en pierre ou en brique - composant le groupe des hôtels et des manoirs - ne sont pas aussi révélatrices que celles de l'architecture en pan de bois. Les matériaux de construction sont nobles et le pan de bois n'est employé que très ponctuellement pour les organes de distribution. L'usage de différentes pierres, ainsi que nous l'avons rencontré pour le chantier de la tour des Minimes et pour ceux de la tour de l'Horloge et du portail du Pont, n'a malheureusement pas pu être observé sur les parements des édifices privés en raison des restaurations drastiques qu'ils ont subies, mais aussi à cause de la disparition totale des connaissances à ce propos qui sévit depuis quelques décennies dans les milieux de la restauration et de l'entretien du patrimoine, conduisant à l'emploi de pierres non pas locales mais choisies pour leur dureté et leur résistance optimum aux conditions climatiques - ce qui ne préserve pas mieux le bâtiment dont les pierres d'origine se dégradent encore plus vite au contact de ces pierres dures. Les deux seuls hôtels auxquels on peut attribuer un maître d'ouvrage - les hôtels Joyeuse et Morin - sont les plus touchés par le phénomène, leurs façades présentent à peine une quinzaine de pierres d'origine. On note néanmoins que les façades point trop modifiées sont régulièrement ordonnancées.

Si les charpentes du château ont disparu, notre prosopographie livre 153 noms de charpentiers, nombre qui à lui seul prouve leur importance considérable à Amboise. Traditionnellement, ils entretenaient les ponts, mais tout en diversifiant leurs compétences, ils s'étaient perfectionnés sur les chantiers castraux. Les comptabilités de la ville et du château montrent bien que ces hommes, très polyvalents, oeuvraient aux ponts, au château et aux édifices urbains. Leur grande maîtrise est attestée dès 1462 [d] sur la charpente de l'hôtel du 6 rue de la Concorde dont les assemblages majeurs sont à parement (cf. Tome II cat. 29 fig. 323, p. 915) . Les charpentes relevées sur les hôtels sont systématiquement à chevrons-formant-fermes, ce qui témoigne du haut niveau de connaissances des charpentiers qui oeuvraient à Amboise. D'ailleurs, parmi les charpentes des maisons - plus simples et dont le bois médiocre limite la qualité -, la technique mise en oeuvre au 54 place Michel Debré (1512 [d]) fait exception : son entrait retroussé moisé, semblable à celui de l'hôtel Saint-Thomas (vers 1512[d]), signe la circulation des techniques au sein de la ville. Nous proposons par ailleurs d'y reconnaître l'application d'un procédé attesté aux ponts de bois dès 1466.

Les Amboisiens : commanditaires

Façade sur jardin de l'Hôtel Joyeuse.Façade sur jardin de l'Hôtel Joyeuse.La connaissance des circuits de la commande privée ou édilitaire pourrait nous être d'un grand secours ; qui faisait construire à Amboise : la noblesse amboisienne, des officiers de la couronne ou des marchands enrichis ? L'indigence des documents d'archives limite à deux édifices cet exercice d'attribution : Pierre Morin, fils de marchand, marchand lui-même puis trésorier de France fit édifier l'hôtel Morin peu après 1500 ; Pierre Pineau, sommelier de la reine en 1526, fit bâtir l'hôtel Joyeuse. Quant aux demeures de Jehan Bourré, de Jehan d'Estampes et d'autres officiers de la couronne installés à Amboise, elles ont disparu ou, faute d'information précise, nous n'avons pu les identifier formellement. Toutefois, deux catégories d'édifices se distinguent : ceux dont les façades sont positionnées de manière ostentatoire sur la chaussée et ceux sobrement retranchés derrière un mur clôturant la cour. Aussi peut-on se demander si les premiers ne furent pas érigés par des personnages récemment enrichis, voire anoblis et les seconds par des familles nobles n'ayant plus à déployer leur fortune pour afficher leur rang. Mais, que les hôtels soient sur rue ou non le château offrait au roi, et à son entourage, une vue plongeante sur ces demeures.

L'étude de la distribution de ces hôtels est rarement possible compte tenu des transformations apportées. Une distribution assez traditionnelle où le rez-de-chaussée accueillait les pièces de réception, et parfois les offices, tandis qu'à l'étage prenaient place les chambres de Monsieur et de Madame devait être le cas de figure le plus courant. L'analyse des autres éléments de la distribution procède du cas par cas et nous ne pouvons en tirer aucune conclusion générale.

