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Hôtel dit Château-Gaillard (29 allée du Pont Moulin)

Dossier IA37005689 inclus dans Amboise : rue du Clos-Lucé réalisé en 2006

Fiche

Dénominations hôtel
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : 29 allée du Pont Moulin

Il ne nous a malheureusement pas été possible de visiter suffisamment à notre aise cet hôtel champêtre. Il est traditionnellement admis qu'il fut reconstruit par Charles VIII pour le jardinier qu'il avait ramené de sa dernière campagne d'Italie : Pacello de Marcogliano. Aussi dans un premier temps la demeure aurait-elle eu un rôle quasiment manorial avec une fonction productive, puisqu'on raconte que les premiers orangers de la vallée de la Loire y furent plantés. Le verger qui était des plus limités au château aurait été complété par celui de Château-Gaillard. Si la chronologie donnée par l'abbé Bosseboeuf est juste, Château-Gaillard, datant du règne de Louis XII (1498-1515) et commandité par René de Savoie après 1510, serait le premier édifice renaissant construit à Amboise. Dans l'état actuel de nos connaissances, il serait antérieur aux travaux de François Ier (1515-1547) au château.

Période(s) Principale : 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 19e siècle

L'édifice paraît avoir été très restauré. Sans doute la date de 1882 figurant au sommet du pignon, signe-t-elle cette campagne de travaux. Cependant, si les parements présentent un état de conservation trop parfaits pour être authentique, les restaurations semblent avoir restitué un état fidèle à celui du XVIe siècle. Les maçonneries extérieures ne conservent en effet que peu de traces de reprise. Le corps de logis s'élève sur trois niveaux. Une tourelle d'escalier est visible à l'un des angles de la façade arrière, mais nous ne connaissons pas sa relation avec l'édifice. Notre commentaire se limitera à la seule façade orientale et principale que nous avons pu observer. Implanté à flanc de coteau, l'édifice présente son mur gouttereau est face au jardin, qui se déploie en contrebas. Tandis que les façades secondaires sont construites en moellon enduit, celle-ci montre un moyen appareil de tuffeau. Sur la terrasse dominant le jardin, neuf baies et deux portes ouvrent cette façade régulièrement rythmée et parfaitement ordonnancée en quatre travées. La partie inférieure du mur est séparée des baies du rez-de-chaussée par un appui filant. Celles-ci, à double croisillons, aux angles supérieurs très légèrement arrondis et dont l'encadrement présente un simple quart-de-rond, sont encadrées de pilastres doriques au fût lisse montant depuis le pied de la façade, de part et d'autre de l'allège, et se prolongeant au-dessus du linteau des fenêtres, jusqu'à la corniche sommitale. Les pilastres supportent un délicat cordon mouluré, qui est lui-même surmonté d'un second cordon, identique au premier, constituant l'appui filant des baies du premier étage. Ces baies sont en tout point similaires à celles du rez-de-chaussée. L'espace compris entre les deux cordons constitue une frise, sobre, ponctuée d'écus aux armes de Savoie (et pour certain bûchés) situés à l'aplomb des meneaux qui sont par ailleurs surmontés d'agrafes. Les deux portes ouvrent au-dessus d'un perron de trois marches, entre les travées 1-2 et 3-4. Elles sont également encadrées de pilastres doriques qui supportent un épais linteau simulant un entablement. Il est orné de délicats rinceaux. Au premier étage, à l'aplomb de l'une des portes (travée 1-2), pend place une petite baie encadrée de pilastres et surmontée d'un entablement à rinceaux et d'une coquille ; mais cette baie semble réinsérée postérieurement dans la maçonnerie. Le toit est percé de quatre lucarnes à frontons curvilignes ornées, selon le modèle des baies inférieures, de pilastres et d'agrafe. La corniche qui souligne la base du toit est très sophistiquée, mêlant, sur trois registres, des motifs de coquilles, de cordes et de fleurons. Dans cette façade, le style renaissant est clairement lisible et l'égalité des travées ne trahit pas la distribution intérieure. Nous n'avons pas retrouvé le coup de sabre que l'abbé Bosseboeuf dit avoir observé au niveau de la corniche. Par ailleurs, la parenté de ce corps de logis avec l'hôtel Joyeuse qu'évoque l'abbé Bosseboeuf ne nous semble pas vraiment convaincante. La recherche qui présida à l'élaboration de la façade de Château-Gaillard reste son ordonnance, sa régularité et son harmonie, ce qui n'existe pas à l'hôtel Joyeuse. Les points de comparaisons avec l'hôtel Joyeuse tiennent essentiellement dans le matériau de construction, le tuffeau, qui est local.

Murs moyen appareil
Toit ardoise
Étages rez-de-chaussée, 2 étages carrés, comble à surcroît
Escaliers escalier hors-oeuvre : escalier en vis
escalier intérieur : escalier droit
Jardins arbre isolé, groupe d'arbres, palissade de verdure
Statut de la propriété propriété privée
Protections classé MH, 1963/10/01

Annexes

  • Hôtel dit Château-Gaillard à Amboise : texte de l'abbé Bosseboeuf

    Nous avons pris le parti de restituer ici le texte de l'abbé Bosseboeuf (1897) qui demeure un témoin oculaire incontournable d'Amboise.

    « A l'est de Clos-Lucé, au pied du coteau Amboisien et sur la rive droite de l'Amasse, se dresse dans un milieu des plus pittoresques la très intéressante demeure de Château-Gaillard.

    Au Moyen Âge, il y avait en ce lieu une maison noble qui, à l'instar de tant d'autres, doit sa désignation au nom d'un gentilhomme, d'ailleurs assez commun en Touraine. Les agréments du site attirèrent les regards de Charles VIII. En cet endroit abrité par la colline contre le vent du nord et caressé des chauds rayons du soleil du midi, le roi résolut de créer un verger avec des jardins potagers qui manquaient au palais royal installé sur un plateau aride. Nous l'avons dit plus haut, il confia ce soin à Pacello de Marcogliano, qu'il avait ramené lors de l'expédition de Naples. De riants bosquets et des serres remplies de plantes rares agrémentèrent ce domaine, où la tradition rapporte que, pour la première fois en France, l'on planta l'oranger sur les bords de la Loire. À la mort de Charles VIII, le roi Louis XII, attiré vers Blois, emmena avec lui Pacello, auquel il fit don de ce fief, au mois de mai 1505, « à la charge de trente sols de rente et autres charges ». Après ce que nous avons dit précédemment à propos des jardins, nous n'insisterons pas sur ce point.

    Avec son fond de rochers, son parc de grands arbres, sa belle terrasse et ses jardins qui se déroulent sur le bord de l'Amasse, Château-Gaillard forme une résidence délicieuse dans laquelle les froids de l'hiver osent à peine se faire sentir. Le bâtiment a un air de parenté manifeste avec le logis Joyeuse. Les ouvertures ont été remaniées, mais la façade conserve sa curieuse corniche avec frise de palmes et de coquilles. À le considérer de près, on s'aperçoit que la maison, qui mesure 12 mètres de long sur 8 mètres de large, est formée de deux constructions soudées ensemble ; le raccord, en particulier, paraît dans la frise. Le premier étage est éclairé par quatre fenêtres à meneaux, auxquelles correspondent quatre lucarnes élégantes.

    La partie de l'est se rapporte au règne de Louis XII, dont le porc-épic paraissait jadis dans le pignon oriental, tandis que la façade montrait les armes de France. À l'intérieur, on remarquait les armes de France entourées des lettres L et A, initiales de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Ces initiales avec l'écu tenu par deux génies se voient encore sur une porte endommagée, avec deux pilastres qui ont survécu à la ruine du pont-levis ; ce dernier, ainsi que le corps de garde dont les vestiges paraissent dans le rocher, était à l'occident, à l'entrée de la terrasse et en face du mur du jardin.

    René, dit le grand bâtard de Savoie - frère consanguin de Louise de Savoie, comme fils de Philippe II duc de Savoie qui le reconnut et lui donna le comté de Villars -, désirait se rapprocher de sa soeur qui résidait fréquemment au château d'Amboise. Il s'en ouvrit à Pacello, qui lui vendit son domaine, en 1510, et la vente fut ratifiée par lettres royales. René de Savoie, trouvant le logis trop modeste, le fit prolonger du côté de l'ouest. En cela il ne pouvait que complaire à Anne de Lascaris, fille de Jean-Antoine de Lascaris, comte de Tende, et veuve de Louis de Clermont-Lodève, qu'il avait épousée en 1498. L'escalier, à palier droit et en spirale, qui mesure 2,25 m de large, avait sa principale porte d'entrée derrière la maison. La porte est ornée d'une délicate frise d'arabesques, au milieu desquelles le souvenir des nobles seigneurs se perpétue dans leurs armoiries. Le blason, entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel, est : écartelé au 1 et 4 d'argent à la croix de gueules, qui est de Savoie, avec la barre de bâtardise, au 2 et 3 contr'écartelé : au 1 et 4 de gueules l'aigle éployée qui est de Lascaris ; au 2 et 3 de gueules au chef d'or, qui est de Tende. Le roi de France n'avait pas été oublié, et la salamandre de François Ier fut sculptée dans le pignon de l'ouest.

    Les pièces du castel, hautes et spacieuses, gardent un grand air et renferment, en particulier, une cheminée monumentale qui sous son rajeunissement conserve une jolie frise Renaissance.

    Naguère, le château n'allait pas sans sa chapelle, qui parfois a survécu à la ruine de l'habitation seigneuriale. Château-Gaillard ferait-il donc exception, puisque l'oratoire ne se montre pas aux regards ? Assurément non, et pour être dissimulée, la chapelle n'en était pas moins des plus curieuses. Elle est à l'est de la maison et recouverte d'une terrasse plane ; elle mesure 6 mètres de long sur 5 mètres de large. L'autel était adossé au mur oriental et l'on voit encore plusieurs croix de consécration. Aux angles du sud sont des pilastres avec vestiges de corniches, et celui de l'est est rehaussé du blason de René de Savoie et de sa femme. La chapelle a perdu son mobilier et ses ornements, et les murailles sont imprégnées par l'eau qui les mine ; aussi l'attention se porte sur deux objets encastrés dans le mur du nord.

    C'est d'abord un charmant petit édicule, dans le genre des della Robbia, qui a le tort d'être non pas en terre cuite, mais en pierre de tuffeau rongée progressivement par l'humidité, source d'une lèpre de mousse verdâtre. Ses dimensions sont de 1,50 mètre de largeur et de 2,50 mètres de hauteur. Il est formé d'un panneau encadré de deux pilastres, aux arabesques gracieuses où l'on distingue des oiseaux, des arcs et des flèches, divers symboles religieux et profanes. Ce panneau, aujourd'hui vide, contenait vraisemblablement un bas-relief ou une peinture. Une frise déroulait au-dessus ses délicieux rinceaux avec deux couples d'oiseaux affrontés aux côtés de vases. Le couronnement, dans un demi-cercle orné de feuillages et surmonté d'un vase sculpté, renferme une tête de Madeleine d'une expression émue, mais dont l'humidité mange les chairs. La partie inférieure forme une console de feuillages avec, au centre, un écu vide d'armoiries. La vue de ce charmant édicule, qui n'a pas son semblable en Touraine, a été pour nous presque une révélation. Alors même que les documents, que nous avons mentionnés tout au long, feraient absolument défaut, cet ouvrage suffirait à attester le séjour des artistes italiens. Pour retrouver son pareil, il faut, nous l'avons dit, recourir aux charmantes créations florentines des della Robbia.

    Si quelque doute pouvait subsister sur l'époque de la construction - et lequel est possible en présence des armoiries - il s'évanouirait aussitôt en face de la plaque de marbre encastrée tout près de cet édicule. L'inscription, en capitales remplies de mastic, indique que la chapelle fut consacrée, le15 août 1515, par l'évêque de Rennes ; elle est ainsi conçue :

    ANNO DNI MILLESIMO Q GENTESIMO QYITO DECIO

    DNICA DIE I) ECIA IX AVGVSTI REVERI'33VS IN X° PATER

    1..VO DINA PMISSIONE EPS REDONESIS DE PNIISSV

    ET LICETIA REVEREDISSIMI DNI DNI CHOFORI

    ARCHIEPI TVRONENSIS CONSECRAVIT HANC CAPELA

    ET ISTVD ALTARE IN HONORE GLORIOSE VIRGINIS

    MARIE ET RELIQVIAS VNDECIM MILIVM VIRGINV IN

    EODEM ALTARI INCLYSIT SINGVLIS CHRISTI FIDELIBVS

    IN DIE CONSECRATIONIS VNYM ANNV ET IN

    ANNIVERSARIO DIE IPSAM VISITENTIBVS

    QVADRAGINTA DIES DE FERA INDULGENCIA

    IN FORMA ECCLESIE CONSVETA (Bulletin de la Société archéologique de Touraine, Tome VIII, p. 3)

    Les personnages dont il s'agit ici sont l'archevêque Christophe de Brilhac, qui gouverna le siège de Tours de 1514 à 1520 ; et Yves de Mayeux, qui fut dominicain, confesseur d'Anne de Bretagne, de Charles VIII et de Louis XII, évêque de Rennes, et dont la mémoire est vénérée dans l'Armorique.

    Château-Gaillard allait changer de maître. René de Savoie, après avoir fait vaillamment son devoir à la bataille de Marignan et de la Bicoque, fut blessé à Pavie et mourut des suites de sa blessure. Ses enfants - le second obtint, en 1571, la dignité de maréchal et d'amiral de France - vendirent le domaine à Pierre de Bray, grenetier au grenier à sel ; la veuve de ce dernier, Isabelle Chantelou, le revendit, le 6 décembre 1559, pour le prix de 1 800 livres.

    De la sorte, le joli castel faisait retour aux mains d'un membre de la famille royale. L'acquéreur était le cardinal Charles de Lorraine, fils de Claude, premier duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon. Le cardinal, dont les brillantes qualités exercèrent à cette époque une influence sérieuse sur les affaires du pays, se sentit attiré sur les rives de la Loire par sa nièce. Marie Stuart, fille de Marie de Lorraine et de Jacques V d'Écosse - c'est d'elle qu'il s'agit - venait d'épouser le jeune François, fils aîné de Henri II. Les deux époux, radieux dans leurs quatorze printemps avaient fait leur entrée solennelle à Amboise, le 30 novembre 1559. Le reflet de l'éclat de la cour et des faveurs royales s'était déplacé et se reportait de plus en plus de Clos-Lucé, descendu dans l'ombre, sur Château-Gaillard arrivé à son apogée.

    Le cardinal de Lorraine agrandit son domaine par l'acquisition de plusieurs pièces de terre, de prés et de vignes, formant une contenance d'environ 19 arpents. Il embellit l'intérieur de sa maison en faisant appel aux artistes dont il aimait à s'entourer ; mais ce renouveau devait être de courte durée, comme l'union du roi et de la reine. François II étant mort en décembre 1560 et Marie Stuart, de si douce mémoire, avait dit « adieu à la France », le cardinal vendit Château-Gaillard, le 12 novembre 1566, moyennant 1 000 écus d'or à René Villequier. On sait comment ce gentilhomme, chevalier des ordres du roi, capitaine de cent hommes d'armes et depuis favori de Henri III, tua son épouse Françoise de la Marck, dans un accès de jalousie, et en 1577, épousa Louise de Savonnières. À leur tour, ses héritiers vendirent cette terre, en 1614, pour 3 000 livres à Thomas le Large, seigneur de Villefrault.

    Château-Gaillard fut possédé plus tard par la famille Rouer ; puis à la suite de la Révolution, par MM. François Filledier, François Loyau (an VII), Fonteneau (1876) Lecomte (1878) et Guibel (1882). Des restaurations et des remaniements furent opérés alors dans la construction, ainsi que l'indique au pignon oriental l'inscription Anno 1882. Depuis 1885, il est la propriété de M. Croupier, lequel apprécie toute la valeur des souvenirs historiques attachés à Château-Gaillard, et tient à coeur de lui conserver la physionomie que le XVIe siècle a marquée sur le manoir et sur le site privilégié qui lui sert de cadre ».

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan d'alignement 1888, avenue du Château-Gaillard. (Archives communales de la ville d'Amboise, O 210).

  • Le château Gaillard et l'Hôtel Joyeuse, XXe siècle. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fonds Laurence Berluchon : 22 J 107).

  • Le château Gaillard, ancien potager royal, XXe siècle. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fonds Laurence Berluchon : 22 J 95)

  • Vue de l'orangerie, XXe siècle. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fonds Laurence Berluchon : 22 J 14 : f°33v°-34v°)

Bibliographie
  • BOSSEBOEUF, Louis-Auguste. Amboise, le château, la ville et le canton. Tours : Société Archéologique de Touraine, 1897. notes de Louis Palustre, 616 p.

  • REILLE, Karl. Deux cents châteaux et gentilhommières d'Indre-et-Loire. Tours : Imprimerie tourangelle, 1934.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie