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Amboise : jardin d'agrément du château

Dossier IA37005829 réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

Les jardins de 2 hectares sont entièrement clos par les murs et remparts qui ceinturent le site. L’accès par la montée de l’Emir Abd-el-Kader est prolongée par une rampe piétonne bordée d’une glycine et de massifs plantés de fleurs annuelles. La cour d’honneur accueille les vestiges du château. Les deux tours permettent d'admirer le panorama sur la Loire. La chapelle Saint-Hubert au sud dont l’allée d’accès est bordée de quatre tilleuls et de quelques massifs de buis. Le jardin de Naples est aménagé sur la terrasse nord face à la façade Louis XII. Respectant la structure originelle historique, cette création contemporaine est composée par des parterres épurés compartimentés par des pots médicéens et rehaussés par des touches verticales et colorées de plantes et de fleurs à dominante jaune et blanche au printemps et bleue et blanche en été. Quelques tilleuls alignés en quinconce sont visibles dans la partie ouest de la terrasse. L’ancienne butte canonnière est recouverte d’un moutonnement de boules de buis, surmonté de charmes taillés en boule, et de vignes de muscat. Le jardin paysager présente des pelouses ponctuées de massifs arbustifs et de quelques arbres dont un cèdre multiséculaire dominant l’ensemble et bordé d’un bassin circulaire ; un buste représentant Léonard de Vinci entouré d’une charmille en demi-cercle est placé à l’entrée de cet espace. Le jardin du Midi est une composition d’inspiration méditerranéenne plantée d’une charmille, de chênes lièges, de jasmin et d’arbousiers. Le jardin d’Orient sert à la méditation et la contemplation. Il accueille un monument funéraire édifié en 1853 à la mémoire des algériens de la suite d’Abd-el-Kader ; une diagonale de romarin indiquant la direction de La Mecque traverse 25 stèles, à l’ombre d’un alignement de sept cyprès comme sept gardiens veillant sur le repos des défunts. Au-delà des remparts et de la porte des Lions, une conception champêtre a été réalisée afin de préserver le paysage.

Appellations Jardins du château royal d'Amboise
Dénominations jardin d'agrément
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

A la Renaissance, le seul jardin connu du château d'Amboise demeure celui qui existe toujours face à la Loire, sur la terrasse nord-est. Disposé en terrasse et dominant la Loire, le jardin se situait donc derrière l’aile en équerre du château. Un promenoir continu formant une galerie était ouvert sur le jardin. Il aurait été accompagné d’une pépinière sur le plateau, d’une ménagerie, d’un vivier et de deux jeux de paume. Les modifications et les diverses adaptations des jardins qu'il subit au cours des siècles sont complexes. Le lieu d'implantation du jardin est bien lisible sur le terrain et quelques éléments architecturaux sont encore en place. Les sources disponibles sont par ordre chronologique : les comptes de l'argenterie des souverains ayant habité à Amboise ; le compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496 ; un compte de 1497 qui cite Pacello da Mercogliano comme jardinier ; le fragment d'un compte de construction daté du 11 avril 1500 avant Pâques ; les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau qui présentent un état plus ou moins réaliste du château et de son jardin autour de 1579 ; le procès-verbal d'estimation des travaux de 1761 ; le procès-verbal de démolition du château et d'aménagement des lieux pour le sénateur Roger Ducos en 1806-1808, qui comprend la réhabilitation des jardins ; le plan géométral du château d'Amboise par J. Jacquemin le 20 juin 1807 (BnF) ; le rapport des sondages de la terrasse est du château d'Amboise, réalisés par Vincent Belbenoit, Élisabeth Lorans et Serge François en 1993. La documentation est donc lacunaire. Nous ne connaissons pas les aménagements du duc de Penthièvre (1786-1790), ni ceux qui les ont précédés. Si l'on peut supposer que le jardin ne fut pas vraiment modifié durant la période de relatif abandon du château (1562-1786), il en va tout autrement pour la Renaissance. Aussi, les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau (1579) constituent-elles les documents iconographiques les plus anciens dont nous disposons pour le jardin mais leur fiabilité reste limitée. L’existence des galeries est et nord, l’origine des buttes et en particulier de celle la plus au nord (issues ou non des terrassements du jardin) ainsi que le nombre et le dessin des parterres constituent les interrogations les plus importantes sur les jardins à la Renaissance.

On sait que le duc de Penthièvre décide d’ouvrir le jardin sur le paysage environnant au 18ème siècle, et que c'est au 19ème siècle que sont créés des jardins « à l’anglaise » sur la partie nord des remparts et dans les fossés pour Roger Ducos. Vers 1840, Louis-Philippe transforme les réalisations antérieures par un jardin dans le style paysager : homogénéisation des massifs, système d’allées avec courbes et contre-courbes. Le monument funéraire érigé en souvenir des résidents algériens accompagnant l’Emir Abd El-Kader et le buste de Léonard de Vinci sont installés dans les jardins entre 1848 et 1852.

Délaissés au 20ème siècle, c’est en 1993 qu’est menée une fouille archéologique sur les jardins des terrasses et sur décision du Comte de Paris, président de la Fondation Saint-Louis qui gère dorénavant le site. A partir de 1994, Jean-Louis Sureau, conservateur du château d’Amboise, inaugure une réhabilitation des jardins en s’inspirant des créations et essences italiennes : jardin paysager simplifié, jardin d’Orient en 2005, jardin du Midi en 2008, jardin de Naples en 2017.

Période(s) Principale : Moyen Age, 4e quart 15e siècle
Principale : Temps modernes, 1er quart 16e siècle , daté par travaux historiques , (détruit)
Secondaire : limite 18e siècle 19e siècle, milieu 19e siècle
Secondaire : limite 20e siècle 21e siècle , daté par source
Auteur(s) Auteur : da Mercogliano Pacello,
Pacello da Mercogliano (1453 - 1534)

Moine napolitain accompagnant Charles VIII, parmi d’autres artistes, à son retour des campagnes d’Italie en 1496. L’intervention du jardinier est avérée à Blois, fortement supposée à Amboise et à Gaillon. Il lui est traditionnellement admis l’importation des orangers en France.


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jardinier, attribution par tradition orale
Auteur : de Bourbon Louis-Jean-Marie, dit(e) duc de Penthièvre,
Louis-Jean-Marie de Bourbon , dit(e) duc de Penthièvre (1725 - 1793)

Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, est un membre de la famille royale de France, propriétaire du château d’Amboise entre 1786 et 1793.


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auteur commanditaire, attribution par travaux historiques
Auteur : Ducos Roger
Roger Ducos (1747 - 1816)

Roger Ducos est un homme politique français. Au début du Consulat, il est le troisième consul de Napoléon Bonaparte avant de devenir sénateur et propriétaire du château d’Amboise, puis comte de l'Empire.


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Le jardin appartient au projet général de Charles VIII (1483-1498), or la magnificence des jardins en Italie - et en particulier celui de Poggio Reale à Naples - fut l'une des choses qui frappa le plus les Français durant la conquête ultramontaine. De retour de sa campagne d'Italie, Charles VIII appela un certain nombre d'artisans et d'artistes à le suivre à Amboise, dont un jardinier, Pacello da Mercogliano qui est cité dans un compte et dont la résidence est attestée à Amboise; on ne connaît pas la part de réalisation qui lui revient car Charles VIII avait commencé à agencer ses jardins avant l'arrivée du jardinier, en témoignent certaines parties du compte de construction de 1495-1496. Louis XII (1498-1515) acheva le chantier de Charles VIII et engagea le jardinier napolitain pour la réalisation des jardins du château de Blois. Au fond du jardin, dans l'angle nord-ouest, une porte a été épargnée lors de la destruction de la galerie. On connaît plusieurs représentations du 19ème siècle de cette porte qui semble avoir été redécouverte en 1832. Elle est surmontée du porc-épic de Louis XII, et les anciens auteurs ont sans doute attribué le jardin à Louis XII à cause de cet emblème. Il est donc impossible de connaître la part de création revenant à Charles VIII et celle appartenant à Louis XII.

On pourrait supposer que les buttes situées derrière le jardin et tout au long du rempart oriental furent mises en place en même temps que la demi-lune située au-delà du fossé de la porte des Lions, qui date dans sa configuration actuelle du début du 17ème siècle mais qui est sans doute venue remplacer un ouvrage antérieur. Si ces buttes ne permettent pas de positionner des pièces d'artillerie tirant par-dessus le mur d'enceinte, elles peuvent avoir joué un rôle dans l'épaulement du mur qui est assez mince (2,50 m) face à une éventuelle attaque avec des canons de gros calibre.

Ce décaissement a une autre incidence : le mur en brique bordant le jardin au sud - couramment appelé « mur du logis canonial » - est un mur de soutien qui retient les terres du terrain dominant le jardin au sud. De fait, il est contemporain des aménagements du jardin. En revanche, il est difficile d'avoir des certitudes quant à l'authenticité de la butte la plus septentrionale qui se trouve derrière le mur de l'escalier à double volée droite empiétant sur le jardin. Elle vient prendre appui contre le mur de briques ce qui prouve sa postériorité. Cependant, le mur s'arrête à 8 mètres du rempart des Lions, car il était en effet impossible de décaisser jusqu'au rempart qui, antérieur au jardin, est fondé au niveau du terrain naturel avant décaissement. Il y avait donc dès l'origine une terrasse haute qui ne figure pas sur les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau.

Au nord, le jardin est toujours bordé de trois belvédères, qui apparaissent sur l'ensemble de l'iconographie. Le traitement décoratif des belvédères varie pour chacun d'eux.

Les informations relatives au mur de clôture et au « logis de l'Armurerie » permettent de penser que le «jardin du roy » est clos et séparé de la basse-cour. La mode des orangeries se répandit dès l'arrivée de Pacello da Mercogliano en France puisqu'il se chargea d'en installer une à Blois dès 1500. Il est donc possible que le jardin ait toujours été clos et que le logis de l'Armurerie soit contemporain du jardin de Charles VIII et Louis XII, et que sa conversion en logis canonial soit postérieure au départ définitif du roi en 1560. Cependant, on note sur la « Vue » de Jacques Androuet du Cerceau que la façade tournée sur le jardin, parfaitement ordonnancée, daterait des travaux de François Ier (1515-1547) dans les années 1515-1518 et même pour cette date une telle façade serait précoce. On sait toutefois qu'il quitta le Val de Loire pour la région parisienne au milieu de la décennie 1520-1530 et qu'il y a peu de chance que des travaux soient postérieurs à cette date. Si la représentation de Jacques Androuet du Cerceau est valable, le logis aurait donc été achevé pour François Ier, voire rhabillé sous Henri II (1547-1559) pour harmoniser cette façade à celle du logis d'Henri II et agrémenter le panorama du roi sur son jardin. Enfin, l'orangerie a sans doute été mise en place sous Charles VIII à l'extrême fin du 15ème siècle, peut-être sous l'impulsion de Pacello da Mercogliano.

Le sondage archéologique n°2 datant de 1993, réalisé au centre du jardin visait à retrouver les éventuelles fondations de la fontaine que figure Jacques Androuet du Cerceau et les traces de l'allée qui y menait. L'allée n'a pas été retrouvée dans les couches datant du 15ème ou du 16ème siècle ; à son emplacement, au sein de la coupe de la fosse, une allée est lisible mais juste sous le niveau du sol actuel, ce qui la date au mieux du 19ème siècle. Enfin, nulle structure pouvant correspondre aux fondations de la fontaine n'a été rencontrée, mais la surface du sondage étant limité, il n'est pas non plus impossible que la fontaine ait été implantée hors de cette zone - le long du portique nord selon notre hypothèse. Par ailleurs, le compte de construction du château pour l'année 1495-1496 atteste bien le fait que l'on ait essayé de mettre en place une fontaine comme on le fera à Blois ou à Gaillon quelques années plus tard.

Toutes sources confondues, voici donc la description que l'on peut proposer du jardin du début du 16e siècle. Ce jardin mesurait au maximum 95 m de long par 32 m à 36 m de large, si l'on considère qu'il venait jusqu'au pied du nouveau logis de Charles VIII. Si l'on mesure la longueur depuis l'aplomb du portique des Quatre Travées - qui correspond à l'extrémité ouest du logis d'Henri II - il ne faisait plus que 80 m de long. Il était bordé au nord de trois belvédères construits en encorbellement dans le rempart, et dans la maçonnerie duquel, par ailleurs, les vestiges de baies à meneaux sont encore visibles. Au bout du rempart nord, une porte surmontée du porc-épic de Louis XII ceint d'une frise renaissante, donnait accès à une terrasse haute à laquelle on montait sans doute par une vis. Placé dans un cadre rectangulaire duquel débordent ses épines, l'animal porte une cotte de maille sur son cou qui constitue la seule partie vulnérable de son corps. Sa tête et son dos sont couverts de sa carapace naturelle dont le rendu réaliste est particulièrement réussi. La frise se compose d'une succession de graines, de feuilles d'acanthes, et de cannelures ornées, séparées par un savant jeu de doucines qui tranchent avec les arêtes vives des baguettes. De part et d'autre de la porte, s'observent les vestiges d'un faux-appareil de briques peint qui témoigne du succès de ce matériau à l'époque.

À l'est, devant la terrasse haute, il y avait peut-être une galerie, mais seul Jacques Androuet du Cerceau la mentionne. Au sud, contre le mur en brique et pierre qui soutient le terrain surplombant le jardin, s'étendait une autre galerie plus large que celle du nord. Il est possible que le jardin n'ait comporté que de grands carreaux comme en 1708 puisque l'on peut en restituer quatre identiques à ceux de ce plan en supprimant le logis d'Henri II ajouté postérieurement. Enfin, il y avait bien un point d'eau dans le jardin mais nous ne connaissons ni son profil ni son emplacement exact.

Le plan de 1708 fait apparaitre des mentions relatives au jardin du château. La terrasse au nord donnant sur la Loire est dénommée, "terrasse des Tilleuls". La partie est du jardin régulier est formée d'un jardin haut. La bande de terrain longeant l'est entre le jardin régulier et le rempart est dénommé : jardin haut à l'anglaise et jardin bas à l'anglaise.

Au 18ème siècle, le jardin s’ouvre et il évoluera tout au long du 19ème siècle avec la création d’un jardin dans le style paysager : homogénéisation des massifs, système d’allées avec courbes et contre-courbes. Le monument funéraire érigé en souvenir des résidents algériens accompagnant l’Emir Abd El-Kader et le buste de Léonard de Vinci sont installés dans les jardins entre 1848 et 1852. Délaissés au 20ème siècle, à partir de 1993 de nouveaux jardins sont mis en place.

Plans jardin mixte
Élévations extérieures jardin en terrasses
Jardins arbre isolé, quinconce, topiaire, parterre de gazon
États conservations détruit
Techniques sculpture
Représentations porc-épic de Louis XII portrait d'artiste

Les jardins du château royal d’Amboise possèdent le label "Jardin remarquable" depuis 2017. Ce label est décerné par le ministère de la Culture.

Statut de la propriété propriété privée, La Fondation Saint-Louis est une institution reconnue d’utilité publique pour assurer la pérennité des biens historiques de la maison d’Orléans. Elle est domiciliée au château d’Amboise.
Éléments remarquables jardin d'agrément
Sites de protection abords d'un monument historique, liste du patrimoine mondial
Précisions sur la protection

Les jardins non protégés dans leur composition sont protégés car ils prennent place sur les parcelles classées du château (cad. BI 150 à 156, 159, 160 et 194 ) : classement par liste de 1840.

Annexes

  • Les archives concernant le jardin du château d'Amboise

    Dès la fin de l'année 1497, Pacello da Mercogliano est cité dans un compte :

    - Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 11350, f°1 r° : « Estat des gaiges que le roy nostre sire a ordonnez aux ouvriers et gens de mestier qu'il a fait venir de son royaume de Secille pour ediffier et faire ouvraiges a son desir et plaisir a la mode d'Ytallye, et ce pour ung an entier commencant le premier jour de janvier mil CCCC IIIIXX dix sept et finissant le dernier jour de decembre mil CCCC IIIIXX et dix huit. Lesquelz ledit sieur veult et entend estre payez par Jaques Taillandier a ce commis en la maniere qui s'ensuyt : A Don Passello, jardinier, pour semblable cause et au feur de 20 ducatz de Carline par moys a ladicte raison, vallant par an 325 l. t. ».

    Un fragment de compte daté de l'année 1501 livre quelques informations sur les travaux réalisés par Louis XII (1498-1515). Sont mentionnés : des tours de charroi pour du bois carré ; dix livres de plâtre ; des journées de travail de manoeuvres et de maçons « au talus dudit chastel devers le Petit Fort » ; des journées de maçons et de manoeuvres aux mois de février et mars qui travaillent au jardin ; et l'achat de « douze autain de pommiers, poiriers et guigners qu'il a baillez pour planter au verger dudit chastel ». Les arbres fruitiers sont destinés au « verger » que l'on distingue volontairement du jardin. Or, dans le procès-verbal d'état des lieux de 1761, le verger est positionné au-dessus du logis canonial alors que le jardin est situé à côté, emplacement qui correspondrait sur le plan de 1708 au « terre plein » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°9r°-11r°).

    Dans son procès-verbal de 1708, Robert de Cotte énonce clairement le rôle des buttes orientales du rempart de la porte des Lions qui dominent le jardin :

    - Bibliothèque nationale de France, Est, Hd 135 t.4, dossier 1629 (extrait du conseil d’État) : Devis de restauration du château d'Amboise en 1708, f°5 : « [...] La démolition de plusieurs vestiges de batimens du même côté et huit cent toises cubes ou environ de terre qui ont étés portées aux deux côtés de la porte pour servir d'épaulement dans les temps de guerre, le transport d'icelles partie dans la cour et partie dans la campagne [...] ».

    Mais on ne sait cependant pas dans quelle mesure cette affirmation se vérifie ; est-ce un constat de Robert de Cotte ou une interprétation ? Cependant les résultats des sondages réalisés en 1993 dans les jardins ont révélé l'absence, dans le sol, de matériel datant d'une longue période comprise entre l'époque antique augustéenne et le XVe siècle, ce qui prouve que l'endroit a été décaissé. On peut supposer que pour éviter de déblayer la terre - quelques 6 000 à 7 000 m3 - une partie aurait été entassée le long du rempart. Dans ce cas, ces buttes - représentant 1 500 à 2 000 m3 - seraient contemporaines du jardin de Charles VIII.

    Le procès-verbal du 2 avril 1808 fait état des plantations du jardin et mentionne les vestiges de l'escalier à doubles volées qui devance la butte :

    - Archives nationales, O² 1383, f°51 du procès-verbal du 2 avril 1808 : « Dans sa partie la plus profonde dudit jardin bas et au dessous de la grande allée de charmille est une partie de gros murs en ruine totale dont la réparation serait très dispendieux et très inutile : il convient laisser écrouler les murs supérieurs qui finiront par prendre son talus naturel d'où ne résultera aucune difformité ».

  • Précisions sur les disposition du jardin du château d'Amboise sur les archives iconographiques

    Sur le plan de 1708, le jardin apparaît dans un état proche de celui que représente Jacques Androuet du Cerceau, mais le nombre de parterres est passé de dix à trois et seule la section nord de la galerie existe, les sections est et sud de la galerie ainsi que la fontaine centrale ayant disparu. La galerie nord du jardin était déjà détruite en 1806-1808 lorsque le procès-verbal de démolition fut dressé. D'ailleurs sur le plan géométral levé par Jean-Bernard Jacquemin le 20 juin 1807, l'empreinte des galeries se lit encore dans l'implantation des tilleuls semés sur la terrasse mais aucune maçonnerie n'est figurée. Dans le procès-verbal de 1761, les structures architecturales ne sont quasiment pas citées, à l'exception d'un gros mur correspondant à l'escalier à doubles volées droites situées à l'est du jardin bas. Sur le plan de 1708, le jardin se répartissait comme aujourd'hui en un jardin bas et en un jardin haut, placé sur des buttes, auquel on accédait par l'escalier. Enfin, en 1806, il était aussi prévu d'aménager le ravelin, au-delà de la porte des Lions, en jardin à l'anglaise.

    Finalement, la description la plus proche du jardin d'origine est certainement celle du procès-verbal de 1708, sachant que le logis d'Henri II lui a été ajouté et qu'au moins la galerie sud a été abattue :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°8r°-v° : « [...] Ledit jardin de quarante toises de longueur sur quinze toises de largeur, non compris l'emplacement de la gallerie qui est à costé, distribué en trois grands carrés avec allée et plattes bandes le long duquel au Nord règne une gallerie de trente huit toises de long sur douze pieds de large de dehors en dehors, lambricée en ance de pannier, avec bousillage à terre. Devant laquelle au Midy est un mur d'appuy en pierre de taille et partie en brique élevé à deux pieds deux poulces de hauteur sur lequel est construit une charpente en potteaux, seuilles et sablières contenant soixante-quatre arcades ceintrées en bois de charpente, compris trois portes [...] ».

    D'après cette description, ce n'était pas une cinquantaine d'arcades qui bordaient le jardin comme le dessine Jacques Androuet du Cerceau, mais plus de soixante-quatre.

  • Les galeries bordant le jardin du château d'Amboise
    Les sondages archéologiques de 1993 ont pu valider l'existence des galeries nord et sud. De largeurs inégales, d'après le sondage n°1 celle du nord mesurait 2,85 m de large et d'après le sondage n°3 celle du sud à 3,95 m. Les archéologues, constatant le pendage naturel du terrain orienté nord-sud, expliquent que la galerie sud ait été plus large par le fait que les fondations de la structure étaient plus stables de ce côté. L'observation des fondations des ouvrages leur permet d'affirmer que les fondations de la galerie nord, construites en blocs de calcaires irréguliers, mortier de chaux et enduites de mortier, présentaient une largeur de 65 cm pour une hauteur de 1,20 m. Au-dessus prenait place des pierres de taille constituant le mur de la galerie. Les premières pierres de taille ont été retrouvées 75 cm sous le niveau du sol actuel, ce qui donne approximativement le niveau de circulation de la galerie. Ce niveau est à présent enfoui sous une couche de comblement, au sein de laquelle les sondages ont retrouvé de nombreux tessons de briques et d'ardoises, ce qui correspond en effet avec les projets décrits dans les procès-verbaux de 1806-1808 où il est prévu de réutiliser les matériaux, qui ne seront pas récupérés lors des démolitions, sous forme de remblais. La galerie sud reposait quant à elle sur des fondations de 50 cm de large pour 55 cm de haut construites en moellons de tuffeau. Le mur septentrional de la galerie sud n'a pas été observé, mais on connaît son mur méridional aujourd'hui appelé « mur du logis canonial». Le niveau de circulation a pu être situé grâce à la trace de mortier fixant le carrelage retrouvée à 56 cm sous le siège du banc d'une des niches. De ce côté, le remblai présentait les mêmes tessons de brique et ardoise mais sur une épaisseur limitée à 40 cm du fait du pendage du terrain.

    Il semble donc que les galeries nord et sud n'aient pas été construites dans le même matériau. On notera par ailleurs le décor que porte ce mur de soutien. Arborant un appareil de brique et de pierre, il est régulièrement agrémenté de bancs ménagés dans des niches, et de faux créneaux animent le sommet du mur aveugle. Ce type de décor est à rapprocher de celui du château du Moulin à Lassay-sur-Croisne, un château construit par Philippe du Moulin, chambellan de Charles VIII entre 1480 et 1501.

    Sur son « Plan » gravé, Jacques Androuet du Cerceau figure pour les galeries 27 travées au nord, 9 à l'est et 11 au sud ; sur son plan dessiné il ajoute 2 travées supplémentaires au nord. Nous n'avons aucun moyen de vérifier l'existence de la galerie orientale qui aurait pu exister en avant de la terrasse haute et qui depuis aurait été recouverte d'une butte de terre. Cependant, sa position en contrebas de la terrasse aurait été pour le moins étrange. Pour la galerie nord, dans les deux représentations, les belvédères sont accessibles depuis la galerie. Tandis que la galerie semble fermée, chauffée de cheminées et éclairée de larges croisées, deux des belvédères donnent à l'air libre. La « Vue du costé de la riviere de Loire » confirme cette ordonnance, et le procès-verbal de 1761 également. Le premier belvédère le plus proche du portique des Quatre Travées était à l'inverse couvert et il semble qu'il ait fait plutôt office de petit cabinet bucolique ayant vue sur la Loire.

    Les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau donnent aussi une idée du profil des arcades qui bordaient la galerie. De simples colonnes auraient ainsi soutenu la charpente en appentis. Mais encore faut-il considérer que la représentation est parfaitement fidèle. Celle des belvédères bien que stylisée, est en effet assez proche de ce que l'on observe encore aujourd'hui. La fiabilité du dessin des parterres est, quant à elle, difficile à évaluer car elle relève plutôt d'un modèle commun au XVIe siècle.

  • Précisions sur la fontaine centrale du jardin du château d'Amboise

    Le compte de construction du château pour l'année 1495-1496 témoigne des tentatives de mise en place d'une fontaine ; Pierre Vigot fut ainsi dédommagé en 1496 :

    - Fondation Saint-Louis, compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496, f°279v° : « Pour les pertes et daimaiges qu'il a euz et soustenuz a cause de son moulin et de ce quj ont esté rompuz et gastez pour ferre l'essay d'une fontaine estant en ladite terre que ledit seigneur a intencion et est deliberé faire venir en son dit chastel dont pour ce ledit molin a chommé et discontinue de mouldre par l'espace de troys ans ou environ et aussi pour aider a paier la rente qu'il doit dudit moulin et terres au seigneur du Feuillet a esté paye par ledit Blandin commis dessusdit la somme de deux cens livres tournois a luy ordonne par le Roy nostre sire pour les causes que dessus ainsi que par les lectres dudit seigneurs certifficacion ou mandement dudit Dezest tresorier dessus nommé et quictance dudit Vigot attaichee ausdites lectres et certifficacion cy rendue peult apparoir pour cecy 200 l. t. ».

    En outre, Léonard de Vinci consigna dans ses carnets que le château d'Amboise avait une fontaine sans eau :

    - Pedretti Carlo, Leonardo da Vinci, The royal palace at Romorantin, Cambridge, Massachusetts, 1972, fig. 133, reproduction du Codex Atlanticus 296 r-a, ca. 1518 : « Studies for the mechanism of a fontain, with the note : Amboise has a royal fountain without water ».

    Si l'on ne sait à quelle date le vivier fut mis en place, sa présence au sein du jardin est en revanche bien avérée par l'achat « d'une sarrure aboce mise a l'uys du vivier » figurant dans le compte de château de 1495-1496 (Fondation Saint-Louis, compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496, f°161r°) et de « treize toises de tuaulx de terre [...] pour servir au vivier du jardin dudit chastel » (idem, f°226r°).

  • Précision méthodologique

    Ce dossier électronique résulte du travail de plusieurs chercheurs. Lucie Gaugain, chercheur à l'université François Rabelais de Tours a réalisé ses recherches dans le cadre de son doctorat à partir de 2006. Elle a rédigé un dossier électronique sur le jardin du château d'Amboise en 2013.

    Michèle Quentin et Charlène Potillion, spécialisées dans l'histoire des jardins et travaillant au sein de l'association des parcs et jardins de la Région Centre-Val de Loire ont travaillé notamment à partir de données rassemblées par Xavière Desternes formalisées en 2008. Elles ont actualisé le dossier d'inventaire en 2019.

    Le présent dossier « Jardin du château d’Amboise » résulte de la fusion des données issues de ces différentes recherches.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales ; KK 289/2. Compte de l'argenterie du roi François Ier. 1517-1518.

  • Archives nationales ; KK 289/1. Compte de l'argenterie du roi François Ier. 1517-1518.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Archives nationales : O2 1383. Prise de possession du château d'Amboise par la sénatorerie d'Orléans le XI brumaire de l'an 12. Rapport des architectes en 1803-1811. Démolitions au château à la même période.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950. 1699-1761. Procès-verbal d'estimation du château d'Amboise, procès-verbal de prise de possession par le duc de Choiseul. 1761.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fond Laurence Berluchon : 22 J 34. Jardins d'autrefois et d'aujourd'hui à Amboise. XXe siècle.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fond Laurence Berluchon : 22 J 48. Jardins Renaissance à Amboise. XXe siècle.

  • Bibliothèque nationale de France, Pièces Originales, Vol. 2334, dossier 52557, pièce 31. Fragment de compte d'aménagement du jardin. 1501.

  • DESTERNES, Xavière. Inventaire pour l’Association des parcs et jardins en région Centre : jardin du château d'Amboise. Avril 2008. [dossier APJRC].

  • Fondation Saint-Louis, château d'Amboise. Compte de construction du château d'Amboise, tenu par Alixandre Blandin. 1er octobre 1495 - 30 septembre 1496, 285 f°.

Documents figurés
  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, deuxième étage du bâtiment sur Loire, troisième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et grenier du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • BELBENOIT, Vincent, LORANS, Élisabeth, FRANCOIS, Serge. La terrasse est du château d'Amboise (Indre-et-Loire). Rapport de sondages. 1993, 28 p., 24 fig. et 10 cl., (manuscrit dactylographié).

  • BOUDON, Françoise, BLECON, Jean, collab. GRODECKI, Catherine. Le château de Fontainebleau de François Ier à Henri IV, les bâtiments et leurs fonctions. Paris, 1998.

  • BOUDON, Françoise. Jardin d'eau et jardins de pente dans la France de la Renaissance. In Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa aux XVe et XVIe siècles, actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 137-183.

  • DAGNAS-THOMAS, Évelyne. Amboise, le grand dessein de Charles VIII. Poitiers : Université de Poitiers : mémoire de Maîtrise, sous la direction de Jean Guillaume : 1991. 3 vol., 182 p., 206 p. et 44 p., (manuscrit dactylographié).

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

  • GUILLAUME, Jean. Le jardin mis en ordre, jardins et château en France du XVe au XVIIe siècles. In Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa au XVe et XVIe siècles, actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 103-136.

  • GUILLAUME, Jean. Y a-t-il un « jardin de la Renaissance ? Introduction aux actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa au XVe et XVIe siècles, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 7-8.

  • LEROUX, Jean-Baptiste, SUREAU, Jean-Louis. Jardins en Touraine. Tours : Conseil Général d’Indre-et-Loire, Paris : Imprimerie nationale Éditions, 2006.

  • PEDRETTI, Carlo. Leonardo da Vinci, The royal palace at Romorantin. Cambridge, Massachusetts, 1972, fig. 133.

Périodiques
  • THOMAS, Évelyne. Les logis Royaux d'Amboise. Revue de l'Art, n° 100, 1993, p. 44-57.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours ; (c) Association parcs et jardins région Centre-Val de Loire - Gaugain Lucie - Quentin Michèle
Michèle Quentin

Déléguée de l'association Parcs et Jardins en Région Centre-Val de Loire


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- Potillion Charlène
Charlène Potillion

Chargée d'études (Association parcs et jardins de la Région Centre-Val de Loire)


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