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Château de Blois, aile François 1er

Dossier IA41000075 inclus dans Château de Blois réalisé en 1988

Fiche

Du côté de la cour, le logis de François Ier illustre à merveille le changement stylistique, qui s'est opéré depuis la fin du XVe siècle dans l'architecture française : l'ordonnance première Renaissance des façades a définitivement remplacé la composition gothique, encore en vogue au début du règne de Louis XII. Au lieu des larmiers à culots et des moulurations prismatiques, les pilastres superposés, qui encadrent les ouvertures, et le corps de moulure horizontal entre les étages, déterminent cette composition en quadrillage si caractéristique des annés 1510-20. Le garde-corps ajouré est remplacé par une imposante corniche et le réseau flamboyant des lucarnes est abandonné pour un décor exclusivement italianisant. Mais cette transformation provient essentiellement de l'emploi d'un nouveau répertoire -pilastres à candélabres, chapiteaux de type "lombard" à volutes, rinceaux des chambranles, frises de la corniche, frontons des lucarnes à coquille et putti appartiennent à un vocabulaire ornemental étranger- qui ne modifie cependant pas profondémment la structure en travée. Seule, l'imposante corniche, composée d'une superposition de frises -"S", tresses, denticules-, de consoles et d'arcatures à coquille, est étrangère à la tradition française. Trop souvent assimilée à la survivance du chemin de ronde, elle nous paraît, au contraire, inspirée des grandes corniches des palais italiens.

La richesse et la profusion décoratives, accentuées par les salamandres sculptées entre les baies, s'épanouit encore davantage dans l'escalier qui est la pièce maîtresse de cette façade. Par sa position dans une tour hors-oeuvre, flanquée de puissants contreforts, et par le maintien de la vis, il demeure de conception traditionnelle ; mais la tour, s'ouvre ici par trois étages de baies libres ménagées entre les contreforts. L'ornementation, plus abondante, illustre le luxe grandissant de l'architecture royale : les grandes niches des contreforts, la riche corniche qui prolonge celle de la façade, la ligne oblique des loggia qui suivent le mouvement de la vis, produisent un effet incontestable. L'escalier, placé à l'origine au centre de la façade, s'en distingue, tant par son traitement monumental que par son élévation, la corniche étant surmontée d'un étage ajouré qui forme belvédère.

Malgré l'ampleur des restaurations dont cette façade a fait l'objet au XIXe siècle, on peut encore en apprécier le parti architectural d'ensemble, souligné par la répartition de la décoration. Abondante et riche en détails, elle demeure légère et en très faible relief sur le mur, pour s'accentuer et se développer à partir de la corniche, ce qui met en valeur les parties hautes.

Moins touché par les restaurations, l'intérieur de l'escalier a conservé son décor : de conception entièrement flamboyante dans sa structure, avec son large noyau, à faces séparées de fines colonnettes, et sa voûte terminale à huit nervures rayonnantes, il puise largement dans le nouveau répertoire. Les coquilles et les candélabres du noyau, les colonnes engagées (à chapiteaux "à volutes" encore maladroits), les encadrements de portes à fronton et le parti original de la voûte plate nervurée, imitant les caissons, illustrent cette adaptation de l'architecture française à des sources étrangères.

Malgré son luxe, le bâtiment sur la cour demeure pourtant en-deçà des ambitions architecturales du souverain et sur certains points moins cohérent que d'autres réalisations contemporaines, comme Bury, où l'italianisme s'affiche plus franchement.

Les loges :

Doublant le bâtiment de la cour, les loges, établies a près de 7 mètres au-delà du mur médiéval, sont construites au-dessus du profond fossé qui sépare le château des jardins. La courtine nord, devenue incompatible avec l'aspect du château royal, avait perdu, depuis la construction de la galerie des cerfs et l'aménagement des jardins, toute utilité défensive : rien ne s'opposait donc à ce que l'on bâtit de ce côté. Sans démolir la muraille et les trois tours qui la flanquaient, on élimine par cet écran les derniers éléments d'architecture militaire. La courtine est maintenue sur toute sa longueur, jusqu'au comble du nouveau bâtiment, et les tours sont cachées : celle du Milieu, réduite à hauteur du premier étage, conserve au rez-de-chaussée une pièce dont la voûte est reprise, celle située près de la porte des Champs est arrasée et en partie englobée, enfin la tour de Châteaurenault, intégralement conservée, est entourée par deux niveaux d'arcades. L'entreprise de "défortification" du château commencée sous Louis XII se radicalise sous François Ier.

La réutilisation d'éléments fortifiés et la présence du fossé ont joué un rôle déterminant pour la structure et l'élévation de cette façade, qui apparaissent fortement tributaires de la configuration du terrain. Pour asseoir la maçonnerie, il fallut, en effet, dresser un haut soubassement taluté, élevé dans la partie ouest jusqu'aux baies du premier étage. Malgré la volonté manifeste de se plier à une ordonnance régulière, cette façade présente bon nombre d'irrégularités qui proviennent de sa situation : les échauguettes placées à différents niveaux, le rez-de-chaussée aveugle à l'ouest et les contreforts, répartis inégalement, trahissent le parti d'ensemble. Celui-ci apparaît plus nettement aux étages supérieurs, ouverts par des arcades, séparées par des niches encadrées de pilastres. Malgré tous ses "barbarismes", cette composition en travées rythmiques s'inspire incontestablement de la cour supérieure du Belvédère, de même que les loges font référence à la cour Saint-Damase ; mais la copie reste superficielle, car les loges de blois ne sont pas des galeries ouvertes et se réduisent à des balcons placés en avant des fenêtres, aux profondes embrasures incurvées. De plus, l'irrégularité des travées, l'emploi d'arcs segmentaires ou en anse de panier (au lieu d'arcs plein-cintre), le double corps de moulures et la corniche, révèlent les limites des Français dans leur tentative d'imiter un modèle, au contraire parfaitement composé.

L'attique qui couronne cette façade, bien qu'ajouté après-coup, souligne néanmoins le rayonnement excercé par la façade romaine, copiée avec plusieurs années de retard, jusqu'en ses dernières modifications. La façade des loges, toute imparfaite qu'elle soit, constitue une innovation sans précédent dans l'architecture française et révèle le goût très vif de François Ier pour l'Italie : ce projet, si novateur en 1515, place Blois à l'avant-garde des réalisations architecturales du souverain car il précède de près de deux ans celui de Léonard de Vinci pour Romorantin et est antérieur de quatre ans à celui de Chambord (57).

Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Blois centre
Adresse Commune : Blois
Adresse : place du Château
Cadastre : 1980 DN 414

1498, 1514 : constructions de Louis XII, bâtiments est et sud, chapelle Saint Calais, galerie du bâtiment ouest, aménagement des jardins.

Période(s) Principale : 15e siècle
Principale : 1er quart 16e siècle
Auteur(s) Auteur : auteur inconnu,
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Bibliographie
  • COSPEREC, Annie. Blois : la forme d'une ville. Paris : Imprimerie nationale, 1994. (Cahiers du patrimoine, 35).

    p. 122-128
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Cosperec Annie