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Hôtels particuliers

Dossier IA41000011 réalisé en 1983

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Comme dans d'autres villes de la région de la Loire, on voit apparaître à Blois, au début du XVIe siècle, un nouveau type de résidence urbaine, l'hôtel, dont les corps de bâtiments disposés, autour d'une cour, rappellent l'agencement du manoir du siècle précédent. On ne peut fixer précisément l'apparition de cette forme de demeures dans la région, et l'hôtel Jacques Coeur, à Bourges, constitue un exemple précoce et particulièrement spectaculaire au milieu du XVe siècle. Il ne subsiste à Blois aucune construction de ce genre édifiée par quelque personnage important de l'entourage de Charles d'Orléans, tous les hôtels étant contemporains de la période royale. En dépit d'une apparition semble-t-il tardive, cette nouvelle manière d'habiter en ville connait une diffusion rapide auprès des familles proches du roi et de la cour, ou d'autres soucieuses d'afficher leur fortune et leur milieu social.

Les constructeurs

Dans bien des cas, nous avons procédé par attribution car faute de documents, nous avons considéré que le propriétaire connu au moment présumé de la construction, serait le commanditaire.

Les noms mentionnés dans les baux à construire révèlent un large éventail social, où les proches du souverain et les gens de la maison royale, côtoient les financiers, les nobles de la région ou les familles déjà au service de la maison d'Orléans. Aux grands dignitaires du royaume, pour la plupart établis dans l'avant-cour, s'ajoutent les notaires et secrétaires du roi et les financiers, Florimond Robertet et Jacques de Beaune, les titulaires de charges importantes, Jean François de Cardonne et Michel Gaillard, généraux des finances de Bretagne (68). Les gens de la maison du roi ou de la reine édifient aussi des demeures luxueuses, tels Jacques de Dinteville, grand veneur, Guyot Nantier, chaussetier et valet de chambre du roi, Louis Bourgeois, médecin de François Ier et de Claude de France, André Dacquyn sommelier du roi, ou Jean de Nozières, valet de fourrière (69). De nombreux officiers de justice, des avocats attachés au siège présidial du bailliage de Blois, ou au parlement de Paris, apparaissent parmi les propriétaires, le jurisconsulte Denis Dupont étant le plus célèbre. Les vieilles familles de Blois, déjà connues au milieu du XVe siècle, -les Viart, Cottereau, Villebresme, Hurault- conservent leur fonction dans l'administration du domaine et sont aussi des constructeurs potentiels d'hôtels. Un grand nombre de petits seigneurs des environs, attirés par la présence du roi, s'installent à Blois, mais nous ne connaissons pas leur fonction ni leur demeure : c'est le cas de Pierre de Daillon, de Jean de Dampière ou de Hubert Despal seigneur de Montgaulier (70). Tous ces noms, relevés dans les baux et les ventes des demeures dépendant d'établissements religieux, révèlent l'installation d'une population assez hétéroclite, souvent étrangère à la ville, arrivée dans le sillage royal. Retrouver la résidence de chacun, représente une entreprise dans bien des cas vouée à l'échec, car les documents n'apportent qu'une localisation imprécise, limitée souvent à l'orientation par rapport à une rue, ou à un carroi, mais précisant beaucoup plus rarement les "tenants et aboutissants" (71).

Les dénominations des hôtels sont aussi source de confusions, entretenues par la tradition locale, car elles se réfèrent parfois à des propriétaires des XVIIe et XVIIIe siècles : tels l'hôtel de Jassaud, sans doute édifié par un membre de la famille Cottereau, l'hôtel Salviati qui appartient à Guillaume Doulcet, l'hôtel Hurault de Cheverny, résidence de Jacques de Beaune ou d'un membre de sa famille, l'hôtel Sardini, propriété d'un certain Pierre Bennelet au début du XVIe siècle, ou encore l'hôtel Belot, dont le constructeur n'a pu être identifié (72). Certaines appellations, apparues beaucoup plus récemment, proviennent d'une mauvaise lecture d'un texte (pour l'hôtel d'Amboise par exemple), ou d'attributions fantaisistes, données par des érudits romantiques et reprises par la suite : en effet, nous n'avons pas retrouvé le moindre document attribuant aux Guise ou aux Condé la construction ou la propriété des hôtels du même nom (73). De la même manière, l'appellation "hôtel de Bretagne", ou "capitainerie" continue d'être utilisée pour une demeure qui appartenait, au XVIIe siècle du moins, à la famille de Montmorency (74). Dans de nombreux cas, plusieurs membres d'une même famille possédaient une résidence à Blois, tels les Viart, dont on peut localiser les demeures, rue Pierre de Blois et place Saint-Louis, tandis que l'hôtel qui porte ce nom, rue Pardessus, n'a pu leur être attribué (75).

Ces précisions paraissaient nécessaires avant d'entreprendre l'étude des constructions elles-mêmes, car si les noms des constructeurs sont souvent d'un intérêt secondaire pour une étude architecturale ils signalent un phénomène que seule, une recherche de sociologie historique pourrait mettre en évidence : à Blois, comme dans l'ensemble du Val de Loire, une nouvelle classe sociale issue de la bourgeoisie financière, qui s'élève rapidement dans l'entourage royal, se distingue par des constructions qui devancent parfois celles du roi et de ses proches. Ces nouveaux enrichis, moins enclins à perpétuer une tradition artistique très vivace dans l'entourage royal, n'hésitent pas à lancer la mode en adoptant un nouveau style. L'hôtel d'Alluye, construit pour Florimond Robertet, notaire et secrétaire du roi, en est l'exemple blésois le plus révélateur, et la résidence de la famille de Beaune était aussi novatrice. En revanche, les hôtels édifiés par des familles d'origine blésoise demeurent plus longtemps fidèles aux formes gothiques, n'adoptant que plus tardivement l'italianisme : sous le règne de Louis XII, les résidences des Gaillard, des Villebresme, des Vibraye n'accordent aucune place au nouveau répertoire. Il faut attendre la fin du séjour de François Ier à Blois pour qu'apparaissent à l'hôtel Denis Dupont, à l'hôtel Viart, à l'hôtel de Guise une ordonnance de façade et un décor imités des grandes constructions ligériennes ou parfois littéralement copiés sur le modèle royal.

La répartition homogène des hôtels dans l'ensemble de l'espace intra muros, alors qu'ils sont pratiquement inexistants dans les faubourgs, interdit d'établir une hiérarchie entre les quartiers. Par exemple, l'avant-cour, investie en tout premier lieu, en raison de sa proximité avec le château, ne semble pas avoir été réservée aux personnages les plus en vue, car les demeures du maréchal de Gié, de René de Prie ou de François d'Orléans-Longeville y côtoient celles d'une clientèle moins bien placée. On ne peut, par ailleurs, établir une distinction véritablement pertinente entre ville haute et ville basse, où l'implantation des hôtels, du moins au XVIe siècle, est égale et ne répond à aucun critère topographique. On observe, toutefois, un nombre plus important d'hôtels regroupés sur les pentes du coteau en contrebas de l'église Saint-Solenne, entre les rues du Puits-Chatel, des Papegaults et Pierre de Blois. Cette densité, attestée par les sources du début du XVIe siècle confirmerait une urbanisation récente de ces terrains.

De la totalité des hôtels construits entre 1500 et 1530, une faible proportion est parvenue jusqu'à nous. Nous avons pu cependant analyser une vingtaine d'exemples et à partir de cet ensemble, mettre en évidence leurs caractères spécifiques.

La forme hôtel

Par ses dimensions et par son organisation spatiale, autant que par sa relation avec le domaine urbain, l'hôtel se différencie sans équivoque de la maison en s'isolant par une clôture. L'origine de cette forme ne peut, nous l'avons dit, être précisée et paraît s'inspirer de celle du château ; à Blois, il semble qu'elle soit tout à fait nouvelle, car aucune forme similaire n'a pu être mise en évidence avant cette date. S'il a certainement existé, antérieurement, de grandes résidences urbaines, il est peu probable qu'elles s'apparentaient aux hôtels, car les rares exemples médiévaux connus permettent, tout au plus, d'imaginer une demeure plus vaste, mais peu différente, par sa forme, des maisons : un logis unique, à mur goutterot sur rue, sans doute plus élevé et de grandes dimensions, suffisait à les distinguer des demeures plus modestes. C'est donc à partir de la forme même de l'hôtel, qu'il faut isoler un nouveau type de résidence et une autre manière d'habiter en ville. Les exemples blésois sont, à ce titre, comparables à ceux construits au même moment dans d'autres villes de la région, car ils adoptent un parti identique qui, une fois fixé, n'évoluera pas durant le XVIe siècle.

Tous ces hôtels se caractérisent par la présence de deux ou trois corps, rarement quatre, entourant une cour accessible par une porte cochère, percée dans le mur de clôture, ou par un passage couvert, lorsqu'un corps borde la rue. Sur la cour, la tourelle d'escalier correspond, comme dans le château, à l'entrée principale du logis, tandis que les galeries permettent de circuler d'un bâtiment à l'autre. Le décor toujours soigné des façades confère un aspect monumental à la construction, qui ne se distingue pas par une grande hauteur : au contraire, des maisons, les hôtels dépassent rarement deux niveaux sous comble. La présence de jardins, situés à l'arrière des parcelles les plus importantes, demeure, à cette date, difficile à confirmer et semble plutôt résulter d'extensions du XVIIe siècle.

La diffusion rapide de la forme hôtel est difficile à cerner, mais ses analogies avec la demeure noble ne sont sans doute pas sans rapport avec son adoption. On observe, en effet, que la puissance grandissante des familles de la haute bourgeoisie financière n'est pas étrangère à ce phénomène ; à Blois comme à Tours celles-ci édifient, (avant les châteaux pour lesquels la possession d'une terre noble était nécessaire) ces demeures dont les caractères sont l'apanage d'une classe sociale à laquelle elles souhaitent accéder. Leur arrivée dans la ville royale est immédiatement suivie par la construction d'un hôtel, et la multiplication de ce type de résidences, en l'espace d'à peine vingt ans, illustre avec éclat l'influence de l'adage "est noble, celui qui vit noblement".

Si les constructions blésoises ne se distinguent pas dans l'ensemble, de celles édifiées à Tours et à Bourges, elles présentent cependant des dispositions originales, car l'occupation du sol, très dense et la configuration topographique de certains îlots réduisent les ambitions des constructeurs. En règle générale les hôtels blésois sont de petites dimensions ; mis à part l'hôtel de Florimond Robertet, les bâtiments de la plupart des résidences se développent sur des parcelles fort modestes, qui ne dépassent parfois pas celles des maisons, leur cour se réduisant souvent au minimum. Dans certains quartiers, la configuration tourmentée du terrain a interdit, la formation d'un espace plan suffisamment spacieux pour édifier plusieurs corps de logis. Lorsque le terrain est accidenté, la différence de niveau est alors rachetée par un ou deux étages de soubassement qui donnent sur une cour arrière ou centrale accessible par un passage cavalier en pente douce, et quand la pente est plus importante les constructions s'adaptent tant bien que mal au site, par l'aménagement de terrasses comme à l'hôtel Hurault de Cheverny (76) ; les étages de soubassement ainsi ménagés, sont souvent réservés aux communs, cuisines, resserres et écuries (77). Quelques dispositions plus spectaculaires et parfois originales illustrent cette difficile adaptation : faute d'espace, l'hôtel de Villebresmes situé rue Pierre de Blois, ne possède pas de cour, mais ses deux corps de logis, disposés de part et d'autre d'une rue très déclive, sont reliés par un passage suspendu ; entre les deux corps, qui donnent, l'un sur le cimetière Saint-Solenne, l'autre sur les Grands Degrés, la denivellation est si importante qu'elle a nécessité, côté sud, deux étages de soubassement. Toutefois, cette dispostion est unique car en règle générale l'aménagement d'une cour, même exiguë représente l'élément essentiel qui différencie l'hôtel de la maison. Réduite aux dimensions d'un passage charretier à l'hôtel Denis Dupont, et guère plus vaste à l'hôtel Belot où l'extension de la parcelle était limitée en profondeur par le coteau, la cour antérieure isole la demeure de la rue et permet un agencement plus monumental de la construction. Les contraintes topographiques n'ont cependant pas toujours freiné la création de parcelles importantes, ni l'aménagement d'une grande cour, mais de telles dispositions sont exceptionnelles à Blois. A l'hôtel d'Alluye, situé entre les rues Beauvoir et Saint-Honoré, où la dénivellation est fortement marquée du nord au sud et d'est en ouest, la construction de quatre corps autour d'une vaste cour centrale n'ira pas sans difficulté et nécessitera des soubassements considérables.

Malgré la très courte période pendant laquelle ils ont été construits, les hôtels de Blois ne forment pas un ensemble aussi homogène qu'on pourrait le croire : ceux édifiés dès l'avènement et sous le règne de Louis XII, se différencient de ceux construits, durant le séjour de François Ier et jusqu'aux années 1530-40. En effet, pendant les dix premières années du siècle, la création architecturale est plus riche et plus foisonnante, parfois plus novatrice qu'après 1515. Aux différences stylistiques qui caractérisent chacune de ces périodes, s'ajoutent incontestablement des différences sociales : les constructeurs des années 1520-1530 appartiennent à une clientèle d'origine locale, moins ouverte aux innovations, qui se contente d'imiter modestement le modèle royal. Nous avons donc isolé deux groupes de demeures, le premier contemporain du règne de Louis XII, le second du règne de François Ier, en les replaçant au coeur d'une évolution stylistique propre au Val de Loire. En l'absence de textes, cette démarche nous a paru la seule capable d'introduire une classification pertinente.

Aires d'études Blois centre
Adresse Commune : Blois
Période(s) Principale : limite 15e siècle 16e siècle
Principale : 1er quart 16e siècle
Principale : 3e quart 16e siècle
Principale : 1ère moitié 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 2e moitié 19e siècle
Toits ardoise
Murs pierre
calcaire
enduit
pierre de taille
Décompte des œuvres repérés 41
étudiés 36

Références documentaires

Bibliographie
  • COSPEREC, A. La demeure blésoise au XVIe siècle. In : Blois, un amphithéâtre sur la Loire

    p. 92-97.
  • COSPEREC, A. La demeure médiévale. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 93-103.
  • COSPEREC, A. L'évolution de l'espace foncier au XVIe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 129-132
  • COSPEREC, A. La demeure urbaine au début du XVIe siècle (1500-1530). In : Blois, la forme d'une ville

    p. 132-192.
  • COSPEREC, A. Les demeures de la seconde moitié du XVIe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 218-219
  • COSPEREC, A. La demeure blésoise au XVIIe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 250-253.
  • COSPEREC, A. Les demeures au XVIIIe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 293-503.
  • COSPEREC, A. Demeures et lotissements de la première moitié du XIXe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 332-338.
  • COSPEREC, A. Demeures et lotissements du Second Empire et du début du XXe siècle. In : Blois, la forme d'une ville

    p. 374-379.
  • DAUDIN, P. Dans le quartier au bas de la cathédrale. Brochure dactylographiée, s. d. vers 1960. Arch. Dép. de Loir-et-Cher.

  • HAMON, F. Du Romantisme à l'Art Deco, la maison blésoise. In : Blois un amphithéâtre sur la Loire

    p. 154-159.
  • SAUVAGE, Jean-Paul La maison blésoise au Moyen-Age. In : Blois un amphithéâtre sur la Loire

    p. 56-57.
Périodiques
  • LESUEUR, F. Les anciennes maisons. Congrès Archéologique de France, 88e session tenue à Blois, 1925. Paris : Picard, 1926.

    p. 154-189.
  • LESUEUR, F. Les maisons du règne de Louis XII. Congrès Archéologique de France, 88e session tenue à Blois, 1925. Paris : Picard, 1926.

    p. 154-180.
  • LESUEUR, F. Les maisons du règne de François Ier. Congrès Archéologique de France, 88e session tenue à Blois, 1925. Paris : Picard, 1926.

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