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Fonterland : prieuré de bénédictins, puis ferme

Dossier IA36007785 réalisé en 2013

Fiche

Dossiers de synthèse

Genre de bénédictins
Destinations ferme
Parties constituantes non étudiées chapelle, logement, grange, étable, remise, toit à porcs, écurie, four, bergerie, abreuvoir, cellier
Dénominations ferme, prieuré
Aire d'étude et canton Parc naturel régional de la Brenne - Tournon-Saint-Martin
Adresse Commune : Tournon-Saint-Martin
Lieu-dit : Fonterland
Cadastre : 2013 C 1487, 1488 ; 1812 C 1798, 1799
Précisions

La ferme de Fonterland est une ancienne métairie qui a succédé à un petit prieuré dépendant de l’abbaye bénédictine de Fontgombault. Le lieu-dit (et peut-être l’établissement ecclésiastique) est cité en 1210/1211 dans une lettre d'Innocent III confirmant les privilèges de l'abbaye Sainte-Croix d'Angles (Decimas de Campania. Fontisterlandi de Tornum). Se fondant sur le contexte historique, l'architecture de la chapelle et le passage de la lettre Innocent III, Dom de Bascher, archiviste de l’abbaye, suppose qu'un prieuré Fontgombaldien a été fondé à Fonterland au tout début du 13e siècle (ou à la fin du 12e siècle), période d'expansion monastique (12e - début 14e siècle). Crises politiques et économiques ont certainement conduit l'abbaye à privilégier au 14e ou au 15e siècle (ou au grand plus tard au 16e siècle), l'exploitation en mode de faire valoir indirect, mettant ainsi en fermage ou en métayage nombres de ces prieurés et domaines. Selon ce modèle, il ne résidait, certainement dès le Moyen Age tardif, plus de moines à Fonterland. Bien qu'un religieux ait résidé exceptionnellement à Fonterland entre 1663 et 1679, le prieuré n'est plus, à l'Époque moderne, qu'une exploitation agricole, l'une des plus importantes de l'abbaye. Il est vendu comme Bien national à la Révolution. Seule la chapelle, qui daterait des 12e-13e siècle, subsiste aujourd’hui. Les vestiges des principaux bâtiments conventuels se trouveraient essentiellement au sud de l'édifice, dans une zone en taillis parsemée d'amas de pierre. Des tessons de céramique collectés dans la ferme attestent par ailleurs d’une occupation du site depuis le Moyen Age central. Des monnaies du 18e siècle ont également été trouvées. En contrebas de la chapelle, s'étendait, selon la tradition, le petit cimetière des moines. Des ossements ont été trouvés à 4 m du chevet de l'église (Benarrous 2013).

"La métairie de Fonterlan située en la paroisse de Tournon" est citée pour la première fois en 1569 (Bascher s.d.). De 1663 à 1679, elle devint la résidence forcée de Dom Jacques de Ricoux, pitancier de l'abbaye, alors opposé au mouvement de réforme tenté par l'abbé Mornet. En 1687 et jusqu'à l'arrivée des Lazaristes en 1742, Fonterland, qui dépendait auparavant de l'abbé, intègre la mense conventuelle.

Les bâtiments de la ferme sont évoqués à partir du 18e siècle. En 1714, un procès-verbal de visite signale un portail à chapiteaux à l'entrée de la ferme (disparu). En 1734, celui de la visite de l'archevêque de Bourges indique que la chapelle est "en assez bon état de réparation et suffisamment décorée". Les moines de Fontgombault y célèbre une messe une fois par an (29 septembre). En 1778, un devis est rédigé à l'occasion de restaurations générales dans l'abbaye et ses dépendances. Le projet prévoit alors de remplacer la "maison du fermier" jugée "vétuste et exposée à la ruine" par une maison plus vaste, comportant un étage et un escalier, la construction d'une nouvelle écurie, entre la maison et la grange, d'un nouveau four et d'un puits. Il fut reconduit en 1785. A l'exception de ceux de l'écurie, les travaux annoncés dans les articles du devis ne furent sans doute jamais réalisés. En 1786, l'archevêque de Bourges ordonne la démolition des bâtiments de l'abbaye "jugés inutiles" et décrète que les chapelles des différents domaines dépendant de l'abbaye, donc celle de Fonterland, "seront converties en logements utiles à l'exploitation des dits domaines". Lors de la vente des Biens Nationaux, l'expertise du "domaine" de Fonterland en 1791, fait état, outre les surfaces agricoles, bois et cheptel de : "la maison du coulon composée de deux chambres, le four placé dans l'une, une grange assez vaste, l'étable aux bœufs y adaptée, deux autres étables servant d'écurie, un autre petit corps de bâtiment servant de cellier, un autre servant de bergerie et de poulailler, un petit toit à l'usage des cochons, et la chapelle ; tous les susdits bâtiments en très mauvais état". Le fonds de Fonterland, l'une des plus importantes métairies de l'abbaye de Fontgombault, était alors estimé à 17000 livres.

Le lieu-dit ("Fonterlan") figure sur la carte de Cassini vers 1765 (symboles d'une gentilhommière et d'une chapelle).

Tous les bâtiments principaux de la ferme, hormis le toit à porcs, figurent sur le plan cadastral de 1812. Les caractères extérieurs du logement principal, bien qu’il ait été remanié au début du 21e siècle, le rattachent aux 15e-16e siècles, estimation confirmée par l’analyse dendrochronologique de sa charpente sur poteaux dont les bois ont été mis en œuvre en 1459. Elle a fait l’objet d’une réfection vers 1610 (Dormoy 2013). Le four du logement, encore visible vers 1970, a été transformé en annexe du logement au début du 21e siècle. Le petit bâtiment inséré entre le logis et la grange date de la fin du 18e siècle (postérieur à 1778). Il s'agissait à l'origine des nouvelles écuries. L'ancienne grange a été reprise à une période récente. Elle pourrait dater des 16e -17e siècles même si sa charpente semble avoir été changée. Son appentis a été ajouté dans la seconde moitié du 19e siècle ou dans la première moitié du 20e siècle. L’étable indépendante (bergerie), figurée en 1812, a été reconvertie en logement au début du 21e siècle. Le toit à cochons date de la première moitié du 20e siècle. Il a toutefois succédé à un bâtiment aux dimensions très comparables figuré en 1812. La remise accolée à la chapelle a également été construite dans la première moitié du 20e siècle. Jusqu'en 1970, un appentis, installé sur un remblai, prolongeait le chevet de la chapelle à l'est. L’édifice incendié vers 1970 servait auparavant d’étable (à moutons puis à porcs ; voir photographie de J.-L. Soubrier).

Période(s) Principale : 15e siècle, 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle
Secondaire : 12e siècle, 13e siècle
Secondaire : 20e siècle
Dates 1211, daté par source
1459, datation par dendrochronologie
1610, datation par dendrochronologie

La ferme de Fonterland est située au bord du plateau calcaire qui domine la vallée encaissée du Suin. Elle comprend quatre bâtiments principaux (ceux construits après l’installation de l’exploitation caprine, en 1998, ont été exclus des descriptions) : deux logements, une grange-étable et un grand toit à porcs. Une chapelle se dresse au sud-ouest de la cour.

Les toitures de cette ferme à cour ouverte sont à longs pans en tuile plate, à l’exception d’une remise couverte avec de la tôle ondulée. Elles sont à pignon couvert hormis la chapelle. Les bâtiments sont tous partiellement enduits sauf le toit à porcs qui l’est complètement.

Le logement principal de la ferme se compose d’un corps de bâtiment encadré de deux annexes (intégrées lors de sa restauration dans les années 2000). Il est construit en rez-de-chaussée sur poteaux engravés, entre deux murs pignons. La charpente, de type à arbalétriers et pannes, possède quatre fermes numérotées à faux-entraits. Une lucarne éclaire les combles. Des coyaux relèvent l’égout du toit. Les entrées sont en mur gouttereau est, lequel est également percée de deux fenêtres. L’élévation postérieure compte une entrée à encadrement chanfreiné. Lors de sa restauration, un four, à l’extrémité sud du bâtiment a été transformé en pièce d’habitation avec un accès extérieur en pignon. Celui du bâtiment principal compte deux baies dont une est à linteau en arc en plein cintre. L’annexe nord, en rez-de-chaussée, implantée entre le logement et la grange-étable, était à l’origine une écurie à accès en mur gouttereau. Elle a été élargie, côté ouest, dans les années 2000. Elle a peut-être également abrité un cellier.

Les deux accès de la grange (prolongée côté ouest par une grande chèvrerie installée en 1998) sont en mur gouttereau est. Une lucarne pendante surmonte la porte d’étable. On observe deux baies en façade, une rectangulaire et une à plate-bande cintrée. Un appentis s’appuie sur l’extrémité nord du mur gouttereau du bâtiment.

Au nord-est de la grange-étable, au contact avec l’angle de l’appentis, se dresse un bâtiment réaménagé récemment en logement en rez-de-chaussée. Une porte haute perce son mur-pignon est. Il s’agit d’une ancienne étable (bergerie).

Un grand toit à porcs, avec enclos maçonné, est implanté à l’est de la cour. A comble à surcroît, il est enduit et doté d’une lucarne pendante. Ses encadrements d’ouvertures et ses chaînages d’angle sont appareillés avec de la brique. L’accès est en mur-pignon sud.

Au sud de la cour, se trouve une remise à toit en tôle ondulée accolée à la façade ouest de la chapelle. Rectangulaire et partiellement enduite, elle mesure 7,90 m de long sur 3,90 m de large. A chevet plat, elle est orientée à l'est. Sa toiture, à pignons découverts, est en tuile plate. Elle était anciennement voûtée de pierres dont il reste les arrachements. Les murs ont une épaisseur de 0,96 m et sont en moellons, recouverts à l'intérieur d'enduit. La lumière pénètre à l'intérieur par une baie étroite et haute à plate bande en arc dans le chevet. Trois niches (crédences) sont insérées dans les murs à l’intérieur : deux jumelées à plate-bande en arc en plein cintre et une rectangulaire à feuillure (porte de placard disparue). L’entrée occidentale, aujourd'hui murée, présente des voussures à faux chapiteaux et à colonnettes. Elle est surmontée d’une baie étroite chanfreinée. Deux entrées latérales (dont une en arc en plein cintre) ont été aménagées les murs gouttereaux.

Des amoncellements de pierres juchent le sol au sud de la chapelle. Il s’agirait de l’emplacement des anciens bâtiments prioraux (De Bascher s.d. ; Benarrous 2013).

Un abreuvoir maçonné se trouve au sud-est de la cour de ferme.

Murs calcaire moellon enduit
calcaire moellon enduit partiel
Toit tuile plate
Étages en rez-de-chaussée, comble à surcroît
Couvrements
Couvertures toit à longs pans pignon couvert
toit à longs pans pignon découvert
Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Annexes

  • Expertise dendrochronologique d'échantillons provenant de la ferme de Fonterland à Tournon-Saint-Martin (36220). Archéolabs réf. ARC 13/R4009D

    Archéolabs réf. ARC 13/R4009D

    Présentation générale :

    Ce bâtiment, en rez-de-chaussée et orienté nord-sud, est construit sur poteaux engravés, entre deux murs pignons. La charpente, de type à arbalétriers et pannes, possède quatre fermes numérotées arbitrairement depuis le nord. Par cohérence, les poteaux sont intégrés aux fermes.

    Chaque ferme forme un pan-de-bois qui comprend deux poteaux avec aisseliers qui portent l’entrait, un poinçon qui porte le faîtage, deux arbalétriers recevant un cours de pannes extérieures, deux demi-faux-entraits.

    Le contreventement longitudinal est assuré par des aisseliers entre poinçons et faîtage.

    Les assemblages sont à tenon-mortaise et les marques d’assemblage sont cohérentes et présentes sur la quasi-totalité des bois, de I à IIII du nord au sud, avec contremarque à l’est.

    Les éléments architecturaux en place ont été échantillonnés manuellement à la sonde finlandaise (diamètre du prélèvement 5 mm), le 24 octobre 2013.

    Datations :

    éch. 1 - ferme 2, poteau est : 1458/1459 (automne/hiver)

    éch. 2 - ferme 2, entrait : se rattache à 1459

    éch. 3 - ferme 2, poinçon : entre 1606 et 1613

    éch. 4 - ferme 1, poinçon : entre 1606 et 1613

    éch. 5 - ferme 1, entrait : se rattache à 1459

    Interprétation :

    D’après les marquages, l’ensemble de charpenterie semblait cohérent. Cependant la présence de pannes extérieures et l’absence d’encoche en about des demi-entraits pouvaient éventuellement être un indice de modification.

    Sauf arguments contraires, nous sommes en présence d’un édifice construit en 1459 et reconstruit ou modifié vers 1610 en conservant ou réutilisant les poteaux et entraits de 1459. Les marques d’assemblage seraient soit de 1459 pour les poteaux et reprises pour la charpente vers 1610, soit vers 1610 pour la totalité, ce qui impliquerait probablement un démontage/remontage des fermes.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de l'Indre, F 1208. Bulle d’Innocent III en faveur de l’abbaye Sainte-Croix-d’Angles.

  • Collection privée. Histoire de Tournon-St-Martin et ses environs.

Documents figurés
  • Plan cadastral parcellaire de la commune de Tournon/ sous la direction de M. Lepeintre, directeur des contributions, M. Dauvergne, ingénieur vérificateur, par M. Alisard, géomètre du cadastre, terminé en 1812. (Archives départementales de l'Indre, 3 P 224, 14 à 31).

  • Chapelle du prieuré de Fonterland. Michel Plaux. (Collection privée).

  • Chapelle du prieuré de Fonterland. Jean-Louis Soubrier, septembre 1967. (Musée archéologique de Martizay, photo n°878).

  • Chapelle du prieuré de Fonterland. /Jean-Louis Soubrier, septembre 1957. (Musée archéologique de Martizay, photo n°877).

  • Carte de la France dite Carte de Cassini, feuille 31 [Le Blanc]/par César-François Cassini de Thury. Levée vers 1754-1766.

Bibliographie
  • BENARROUS, Renaud. Rapport d'activité (2013). Étude archéologique et historique du canton de Tournon-St-Martin (Communes de Lingé, Mérigny, Néons-sur-Creuse et Tournon-St-Martin). Orléans/Rosnay : SRA Centre/PNR Brenne, 2013.

    Annexe : fiche TO 28 + texte libre
  • DE BASCHER, J. Le prieuré de Fonterland. Archives privées de l'abbaye de Fontgombault, dactylographié, s.d., inédit.

  • DE BASCHER, J. L'abbaye royale Notre-Dame de Fontgombault. Poitiers : P. Oudin, 1991, 463 p.

  • DORMOY, Christian. Rapport d'expertise dendrochronologique (Fonterland, Tournon-Saint-Martin). Archéolabs. 2013. ARC 13/R4009D.

  • PLAUX, Michel. Histoire du Pays tournonnais (1789-1815). Néons-sur-Creuse : Parc naturel régional de la Brenne, Association touristique de Néons-sur-Creuse, 2013.

    p.33
Périodiques
  • LAMY, Eustache. Archiprêtré du Blanc. Bulletin de la société académique du Centre. 1901.

  • PLAUX, Michel. Que sont devenus nos édifices religieux ?. Bulletin Municipal de Tournon-Saint-Martin. N° 11, décembre 1985.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Parc naturel régional de la Brenne - Desagher Julia - Benarrous Renaud