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Fonds d'atelier Jean Mauret : présentation des réalisations

Dossier IM00000109 réalisé en 2015

Fiche

Œuvres contenues

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De 1969 à 2015, Jean Mauret a réalisé des vitraux de création dans 126 édifices, quasiment tous religieux. Seuls les vitraux de la salle de lecture des archives départementales du Cher, celui du musée municipal des Fours banaux à Vierzon et une trentaine d’œuvres effectuées pour des particuliers1 (non répertoriées) sont installés dans des bâtiments profanes.

Carte de la France avec situation des vitraux de création de Jean Mauret, 1969-2015.Carte de la France avec situation des vitraux de création de Jean Mauret, 1969-2015.

Parmi les édifices religieux, on compte 29 bâtiments inscrits au titre des Monuments historiques, 59 bâtiments classés et 36 bâtiments non protégés, ce qui indique que les créations de Jean Mauret sont établies pour la plupart (près de 70 %) dans des immeubles protégés (très souvent des petites églises romanes rurales).

Les lieux où l’on peut voir les vitraux de création de Jean Mauret sont situés pour près de la moitié dans la région Centre-Val de Loire (61), essentiellement dans les départements du Cher (39) et de l’Indre (19). Les départements d’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et du Loiret comptent chacun un site.

Seule une sélection des créations localisées en dehors de la région Centre-Val de Loire a été étudiée (30 sur 65) : 1 (sur 4) en région Aquitaine, 4 (sur 11) en région Auvergne, 2 (sur 2) en région Bourgogne, 2 (sur 12) en région Champagne-Ardenne, 14 (sur 14) en région Limousin, 1 (sur 3) en région Lorraine, 0 (sur 1) en région Nord-Pas-de-Calais, 0 (sur 1) en région Pays-de-la-Loire, 0 (sur 1) en région Picardie, 5 (sur 15) en région Poitou-Charentes et 1 (sur 1) en région Rhône-Alpes. Ces sites ont été sélectionnés en raison notamment de leur importance dans le cheminement créatif du verrier.

On observe que sur les 126 ensembles de création, environ 31 % présentent une seule verrière, 27 % 2 à 5 verrières, 28 % 6 à 10 verrières et 9 % 11 à 15 verrières. Enfin, six édifices comptent de 16 à 30 verrières de Jean Mauret : 16 à Primelles (Cher), 16 à Saint-Benoît-du-Sault (Indre), 16 à Yzeure (Allier), 20 dans l’église prieurale de Villesalem à Journet (Vienne), 25 dans l’église Saint-Pierre de Chauvigny (Vienne) et 30 dans la chapelle de Gireugne à Saint-Maur (Indre).

La liste complète des 126 œuvres réalisées de 1969 à 2015 est placée en annexe, ci-dessous. Cette liste précise si les œuvres sont étudiées (90) ou non étudiées (36, tous situés hors du territoire régional).

Afin de localiser facilement les verrières de Jean Mauret dans les églises, un plan de situation des baies a été dessiné pour chaque édifice. La numérotation est celle adoptée par le Corpus Vitrearum français : la baie 0 correspond à la fenêtre d’axe (est), les autres baies sont numérotées d’est en ouest : numéros pairs côté sud, numéros impairs côté nord. Les fenêtres basses portent les numéros 0 à 99, celles du second niveau les numéros 100 à 199 et celles du troisième niveau les numéros 200 à 299.

Répartition et évolution géographique des chantiers

La répartition géographique des chantiers montre que la localisation des vitraux de création de Jean Mauret évolue de 1969 à 2015. Les vitraux de Jean Mauret de 1969 à 2015 : localisation des créations personnelles par périodes.Les vitraux de Jean Mauret de 1969 à 2015 : localisation des créations personnelles par périodes.

Durant les quinze premières années de l’atelier, les commandes se situent principalement non loin de Saint-Hilaire-en-Lignières (dans les départements de l’Indre, du Cher ou de l’Allier) et dans l’est de la France, particulièrement dans la Marne, la Haute-Marne, la Meuse et les Ardennes2. La localisation de ces derniers chantiers, relativement éloignés du lieu de travail de Jean Mauret, résulte de l’implantation à Heiltz-le-Maurupt (Marne) de l’atelier de vitraux de son père, Roger Mauret. Ce dernier, pas très à l’aise avec la création et souhaitant aider son fils à démarrer son propre atelier, le sollicite à plusieurs reprises pour proposer des maquettes sur des chantiers qu’il a en commande. La sous-traitance est attestée pour les vitraux des églises de Sommepy-Tahure, La Chaussée-sur-Marne et Rouvroy-Ripont dans la Marne. C’est dans ce cadre que Jean Mauret rencontre l’architecte en chef des Monuments historiques Jean Rocard qui, par la suite, lui confiera directement des chantiers : Heiltz-le-Maurupt (Marne) en 1979, Tourteron (Ardennes) en 1982, Marville (Meuse) en 1982 et Revigny-sur-Ornain (Meuse) en 1982.

Les liens professionnels avec l’est de la France se relâchent durant les années 1980 et 1990 (Roger Mauret arrête son activité vers 1984) pour se rétablir très ponctuellement au début des années 2000, période durant laquelle Jean Mauret réalise à nouveau des vitraux dans la Marne (Dommartin-Varimont en 2004 et Le Mesnil-sur-Oger en 2003) et dans la Meuse (Marville en 2003), cette fois-ci en sous-traitance avec l’atelier de vitraux de son frère, Michel Mauret, installé à Étrepy (Marne).

Durant les années 1980, l’activité de création de Jean Mauret se développe géographiquement vers le sud et l’ouest de la région Centre-Val de Loire. Cette extension se confirme et se fixe par la suite durant les décennies 1990 et 2000, période pendant laquelle les commandes se concentrent dans le sud de la région du Centre-Val de Loire et dans les régions Poitou-Charentes et Limousin.

Ainsi, l’artiste travaille beaucoup en Corrèze entre 1987 et 1995 avec la réalisation de vitraux dans les églises de Saint-Étienne-la-Geneste, Saint-Hilaire-Foissac, Nespouls, Sioniac, Courteix, Curemonte, Saint-Privat, Meilhards, Latronche et Beaulieu-sur-Dordogne. Entre 1987 et 1994, il réalise des créations dans les églises classées de Nonac, Claix, Fléac, Trois-Palis et Châteauneuf-sur-Charente situées en Charente. Enfin, entre 1997 et 2006, il travaille en Charente-Maritime dans les églises de Villexaviers, Nuaillé-sur-Boutonne, Messac et Bedenac.

On note en outre quelques chantiers en Aquitaine, Bourgogne, Pays-de-la-Loire, Rhône-Alpes et Champagne-Ardenne. Après que l’atelier a été fermé en 2006, Jean Mauret poursuit son activité seul dans un périmètre qui tend à se restreindre, surtout au département du Cher.

L’envergure nationale de l’atelier de Jean Mauret peut être comparée à d’autres ateliers contemporains importants qui se sont également beaucoup exporté, tels ceux de Gérard Hermet et Mireille et Jacques Juteau (ancien atelier Lorin à Chartres), Jacques Le Chevallier (Fontenay-aux-Roses), Didier Alliou (Le Mans) ou Bruno de Pirey (Allouis).

Des vitraux de création dans les églises

Les vitraux plus ou moins anciens conservés dans les églises présentent des états et des intérêts très divers et les raisons qui conduisent à leur remplacement par des vitraux de création sont multiples. Il semble intéressant d’en lister ici les principales afin de se faire une idée des différents contextes dans lesquels Jean Mauret est intervenu dans les édifices :

- Absence de vitraux :

. Baies fermées par du verre cathédrale ou par d’autres matériaux : exemples de la chapelle Saint-Thaurin à La Ferté-Imbault (Loir-et-Cher) en 1991 (verre cathédrale), de l’église d’Avord (Cher) en 1995 (verre cathédrale), de l’église prieurale de Villesalem à Journet (Vienne) en 1997 (baies occultées par des châssis provisoires en plexiglas)…

. Baies non fermées : exemple de la basilique Saint-Étienne à Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre). En 1936, la mise en place d’une toiture coiffant la rotonde de la basilique occasionne la dépose des huit vitraux du lanternon. Les courants d’air qui résultent de l’absence de clôture vitrée à la partie supérieure du dôme poussent la municipalité et l’administration à fermer ces baies mais cela ne se fera qu’en 1998.

- Remplacement de vitraux existants :

. Vitraux losangés : exemples de l’église de Faye-le-Vineuse (Indre-et-Loire) en 2006, de l’église de La Celette, (Cher) en 2004 …

. Vitraux en très mauvais état : exemples de l’église de Lacs (Indre) en 1976 (« verrières tout à fait délabrées» d'après le maire), de l’église de Saint-Baudel (Cher) en 2008 (vitraux XIXe en très mauvais état et dont les grisailles sont effacées), de l’église de Châteauneuf-sur-Charente (Charente) en 1992 ("grisailles" en mauvais état) …

. Vitraux ne présentant pas ou peu d’intérêt du point de vue des commanditaires : exemples de l’église d’Heiltz-le-Maurupt (Marne) en 1979 (verrière mise en place provisoirement entre les deux guerres), du transept de la cathédrale de Lyon (Rhône) en 2014 (vitraux à motifs géométriques récents sans réel intérêt), de l’église de Saint-Privat (Corrèze) en 1991 (grisailles et personnages XIXe) …

. Vitraux ayant fait l’objet de vandalisme ou détruits suite à une météo violente : exemple de l’église de Chambon (Cher) en 2011 (jets de pierres), de l’abbatiale d’Acey à Vitreux (Jura) en 1987 (violente tempête)

- Vitraux réalisés dans le cadre des "dommages de guerre"

L’expression "dommage de guerre" désigne le préjudice matériel subi du fait d’une guerre et pouvant donner lieu à des réparations indemnisées par l’État. Durant les décennies suivant la guerre de 1939-1945 (jusqu’en 19833), des vitraux de création ont été réalisés avec un double financement : la valeur losanges financée par l’administration (au titre des dommages de guerre) complétée de la différence de prix « création » payée généralement par le curé de la paroisse ou par un donateur. Jean Mauret a réalisé des vitraux dans ce cadre pour l’église de Sommepy-Tahure (Marne) en 1975, pour l’église de Buzancy (Ardennes) en 1975 et pour l’église d’Heiltz-le-Maurupt (Marne) en 1979.

La mise en place de nouveaux vitraux s’effectue souvent dans le cadre de restauration ou de mise en valeur intérieure et/ou générale de l’édifice. Jean Mauret intervient à de nombreuses reprises dans ces circonstances, notamment dans les églises de Saint-Pantaléon-de-Lapleau (Corrèze) en 2005 (restauration générale de l'édifice), de Vallenay (Cher) en 2011 (restauration générale de l’édifice pour changement d’affectation), de Châteauneuf-sur-Charente (Charente) en 1992 (mise en valeur de l'édifice), d’Ardentes (Indre) en 1993 (restauration intérieure de l'édifice) et de Latronche (Corrèze) en 1988 (reliquat de crédits de restauration de l’église que l’on utilise pour créer des vitraux dans le chœur).

Parfois, les nouveaux vitraux doivent participer à la mise en valeur de peintures murales récemment découvertes et restaurées. C’est le cas des vitraux de l’église d’Avord (Cher) en 1995 (restauration l'année précédente des peintures murales du chœur), de l’église prieurale Saint-Laurent de Palluau-sur-Indre (Indre) en 2000 (suite à la restauration des peintures murales), de l’église de Vesdun (Cher) en 1988 (mise en valeur des peintures murales romanes du chœur découvertes en 1984), de l’église de Lavaudieu (Haute-Loire) en 1993 (suite à la restauration des peintures murales, demande de "prendre en compte le décor peint de l'église » pour la réalisation des vitraux)…

Palluau-sur-Indre (Indre), chapelle Saint-Laurent : vue d'ensemble du vitrail d'axe réalisé par Jean Mauret en 2000 ( baie 0).Palluau-sur-Indre (Indre), chapelle Saint-Laurent : vue d'ensemble du vitrail d'axe réalisé par Jean Mauret en 2000 ( baie 0). Issoire (Puy-de-Dôme), église abbatiale Saint-Austremoine : vue d'ensemble du bras nord du transept avec les baies basses 23, 21 et hautes 115, 113 (réalisées par Jean Mauret en 1989), 111 et très hautes 209, 207 (XXe).Issoire (Puy-de-Dôme), église abbatiale Saint-Austremoine : vue d'ensemble du bras nord du transept avec les baies basses 23, 21 et hautes 115, 113 (réalisées par Jean Mauret en 1989), 111 et très hautes 209, 207 (XXe).

Souvent aussi, on demande à l’artiste de tenir compte des vitraux existants dans l’édifice afin de mieux intégrer ses propres réalisations. A Issoire (Puy-de-Dôme) en 1989, par exemple, l’architecte en chef des Monuments historiques estime que les propositions de vitraux ne doivent pas apporter à l’édifice un nouveau graphisme dans leur composition alors qu’il existe déjà, selon lui, une trop grande disparité. Il demande à Jean Mauret de soumettre un projet dans l’esprit des vitraux géométriques XXe existants.

On retrouve une situation analogue à Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze) en 1995, où l’inspecteur des Monuments historiques demande à Jean Mauret d’ajouter à son projet initial quelques tonalités de bleu semblables à celles des verrières voisines, ou encore à Marville (Meuse) en 1982 lorsque l'administration demande à l'artiste de proposer un projet en harmonie avec les verrières en place de Jean-Jacques Grüber.

A l’inverse, on constate que dans deux cas au moins, des verriers s’inspirent fortement des vitraux en place de Jean Mauret lorsqu’ils interviennent après lui dans un édifice : à Latronche (Corrèze) en 1988 (vitrail de l'imposte du portail occidental proposant un style très proche de celui de Jean Mauret) et à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret) en 1977 (verrière rouge réalisée suivant le même principe que le vitrail à petits carrés bleus de Jean Mauret).

Enfin, Jean Mauret propose parfois, alors que le projet initial concerne seulement la mise en place de vitraux losangés, une variante de création qui est finalement acceptée et réalisée. C’est le cas pour l’église de Nohant à Nohant-Vic (Indre) en 1984 où l’artiste propose, en plus du projet de losanges, un second devis prévoyant des vitraux de création qui est adopté en dernier lieu.

Suivant des dispositions analogues, en 2011 à Vallenay (Cher), Jean Mauret propose un devis répondant à la demande de l’administration (une vitrerie géométrique losangée traditionnelle ). Il y ajoute une variante de création, projet finalement réalisé.

Vallenay (Cher), église paroissiale Saint-Martin : maquettes proposées en 2011 par Jean Mauret. Crayon et aquarelle sur papier (collé sur carton gris), 60 x 33 cm, échelle 1/20e. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Vallenay (Cher), église paroissiale Saint-Martin : maquettes proposées en 2011 par Jean Mauret. Crayon et aquarelle sur papier (collé sur carton gris), 60 x 33 cm, échelle 1/20e. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

L’évolution créative de Jean Mauret

La production de vitraux du XXe siècle la plus renommée est sans aucun doute celle découlant de l’intervention de grands artistes tels Marc Chagall, Henri Matisse, Jean Bazaine, Jean-Pierre Raynaud ou encore Pierre Soulages. Comparativement, le rôle des peintres-verriers est beaucoup moins connu, ce qui ne veut pas dire que les œuvres de ces derniers n’ont pas d’intérêt. Durant la seconde moitié du siècle, certains ateliers de verriers (Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal, Jean Mauret, Henri Guérin, Louis-René Petit, Emmanuel Chauche, Claude Baillon, Alain Makaraviez, Charles Marq…) produisent en effet des créations propres de grande qualité, en harmonie avec les édifices pour lesquels ils ont été conçus, des œuvres vouées à enrichir l’architecture sans la trahir.

Les travaux de création de Jean Mauret témoignent d’une œuvre personnelle importante. On l’a vu, 126 églises présentent ses vitraux pour la période 1969-2015. Il n’est donc pas seulement l’exécutant d’artistes de renom (Jean-Pierre Raynaud, Gottfried Honegger, Shirley Jaffe, Jan Dibbets). Pour ses travaux de commandes, Jean Mauret s’appuie sur ses recherches effectuées à l’atelier (plus de 600 panneaux d’essais). C’est pourquoi il semble ici nécessaire de retracer rapidement le parcours de création de l’artiste en donnant des exemples de chantiers réalisés en parallèle. Pour plus de précisions, il conviendra de consulter les présentations des cinq périodes créatrices de l’artiste.

Châteauroux (Indre), église paroissiale Saint-André : vue d'ensemble de la baie 2 de la crypte, vitrail réalisé par Jean Mauret en 1972.Châteauroux (Indre), église paroissiale Saint-André : vue d'ensemble de la baie 2 de la crypte, vitrail réalisé par Jean Mauret en 1972.

On constate que les travaux de recherches conduits par Jean Mauret entre 1969 et 1982 (plombs de différentes largeurs, trous, verres noirs, vitraux sans calibre…) sont très peu mis en pratique dans les édifices lors de ses travaux de commandes. Seuls les vitraux des églises de Rouvroy-Ripont (Marne) en 1974, Buzancy (Ardennes) en 1975, Ferrières-en-Gâtinais (Loiret) en 1977, Heiltz-le-Maurupt (Marne) en 1979 et Souvigny (Allier) en 1982 constituent de véritables applications des nombreux questionnements de l’artiste pour cette période. Ailleurs, ses réalisations de commandes demeurent assez conventionnelles et en phase avec ce qui se fait habituellement durant les années 1970 en France. Les travaux des églises de Châteauroux, Écueillé ou Cluis dans l’Indre, notamment, témoignent bien d’un travail relativement « neutre », qui n’ose pas encore s’imposer.

En 1982, le cheminement créatif de Jean Mauret est bouleversé suite au décès de son plus jeune fils. Ne pouvant plus poursuivre ses recherches comme il l’a fait jusque-là, ses vitraux proposent dorénavant une écriture en accord avec une aspiration profonde relevant d’une quête spirituelle. Les vitraux élaborés dans ce nouvel état d’esprit en 1982 et 1983 sont visibles à Marville (Meuse), Revigny-sur-Ornain (Meuse), Tourteron (Ardennes) et Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Marville (Meuse), église Saint-Nicolas : vitrail de la baie 6 (face est du bras sud du transept) réalisé par Jean Mauret d'après des maquettes qu'il a proposées en 1982. Marville (Meuse), église Saint-Nicolas : vitrail de la baie 6 (face est du bras sud du transept) réalisé par Jean Mauret d'après des maquettes qu'il a proposées en 1982.

Nohant-Vic (Indre), église de Nohant : vitrail réalisé par Jean Mauret en 1984 (baie 4). Nohant-Vic (Indre), église de Nohant : vitrail réalisé par Jean Mauret en 1984 (baie 4). A partir de 1983, il réalise des vitraux totalement différents de ceux issus des périodes précédentes. Dorénavant, la composition devient extrêmement simple et rigoureuse, la couleur s’efface au profit de tons monochromes (verres gris opalescents), la grisaille disparait tandis que la technique de la gravure prend toute sa place. Dès l’année suivante, il applique ce nouveau concept à ses travaux de commandes. Le premier exemple est visible dans l’église de Nohant à Nohant-Vic (Indre) où cinq petits vitraux présentent une composition axée et sobre, aux dessins concentriques accompagnant le plein cintre des baies. Les particularités de ces œuvres vont être symptomatiques de l’œuvre de Jean Mauret entre le milieu des années 1980 et le début des années 1990. Cependant, l’artiste fait vivre ce nouveau concept et ses réflexions dans chacun de ses vitraux et, dans ce but, expérimente en permanence de nouvelles variantes ou possibilités : ajouts de touches de jaunes d’argent, ajout de diagonales, gravures de points, réapparition mesurée de la couleur, du bleu et du jaune en particulier.

Parmi les travaux de commandes caractéristiques de cette période, on citera en particulier Nohant (Indre) en 1984, Le Buisson-de-Cadouin (Dordogne) en 1984 et 1989, Le Blanc (Indre) en 1985, Chezal-Benoît (Cher) en 1987, Nonac (Charente) en 1987, Chauvigny (Vienne) en 1987, la sacristie de la cathédrale de Lyon en 1991, Lavaudieu (Haute-Loire) en 1993 et Chauvigny (Vienne) en 1994.

Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean : verrière réalisée par Jean Mauret en 1991 et posée sur la face est de la grande sacristie du chapitre située au sud du choeur de la cathédrale. 286 x 500 cm.Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean : verrière réalisée par Jean Mauret en 1991 et posée sur la face est de la grande sacristie du chapitre située au sud du choeur de la cathédrale. 286 x 500 cm. Lavaudieu (Haute-Loire), église abbatiale Saint-André : vue d'ensemble de la baie 1 (choeur). Vitrail réalisé par Jean Mauret en 1993.Lavaudieu (Haute-Loire), église abbatiale Saint-André : vue d'ensemble de la baie 1 (choeur). Vitrail réalisé par Jean Mauret en 1993. Saint-Benoît-du-Sault (Indre), église paroissiale Saint Benoît : verrière abstraite à décor géométrique réalisée par Jean Mauret en 1996-1997 (baie 108, ouest).Saint-Benoît-du-Sault (Indre), église paroissiale Saint Benoît : verrière abstraite à décor géométrique réalisée par Jean Mauret en 1996-1997 (baie 108, ouest).

Journet (Vienne), église prieurale de Villesalem : vitrail d'essai réalisé par Jean Mauret fin 1996 suivant un carton de août 1996. 203 x 69,5 cm. Verres blancs opalescents gravés, bordure bordeau. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Journet (Vienne), église prieurale de Villesalem : vitrail d'essai réalisé par Jean Mauret fin 1996 suivant un carton de août 1996. 203 x 69,5 cm. Verres blancs opalescents gravés, bordure bordeau. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

A partir de la seconde moitié des années 1990, Jean Mauret créée des vitraux aux dispositions moins austères et moins rigoureuses que durant la décennie précédente. Il conserve encore une composition aux dessins concentriques, mais de manière moins systématique. Il réintègre la couleur, anime ses œuvres d’un motif de petites feuilles et ajoute des éléments horizontaux aux verticales emblématiques de la période antérieure. Ces changements se mettent en place progressivement. Dans un premier temps, l’artiste intègre des carrés ou des bordures de couleurs dans ses compositions encore assez rigoureuses (Avord dans le Cher en 1995 et Beaulieu-sur-Dordogne en Corrèze en 1995). Alors que la couleur est réintégrée, la composition elle-même s’assouplit peu à peu. Elle s’enrichit notamment, en son centre, d’éléments horizontaux qui tempèrent l’élan vertical des œuvres précédentes. Cette nouveauté apparait en 1995 sur la grande baie ouest de Saint-Benoît-du-Sault (Indre) où l’on observe un fond de lignes horizontales que l'on retrouvera dans plusieurs créations ultérieures (Villesalem à Journet dans la Vienne en 1997, Sainte-Feyre dans la Creuse en 1999, Gardefort dans le Cher en 2004, Faye-la-Vineuse en Indre-et-Loire en 2007).

Aubigny-sur-Nère (Cher), église paroissiale Saint-Martin : vitrail de la baie 3 (première chapelle nord) réalisé en 1997 par Jean Mauret. 480 x 250 cm.Aubigny-sur-Nère (Cher), église paroissiale Saint-Martin : vitrail de la baie 3 (première chapelle nord) réalisé en 1997 par Jean Mauret. 480 x 250 cm.

En 1995, sur cette même grande baie occidentale de Saint-Benoît-du-Sault (Indre), on observe pour la première fois un motif de feuilles animant la composition du vitrail. Ce motif se retrouve en 1997 en bordure des vitraux de l’abbaye de Villesalem à Journet (Vienne), sur le vitrail d’Aubigny-sur-Nère (Cher) en 1997 et sur ceux de Maisonnais (Cher) en 1999.

A partir du début des années 2000, l’œuvre de Jean Mauret témoigne d’une joie profonde qui se traduit par des vitraux colorés et lumineux. Multipliant les formes, jouant des contraintes, il se donne pleinement et librement dans ses créations. Les premiers changements déterminants s’opèrent en 2003 dans des panneaux d’essais où l’artiste exprime une volonté d'échapper à une certaine orthogonalité par rapport aux vitraux antérieurs. Des obliques apparaissent dans la composition ainsi que de légers décalages qui « permettent de créer des vibrations visant à donner de la vie et du mouvement» (d'après Jean Mauret). La même année, ces nouvelles dispositions s’exposent sur des travaux de commande (église de Montlouis dans le Cher). Par la suite, elles sont également visibles en 2007 dans les vitraux de Saint-Baudel (Cher) et en 2009 dans les vitraux réalisés à Château-l’Evêque (Dordogne).

Montlouis (Cher), église paroissiale Saint-Martin : vitrail de la baie 7 (nef côté nord) réalisé par Jean Mauret en 2003. 170 x 74 cm.Montlouis (Cher), église paroissiale Saint-Martin : vitrail de la baie 7 (nef côté nord) réalisé par Jean Mauret en 2003. 170 x 74 cm. Saint-Baudel (Cher), église paroissiale Saint-Baudel : vitrail de la baie 7 (nef) réalisé en 2008 par Jean Mauret. 173 x 74 cm.Saint-Baudel (Cher), église paroissiale Saint-Baudel : vitrail de la baie 7 (nef) réalisé en 2008 par Jean Mauret. 173 x 74 cm.

Saint-Pantaléon-de-Lapleau (Corrèze), église paroissiale du bourg : verrière réalisée par Jean Mauret en 2005 (baie 2).Saint-Pantaléon-de-Lapleau (Corrèze), église paroissiale du bourg : verrière réalisée par Jean Mauret en 2005 (baie 2).

Dans un second temps, Jean Mauret procède à une véritable désorganisation de la composition. Des fragments de quadrillages irréguliers dont on a l’impression qu’ils ont été déchirés, sont réassemblés pour former une nouvelle construction. Les premières réalisations de ces vitraux datent de 2004-2005, en particulier pour l’église de Saint-Pantaléon-de-Lapleau en Corrèze.

Ces changements s’accompagnent d’un retour à la pleine couleur. Les teintes se diversifient et prennent dorénavant plus d’importance, mais elles sont toujours accompagnées de verres blancs ou transparents. Les quadrilobes réalisés pour la chapelle du lycée Jacques Cœur de Bourges (Cher) en 2008 sont particulièrement éloquents à ce sujet.

Bourges (Cher), chapelle du lycée Jacques Coeur : vitrail de la baie 9 (rose quadrilobée) réalisé en 2009 par Jean Mauret dans l'amphithéâtre établi au quatrième niveau de la chapelle. Diamètre 150 cm.Bourges (Cher), chapelle du lycée Jacques Coeur : vitrail de la baie 9 (rose quadrilobée) réalisé en 2009 par Jean Mauret dans l'amphithéâtre établi au quatrième niveau de la chapelle. Diamètre 150 cm.

A partir de 2003 mais surtout de 2007 et jusqu’en 2010, Jean Mauret effectue un travail autour de la colonne. D’abord incluses dans des grands panneaux de forme cintrée (2007 et 2009), ces colonnes sont ensuite individualisées (2010), autorisant alors de nouvelles possibilités de juxtapositions et une multitude de combinaisons.

Corquoy (Cher), église prieurale de Grandmont : vitraux des baies 1, 0 et 2 du choeur, réalisés en 2010 par Jean Mauret.Corquoy (Cher), église prieurale de Grandmont : vitraux des baies 1, 0 et 2 du choeur, réalisés en 2010 par Jean Mauret. Pour ce qui est des verres utilisés, on observe que le verre opalescent, dont l’usage est récurrent jusqu’au début des années 2000, tend à devenir moins présent et qu’à partir de cette même période ce sont dorénavant les verres industriels, les verres plus ou moins transparents et incolores et les verres de couleurs vives (roses à l’or, jaunes sélénium…) ou noires qui prédominent. Durant les années 2000-2010, les transparences sont plus présentes, ainsi que les verres permettant d’accrocher ou de diffracter la lumière (verres industriels : essai pour Vallenay dans le Cher en 2011, vitraux de la nef de Sainte-Lunaise dans le Cher en 2002, vitraux de l’église prieurale de Grandmont à Corquoy dans le Cher en 2010). Ces recherches culminent en 2016 avec les essais réalisés pour le dortoir des moines de l’abbaye de Sénanque à Gordes (Vaucluse).

Les commandes : une volonté de s’adapter à l’architecture

La mise en place de vitraux dans un édifice soulève des problématiques auxquelles le peintre-verrier est tenu de s’adapter. Il doit en effet, selon Jean Mauret, "se confronter à l’architecture du lieu, à son histoire, son affectation religieuse, son époque et son style", éléments qui apparaissent parfois comme des contraintes mais qui peuvent aussi favoriser la création. Pour surmonter ces contraintes, s’intégrer au mieux dans l’architecture, Jean Mauret estime qu’il ne faut pas s’imposer, qu’il faut octroyer au vitrail une juste place, au service du monument. En outre, ses travaux de commandes étant quasiment tous destinés à des édifices religieux, il considère que le vitrail doit apporter à l’espace intérieur une dimension spirituelle propre à interpeler le passant.

Selon lui, le vitrail capte la lumière naturelle extérieure, la filtre, la transforme et la spiritualise. Il est à la fois une clôture et un filtre permettant le passage de la lumière. Le rôle actif de la lumière à travers le vitrail modifie l’espace intérieur. Lorsque l’artiste grave des verres opalescents ou plaqués, il fait entrer la lumière dans l’édifice par zones, il crée des contrastes. L’utilisation de verres industriels permet également de diffracter la source lumineuse. D’une certaine façon, il sculpte la lumière comme il a sculpté le bois à ses débuts professionnels.

L’emploi récurrent de verres blancs et gris opalescents correspond aussi à la volonté de mieux intégrer les vitraux à l’architecture. Jean Mauret explique à ce sujet que ce verre établit une liaison heureuse avec la pierre à l’extérieur, et qu’il aime le rapport de l’effet laiteux de l’opalescent avec la texture de l’édifice.

L’artiste a beaucoup œuvré dans des petites églises romanes. En 2014, il explique : ces édifices "m’attirent depuis toujours par leur simplicité et la richesse de leurs variations à partir d’un plan commun des plus sobres. Leur influence a été grande sur mon travail et mes réflexions, en particulier, le plein cintre des baies : ce tracé à lui seul est un appel à la prière." Au sujet de ses compositions accompagnant le plein cintre des baies romanes, l’artiste précise que ce choix répond "à une aspiration personnelle vers une forme d’expression qui correspond à ses attentes profondes : aller à l’essentiel". Il ajoute que symboliquement, le carré correspond à la terre et le demi-cercle évoque le ciel et que la baie cintrée suggère par conséquent le lien entre la terre (le matériel) et le ciel (le spirituel). La composition concentrique constitue un élément majeur des œuvres de Jean Mauret. Il la met en place en 1984, puis la conserve quasi systématiquement jusqu’aux années 1990. Par la suite, elle demeure encore longtemps présente, à travers la bordure en particulier.

Les vitraux réalisés dans la rotonde de la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) en 1998 illustrent bien la volonté de Jean Mauret de s’adapter à l’architecture. La configuration, une rotonde coiffée d’une toiture, "impose une contrainte importante par manque de lumière extérieure". Jean Mauret soumet donc un projet particulièrement adapté au lieu. Convaincu qu’il faut éviter l’effet "trou noir" provoqué par les baies ouvertes qui déstructure le lanternon, l’artiste propose une vitrerie transparente qui devient sombre en raison du manque de lumière. Les verrières sont ponctuées de points blancs (verres opalescents) qui rétablissent le plan de chaque baie en réagissant à la lumière intérieure. Cette matérialisation de la baie redonne corps à l’architecture.

On observe que Jean Mauret ne propose pas de vitraux figuratifs ou thématiques car il pense que le fait d’avoir un sujet tend à affaiblir la réflexion sur le travail de la lumière. Selon lui, "tous les aspects décoratifs ou iconographiques devraient rester au second plan". Le vitrail doit seulement susciter des images plutôt que de les imposer car "l’art doit éveiller l’intuition en provoquant des émotions profondes susceptibles d’interpeller l’homme sur le sens de son existence".

L’accompagnement de vitraux anciens par des créations

Bourges (Cher), crypte de la cathédrale Saint-Étienne : vitraux anciens du XVe siècle et verrière d'accompagnement réalisée par Jean Mauret en 1984. 413 x 196 cm. Baie 1.Bourges (Cher), crypte de la cathédrale Saint-Étienne : vitraux anciens du XVe siècle et verrière d'accompagnement réalisée par Jean Mauret en 1984. 413 x 196 cm. Baie 1.La question de l’intégration de fragments de vitraux anciens dans une création contemporaine a longtemps constitué un problème délicat pour les inspecteurs et les architectes des Monuments historiques. La présentation des vitraux XVe provenant de la Sainte-Chapelle du duc Jean de Berry à Bourges (Cher) que l’on se propose de mettre en place dans la crypte de la cathédrale après la Seconde Guerre mondiale illustre particulièrement bien les difficultés rencontrées. Les éléments de vitraux anciens figurant des grands personnages debout (prophètes et Apôtres) placés sous des dais d’architecture ne sont finalement reposés qu’après plus de de trente ans de discussions (entre 1983 et 1986) par Jean Mauret. Ce dernier reprend certains éléments des anciens vitraux dans ses verrières d’accompagnement, le jaune d’argent, les verticales des fonds d’architecture, les filets de grisaille. La vitrerie réalisée ne s’impose pas, elle n’étouffe pas les vitraux anciens, elle les accompagne véritablement. Le choix d’une composition simple et très soignée, traitée avec des tons neutres, confère à l’ensemble un aspect intemporel.

Solignac (Haute-Vienne), église abbatiale Saint-Pierre Saint-Paul : proposition de maquettes par Jean Mauret en 1985 pour l'accompagnement de vitraux anciens. Projet non réalisé. Crayon et gouache sur papier. 3 x (32 x 50 cm), échelle 1/10e. Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Solignac (Haute-Vienne), église abbatiale Saint-Pierre Saint-Paul : proposition de maquettes par Jean Mauret en 1985 pour l'accompagnement de vitraux anciens. Projet non réalisé. Crayon et gouache sur papier. 3 x (32 x 50 cm), échelle 1/10e. Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

Jean Mauret n’a pas réalisé d’autres vitreries d’accompagnement de vitraux anciens. Il existe cependant quatre autres projets de sa main, mais non exécutés, pour l’église abbatiale de Solignac (Haute-Vienne) en 1985, pour l’église Saint-Beauzire de Trizac (Cantal) en 1989, pour l’église de Saint-Cyr-la-Roche (Corrèze) en 1989 et pour l'église Notre-Dame de Niort (Deux-Sèvres) en 1989. Ces quatre projets concernent tous l’intégration de vitraux XVe ou XVIe dans une vitrerie de création. Ils datent de 1985 à 1989, immédiatement à la suite de la réalisation des verrières de la crypte de Bourges. Jean Mauret propose pour trois d’entre eux des vitraux d’accompagnement composés de verres opalescents gris gravés et travaillés au jaune d’argent. Pour Saint-Cyr-la-Roche, il envisage d’accompagner les anciens fragments de bandes horizontales de verres colorés.

Finalement, ces verrières d’accompagnement sont réalisées par l’Atelier du Vitrail de Limoges pour Solignac (bordure de bâtons rompus), par Alain Makaraviez pour Trizac (éléments verticaux d’architecture et rubans traités au jaune d’argent) et par Jeannette Weiss-Grüber pour l’arbre de Jessé de Niort (mosaïque de couleurs évoquant les silhouettes des personnages disparus). Aucun des différents projets de Saint-Cyr-la-Roche n’aboutit, sans doute pour des raisons financières.

Les commandes : une évolution des pratiques depuis les années 1970

Généralement, la réalisation de vitraux de création dans une église paroissiale bénéficie de participations financières diverses : la commune (souvent propriétaire des lieux) le département, l’État, le clergé4 mais aussi parfois une association5, un paroissien6 ou encore une assurance7.

Outre la question du financement, de nombreux intervenants ou interlocuteurs peuvent prendre part aux décisions : l’administration des Monuments historiques, l’architecte chargé du projet, le clergé affectataire, la commission diocésaine d’art sacré … Ces personnes ou institutions ont vu leur rôle évoluer depuis les premières créations de Jean Mauret pour des édifices publics à la fin des années 1960 et au début des années 19708, époque à laquelle certains travaux sont parfois effectués suivant un simple accord entre le verrier et le curé, dans les édifices non protégés en particulier. Pour les églises protégées au titre des Monuments historiques, les chantiers de vitraux sont suivis par les inspecteurs chargés des objets mobiliers. En 1980, une enveloppe dite "métiers d’art", sur laquelle pouvaient être imputées certaines opérations de vitraux, est créée pour favoriser les travaux dans les Monuments historiques9. Elle permettait de sécuriser un budget qui ne pouvait être affecté à d’autres actions. La décision de prélever sur cette enveloppe se prenait en Drac (direction régionale des affaires culturelles), généralement sur proposition des inspecteurs des Monuments historiques. Cette enveloppe "métiers d’art" disparait en 1985 pour être confondue avec la dotation globale10.

Depuis le début des années 1980, les procédures administratives se sont complexifiées et le rôle de chacun des acteurs impliqués dans ces commandes a beaucoup évolué. Les principaux éléments de la réglementation ayant eu un impact sur les pratiques de commandes depuis cette période ont été listés ci-après :

- En 1982, le ministère de la Culture et de la Communication crée la Délégation aux Arts Plastiques (DAP) qui dès l’année suivante dispose d’un fonds de la commande publique. Cette nouvelle politique patrimoniale soutient la création et favorise l’intégration de l’art contemporain dans les Monuments historiques. Elle va jouer un rôle essentiel dans les grandes commandes de vitraux de création mais ne concerne que des chantiers réalisés avec des artistes de renom, au détriment des créations de verriers qui tendent à être dévalorisées.

- A partir de 1985, "les opérations programmées sur les Monuments historiques doivent faire l’objet d’études préalables divisant les travaux en différents lots techniques soumis à appels d’offres. Ceci va profondément modifier les rapports entre les maîtres-verriers et l’administration. Assimilé aux autres entrepreneurs de bâtiment, le maître-verrier doit désormais répondre à des appels d’offres en remplissant un dossier de consultation, sur la base du cahier des charges établi par un architecte et un économiste. Le devis et le projet sont examinés par une commission d’appels d’offres qui décide de l’attribution du marché. L’anonymat de ces nouvelles procédures, conforme au code des marchés publics, va rompre les contacts humains qui s’étaient établis jusque-là entre créateurs et commanditaires"11

- La loi du 3 janvier 1991 relative à la transparence et à la régularité des procédures de marché public oblige à une mise en concurrence, notamment pour les projets de création de vitraux. Les appels d’offres, procédures par lesquelles on choisit la personne qui fera les travaux suivant des critères objectifs (prix, références techniques…), deviennent systématiques pour les travaux dépassant un certain coût (seuil12). On distingue les appels d’offres ouverts13 (tout le monde peut remettre une offre) des appels d’offres restreints14 (consultation lancée auprès de personnes sélectionnées au préalable). A cela, s’ajoute un autre mode de sélection, le concours15, par lequel le lauréat est choisi suivant la proposition d’un projet (maquettes). Lorsque les discussions du jury ne permettent pas de départager les candidats, il est parfois demandé à deux ou trois verriers de réaliser un panneau d’essai qui est présenté in situ. Suite à la loi de 1991, les procédures administratives deviennent de plus en plus contraignantes : il faut former un jury, faire déplacer les artistes, arrêter un choix, parfois réunir de nouveau le jury et les artistes pour une présentation de panneaux d’essais in situ, indemniser les candidats non retenus…

- En 1992, les inspecteurs des Monuments historiques qui jusque-là étaient responsables de départements sans continuité territoriale et sans obligation de résidence, sont installés en région. Cette décision limite les liens interrégionaux et par conséquent a probablement également réduit les possibilités pour certains ateliers de verriers de se développer dans de nouvelles régions.

- La loi du 13 août 2004 rend la maîtrise d’ouvrage aux propriétaires des monuments protégés. Avec cette nouvelle disposition, l’initiative doit venir désormais du propriétaire public (des communes essentiellement) ou privé. Le rôle de l’administration des Monuments historiques se trouve par conséquent recentré sur des missions de conseil et de contrôle pour ce qui concerne les restaurations et la mise en valeur des édifices lancées par les collectivités (pour les créations de vitraux notamment).

- Avec le décret du 22 juin 2009, la maîtrise d’œuvre sur les édifices classés peut dorénavant être exercée par les architectes du patrimoine (travaux ouverts à la concurrence). L’exclusivité de la maîtrise d’œuvre, en faveur des architectes en chef des Monuments historiques, ne s’applique désormais que sur les édifices appartenant à l’État.

Ainsi on constate, depuis les années 1970, une complexification des procédures par l’instauration d’appels d’offres ou de concours quasi systématiques visant à donner plus de transparence dans les marchés publics, une augmentation du rôle des collectivités propriétaires au détriment de celui de l’administration des Monuments historiques, et une implication moindre de la part du clergé. A cela s’ajoute une tendance à l’appauvrissement des rapports entre les verriers et les commanditaires, les premiers ne traitant plus avec quelques interlocuteurs décisionnaires mais étant confrontés aux procédures administratives imposées par la réglementation.

Enfin, on note que la mise en place d’un fonds de la commande publique en 1983 a suscité beaucoup d’inquiétudes de la part des verriers créateurs qui craignaient d’être réduits à un rôle d’exécutant de projets d’artistes non verriers plus médiatiques16. Ces craintes étaient sans doute fondées, la plupart des grands chantiers de création des trois dernières décennies ayant été réalisés en collaboration avec des artistes peintres. On remarque par ailleurs que les nombreuses publications récentes sur le vitrail contemporain ne restituent quasiment pas le travail de création des verriers.

1Seuls le vitrail de la charcuterie de Saint-Amand-Montrond (Cher) et celui de la chapelle du cimetière de Mornay-sur-Allier (Cher) ont été étudiés.2Etoges (Marne) en 1969, Verdun (Meuse) en 1971, Ambonnay (Marne) en 1972, Rouvroy-Ripont (Marne) en 1974, Machault (Ardennes) en 1974, Buzancy (Ardennes) en 1975, Sommepy-Tahure (Marne) en 1975, Nogent (Haute-Marne) en 1975, La Chaussée-sur-Marne (Marne) en 1979, Heiltz-le-Maurupt (Marne) en 1979, Marville (Meuse) en 1982, Revigny-sur-Ornain (Meuse) en 1982, Tourteron (Ardennes) en 1982.3En réalité jusqu’en 1967 puis de 1981 à 1983 pour apurer les comptes de 1967 à 1981 (neuf régions étaient encore concernées par les dommages de guerre en 1981). Pour plus de précisions, voir Pallot-Frossard (Isabelle), Le vitrail : conservation, restauration, création, in : Monumental, n° 3, juin 1993, pp 7-41.4Par exemple, parmi les chantiers de Jean Mauret : Tendu dans l’Indre en 1971, Ferrières-en-Gâtinais dans le Loiret en 1977.5Béard dans la Nièvre en 1998 et 2010.6Lacs dans l’Indre en 1976, Chezal-Benoit dans le Cher en 1987, Lury-sur-Arnon dans le Cher en 2000.7Chambon dans le Cher en 2011.8Étoges (Marne) en 1969, Tendu (Indre) en 1971, Lignières (Cher) et Ambonnay (Marne) en 1972.9Pallot-Frossard (Isabelle), Le vitrail : conservation, restauration, création, in : Monumental, n° 3, juin 1993, pp 7-41.10Pallot-Frossard (Isabelle), Le vitrail : conservation, restauration, création, in : Monumental, n° 3, juin 1993, pp 7-41.11Blin (Jean-Pierre), Un demi-siècle de vitrail de création en France, in : Jean Mauret créateur de vitraux, un atelier de peintre-verrier, Coll. Images du Patrimoine, n° 310, 2019, p. 8.12Ce seuil est fréquemment dépassé car le lot Vitrail est souvent associé à d’autres lots de travaux (maçonnerie, charpente, serrurerie …).13Exemples de Faye-la-Vineuse (Indre-et-Loire) en 2004 et de Descartes (Indre-et-Loire) en 2003.14Exemples de Lavaudieu (Haute-Loire) en 1991 et de Solignac (Haute-Vienne) en 1985.15Exemples de l’abbaye de Villesalem à Journet (Vienne) en 1996, de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) en 1997, de Sainte-Feyre (Creuse) en 1997 et de l’abbaye d’Acey à Vitreux (Jura) en 1987.16PALLOT-FROSSARD, Isabelle. Le vitrail : conservation, restauration, création. Monumental, n° 3, juin 1993, p. 7-41.
Aire d'étude et canton France
Auteur(s) Auteur : Mauret Jean,
Jean Mauret (1944 - )

Artiste verrier.


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peintre-verrier

Annexes

Références documentaires

Documents d'archives
  • Atelier de Jean Mauret, Saint-Hilaire-en-Lignières. Archives.

Périodiques
  • BLIN, Jean-Pierre. La création de vitraux contemporains en Poitou-Charentes. Monumental, dossier vitrail, 2004, semestre 1, p. 76-79.

  • BLIN, Jean-Pierre. L'insertion du vitrail contemporain dans les monuments historiques. Monumental, 2012, semestre 1, p. 36-41.

  • GOVEN, François. De la commande à l'instruction du dossier en Commission nationale des Monuments historiques. Monumental, 2012, semestre 1, p. 26-28.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Mauret-Cribellier Valérie