Le décor

Rinceaux sur le linteau de la porte haute de la tour Heurtault.Rinceaux sur le linteau de la porte haute de la tour Heurtault.Quant au répertoire ornemental que l'on peut mettre en parallèle avec celui du château, il révèle la circulation des formes, mais tandis qu'il s'observe habituellement sur les baies, les cheminées et éventuellement les voûtes et leurs clefs, à Amboise, il se limite aux modénatures des encadrements des baies - à l'exception des cheminées de la tour de l'Horloge (1495-1497) qui sont bien documentées et encore conservées (cf. Tome II cat. 21 fig. 867). Avec décalage, les formes urbaines, tant édilitaires que privées, reproduisirent les formes castrales. Au château, le répertoire suivit un développement chronologique attendu, allant des formes les plus prismatiques, aiguës et découpées de Louis XI (1461-1483), aux formes plus souples de Charles VIII (1483-1498) et de Louis XII (1498-1515) et enfin à l'emploi du chambranle à décor renaissant de François Ier (1515-1547) . La transition vers le décor renaissant apparaît sous Louis XII (1500-1505) où les modénatures encore gothiques côtoient des motifs italianisants (rinceaux, perles, graines et feuillages d'acanthes, notamment à la porte au porc-épic du jardin) .

Dans la ville, ces modèles ne furent pas copiés à la lettre et si l'existence de gabarits comme d'ouvriers travaillant à la fois à la ville et au château sont attestés. On constate que les formes vraiment prismatiques n'existent pas - ou plus. Ainsi, le décor urbain au quotidien semble s'être résumé à des pans-de-bois jouant sur les contrastes et faiblement ornés ainsi qu'à quelques façades d'hôtels plus richement mises en valeur. Par ailleurs, s'ajoutait aux ornements extérieurs le décor intérieur, totalement disparu aujourd'hui, mais qui nous aurait livré avec justesse le niveau social des propriétaires. Au château, plusieurs pièces d'archives, datant de la période 1483-1500 pour la majeure partie, fournissent de précieuses informations sur l'ameublement et l'ornement, qui au-delà de la restitution de ce décor, éclairent sur la provenance des oeuvres. On constate ainsi que les Morin furent les plus grands fournisseurs amboisiens mais que leurs marchandises se limitaient aux pièces les plus classiques. Les tapis orientaux (« baragans » ou Holbein) et sans doute espagnols, les tapisseries de Flandres, historiées ou à verdure, les ouvrages de broderie, les damas, les soies et les taffetas italiens ou allemands étaient achetés à de gros marchands ou à de grands officiers de la couronne. En outre, peintures murales et oiseaux dans des cages animaient les appartements. Le mélange de ces différents genres constituait le style de la cour de France à Amboise. Du château de Louis XI à celui de Charles VIII, une évolution sensible et certaine transparaît de notre documentation : les riches étoffes prirent progressivement une importance grandissante dans l'ameublement des pièces, et en particulier des lits, au détriment des chambres de tapisseries. Ainsi, dans le logis d'apparat des Sept Vertus prédominaient velours, taffetas, damas, soies et draps d'or dont étaient faites des chambres textiles et les dressoirs pouvaient aussi être recouverts de velours. Lors des réceptions, tapis et tapisseries venaient orner galeries et façades.

Dans un grand château, princier ou royal, à la différence d'une demeure plus modeste, s'étalaient des centaines d'aunes de tapisserie, de tapis, draps d'or et de velours. En 1498, le coût (2 636 l. 2 s. 10 d. t.) de l'ameublement du logis des Sept Vertus - ne contenant qu'une trentaine de paragraphes et ne concernant apparemment qu'un complément d'ameublement - représentait le quinzième du coût total du chantier de construction durant l'année 1495-1496 (31 000 l. t.) et, à titre comparatif, la charpenterie revint cette même année à 2 550 l. t., sans compter les dépenses relatives aux réparations du pont sur la Cisse. Monique Chatenet estime quant à elle que : « Les draps d'or de l'entrevue de Calais en 1532 (38 500 l.) ont coûté aussi cher que l'ensemble des couvertures de Fontainebleau entre 1528 et 1550 (37 626 l.) ». En 1500, au départ de la cour pour Blois, Anne de Bretagne fit don de nombre de pièces d'ornement à plusieurs membres de son hôtel et il n'est donc pas impossible que certaines aient rejoint des demeures urbaines.

Aires d'études Amboise
Adresse Commune : Amboise
Sites de proctection secteur sauvegardé, abords d'un monument historique

Références documentaires

Documents figurés
  • Extrait du plan cadastral dit napoléonien de 1808-1810. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 3 P 2/ 50).

  • Extrait du plan cadastral dit napoléonien de 1808-1810. (Archives Départementales d'Indre-et-Loire, 3 P 2/ 50).

Bibliographie
  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355).

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

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