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Hôtel dit hôtel Joyeuse (6 rue Joyeuse)

Dossier IA37005617 inclus dans Amboise : rue Joyeuse réalisé en 2006

Fiche

Dénominations hôtel
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : 6 rue Joyeuse

L'hôtel Joyeuse, fut construit sur cinq des parcelles de marais remblayées, entre 1489 et 1491, par les charretées de « terriers » provenant du château. Il se présente comme l'une des demeures les plus prestigieuses de la ville. En 1526, les comptabilités de la ville mentionnent l'érection commanditée par Pierre Pineau, sommelier de la reine, du corps de logis en pierre de taille sur deux des parcelles. Cet hôtel demeure le seul édifice dont la construction sur les parcelles des Marais soit signalée dans les comptabilités de la ville ; pourtant entre 1490 et 1560 (date à laquelle nous avons arrêté nos recherches dans les comptes de la ville) il est évident que d'autres demeures avaient pris place aux marais - ne serait-ce que le 2 rue Joyeuse par exemple. Notons que durant les premières années au cours desquelles les parcelles des marais sont louées, elles reçoivent une numérotation. Ici les deux parcelles correspondent aux parcelles n° 4 et 5 côté vent d'abas, c'est à dire à l'est. Par la suite la numérotation disparaît mais la filiation entre les différents propriétaires est toujours précisée ce qui nous permet d'affirmer que ce sont bien les parcelles n°4 et 5 que Pierre Pineau acquiert. Par ailleurs, les parcelles des Marais étant toutes de 4 toises de large côté rue, l'extrémité nord de l'hôtel située à 24 mètres de l'extrémité nord de la rue sur le plan cadastral dit napoléonien correspond parfaitement avec la quatrième parcelle. S'il est donc possible de dater le corps de logis, les deux pavillons en pan-de-bois et la galerie qui apparaissent pourtant sur le plan cadastral de 1808-1810, ne peuvent l'être. Il est d'ailleurs étonnant qu'ils soient postérieurs à 1560 alors que leur style est encore gothique. La tradition orale donne pour architecte et commanditaire Fra Giocondo à l'hôtel Joyeuse. Ce frère italien ramené d'Italie par Charles VIII se serait ainsi installé en ville. Toutefois, il est vraisemblable que ce soit l'italianisme du bâtiment qui soit à l'origine de cette attribution. Nous n'avons retrouvé aucun élément permettant d'affirmer cela. La charpente fut incendiée en 1949 et s'y installa à la suite le musée de La Poste. Depuis une dizaine d'années, des appartements locatifs se partagent l'espace de l'hôtel et les dispositions d'origine sont difficilement lisibles.

Période(s) Principale : 1er quart 16e siècle
Secondaire : 20e siècle
Dates 1526, daté par source

La façade à rive sur rue du corps de logis de 16 m de long, orientée au nord-est, et son élévation sur quatre niveaux dont deux pour les combles, font de cet édifice un repère dans le bâti urbain, notamment depuis le promontoire du château. Le matériau de couverture d'origine est probablement l'ardoise comme pour les édifices édilitaires et les hôtels particuliers de la ville. La façade sur rue, très restaurée, se divise en deux parties : à gauche le pan-de-bois à grille qui accueille deux pavillons d'entrée reliés par une galerie couvrant un passage charretier, et à droite, l'hôtel à proprement parler. Le logis est donc construit en pierre de taille de tuffeau. La brique réservée aux annexes permit, d'une part, d'abaisser le coût de construction et, d'autre part, d'égayer la façade par un jeu polychrome savamment dosé. Comme pour l'hôtel Saint-Thomas, les façades côté jardin sont bâties en moellon enduit. La façade du logis côté rue s'organise sur deux niveaux où deux croisées encadrent une demi-croisée. Sur cette façade parfaitement symétrique, les éléments gothiques se retrouvent dans les croisées et demi-croisées aux angles supérieurs arrondis, les allèges talutées et les chimères finissant les retombées des capes des rampants. Les formes renaissantes sont tout autant utilisées que les formes gothiques : la corniche forme un large entablement orné de coquilles et rosettes. Deux pilastres engagés et en faible relief sont adossés aux extrémités de la façade. Leur chapiteau est orné de feuilles d'acanthe tandis que leur fût est sculpté d'un losange. On note l'agrafe sculptée de feuillages qui surmonte la croisée gauche du premier étage, alors que les autres baies sont déchargées par une plate-bande simplement moulurée. Les lucarnes en bois rénovées depuis l'incendie ne présentent aujourd'hui que peu d'intérêt. Sur la partie en pan-de-bois, quelques éléments sculptés sont gothiques : les cordons moulurés au-dessus des baies ou les colonnettes octogonales à bases prismatiques de la galerie. En revanche, les ouvertures des portes charretière et piétonne sont surmontées d'arc en anse de panier dont l'extrados est arasé, comme celui du châtelet de la tour des Minimes qui est toutefois brisé. Les façades côté jardin sont enduites, seules les chaînes d'angle et les encadrements des baies apparaissent en pierre de taille de tuffeau. Le pignon donnant sur la cour est percé d'une grande baie au rez-de-chaussée, de deux baies plus étroites au premier étage et d'une grande fenêtre devancée par un balcon portant un écusson au premier niveau de combles. L'ensemble de ces ouvertures est dépourvu de croisée et il y a tout lieu de croire qu'elles sont issues d'aménagements récents car elles sont incompatibles avec la place du lit à l'intérieur - telle que dictée par la distribution à la française. La façade du mur gouttereau donnant sur le jardin s'ordonne comme la façade côté rue : deux grandes croisées prennent place de part et d'autre de la porte au rez-de-chaussée et de la demi-croisée qui la surplombe, au premier étage. Les lucarnes, en pierre, se répartissent également en deux croisées jouxtant une demi-croisée. Deux petites lucarnes de bois trilobées éclairent le sommet du comble. Le décor de cette façade, similaire à celui de la façade sur rue, se concentre sur les croisées aux angles supérieurs arrondis avec une agrafe sommitale et des allèges talutées. Par contre, il n'y a ni corniche ni pilastres encadrant la façade. Les lucarnes reçoivent un ornement chargé, proche de celui du rehaussement François Ier au logis castral Charles VIII-François Ier. Ce sont de hautes lucarnes à gâbles en trapèze curviligne sommés de petits frontons à coquilles et cantonnés de pinacles ; de grandes flammes tendent vers le ciel tels des acrotères. Le mélange gothique et renaissant est savamment réussi grâce aux gros culots figurés soutenant les pilastres qui encadrent les lucarnes. On pourrait se demander si les lucarnes côté rue n'étaient pas, à l'origine, identiques à celles-ci mais, la présence de l'entablement à coquilles est incompatible avec de telles lucarnes. La charpente a été photographiée après son incendie. Les clichés nous présentent une charpente à chevrons-formant-fermes apparemment proche de celle de l'hôtel Morin par exemple. Elle disposait d'un faîtage et d'un sous-faîtage que croix de Saint-André et poinçons liaient. L'ordonnance de la façade révèle en partie la distribution originelle de l'hôtel, à savoir : une entrée au rez-de-chaussée, située derrière la porte côté jardin et ouvrant sur la cage d'escalier qui fait office de vestibule pour les deux pièces prenant place de part et d'autre ; la cage carrée (3 x 3 m) distribue tout l'édifice. On peut supposer que les pièces de réception de l'hôtel (à droite, salle de 53 m² et à gauche, salette de 40 m²) étaient installées au rez-de-chaussée. On ne sait toutefois pas si ces deux pièces étaient ou non séparées, comme nous l'avons supposé à l'hôtel Morin, par une garde-robe placée dans le prolongement de l'escalier et qui aurait été éclairée de la demi-croisée (9,50 m²). À l'étage les deux logis étaient disposés de part et d'autre de la cage d'escalier. Le mur de refend et le mur de cage constituent les seuls vestiges fiables dont nous disposons pour restituer la distribution qui pouvait être complétée de cloisons légères et amovibles, notamment pour ménager garde-robe et cabinet. Le logis à gauche de l'escalier était plus petit que l'appartement de droite, présentant les mêmes surfaces qu'au niveau inférieur. On peut à nouveau se demander s'il y avait ou non une garde-robe commune aux deux logis au niveau de la demi-croisée. Les deux chambres accessibles directement par la cage étaient éclairées par une grande croisée côté rue et une autre côté jardin. Le lit de chaque chambre devait prendre place à côté de la cheminée qui est décentrée spécialement à cet effet. La liaison avec le pavillon d'entrée n'est en revanche pas attestée. Les cuisines et pièces de services étaient probablement reléguées dans les bâtiments annexes, aujourd'hui plus remaniés encore que l'hôtel. La galerie qui passe au-dessus de l'entrée permettait de joindre l'hôtel aux dépendances, mais on ne sait la dater. Enfin, le jardin est placé en bordure d'un bras de la Masse. Bien que ses dispositions d'origine aient totalement disparu, son importance dans la vie de l'hôtel est indéniable. Le commanditaire avait certainement dû tirer parti de l'implantation de son hôtel dans une zone humide en y plantant un jardin luxuriant.

Murs brique
enduit
moellon
pierre de taille
moyen appareil
pan de bois
Toit ardoise
Étages 1 vaisseau, sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, 2 étages de comble
Élévations extérieures élévation à travées, élévation ordonnancée
Couvertures toit à deux pans
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant
Techniques maçonnerie
Représentations agrafe pilastre coquille coquille Saint-Jacques chimère
Statut de la propriété propriété privée
Protections inscrit MH, 1941/10/29

Annexes

  • L'hôtel Joyeuse dans les comptabilités amboisiennes

    En 1526, au chapitre des recettes, il est fait état de deux places des marais correspondant à l'emplacement actuel de l'hôtel Joyeuse, sur lesquelles un édifice est construit.

    - Archives communales d'Amboise, CC 128, f°46v°-47v° : « De Pierre Pineau, somellier ou lieu du deffunct messire Martin Leguenays, prebtre, et ou lieu de la veufve Jehan Allaire, la somme de trente solz tournoys qu'il doit par chacun an de rente a ladcite ville a cause de deux places estant assize audits marays joignant l'une a l'autre quj de present n'est plus que une, en laquelle ledit Pineau a fait bastir joignant d'un long a la maison du deffunct Mathurin Romyon, que tient a present Estienne Rivery, somellier, d'autre long au jardin et tannerye Robin Chanyn dit Mérigot, d'un bout au jardain Jehan Martineau, chapelain de Rochecorbon, d'autre bout au pavé de la rue. Pour ce 30 s. t. ».

Références documentaires

Documents d'archives
  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, 81/037/0010. Édifices de la ville d'Amboise. Rapports des restaurations de la tour de l'Horloge (1937 et 1983) ; dossier sur le manoir de La Menaudière (1947) ; dossier sur le Logis des Pages (1947) ; dossier sur la maison du Grenier à sel (1947) ; dossier sur le manoir dit « Le Sauvage » (1947) ; dossier sur les vieilles maisons en pan de bois : 11,13 et 15 rue Manuel (1959), (maison dont l'adresse est incorrecte ?) (1946), 52 et 60 rue Victor Hugo (1947) ; hôtel Joyeuse (1949).

Documents figurés
  • Le château Gaillard et l'Hôtel Joyeuse, XXe siècle. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fonds Laurence Berluchon : 22 J 107).

Bibliographie
  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355).

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie