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Amboise : secteur urbain de l'ancienne enceinte urbaine

Dossier IA37005715 inclus dans La ville d'Amboise réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

Parties constituantes non étudiées place, voirie, secteurs urbains, rue
Dénominations secteur urbain
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise

Dès le Haut Moyen Âge, la ville se développa dans une zone quasi-insubmersible, au pied du château ; la Masse servait alors de douves aux fortifications. Mais le tracé du bras appelé couramment par les historiens d'Amboise le « bras principal » soulève de sérieuses interrogations : bien que le rétrécissement de la Loire au niveau d'Amboise ait sans doute créé précocément un bourrelé interdisant à la Masse de se jeter directement dans la Loire, la topographie et la géologie ne peuvent expliquer à elles seules que le ruisseau marque un premier angle droit après être passé sous le moulin de l'« Aumosne » pour couler ensuite parallèlement à la Loire, puis un second angle droit avant de se jeter dans le fleuve. Cet aménagement rigoureux s'explique par l'implantation précoce de l'ancien moulin de l'« Aumosne », car ces dispositions correspondent à celles d'un bras de dérivation et d'un bief ainsi aménagés pour contrôler le débit de l'eau. Le bras secondaire, qui servit par la suite de douves à la seconde enceinte, serait donc une création bien antérieure à la fin du XIVe siècle. De fait, les deux bras permettaient, d'une part, le contrôle du débit du ruisseau et, d'autre part, l'assèchement de son lit majeur ; à la suite de ces aménagements, la population put s'y installer dans un second temps. Ce serait à ce moment que l'enceinte aurait été élevée pour protéger la population. Il est d'ailleurs possible que la charpente de l'hôtel de la rue du Petit Soleil, datant du XVe-XVIe siècle, recouvre un logis datant du XIIIe siècle. Il serait à l'inverse tout à fait improbable que l'on ait construit une enceinte autour d'un quartier avant qu'il ne soit peuplé, car aucune opération immobilière ne fut mise en place. En 1421, Pierre II d'Amboise et les édiles travaillaient à la fortification de la ville, mais ces travaux d'entretien des murs prouvent l'existence d'une enceinte bien antérieure qui pourrait remonter à la seconde moitié du XIVe siècle. D'après une lettre de 1417 citée par l'abbé Louis-Auguste Bosseboeuf, la remise en état de l'enceinte aurait été motivée par l'approche des Anglais. Ainsi, Pierre II d'Amboise adressa aux échevins de Tours des « (...) lettres closes portant mention qu'il a sceu que les anglais sont à Vendosme, brulent les fauxbourgs et que leur intention est de passer la Loire à Beaugenci, Blois ou Amboise (...) » pour demander qu'on lui détacha « (...) des gens de traits et de[s] canons (...) ». La mise en défense de la ville d'Amboise fut donc bien antérieure à notre période d'étude (1421-1525) ; cependant au cours du XVe siècle, l'évolution générale de l'armement, dont l'essor fut accéléré d'abord par le contexte de la guerre de Cent Ans, puis par les guerres de Louis XI en Normandie, en Picardie, en Catalogne et en Bretagne, tendit vers une diffusion plus ou moins rapide des nouvelles technologies que constituèrent les armes à feu. Celles-ci induirent, à Amboise comme ailleurs, des mutations entre 1430 et 1435, ainsi qu'en témoignent les lettres patentes d'octroi de l'apetissement du vin, au sein de l'architecture et de ses organes de défense. Puis, entre 1465 et 1467, d'autres travaux furent entrepris ; ils se poursuivirent, à partir de 1470, pour la garde du dauphin Charles, puis sous Charles VIII, pour préserver la sécurité du dauphin Charles-Orland au château. À Amboise, l'enceinte a quasiment disparu ; son tracé est néanmoins connu grâce au plan cadastral dit napoléonien (1808-1810) sur lequel elle apparaît. La tour Féalen et la tour de l'Horloge constituent les seuls vestiges encore visibles ; la tour Cormeray, quant à elle, existe toujours mais n'est plus accessible. Enfin, notre documentation la plus substantielle provient des archives de la ville. Parmi ces dernières se trouvent les registres de comptes, les registres de délibération du conseil de ville et les liasses de mandements et quittances que nous avons transcrits pour la période allant de 1421 à 1525. Souvent les élus de la ville préférèrent le travail en régie, choisissant les personnes à qui ils confiaient les travaux plutôt que de déléguer cette tâche à des entrepreneurs ; les chantiers étaient ainsi placés sous la direction des maîtres-ouvriers. Toutefois, certains chantiers étaient passés « par marché ». Dans ce cas, les ouvriers fournissaient les matériaux, et divers aspects des travaux nous échappent.

Période(s) Principale : limite 15e siècle 16e siècle
Principale : Moyen Age

L'enceinte présentait un périmètre de 1200 m dont 400 appartenant à l'extension de la fin du XIVe siècle. Les murs mesuraient 6 m de haut pour 1,50 m d'épaisseur à la base. Un chemin de ronde équipé de garde-corps courait sur le haut des murs. On y accédait par des escaliers de pierre ou des échelles de bois amovibles. L'enceinte était protégée par des douves, en eau ou sèches, dont une partie correspondait au cours de la Masse plus ou moins aménagé. L'enceinte était fermée de dix portes : les portes des Ponts de pierre, Tripière, Saint-Simon, du Petit Fort ou des Bons Hommes, Titery, du guichet Errart, des portes Galaffre ou Saint-Denis, Heurtault et la porte Neuve. Trois portes plus importantes - Galaffre, Heurtault et la tour du Pont - étaient dotées de logis-porte. Elles étaient équipées de pont-levis et de vantaux. Le guichet Errart était pourvu d'une herse. Trois autres portes -Tripière, Saint-Simon et Neuve - se présentaient comme de simples passages, un pont dormant enjambant la douve et de simples vantaux de bois fermant la porte. Les portes étaient précédées de garde-porte et barrière permettant aux gardes de contrôler l'identité des personnes allant et venant dans la ville. Cinq tours étaient réparties le long des remparst marquant les angles de l'enceinte : Boileau, Boulacre, Féalan, Cormeray et Argot. Ces tours circulaires devaient mesurer une quinzaine de mètres de haut pour 6 m de diamètre. En 1467, Louis XI (1461-1483) exigea la construction de quatre boulevards : sur le pont, devant la porte des Bons Hommes ou du Petit Fort, devant la porte Heurtault et devant la porte Galaffre. Seul ce dernier perdura jusqu'au début du XVIe siècle.

Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Le boulevard de la porte Galaffre (Saint-Denis) dans les comptabilités amboisiennes

    Le boulevard de la porte Galaffre dans les comptabilités amboisiennes

    Dès le 2 novembre 1467, il est question d'édifier des boulevards à Amboise :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°33 r° : « [...] Le roy lui a escript qu'il face faire certains boulevars, douves et deffences en la ville et portes d'icelle ».

    Parmi les entrées concernées par ces nouvelles défenses, la porte Saint Denis, qui est indifféremment appelée Galaffre. La localisation du boulevard est affirmée par une mention :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°34 r°, (26 novembre 1467) : « [...] Le roy la chargé de dire aux gens de la ville qu'ilz facent faire troys boulvars, l'un a la porte des ponts, l'autre a la porte Saint Denis et l'autre a la porte Hurtault et oultre que l'on rempare la ville et les murs d'icelle ».

    Une autre mention plus tardive précise que le boulevard était attenant à la chaussée de la Grande rue Saint-Denis :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°54 r°, (11 octobre 1472) : « [...] Touchant la demolicion faicte par Thomas Filiault en la chaussee de pierre estant hors la ville joignant la porte St-Denis et pres le boulvart retenant l'eaue des foussez de ladicte ville ».

    La ville devant réaliser rapidement ces ouvrages et n'ayant que peu de moyens financiers, une solution provisoire est trouvée. On utilise des tonneaux de vins que l'on remplit de terre :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°34 v°, (21 novembre 1467) : « [...] Le plaisir du roy est qu'on face des boulvars aux portes de ceste ville et une bastille sur les ponts et que si on ne peut faire lesdits boulvars de pierre pour la saison de l'iver qui est de present, que hastivement en face des foussez la ou l'on fera lesdits boulvars et que on mectre des pipes plaines de terre sur bout au long desdits foussez et la bastille et ung pont leveys sur lesdits ponts ».

    À propos du coût des infrastructures, il semble que le roi n'estime pas à sa juste valeur de tels travaux, évaluant le creusement des fossés et l'érection d'une bastille sur les ponts et de trois boulevards à 80 à 100 livres tournois :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°37 r°, (14 février 1467) : « [...] Et qu'il [le roy] n'entend point que lesdites bastilles et boulvars coustent plus de IIIIXX a C s.t. ».

    En outre, le roi demanda la réfection totale du chemin de ronde des murs de la ville, que celui-ci soit accesible et arpentable en tout lieu. Il entendait bien que la ville soit duement gardée par les gentilshommes de Touraine assurant la protection du dauphin, futur Charles VIII :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°63 r°, (28 juillet 1475) : « Monseigneur de Maillé estant en ceste ville et aiant de par le roy, la charge et garde de monseigneur le daulphin, vendredi dernier dist et commanda aux esleuz et gens de la ville qu'ilz feissent fortiffier les murs de ladicte ville et que on feist faire des manteaux aux creneaux desdits murs et que les portes et boulvars de ladicte ville feussent habilléz et que l'on feist chevaletz sur lesdits murs et allees pour y aller arpenter de jour et de nuyt et que l'on feist une garde porte au pres du puiz qui est entre la ville et Petit Fort pour y faire la porte pour les gentilz hommes de Touraine qui de present y sont pour la garde de mondit seigneur.

    A esté appoincté par les dessusdits que aux despens de la ville seront faictes eschalles pour monter sur les murs de ladicte ville et y seront faiz chevaletz et mis des aes sur lesdits murs pour y aller au sommet es lieux ou il en fauldra. Semblablement seront appareillez les boulvars, pons et portes de ladicte ville. Aussi sera faicte une garde porte pres dudit puiz et seront rompuz les empeschemens mis sur lesdits murs par aucuns desdits habitans au droit de leurs maisons et a leurs despens pour aller au sommet parsus lesdits murs. ».

    Cependant, le boulevard constitué de tonneaux remplis de terre ne dura qu'un temps, car en décembre 1481, il était question de restaurer son pavement :

    - Archives communales d'Amboise, CC 197, f° 37 : Pierre Doreriviere, paveur demeurant Amboise, reçoit le 19 décembre 1481, 60 s. t. pour, entre autres tâches, « avoir faict 5 toizes de pavés a l'in des bouts du boulouard de la porte Saint Denis ».

    Les travaux initiés sous Louis XI (1461-1483) semblent s'être poursuivis au début du règne de Charles VIII (1483-1498) en 1484 et 1485 :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 2 : Raymond Guemant reçoit le 9 février 1484, 14 s. 7 d. t. « pour 7 journees par lui et autres soubz luy a estaindre 17 pippes 3 quarterons de chaulx achapté de Matelin Vernon, chaussinnier, pour faire le boulouard de la porte Saint Denis ».

    Mais la construction fut en passe d'être abrogée, puisque l'assemblée de la ville se rassemble le 8 août 1485 pour traiter de ce boulevard beaucoup trop onéreux :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 74 : « [...] Pour traictez et advisez ensemble de la maniere et coment on pourra trouver deniers pour parachever le bastiment de la maison que les habitants de la ville et les freres de la frerie de la concepcion Notre Dame et monseigneur Saint Nicollas fondée en l'eglise Saint Florentin d'Amboise ont comencé a faire en place du petit fort que le roy a donnée a la ville pour faire le grenier a sel. Parce que de présent les esluz de la ville ont fait commancer ung boulouart a la porte Galaffre pour lesquels les deniers communs de la ville ne sauraient suffire sans faire emprunt. Tous les dessus nommez ont remonstrez que sur la place d'icelle y a en nombre et quantité de pierre de taille de Saint Aignan, Sauveur, Lussault et autres lieux, chaulx, sablons et autres matieres y ont coustés grants sommes de deniers et seroient en voye d'estre perdues s'il n'estoient emploiees audit bastiment ou vendues ».

    Et en effet les élus décident d'achever la maison de ville, qui sert aussi de grenier à sel, plutôt que de finir le boulevard :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 74 : « [...] Que ladite maison serait parachevee tous autres ediffices cessants et mesmement le boulouart lequel sera razé pour emploier les matieres qui y sont ... et que Pierre Goussart, a present receveur, fournira de deniers et pour ce que de present fault recouvrer et bailler deniers pour ledit bastiment a este apoincté que ledit receveur fera diligence d'en trouver par emprunt ou autrement jusques a la somme de cent livres ».

    La destruction est d'autant plus souhaitable que le boulevard est fort mal conçu :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 74 : le capitaine déclare « [...] iceluy boulouard n'est pas bien commancé et qu'il deust estre estroit par devant et large par darriere ainsi comme en triangle et qu'il est trop loing de la porte ».

    Le boulevard a pourtant dû être achevé puisque des matériaux y sont encore acheminés après le mois d'août 1485 :

    • Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 38 : Jehan Bernard, charretier, fait « un tour depuis la foret dudit Amboise jusques audit boulouard pour emmener des perches a chaffaulder ledit boulouard ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 61 : on mène « des chaillou de verrie jusques au boulouard de Saint Denis lesquels ont este prins au mauvais chemin qui estoit a laditte porte ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 67 : on commande « une pierre a faire une gargouille audit boulouard ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 72 : dans le compte de Debrion, Jehan Sampon, Jehan Huneau, Jehan Salmon de Bonnefoy, Jehan de Signoigne, André Guillemy, Hervé Ruault, tous macons et Jehan Sautereau, Guillaume Malet, Mauricon Lefranc, Guillaume Galet, Jehan Ronzay, Jehan, tous manoeuvres, reçoivent le 16 juillet 1485, 10 l. 6 s. 3 d. pour avoir « besognez au boulouard nouvelement encommancé a la porte Saint Denis ».

    Nous ne citerons pas tous les travaux de cet ouvrage, qui sont particulièrement nombreuses durant l'année 1485. On y achemine des pierres dures, des pierres de maison et de taille, de la chaux, du sable...

    Notons par ailleurs que le boulevard de la porte Heurtault est mentionné dans les requêtes du roi mais qu'il ne vit certainement jamais jour. La ville avait apparemment eu beaucoup de problèmes à édifier celui de Saint-Denis et ne s'engagea pas dans un second ouvrage. Ainsi, ne trouve-t-on jamais de mentions de tels travaux dans les comptes de la ville.

  • La porte Heurtault

    La porte Heurtault

    Cette porte de la ville, située en contrebas du château, donna son nom à la tour cavalière qui était en construction à la mort de Charles VIII (1483-1498).

    L'enceinte de la ville joignait au sud-est le promontoire du château, à peu près à hauteur de son fossé oriental, et s'élevait le long de l'actuelle rue Racine. La douve continue descendait le long du rempart, perpendiculairement au promontoire castral, jusqu'au cours de la Masse. La première mention dont nous disposons au sujet de la porte Heurtault concerne la fabrication d'une serrure, en août 1446 :

    -Archives communales d'Amboise, CC 190, (folio non numéroté) : « A Jehan Randouin claveurier [...] pour une clef et avoir apareillé les gardes de la claveur du pont leveys de la porte Heurtaut (...) ».

    Mais il y a tout lieu de croire que sa création remonte à la mise en place de la première enceinte car elle apparaît comme l'une des trois portes principales d'Amboise. En 1448, on commanda des « tiensmains » - des lices - qui furent posées sur le mur entre la porte et « l'eschallier de pierre desdits murs prouche de ladicte porte » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 191, (folio non numéroté) : Jehan Fouchart et Jehan Adnemat charpentiers sont rémunérés 4 l. t. pour cette tâche parmi d'autres.

    En 1452, le pont-levis de la porte Heurtault qui franchissait la douve fut réparé (Archives communales d'Amboise, CC 78, f°11v°).

    En 1464, l'ouvrage est désigné comme « la tour du portau de la porte Hurtault » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°9r° ; 9 mars 1464 : à Regnault Pean, paveur, « IX toises II tiers de pavés qu'il a faictes soubz la tour du portau de la porte Hurtault ».

    Le passage devait y être suffisamment intense pour qu'elle soit pavée dès juillet 1464 :

    -Archives communales d'Amboise, CC 84, f°16v° : Macé Tatin, charretier, est chargé de « (...) charroyer [...] du pavé de Rochecorbon, qu'il a amené du port de la riviere pres le jardin du sieur de Nazelles ou Petit Fort, jusques a la porte Hurtault pour paver au droit de ladicte porte et environ (...) ».

    De manière plus anecdotique, en juillet 1476, il fut nécessaire de réparer le tablier du pont, afin de supporter la charge d'une grosse pierre achetée par Estienne Leloup pour le Clos Lucé qu'il y fait « mener à force de charroy » (Archives communales d'Amboise, CC 99, f°16v°). En janvier 1487 (n. st.), il fut à nouveau question de refaire « tout de neuf » le pont-levis de la porte et le pont-dormant ; mais leurs dispositions ne sont pas pour autant explicitées (Archives communales d'Amboise, CC 106, f°37v° : les travaux sont exécutés par Estienne Lostellier, Bernard Boutet, Pierre Boigneau, charpentiers).

    En 1494 - date correspondant au départ de Charles VIII en Italie qui, laissant le dauphin à Amboise, demandait à la ville d'être plus vigilante -, on ajouta au dispositif une barrière volante (Archives communales d'Amboise, CC 109, f°29r° : Estienne Lostellier, Robin Rousseau, charpentiers en sont chargés).

    La porte Heurtault contrôlait donc la route rejoignant Montrichard par le coteau et ouvrait sur un des faubourgs importants de la ville. En 1448, un chemin de ronde fut aménagé sur le haut du mur. L'ouvrage était plus qu'un simple portail, il accueillait une salle de garde en relation avec le chemin de ronde. En outre, une garde-porte devançait la porte, côté faubourg. Elle était destinée aux guets du lieu, contrôlant l'identité des personnes désirant pénétrer dans l'enceinte.

    Devant la porte, dans le faubourg de la porte Heurtault, il avait été prévu, dès 1467, de construire un boulevard, l'un des quatre envisagés à Amboise si l'on en croit le registre des délibérations du conseil de la ville (Archives communales d'Amboise, BB 1, f°34r°). Une seule mention, datant de 1507, a été retrouvée dans les comptes sur ce boulevard qui est indirectement évoqué par la « garde porte du boulevart de la porte Hurtault » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 123, f°40 v° : « (...) Ung huys, deux fenestres avecques ung acoudouer pour lesdits fenestres le tout pour la garde porte du boulevart de la porte Hurtault (...) ».

    Aussi peut-on s'interroger sur la distance qui séparait le boulevard de la porte et sur le nombre de garde-porte : la garde-porte du boulevard différait peut être de celle de la porte de ville.

  • La tour Boileau
    La tour Boileau

    Le nom de cette tour provient certainement de sa proximité avec la maison d'un certain Bouillau, cité en 1456.

    Depuis la porte Heurtault, le rempart descendait jusqu'aux berges de la Masse où il marquait un angle droit repartant vers l'ouest : la tour Boileau prenait place à cet angle. En 1456, on fit une échelle pour « monter sur les murs a aller de la maison feu Bouilliau a la tour de la Masse » (Archives communales d'Amboise, CC 80, f°10v°).

    En 1465 et 1467, on posa des « tiensmains » sur les courtines attenantes à la tour :

    • Archives communales d'Amboise, CC 87, f°15v° : « (...) Aussi a faire les tiensmains sur les murs de la porte Hurtault et pres la tour de la Masse et sur les murs pres la tour Boilliau (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 85, f°17r°-v° : « (...) Et aussi pour faire des tiensmains sur les murs de la porte Hurtault et environ la tour Boulyau (...) ».

    En août 1467, on y créa une loge pour faire le guet, loge qui fut restaurée en octobre 1485 :

    • Archives communales d'Amboise, CC 87, f°17r° : « (...) Pour avoir bessé la maison de la tour Boilleau et y avoir fait une logete a loger le guet (...) ». (CC 87 f°24 v° : autre mention).
    • Archives communales d'Amboise, CC 198, f°41 : « (...) Pour troys toizes de boys carré par eulx mis et employé a faire une logete a faire le guetz sur la tour Boilliau [...] Item, pour troys toizes et demye de seaige plat mis et employé a clore tout alentour de laditte loge (...) »).

