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Fossé médiéval, jeu de paume et logis annexes

Dossier IA37005695 inclus dans Enceinte castrale réalisé en 2006
Dénominations ouvrage fortifié, logement
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

Nous disposons de très peu d'éléments historiques relatifs aux bâtiments qui longeaient le fossé et nous ne sommes pas en mesure de dire quand ils furent construits. Ils sont connus par les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau et par les procès-verbaux des années 1630. Sur les documents postérieurs à cette date ils n'apparaissent plus, laissant supposer qu'ils furent détruits entre 1630 et 1708, date à laquelle on leva le plan du château. Cependant, il est possible qu'ils aient disparu lors des aménagements de Louis XIII, soit peu après 1630. Bien que le fossé, son portail et ses logis n'aient pas de réel rapport fonctionnel, il semble justifié de traiter ces trois éléments conjointement car leur proximité topographique les liait nécessairement les uns aux autres. Leur étude constitue l'un des meilleurs exemples de l'adaptation des logis du château d'Amboise aux bâtiments préexistants, de l'intégration de structures issues de plusieurs campagnes de construction et de leur fusion en un seul et même château.

Période(s) Principale : Moyen Age

Le Fossé Il n'est jamais décrit mais il sert constamment de repère pour situer les pièces du château dans les procès-verbaux. En comparant les plans de Jacques Androuet du Cerceau aux quelques vestiges restant sur le terrain - l'extrémité septentrionale du fossé qui a été dégagée et la petite vis qui liait le logis dit de Louis XI à la rampe d'accès - on connait sa longueur, environ 46 m, sa profondeur, environ 5 m, et sa largeur qui marquait un décrochement au milieu de sa longueur pour passer d'environ 14 m au nord à 10-12 m au sud. Les textes mentionnent la présence d'un jeu de paume aménagé dans le fond du fossé et dont les portiques et galeries des logis longeant le fossé constituaient les tribunes. Le portail Il sert également de point de repère dans les procès-verbaux mais il n'en existe aucune description. La « Vue du costé de la rivière de Loire » de Jacques Androuet du Cerceau montre un pont-levis apparemment à flèches qui assurait un passage de 2 m à 2,50 m de large dans le donjon. Il devait exister une chambre placée au-dessus du pont-levis. Le « logis du concierge » est mentionné dans le secteur de la chambre de la Herse et du portail. Il est en effet possible que le concierge chargé de garder et d'ouvrir le château ait été logé à proximité de la herse et du pont-levis, voire que ses appartements se soient trouvés à cheval entre les deux. Les logis Les documents sont cohérents les uns par rapport aux autres. Le plan gravé de Jacques Androuet du Cerceau concorde presque parfaitement avec la description du rez-de-chaussée donné par les procès-verbaux de 1630 et le plan dessiné avec celle du premier étage. Au-dessus des logis orientés nord-sud et longeant le fossé, prenaient place des galetas. Cependant, après avoir replacé sur le plan du château les représentations de Jacques Androuet du Cerceau, il s'avère qu'il avait représenté deux pièces de trop par rapport à la place que tenait ce logis, sinon à ce qu'il n'y ait même pas eu la surface nécessaire pour mettre un lit dans les chambres. Nous proposons donc un plan de restitution issu d'un compromis logique entre les sources et les données de terrain. Si la fonction exacte de ce logis dut varier entre les aménagements de Louis XI (1461-1483) et ceux d'Henri II (1447-1459), on peut néanmoins restituer la présence d'au moins trois logis à chambre, garde-robe et parfois salle ainsi que de cuisines équipées au minimum d'un four. L'ensemble était desservi de portiques et galeries, courant côté fossé et côté cour du donjon.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Château d'Amboise : description des logis disparus qui longeaient le fossé du donjon

    Nous décrirons les niveaux à partir des « Plans » de Jacques Androuet du Cerceau, en suivant la visite des procès-verbaux des années 1630, et en particulier celle du second procès-verbal. Précisons quelques éléments qui servent de points de repère pour suivre les descriptions : bordant le fossé, ce logis d'environ 46 m de long pour 8 m de large, était longé, de chaque côté, d'un portique au rez-de-chaussée et d'une galerie au premier étage qui permettaient de desservir horizontalement l'ensemble des pièces. La distribution verticale était quant à elle assurée par deux vis placées dans l'enceinte du donjon, au sud et au nord, dans le prolongement des galeries. Il semble que ces galeries aient également assuré la liaison des logements avec les bâtiments contigüs, à savoir le logis du Donjon et le portail du Donjon. Par ailleurs, le jeu de paume installé dans le fond du fossé sert de point de repère pour décrire et situer les structures. Les localisations sont du type suivant :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655, doc. 3 f°16r° : « Aux galleries haultes et basses tant du costé du donjon que du jeu de paulme, refaire en plusieurs endroitz du bouzillage et carrellage ».

    Les « Plans » de Jacques Androuet du Cerceau ne sont pas assez précis pour définir l'épaisseur des murs de cet édifice.

    Les inspecteurs du procès-verbal arrivent à l'extrémité sud du fossé, par le bâtiment de la Herse, ici nommé le « portal du donjon », et ils s'apprêtent à visiter les huit chambres principales. Sont décrits les travaux d'entretien qu'il serait nécessaire d'effectuer. Lorsqu'il s'agit d'une porte ou d'une baie, elle est située par rapport au donjon, à l'ouest, et au « jeu de paume », à l'est. Enfin, les petites chambres et retraits annexes représentés par Jacques Androuet du Cerceau ne sont mentionnés que lorsque des travaux y seraient à réaliser. D'une manière générale, chaque pièce recevait la lumière de deux baies, donnant sur chacune des galeries. Les cheminées étaient installées dos à dos dans la moitié sud du logis et indifféremment dans la moitié nord.

    La première chambre en partant du sud, pourrait avoir été une grande chambre ou une salle ; chauffée d'une cheminée d'après Jacques Androuet du Cerceau, et éclairée par une baie de chaque côté, une porte donnait sur la galerie orientale et une autre ouvrait sur la tourelle d'escalier liant les étages entre eux ; une dernière porte communiquait avec la seconde chambre. Celle-ci, probablement privée, était également chauffée par une cheminée, éclairée par une baie donnant sur chaque galerie et communiquait par une porte avec la galerie du jeu de paume. En face de la cheminée, sur le mur nord, s'ouvrait la porte de communication avec la chambre suivante.

    À l'origine, la troisième chambre ne devait pas communiquer avec les galeries ; Jacques Androuet du Cerceau ne représente en effet aucune porte et le procès-verbal précise « ladite croisée qui sert de porte ». Aussi cette pièce faisant partie du premier appartement devait-elle constituer sa garde-robe ; avec une cheminée installée sur son mur nord, ses dimensions sont en effet plus petites.

    La quatrième chambre pourrait constituer la chambre privative du second logis. Selon Jacques Androuet du Cerceau, elle communique avec la pièce appelée troisième chambre dans le procès-verbal qui était sans doute une garde-robe commune aux deuxième et troisième chambres. On y accède aussi par un petit sas la séparant de la cinquième chambre. Une cheminée prend place sur son mur sud et deux croisées l'éclairent.

    Deux pièces annexes séparent cette chambre de la cinquième. Elles ne sont pas mentionnées dans le procès-verbal. Le sas déjà cité donnait également accès à la cinquième chambre. Sur la « Vue » de Jacques Androuet du Cerceau, à côté du sas, une autre pièce un peu plus spacieuse, également éclairée d'une baie, pourrait être le retrait de la cinquième chambre. La cinquième chambre possède la surface la plus importante du corps de logis et pourrait constituer la chambre du troisième logis : une porte l'ouvre sur la galerie du donjon, une cheminée la chauffe au nord et une autre porte assure la communication avec la chambre numérotée sixième, apparemment dépourvue de cheminée, et qui pourrait être sa garde-robe.

    Deux hypothèses sont possibles pour identifier la fonction des pièces qui suivent : soit elles constituent un quatrième logis, soit elles forment un ensemble de pièces de service, sans doute des cuisines et des offices. Il n'est pas non plus à exclure que plusieurs fonctions s'y soient succédées. Les inspecteurs accèdent ensuite à la septième chambre, nommée « chambre du pilier ». Si l'on suit le plan de Jacques Androuet du Cerceau en faisant abstraction de notre connaissance du château actuel, cette pièce était accolée à la sixième chambre et l'on y accédait par un petit sas ayant son entrée sur la galerie orientale. Cette dernière aurait communiqué avec une petite pièce placée à côté du sas comme dans le second appartement. Enfin, à l'extrémité du logis longeant le Fossé, la dernière chambre, nommée « chambre du four », aurait disposé d'une porte ouvrant sur la galerie est et d'une cheminée sur son mur sud.

    Puisqu'il semble que les pièces n'aient pas toutes communiqué entre elles - rappelons que le procès-verbal de 1630 ne décrit pas toutes les pièces et qu'il n'est pas toujours précisé le passage ou l'escalier emprunté pour passer d'un espace à l'autre - nous ne pouvons pas déterminer le cheminement exact des inspecteurs dans le château. Il semble par ailleurs que le procès-verbal ne suive pas non plus l'ordre dans lequel les pièces étaient disposées mais précisément le trajet que les inspecteurs empruntent en fonction des communications existant en 1630. La « chambre du pilier » est citée avant la « chambre du four », or il serait tentant de rapprocher la « chambre du pilier » de la pièce du rez-de-chaussée du logis du Tambour dont les nervures d'ogives naissent d'un pilier central. Notons que cette pièce est entièrement restaurée au début du XXe siècle, que nous ne disposons d'aucune preuve quant à l'exactitude des restaurations, mais qu'il semble peu probable que les restaurateurs soient allés jusqu'à inventer un pilier. D'autre part, on distingue encore aujourd'hui, dans l'angle sud-ouest du fossé l'amorce d'une construction circulaire qui doit correspondre à un four. Le docteur Frédéric Lesueur l'avait sans doute déjà remarqué puisqu'il ajoute aux plans de Jacques Androuet du Cerceau auxquels il se réfère, un appendice semi-circulaire. Aussi la pièce répondant au nom de « chambre du four » se serait trouvée à l'extrémité du logis et juste au-devant de la pièce nommée « chambre du pilier » qui pourrait correspondre à la pièce du rez-de-chaussée du logis du Tambour.

    Puisque les inspecteurs ne pouvaient pas accéder directement à la « chambre du four », ils auraient emprunté la galerie pour gagner la « chambre du pilier » dans le logis du Tambour et seraient revenus dans la « chambre du four » qui lui était attenante.

    Ici tout le problème est de déterminer si ce four est d'origine ou non puisque Jacques Androuet du Cerceau ne l'a pas représenté. Comment déterminer si l'extrémité septentrionale du logis du Fossé était dévolue aux services à la fin du XVIe siècle, voire avant, ou si au contraire cette fonction résultait d'une distribution plus tardive ? Cependant, en 1630 les espaces sont décrits en tant que chambre ce qui tendrait à prouver que la fonction première de cuisines avait disparu au profit de chambres.

    La vis nord disposait, selon Jacques Androuet du Cerceau, d'une communication avec les galeries mais n'avait pas de porte donnant sur les pièces des logis du Fossé ou du logis du Donjon. En outre, la vis du niveau R-I du pavillon Penthièvre communiquait peut-être avec le logis du Donjon. Le procès-verbal ne précise pas par où les notaires et inspecteurs passent pour atteindre l'étage. Sachant qu'à la suite de la description de la dernière chambre vient celle de la huitième chambre dite « la chambre suivante vers le vent dabas à une demy croissée vers la ville », il semble que la huitième chambre soit une pièce du pavillon Penthièvre. Ce qui est confirmé par la situation de la pièce venant après qui devait prendre place dans le pavillon Penthièvre au niveau supérieur. Les inspecteurs montent en effet à l'étage et se trouvent « en la première chambre haulte et dessus la dernière nommée laquelle chambre regarde sur le pont de la ville ». Puis, ils passent à côté de la pièce appelée « la chambre des tambourineurs » qui occupe le premier étage du logis du Tambour à côté de la grande salle : « En la chambre joignant le pavillon proche la salle du bal laquelle chambre regarde sur le pont de la ville fault lever deux paneaux de victres l'ung vers la ville l'autre vers le jeu de paulme ».

    Ils reviennent ensuite dans les logis longeant le Fossé, et pour les suivre, il faut se reporter au « Plan » dessiné de Jacques Androuet du Cerceau : « En la seconde chambre haulte tirant vers le portal du donjon faire une serrure et trois paneaux de victres du costé du jeu de paulme et deux paneaux du costé du donjon ». Cette pièce, très grande, occupe plus du quart de la longueur du bâtiment, soit environ 13 m à 14 m de long et doit recouvrir la fonction de salle. Elle est éclairée de trois baies, deux sur le jeu de paume et une sur le donjon qui est jouxtée d'une porte d'accès. Vient ensuite une troisième chambre, certainement à parer, éclairée de deux baies et chauffée de deux cheminées, mais sans porte sur les galeries. La quatrième chambre « en suivant » possède quant à elle un accès sur la galerie ouest, une cheminée et puise sa lumière de deux croisées et une demi-croisée. Enfin, la dernière pièce de ce logis ne possède pas de cheminée et constitue sans doute la garde-robe de la chambre à coucher précédente.

    Contrairement aux mentions du procès-verbal, Jacques Androuet du Cerceau ne représente aucune porte de communication avec le second logis. Constitué de trois pièces, nommée cinquième, sixième et dernière chambre dans le procès-verbal, ce logis présente des dispositions semble-t-il moins privatives où chaque pièce possède une porte donnant sur l'une ou l'autre des galeries. En outre, toutes les pièces sont équipées de cheminées.

    Pour conclure, la disposition des petits logis du premier niveau évoque la distribution de logements réservés à la cour. Nous savons d'ailleurs que celle-ci n'habitait pas au château et que seules les personnes les plus fidèles et les plus importantes de la cour royale disposaient de ce privilège. Si l'on se fie aux « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau, sans pouvoir préciser la date de ces aménagements, la présence de petites antichambres correspond avec une datation qui ne saurait être antérieure au XVIe siècle. La présence du four, que nous avons soulignée, semble bien prouver la succession des états et des fonctions.

    Au second niveau, l'appartement nord est plus spacieux mais on ne trouve toutefois aucune correspondance entre deux logis symétriques qui correspondraient à celui de Monsieur et de Madame. Cependant, la création ou la suppression de cloisons, qui étaient généralement en pan-de-bois est aisée et la distribution seule ne saurait dater un bâtiment.

    Il demeure impossible de débattre sur l'apparence du bâtiment. Sur les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau l'angle choisi pour représenter le château a induit une perspective importante et le logis n'apparaît quasiment pas ; la présence des galeries ne constitue pas vraiment un repère de datation d'autant qu'il est probable que les logis soient plus anciens que les galeries et que celles-ci aient été ajoutées ou remplacées plus tardivement.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Fondation Saint-Louis, château d'Amboise. Compte de construction du château d'Amboise, tenu par Alixandre Blandin. 1er octobre 1495 - 30 septembre 1496, 285 f°.

Documents figurés
  • Vue cavalière du château d'Amboise du côté de la ville. Dessin de Jacques Androuet du Cerceau de 1579. (B.n.f., département des estampes, Va 37 Tome 1. H 125705).

  • Plan du château d'Amboise/Jacques Androuet du Cerceau, en 1579. (Bibliothèque nationale de France, département des estampes, Va 37 Tome 1. H 125703).

  • Plan du château d'Amboise. Attribué à Robert de Cotte, dessin à la plume et à l'encre de Chine aquarellée, 1708. (Archives Nationales; O1 1903, Cartes et Plans, n°1 et 3).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • ANDROUET, Jacques dit DU CERCEAU. Les plus excellents bastiments de France. présentation et commentaires par David Thomson, Paris, 1988, 316 p.

  • LESUEUR, Docteur Frédéric. Le château d'Amboise. Paris, 1935, 112 p.

  • THOMAS, Évelyne. Le jeu de paume du château d'Amboise. In Jeu des rois, roi des jeux : le jeu de paume en France, catalogue de l'exposition tenue au musée national du château de Fontainebleau du 2 octobre 2001 au 7 janvier 2002, sous la direction d'Yves Carlier. Paris : Réunion des musées nationaux, 2001. p. 119-123.

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie