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Amboise : voie navigable, La Masse

Dossier IA37005789 réalisé en 2006

Fiche

Dénominations voie navigable
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise

Cette petite rivière, ou ce petit ruisseau, appelé l'Amasse ou la Masse, prend sa source au-dessus de Chaumont-sur-Loire, dans le bois de Sudais. Elle se jette dans la Loire à Amboise après avoir traversé la ville. La Masse descend des plateaux qui surplombent la Loire au Sud de la ville ; jusqu'à Château-Gaillard, elle trace une voie assez directe, puis les pentes de sols faiblissant, elle dessine de nombreux méandres. Il semble que la Masse se soit naturellement divisée en de nombreux bras, créant une zone marécageuse à l'Ouest d'Amboise. La ville s'étant installée dès le haut Moyen Âge dans une zone insubmersible, au pied du château, la Masse servit de douves aux fortifications. Entre la fin du XIVe et le début du XVe siècles, une seconde enceinte fut élevée. Il est difficile de définir si le bras secondaire qui constitua, à nouveau, les douves est naturel ou s'il fut aménagé. Aujourd'hui le cours de la Masse est équipée pour prévenir les inondations de la ville. La Masse se jette en plusieurs endroits dans la Loire et en amont, vers Château-Gaillard, des vannes ont été installées. Mais ces agencements sont récents, et jusqu'au milieu du XXe siècle elle fut la cause de désagréments pour les Amboisiens. Paradoxalement, elle constitue certainement l'un des motifs d'élection du site pour implanter la ville. Son débit limité permettait d'établir des industries de tannerie et de textile. Les tanneurs, qui n'avaient pas le droit d'installer leurs fabriques dans les murs en raison des odeurs qu'elles dégageaient, sont souvent cités. Toutefois, ils ne semblent pas respecter les interdictions. Les textes situent ainsi les tanneries et les fortifications à proximité de la Masse. De nombreux ponts traversaient la Masse. Il en demeure un, pris dans le mur séparant les maisons des 12 et 14 rue Newton. Les archives de la ville regorgent de paiements pour des travaux sur les ponts de la Masse. Ils semblent que la plupart ait été en bois et seul celui du 14 rue Newton demeure en pierre. Il y en eut d'autant plus à partir de 1490, lorsque les marais furent asséchés. La Masse fut donc exploitée par les tanneurs, venaient ensuite, sur le premier bras de la Masse, le moulin de l'Aumosne, les bouchers et les tripiers ; le bras secondaire n'était occupé que par des tanneurs et certainement par les teinturiers. On trouve en effet dans les comptes de l'argenterie des différents souverains plusieurs mentions concernant les tanneurs. En raison de ces nombreux aménagements, la Masse était régulièrement curée, surtout à la venue de personnage importants. Le principal édifice installé sur la Masse reste le moulin de la Masse qui était installé sous l'actuelle tour de l'horloge ; à partir du moulin, la Masse était canalisée jusqu'au niveau de l'église Saint-Florentin. Notons que dans la cave de l'hôtel de la placette Saint-Florentin on voit encore un quai qui remonte le cours de la Masse sur quelques dizaines de mètres, jusqu'à l'ancien bief du moulin. Il est difficile de définir la date de construction de cet ouvrage ; il n'est pas impossible que ce quai soit antérieur à l'hôtel et à l'église Saint-Florentin et qu'il corresponde au bord de la Masse de la première enceinte. Dès 1445, dans les comptes de la ville, on trouve mention d'une « grille » installée à l'embouchure de la Masse. Il semble qu'il s'agisse d'une grille qu'on aurait posée à l'entrée de la ville pour éviter, qu'en cas d'attaque, l'ennemi puisse y pénétrer. Plusieurs mentions nous permettent de placer cette grille vers l'église Saint-Florentin. La Masse semble avoir été également fermée en amont. La Masse a beau être une petite rivière, elle était sujette aux crues et les comptes témoignent des réparations qui en résultent. Les comptes de la ville rapportent également que les bords de la Masse étaient maçonnés, certainement pour protéger la chaussée et les maisons des crues et éviter les effondrements des berges. On ne peut toutefois pas reconstituer précisément les dispositions de ces dernières. En ce qui concerne les latrines publiques ou « retraiz » de la ville, ils étaient placés sur les murs de la ville et se déversaient dans la Loire, et parfois dans la Masse du côté des Marais jusqu'en 1490, date à laquelle ils furent asséchés.

Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Amboise : Les aménagements et les équipements de la Masse

    Les activités autour de la Masse ne se résument pas qu'aux tanneries. Elle était régulièrement curée, surtout à la venue de personnage importants.

    - Archives communales d'Amboise, CC 104, f°25v° : le dernier jour de novembre 1482, Raoulin Cauchemart, capitaine d'Amboise, fait « curer la riviere de la Masse du long des mur d'icelle depuis la tour Boileau [actuellement, elle serait à l'angle de la rue Racine] jusques a la porte Saint Denis ».

    - Archives communales d'Amboise, CC 200, f°33 : le 31 janvier 1498, la ville commande « deux grans rasteaux de boy a curer la Masse ».

    - Archives communales d'Amboise, CC 208, f°24 : le 24 decembre 1507, Jehanneau Lailler (5 journées de charpentier) et René Praderelle (4 journées de maneuvres) sont payés 26 s. 9 d. « (...) pour journees mises et emploiees a abiller le pont de la Masse pres la maison de la nourisse et le pont de la porte Trippiere (...) ». La porte Trippière se trouvait du côté de la Loire, non loin de la tour Cormeray et le pont qui est près de la maison de la nourisse était du côté de la porte Neufve, non loin des marais.

    La Masse était dotée de plusieurs ponts. S'il reste difficile de les localiser à partir des seuls comptes de la ville, leur mode de construction, similaire à celui des ponts de Loire, peut être appréhendé.

    - Archives communales d'Amboise, CC 199, f°23 : le 24 juing 1486, Pierre Bournay, charpentier, est rémunéré « pour avoir fourny de 4 gros pichons et 19 gros aes contenant une toises de long, mises et emploier a un petit pont faict tout de neuf sur la riviere de la Masse ».

    Les pichons désignent les poteaux de bois plantés en terre et jouant le rôle des piles et les « aes » désignent des planches.

    Ces ponts faisaient l'objet de travaux d'entretien et de réparations continuels :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f°58 : dans une quittance signée de Debrion, Pierre Bournay et Estienne Pasquier (charpentiers), Herve Ruau (maçon) et Jehan Chassenay (menuisier), reçoivent le 21 décembre 1485, 54 s. 2 d. « (...) pour chacun cinq journees a abiller les tien mains de dessus les grants ponts et y avoir mis des planches et avoir abiller et mis a point le pont de la porte Titery que la riviere de la Masse avoit rompu et emmené (...) ». La porte concernée se trouve au Sud-ouest de la ville, devant l'actuelle tour Heurtault.

    Parmi les aménagements de la Masse, on compte ses turcies et berges maçonnées :

    - Archives communales d'Amboise, CC 198, f° 40 : dans une quittance signée de Debrion, Jehan Salmon, Herve Ruau, Jehan de Sigroigne et Jehan de Bonnefoy, tous macons, reçoivent le 3 octobre 1485, 4 l. 12 s. 9 d. « (...) pour vingt cinq journees pour maconner et haulsser de pierre de taille la chaussee de la rue de la Masse devers la riviere de Loire pour retenir l'eau de laditte Masse (...) ».

    L'année suivante, le 23 juin 1486, il est question d'un « (...) petit pont faict tout de neuf sur la turcie de la Masse (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 199, f°21).

    Enfin, l'ouvrage principal qui prenait place sur la Masse était le moulin de la Masse. Il était protégé par des grilles posées dans le lit du ruisseau pour éviter que l'on s'introduise dans la ville. En mars 1445, des travaux y sont menés et l'on apprend que quatre hommes, charpentiers, ont « (...) levé la grille de fer de la trappe au travers de la Masse passant par laditte ville, laquelle estoit devers les greves des murs de laditte ville et icelle remontee du costé devers la ville dont l'ung diceulx charpentier nommé Cardin Leboure cheut desdits murs en bas et se blessa bien oriblement (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 191). À la même date, Guillaume le Marchal est payé 20 d. « (...) pour avoir apareiller une chesne de fer qui a esté mis a laditte grille (...) ». Dès la deuxième semaine d'octobre 1446, Jehan Fouchard et Jehan Ademat sont rémunérés pour « redresser la grille de fer qui est a l'arche des murs de la masse laquelle riviere avoit abatue aucun des murs d'icelle » (Archives communales d'Amboise, CC 190). Plusieurs années après la grille est refaite en bois :

    -Archives communales d'Amboise, CC 205, f°34 : le 28 mai 1504, il est question de « (...) faire la grille de boys qui a esté faicte neufve pres et au dessoubz du moulin de l'Aumosne (...) ».

    -Archives communales d'Amboise, CC 205, f°14 : le 8 juin 1504, on parle de « (...) la grille faicte neufve sur la riviere de la Masse pres l'eglise neufve au pont de la porte Tripiere (...) ».

    -Archives communales d'Amboise, CC 205, f°55 : le 5 juillet 1504, Jehan Gaudillon est chargé de « (...) charroyer le vieil boys de la grille qui a este faicte neufve a l'arche estant sur la riviere de la masse pres l'eglise neufve (...) »

    On y lit aussi que la grille était immobilisée par « (...) 2 blotz de pierre du hault Lussault mis a blotez laditte greille (...) » (Archives communales d'Amboise, CC 205, f° 8).

    La grille qui fermait le cours de la Masse en amont, vers l'actuelle rue de la tour, est mentionnée beaucoup plus rarement :

    - Archives communales d'Amboise, CC 104, f°30v° : dans le compte de Francoys Bertin, Benoist Jamet, serrurier, reçoit le 14 novembre 1482, 73 s. 11 d. « (...) pour la ferrure de 6 gros pichons a la fermeture et clousture faict par Estienne Lostellier au travers de la masse au dessus des tanneries (...) ».

    Enfin, il est nécessaire de préciser que deux des cinq latrines publiques donnaient dans la Masse, sur les murs de la ville. Après avoir été installées au-dessus de la Masse, vers les marais jusqu'à leur assèchement, elles furent déplacées en amont, mais hors les murs en 1490 :

    - Archives communales d'Amboise, CC 108, f°36r° : en octobre 1490, Jehan Sampon, maçon, est rémunéré la somme de 27 s. 6 d. « pour avoir osté les retraiz qui estoient ou est a present la porte des marays et les avoir mis plus bas » et « refaire le mur des retraiz et l'uisserie ».

    En outre, certaines personnes, certainement les plus fortunées, disposaient de « retraiz » privés :

    - Archives communales d'Amboise, BB1, f°16v° : dans les délibération de la ville du 5 mai 1465, on peut lire : « (...) Item, et depuis ladicte maison jusques a la trape de la Masse sera fait ungs tiensmains et en a esté appoincté que au droit de la maison du Sieur de Maulny sera fait ung hordeys de boys par ou l'on yra dessus Saint Simon à la tour Ergot. Item, ledit sieur de Maulny fera ung huys de troys doiz d'espoiz fermant à deux bons courroiz de fer au droit de ses retraictz (...) ».

    Dans ce cas aussi, les latrines donnent bien sur la Masse.

    Les activités artisanales du bord de la Masse

    Les plaintes de la reine Charlotte de Savoie à propos des odeurs des tanneries sont rapportées dans les registres de délibérations du conseil de ville (Archives communales d'Amboise, BB1, f°53v° et 54 r°).

    Les mentions de tanneries le long de la Masse et des remparts de la ville sont nombreuses :

    - Archives communales d'Amboise, CC 193, 22 juillet 1464 : « (...) Pour 10 journees et de ce qu'ilz ont esté a abatre le hourdeys qui estoit au travers de la masse au long des tanneries (...) ».

    - Archives communales d'Amboise, CC 208, f°32 : « (...) Refaire le pont estant pres la tannerie Jamet Macquin. (...) », le 18 janvier 1507.

    En outre, les comptes de l'argenterie de Charlotte de Savoie rapportent les nombreux achats opérés auprès d'artisans d'Amboise. Par exemple, en août 1470, la reine acheta du drap de laine à Jehan Louinguy :

    - Archives nationales, KK68, octobre 1469-octobre 1470, f°69r° : « Ou mois d'aoust ensuivant oudit an, A Jehan Louinguy tondeur des grans forces, demourant a Amboise, pour avoir tondu et bessé demie aulne et demy quartier d'escarlate dont a este fait chapperon a la nourrice de Monseigneur le daulphin ; pour ce, par vertu du roolle dudit mois la somme de : XVIII d. ob. pte. t.

    Audit Jehan Louinguy, pour avoir tondu et bessé deux aulnes et demie de gris cy dessus declairé et dont a esté fait robbe a la nourrice, au pris de XV d.t. l'aulne ; pour ce, par vertu dudit roole : II s. IIII d. ob. t. ».

    Ici les qualificatifs de « gris » ou « écarlate » ne font pas référence à la couleur des draps mais à leur qualité, l' « écarlate » étant l'étoffe de laine la plus raffinée.

    Les recettes de l'année 1523-1524 mentionnent pour « la veufve Jehan Beschlin, tinturier », la dérogation que ce dernier obtint pour « faire un petit pont servant a son mestier » (Archives communales d'Amboise, CC 126, f°37r°). Nous n'avons aucune localisation précise pour le pont, mais cette mention atteste la diversité des métiers liés au travail des tanneurs et des drappiers.

  • Les grilles sur la Masse

    Les grilles sur la Masse

    Afin d'éviter que l'on puisse s'introduire dans l'enceinte par la rivière de la Masse, deux grilles de bois barraient le ruisseau. Elles étaient régulièrement réparées ou remplacées. Dès l'année 1454-1455, la grille de l'embouchure de la Masse est attestée :

    -Archives communales d'Amboise, CC 79, f°10v°-11r° : 1454-1455, à Jehan Fouchart charpentier : « (...) Pour avoir fait la greille de boys qui est assise a l'arche des murs qui est au droit de la Masse et laquelle greille avoit premierement esté faicte en la maniere qu'elle luy avoit esté devisee par aucuns des gens de la ville et pour ce que icelle greille ainsi premierement faite n'estoit bonne, ne prouffitable a esté refaicte par ledit Fouchart et mise en l'estat qu'elle est de present (...) ».

    En 1482, une autre grille est mentionnée à proximité de la future tour de l'Horloge : Estienne Lostellier, charpentier, posa ainsi des barreaux de bois :

    -Archives communales d'Amboise, CC 104, f°33r° : « (...) Certains barreau de boys au travers de l'arche de pierre estant sur laditte Masse au dessoubz du molin de l'Aumosne lesquelz barreaulx sont faiz en maniere de grille affin qu'on n'entrast par dessoubz ledit portal en laditte ville (...) ».

    Au mois d'août 1482, on remplaça ses ferrures et on prit tous les soins nécessaires à ce qu'elle ne soit pas franchissable. Ainsi Benoist Jamet, serrurier, fut payé pour avoir fourni, entre autres, des crampons :

    -Archives communales d'Amboise, CC 104, f°22r° : « (...) 9 crampons de fer par luy faiz et mis en la grille de boys qui a esté faicte oudit moys par Estienne Loustellier, charpentier, en l'arche de la Masse par lesquelz crampons a esté mis une chesne de fer affin qu'on ne puisse lever le boys de laditte grille ne passer par icelle en la ville et pour un grousse serrure garnye de clef atachee a laditte chesne de fer. Item, (...) pour une clef faicte a la serrure de l'uys estant sur les murs de la ville par lequel huys on vait a la trappe ou arche ou est laditte grille de la Masse. Et pour avoir levé et rassise laditte serrure (...) ».

    Pour des raisons sans doute d'économie, les grilles étaient donc en bois et quelques pièces de fer venaient les renforcer.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie