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Fonds d'atelier Jean Mauret : présentation des travaux réalisés avec d'autres artistes

Dossier IM00000107 réalisé en 2015

L’association patrimoine/art contemporain est apparue pendant longtemps comme inconcevable tant ces deux domaines semblaient incompatibles. Pour le vitrail, certaines réalisations ont cependant montré dès les années 1950 qu’il était possible d’intégrer harmonieusement des œuvres contemporaines dans des édifices patrimoniaux. On pense bien entendu aux vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Metz (Moselle) en 1955, mais aussi à ceux de Jean Bazaine pour l’église Saint-Séverin de Paris en 1966, ou encore à ceux de Jean-Pierre-Raynaud pour l’abbaye de Noirlac à Bruère-Allichamps (Cher) en 1976. Ces premiers chantiers ont démontré que l’art contemporain avait la capacité d’enrichir les édifices patrimoniaux et que l’alliance entre innovation et tradition pouvait ouvrir de nouvelles perspectives.

En 1982, le ministère de la Culture et de la Communication, créé la DAP (délégation aux arts plastiques) qui dès l’année suivante dispose d’un fonds de la commande publique. Cette nouvelle politique patrimoniale soutient la création et favorise l’intégration de l’art contemporain dans les monuments historiques. Elle va jouer un rôle essentiel dans les grandes commandes de vitraux de création.

La réalisation de vitraux d’après des projets d’artistes-peintres nécessite d’associer ces artistes à un professionnel pour les aider à réaliser leur projet. Le choix d’un verrier par un artiste est très important : il est indispensable que des rapports de confiance s’établissent entre eux pour une interprétation juste des maquettes.

Selon Jean Mauret, « les relations qui se forment à ce moment-là reposent sur une multitude de signes invisibles qui se transforment progressivement en une confiance mutuelle qui va permettre au projet d’évoluer jusqu’à sa réalisation finale. Le verrier met à la disposition du peintre non seulement son atelier en tant qu’instrument pour la mise en place de la technique, mais aussi et surtout son expérience personnelle qui lui permet de comprendre l’âme du projet pour y apporter une réponse adaptée »1. « Le fait qu’il soit lui-même créateur avec une démarche personnelle ne peut que l’aider à mieux comprendre le projet de l’artiste et à s’investir entièrement en apportant diverses solutions à sa réalisation. (…) En retour l’artiste doit exprimer ses attentes et être à l’écoute des propositions pour faire son choix final en toute liberté mais aussi en connaissance de cause »2.

Les vitraux de Jean Mauret : travaux réalisés avec d'autres artistes.Les vitraux de Jean Mauret : travaux réalisés avec d'autres artistes.

Jean Mauret a collaboré avec quatre artistes de 1975 à 2000 : Jean-Pierre Raynaud en 1975-1977 à l’abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps) et en 1993 à la chapelle du château Notre-Dame-des-Fleurs à Vence, Gottfried Honegger en 1989-1996 à la cathédrale de Nevers, Jan Dibbets en 1993-2000 à la cathédrale de Blois, et Shirley Jaffe en 1998 à la chapelle dite de la Funeraria de Perpignan.

Ces collaborations avec les peintres ont constitué à chaque fois une expérience unique et enrichissante pour Jean Mauret. De profondes relations se sont établies lors de chacune de ces rencontres, favorisant les échanges indispensables à ces travaux communs. Les déplacements réguliers des artistes à l’atelier attestent de ces dialogues constants, pour les choix des verres et des techniques, mais aussi pour d’éventuelles reprises des dessins. Pour le verrier, il s’agit avant tout de « trouver des solutions simples » et de tout mettre en œuvre pour se « garder une liberté d’action jusqu’à la fin ».

Pour la journaliste Isabelle Spaak, « le dialogue est essentiel entre les deux créateurs car la transposition d’une œuvre sur papier jusqu’à exécution d’un vitrail n’a rien à voir avec une simple reproduction. Ni même une adaptation. Le vitrail est un domaine différent. Régi par des commandements architecturaux et techniques, il demande un regard averti, « une exploration de la couleur et de la lumière que nous n’avons pas » constate Shirley Jaffe. Il y aussi des techniques et des règles qu’il faut intégrer à l’œuvre d’art. Les plombs bien sûr, mais aussi les barres de soutien indispensables au maintien du verre dans l’édifice. De tout cela il faut tenir compte, au même titre que l’agrandissement des maquettes à taille réelle qui impose souvent des changements pour respecter l’original »3.

Aux associations avec des artistes citées ci-dessus, s’ajoutent deux expériences totalement différentes d’avec les peintres, mais néanmoins très nouvelles dans leurs formes, la réalisation en 1988 d’un volume (cube) en vitrail avec l’architecte Jean-Paul Philippon et la collaboration avec deux autres artistes verriers, Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal, en 2014-2015 à la cathédrale de Lyon pour une création à six mains.

Les spécificités de chacun de ces chantiers (historique, descriptif) sont présentées précisément dans les notices correspondantes.

Jean-Pierre Raynaud à Noirlac

La participation de Jean Mauret au chantier de Noirlac avec Jean-Pierre Raynaud relève un peu, au départ, d’une heureuse coïncidence. Alors qu’il apprend en 1975, que l’architecte en chef des Monuments historiques propose de placer des vitraux de création dans les baies de l’église et du réfectoire de l’abbaye de Noirlac, il fait savoir au conservateur régional des bâtiments de France Charles Paganelli qu’il souhaite être appelé lors de la consultation à venir. Sa candidature est retenue mais dans le même temps, Jean-François Jaeger, directeur de la galerie parisienne Jeanne Bucher, propose à Jean-Pierre Raynaud de concevoir les vitraux de Noirlac. Suite à l’acceptation de l’artiste, un devis est demandé à Jean Mauret, non plus pour une création personnelle mais pour la réalisation des projets de Raynaud. Devant l’ampleur du chantier, l’administration partage le marché en deux parts attribuées à Jean Mauret et à Jacques Juteau de l’atelier Lorin de Chartres.

Toutes les premières recherches avec Jean-Pierre Raynaud ont été effectuées à l’atelier de Jean Mauret, avant la présentation des projets définitifs à l’inspection des Monuments historiques. La vingtaine de panneaux d’essais conservés à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières témoigne de ces nombreuses explorations.

Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour le choeur de l'abbatiale. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 85,5 x 53 cm. Blanc opalescent et verres transparents. Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour le choeur de l'abbatiale. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 85,5 x 53 cm. Blanc opalescent et verres transparents. Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour les verrières des collatéraux de l'église : superposition de grilles (réalisé). Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 106,5 x 66,5 cm. Verres transparents et opalescents.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour les verrières des collatéraux de l'église : superposition de grilles (réalisé). Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 106,5 x 66,5 cm. Verres transparents et opalescents.

Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour les collatéraux de l'église : quadrillage. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 58 x 49 cm. Verres transparents et opalescents.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour les collatéraux de l'église : quadrillage. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. 58 x 49 cm. Verres transparents et opalescents.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour le réfectoire. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières (Cher). 46 x 93 cm. Verres antiques neutres et blancs opalescents.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1976 pour le réfectoire. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières (Cher). 46 x 93 cm. Verres antiques neutres et blancs opalescents.

Le principe des grilles superposées conduit Jean Mauret à appliquer une expérience personnelle en réalisant les vitraux de Noirlac sans calibre et en remplaçant ces derniers par des piges en verres. Cette façon de faire, plus intuitive que celle traditionnelle des calibres, lui permet d’être plus proche du principe de la grille et de ses décalages. Il a déjà utilisé cette méthode pour ses propres créations, en 1970 (vitrail circulaire dit "rosace bleue") et en 1974 à Rouvroy-Ripont (Marne).

Pour la réalisation des vitraux, Jean-Pierre Raynaud a fourni les principes de superpositions des grilles aux deux verriers. Seuls des croquis et quelques parties de cartons ont été dessinés. Certains de ces documents, détruits semble-t-il depuis, sont d’ailleurs visibles sur les photos de l’époque.

Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : croquis de Jean-Pierre Raynaud pour les fenêtres des collatéraux de l'église abbatiale de Noirlac, 1976. Durand-Ruel (Denyse), Noirlac, abbaye cistercienne, vitraux de Jean-Pierre Raynaud, Éditions Modernes d'Art, 1977.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : croquis de Jean-Pierre Raynaud pour les fenêtres des collatéraux de l'église abbatiale de Noirlac, 1976. Durand-Ruel (Denyse), Noirlac, abbaye cistercienne, vitraux de Jean-Pierre Raynaud, Éditions Modernes d'Art, 1977.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : croquis pour la rose occidentale (première rose) de l'église abbatiale de Noirlac, 31 octobre 1975. Durand-Ruel (Denyse), Noirlac, abbaye cistercienne, vitraux de Jean-Pierre Raynaud, Éditions Modernes d'Art, 1977.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : croquis pour la rose occidentale (première rose) de l'église abbatiale de Noirlac, 31 octobre 1975. Durand-Ruel (Denyse), Noirlac, abbaye cistercienne, vitraux de Jean-Pierre Raynaud, Éditions Modernes d'Art, 1977.

Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : réunion de travail sur les lancettes du choeur entre Jean-Pierre Raynaud, Jean Dedieu et Jean Mauret, 1976.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : réunion de travail sur les lancettes du choeur entre Jean-Pierre Raynaud, Jean Dedieu et Jean Mauret, 1976.Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : Jean-Pierre Raynaud lors d'une réunion de travail sur les lancettes du choeur, 1976. Abbaye de Noirlac (Bruère-Allichamps, Cher) : Jean-Pierre Raynaud lors d'une réunion de travail sur les lancettes du choeur, 1976.

Les grandes encres sur toiles représentant les verrières de Noirlac à l’échelle 1 et présentées lors de trois expositions, à Gand (Belgique) en 1978, au Centre Georges Pompidou à Paris en 1979 et à la Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris en 1998-1999, ont été réalisées par Jean-Pierre Raynaud en 1976 et 1977 alors que les vitraux étaient exécutés ou en cours d’exécution. Elles n’ont, par conséquent, pas servi de carton.

Jean-Pierre Raynaud  travaillant dans le bureau de sa maison à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), photographie non datée (1977 ?) : au mur, étude pour une rose de Noirlac.Jean-Pierre Raynaud travaillant dans le bureau de sa maison à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), photographie non datée (1977 ?) : au mur, étude pour une rose de Noirlac.

La réalisation des verrières de l’abbaye de Noirlac a constitué pour Jean Mauret un véritable déclencheur, le confortant dans le sens de la rigueur et dans l’idée que le « vitrail était d’abord au service de l’architecture, elle-même au service d’une idée forte devant aider à l’éveil spirituel de l’individu ».

Jean-Pierre Raynaud et Jean Mauret entretiennent des liens forts après le chantier, le verrier réalisant par la suite d’autres œuvres pour l’artiste : à partir de 1977, une dizaine de vitraux pour la Maison de Jean-Pierre Raynaud à la Celle-Saint-Cloud4 (salle de musique, chambre, pièce sans nom, mirador, salle des fonds baptismaux), en 1980 une grande verrière pour le Conseil départemental de l’Isère à Grenoble et en 1993 sept vitraux pour la chapelle du château Notre-Dame-des-Fleurs à Vence (anciennement galerie Beaubourg).

Jean-Pierre Raynaud et Jean Mauret photographiés par Denyse Durand-Ruel près de la Maison en carrelage de Raynaud à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines). Pose des vitraux de la salle de Musique vers 1977. La Maison est aujourd'hui détruite. Photographie prise par Denyse Durand-Ruel. Tirage noir et blanc conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Jean-Pierre Raynaud et Jean Mauret photographiés par Denyse Durand-Ruel près de la Maison en carrelage de Raynaud à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines). Pose des vitraux de la salle de Musique vers 1977. La Maison est aujourd'hui détruite. Photographie prise par Denyse Durand-Ruel. Tirage noir et blanc conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Carton réalisé par Jean-Pierre Raynaud pour la salle de musique de La Maison à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), vers 1977-1978. Scotchs noirs (11 mm large) collés sur papier, 1,85 x 0,47 m. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Carton réalisé par Jean-Pierre Raynaud pour la salle de musique de La Maison à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), vers 1977-1978. Scotchs noirs (11 mm large) collés sur papier, 1,85 x 0,47 m. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Affiche de l'exposition de 1979 consacrée à Jean-Pierre Raynaud et présentée au Centre Georges Pompidou à Paris. La photographie représente un vitrail réalisé en 1977 ou 1978 par Jean Mauret pour La Maison de Jean-Pierre Raynaud à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).Affiche de l'exposition de 1979 consacrée à Jean-Pierre Raynaud et présentée au Centre Georges Pompidou à Paris. La photographie représente un vitrail réalisé en 1977 ou 1978 par Jean Mauret pour La Maison de Jean-Pierre Raynaud à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).Détail de la grande verrière réalisée par Jean Mauret suivant un projet de Jean-Pierre Raynaud et placée en 1980 dans la salle de conférence de la Préfecture à Grenoble (actuellement salle de l'hémicycle du Conseil départemental de l'Isère). La mise en place de ces vitraux a été conduite par l'architecte Philippe Marguet. L'ensemble mesure environ 2,50 m de haut sur 7 m de large.Détail de la grande verrière réalisée par Jean Mauret suivant un projet de Jean-Pierre Raynaud et placée en 1980 dans la salle de conférence de la Préfecture à Grenoble (actuellement salle de l'hémicycle du Conseil départemental de l'Isère). La mise en place de ces vitraux a été conduite par l'architecte Philippe Marguet. L'ensemble mesure environ 2,50 m de haut sur 7 m de large. Vence (Alpes-Maritimes), chapelle du château Notre-Dame des Fleurs : vitraux des baies 1, 2, 3, 100 et 101 (à l'atelier, avant la pose, 1993). Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Vence (Alpes-Maritimes), chapelle du château Notre-Dame des Fleurs : vitraux des baies 1, 2, 3, 100 et 101 (à l'atelier, avant la pose, 1993). Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

Gottfried Honegger à Nevers

Les artistes retenus pour les vitraux de la cathédrale de Nevers choisissent les maîtres-verriers pour la réalisation de leurs projets en 1989 : l’atelier Simon-Marq pour François Rouan, l’atelier Bernard Dhonneur pour Claude Viallat, l’atelier Jean Mauret pour Gottfried Honegger et l’atelier Pierre Defert (puis l’atelier Duchemin après le décès de M. Defert en 1991) pour Jean-Michel Alberola.

François Rouan avait, dans un premier temps, contacté Jean Mauret pour travailler avec lui. Comme ce dernier avait déjà accepté de travailler avec Honegger et que l’on avait recommandé aux artistes de choisir chacun un verrier différent, Jean Mauret lui avait suggéré de contacter l’atelier Simon-Marq.

La première rencontre entre Gottfried Honegger et Jean Mauret a lieu à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières en 1989. Ils ont sympathisé et décidé rapidement qu’ils travailleraient ensemble. Les réunions de travail se dérouleront par la suite à l’atelier, à Nevers ou encore aux domiciles de l’artiste (à Paris et à Cannes).

Gottfried Honegger dans la crypte de la cathédrale de Nevers (Nièvre), 2000.Gottfried Honegger dans la crypte de la cathédrale de Nevers (Nièvre), 2000.

Concernant la fabrication des vitraux de la nef haute, on observe que dès 1989 Jean Mauret et Gottfried Honegger font modifier le dessin de l’armature métallique destinée à supporter les panneaux, pour que celle-ci corresponde aux maquettes de l’artiste. La structure d’origine composée de carrés d’environ 52 cm de côté est remplacée par une grille plus petite. Après ces modifications, la serrurerie forme une trame régulière pouvant accueillir des petits panneaux de 38 x 40,5 cm composés de deux rectangles verticaux de verre séparés d’un plomb. Cette adaptation est l’une des conséquences des réflexions des deux artistes autour des projets de Honegger.

Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, étude (maquette) de vitrail pour la nef par Gottfried Honegger, 1989 ? Centre national des arts plastiques. Inv. FNAC 96461 (5). Achat par commande à l'artiste. Impression sur papier calque. 67,5 x 50,5 cm.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, étude (maquette) de vitrail pour la nef par Gottfried Honegger, 1989 ? Centre national des arts plastiques. Inv. FNAC 96461 (5). Achat par commande à l'artiste. Impression sur papier calque. 67,5 x 50,5 cm.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, étude (maquette) de vitrail pour la nef par Gottfried Honegger, 1989 ? Centre national des arts plastiques. Inv. FNAC 96461 (1). Achat par commande à l'artiste. Impression sur papier calque. 67,5 x 50,5 cm.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, étude (maquette) de vitrail pour la nef par Gottfried Honegger, 1989 ? Centre national des arts plastiques. Inv. FNAC 96461 (1). Achat par commande à l'artiste. Impression sur papier calque. 67,5 x 50,5 cm.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, mise en place de verres opalescents et roses à l'or (baies hautes de la nef, côté sud) sur la verrière de l'atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières, probablement vers 1993-1994.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, mise en place de verres opalescents et roses à l'or (baies hautes de la nef, côté sud) sur la verrière de l'atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières, probablement vers 1993-1994.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, mise en place de verres opalescents et roses à l'or (baies hautes de la nef, côté sud) sur la verrière de l'atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières, probablement vers 1993-1994.Nevers (Nièvre), cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, mise en place de verres opalescents et roses à l'or (baies hautes de la nef, côté sud) sur la verrière de l'atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières, probablement vers 1993-1994.

De longues discussions eurent également lieu autour du choix des verres. Les grandes surfaces prévues dans les dessins exigeaient l’emploi de verres plaqués, comportant de légères variantes pour obtenir des fonds non uniformes et comportant de la matière.

Jean Mauret a fait fabriquer spécialement les verres bleus à Saint-Just (Loire) et les verres roses et opalescents dans deux verreries en Allemagne (Lamberts pour les roses à l’or et Fischer pour les opalescents blancs). La variation des tonalités est obtenue en choisissant soigneusement les morceaux dans les feuilles de verre, en fonction des pièces voisines, pour leur octroyer une progression harmonieuse. La très grande simplicité du dessin ne doit pas faire oublier le travail important apporté sur les dégradés de rouge et de bleu, à l’échelle du vitrail comme de l’ensemble des dix verrières.

Shirley Jaffe à Perpignan

En 1996, l’artiste américaine Shirley Jaffe est retenue par la Délégation des Arts Plastiques, en accord avec la ville, pour présenter un projet pour la chapelle de la Funeraria de Perpignan. Devant « l’absence d’expérience en matière de vitraux » de l’artiste et « l’importance des aplats colorés que comportent les cartons préparatoires »5, il est décidé d’exécuter un vitrail d’essai pour juger du rendu définitif dans l’édifice.

En janvier 1997, une note informe le directeur du Patrimoine que le maître-verrier Jean Mauret est pressenti par le maître d’ouvrage (Drac Languedoc Roussillon) et par Shirley Jaffe pour la réalisation des vitraux de la chapelle. Jean Mauret rédige un devis en mars suivant pour la confection d’un vitrail d’essai pour la travée gauche de la baie d’axe. D’après Bernard Voinchet, inspecteur général des Monuments historiques, la présentation in situ de ce vitrail le 14 mai 1997 « est plutôt convaincante. Ce maître-verrier, lui aussi artiste peintre, a fort bien su transposer l’œuvre : (…) la vibration des verres est très habilement poussée pour que les grands aplats indiqués sur les cartons transforment la lumière et la fassent chanter, la distribution et la qualité des blancs évitent de créer des trous dans les baies, ce qui est en pareil cas est l’écueil à éviter».

Lors de la présentation du projet de Perpignan devant les membres de la Commission Supérieure en septembre 1997, l’importance de la « formation d’un couple artiste/maître-verrier est soulignée et, à la question de savoir si c’est Jean Mauret qui exécutera le travail ou si un appel d’offre sera lancé, Shirley Jaffe insiste sur le fait qu’elle a « besoin de la collaboration de quelqu’un qui comprenne son travail. Tout son travail préparatoire (avec Jean Mauret) a été le fruit d’une entente où chacun, l’artiste et le maître-verrier, a participé à hauteur égale. Elle craint qu’avec un maître-verrier plus traditionnel, elle ne doive utiliser un réseau de plomb plus présent, la composition s’en trouvant alors alourdie »6.

Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean l'Évangéliste dite de la Funéraria, Shirley Jaffe et Jean Mauret travaillant à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières, 1997 ou 1998.Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean l'Évangéliste dite de la Funéraria, Shirley Jaffe et Jean Mauret travaillant à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières, 1997 ou 1998.

Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste dite de la Funéraria : Shirley Jaffe travaillant à l'atelier de Jean Mauret sur les vitraux de la chapelle, 1998 ou 1999.Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste dite de la Funéraria : Shirley Jaffe travaillant à l'atelier de Jean Mauret sur les vitraux de la chapelle, 1998 ou 1999.

Pendant la réalisation des vitraux (avril 1998 à juillet 1999), Shirley Jaffe se déplace à de nombreuses reprises à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières pour des séances de travail avec le verrier : le 4 avril 1997 (pour le vitrail d’essai), les 11 et 12 mai 1998, le 15 juin 1998, les 8, 27, 28 et 29 juillet 1998, le 30 août 1998, le 7 décembre 1998, le 20 janvier 1999, le 26 février 1999, le 2 avril 1999, le 27 avril 1999 et le 15 juin 1999. Durant ces rencontres, Jean Mauret choisit de « travailler en même temps sur l’ensemble des baies plutôt que d’en terminer une ou deux avant de commencer les autres ». Cette option a été, selon lui, « positive malgré les appréhensions de Shirley Jaffe. Cela a en effet permis d’entrer dans le programme dans son entier et d’avancer certes à un rythme plus lent dans la réalisation mais avec une approche globale. L’expérience sur un élément de vitrail pouvant ainsi nous éclairer pour une autre baie en cours »7.

Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste dite de la Funéraria : détail de la partie haute des lancettes de la baie 0, photographie prise en 1999.Perpignan (Pyrénées-Orientales), chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste dite de la Funéraria : détail de la partie haute des lancettes de la baie 0, photographie prise en 1999.

Concernant l’aspect technique de la réalisation, Jean Mauret estime que le projet de Shirley Jaffe a présenté un certain nombre de difficultés qui ont rendu le travail complexe malgré une grande simplicité de l’ensemble au final. Les raisons principales de ces difficultés sont les suivantes :

- Emploi de verres plaqués spéciaux qui doivent être fabriqués à la demande par la verrerie de Saint-Just-sur-Loire,

- Pièces de verre assez grandes dans l'ensemble et ayant des découpes parfois compliquées (rentrées et saillies importantes),

- Plombs ne devant en aucun cas défigurer et alourdir les maquettes pour conserver l’esprit épuré du projet. Jean Mauret propose en conséquence « une utilisation importante de la gravure sur des verres plaqués limitant ainsi au maximum l’emploi du plomb » entre les couleurs et les blancs.

Pour donner des effets de matières avec la gravure, Jean Mauret a utilisé sur certains verres (le bleu notamment) de la bougie au lieu du vernis habituel. L’acide « mange » le verre irrégulièrement et créé des effets qui animent la couleur tout en limitant la transparence. Ce contrôle de la transparence a également été obtenu au moyen de grisailles blanches posées au blaireau et cuites, qui restituent un blanc légèrement opaque et animé.

Ainsi, à chaque étape, le verrier a su proposer des solutions adaptées aux maquettes, sans renier l’esprit de l’œuvre de l’artiste peintre.

Jan Dibbets à Blois

Lorsque Jan Dibbets reçoit la commande des vitraux de Blois, il y travaille assidûment pendant plus d’un an. Très vite, il choisit l’artiste verrier Jean Mauret pour la réalisation des verrières. Les deux hommes se rencontrent pour la première fois à l’atelier de Jean Mauret les 14 et 15 septembre 1992. Deux mois plus tard, des panneaux d’essais sont présentés in situ. Les projets sont adoptés, et le 6 février 1993 Dibbets présente officiellement ses esquisses en présence de Jack Lang.

Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1995 d'après un dessin de Jan Dibbet's pour la verrière intitulée "l'Ancre" (nef haute) : poisson. 65 x 60 cm. Losanges, vert, jaune, rose à l'or. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1995 d'après un dessin de Jan Dibbet's pour la verrière intitulée "l'Ancre" (nef haute) : poisson. 65 x 60 cm. Losanges, vert, jaune, rose à l'or. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1995 d'après un dessin de Jan Dibbet's pour la verrière intitulée "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" (bas-côté sud) : "Spiritus Sancti". Les points noirs sont des pièces de monnaie fixées avec du ruban adhésif. 69,5 x 128 cm. Losanges, transparents, rouge, jaune. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, panneau d'essai réalisé par Jean Mauret en 1995 d'après un dessin de Jan Dibbet's pour la verrière intitulée "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" (bas-côté sud) : "Spiritus Sancti". Les points noirs sont des pièces de monnaie fixées avec du ruban adhésif. 69,5 x 128 cm. Losanges, transparents, rouge, jaune. Atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

Jean Mauret se souvient de sa première rencontre avec l’artiste : « c’est Dibbets qui m’a choisi. J’avais travaillé avec Jean-Pierre Raynaud à l’abbaye de Noirlac et avec Gottfried Honegger à la cathédrale de Nevers. Il est venu me voir à l’atelier, a été fasciné par toutes ces plaques de verre. Nous avons parlé couleurs, technique. Très vite, nous nous sommes entendus »8.

L’artiste se déplace plusieurs fois à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières pour des séances de travail (choix des verres, reprises de certains dessins, échanges …) : les 14 et 15 septembre 1992, les 19 et 20 octobre 1993, le 12 mars 1994, le 24 mars 1995, les 21 et 24 novembre 1997, le 10 juin 1998, le 19 novembre 1999, le 5 avril 2000.

Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis : Jan Dibbets, Patrick Ponsot (architecte en chef des Monuments historiques) et Jean Mauret travaillant à l'atelier à Saint-Hilaire-en-Lignières, entre 1995 et 2000. Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis : Jan Dibbets, Patrick Ponsot (architecte en chef des Monuments historiques) et Jean Mauret travaillant à l'atelier à Saint-Hilaire-en-Lignières, entre 1995 et 2000. Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis : Jan Dibbets, Patrick Ponsot (architecte en chef des Monuments historiques) et Jean Mauret travaillant à l'atelier à Saint-Hilaire-en-Lignières, entre 1995 et 2000.  Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis : Jan Dibbets, Patrick Ponsot (architecte en chef des Monuments historiques) et Jean Mauret travaillant à l'atelier à Saint-Hilaire-en-Lignières, entre 1995 et 2000. Document conservé à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, étude (maquette) pour un vitrail de la nef de la cathédrale, baie 14. 1992 - 2000. CREDO IN UNUM DEUM (« Je crois en un seul Dieu » Symbole de Nicée – Constantinople). Centre national des arts plastiques. Inv FNAC 92123 (11). Achat par commande à l'artiste. Feutre et mine de plomb sur photocopie noir et blanc, scotch, agraffes. 74,5 x 62,5 cm.Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis, étude (maquette) pour un vitrail de la nef de la cathédrale, baie 14. 1992 - 2000. CREDO IN UNUM DEUM (« Je crois en un seul Dieu » Symbole de Nicée – Constantinople). Centre national des arts plastiques. Inv FNAC 92123 (11). Achat par commande à l'artiste. Feutre et mine de plomb sur photocopie noir et blanc, scotch, agraffes. 74,5 x 62,5 cm.

Durant ces déplacements à l’atelier, les maquettes ne cessent d’évoluer. Elles sont l’objet de nombreuses corrections et ajouts de la part de Jan Dibbets (ajouts de poissons en particulier), de changement de couleurs, d’agrandissement de certains textes (« CREDO » par exemple dans la baie 14)… Ce sont ces maquettes rectifiées qui sont déposées par Dibbets à la fin des travaux au Centre National des Arts Plastiques. On observe cependant que certains vitraux diffèrent légèrement des maquettes conservées au CNAP, ce qui signifie que des modifications sur les vitraux ont encore été effectuées après le versement des esquisses, c’est le cas notamment des baies 8, 10, 11 et 12 qui font parties des dernières réalisées.

Les corrections effectuées directement sur les maquettes originales (déposées au Cnap) ont gommé l’état initial des projets. Par chance, 16 photographies de maquettes non corrigées ont été retrouvées dans les archives, ce qui fait qu’il existe malgré tout une version ancienne non remaniée. C’est en comparant ces photographies et les vitraux posés dans la cathédrale que l’on peut aisément lister les modifications apportées entre 1993 et 2000.

En 2000, lors d’une interview, Jan Dibbets explique : « mes projets exigent une grande exactitude, il s’agit en fait d’un travail qui demande une grande virtuosité. S’il y a trois centimètres entre deux lignes, il faut que ce soit trois centimètres et non pas deux et demi. Techniquement, c’est donc (…) un travail assez difficile car la précision est de rigueur »9. La réalisation des vitraux de la cathédrale de Blois a par conséquent été relativement complexe, ce qui n’a pas exclu une certaine autonomie octroyée au verrier qui précise : « Jan m’a laissé la liberté de choisir les tonalités des verres enserrés dans les losanges. Je lui ai donc proposé des variations de valeurs, pour chaque fenêtre, comme je le ressentais »10. Les deux hommes se sont bien compris et leur collaboration a été chaleureuse.

Le Cube avec Jean-Paul Philippon

En 1987, l'artiste-peintre Elaine Massy conçoit et coordonne une exposition alliant vitrail et architecture. Par la rencontre et le travail conjugués d'un maître-verrier et d'un architecte, il s'agit de créer trois volumes, une pyramide, une sphère et un cube. Elle propose son projet à trois verriers, Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal et Jean Mauret, à qui elle demande de choisir chacun un architecte.

Le Cube : Jean Mauret et Jean-Paul Philippon (architecte) devant le carton de la face est, début 1988. Document acquis par scan. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Le Cube : Jean Mauret et Jean-Paul Philippon (architecte) devant le carton de la face est, début 1988. Document acquis par scan. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Dès le début, Jean Mauret demande à réaliser le cube, volume qui correspond le mieux à son travail. Il a d’ailleurs déjà une idée de ce qu’il souhaite faire : « un cube lumineux qui rayonne à l’extérieur ». Avec l’architecte Jean-Paul Philippon qu’il connait depuis longtemps mais avec lequel il n’a jamais travaillé, il dresse un projet. L’architecte propose une structure avec double cloison pour un éclairage dirigé à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur. Tous les deux sont aidés, pour les aspects techniques, par Jean-Jacques Prel, collaborateur de Jean Mauret à l’atelier. Les problèmes soulevés par la construction du Cube sont en effet assez complexes car il faut que celui-ci soit démontable, afin d’être présenté sur plusieurs sites d’expositions successifs.

Le Cube (4,5 mètres de côté) est constitué de deux volumes imbriqués l’un dans l’autre avec une zone intermédiaire contenant une source de lumière. Le visiteur peut pénétrer à l’intérieur de l’œuvre au moyen de quelques marches. Il y découvre un espace lumineux depuis lequel il peut, par de petites ouvertures, voir vers l’extérieur. Là, le regard se porte sur des petits éléments de verre situant et orientant le Cube dans l'espace (ils marquent les points cardinaux). Jean Mauret et Jean-Paul Philippon instaurent des passages entre l’intérieur et l’extérieur de l’œuvre, par l’entremise de la lumière et du regard.

Le Cube : maquette au 1/10e réalisée par Jean Mauret en 1987 ou début 1988. 45 x 45 x 45 cm. Bois, carton, papier, collages, gouache. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Le Cube : maquette au 1/10e réalisée par Jean Mauret en 1987 ou début 1988. 45 x 45 x 45 cm. Bois, carton, papier, collages, gouache. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.

La réalisation du Cube a conduit Jean Mauret à approfondir une réflexion sur le volume, notion déjà bien présente dans son travail. Selon lui, en effet, la lumière traversant le vitrail octroie à celui-ci une troisième dimension. Les trous qu’il place dans ses panneaux d’essais engendrent une conception analogue : la possibilité de regarder au travers de l’œuvre, l’instauration d’une profondeur. La gravure des verres opalescents relève également de cette volonté, retrancher pour laisser passer la lumière, pour voir au travers du vitrail. Ces différents éléments se retrouvent dans le Cube réalisé en 1988 avec l’architecte Jean-Paul Philippon.

Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal à Lyon

Lorsque la Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes organise un concours portant sur la création de vitraux dans le transept de la cathédrale de Lyon en janvier 2013, Jean Mauret travaille seul suite à la fermeture de son atelier en 2006. Cependant, le projet l’intéresse (il a déjà réalisé une création dans la grande sacristie de la cathédrale en 1991) et il suggère à deux autres verriers, Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal, de répondre ensemble au concours avec un projet commun de création. Les trois artistes verriers proposent de s’associer aux ateliers Duchemin pour la réalisation des vitraux. Cette démarche de création à trois artistes est totalement inédite. Durant l’été 2013, l’équipe Fleury/Mauret/Rousvoal associée aux ateliers Duchemin (mandataires du marché) est choisie pour réaliser les vitraux des sept baies du transept de la cathédrale de Lyon.

Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, vitraux des grandes baies hautes du transept,  réunion de travail du 6 mai 2014 en présence de Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal, Dominique Duchemin et Jean Mauret, atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, vitraux des grandes baies hautes du transept, réunion de travail du 6 mai 2014 en présence de Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal, Dominique Duchemin et Jean Mauret, atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières.

En juin 2013, Jean Mauret démarre les recherches avec des premiers essais faits à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Il souhaite mélanger les pratiques des trois artistes verriers et éviter une juxtaposition de celles-ci. Il propose un principe de verticales et d’horizontales qui structurent les baies avec des variantes de coloration et de composition suivant les baies. Ce principe est accepté par Fleury et Rousvoal et est affiné par les trois artistes. Les maquettes sont conçues par découpages, collages, scans (superposition de bandes verticales et horizontales de Mauret sur des aplats de Fleury et Rousvoal). Le projet prend forme peu à peu et trois panneaux d’essais sont réalisés à partir des maquettes finalisées.

Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 59 x 71 cm. Verres plaqués gravés, verres opalescents blancs, jaune d'argent, grisaille, projection de grisailles blanches et bleues. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 59 x 71 cm. Verres plaqués gravés, verres opalescents blancs, jaune d'argent, grisaille, projection de grisailles blanches et bleues. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières. Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 51 x 81 cm. Verres plaqués gravés, verres blancs opalescents, verres noirs, rose à l'or, jaune sélénium, plombs de différentes largeurs, plombs dentelés. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 51 x 81 cm. Verres plaqués gravés, verres blancs opalescents, verres noirs, rose à l'or, jaune sélénium, plombs de différentes largeurs, plombs dentelés. Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières. Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 59 x 71 cm. Verres plaqués gravés, verre blanc opalescent, verre jaune sélénium, verres transparents, plombs de différentes largeurs, grisailles blanches, grisaille (écailles). Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, panneau d'essai réalisé en 2013. 59 x 71 cm. Verres plaqués gravés, verre blanc opalescent, verre jaune sélénium, verres transparents, plombs de différentes largeurs, grisailles blanches, grisaille (écailles). Atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières.

Les trois verriers expliquent, dans une note d’intention rédigée en juillet 2013, que leur travail s’est inspiré du tressage qui leur a permis de combiner leurs écritures propres pour en former une autre, à la fois collective et créative. Le résultat n’est pas une juxtaposition des trois pratiques mais bien une nouvelle combinaison.

Les verrières sont donc le fruit d’une création commune, à trois, démarche atypique dans le monde du vitrail. Se connaissant de longue date et menant chacun un cheminement créatif personnel, les trois artistes réussissent à proposer une œuvre cohérente et harmonieuse mêlant leur trois individualités pour restituer un tout enrichi de partage et de complicité : Jean-Dominique Fleury avec ses grisailles blanches ou noires posées sur des grands verres de couleurs, Gilles Rousvoal avec ses écailles dessinées à la grisaille et aux plombs et Jean Mauret avec ses verres structurés ou plaqués gravés à l’acide et séparés de plombs de différentes largeurs.

La réalisation est conduite de manière singulière puisque tout ou partie des œuvres circule dans les trois ateliers au fur et à mesure de l’avancement du travail.

Lyon, cathédrale Saint-Jean-Baptiste, vitraux des grandes baies hautes du transept en cours de réalisation à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières, avril 2014.Lyon, cathédrale Saint-Jean-Baptiste, vitraux des grandes baies hautes du transept en cours de réalisation à l'atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières, avril 2014. Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, détail de la verrière de la baie haute TNO1 du transept, avec date (2014) et signature (J M).Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste, détail de la verrière de la baie haute TNO1 du transept, avec date (2014) et signature (J M).

1Mauret (Jean), Jean Mauret maitre-verrier, in : Cathédrale de Blois, vitraux de Jan Dibbets, 2000, p 15. 2Texte de Jean Mauret rédigé en avril 1999 au sujet des vitraux de la chapelle de la Funeraria de Perpignan. 3Spaak (Isabelle), Atelier Jean Mauret, quand la clarté rejoint l’art, in : Lumière et création les grands ateliers de vitraux contemporains en France, CIV Chartres, 1999. 4La Maison de la Celle-Saint-Cloud est aujourd’hui détruite. 5Médiathèque du Patrimoine : 2003/18/20, dossier 20.6Médiathèque du Patrimoine : 97/22/51.7Archives de l’atelier de Jean Mauret à Saint-Hilaire-en-Lignières (Cher) : texte rédigé par Jean Mauret en avril 1999.8Cazenave (Agnès), Blois le temps de la cathédrale, in : La Vie, n° 2886-2887, 21 décembre 2000, pp 84-88.9Metz (Tracy), Jan Dibbets entretien, in : Cathédrale de Blois, vitraux de Jan Dibbets, 2000, p 11-14.10Cazenave (Agnès), Blois le temps de la cathédrale, in : La Vie, n° 2886-2887, 21 décembre 2000, pp 84-88.
Aire d'étude et canton France
Auteur(s) Auteur : Mauret Jean,
Jean Mauret (1944 - )

Artiste verrier.


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peintre-verrier

Annexes

  • Liste des travaux réalisés par Jean Mauret avec d'autres artistes

    - 1975-1977 : Bruère-Allichamps (Cher), abbaye de Noirlac (avec Jean-Pierre Raynaud) (étudié)

    - 1988 : le Cube, atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières (avec Jean-Paul Philippon) (étudié)

    - 1993 : Vence (Alpes-Maritimes), chapelle du château Notre-Dame-des-Fleurs (avec Jean-Pierre Raynaud) (étudié)

    - 1990-1996 et 1998-2000 : Nevers, cathédrale Saint-Cyr Sainte-Julitte, nef et crypte (avec Gottfried Honegger) (étudié)

    - 1993-2000 : Blois (Loir-et-Cher), cathédrale Saint-Louis (avec Jan Dibbets) (étudié)

    - 1998 : Perpignan (Pyrénées orientales), chapelle Saint-Jean-l’Evangéliste dite de la Funéraria (avec Shirley Jaffe) (étudié)

    - 2013-2015 : Lyon (Rhône), cathédrale Saint-Jean-Baptiste (avec Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal) (étudié)

Références documentaires

Documents d'archives
  • Atelier de Jean Mauret, Saint-Hilaire-en-Lignières. Archives.

Bibliographie
  • DAVID, Véronique et FINANCE, Laurence de (sous dir.). Chagall, Soulages, Benzaken ... le vitrail contemporain. Catalogue de l'exposition présentée à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris du 20 mai au 21 septembre 2015, 2015.

Périodiques
  • BLIN, Jean-Pierre. L'insertion du vitrail contemporain dans les monuments historiques. Monumental, 2012, semestre 1, p. 36-41.

  • HIRSCH, Georges-François. La création artistique dans les monuments historiques, bilan de la commande publique du ministère de la Culture depuis les années 1980. Monumental, 2012, semestre 1, p. 12-15.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Mauret-Cribellier Valérie