    On ne sait rien de cette tour, et son importance devait être toute relative si l'on en croit le peu de mentions qui s'y rapportent, mais sa construction, sur les berges de la Masse, est particulièrement intéressante. Certaines mentions se rapportent aux « paux » - des pieux - qu'il est nécessaire de mettre à la « tour Boilau » (Archives communales d'Amboise, CC 89, f°9r°-v°).Y avait-il un système de pilotis ainsi que cela était courant à Amboise pour les ouvrages implantés en milieu humide ? Car il peut aussi être question de pieux qui retenaient les bords francs des douves comme en témoignent les « deux charrestees de gros paulx qui ont esté mis et plantez a la douve d'empres la tour Boilliau en la douve de la porte Hurtault » (Archives communales d'Amboise, CC 89, f°10v°. Achat de l'année 1467-1468).

  • La porte Titery

    La porte Titery

    Aucune explication valable ne rend compte du nom de cette porte.

    Après la tour Boileau, l'enceinte suivait toujours le cours de la Masse, lui servant de douves. En face de l'actuelle rue de la Tour, la porte Titery ouvrait la ville du côté des marais et son pont enjambait la Masse. Cette porte fut créée peu avant l'année 1454-1455 puisqu'une mention stipule « les portes qui ont estees mises a la porte Tytery qui nagaires a estee ouverte » (Archives communales d'Amboise, CC 79, f°10v°). En 1454, la porte ne fermait donc que par des vantaux. Le pont qui traversait la Masse à sa hauteur était dormant, il semble que sa première utilité ait été de gagner le faubourg Saint-Thomas, et par là même, le grand marché qui se tenait à côté. Le pont apparaît dans les archives à plusieurs reprises sous le terme de « planche » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 80, f°10r°-v : « (...) Pour une piece de boys quarree qui a esté mise a faire l'une desdictes planches pour aller audit marché, laquelle contient 4 toyses ou environ (...) ».

    Le terme de planche semble recouvrir un double sens. Il peut désigner un petit pont léger fait de planches, mais lorsqu'il est opposé au pont-levis charretier d'une porte, il s'agit de la porte piétonne ; on suppose dans ce dernier cas qu'il s'agit donc d'un pont-levis piéton et étroit. En 1456, Jehan Fouchart fut rémunéré « pour avoir esquarri le boys des planches de la porte Titery a aller au marché d'Amboise » (Archives communales d'Amboise, CC 80, f°10r°). En 1465, à la demande de Louis XI, la ville dut renforcer sa vigilance à l'égard des personnes étrangères à la ville et l'on décida de condamner celle-ci, parmi les trois portes qui n'étaient pas indispensables à la cité :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°14v°, en mai 1465 : « (...) Pour avoir bouché de muraille la porte Titery, la porte saint Simon et la porte Tripiere (...) ».

    En 1475, plusieurs charpentiers oeuvrèrent pendant 49 jours à « faire le grant et long pont de boys d'entre la porte Titery et le marché » (Archives communales d'Amboise, CC 98, f°11r°). Auparavant des pieux avaient été plantés en terre. Il est donc vraisemblable qu'il fallut aménager un passage surélevé pour traverser les marais. Ici aussi, un « eschallier de pierre » permettait de monter sur le mur de la ville (Archives Communales d'Amboise, CC 87, f°9v°). En 1467, il avait été nécessaire de fermer les entrées de tous les escaliers semblables afin de « garder qu'on ne montoit sur lesdits murs » (Idem). Dès 1475, une garde-porte lui fut adjointe :

    -Archives Communales d'Amboise, CC 98, f°15v° : Jehan Chereau, couvreur, est chargé de fournir de « cloux, chanlates, lathes et tuilles pour la garde porte faicte neufve » (et f°18).

    En 1481, un pont-levis fut installé sur la douve :

    -Archives Communales d'Amboise, CC 103, f°22v° : « (...) Pour 2 toises de boys mises a couvrir le pont leveys de neuf fait a la porte Titery (...) », « (...) pour une piece de boys dont a esté fait un treteau qui porte et soustient ledit pont leveys (...) ».

    On refit cette même année 1481 « le pont qui est oultre la porte Titery », celui qui allait au marché. On pava ses abords (Archives Communales d'Amboise, CC 104, f°15). Cette porte, qui n'est jamais qualifiée de tour, devait être moins imposante que la porte Heurtault, mais elle fait l'objet de nombreuses réparations ce qui prouve son utilisation intensive. On ajouta nombre de pièces métalliques pour renforcer sa structure en 1482 :

    -Archives Communales d'Amboise, CC 104, f°16v : en mai 1482, « (...) une barre de fer par lui mise a la porte Titery laquelle se ferme de clef affin que les charroy n'y puisse passer en ce comprins la serrure (...) ».

    En 1499, la maçonnerie de la porte fut refaite et habillée car elle venait d'être « eslargie » (Archives communales d'Amboise, CC 115, f°9v°). Par la suite les travaux concernèrent l'entretien de l'ouvrage.

  • Le moulin de l'« Aumosne »

    Le moulin de l'« Aumosne »

    L'enceinte suivait la Masse jusqu'au dédoublement de son cours. L'embranchement se situe au coude que marque l'actuel quai des Marais, ce dernier longeant la Masse. Alors que la première enceinte regagnait le moulin de « l'Aumosne », situé à mi-chemin entre la bifurcation et la Loire - moulin de « l'Aumosne » qui devint la tour de l'Horloge à la fin du XVe siècle -, la seconde enceinte suivait le bras secondaire de dérivation qui coulait jusqu'à la tour Boulacre. Ces ouvrages sont antérieurs à 1421 puisque la construction de la seconde enceinte n'est jamais mentionnée dans les archives de la ville qui ne commencent qu'en 1421. La porte du moulin de « l'Aumosne » perdit toute valeur défensive quand fut édifiée l'extension de l'enceinte. Dans les archives de la ville, l'ouvrage apparaît sous différents noms :

    • « la tour du pont de la boucherie » en référence aux bouchers qui étaient installés à proximité (Archives communales d'Amboise, CC 191, (folio non numérotés), juillet 1448),
    • « le guichet de la rue de la boucherie » (Archives communales d'Amboise, CC 79, f°16v°, 1454-1455),
    • « le portal de la boucherie » (Archives communales d'Amboise, CC 82, f°10r°-11v°, 1458),
    • « le molin de la Masse » (Archives communales d'Amboise, CC 93, f°10r : mai 1471),
    • « la tour de dessus le pont de la Boucherie » (Archives communales d'Amboise, CC 93, f°20v°, 1471).

    À partir de 1494, il est nommé « moulin de l'Aumosne », ou « moulin de la Masse » ou « tour de l'Horloge » (Archives communales d'Amboise, CC 110, f°25r°-v°, 1494).

  • La porte « Neufve »

    La porte « Neufve »

    Jusqu'en 1489, date à laquelle fut ouverte la porte « Neufve », l'enceinte était continue depuis le coude du bras de dérivation de la Masse jusqu'à l'angle sud-ouest de l'enceinte qui était marqué par la tour Boulacre.

    Les déblais provenant des travaux du château - lesquels produisirent en deux ans un volume de 6 480 charretées - furent versés dans les marais qui s'étendaient au sud de la ville. Un projet vit rapidement jour : percer dans l'enceinte une ouverture qui devait permettre, dans un premier temps, de venir vider les tombereaux puis, dans un second temps, d'en faire une porte de ville à part entière.

    Dès juillet 1489 on fit :

    -Archives communales d'Amboise, CC 107, f°19v° : « une porte voulté pour aler de la grant rue de la boucherie par devant la maison de la nourisse du roy notre sire es marays de la Masse avecques un eschenau dessoubz ladicte porte pour passez les egoutz de ladicte rue ».

    Elle reçut des doubles vantaux et, plus tard, un pont dormant enjambant la Masse qui était régulièrement réparé (Archives communales d'Amboise, CC 107, f°23v°). On trouve également mention en 1502 d'une barrière qui dut être remise en état à la porte Neufve (Archives communales d'Amboise, CC 117, f°31r°).

    La porte était destinée à « aler par les marays au grant marché », ce qui évitait un détour considérable puisqu'auparavant il était nécessaire soit de passer par la porte Titery, soit de faire une boucle par Saint-Denis et de revenir au marché par l'actuelle rue Rabelais (Archives communales d'Amboise, CC 107, f°20r°). Cette porte percée tardivement, il est vrai, ne fermait que par des vantaux et ne semble pas avoir présenté d'élément défensif, si ce n'est une barrière qui la précédait en 1502.

  • La tour Boulacre

    La tour Boulacre

    Notons qu'un certain Jehan Boulacre apparaît dans les archives et qu'il serait possible que le nom de la tour découle de sa contiguïté avec la demeure de celui-ci :

    -Archives communales d'Amboise, CC 106, f°16r° : Jehan Boulacre, « perrier », 70 s. t. « (...) pour ung cent de quartiers de pierres de Saumeur du petit coing [...] bailee et livree au jour d'uy au port d'Amboise pour mectre et employere ou bastiment de la maison de ladicte ville ».

    À l'image de la tour Boileau, la tour Boulacre marquait l'angle sud-ouest de l'enceinte. Elle ne tenait pas lieu de porte et elle est très peu citée dans les archives. Pourtant son emplacement prouve à l'évidence qu'elle date de la mise en place de la seconde enceinte, avant 1421. Cette tour, marquant l'angle sud-ouest de l'enceinte, n'a pas été rencontrée dans les textes sous le nom de tour Boulacre, mais la tour « au Muet » citée occasionnellement pourrait correspondre à la tour Boulacre car elle semble s'élever à proximité de la porte Saint-Denis :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°54r°, en octobre 1472 : « (...) Item, touchant certaines autres entreprinse que l'on dit que Jehan Gaudion l'esné a faicte sur la ville en faisant ediffier certaine maison en ladicte ville d'Amboise joignant a la tour au Muet et aux murs de ladicte ville et aussi touchant autres acroissements que ledit Gaudion a faicte en son jardin estant a la porte Saint Denis oultre la chaussee (...) ».

  • La porte Galaffre ou porte Saint-Denis

    La porte Galaffre ou porte Saint-Denis

    Si l'origine du nom Galaffre demeure inconnue, celui de Saint-Denis fait référence au faubourg de l'église Saint-Denis-hors-les-murs. À hauteur de la tour Boulacre, la Masse marquait à nouveau un angle droit pour rejoindre, au nord, son premier bras et se jeter dans la Loire. À la rencontre de la Grande rue Saint-Denis - l'actuelle rue Nationale - et du ruisseau, la porte dite Galaffre ou Saint-Denis ouvrait l'enceinte sur le faubourg éponyme. En 1421, première année documentée par les archives de la ville, les comptes concernent la réparation de « la chancre de la porte Galaffre », qui est parfois aussi appelée la « rompeure de la chancre » (Archives communales d'Amboise, CC 71, f°3r°-v). Le chantier visa semble-t-il à restaurer un pan de mur en très mauvais état, rongé par l'humidité : il s'étendait sur tout le front de Loire de la seconde enceinte et occupa les hommes de métier durant le printemps et l'été.

    En 1445, il fut nécessaire d'« appareiller le pont-leveys de la porte Galaffre qui estoit rompu » (Archives communales d'Amboise, CC 190, folio non numérotés). Puis, quasiment tous les ans, planches, goupilles, « bascule », « crappaudaux », etc. en étaient changés :

    - Archives communales d'Amboise, CC 191, 15 février 1447, folio non numérotés : « (...) Pour faire les portes de la porte Galaffre de la vile et les faire de bon boys neuf (...) ».

    Il y avait aussi un passage piéton puisqu'en janvier 1468 (n. st.) il est question de « boucher de muraille l'uisset de la planchete de la porte Galaffre qui estoit derompu ».

    - Archives communales d'Amboise, CC 86, f°11 r° : « (...) Faire le pont dormant de la porte Saint Denis et les tiensmains d'icelluy pont tout neufz (...) ».

    La même année 1468, on acheta une grande échelle pour monter sur le « portal » (Archives communales d'Amboise, CC 87, f°15v° et 23v°). La barrière « volante » qui précédait la porte apparaît en 1465 sans que l'on sache avec certitude si elle existait avant cette date. En 1467, quelques précisions concernent son positionnement :

    - Archives communales d'Amboise, CC 85, f°17v°. CC 87, f°22r° : « (...) Pour ung huys qu'il a faict au moys de may IIIIc soixante cinq a l'uys de la porte Galaffre par lequel l'on entre en la ville quant la barriere volant est fermee et joignant a icelle barriere d'une part, et a la maison de la garde porte d'autre part (...) ».

    En février 1469, la garde-porte de Saint-Denis fut recouverte, puis au mois d'octobre, il fallut renforcer l'ouvrage encore davantage en posant des pentures :

    - Archives communales d'Amboise, CC 91, f°11 et 15r° : « (...) Huit bandes de fer [...] au pont levis de la porte Saint Denis et de la porte Hurtault afin que les charrestes ne derompent point iceulx ponts (...) ».

    L'année suivante, les comptes mentionnent la réparation de « (...) l'huys a l'entree de la tour de dessus le pont de la porte Saint Denis (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 93, f°9r°, 1470).

    Enfin, en décembre et janvier 1474 (n. st.), plusieurs journées d'ouvriers furent payées pour réparer les canonnières :

    -Archives communales d'Amboise, CC 96, f°22r° : « (...) Pour avoir faict la maçonerie, fenestres et canonieres de la maison de la garde porte de la porte Galaffre (...) ».

    En 1458, Regnault Pean, paveur, fut rémunéré 22 s. 6 d. t. « (...) pour la fazcon de quatre toises et demye de pavé par lui faictes soubz le portal de la porte Saint Denis (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 82, f°13r°). Puisque il n'est pas fait mention de pavé ancien à relever, on peut supposer que cela n'avait jamais été fait auparavant.

    À la fin du Moyen Âge, la Grande rue Saint-Denis constituait l'axe majeur, traversant Amboise d'est en ouest, puisqu'il accueillait la route d'Espagne ; la porte Galaffre faisait partie des trois portes principales de la ville comme en témoignent les réparations incessantes qui y avaient lieu. Avant 1445, existait déjà un pont-levis qui consommait une quantité importante de matériaux. Contrairement à la plupart des portes, il n'y avait pas d'accès direct au chemin de ronde, par contre, comme à la porte Heurtault, une salle de garde surmontait la porte Galaffre. Ainsi, l'ouvrage devait se présenter comme un modeste logis-porte couvrant la largeur de la rue (3 m à 4 m) fermé d'un pont-levis cavalier, jouxté d'un passage piéton équipé de son petit pont dormant lui-même précédé d'une barrière volante. Les gardes s'abritaient dans la pièce située au-dessus de la porte ainsi que dans la garde-porte, et assuraient la surveillance et la manipulation des différentes fermetures.

    Dès novembre 1465, Louis XI imposa à la ville de s'équiper de quatre boulevards ; l'un d'eux précédait la porte Saint-Denis. En tant que lieu de passage, la porte Galaffre fit aussi partie des premiers endroits pavés dans la ville.

  • Les grilles sur la Masse

    Les grilles sur la Masse

    Afin d'éviter que l'on puisse s'introduire dans l'enceinte par la rivière de la Masse, deux grilles de bois barraient le ruisseau. Elles étaient régulièrement réparées ou remplacées. Dès l'année 1454-1455, la grille de l'embouchure de la Masse est attestée :

    -Archives communales d'Amboise, CC 79, f°10v°-11r° : 1454-1455, à Jehan Fouchart charpentier : « (...) Pour avoir fait la greille de boys qui est assise a l'arche des murs qui est au droit de la Masse et laquelle greille avoit premierement esté faicte en la maniere qu'elle luy avoit esté devisee par aucuns des gens de la ville et pour ce que icelle greille ainsi premierement faite n'estoit bonne, ne prouffitable a esté refaicte par ledit Fouchart et mise en l'estat qu'elle est de present (...) ».

    En 1482, une autre grille est mentionnée à proximité de la future tour de l'Horloge : Estienne Lostellier, charpentier, posa ainsi des barreaux de bois :

    -Archives communales d'Amboise, CC 104, f°33r° : « (...) Certains barreau de boys au travers de l'arche de pierre estant sur laditte Masse au dessoubz du molin de l'Aumosne lesquelz barreaulx sont faiz en maniere de grille affin qu'on n'entrast par dessoubz ledit portal en laditte ville (...) ».

    Au mois d'août 1482, on remplaça ses ferrures et on prit tous les soins nécessaires à ce qu'elle ne soit pas franchissable. Ainsi Benoist Jamet, serrurier, fut payé pour avoir fourni, entre autres, des crampons :

    -Archives communales d'Amboise, CC 104, f°22r° : « (...) 9 crampons de fer par luy faiz et mis en la grille de boys qui a esté faicte oudit moys par Estienne Loustellier, charpentier, en l'arche de la Masse par lesquelz crampons a esté mis une chesne de fer affin qu'on ne puisse lever le boys de laditte grille ne passer par icelle en la ville et pour un grousse serrure garnye de clef atachee a laditte chesne de fer. Item, (...) pour une clef faicte a la serrure de l'uys estant sur les murs de la ville par lequel huys on vait a la trappe ou arche ou est laditte grille de la Masse. Et pour avoir levé et rassise laditte serrure (...) ».

    Pour des raisons sans doute d'économie, les grilles étaient donc en bois et quelques pièces de fer venaient les renforcer.

  • La tour Féalan d'Amboise

    La tour Féalen est régulièrement citée dans les comptes de la ville, tout particulièrement en 1481-1482 : Archives communales d'Amboise, CC 103, f°48.

    Les comptabilités amboisiennes prennent parfois pour point de repère la maison d'une certaine Fealenne où l'on pourrait entendre l'origine du nom de la tour. :

    -Archives communales d'Amboise, CC 197, f°38 ; 19 décembre 1481 : « Pour 2 toizes et demye de paves quil a faict a paver la ruelle par laquelle on monte sur les murs de la ville pres la maison de la Fealenne ».

    Située à l'angle nord-ouest de l'enceinte, au coude que forme le premier bras de la Masse lorsqu'il vient rejoindre le second bras pour se jeter, ensemble, dans la Loire, elle est l'une des deux tours toujours existantes et la seule encore visible. Elle est toutefois si dénaturée que notre analyse est extrêmement succincte. Aujourd'hui, son diamètre est de 6 m, pour 12 m de haut. Son couronnement et son aspect originel ont disparu, notamment du fait du comblement des douves qui lui a fait perdre 2 m à 3 m de hauteur. Elle est mentionnée plus fréquemment que les autres tours de l'enceinte en raison de sa situation face à la Loire qui sert de point de repère pour la livraison de matériaux. Le mur de la ville, qui était baigné par le bras principal de la Masse, nécessitait un entretien constant. Il semble en effet que durant l'année 1449-1450, le pan de mur compris entre la tour Cormeray et la tour Féalan se soit plus ou moins effondré. Les comptes concernent alors « la bresche des meurs d'icelle ville » et les ouvriers travaillèrent sur « les meurs de la ville d'Amboise nagueres cheuz pour tandre iceulx meurs rompuz et y faire deffence » (Archives communales d'Amboise, CC 75, f°11v° : compte de l'année 1449-1450).

    En 1457, les matériaux arrivaient en abondance pour réparer ce même mur :

    -Archives communales d'Amboise, CC 81, f°9v° : « Pour mectre et emploier a l'ediffice du mur neuf de ladicte ville qui est pres la tour Fealen ».

    Mais était-il question de refaire un mur abattu à cause de son mauvais état ou d'une création ? Pour la cohérence de l'enceinte, la première proposition semble la plus probable. Dès 1467, conformément aux directives de Louis XI qu'il réitéra en 1475, la défense de la ville se renforça de boulevards et de chemins de ronde :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°63r° : le 7 août 1475 : « (...) Pour ce que monseigneur de Maillé estant en ceste ville et aiant de par le roy la charge et garde de monseigneur le daulphin, vendredi dernier dist et commanda aux esleuz et gens de ladicte ville qu'ilz feissent fortiffier les murs de ladicte ville et que on feist faire des manteaux aux creneaux desdits murs et que les portaulx et boulouars de ladite ville fussent habillez et que l'on feist chevaletz sur lesdits murs et allees pour y aler arpenter de jour et de nuit et que l'on feist une garde porte au pres du puiz qui est entre la ville et Petit Fort pour y faire la porte pour les gentilz hommes de Touraine qui de present y sont pour la garde de monseigneur (...) ».

    Il était désormais possible d'« arpenter la courtine », comme en témoigne le paiement des « tiensmains de boys sur la muraille d'environ la tour Fealan et du mur neuf » (Archives communales d'Amboise, CC 87, f°17r°). Par la suite, la tour Féalan n'apparaît plus que comme point de repère pour localiser un lieu ou comme remise pour le matériel de la ville :

    -Archives communales d'Amboise, CC 99, f°17r°, compte de l'année 1475-1476 : « (...) Aussy admené du vieil boys de seaige lequel estoit en la garde porte desdits ponts du derompement desdits ponts quant ilz furent appareillez et les avoir menez en la tour Fealen (...) ».

  • La tour Cormeray

    La tour Cormeray

    Étymologiquement, le nom pourrait se rapprocher du cormier, autre nom du cornouiller ou sorbier, dont les fruits sont appelés cormes.

    Le premier bras de la Masse coulait devant la tour qui se trouvait accotée à l'enceinte rectiligne, depuis la tour Féalan jusqu'à l'église Saint-Florentin. Dès le milieu du Moyen Âge, les bouchers, s'étant installés à proximité de ce point d'eau, baptisèrent le quartier du nom de la Boucherie. À 30 m à l'Ouest de la rencontre de l'actuelle rue Jean-Jacques Rousseau et du quai du Général De Gaule, la tour Cormeray existe encore, enserrée dans le bâti urbain, mais quelques clichés photographiques anciens rendent compte de son apparence médiévale. Aussi est-il difficile de se détacher de ce modèle pour imaginer les tours qui ne sont pas documentées. De 6 m de diamètre pour une quinzaine de mètres de haut, son parement circulaire était apparemment aveugle et une terrasse la couvrait. Elle était ceinte de mâchicoulis sur consoles, dont le profil se limitait à trois simples quarts de rond superposés.

    La première mention que nous avons trouvée la concernant remonte à 1465, date à laquelle il fut décidé, lors d'une assemblée de la ville, de « faire une douve es greves au long de la muraille devers la riviere depuis le Petit Fort jusques a la tour Cormeraye » (Archives communales d'Amboise, BB 1, f°17r°). On décida aussi au cours de cette réunion de « refaire et appareiller le parpain de mur qui est rompu sur la tour des murs neufz ». Or, « la bresche Cormeray » avait demandé un travail intensif en 1449 puis en 1457 et il semble bien que la tour en question soit bien la tour Cormeray. Dès l'année 1448-1449, il existait un escalier pour accéder aux courtines :

    -Archives communales d'Amboise, CC 75, f°2r° : « (...) une eschelle de pierre a monter sur les meurs de la ville pres la tour de Cormeray (...) ».

    En mai 1465, on refit le plancher de la tour, ce qui prouve que, si certains de ses étages étaient voûtés, d'autres étaient planchéiés. Le rapport préalable au secteur sauvegardé signale que le rez-de-chaussée est voûté, ce n'était pas le cas de l'ensemble de l'édifice. Cette tour, comme la tour Féalan, servait régulièrement à entreposer les matériaux récupérés par la ville :

    -Archives communales d'Amboise, CC 93, f°20 : « (...) Amener le seage et paulx qui ont esté ostez des estanches du pillier de la braye jusques a la tour Cormeraye (...).

  • La tour « Angot », « Argot » ou « Ergot »

    La tour « Angot », « Argot » ou « Ergot »

    Elle est mentionnée à plusieurs reprises dans le compte de l'année 1457, mais puisqu'elle n'apparaît ni avant cette date ni après, on peut aussi se demander s'il ne s'agit pas du surnom de l'une des autres tours (Archives communales d'Amboise, CC 81). Si cette tour a bien existé, il semble qu'elle se soit trouvée à proximité de la tour Féalan ; peut-être à mi-chemin entre celle-ci et la porte Tripière, car certains matériaux sont livrés au « droyt de la maison Jehan Poincon en la greve de Loire » lorsque l'on travaille à la réparation du mur jouxtant la tour Féalan (Archives communales d'Amboise, CC 81, f°12v°). Or, cette même année, les maçons doivent « recep[er] les vielz murs de la ville du cousté devers Loire depuis la maison ou demeure Jehan Poincon jusques pres la tour Angot » (Archives communales d'Amboise, CC 81, f°13r°).

  • La porte Tripière

    La porte Tripière

    Implantée à proximité du quartier des bouchers, sa dénomination est éloquente. C'était une porte annexe de la ville qui disparut au début du XIXe siècle. Située côté Loire, à quelques dizaines de mètres de la tour Cormeray, elle se serait tenue aujourd'hui plus ou moins entre l'angle de la rue Jean-Jacques Rousseau et l'église Saint-Florentin. En mai 1465, elle apparaît pour la première fois dans les archives de la ville, lorsque Louis XI demanda de renforcer la défense de la ville ; il fut alors décidé de la condamner :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°14v°, en mai 1465 : « (...) Bouché de muraille la porte Titery, la porte Saint Simon et la porte Tripiere (...) ».

    Au mois de juin, lors d'une assemblée de la ville, on confirmait la décision de la murer et de mettre « ung tiensmain de boys » au-dessus, sur le chemin de ronde :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°17r°, assemblée du 21 juin 1465 : « (...) Item, sur la porte Tripiere sera fait ung tiensmain de boys et qu'elle soit muree de l'espaisseur du mur (...) ».

    En 1469, elle fut rouverte puisqu'on lui fit une clef et qu'on lui « change[a] les gardes de la serreure » (Archives communales d'Amboise, CC 92, f°9). En 1472 et 1480, des travaux de pavements furent menés aux alentours :

    • Archives communales d'Amboise, CC 95, f°11r°v : « (...) Troys toises de pavé a la porte Tripiere (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 120, f°32v°, compte de l'année 1504.

    Aux travaux annuels de serrurerie succédèrent des travaux importants de maçonnerie en 1480 :

    -Archives communales d'Amboise, CC 102, f°17r° : en juin 1480, trois maçons passèrent environ un mois à « tailler et maçonner la porte Tripiere qui a esté creue et eslargie ».

    Si cette même année 1480, les comptabilités livrent que de la chaux servit à « reffaire tout de neuf le portal ou estoit la porte Trippiere », les modifications du portail ne sont pas pour autant décrites. En définitive, on connaît peu de choses de cette porte si ce n'est que son passage était voûté :

    -Archives communales d'Amboise, CC 102, f°18v° : « (...) Pour 12 pierres dudit lieu de Lussault de la jauge de II piez de long et de ung pié et demy de lit pour mectre et emploier a la voulte de la porte neufve (...) ».

    -Archives communales d'Amboise, CC 102, f°20r : « (...) Pour les sintres de boys par lui faiz et livrez qui ont servy a faire la voulte de ladicte porte (...) ».

    La porte Tripière ne fermait que par des vantaux de bois et il n'est jamais fait mention ni de garde-porte ni de pont-levis. En 1480, ses « deux vantaux de boys barrez et chevillez » furent renouvelés (Archives communales d'Amboise, CC 102, f°20r°). Puisqu'une douve avait été creusée dans la grève tout le long des murs de la ville, côté Loire, il semble qu'une des mentions se rapportant à un petit pont qui aurait franchi le fossé lui soit consacrée :

    -Archives communales d'Amboise, CC 118, f°30v° : « (...) Quatre planches chascune de 2 toises de long mises au pont des greves pres la porte Trippiere (...) ».

  • La porte Saint-Simon

    La porte Saint-Simon

    Située à proximité de la chapelle éponyme aujourd'hui disparue - ce qui correspondrait à l'actuelle rue François Ier - elle apparaît pour la première fois dans les comptes de la ville en octobre 1457. Si sa construction n'est pas documentée, son ouverture l'est ; le receveur a consigné dans son registre le paiement d'un serrurier qui mit « (...) ung courail qu'il a faict a la porte naguere ouverte pres l'eglise Saint Simon (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 81, f°16v°).

    La porte est donc localisée par rapport à l'église Saint-Simon qui se trouvait au futur chevet de l'église Saint-Florentin - cette dernière n'étant pas édifiée avant le début du XVIe siècle. Au mois de novembre 1457, elle était qualifiée de poterne :

    -Archives communales d'Amboise, CC 81, f°16v° : Estienne Barrier fut payé 32 s. 6 d. « (...) pour la vendicion d'ung huys par luy fait pour le guichet et poterne qui a esté nouvellement faicte pres l'eglise Saint Simon ».

    Était-ce donc une porte, un guichet, une poterne ou les trois à la fois ? À cette époque, son importance devait être secondaire, puisqu'elle faisait partie des trois portes qui furent condamnées en 1465 :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°14v°, en mai 1465 : « (...) Bouché de muraille la porte Titery, la porte Saint Simon et la porte Tripiere (...) ».

    En 1466, à proximité de Saint-Simon, une « eschelle de pierre », ou encore un escalier à la pente raide, permettait d'accéder au chemin de ronde du mur de la ville comme en témoigne l'huis qui fut posé à l'entrée du passage pour éviter que tout un chacun n'y montât, ou n'y déposât des ordures.

    -Archives communales d'Amboise, CC 87, f°19v° : « (...) 4 huisseries de boys sur les murs de la ville : l'une a l'eschelle de pierre de la tour Cormeray, une autre a l'eschelle derriere la maison Viau, une autre a l'eschelle qui est dervers Saint Simon et une autre dervers la maison ou demouroit Anemat (...) ».

    En janvier 1470 (n. st.), on pava « soubz la voulte de l'eglise Saint Simon qui est comme l'on va es greves de la riviere de Loire » (Archives communales d'Amboise, CC 91, f°14). Et en avril de la même année, Jehan le Conte et Jehan Boyneau, serruriers demeurant à Amboise, furent rémunérés pour avoir « (...) defferé et refferé l'uys qui est soubz la voulte de l'eglise de Saint Simon pour ce que le portal y a esté faict neuf (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 92, f°9r°-v°).

    Quelques mois plus tard, le pavé dut être refait :

    -Archives communales d'Amboise, CC 92, f°15r° : « (...) Bessé et reffait pour y tourner la porte qui a esté faicte a l'entree d'icelle voulte pour la fermer et ouvrir ainsi qu'elle est de present (...) ».

    En janvier de la même année 1470, on renouvela les gonds pour y poser une porte neuve :

    • Archives communales d'Amboise, CC 92, f°16v° : « (...) Pour faire des bandes, gons et vertevelles d'un grant huys neuf faict par Guillaume Lepelletier, menusier, a l'entree de la voulte qui est soubz l'eglise de Saint Simon par ou l'on vait es greves de la riviere (...) ».
    • Idem : « (...) Pour une grande porte de boys qu'il a faicte et pendue a l'entree de la voulte qui est soubz l'eglise de Saint Simon par laquelle on va es greves de la riviere de Loire (...) ».

    En 1480, la description sommaire de travaux de serrurerie suppose l'existence de deux portes, l'une côté ville et l'autre côté Loire :

    -Archives communales d'Amboise, CC 102, f°23r° : « (...) Pour avoir levé la serreure du premier huyst de la voulte de la poterne Saint Simon, avoir changé les gardes d'icelle et y avoir faict une clef et rassoir laditte serreure et pour avoir faict autan a l'autre huists d'icelle voulte qui est devers la riviere ».

    Enfin en 1505, il fut encore question de poser « 40 toises de pavé tant soubz le portal pres l'eglise Saint Simon que davant et darriere iceluy portal » (Archives communales d'Amboise, CC 120, f°41v°). Cette surface de pavage importante laisse penser que le lieu était plus fréquenté qu'auparavant.

    L'importance de cette porte reste difficile à cerner. Elle ouvrait la ville, et en particulier le Carroir qui se tenait au pied du château, sur la grève de Loire. Dans un premier temps, elle fermait de simples vantaux qui furent doublés en 1480 par des contre-portes. Enfin, un escalier de pierre montait au chemin de ronde.

  • La porte du Petit Fort ou le guichet Errart

    En février 1469 (n. st.), le Petit Fort et la ville furent réunis par décision du conseil de ville ; pourtant le mur et le portail qui les séparaient l'un de l'autre furent maintenus jusqu'en 1473 :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°39v° : « (...) Et par ce faisant les habitans dudit Petit Fort, iceluy mur fait seront tenuz clourer leurs huys et trillisser de fer leurs fenestres et aussi les habitans de la ville seront tenuz ouster les portes du portail du guichet Errart et ainsi demourront tous uniz et en une mesme fortifficacion ».

    Les deux entités avaient leur propre gestion des deniers communs, entretenant chacun leurs portes, leurs douves et leurs murs, ce qui multiplia les structures défensives dans ce secteur. Le passage de la route d'Espagne, qui traversait le pont avant d'entrer dans la ville à proprement parler, explique sans doute cela. Le guichet Errart, marquant l'extrémité ouest du Petit Fort, se situait en travers de l'ancienne rue « Blesienne » - l'actuelle rue de la Concorde - à hauteur du pont. Entre 1466 et 1468, les terres issues des fondations de la tour Garçonnet, alors appelée « tour neufve », sont mentionnés dans les comptes de la ville en vue de leur déblaiement :

    • Archives communales d'Amboise, CC 86, f°10v° ; mai et juin 1466 : « (...) Ouster les terriers qui estoit en la rue du pont venuz du fondement de la tour que l'on fait de present ou chastel d'Amboise et a ouster parti des terriers du Petit Fort venuz dudit chastel (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 86, f°10v° ; mai et juin 1466 : « (...) Ouster les terriers de la rue du pont qui estoient venuz et issuz du fondement de la tour neufve que l'on fait de present en l'ediffice du chasteau d'Amboise (...) ».

    Il est toujours précisé que les « terriers » se trouvent au Petit Fort ou « en la rue du pont depuis le guichet jusques davant la maison Jehan Forget venuz du fondement de la tour que l'on fait de present ou chastel d'Amboise devers la maison Olivier Tionne » (Archives communales d'Amboise, BB 1, f°23r° : assemblée du conseil de ville du 4 mai 1466). Il nous semble donc légitime de placer le guichet à proximité de la rue Louis XII (ce que l'étude de la maison de ville justifie également). La première mention du guichet remonte à septembre 1446, lorsque la ville demanda à Macé Mohier, « d'appareille[r] la chesne du pont leveys du guichet Erart » (Archives communales d'Amboise, CC 190, folio non numérotés). Le pont-levis devait s'actionner côté ville, le Petit Fort étant considéré comme un simple faubourg. Comme toute porte fermant d'un pont-levis, elle était précédée d'une garde-porte qui se trouvait, de fait, au Petit Fort et dont la serrure fut changée en 1447 :

    -Archives communales d'Amboise, CC 191, (folio non numéroté) : « A Jehan Randin, claveurier, [...] pour une claveure et clef par luy mise a l'uys de la maison de la garde porte du guichet Erart (...) ».

    En 1452, le conseil de ville délibéra sur le statut financier du Petit Fort dont les habitants s'étaient fortifiés à leurs frais, à une date inconnue. Cependant, l'équipement du guichet Errart - qui se présentait comme une porte de ville - était pris en charge par la ville. Mais les habitants du Petit Fort étaient les seuls à en contrôler les accès, statut équivoque s'il en est, qui devait résulter de l'ancienne partition des fiefs du XIe siècle - où le fief de la tour de Pierre, auquel avait été rattaché le Carroir, était séparé du fief du château qui comprenait l'emplacement du futur Petit Fort.

    À hauteur de la garde-porte se trouvait une barrière sous laquelle, dès novembre 1457, trois toises et demie de pavé furent posées :

    -Archives communales d'Amboise, CC 81, f°17v° : « A Regnault Pean paveurs demourant a Amboise [...] pour avoir pavé troys toises ung tiers soubz la barriere de la porte du guichet Errart (...) ».

    En outre, de grandes portes de bois, renforcées d'une barre de bois, clôturaient l'ensemble :

    • Archives communales d'Amboise, CC 84, f°14v°, en 1464 : « A Guillot Barrier, menuisier demourant Amboise [...], pour unes grans portes neufves de boys qu'il a faictes a la porte du guichet Errart qui est entre la ville et le Petit Fort (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 85, f°18r°, en 1465 : « A Jamet Tissier, sarrurier, [...] pour une grant et grosse cheville de fer qui porte la barre de boys dont se ferme la porte du guichet de ladicte ville appellé le guichet Errart poisant le tout ensemble 165 livres de fer ouvré »).

    En mars 1465 (n. st.), Guillaume Fouchart, Bernard Boutet, et Perronnet Brunesset furent chargés de forger une herse pour le guichet :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°9v° : « (...) Faire une herce a la porte du Petit Fort (...) ».

    L'emploi du verbe faire (et non refaire), qui n'est pas suivi de l'expression « a neuf », semble indiquer que ce dispositif était nouveau. En août 1467, les portes furent renforcées de « contreportes » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 87, f°16v° : « (...) Faire les contreportes de la porte du Petit Fort (...) ».

    Il était possible de monter sur le guichet Errart à l'aide d'une échelle de bois pour assurer le guet :

    • Archives communales d'Amboise, CC 87, f°17r°, en septembre 1467 : « Pour avoir fait une eschelle a monter sur le guichet Errart ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 85, f°18r° : « (...) Bois de seage [...] lequel a esté mis et emploié a faire les guerites sur les murs de ladicte ville et Petit Fort pour y loger les guetz de nuyt (...) ».

    Au Petit Fort, d'autres échelles de bois permettaient l'accès aux murs qui apparemment ne disposaient pas d' « eschallier de pierre » ainsi qu'on en trouvait un peu partout dans la ville :

    -Archives communales d'Amboise, CC 87, f°16 v° : « (...) Avoir fait une eschelle de boys en la court qui est devers la maison Jehan Aucheron pour monter sur les murs du Petit Fort (...) ».

    L'année 1469 aboutit à une décision définitive :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°39v° : « Et aussi les habitans de la ville seront tenuz ouster les portes du portail du guichet Erart et ainsi demourront tous uniz et en une mesme fortifficacion ».

    Pourtant, à cette date, le guichet Errart était doté d'« une loge de boys faicte pour loger le guet sur le portau du Petit Fort », et il ne perdit rien de son caractère défensif, aucun dispositif n'apparut ou ne disparut :

    -Archives communales d'Amboise, CC 90, f°1v° : « (...) A faire la charpenterie d'une loge de boys faicte pour loger le guet sur le portau dudit Petit Fort pour y avoir fait deux huys l'un audit portau, et l'autre a icelle loge (...) ».

    Plus tardivement, en 1510, il est question de la « porte de Jehanne » :

    -Archives communales d'Amboise, CC 124, f°29v° : « (...) Une toise troys quars de pavé par luy fait, mis et assis et fourny de toutes estophes au pié du chastel dudit Amboise pres la porte de Jehanne ».

    Cette année-là, le nom de guichet Errart n'apparaît plus dans les archives, on peut se demander si ce ne serait pas là son surnom car, à partir de 1478-1479, apparaît dans les comptes Jehanne Mercière, femme de Jullian Lopin qui avait fait une donation aux ponts :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°5r° : « (...) Donna par son testament a la reparcion desdits ponts par chascun an appartenant assis et assigniez sur sa maison ou elle demouroit en la ville dudit Amboise pres le guichet Erard joignant d'un cousté et d'un bout aux murs de la ville et d'autre cousté a la maison des hoirs de la feue Chappellaine et par devant au pavé de la rue (...) ».

    Le greffier a ainsi dû retranscrire un usage oral. Le guichet Errart barrait donc la route d'Espagne qui empruntait l'ancienne rue « Blesienne ». Pont-levis, herse, vantaux, contre-portes et garde-porte gardaient l'accès. Quant au chemin de ronde, il était accessible par une échelle de bois.

  • L'enceinte du Petit Fort

    Le Petit Fort était séparé de la ville par une douve et un « paliz » - une palissade -, remplacés ensuite par un mur :

    • Archives communales d'Amboise, BB 1, f°12r° : assemblée du conseil de ville du 29 janvier 1463 « (...) Pour savoir comment les terriers venuz du derompement du chastel en la douve d'entre la ville et le Petit Fort, se ousteront (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, BB 1, f°54v°, assemblée du conseil de ville du 14 février 1472 : « Lesdits esleuz ont dit qu'il est necessité de besongner a la reparacion des ponts de la ville et que pour ce que autreffoiz avoit esté appert que ou lieu ou est le paliz entre la ville et le mur seroit fait ung mur ; ont requis qu'il soit advisé la ou l'on besongnera le premier ».

    Dès 1465, sur la foi d'une délibération du conseil de ville où il est question de fortifier la ville sur ordre de Louis XI, la douve dut être remise en état. Lors de cette séance les élus conclurent de faire une porte entre la ville et le Petit Fort ainsi que des hourds le long des rempars de la ville :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°16v°« (...) Que on face hordeys au long des murailles de la ville ou il appartiendra et oultre que la douve d'entre la ville et le Petit Fort ne soit point encores faictes mais soit faicte une grant porte à la porte du Petit Fort et visiteront lesdictes muraille les esleuz Jehan Morin, Pierre Pelle avecques eulx les charpentiers pour faire faire (...) ».

    Le « paliz », dont les réparations sont nombreuses au cours de l'année 1467, situé du côté du Petit Fort et longeant la douve, ne fut remplacé qu'en 1472 par un mur (Archives communales d'Amboise, CC 87, f°16r°). Enfin, un autre pan de mur liait le guichet Errart au rocher du château. La description des travaux qui y furent entrepris en mai 1457 donne ses dimensions, 16 m de long pour 6 m de haut environ :

    -Archives communales d'Amboise, CC 81, f°10v° : « (...) Redresse[r] et fai[re] un pan de mur estant ou Petit Fort, entre la porte du Petit Fort et le chasteau, lequel fait partie de la clousture du Petit Fort ; lequel mur contient huit toises de long et troys toises de haulteur et deux grans piez et demy de large par les fondemens et deux grans piez de large pour le hault (...) ».

    La clôture devait donc s'étendre, au Nord, du promontoire du château - à hauteur de la rue Louis XII pour que le mur contenu entre le rocher et le guichet Errart mesure une quinzaine de mètres de long - jusqu'au bord de Loire au Sud.

    À l'est, le mur d'enceinte du Petit Fort n'apparaît pas sur le cadastre de 1808-1810. Ainsi que nous l'avons constaté sur le terrain, dans les caves du 12-13 quai Charles Guinot, du 25 quai Charles Guinot et du 24 rue de la Concorde, les murs des habitations sont épais, environ 1,70 m d'épaisseur dans les caves faisaient eux-mêmes office d'enceinte. En cas de menace, il fallait d'ailleurs murer les ouvertures des maisons. Les comptes de la ville mentionnent par exemple, en octobre 1467, des cas de condamnation d'ouvertures ménagées dans le rempart :

    -Archives communales d'Amboise, CC 87, f°18v° : « (...) Boucher les murs de la maison Julian Lopin qui font la cloaison de ladicte ville par devers la riviere de Loire et a y faire une deffence qui est en icelle ».

    Par ailleurs, si la revendication des habitants du Petit Fort qui disaient s'être fortifiés à leur frais se révèle justifiée, on constate que les gros travaux d'entretien de ce mur revenaient à la ville. Pour certaines habitations, c'était le mur de clôture de leur parcelle qui constituait le rempart et non celui de l'habitation. Ainsi, le bailli de Sens possédait-il au Petit Fort une demeure avec un jardin qui revient à de nombreuses reprises dans les comptes comme point de repère pour localiser les travaux (Archives communales d'Amboise, CC 85, f°13v°). Par exemple, le 4 juillet 1472, « Guillaume Le Paige, Yvon Penillhot et Pierre Princay charrestiers » furent rémunérés 12 s. 6 d. t. pour effectuer des trajets à proximité :

    -Archives communales d'Amboise, CC 94, f°9v° : « Pour avoir admené du port de Loire jusques davant la maison du bailly de Sens estant oudit Petit Fort quatre vings une pierre de la perriere de Saumeur nagueres achetee pour faire et parachever le mur du Petit Fort du cousté de laditte maison [...] pour avoir porté lesdittes pierres de la rue dudit Petit Fort jusques en la court qui est derriere laditte maison au droit de là ou l'on vieult reparer ledit mur ».

    Finalement, après l'union des deux parties de la ville en 1469, et peut-être même après cet événement, le développement de la défense du Petit Fort faisait de lui un sas jouxtant le pont, situé au pied du château, et un lieu de vigilance accrue où l'on posta, en juillet 1475, les gentilhommes de Touraine :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°63v° : « (...) Les gentilz hommes de Touraine qui de present y sont pour la garde de mondit seigneur » - « mondit seigneur » étant ici le dauphin, futur Charles VIII.

  • La porte du Petit Fort ou la porte des Bons Hommes

    La porte du Petit Fort ou la porte des Bons Hommes

    Le Petit Fort disposait d'une autre porte à l'est qui ouvrait sur la route de Chargé. Elle ne devait pas être fréquemment utilisée. Les premières réparations y sont mentionnées en 1469, mais il est question de restaurer sa porte, ce qui prouve bien son existence antérieure :

    -Archives communales d'Amboise, CC 94, f°2v° : « A Macé Mohier [...] pour ung pivot garny de deux crampons de fer qu'il a mis a porter et soustenir la porte du Petit Fort qui est du cousté devers Chargé (...) ».

    En 1465, on édifia un boulevard dans la douve mais on ne sait s'il fut entretenu au-delà de cette date :

    • Archives communales d'Amboise, CC 85, f°13v° ; mai 1465 : « (...) A esté fait ung boulouart en la dove du Petit Fort pres du jardrin de Jehan de Pocé sieur de Nazelles et ung paliz entre la maison de Julian Lopin et Collas Lepaige (...) ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 85, f°12v° : « (...) Ung boulvart de gros paulx en la dove d'icelui Petit Fort (...) »).

    En 1470, on entreprit de nouvelles réparations et il fallut une grande quantité de bois :

    -Archives communales d'Amboise, CC 94, f°4v° : Colin Nepveu reçoit le 11 octobre 1470, 67 s. 6 d. pour livrer ce bois : « (...) une trayne et troys toises et demye de long [...] vingt planches de boys contenant chacune planche deux toises de long [...] pour appareiller le pont de boys dudit Petit Fort qui est du cousté devers Chargé (...) ».

    Les douves étaient enjambées par un pont qui n'est jamais qualifié ; il semble donc qu'il ait été dormant :

    -Archives communales d'Amboise, CC 100, f°17r° : « (...) Trois traynes de boys de lui achetees pour reparer le pont de boys qui est hors le Petit Fort sur la douve d'iceluy (...) ».

    Par la suite, les réparations touchèrent des serrures et des « bandes » - les pentures - mais aucun mécanisme de pont-levis. Rappelons que le rempart du château était aussi bordé de douves qui se trouvaient, de fait, au Petit Fort.

    À partir de 1498, elle répondit au nom de « porte des Bons Hommes » en référence au couvent des Minimes qui avait été installé hors les murs, mais à proximité :

    -Archives communales d'Amboise, CC 200, f°17 : « (...) Avoir maçonné l'uysserie et deux fenestres de la garde porte dudit Petit Fort pres lesdits Bons Hommes du cousté devers leur jardrin parce qu'ilz se aidoient et tenoient icelle garde porte (...) ».

    On apprend ainsi que les Minimes assuraient la surveillance depuis la garde-porte qui devançait la porte.

  • La porte sur le port

    La porte sur le port

    Elle s'élevait sur la grève de Loire. En février 1469 (n. st.), il fut décidé de créer une porte qui permettrait de rejoindre le port :

    -Archives communales d'Amboise, BB 1, f°39r°-v°, assemblée du 7 février 1469 n. st. : « Sur le débat qui est entre les gens de la ville et ceulx du Petit Fort a esté appoincté que depuis la maison Julian Lopin jusques a la maison Collas Lepaige sera fait un bon gros mur fort et ung portal pour aller au port aux despens de la ville et des deniers communs d'icelle. Et pour ce faisant les habitans dudit Petit Fort, icellui mur fait, seront tenuz clourrer leurs huys et trillisser de fer leurs fenestres ».

    La porte donnant sur le port devait donc s'ouvrir à proximité de la ville et du Petit Fort, soit à peu près à l'aplomb de la palissade qui les séparait. Nombre de mentions prouvent que la maison de Jullian Lopin touchait la palissade ; celle de Jehan Aucheron était la suivante, puis venait celle de La Marriere :

    -Archives communales d'Amboise, CC 85, f°12v°, mai 1465 : « (...) Pour avoir encommancé a faire le paliz dudit Petit Fort entre la maison de Julian Lopin et Collas Lepaige (...) ».

    On sait, par ailleurs, qu'entre les parcelles de La Marriere et d'Aucheron, avait été ménagée une ruelle au bout de laquelle la poterne du Petit Fort ouvrait sur le port :

    -Archives communales d'Amboise, CC 113, f°36r°, septembre 1498 : « (...) Troys toises de pavé [...] hors et davant la petite porte de la ruelle et au long de la maison feu Aucheron estant ou Petit Fort dudit Amboise (...) ».

    Il semble que la poterne et la porte sur le port aient été, dans un premier temps, un seul et même ouvrage car, si la poterne ne reçut pas toujours cette dénomination, les indices se recoupent. En août 1465 par exemple, Jamet Tissier, serrurier, livra à la ville « (...) une grosse clef [...] a la poterne du Petit Fort (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 85, f°16r°). En août 1472, on commanda « (...) une serrure a bosse garnie d'une clef [...] mise et cousue [...] a fermer la porte du guichet dudit Petit Fort qui est entre la maison Jehan Aucheron et La Marriere a yssir dudit Petit Fort sur la riviere (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 94, f°10). En 1475, on rémunéra « Jamet Tessier, serrurier demourant Amboise, pour [...] deux autres serrures [...] en la poterne dudit Petit Fort joignant la maison Jehan Aucheron et y avoir faict deux clefz creuzes et rassis lesdittes serrures (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 97, f°24). Sans prétendre que le plan cadastral dit napoléonien de 1808-1810 présente exactement les dispositions du parcellaire du XVe siècle, ces parcelles pourraient correspondre aux numéros n°1629 et 1630.

    Les différentes poternes apparaissant dans les comptes de la ville sont souvent assimilées aux portes et il est bien difficile de comprendre l'emploi de ce terme :

    -Archives communales d'Amboise, CC 86, f°14r°, 1466 : « (...) Ung barrieau fait en maniere de poterne qui a esté mis a la garde porte desdits ponts (...) ».

    Dans le cas de la poterne, elle fermait la ruelle permettant de gagner, au plus court, le port depuis le Petit Fort et devait désigner une porte dérobée. En septembre 1475, une garde-porte fut installée pour surveiller l'entrée de ce passage. Il fut alors question de faire :

    -Archives communales d'Amboise, CC 97 : « (...) Faire la charpenterie d'une garde porte [...] ou Petit Fort dudit Amboise entre le portal et le puiz d'icelle qui y a esté faicte par le commandement dudit sieur de Maillé qui avoit et a la charge des gentilz hommes du pays de Touraine qui gardent monseigneur le daulphin, pour y faire la porte de jour ».

    L'existence de cette garde-porte est bien confirmée par d'autres mentions :

    -Archives communales d'Amboise, CC 98, f°20v°-21 r° : « (...) La garde porte faicte nefve puis nagueres ou Petit Fort pres du portal pour loger de jours les nobles du Pays de Touraine qui sont a la garde de monseigneur le daulphin en ceste dicte ville (...) ».

    Enfin, la position de la garde-porte est réaffirmée par une mention de 1476 concernant quatre fenêtres :

    - Archives communales d'Amboise, CC 99, f°19r° : « (...) Mises en la croisee de la maison neufve qui a esté faicte pour garde porte entre la ville et le Petit Fort [...] et [...] l'uys faict et levé pour l'uisserie de laditte maison (...) ».

    En 1480, les dispositions de la garde-porte changèrent ; alors qu'elle formait un décrochement au sein du rempart du Petit Fort, côté Loire, on mura son accès et le rempart retrouva son intégrité :

    -Archives communales d'Amboise, CC 102, f°20v° : « (...) Pour avoir faict boucher de massonerie la maison qui estoit en la place du Petit Fort pres les halles laquelle a esté remise hors la porte dudit Petit Fort vers la riviere de Loire et en icelle avoir faict une cheminee et carrelé et avoir appareillé et reffaict la marelle du puiz qui est en laditte place pres les halles (...) ».

    La garde-porte devint alors une simple maison. En 1485, la garde-porte fut déplacée : Simon Tatineau, maçon, fut payé :

    -Archives communales d'Amboise, CC 105, f°19v° : « (...) Pour avoir faict abatre et relever une garde porte qui avoit autreffoiz esté mise hors le Petit Fort pres la porte du port et mise a present pres le puitz du Petit Fort ou lieu ou elle souloit estre icelle, faict recouvrir et bricquer de moison tout alentour et faict une cheminee comme autreffoiz y avoit esté et rendu laditte maison toute preste de son mestier (...) ».

    En juillet et août 1479, on entreprit d'agrandir l'ouverture du Petit Fort sur le port et de construire, à neuf, un véritable portail :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°13v° : « (...) Pour huit toises en carre de gros mur par lui faict tant ou fondement que ou dessus d'icellui en deux gros pilliers de mur pour faire ung portal en la place d'entre la ville et le Petit Fort sur le port de la riviere de Loire (...) ».

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°14r° : Jacquet Papin et Gacian Roy furent rétribués pour « (...) seize journees qu'ilz ont mises et employees [...] a creuzer et faire le pertuys et jecter les viudanges ou a esté faict le fondement du portal faict de neuf ou Petit Fort dudit Amboise devers la riviere de Loire (..) ».

    Puisque l'entrée principale de la ville se faisait par la rue du Pont, il semble logique que le passage sous le portail ait été positionné perpendiculairement à cette rue, pour ouvrir sur cette voie. Or, une autre mention indique bien, la même année, l'entreprise de 9 toises de mur, soit une vingtaine de mètres :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°19r° : « (...) Neuf toizes de mur au long et dessus le mur qui estoit encommencé a faire entre le portal neuf du Petit Fort et la maison feu Julian Lopin (...) ».

    Sachant que la maison de Julian Lopin était mitoyenne du guichet Errart, la vingtaine de mètres qui séparait la maison de Julian Lopin du portail neuf correspond précisément à la distance que l'on peut observer, sur le plan cadastral dit napoléonien, entre le guichet Errart, ainsi que nous l'avons positionné, et la rue du Pont. Notre proposition est d'autant mieux fondée que la vue du Pont d'Amboise traversant la Loire de Lambert Doomer, vers 1646, montre que le portail était placé au sein du rempart longeant la rue qui prolongeait le pont, la rue du Pont.

    Concernant ce portail, notre connaissance du chantier est limitée car les travaux ne se déroulèrent pas en régie comme dans la plupart des cas mais « par pris faict avecque noble homme Raoulin Cauchinart » (Archives communales d'Amboise, CC 101, f°13v°) ; Cauchinart était alors capitaine de la ville en 1479. Les travaux furent confiés à trois ouvriers qui se chargèrent de fournir « pierre de taille, chaulx, sable, pierre et autre matiere a ce necessaire ».

    En juin 1479, le chantier débuta par le creusement des fondations des piliers :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°13v° : Jehannot Le Pelletier, maçon, éleva « (...) huit toises en carré de gros mur par lui fait tant ou fondement que ou dessus d'iceluy en deux gros pilliers de mur pour faire ung portal en la place d'entre la ville et le Petit Fort sur le port de la riviere de Loire (...) ».

    Ensuite Henri de Montrichart, également maçon, se joignit au premier pour réaliser la voûte du passage :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°13v° : « (...) Parachev[er] le portal du Petit Fort devers la riviere auquel ilz ont faict la voulte de pierre de taille et l'arc d'icelle de devers la riviere de pierre du Bas Lussault et le dedans de pierre de Saumeur et ont levé et anduit le coing de pierre de taille ainsi qu'il estoit encommencé (...) ».

    Enfin, on aposa les armes du roi :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°13v° : « (...) Sur ledit portal, un avant mur d'ung pié et demy d'espoix et de cinq piez et demy de haulteur a deux creneaux couvert, ledit avant mur de pierres de taille et au meilleu dudit portal devers la riviere ont faict les armes du roy a deux angelotz qui les tiennent et ung larmier par dessus en une belle pierre de Saint Aignan (...) ».

    Dès le mois d'octobre 1479 suivant, des vantaux de portes furent commandés à Estienne Lostellier, charpentier. Au total, l'ouvrage coûta 70 l. t. :

    -Archives communales d'Amboise, CC 101, f°16v° : « (...) Deux grans vantaux de boys gros et bien barretz pour servir a fermer le portal faict neuf ou Petit Fort (...) ».

    Au vu des travaux qui y furent entrepris, le portail devait avoir pour but d'accueillir le visiteur arrivant par voie d'eau ; du reste, si le trafic par eau s'était développé au point d'élever un portail, on comprend le souci du roi de contrôler cette entrée de la ville en y plaçant la nouvelle garde-porte des « nobles du Pays de Touraine » qui veillaient à la sécurité du dauphin. Ce fut d'ailleurs en 1480 que l'on déplaça la garde-porte de l'ancienne poterne du Petit Fort, soit juste après la construction du nouveau portail.

  • La porte « devers l'escolle »

    La porte « devers l'escolle »

    Dans les années 1470, une dernière porte appelée « la porte dudit Petit Fort devers l'escolle » apparaît dans les comptes mais trop rarement pour réussir à définir avec certitude si cette dénomination était une variante pour citer l'une des portes précédentes, ou s'il s'agit d'une porte différente :

    -Archives communales d'Amboise, CC 97, f°24r°. Ou CC 94 bis, f°1v° : « (...) A besongner a appareiller les murs de la bariere volant du Petit Fort devers l'escole ».

    Il est toutefois certain que ce n'était ni le guichet Errart ni la porte des Bons Hommes :

    • Archives communales d'Amboise, CC 97, f°20 : « (...) Pour 17 clouz de becdanne par lui livré pour couldre les serrures de la porte du Petit Fort et de la porte qui est davant l'escole ».
    • Archives communales d'Amboise, CC 98, f°23v° ; il est question de la garde porte neuve qui est vers le port pour les gens qui gardent le dauphin en 1475 : « (...) Avoir defferré un vieil huys et osté les vertevelles et gonds et remis en ung autre huys neuf avecques une serrure truffiere neufve a la garde porte du Petit Fort devers l'escolle (...) ».

    Bien qu'on ne puisse donc localiser précisément la Porte de l’École, on peut néanmoins supposer qu'elle devait se situer à proximité de la rue du Pont.

  • La porte sur le pont

    La porte sur le pont se situait à l'extrémité de la rue du Pont qui reliait ainsi le pont à la rue principale du Petit Fort, la rue « Blesienne », actuelle rue de la Concorde. Sa fonction était davantage liée au pont qu'au Petit Fort.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives communales d'Amboise, CC 1 et 2. Lettres patentes d'octroi de l'apetissement du vin. 1432 et 1435.

  • Archives communales d'Amboise, BB 1, f°16-34. Registre de délibération du conseil de ville. Entre 1465 et 1467, il est question de la fortification de la ville.

Documents figurés
  • Plan d'alignement de 1835, rue de la Concorde. (Archives Communales de la ville d'Amboise, O 210).

  • Plan d'alignement 1835, rue Nationale et ses alentours. (Archives communales de la ville d'Amboise, O 210).

  • Plan d'alignement de 1835, quartier Saint-Florentin du côté de la Loire. (Archives Communales de la ville d'Amboise, O 210).

  • Plan d'alignement de 1835, abreuvoir du bord de Loire. (Archives Communales de la ville d'Amboise, O 210).

  • Plan d'alignement de 1835, alentours de la Masse et du quai des Marais. (Archives communales de la ville d'Amboise, O 210).

Bibliographie
  • GUICHANE, Raoul. Le savoir des constructeurs de moulins hydrauliques et l'équipement des cours d'eau en Touraine du Moyen Âge à l'époque subcontemporaine. Tours : Université de Tours : thèse de doctorat réalisée sous la direction d'Élisabeth Zadora-Rio : 2002, 5 vol.

  • SALAMAGNE, Alain. Les villes fortes au Moyen Âge. Paris : éditions Gisserot, 2002, 128 p. (Gisserot histoire).

Périodiques
  • ALIX, Clément, DURANDIERE, Ronan. La dernière enceinte d'Orléans (fin du XVe - 1er moitié du XVIe siècle. Bulletin de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais, Nouvelle série, Tome XVII, n°139, 1er trimestre 2004, p. 5-103.

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