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Église Saint-Denis-Hors-les-Murs (parvis Saint-Denis)

Dossier IA37005738 inclus dans Amboise : place dite parvis Saint-Denis réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

Vocables Saint-Denis
Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : parvis Saint-Denis

Au IVe siècle, lorsque le futur saint Martin part en guerre contre les sanctuaires païens ruraux, Amboise n'est pas épargnée. Les Dialogues de Sulpice Sévère datant de cette période rapportent l'établissement à Amboise de clercs et de moines. L'église d'Amboise est l'une des six églises fondées par Martin avec celles de Langeais, Saunay, Ciran, Tournon et Candes. Il précise aussi qu'une idole païenne avait préalablement été détruite à Amboise, mais on ne connaît pas son emplacement. Sylvie Le Ray propose une lecture classique du passage des Dialogues et le met en parallèle avec la politique martinienne qui consistait à implanter une église locale et à multiplier les petits ermitages, installant ainsi le premier réseau ecclésiastique en Touraine. Aussi à la fin du Bas-Empire, Amboise s'insère-t-elle dans le premier réseau d'agglomérations connu, celui de la hiérarchie ecclésiastique. Dès le Haut Moyen Âge, le pôle de Saint-Denis constitue un bourg hors les murs important. La période mérovingienne est essentiellement documentée par trois sources : l'Historia Francorum écrite par Grégoire de Tours, des sarcophages retrouvés en fouilles et des découvertes numismatiques. Le cimetière de Saint-Denis, appelé « le cimetière des Innocents », devait avoir été implanté sans doute dès la première église fondée par saint Martin. L'abbé Bosseboeuf signale qu'étaient visibles « dans une cave située à une trentaine de mètres, des cercueils taillés dans une pierre unique et plus large du côté de la tête, avec des couvercles aussi en pierre ». Il précise que « l'absence d'ornements et de signe symboliques empêche de les dater d'une façon précise ; mais les fragments de tuiles à rebord, perdues dans le sol où les cercueils sont engagés à la profondeur de cinq mètres, prouvent qu'ils remontent à une haute antiquité ». Jusqu'au déménagement du cimetière en 1778, les tombes entouraient le mur nord de Saint-Denis. Il y avait certainement des sépultures dans l'église même, mais la réfection complète du dallage a fait disparaître les anciennes pierres tombales. L'abbé Bosseboeuf rapporte que des légendes mortuaires étaient visibles sur le mur nord de l'église : notamment celle de Bernard Gilles, un maçon issu d'une famille de maîtres-maçons que l'on retrouve dans les comptes de la ville au XVIe siècle. En 1896, Alfred Gabeau publie un article sur trois sarcophages de type mérovingien retrouvés à 35 m de la façade nord de l'église Saint-Denis. Aucun autre élément ne nous permet de distinguer l'occupation mérovingienne de l'implantation romaine ; cependant les cimetières à inhumation associés à un édifice religieux orientés se généralisent à partir du VIIIe siècle. Il semble donc qu'à Amboise comme dans de nombreux cas, la continuité entre les deux civilisations ait prévalu. À partir de ces seuls éléments, il est délicat de conclure à l'existence d'un véritable village autour de Saint-Denis, mais l'occupation pourrait être liée à la présence d'ateliers monétaires. Gustave Ponton d'Amecourt publie en 1870 un ouvrage répertoriant une dizaine de monnaies sur lesquelles était inscrit « Ambacia Vico ». Il distingue au minimum sept noms de monétaires à Amboise, or on sait qu'en Touraine l'implantation éparse de dizaines d'ateliers leurs permettait de travailler simultanément les uns avec les autres. Les ateliers ambulants sont donc attestés et on explique leur existence par le repli de chaque agglomération sur elle-même ; établissant ainsi un marché qui leur est propre, elles n'éprouvent plus le besoin d'échanger avec les agglomérations alentours. Ce phénomène s'amplifie encore jusqu'aux IXe-Xe siècles avec les invasions normandes, jusqu'à ce que le système féodal se mette en place. L'abbé Bosseboeuf affirme que l'église actuelle a été reconstruite en 1107 sous Hugues Ier d'Amboise. Cependant le docteur Frédéric Lesueur n'adhère pas à cette datation : « Mais cette date est insoutenable, les parties les plus anciennes de l'église ne paraissant pas antérieures au milieu du XIIe siècle et la construction s'étant sans doute poursuivie jusqu'aux dernières années de ce siècle, sinon au début du XIIIe siècle ». L'église du XIIe siècle, constitue l'essentiel de l'édifice ; au XVe siècle, l'église subit des modifications au niveau de son chevet où l'on ouvre des baies ; puis au XVIe siècle on édifie un collatéral sur le mur gouttereau sud. Enfin, les travaux d'embellissement des siècles suivants concentrent leurs efforts sur l'ornementation du bâtiment. Les travaux de restauration commencent au milieu du XIXe siècle, sous la direction de l'abbé Brisacier qui, selon les mots de l'abbé Bosseboeuf appliqua aux travaux une certaine « souplesse de conception ». Quant à l'étude du décor extérieur du collatéral sud, elle a été réalisée par Julien Noblet.

Période(s) Principale : 12e siècle
Principale : 15e siècle
Principale : 16e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 20e siècle

L'église Saint-Denis est bâtie en pierre de taille de tuffeau, selon un plan en croix latine orientée, de 41,50 m de long sur 23,70 m de large. L'église des XIIe-XIIIe siècles présentait un chevet pentagonal. Chaque pan du chevet percé d'une large baie en plein cintre brisé se trouve séparé des autres par un puissant contrefort rectangulaire. Le transept traversant, surplombé de son clocher placé à la croisée du transept, ouvre sur une nef flanquée de deux bas-côtés. Le clocher a été restauré au XVIIIe siècle par suite de l'effondrement de l'ouvrage primitif. Les maçonneries des murs gouttereaux, en particulier celui du nord, sont encore assez lisibles pour comprendre que la construction d'origine ne présentait pas d'arc boutant. Pour percer trois larges baies cintrées éclairant le vaisseau central, deux arcs-boutants furent construits, au nord et au sud, à l'aplomb des puissants contreforts présents au niveau inférieur. Entre ces derniers, les fenêtres basses ouvrent sur les bas-côtés. En dépit de ce que pourrait laisser penser l'aspect neuf du portail nord, ce dernier est authentique. Il est surmonté de trois voussures sculptées de feuillages très restaurées. Les baies sont quant à elles soulignées de doubles archivoltes, séparées par un tore pour celles du haut et par une moulure un peu plus complexe pour celles du bas (gorge-tore-gorge). Le clocher de plan carré (8,40 m de côté) est couvert d'un toit pyramidal. À la base du toit, prennent place, sur chaque côté du clocher, deux baies en plein cintre dont les proportions sont semblables à celles des fenêtres hautes. Les bras du transept sont épaulés à chaque angle d'un contrefort. Le bras nord est éclairé de deux lancettes, tandis qu'au centre du bras sud, un contrefort particulièrement imposant monte jusqu'à la pointe du pignon. Ce contrefort abrite discrètement une vis très étroite qui permet l'accès au clocher. Deux fentes de jour éclairent faiblement l'escalier. À l'extrémité de la nef, la forme du pignon ouest a été harmonisée par la création de murs-boutants simulant les rampants du toit. Ainsi au lieu de suivre le profil du vaisseau central et des bas-côtés, ces murs montent selon la pente des arcs-boutants jusqu'à la base du toit du vaisseau central. Entre deux contreforts positionnés à la liaison verticale des bas-côtés et du vaisseau central s'ouvre un portail surmonté d'une grande baie en plein cintre, située à la hauteur des fenêtres hautes. Un simple cordon torique souligne l'extrados de la porte comme de la baie. Cette façade est bien plus sobre que la façade nord, sur laquelle s'ouvre, au-dessus de cinq marches de perron, le portail aux voussures feuillagées. Ce dernier était le portail principal ; sa position face à la ville concorde avec le chemin d'accès à Saint-Denis dont le pavage est mentionné dans les archives de la ville.

À cette construction primitive, ont été ajoutées au XVe siècle, de part et d'autre du chevet, deux chapelles longues d'une travée droite et d'un travée semi-circulaire. On peut supposer qu'elles sont venues remplacer des chapelles du XIIe siècle, qui étaient construites selon un modèle qu'on retrouve à Nanteuil (37) ou à Aiguevive (37). Nous ne disposons d'aucune archive sur les chapelles XVe siècle, mais les baies à réseau flamboyant datent les ouvrages. Elles ont été plaquées contre les murs du choeur et des bras du transept. Couvertes d'un toit à deux pans, suivi d'un petit toit à trois pans sur le chevet, elles s'intègrent assez bien à l'édifice d'origine. Les baies, séparées les unes des autres par des contreforts, sont par ailleurs similaires à celles de l'église Saint-Florentin d'Amboise. La nef et le clocher présentent des charpentes authentiques. Celle de la nef à chevrons-formant-fermes est particulièrement belle. Contre le mur gouttereau sud, on a élevé un autre collatéral au XVIe siècle, dans un style de transition empreint d'influences gothiques et « à l'Antique ». Il déséquilibre le plan de l'église, en dépassant de près de 11 m le niveau du portail ouest. Ce collatéral mesure donc 22,80 m de long pour 5,50 m de large mais il est probable qu'à l'origine il ait été prévu de rallonger l'ensemble de l'église. Le répertoire ornemental (fleurons, cornes d'abondances, oiseaux entrelacés, oves, choux gothiques, feuilles de chênes) employé à l'extérieur et sans aucune restauration oriente la datation vers la double décennie 1520-1530. Notons enfin que les appareils de pierre de chacune des campagnes de construction sont très différents les uns des autres. Ce sont tous des moyens appareils de pierre de taille de tuffeau, mais celui du XIIe siècle est cubique, tandis que celui du XVe siècle est allongé ; celui du XVIe siècle l'est encore davantage. À l'intérieur, dans le choeur et le transept, les voûtes des chapelles du XVe siècle, de qualité médiocre, côtoient les vestiges des voûtes du XIIe siècle. Les formes en arc brisé prévalent. L'arc d'encadrement de la croisée du transept et les entrées des chapelles du transept sont à double voussure et retombent sur des faisceaux de colonnettes que couronnent des chapiteaux ornés de feuilles d'acanthes. Pour le docteur Lesueur, le choeur et le transept sont à rapprocher de ceux de Notre-Dame-de-Nanteuil, à Montrichard et de ceux de l'abbaye d'Aiguevive qui fut fondée en 1147. La nef et les bas-côtés sont élevés dans un style qui tranche avec le choeur et le transept. Pour le docteur Lesueur : « Cette nef sans posséder encore complètement l'aspect des édifices les plus caractérisés de l'école « angevine », s'y rattache cependant nettement, non seulement par le mode de construction de ses voûtes, mais encore par ses chapiteaux, ses fenêtres, ses colonnettes en encorbellement, par la recherche des tracés en plein cintre de préférence à l'arc brisé, et aussi par un système de proportions bien équilibré, qui contraste avec la tendance à l'élancement, au verticalisme [sic.], de l'architecture gothique des autres provinces ». Le vaisseau central est divisé en cinq travées. En partant de l'ouest, la première travée est voûtée d'ogives quadripartites ; les travées deux et trois sont ensuite voûtées dans un style Plantagenêt de voûtes « angevines » octopartites très bombées ; les deux dernières travées sont identiques à la première. Les voûtes des bas-côtés du XIIe siècle, présentent sur un plan barlong, des travées quadripartites et d'autres sexpartites dont les nervures retombent sur des colonnettes surmontées de chapiteaux sculptés et supportés, en encorbellement, par de petits culots sculptés de masques humains. Les travées du vaisseau central sont divisées par des arcs doubleaux retombant sur de puissantes colonnes composées portant les grandes arcades cintrées. Le docteur Lesueur affirme que « l'église fut complétée, à la fin du XIIe siècle par une nef flanquée de collatéraux qui n'avaient probablement pas été prévue à l'origine, car les arcades qui les mettent en communication avec les bras du transept paraissent bien avoir été percées après coup dans un mur préexistant, mais qui furent habilement raccordés au niveau des piles ». Aujourd'hui, les restaurations massives nuisent à la lecture des maçonneries. Les chapiteaux historiés des piles ont été fortement restaurés, et la souplesse de la sculpture médiévale a totalement disparu. Les sujets ont été identifiés par le docteur Lesueur qui corrige les erreurs commises par l'abbé Bosseboeuf ; on retrouve entre autres sujets, la lapidation de saint Étienne (et non la décollation de saint Denis), la vocation de saint Pierre, le massacre des Innocents, saint Michel entre deux dragons, mais aussi des oiseaux buvant dans un vase, des combats d'hommes et de monstres, une « jongleresse », des personnages tenant un flacon ou ayant une bourse suspendue au cou (qui sont peut-être des personnifications de la gourmandise et de l'avarice) ou encore sept petites figures nues ; « et enfin un loup et une louve, debout, tenant un bâton et besace au dos, dans lesquels il faut sans doute reconnaître Isengrin et Hersent et voir l'illustration des récits qui inspireront le Roman de Renart ». Le collatéral ajouté au XVIe siècle est composé de six travées voûtées d'ogives dont les voûtains sont assez plats. Les trois premières travées en partant de l'ouest sont sexpartites et les trois suivantes quadripartites. Les ogives se composent d'un épais tore bordé de chaque côté d'une succession complexe de moulures (gorge-quart de rond-gorge-filet-gorge-listel-cavet-gorge-filet-gorge). Les clefs sont petites et discrètes mais rehaussées de peintures. Les rehauts diffèrent pour chaque clef, mais sont toujours dans les mêmes tons vert, bleu, rouge et or. Les ogives naissent de petites colonnettes engagées sur les murs, reposant elles-mêmes sur des culots. Ces culots sont ornés de masques et les colonnettes surmontées de chapiteaux corinthiens. Sur le mur Sud, dans trois travées, les supports des ogives centrales sont placés quatre assises plus haut que ceux des autres ogives. Les baies, divisées en trois lancettes par des meneaux en partie basse, sont ornées de réseaux flamboyants en partie haute. La baie du mur est, plus petite que les autres, ne présente aucun remplage. Au nord (côté du bas-côté XIIe siècle), les ogives reposent sur de puissantes piles octogonales qui, aux deux tiers de leur hauteur, adoptent un plan carré ; cette transition est assurée par un entablement dont les angles reposent sur des culots sculptés d'anges. Les visages sont androgynes, mais certains possèdent des attributs féminins que les autres n'ont pas.

Murs moyen appareil
Toit ardoise
Plans plan en croix latine
Étages 4 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives bombée
voûte d'ogives
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à deux pans
toit polygonal
pignon découvert
Escaliers escalier intérieur : escalier en vis
Représentations masque feuillage ove saint Denis saint Etienne
Précision représentations

Fleurons ; cornes d'abondaces ; oiseaux entrelacés ; oves ; choux gothiques ; feuilles de chêne.

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1968/10/08

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales d'Indre-et-Loire; 1 Q 6 : Biens nationaux. États de Saint-Denis et Saint-Florentin à Amboise.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, 1997/041/0021. Modifications de l'aménagement des grilles dans l'église de Saint-Denis-Hors-Les-Murs. avril 1997. Nettoyage des peintures murales de la chapelle nord. avril 1997.

Documents figurés
  • Vue de la ville d'Amboise et du château de Chanteloup, détail/par Pierre Lenfant. 1762. (Musée des beaux arts de Tours).

  • Amboise, église Saint-Denis-Hors-les-murs. Photographie noir et blanc, 1889. (Bibliothèque municipale de Tours : L. A. Amboise : Saint-Denis ; R. 2, Ic. 819).

  • Amboise, autel de Saint-Denis, attribué à A. Charpentier. Photographie noir et blanc, n.d. (Bibliothèque municipale de Tours : L. A. Amboise : Saint-Denis ; R. 1, Ic. 2447).

  • Amboise, Saint-Denis-Hors. Lithographie aquarellée Jourdain Sc., 1842. (Bibliothèque municipale de Tours : L. A. Amboise : Saint-Denis ; est. 1, Ic. 2309).

Bibliographie
  • BOUSSARD, Jacques. Carte archéologique de la Gaule Romaine (département d'Indre-et-Loire). Paris, 1960.

  • BOUSSARD, Jacques. Le droit de vicaria à la lumière de quelques documents angevins et tourangeaux. 1964, p. 39-54.

  • GABEAU, Alfred. Découverte de trois sarcophages à Amboise. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, Tome X, 1896, p. 266-267.

  • NOBLET, Julien. L'introduction des éléments de la première renaissance dans l'architecture religieuse en Touraine. Tours : Université François Rabelais de Tours, Centre d'Études Supérieures de la Renaissance : Mémoire de DEA sous la direction de Jean Guillaume et de Claude Mignot : octobre 2000.

    p. 72-74
  • PONTON D'AMECOURT, Gustave. Recherches sur les monnaies mérovingiennes de Touraine. Paris, 1870, p. 7-13, 17-30.

  • VIOT, Richard (trad.). Sulpice Sévère, Vie de Saint-Martin. Tours, 1861, deuxième dialogue, VIII p. 96-97 et troisième dialogue VII et IX, p. 117-119.

Périodiques
  • BOUSSARD, Jacques. L'origine des Comtés de Touraine, Blois et Chartres. Congrès national des Sociétés savantes, philologique et historique, Nancy-Metz, n°103, 1978, p. 86-112.

  • BOUSSSARD, Jacques. Le peuplement de la Touraine du Ier au VIIIe siècle. Études mérovingiennes, Paris, 1953, p. 19-20.

  • GABEAU, Alfred. La statue de la femme noyée à Saint-Denis d'Amboise. Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, Tome XI, 2e trim. 1897, p. 202-216.

  • LESUEUR, Frédéric. Saint-Denis d'Amboise. Congrès archéologique de France, Tours, 1948. Paris, 1949, p. 231.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie