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Blois : architecture religieuse

Dossier IA41000071 réalisé en 2006

Fiche

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Dès le Xe siècle, le domaine religieux se révèle d'une importance capitale dans l'organisation de Blois. Aux premiers sanctuaires du Haut Moyen Age, s'adjoignent les grandes fondations monastiques, puis les églises paroissiales : la mise en place, au XIe siècle, du réseau des paroisses complète le paysage religieux dont l'emprise s'ajoute à celle des deux grandes abbayes, qui accroissent leur territoire et excercent sur la ville et les environs un rayonnement inconstable.

Les premières églises paroissiales

Au début du XIIe siècle, quatre paroisses se partagent le territoire de la ville et des faubourgs : à l'est, l'ancien sanctuaire mérovingien dédié à saint Pierre, devenu église Saint-Solenne, constitue la paroisse la plus importante ; au nord, la paroisse Saint-Honoré recouvre toute la partie septentrionnale de l'agglomération, jusqu'au Bourgneuf, et la "banlieue" ; à l'ouest, l'église Saint-Nicolas du Foix dessert le faubourg et une partie de la ville basse ; au sud, l'église Saint-Saturnin, fondée à la fin du Xe siècle, est la paroisse du faubourg de Vienne. Il existait dans la ville basse d'autres sanctuaires (sans doute antérieurs à ce réseau paroissial), qui disparaissent dans le courant du Moyen Age : près de Saint-Lomer, ceux de Saint-Pierre et Saint-Lubin et, proche de Bourgmoyen, Saint-Gervais. Une cinquième paroisse apparaît plus tardivement dans ce secteur, la modeste église Saint-Martin, située au pied du château.

Il ne subsiste aucun témoignage de ces premières églises, toutes reconstruites au XIIIe siècle, et à l'exception de Saint-Solenne, nul vestige n'en a été retrouvé. Chacune d'elle était entourée d'un cimetière, qui formait un enclos plus ou moins important. Celui de Saint-Solenne, le plus vaste, réutilisait l'emplacement du cimetière mérovingien de Saint-Pierre, et s'étendait bien au-delà des limites de l'actuelle place Saint-Louis, car des sarcophages ont été retrouvés jusqu'à l'entrée de la rue du Palais.

L'église Saint-Pierre, est reconstruite vers 977, date de fondation d'un chapitre de chanoines par la veuve et les fils de Thibaud le Tricheur. Le nouveau sanctuaire reçut alors le vocable de saint Solenne, après le transfert des reliques d'un saint évêque de Chartres, mort et inhumé au monastère de Maillé. Il faut néanmoins émettre quelques doutes sur l'authenticité de ces reliques, car les récits hagiographiques ont créé et entretenu une confusion entre un bienheureux Solenne (mentionné par Grégoire de Tours) et son homonyme l'évêque de Chartres (19).

Lors de fouilles pratiquées en 1927, on a retrouvé, sous la cathédrale Saint-Louis, les vestiges d'une église pré-romane et d'une crypte aménagée après coup sous le sanctuaire (20). L'église occupait à peu près l'emplacement de l'édifice du XVIIe siècle, mais elle était de moindres dimensions (45mx15m dans oeuve), et légèrement désaxée vers le sud. Son sol se situait à environ 2,50 m sous le sol actuel, ce qui suppose une surélévation importante du niveau de la place au-dessus de l'ancien cimetière. L'édifice comportait une nef flanquée de bas-côtés, dont elle était séparée par des piles carrées, une croisée surmontée d'une tour-lanterne, délimitée par quatre piles cruciformes, et un choeur assez profond prolongé par une abside semi-circulaire. Les bas-côtés du choeur étaient séparés du vaisseau central par un mur plein, percé de deux ouvertures, et prolongés d'une absidiole. Les quatre piles cruciformes, entre la nef et le choeur, ne constituaient pas la croisée d'un véritable transept mais une sorte de passage, disposition fréquente dans certains édifices pré-romans de la vallée de la Loire moyenne, comme Saint-Philbert de Grandlieu et Saint-Martin d'Angers. L'église Saint-Solenne présente d'ailleurs de nombreuses analogies avec ces deux édifices, notamment la séparation entre la nef et les bas-côtés et la maçonnerie des piles : à Blois, elles sont formées d'un appareil de pierres allongées, assemblées à joints très larges recouverts d'un enduit rouge. Le couvrement de l'édifice n'a bien entendu pu être restitué et une charpente, portée par les piles, est l'hypothèse la plus vraisemblable.

La crypte paraît plus récente et semble résulter de trois étapes : elle occupait tout d'abord l'abside, puis elle s'est étendue sous le choeur, enfin sous la croisée. Destinée à abriter des ossements, qu'on croyait être ceux de saint Solenne, cette crypte n'est pas antérieure à la première moitié du XIe siècle. Deux inscriptions, l'une funéraire, l'autre gravée sur le claveau d'un arc de l'abside prouvent en effet que sa construction ne correspond pas à la date de translation, mais intervient plus tardivement avec la renommée grandissante des reliques.

Située seulement à O,80m sous le sol de la nef, la crypte atteignait dans sa totalité 22,70 m de longueur sur environ 6,50m de largeur. On y accédait, depuis les bas-côtés de la nef, par deux escaliers, mais il existait aussi un escalier central, large de 2,50m, qui partait du choeur ; à sa droite, les six colonettes dégagées lors des fouilles (sur les neuf qui existaient à l'origine) devaient porter un ambon. Cette crypte comportait trois vaisseaux de neuf travées couvertes de voûtes d'arêtes portées par des piles carrées à impostes chanfreinées ; trois fenêtres étroites, ménagées dans le mur de l'abside et des bas côtés, en assuraient l'éclairage.

L'édifice devait-être reconstruit au début du XIIe siècle : en 1106 selon Louis de La Saussaye, plus vraisemblablement à partir de 1132 lors de la fondation d'un chapitre de chanoines réguliers. Son plan n'a pu être restitué, mais l'on peut supposer qu'il était plus vaste que celui du Xe siècle. Il était flanqué à l'angle nord-ouest d'une imposante tour clocher dont le niveau inférieur subsite toujours. Une pièce carrée de 6 m de côté en occupe le rez-de-chaussée : elle est couverte d'une voûte d'ogives fortement bombée dont les nervures retombent sur quatre colonnettes placées aux angles ; les chapiteaux, ornés de feuilles d'acanthes et de têtes monstrueuses, sont surmontés d'un épais tailloir. On y accède, depuis la nef actuelle, par une large baie à arc brisé orné de dents de scie ; à sa droite, le départ d'un arc pourvu du même décor appartient sans doute à la première travée de la nef du XIIe siècle. Les fouilles ont révélé, non une seconde tour occidentale, mais un narthex. Le niveau du sol de la nef était inférieur de 2 m : les vestiges d'un dallage ancien ont été retrouvés, ainsi que les bases de quelques supports, avec une alternance de piliers et de colonnes.

Les établissements monastiques

A partir du Xe siècle, l'essor des fondations monastiques constitue le phénomène le plus marquant du développement urbain : l'attraction exercée par les reliques de Marie l'Egyptienne à Saint-Lomer et celles de la vraie Croix à Bourgmoyen accentue le prestige des lieux saints de la ville basse. Puissants moteurs de la vie économique, ces abbayes accroissent peu à peu leur domaine foncier et suscitent autour d'elles de nouveaux quartiers. Au pied du château, le Bourgmoyen se forme dès le VIIIe siècle autour du sanctuaire carolingien, tandis qu'à l'ouest, le faubourg du Foix se développe près de Saint-Lomer. A la fin du XIe siècle, la fondation du prieuré Saint-Jean-en-Grève, par les moines de Pontlevoy, donne naissance au Bas-Bourg Saint-Jean à l'est.

L'abbaye de Bourgmoyen

Au Bourgmoyen, l'apparition d'un monastère dédié à la Vierge remonte, on l'a dit, à la fin du VIIe siècle, mais la date d'érection de l'abbaye demeure imprécise. Nous savons seulement que le comte Eudes Ier accorda, entre 973 et 995, certains droits de franchise aux religieux, mais la charte de fondation n'est confirmée qu'en 1105 par l'évêque de Chartres. Peu après, vers 1122, les premiers chanoines séculiers sont remplacés par des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin (21). Entre la fin du Xe siècle et le début du XIIe, deux édifices se succèdent : le second fut longtemps le seul connu, par les documents et par les vestiges en place, car l'existence du premier ne fut révélée qu'en 1942 par les fouilles de Frédéric Lesueur (22). Elles ont mis au jour, sous l'abside de l'édifice roman, les fondations d'une crypte, dont la construction pourrait être contemporaine de la charte accordée par Eudes Ier. Devenue souterraine, depuis la reconstruction de l'église au XIIe siècle, la crypte était à l'origine à demi-enterrée et se situait à un mètre en contrebas du sol extérieur. Simple rectangle terminé par un chevet plat, ses murs sont construits en blocage, d'une épaisseur importante (1,80 m pour les parois latérales, 1,50 m pour celle du chevet), épaulés de puissants contreforts. Un gros mur axial divise la nef en deux vaisseaux parallèles, couverts d'une voûte en berceau, qui communiquent par une baie unique. L'édifice s'éclairait par des jours étroits en forme de meurtrières, dont le cintre est appareillé en petits claveaux. A l'intérieur furent aussi dégagés, un placard à reliques, deux bancs de pierre et une piscine. L'aspect archaïque de la maçonnerie et de la mise en oeuvre pourrait, selon Frédéric Lesueur, correspondre à un édifice de l'an mil. Celui-ci, détruit lors de la construction romane, ne peut être restitué, mais l'épaisseur des murs et l'importance des contreforts permettent d'imaginer un choeur couvert d'une voûte en berceau de près de dix mètres de portée.

L'église reconstruite au XIIe siècle est mieux connue, grâce aux plans de l'époque révolutionnaire et aux vestiges encore en place en 1940 (23). Bien que d'importants remaniements soient intervenus entre le XIIIe et le XVe siècle, son plan relevé à la fin du XVIIIe siècle, est celui d'un édifice roman. La nef à bas-côté était précédée d'un imposant clocher-porche, occupant toute la largeur de la façade occidentale, et elle se prolongeait par un choeur à abside semi-circulaire et chapelles rayonnantes, couvertes en cul de four. L'abside dégagée en 1940 appartient à la construction romane : les fenêtres plein-cintre, encadrées d'un rang de pointes de diamant, et d'autres vestiges retrouvés dans les ruines attestent cette datation, comme ce chapiteau orné de cavaliers qui surmontait deux colonnettes.

La place occupée par l'abbaye de Bourgmoyen au coeur de la ville basse s'avère dès le XIIe siècle d'une importance capitale, car c'est autour d'elle que s'implante et s'organise le quartier compris entre le mur du château et la rive du fleuve. S'il n'est pas possible de restituer ce premier enclos abbatial, et encore moins les constructions qui l'occupaient, on peut dès cette période distinguer un vaste domaine étendu depuis l'église jusqu'à la Loire, en aval du pont et du "Port-Vieil". Aux abords de l'abbaye les axes de circulation de la ville formaient un carrefour vital : la partie inférieure de la Grande Rue recoupait à cet endroit l'axe est-ouest qui longeait le fleuve. Dès le XIIe siècle l'emprise foncière du monastère, constitue le noyau de la trame urbaine de cette partie de la ville basse.

L'abbaye Saint-Lomer

Fondation plus récente, l'abbaye Saint-Lomer s'établit plus à l'ouest, à la fin du Xe siècle. Dans un premier temps, les moines réfugiés au château, recoivent en 924, sur la prière du comte, un terrain concédé par le roi Raoul et l'église Saint-Lubin, situés au Fiscus (le Foix), alors domaine royal (24). Nous ignorons tout du monastère primitif, car la grande campagne de reconstruction qui intervint entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe n'a laissé aucun vestige d'un édifice antérieur. Si les moines ont occupé dans un premier temps la petite église Saint-Lubin, ils n'ont pu y demeurer durant près de deux siècles et la construction d'une première abbatiale ne fait aucun doute. Elle correspond peut-être à "la vieille église", mentionnée lors du transfert des reliques dans l'édifice gothique, mais son emplacement demeure imprécis et ses dispositions inconnues (25).

Les limites de l'enclos se fixent progressivement entre le Xe et le XIIe siècle : l'abbaye, située à ce moment hors les murs, s'étendait à l'est jusqu'au mur d'enceinte, dénommé "mur le Comte" au XIIIe siècle (26). L'église construite en contrebas du fossé du château, occupait la partie nord de l'enclos, dont la limite pourrait correspondre au cellier situé sous le bâtiment ouest du cloître. Dès cette date, l'enclos devait atteindre les berges de la Loire, débouché fluvial essentiel au développement économique du monastère, mais l'existence d'un port, le port Garnaud, n'est cependant pas attestée avant le XIIe siècle. Autour de l'abbaye se développe le faubourg du Foix, le long de l'axe est-ouest ; grâce aux concessions des comtes de Blois, les moines excercent sur le quartier des droits féodaux et de basse justice, qui renforcent leur puissance.

Les fondations hospitalières

Après les églises paroissiales et les abbayes apparaissent, au début du XIIe siècle, les fondations hospitalières. L'Aumône, dont la création est antérieure à 1121, recueillait les malades et les enfants abandonnés ; ce prieuré dépendant de l'abbaye de Bourgmoyen était situé au nord-ouest de l'église abbatiale. La maladrerie Saint-Lazare, refuge des lépreux, est fondée entre 1116 et 1121 par le comte Thibaud IV et Geoffroy de Lèves évêque de Chartres : à l'écart de la ville, au nord du Bourgneuf elle s'établit sur un terrain concédé par Pierre de Rulez (27). Ces fondations n'ont laissé aucun vestige, et seule une localisation approximative est possible.

Localisation Commune : Blois
Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Quillivic Claude