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Église abbatiale Saint-Denis, caserne Saint-Denis, actuellement collège Arsène Meunier

Dossier IA28000320 inclus dans Abbaye de bénédictins Saint-Denis réalisé en 2015

Fiche

Historique

Fondation

La charte de fondation du monastère de Saint-Denis décrit en 1031 la construction d’une « basilique » dont une grande partie des travaux est achevée à la date de l’écriture du document1. L’église est desservie par des moines suivant la règle de Saint-Benoît dont la fonction est de prier pour le salut de l’âme de Geoffroy III, fondateur du monastère et pour le salut de celle des membres de sa maison, tant vivants que morts2.

Kathleen Thompson3 a récemment démontré que les chartes 5 (fondation), 6 (consécration) et 7 (don de l’abbaye) du cartulaire de Saint-Denis sont en réalité le résultat d’une réécriture effectuée au 12e siècle, dans une recherche de légitimation des possessions des moines.

S’il est probable que Geoffroy III (vicomte de Châteaudun et seigneur de Nogent) ait fondé une communauté religieuse durant la première moitié du 11e siècle, il serait déraisonnable d’utiliser le cartulaire de Saint-Denis afin de documenter une période distante de plus d’un siècle. On ne connaît ni la date précise de construction de l’église, ni le statut des religieux qui la desservent. En effet, si Kathleen Thompson penche pour une occupation par des moines, mieux adaptés à la célébration des morts, Florian Mazel4 a récemment émis l’hypothèse que l’église de Saint-Denis aurait pu être desservie par des clercs, avant d’être réformée par la suite, les abbayes canoniales étant nombreuses dans l’Ouest de la France.

La date d’achèvement des travaux est connue par une charte de 10795 qui relate la cérémonie de consécration de l’abbatiale après son achèvement le 11 janvier 1078. C’est Rotrou II, second fils de Geoffroy III, comte de Mortagne et seigneur de Nogent (1039-1078) qui achève la construction, fait dédicacer et consacrer les huit autels de l’église.

Le prieuré clunisien

Avant 10696, Rotrou II fait appel aux moines de Saint-Père de Chartres pour réformer la communauté religieuse. Résistant d’abord face aux velléités d’annexion de l’abbaye chartraine, Rotrou II place néanmoins, à la fin de sa vie, la communauté sous l’autorité de l’abbé de Saint-Père. Celle-ci est contestée dès la mort de Rotrou II (+1079) par son fils et successeur, Geoffroy IV, comte de Mortagne et seigneur de Nogent (de 1079 à 1100). Ce dernier préférant aux moines chartrains l’abbaye bourguignonne de Cluny à laquelle il fait don de Saint-Denis en 1080. A partir de cette date, la communauté réformée devient prieuré de l’abbaye de Cluny7.

La charte de fondation8 de l’abbaye confirme l’utilisation par la maison Rotrou de l’église Saint-Denis comme lieu d'inhumation et de célébration dynastique. Les seigneurs de Nogent sont enterrés dans l’édifice : de Geoffroy III, vicomte de Châteaudun et seigneur de Nogent mort en 1039, à Geoffroy V, comte du Perche et seigneur de Nogent, mort en 1202. Entre 1080 et le milieu du 13e siècle, la communauté desservant l’église est composée d’au moins 27 moines, soit le nombre nécessaire à l’obtention du statut de prieuré9.

Le prieuré-doyenné clunisien

Les moines n’étant plus assez nombreux, la communauté religieuse perd son statut de prieuré pour devenir un doyenné avant 125010. Les vingt moines restants assurent quatre messes par jour11. Le déclassement du prieuré est à mettre en relation avec la disparition du dernier membre de la famille Rotrou en 1226. La disparition de la cour et de la familia Rotrou, principaux bienfaiteurs du prieuré, entraîne une baisse du nombre de dons auprès du prieuré, rares voire inexistants après 1250. Dès lors la communauté n’est plus en mesure de supporter la charge d'un grand nombre de moines.

Choeur, chapelle axiale, détail du contrefort, blason de Jacques d'Amboise.Choeur, chapelle axiale, détail du contrefort, blason de Jacques d'Amboise.

La commende12 est instaurée à Saint-Denis avant 1525. S’ensuit une campagne de réfection sur les bâtiments du doyenné. Ainsi Jacques d'Amboise fait réaliser des travaux sur le chevet de l’abbatiale : un de ses contreforts porte encore aujourd'hui son blason13.

Vue de Villebon, détail de l'abbatiale Saint-Denis (à droite), vue du nord-ouest (après 1624). (Musée-Château Saint-Jean, Nogent-le-Rotrou).Vue de Villebon, détail de l'abbatiale Saint-Denis (à droite), vue du nord-ouest (après 1624). (Musée-Château Saint-Jean, Nogent-le-Rotrou).

La désaffection de l’église prieurale, certainement trop importante pour la petite communauté, s’aggrave à partir du 17e siècle. En 1657, il ne reste plus que huit moines pour desservir l’abbatiale dont les lourdes réparations réduisent de moitié la rente du doyenné14. Il pleut alors jusque dans le chœur de l’édifice15. L’église n’en apparaît pas moins en élévation sur la fresque de Villebon, datant d'après 162416. L’édifice est représenté (à droite de l’image) vu du nord-ouest, la façade est percée d’une large fenêtre, elle est flanquée au nord par une tour clocher hors-œuvre. Si la fresque de Villebon permet de donner un terminus ante quem à l’édification du clocher de Saint-Denis, le différend entre l’Hôtel-Dieu et le prieuré au sujet de la maîtrise des cloches laisse sous-entendre que l’église de Saint-Denis est dotée d’un clocher avant 120017.

L’inventaire du doyenné mentionne la présence de cinq moines en 178818. D’abord sécularisée lors de la suppression de l’ordre de Cluny en 1788, la communauté de Saint-Denis est supprimée en 179119. L’ancien doyenné est saisi en 1788, puis vendu pour matériaux au Sieur Rouvray le 11 décembre 1797. Le 3 février 1797, le clocher menaçant péril est abattu20.

L'ancienne abbaye propriété de la commune

Plan du rez-de-chaussée et du premier étage, et coupe (1807). (Archives nationales. F.21.1882 ; jaquette 0862).Plan du rez-de-chaussée et du premier étage, et coupe (1807). (Archives nationales. F.21.1882 ; jaquette 0862).Plan du collège Saint-Denis, 19e siècle. (Bibliothèque municipale de Chartres - médiathèque L'Apostrophe, fonds iconographie, Eure-et-Loir : n°1390-1393).Plan du collège Saint-Denis, 19e siècle. (Bibliothèque municipale de Chartres - médiathèque L'Apostrophe, fonds iconographie, Eure-et-Loir : n°1390-1393).Lithographie, vaisseau central, intérieur, vue de l'ouest, 19e siècle. (Bibliothèque municipale de Chartres - médiathèque L'Apostrophe, fonds iconographie, Eure-et-Loir : n°1390-1393). Lithographie, vaisseau central, intérieur, vue de l'ouest, 19e siècle. (Bibliothèque municipale de Chartres - médiathèque L'Apostrophe, fonds iconographie, Eure-et-Loir : n°1390-1393).

L’ancien prieuré est finalement acheté par la municipalité de Nogent-le-Rotrou le 7 mars 1807 afin d’y installer une caserne21. La nef déjà ruinée jusque dans sa dernière travée est utilisée comme cour, tout comme la croisée et l’abside. Le déambulatoire et les absidioles sont cloisonnés et reconvertis en dortoir, les bras nord du transept font office d’écuries, tandis que les tribunes de l’église sont dédiées aux chambres des officiers. Sur volonté de la municipalité, des travaux de restauration sont réalisés sur l’église de Saint-Denis en 187522. Les travaux ont plus spécifiquement concerné les chapiteaux des tribunes où des placages en stuc sont réalisés. L’édifice (chœur et croisée de transept) reçoit une nouvelle couverture en 189023.

En 1846, la caserne laisse place à un établissement d’enseignement secondaire24. La nef est de nouveau utilisée comme cour, du collège cette fois. Les salles de classes sont installées dans le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, tandis que le bras nord du transept est reconverti en gymnase. Une lithographie datée du 19e siècle présente les dispositions que l'établissement réserve à cet endroit au "quartier des moyens". Seuls la nef et le transept sont encore en élévation, les charpentes du vaisseau central ont intégralement disparu.

Aquarelle, chapelle axiale, intérieur, vue du nord (vers 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot). Aquarelle, chapelle axiale, intérieur, vue du nord (vers 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot). Transept, bras nord, élévations intérieures, murs nord et est.Transept, bras nord, élévations intérieures, murs nord et est.

Parallèlement aux restaurations, des fouilles sont réalisées en 188525, sans succès. Plusieurs excavations sont également réalisées dans le bras nord du transept. Un caveau empli de débris aurait été découvert sous les arcades du mur ouest, tandis que les vestiges d’une sépulture non identifiée et deux niveaux de sol sont mis au jour au pied du mur nord.

Plan du collège Rémy Belleau, 1947. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Plan du collège Rémy Belleau, 1947. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Aquarelle, chevet et tour d'escalier, vue du sud-est (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot).Aquarelle, chevet et tour d'escalier, vue du sud-est (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot).Plan du collège Rémy Belleau, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans).Plan du collège Rémy Belleau, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans).

Aquarelle, aile est et bras sud du transept, vue de l'ouest (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot). Aquarelle, aile est et bras sud du transept, vue de l'ouest (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot). Transept, aile est et bras nord, vue de l'ouest.Transept, aile est et bras nord, vue de l'ouest.

L’inscription de « l’ancienne abbaye Saint-Denis » par arrêté du 12 octobre 1948 et le projet d’installation du collège Arsène Meunier provoquent dès 1948 une restructuration complète du site26. L’église est alors « remise en état ». Le déambulatoire est décloisonné et ses voûtes sont reprises. Les bases des grandes arcades de l’abside sont recouvertes et leurs arcs sont renforcés. Les maçonneries ainsi que les couvertures des bas-côtés et du transept sont reprises. Les ouvertures et les couvertures de la façade est du cloitre (aile est et transept) sont intégralement reprises. Enfin, une tour d’escalier au contact des bas-côtés du chœur et du bras sud est détruite afin d’installer une cuisine.

L’église est de nouveau réinvestie, l’ancienne nef, la croisée et l’abside servent de cour, le bras nord de salle de sport, le bras sud de réfectoire, tandis que le déambulatoire et les bas-côtés du chœur sont utilisés comme réserves27. L’installation du collège est confirmée par le ministère de l’Éducation nationale le 1er février 194928. Ce dernier utilise encore actuellement l’église Saint-Denis comme lieu de dépôts.

Description

Situation

Plans de situation.Plans de situation.

L’église Saint-Denis est située dans la partie est de l’ancien enclos de l’abbaye du même nom. Elle est bordée à l’ouest par la rue Saint-Denis qui partage l’espace monacal selon une orientation nord/sud. L’abbatiale prend place sur une plate-forme naturelle, à proximité directe des rivières d'Huisnes, dont elle est distante de 170 m à l’ouest et de la Rhône, dont le lit est situé à 100 m au sud.

L’édifice est construit selon un plan en croix latine au transept saillant, le flanc sud est accosté d’ouest en est par la maison de justice (tribunal), l’ancien cloître et le réfectoire du collège. Son chevet donne sur la cour actuelle de ce dernier.

Structure

Plan du collège Rémy Belleau, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans).Plan du collège Rémy Belleau, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans).

La nef est presque intégralement détruite à l’exception de sa dernière travée et du mur gouttereau du collatéral sud, conservé entre le bras du transept et l’actuel tribunal. Le mur gouttereau du collatéral et le mur pignon du tribunal étant communs, la loge de ce dernier est constituée des vestiges des deux premières travées du collatéral sud de la nef. La première dispose encore de sa voûte d’arête, ce qui laisse à penser que l’ensemble des collatéraux était couvert de la même manière.

Le transept est composé de deux vaisseaux sur deux travées dans le bras sud et de trois travées dans le bras nord ; vaisseaux et travées sont ici restitués en fonction des supports et des vestiges d’ouvertures conservés. Les deux travées du bras sud sont redoublées d'une troisième travée voûtée d'ogives et actuellement séparée du transept. La distinction entre les deux espaces est marquée par un large mur comportant un conduit de cheminée. Deux murs diaphragmes percés d’arcades séparent les deux bras de la croisée du transept. Les parties hautes de l’élévation du vaisseau central étant détruites, il n’existe aucun indice qui permet de restituer le mode de couverture de la croisée du transept. Les bras sont couverts indépendamment, par un plancher ménagé sous une charpente à deux pans.

Le chœur se développe sur trois vaisseaux et deux travées droites. Le vaisseau central s’achève sur une abside semi-circulaire tandis que les collatéraux se prolongent sur un déambulatoire à sept travées trapézoïdales. Ce dernier donne accès à trois chapelles rayonnantes non jointives à cinq pans. L’ensemble du chœur est contrebuté par de larges contreforts, à l’exception des chapelles rayonnantes où ceux-ci se font plus minces.

Matériaux

Le gros-œuvre de la nef et du transept est édifié avec des moellons de calcaire et de silex liés avec de larges joints. Seuls les éléments architectoniques sont réalisés en moyen appareil de calcaire, exception faite du vaisseau central (nef, croisée du transept et chœur) intégralement construit en pierre de taille de moyen appareil. La provenance des pierres n'a pas été établie.

De gros moellons de silex liés avec un mortier de chaux jaune sont visibles dans les deux dernières travées de la nef et au-dessus des niveaux d’arasement des murs de l’abbatiale, ils portent ainsi la charpente de l’édifice. La brique et le ciment sont ponctuellement utilisés sur les arcades permettant de passer de l'ancienne nef (actuellement cour) vers le cloître d’une part, et sur les arcades du rond-point du chœur d’autre part.

Élévation

Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau nord, 1947. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau nord, 1947. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Nef, vaisseau central, gouttereau nord, élévation intérieure.Nef, vaisseau central, gouttereau nord, élévation intérieure.Collatéral nord, dernière travée, élévation intérieure, détail d'une arcade.Collatéral nord, dernière travée, élévation intérieure, détail d'une arcade.

Le vaisseau central de la nef se développe sur deux niveaux d’élévation : grandes arcades et « tribunes ». Les murs étant détruits au-dessus du second niveau, il est probable qu’ils aient comporté un ou plusieurs niveaux d'élévation supplémentaires. Les arcades sont constituées d’un arc en plein-cintre à deux rouleaux reposant sur des piles trop dénaturées pour être traitées. La tribune (uniquement conservée côté nord) prend place derrière des baies géminées en plein-cintre séparée par une large colonne. Son chapiteau est constitué d’une simple corbeille aux angles abattus, et dont la hauteur est inférieure à une assise. En l’absence d’indices, il est impossible de savoir si la tribune était aveugle et ménagée sous une couverture en appentis, comme c’est le cas dans le chœur, ou si elle était surmontée d’un autre dispositif de couverture.

Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Nef, vaisseau central et collatéral sud, élévations intérieures, vue de l'ouest.Nef, vaisseau central et collatéral sud, élévations intérieures, vue de l'ouest.

Collatéral sud, gouttereau sud, vue du sud.Collatéral sud, gouttereau sud, vue du sud.Collatéral sud, gouttereau sud, détail des arcades.Collatéral sud, gouttereau sud, détail des arcades.

Les collatéraux sont composés d’un niveau de circulation structuré en deux registres d’ouvertures (porte/arcades et fenêtres hautes) et communicants tous deux avec les grandes arcades du vaisseau central. Au sud, des négatifs d’arcades en plein-cintre sont encore visibles au contact du tribunal, elles contrastent avec les arcades brisées, en brique, donnant actuellement accès au cloître par le bas-côté. Les fenêtres hautes conservées sur les murs gouttereaux sont percées sous des arcs en plein-cintre. L’articulation entre les deux registres d’ouvertures (encore visible en 1948) a aujourd’hui disparu. Les arrachements des contreforts sont encore visibles sur l'élévation extérieure.

Nef (collatéral nord), transept (bras nord), vue de l'ouest.Nef (collatéral nord), transept (bras nord), vue de l'ouest.Collatéral nord, gouttereau nord, détail d'une porte.Collatéral nord, gouttereau nord, détail d'une porte.Collatéral nord, gouttereau nord, vue du nord.Collatéral nord, gouttereau nord, vue du nord.

Au nord, le piédroit d'une porte est encore visible sur le mur gouttereau de la dernière travée du collatéral. L’ouverture est ménagée sous un arc en plein-cintre dont les deux voussures, composées de claveaux pentagonaux, sont imbriquées l’une dans l’autre. La porte est surmontée d’une archivolte et d’un cordon sculptés en damier. L'élévation extérieure du mur gouttereau nord comporte les vestiges d'une fenêtre haute. Le mur est complétement repris au-dessus de l'ouverture, les moellons de calcaire laissant place à de gros moellon de silex.

Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Transept, croisée, mur sud, élévation intérieure.Transept, croisée, mur sud, élévation intérieure.Transept, croisée, mur nord, élévation intérieure.Transept, croisée, mur nord, élévation intérieure.

L’élévation de la croisée du transept se développe sur deux niveaux : les grandes arcades et les tribunes. Les grandes arcades sont composées d’un arc en plein-cintre à double rouleaux. Ceux-ci reposent au centre sur une colonne ronde et sur des piles disposées de part et d’autre de la croisée. Les piles sont composées d’un noyau circulaire flanqué de colonnes engagées sur dosseret.

Transept, croisée, élévation intérieure, détail de la tribune sud.Transept, croisée, élévation intérieure, détail de la tribune sud.Transept, croisée, élévation intérieure, détail de la tribune nord.Transept, croisée, élévation intérieure, détail de la tribune nord.

Les tribunes, actuellement aveugles, sont constituées de baies géminées en plein-cintre au sud et de trois baies en plein-cintre réunies sous un arc de décharge au nord. Le second niveau d’élévation étant tronqué au niveau des arcs de décharge de la tribune, il est probable que l’élévation ait été, dans un état antérieur, composée de plus de deux niveaux. Les colonnes centrales de la tribune nord ne comportent pas de chapiteau, à l’inverse des colonnes latérales dont les chapiteaux sont sculptés. Malgré un bûchage prononcé, il est possible d’identifier sur l’un d’entre eux un personnage prenant place sous un décor architecturé.

Transept, bras nord, élévations intérieures, murs nord et est.Transept, bras nord, élévations intérieures, murs nord et est.Transept, bras nord, élévation intérieure, mur nord.Transept, bras nord, élévation intérieure, mur nord.Transept, bras nord, élévation mur ouest.Transept, bras nord, élévation mur ouest.

Le premier niveau d’élévation du bras nord coïncide dans sa première travée avec le niveau des grandes arcades de la nef, de la croisée et du chœur. Comme le montrent les négatifs des arcades conservés dans la première travée du bras nord, la circulation entre les bas-côtés de la nef et du chœur ainsi que les bras du transept est continue. Les murs séparant actuellement les collatéraux du transept sont plaqués contre les arcades, ils sont postérieurs. A l’inverse, les deuxième et troisième travées ont une élévation structurée en deux registres pour un même niveau. Ainsi les murs gouttereaux sont rythmés par de larges arcades en plein-cintre aveugles, tandis que le mur pignon est percé de trois ouvertures en demi-cercle. Le second registre est occupé par des fenêtres hautes en plein-cintre dont l’archivolte est à l’extérieur sculptée d’un cordon en damier.

Coupe longitudinale, aile est et transept, 1948. In : La Construction moderne, revue mensuelle d'architecture. Septembre 1954, n° 9 )Coupe longitudinale, aile est et transept, 1948. In : La Construction moderne, revue mensuelle d'architecture. Septembre 1954, n° 9 )Transept, bras sud, élévation intérieure, mur sud.Transept, bras sud, élévation intérieure, mur sud.Transept, bras sud, élévation intérieure, détail du mur sud.Transept, bras sud, élévation intérieure, détail du mur sud.

Transept, bras sud, espace accolé, élévation intérieure.Transept, bras sud, espace accolé, élévation intérieure.Transept, bras sud, espace accolé, détail, chapiteau.Transept, bras sud, espace accolé, détail, chapiteau.Transept, aile est et bras nord, vue de l'ouest.Transept, aile est et bras nord, vue de l'ouest.

L’installation d’un réfectoire dans le bras sud a rendu toute lecture architecturale impossible. Néanmoins il est possible d’observer des arcatures aveugles sur son mur sud. La surface murale est ainsi scandée d’arcades trilobées dont les écoinçons sont ornés de fleurs à quatre pétales. Le mur sud donne accès à un espace ayant des dispositions similaires aux deux premières travées du transept. Ce dernier est vouté d'ogives dont les nervures en amandes reposent sur des colonnes engagées. Les bases et les chapiteaux suivent un plan en trèfle. Les clefs de voûtes sont sculptées de motifs végétaux. Le mur séparant la "troisième" travée du bras sud du transept de l'aile est n'a pas le profil d'un mur de refend, tout indique au contraire qu'il s'agissait antérieurement du pignon du transept.

Le bras sud s'ouvre sur le cloître par des grandes arcades brisées. Elles sont surmontées de fenêtres dont les encadrements sont en ciment. La charpente du transept est accolée et suit la même ligne de faitage que celle de l'aile est, reprenant également le même type de lucarnes. Les deux bâtiments offrent ainsi sur leur flanc ouest une façade uniforme.

Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Coupe longitudinale, vaisseau central, gouttereau sud, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Transept et choeur, vaisseau central, élévation intérieure, vue de l'ouest.Transept et choeur, vaisseau central, élévation intérieure, vue de l'ouest.Choeur, abside, élévation intérieure, détail du rond-point.Choeur, abside, élévation intérieure, détail du rond-point.Choeur, abside, travée droite, élévation intérieure, mur nord.Choeur, abside, travée droite, élévation intérieure, mur nord.Choeur, abside, travées droites, élévation intérieure, détail chapiteau.Choeur, abside, travées droites, élévation intérieure, détail chapiteau.

L’élévation du chœur est constituée de deux niveaux. Celle-ci étant tronquée au-dessus du second niveau, rien n’interdit de penser que l’édifice ait bénéficié d’un niveau supplémentaire. Dans les parties droites de l’abside, les grandes arcades sont ménagées sous des arcs en plein-cintre à double rouleaux reposant sur des piles composées à noyau carré et de colonnes cantonnées sur dosseret. Le rouleau intérieur repose sur des colonnes engagées par l’intermédiaire d’un chapiteau à crochet, tandis que le rouleau extérieur retombe directement sur le dosseret des piles composées. Les grandes arcades du rond-point sont similaires à celles des parties droites du chœur, exception faite du surhaussement des arcs et des piles composées ici de forme ovoïdale. La présence de coffrage en ciment sur les parties tournantes du chœur empêche la lecture des retombées des arcs et donc d’identifier la présence ou non de chapiteaux.

Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.

Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.Choeur, abside, élévation intérieure, détails de la tribune.Aquarelle : choeur, abside, détail des chapiteaux (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot).Aquarelle : choeur, abside, détail des chapiteaux (avant 1948). (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot).

Les tribunes sont aveugles, l’espace de circulation étant ménagé sous des combles en appentis. Chaque travée est percée de baies géminées dont les arcs en plein-cintre reposent sur des colonnes libres au centre, et engagées aux extrémités des ouvertures. Les colonnes massives sont surmontées de chapiteaux à abaques et tailloirs chanfreinés. Les corbeilles des colonnes libres reçoivent un décor d’entrelacs végétaux, ou géométriques avec une utilisation de chevrons et de dents de loup. Les chapiteaux des colonnes engagées sont simplement incisés, de manière à souligner la forme de la corbeille. Les premières travées du chœur font exception, leurs chapiteaux étant sculptés de crochets. L’ensemble du décor a été repris en stuc sans profonde modification des motifs. Les baies géminées sont liées les unes aux autres par un bandeau chanfreiné venant se fondre au niveau de leurs tailloirs. Les deux niveaux d’élévation sont liés par une colonne engagée sur dosseret montant de fond et interrompue au-dessus de la tribune.

Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, vue du sud.Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, vue du sud.Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, vue du nord.Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, vue du nord.

Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, détail d'un chapiteau.Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, détail d'un chapiteau.Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, détail d'un chapiteau corinthien (buché).Choeur, déambulatoire, élévation intérieure, détail d'un chapiteau corinthien (buché).Dépôt lapidaire, chapiteau de Saint-Denis (1992). (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Cote : PM 28000468).Dépôt lapidaire, chapiteau de Saint-Denis (1992). (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Cote : PM 28000468).

Les bas-côtés et le déambulatoire comportent un seul niveau d’élévation prenant place sous des voûtes d’arêtes. Les travées sont scandées par des colonnes sur dosseret cantonnées à des piles du côté de l’abside, et intégrées aux maçonneries des murs du côté du chevet. Les colonnes reçoivent directement les arcs en plein-cintre des arcs doubleaux du déambulatoire et des collatéraux, tandis que les arêtes des voûtes reposent sur les dosserets. La forme ronde des colonnes est reprise par les larges tores des arcs doubleaux. Malgré le bûchage systématique des supports du chœur, des vestiges de chapiteaux sont encore visibles, à l’image de plusieurs chapiteaux corinthiens ou du chapiteau conservé dans la deuxième travée du déambulatoire et dont la corbeille est sculptée de lions affrontés. Un second chapiteau présentant des lions est conservé au musée château Saint-Jean.

Elévation, chevet et aile est, vue de l'est, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Elévation, chevet et aile est, vue de l'est, 1948. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans). Chevet, vue du sud-ouest.Chevet, vue du sud-ouest.Choeur, collatéral et absidiole nord, vue du nord.Choeur, collatéral et absidiole nord, vue du nord.

Les collatéraux ne sont plus éclairés qu’au sud où l’on observe trois fenêtres alternativement semi-circulaires et brisées dont les remplages ont disparu. Les négatifs de dispositions similaires sont encore visibles au nord. Le déambulatoire prend jour par deux fenêtres ménagées entre les trois absidioles du chœur. Ces fenêtres sont ménagées sous un arc brisé à deux rouleaux chanfreinés. Le remplage est constitué de deux lancettes trilobées surmontées par un quadrilobe et deux écoinçons ajourés. Les ouvertures reposent sur un mur sous appui percé de niches murales en plein-cintre.

Choeur, déambulatoire et absidiole nord, élévation intérieure.Choeur, déambulatoire et absidiole nord, élévation intérieure.Choeur, absidiole centrale, élévation intérieure, vue de l'ouest.Choeur, absidiole centrale, élévation intérieure, vue de l'ouest.Choeur, absidiole nord, élévation intérieure, vue de sud-ouest.Choeur, absidiole nord, élévation intérieure, vue de sud-ouest.Choeur, absidiole nord, élévation intérieure, mur est.Choeur, absidiole nord, élévation intérieure, mur est.Choeur, absidiole sud, élévation intérieure, vue du nord-ouest.Choeur, absidiole sud, élévation intérieure, vue du nord-ouest.

Après examen, il apparaît clairement que les maçonneries des chapelles rayonnantes sont soit plaquées contre les colonnes du déambulatoire soit sur leurs dosserets, elles lui sont donc postérieures. Les absidioles sont couvertes de voûtes sexpartites aux ogives moulurées d’un tore en amande. Les nervures des voûtes reposent sur des colonnettes engagées dont les chapiteaux sont sculptés de décors de feuilles et de crochets. Les colonnettes ont toutes une forme circulaire, à l’exception de celles de la chapelle d’axe dont le tore est mouluré en amande. Les chapelles sont ajourées sur trois de leurs côtés, les fenêtres sont ménagées sous des arcs en plein-cintre brisés et chanfreinés. Au vu des vestiges conservés, il est probable que les remplages aient été constitués de deux lancettes trilobées surmontées par un quadrilobe et deux écoinçons ajourés. Comme dans le déambulatoire, les fenêtres sont percées au-dessus d’un mur sous appui.

Conclusion

L'abbatiale Saint-Denis

Datation

Il existe peu de marqueurs stylistiques susceptibles de dater la nef. Si l’on se base sur :

  • la présence de trois vaisseaux avec un vaisseau central charpenté ou voûté, associés à des collatéraux voûtés d’arêtes,
  • l’articulation des ouvertures des bas-côtés,
  • les arcs en plein-cintre à double rouleaux des grandes arcades,
  • l’utilisation d’appareil décoratif et le recours au motif en damier,

il est possible de rapprocher la nef des deuxième et troisième quarts du 11e siècle. L’appareil pentagonal imbriqué retrouvé dans le mur du collatéral nord de la nef constitue par ailleurs l’un des exemples les plus septentrionaux de ce type de motif. Ce dernier est en effet généralement utilisé plus au sud, dans l’espace ligérien.

Partant du postulat que les travées de la nef étaient régulières et que les vestiges conservés dans le tribunal sont bien les anciens bas-côtés de l’abbatiale, la nef aurait été composée de trois vaisseaux et d’au moins huit travées de plan barlong dans le vaisseau central et proches du carré dans les collatéraux. La longueur approximative de l’abbatiale aurait alors été de 75 à 80 m. La copie de la fresque de Villebon fait état d’une tour-clocher en avant de la nef de l’abbatiale selon une disposition similaire à celle observée à l’abbaye de la Trinité de Vendôme (Loir-et-Cher).

Il n’existe pas d’articulation entre les différents registres d’ouvertures dans le transept, exception faite du couple arcades/tribunes. Les grandes arcades se développent sous des arcs en plein-cintre à deux rouleaux selon un registre décoratif similaire à la nef. On retrouve le damier disposé sur l'archivolte des arcs des fenêtres hautes, ce dernier formant un décor de lésènes. L’unique différence tient dans l’alternance de colonnes et de piles composées montant de fond dans la croisée du transept. L’élévation du côté nord constituée de deux arcades est surmontée d’une tribune percée de trois baies, sous une décharge plein-cintre rappelant fortement la nef de l’abbatiale de Jumièges (Seine-Maritime). Il est possible de rapprocher la datation du transept de celle de la nef, soit les deuxième et troisième quarts du 11e siècle.

Lithographie, transept, bras sud, vu du nord, 1895. In : DE SOUANCE, Hector Guillier. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, 1031-1789. Vannes : Lafolye, 1895. Lithographie, transept, bras sud, vu du nord, 1895. In : DE SOUANCE, Hector Guillier. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, 1031-1789. Vannes : Lafolye, 1895.

L’utilisation du transept à deux vaisseaux est une spécificité normande comme on peut le voir à l’abbaye de Bayeux (Calvados) ou encore à l’abbaye de Jumièges. La différence d’élévation entre la première et les deux dernières travées du bras nord peut être interprétée comme le négatif d’une plate-forme de transept. Ce type de dispositif est courant en Normandie, à l’image de celle que l’on peut observer à Saint-Etienne de Caen (Calvados). Néanmoins, à l’inverse de l’église caennaise, la présence d’un mur diaphragme séparant la croisée des bras du transept amène à penser qu’ici le dispositif était commun à l’intégralité du bras nord. Les circulations entre les collatéraux de la nef et ceux du chœur étaient continues au premier niveau d’élévation, grâce aux arcades. C'est également le cas au second niveau d'élévation, grâce aux tribunes et à la plate-forme de transept.

Un dessin de 1895 atteste de la présence de voûtes d’ogives dans le vaisseau du bras sud. Il est probable que l’intégralité de ce dernier ait été antérieurement voûté, soit avant l’installation du réfectoire. Partant de cette hypothèse, le bras sud aurait également été doté d’une plate-forme de transept.

Le chœur reprend les caractéristiques architecturales développées dans la nef et le transept, ce qui permet d’avancer une datation comprise entre le deuxième et le troisième quart du 11e siècle. La présence de niches murales et d’un déambulatoire voûté d’arêtes, la mise en œuvre des colonnes par alternance de tambour et demi-tambour ainsi que le rappel de forme entre tore et colonne sont autant d'indices qui confirment cette première hypothèse. Néanmoins l’articulation entre les niveaux d'élévation et leurs ouvertures se trouve ici plus clairement exprimée que dans la nef ou le transept. Chaque travée est scandée par des piles cantonnées de colonnes montant de fond sur dosserets. Le vocabulaire décoratif est également plus clairement exprimé (et/ou mieux conservé), notamment par l’utilisation de chapiteaux dont les corbeilles ont reçu un décor :

  • De lions affrontés, comme c’est le cas dans le déambulatoire. L’examen du dépôt lapidaire par Diane Laneluc permet de démontrer l’existence d’un second chapiteau dont la corbeille est sculptée de deux lions affrontés. On retrouve le même type de représentation à l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire (Loiret).
  • De palmettes. Malgré le bûchage prononcé, plusieurs chapiteaux corinthiens sont identifiables dans le déambulatoire.
  • D’entrelacs, dont l’essor malgré leur présence à l’abbatiale de Bernay (Eure), soit dans le deuxième quart du 11e siècle, s’observe plutôt entre 1060 et 1070.
  • De décors géométriques incisés dans la pierre, particulièrement sur les chapiteaux latéraux des baies de la tribune du chœur. On retrouve ce type de décors à l’abbaye de Lessay (Manche) ou encore à l’abbaye de la Charité-sur-Loire (Nièvre).

Au vu des marqueurs stylistiques énoncés, le chœur de Saint-Denis date du troisième quart du 11e siècle, dans un art roman à mi-chemin entre les influences normande et ligérienne.

Contextualisation

La construction de l’abbatiale Saint-Denis aurait donc débuté par la nef dans la première moitié du 11e siècle, avant de se poursuivre vers le transept et de s’achever par le chœur durant le troisième quart du 11e siècle. L’hypothèse est confirmée par les textes qui situent le début de la construction des travaux de l’église vers 1031 sous Geoffroy III, pour s’achever en 1079 sous Rotrou II.

L’aspect monumental de l’abbatiale Saint-Denis est à rapprocher des grandes abbatiales de pèlerinage du nord-ouest et du centre de la France. Malgré une influence ligérienne certaine, ce sont les influences normandes qui se font ici les plus manifestes tant dans le choix du décor (entrelacs, damiers, décors géométriques) que dans les choix architecturaux (transept à deux vaisseaux, plateforme de transept et déambulatoire sans chapelles rayonnantes).

Ces influences sont à mettre en relation avec la situation géographique du monastère, à l’interface entre la Normandie et la vallée de Loire d’une part et les seigneurs de Nogent d’autre part. Ces derniers, d’abord vassaux des comtes de Blois et hostiles aux ducs de Normandie sous Geoffroy III, basculent dans l’aire d’influence normande sous Rotrou II, dont le fils participe à la conquête de l’Angleterre au côté de Guillaume le Conquérant.

La prieurale clunisienne

Datation

Une seconde campagne de construction (plus modeste) est identifiable au niveau du chœur et du transept. Le chœur est alors doté de fenêtres à remplages, une partie des chapiteaux de l’abside est repris et trois chapelles rayonnantes sont ajoutées au déambulatoire29. Au sud, le bras du transept est divisé en deux afin de ménager une salle voûtée dans son extrémité méridionale. Les fenêtres à remplage, les arcades trilobées et les voûtes d’ogives dont les tores sont moulurés en amande permettent de dater la campagne de construction de la première moitié du 13e siècle.

Contextualisation

L’adoption du parti chartrain dans le chœur de l’abbatiale peut être interprétée comme le témoin du basculement du comté du Perche de la sphère Plantagenêt à celle des Capétiens. L’église serait alors un symbole de l’affirmation du rattachement du Perche au royaume de France. Les travaux témoignent également d’une campagne de « modernisation » des bâtiments du prieuré. Le cellier de l’aile ouest est également construit durant la première moitié du 13e siècle. Le prieuré clunisien est alors à son apogée.

L'église du doyenné

Malgré les réfections effectuées par Jacques d'Amboise (ou en son nom) en 1539, force est de constater que l’abbatiale n’a fait l’objet d’aucune campagne de construction après la première moitié du 13e siècle. La disparition des Rotrou entraine un bouleversement dans la vie des moines, remettant en question une des fonctions qui leur est confiée : la célébration dynastique de la familia. Coupé de ses mécènes, le monastère a la charge d’un édifice monumental de plus en plus inadapté, alors que le centre religieux de Nogent se déplace vers les églises paroissiales à partir du 13e siècle. Dès lors rien d’étonnant à ce que les moines se contentent des strictes réparations nécessaires à la conservation d’un édifice à leur usage exclusif, exception faite des jours de procession. D’abord réduit au nombre de 20, le doyenné ne compte plus que 8 moines en 1657. Les travaux réalisés par ces derniers ne semblent plus porter que sur les parties dont ils ont l’usage, à savoir le chœur, ce qui explique : l’état de ruine de l’édifice à cette époque, et pourquoi le chœur est encore aujourd’hui la partie la mieux conservée.

L'église propriété de la commune

Deux campagnes de restauration sont identifiables dans la nef et le chœur. Au vu des matériaux utilisés, arcs en brique et murs en gros moellons de silex dans la nef et coffrages en ciment des grandes arcades du chœur, il s’agit certainement des travaux réalisés lors de l’installation du collège en 1885 d’une part, et des restaurations opérées après le classement du monastère en 1948 d’autre part.

1« basilice fundamenta jeci, maxirnarnque partem opens peregi » extrait de DE SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. Charte 5.2« ut monachorum series inibi militatura, et secundum regulam beatissimi Benedicti diu noctuque deservitura[…] pro salute sua omniumque fidelium, tam vivorum quam defunctorum », extrait de DE SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. Charte 5.3 THOMPSON, Kathleen. Sept Textes pour une fondation, les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs écritures, Le pouvoir dans le Perche au temps des Rotrou. Bibliothèque de l'école des chartes. 2002, tome 160, livraison 2. p. 641-666.4MAZEL Florian. Seigneurie châtelaine et seigneurie ecclésiale au "premier âge féodal", puissants laïcs, chapitres castraux et relève monastique dans le Nord-Ouest de La Francie. In : IOGNA-PRAT. LAUWERS. MAZEL. ROSÉ. Cluny : les moines et la société au premier âge féodal. commémorations clunisiennes. 2013. p.401-416. 5THOMPSON, Kathleen. Sept Textes pour une fondation, les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs écritures, Le pouvoir dans le Perche au temps des Rotrou. Bibliothèque de l'école des chartes. 2002, tome 160, livraison 2. p. 641-666. D’après Archives nationales. Estampes et manuscrits. Série fr. cote moreau 32 fol.16THOMPSON, Kathleen. Sept Textes pour une fondation, les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs écritures, Le pouvoir dans le Perche au temps des Rotrou. Bibliothèque de l'école des chartes. 2002, tome 160, livraison 2. p. 641-666. D’après BNF. Manuscrit cote : FR. Moreau 32 fol.17THOMPSON, Kathleen. Sept Textes pour une fondation, les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs écritures, Le pouvoir dans le Perche au temps des Rotrou. Bibliothèque de l'école des chartes. 2002, tome 160, livraison 2. p. 641-666. D’après BNF. Manuscrit cote FR Bourgogne 78, n°144.8DE SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. Charte 5.9SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. p. 72.10GUERARD. Benjamin, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Père de Chartres, tome 1, Paris, 1840.p 299.11SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. p 72.12La commende, ou concession de terres et de revenus affectés à une charge ecclésiastique.13LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent. Maitrise. PARIS.1991. p. 17- 29.14DUVAL, Louis. État de la généralité d’Alençon sous Louis XIV, Alençon, 1890.p. 197.15DE SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. p 84.16Vue de Villebon. peinture (copie). après 1624. Musée Château Saint-Jean. 17SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. Charte 108.18MERLET, René. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Eure-et-Loir. Série H. Tome 1. Chartres. 1897. H 2598.19SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. Charte 133.20DE SOUANCÉ, Hector. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou : 1031-1789. Vannes. 1895. p. 97.21Plan du rez-de-chaussée et du premier étage et coupe [...] Église de l'abbaye St-Denis de Nogent-le-Rotrou. 1807.A.N. F.21.1882 ; jaquette 0862.22LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent – Maitrise – PARIS I – 1991 p. 20.23LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent – Maitrise – PARIS I – 1991 p. 21.24LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent – Maitrise – PARIS I – 1991 p. 19.25LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent – Maitrise – PARIS I – 1991 p. 23.26Médiathèque du Patrimoine, Charenton-le-Pont cote : 0081 028 0064. Abbatiale Saint-Denis.27Médiathèque du Patrimoine, Charenton-le-Pont cote 0081 028 0064. Collége Saint-Denis.28Médiathèque du Patrimoine, Charenton-le-Pont cote 0081 028 0064. Collége Saint-Denis.29En 2007, les fouilles préventives effectuées à l’occasion de la reconstruction du collège Arsène Meunier ont démontré l’existence d’une campagne de réfection datée entre le 13e et le 14e siècles au pied des contreforts des absidioles du chevet. Le chœur était donc potentiellement pourvu de chapelles rayonnantes avant le 13e siècle. Si la fourchette chronologique indiquée ne permet pas de confirmer l’existence de chapelles rayonnantes avant le 13e siècle, elle ne permet pas non plus de l’infirmer. D’après CARRÉ Gaël, Payraud Nicolas. L’abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, Histoire et archéologie. Dans Cahiers Percherons n°188. 2011. P.2-14.
Précision dénomination église abbatiale
Vocables Saint-Denis
Appellations caserne Saint-Denis, collège Arsène Meunier
Dénominations église, caserne, collège
Aire d'étude et canton Nogent-le-Rotrou - Nogent-le-Rotrou
Adresse Commune : Nogent-le-Rotrou
Adresse : 9 rue Saint-Denis

La cohérence entre textes et marqueurs stylistiques permet de dater la construction de l'abbatiale Saint-Denis entre 1030 et 1079. Si Geoffroy III est à l'initiative du chantier, c'est son fils, Rotrou II, qui fait achever et consacrer l'édifice. Au début du 13e siècle, le chœur de l'église, est en partie reconstruit. Les chapiteaux à crochets du vaisseau central et les voûtes d'ogives des chapelles rayonnantes en sont les principaux témoins. Des travaux sont engagés sur le chevet de l'église durant la première moitié du 16e siècle, un des contreforts du chœur porte les armes de Jacques d'Amboise. En 1657, l'église est décrite en ruine. La communauté de Saint-Denis est supprimée en 1791. Les bâtiments sont vendus pour matériaux le 11 décembre 1797. La même année, le clocher de l'église est abattu. L’abbatiale est achetée le 7 mars 1807 par la municipalité de Nogent-le-Rotrou, qui y installe alors une caserne. En 1948, l'abbatiale est associée à l'installation du collège Arsène Meunier. Ce dernier occupe encore actuellement l’église Saint-Denis.

Période(s) Principale : 2e quart 11e siècle, 3e quart 11e siècle , daté par source
Principale : 1er quart 13e siècle , daté par travaux historiques
Secondaire : 2e moitié 16e siècle , porte la date
Auteur(s) Personnalité : Geoffroy III,
Geoffroy III , né(e) ? (v 1040 - )

Vicomte de Châteaudun et premier seigneur de Nogent-le-Rotrou mentionné par les textes.


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Personnalité : Rotrou II,
Rotrou II

Seigneur de Nogent-le-Rotrou (1039 à 1079) et comte de Mortagne-au-Perche (? - 1079).


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L’église est construite selon un plan en croix latine au transept saillant. La nef est presque intégralement détruite. Font exception, sa dernière travée et la loge du tribunal, constituée des vestiges des deux premières travées du collatéral sud de la nef. L'une d'entre elle dispose encore de sa voûte d’arête. Le transept est composé de deux vaisseaux sur trois travées au nord et deux vaisseaux et deux travée au sud. Le chœur comporte trois vaisseaux et deux travées droites. Son vaisseau central s’achève sur une abside semi-circulaire tandis que les collatéraux se prolongent sur un déambulatoire à sept travées trapézoïdales. Ce dernier est vouté d’arête tandis que les chapelles sont couvertes de voûtes d'ogives. L'ensemble des élévations est détruit au-dessus du second niveau. Le gros-œuvre de la nef et du transept sont édifiés en moellons liés avec de larges joints. Seuls les éléments architectoniques sont réalisés en moyen appareil de calcaire. Le vaisseau central et le chœur sont intégralement construits en pierre de taille de moyen appareil.

Murs silex moellon
calcaire moellon
calcaire pierre de taille
Plans plan en croix latine
Couvrements voûte d'arêtes
voûte d'ogives
Couvertures
Statut de la propriété propriété de la commune
Éléments remarquables choeur, transept
Protections inscrit MH, 1948/10/12
Précisions sur la protection

inscription par arrêté du 12 octobre 1948

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Eure-et-Loir. Série H : 2598. Inventaire. 1788.

  • Bibliothèque nationale de France. Manuscrits, Fr. Bourgogne 78, n°144. Charte. 1080.

  • Bibliothèque nationale de France. Manuscrits. Fr Moreau 32. Cartulaire de Saint-Denis. Copie, 18e siècle.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Cote : 0081 028 0064. Dossier Saint-Denis.

Documents figurés
  • Plan du rez-de-chaussée et du premier étage et coupe [...]. Église de l'abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou. 1807. Relevé. (AN. F.21.1882 ; jaquette 0862).

  • Plan et vues du collège Saint-Denis. 19e siècle. Lithographies. (Bibliothèque municipale de Chartres - médiathèque L'Apostrophe, fonds iconographie, Eure-et-Loir : n°1390-1393).

  • Plans, coupe et élévations du collège Saint-Denis / J. Warnery. 1947-1948. Relevés J. Warnery. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, cartes et plans).

  • Vue de Villebon. Après 1624. Peinture (copie). (Musée-Château Saint-Jean, Nogent-le-Rotrou).

  • Abbaye de Saint-Denis / dressé par G. Massiot. Vers 1948. Aquarelle. (Musée-Château Saint-Jean, fonds Massiot).

  • Chapiteau de Saint-Denis. 1992. Photographie. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Cote : PM 28000468).

Bibliographie
  • DE SOUANCE, Hector Guillier. Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, 1031-1789. Vannes : Lafolye, 1895.

    charte 5, 108, 133
  • DUVAL, Louis. État de la généralité d'Alençon sous Louis XIV. Alençon : Librairie Loyer-Fontaine, 1890.

    p. 197.
  • GUERARD, Benjamin. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Père de Chartres. Tome 1. Paris : Imprimerie de Crapelet, 1840.

    p. 299.
  • LANELUC, Diane. Monographie de Saint-Denis de Nogent. Paris : 1991. Mémoire de maîtrise : 1991.

    p. 17- 29.
  • MAZEL, Florian. Seigneurie châtelaine et seigneurie ecclésiale au "premier âge féodal", puissants laïcs, chapitres castraux et relève monastique dans le Nord-Ouest de La Francie. In : IOGNA-PRAT, Dominique, LAUWERS, Michel, MAZEL, Florian, et al. Cluny : les moines et la société au premier âge féodal. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2013.

    p.401-416.
  • MERLET, Lucien. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, archives ecclésiastiques, Série H. Chartres : Impr. Garnier, 1897 (réédition de 1978).

    tome 1, p. 279.
  • VERGNOLLE, Eliane. L'art roman en France. Paris : Flammarion, 2003. (réed. de l'ouvrage de 1994, même éditeur).

    p. 77-193.
Périodiques
  • CARRÉ, Gaël, PAYRAUD, Nicolas. L’abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, Histoire et archéologie. Cahiers Percherons, 2011, n°188.

    p. 2-14.
  • LESUEUR, Frédéric. Appareils décoratifs supposés carolingiens. Bulletin Monumental, 1966, volume 124, numéro 2. p. 167-186.

    p. 183.
  • MORIN, Alain. La vie au collège au début de la IIIe République. Cahiers Percherons, 1980, n°63.

    Illustration.
  • THOMPSON, Kathleen. Sept Textes pour une fondation, les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs écritures. Bibliothèque de l'école des chartes, 2002, tome 160, livraison 2. p. 641-666.

    p. 641-666.
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Rozier Hadrien