Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas (ensemble de 12)

Dossier IA37004646 inclus dans Secteur urbain concerté du Sanitas réalisé en 2011

Fiche

Á rapprocher de

Œuvres contenues

L'arrivée de Jean Royer et le maintien de la gare de Tours à son emplacement existant

La réalisation, échelonnée sur cinq ans entre 1958 et 1963, des deux premières tranches du secteur industrialisé, ne permit qu'une légère diminution du nombre de demandes d'attribution restant en instance de traitement par l'Office HLM de Tours, malgré l'apport de 2 200 logements. La municipalité, dirigée par Jean Royer à partir de mars 1959, lança rapidement d'autres importants programmes de logements collectifs. Ceux-ci étaient pilotés tant par l'Office HLM, dont le secteur industrialisé était jusqu'alors la seule réalisation d'envergure, que par des sociétés d'économie mixte créées pour l'occasion. L'aménagement de la rive nord du Cher, lancé en 1962 mais à l'étude depuis 1959, devait en outre permettre, par la construction de 2 300 logements supplémentaires, une diminution conséquente du nombre de mal-logés dans l'agglomération de Tours. A moyen terme, le projet de Jean Royer consistait en l'aménagement de l'ensemble de la vallée du Cher via la création de zones à urbaniser en priorité (ZUP) et l'annexion de communes de la banlieue tourangelle, offrant ainsi à la ville de larges réserves foncières utilisables pour la construction.

Tours, dont le territoire communal restait encore engoncé entre la Loire et le Cher, ne disposait plus que de rares emprises utilisables par l'Office HLM : seul le déplacement de la gare pouvait encore permettre la libération d'une surface conséquente, permettant la construction de milliers de logements. Faute d'accord financier entre la Ville, l’État et la SNCF, le coût de ce déplacement restait prohibitif pour les finances municipales, a fortiori au regard de celui, très inférieur, de la viabilisation des terrains situés le long du Cher. La récupération des emprises ferroviaires, bien que demeurant pour Jean Royer pertinente sur le long terme, n'offrait qu'un bilan désavantageux pour la Ville si elles devaient être employées pour la construction de logements sociaux. Ce cas de figure était pourtant le seul alors envisageable, la demande d'HLM excédant largement celle des logements de standing, plus rentables pour les finances municipales.

Le nouveau maire de Tours décida donc, dès les premiers mois suivant son accession, de reporter sine die le déplacement de la gare et de concentrer son effort sur les secteurs en marge de la commune, et sur la rénovation du centre-ville ancien. Jean Royer fit également le choix de renommer "Sanitas". Jusque-là le quartier était encore appelé "secteur industrialisé", dénomination jugée peu adaptée pour une zone d'habitation devant pourtant incarner le nouveau visage du quart sud-est de la Ville. Œuvre de son prédécesseur, à la genèse controversée et conçue par un architecte parisien, le Sanitas constitue un héritage politique douloureux pour Jean Royer, qui s'attachera toujours à mettre davantage en avant les opérations conçues par sa propre municipalité.

La mise en œuvre d'une esthétique nouvelle

Plan-masse général du Secteur Industrialisé - 2 avril 1959. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 65).Plan-masse général du Secteur Industrialisé - 2 avril 1959. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 65).

Lancée pour l'essentiel entre la fin 1959 et le début de l'année 1961, la deuxième tranche du Sanitas fut rapidement achevée, les équipes de chantier gagnant rapidement en expérience grâce à la répétition à l'identique des plans des bâtiments. Les 400 logements de l'opération de la Rotonde, également achevés en 1961, ne repoussèrent que temporairement la question de la poursuite de l'aménagement du Sanitas. Plus rares, les terrains disponibles pour la construction étaient également plus chers, puisqu'ils n'appartenaient pas à la SNCF, mais à des industriels embranchés sur le réseau ferré, et qu'ils n'étaient pas tous concernés par les conventions de déménagement dans la nouvelle zone créée à Saint-Pierre-des-Corps. Jacques Henri-Labourdette dut ainsi rapidement adapter son plan d'ensemble aux nouvelles limites du projet.

Plan d'implantation des bâtiments 17, 18, 19, 20 et de la tour U - 15 janvier 1963. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 97).Plan d'implantation des bâtiments 17, 18, 19, 20 et de la tour U - 15 janvier 1963. (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 97).Premier mis à l'étude, le groupe des bâtiments 17-18-19-20 et de la tour U, permettait de réaliser la jonction entre les immeubles déjà construits et la place de la Liberté, au croisement de l'avenue de Grammont. L'avenue du Général-de-Gaulle et le boulevard de Lattre-de-Tassigny, nouveaux axes créés par Labourdette pour former l'armature viaire du Sanitas, pouvaient également être achevés. La réalisation de ces cinq bâtiments, totalisant 400 logements, était toutefois conditionnée à la libération des emprises foncières leur étant destinées. Les établissements ferroviaires Billard, situés au point de croisement entre l'axe nord-sud et l'axe est-ouest, gênaient en particulier la réalisation des bâtiments 19 et 20. En difficulté financière, l'entreprise ne parvenait pas à stabiliser sa situation pour pouvoir déménager à Saint-Pierre-des-Corps. Espérant un règlement rapide de la situation, Jean Royer fit déposer un dossier de demande de permis de construire de ces cinq bâtiments par l'Office HLM, qui fut accepté par arrêté préfectoral du 2 février 1963.

Le bâtiment 18, inaugurant une nouvelle échelle de 7 niveaux (soit R+6), fut achevé à la fin de l'année 1965. La tour U, située à l'extrémité ouest du quartier, fut achevée la même année. Haute de 21 étages, elle jouait le rôle de signal d'entrée du nouvel ensemble et était alors la plus haute construction de la ville après la cathédrale. Faisant face aux usines Billard ayant alors cessé leur activité, le bâtiment 17 fut achevé en 1966. Il intégrait en rez-de-chaussée une succession de boutiques, offrant au sud du quartier du Sanitas un complément au centre commercial réalisé devant le Palais des Sports dans le cadre de la deuxième tranche.

Conformément au souhait du nouveau maire de Tours, ces trois bâtiments inaugurèrent une esthétique nouvelle, marquée par l'abandon de la pierre de taille, dont l'emploi était devenu trop onéreux : le gros œuvre était désormais réalisé intégralement en béton. La structure se passant de façades porteuses, les dimensions et la fréquence des ouvertures pouvaient être maximisées, améliorant la luminosité des appartements.

Le comblement des espaces libres

Le report de la réalisation des bâtiments 19 et 20 incita Jean Royer à utiliser autant que possible, pour la construction de logements, les espaces laissés vacants après l'abandon du déplacement de la gare de Tours. Un terrain triangulaire, situé au nord-est de l'avenue du Général-de-Gaulle, fut en particulier visé. Son utilisation était permise à la suite du déplacement de la voie ferrée raccordant la gare de Tours à la ligne en direction de Nantes quelques centaines de mètres plus au sud de son emplacement d'origine.

150 logements purent ainsi être construits en 1966, répartis dans cinq petits bâtiments reliés entre eux par des portiques, recréant une ambiance urbaine se rapprochant davantage de la rue traditionnelle. Un projet de jonction des deux sections du bâtiment 1, jadis séparés par la ligne de Nantes, fut également élaboré, puis annulé faute de financements.

La faillite des établissements Billard permit finalement le lancement, en 1966-1967, des bâtiments 19 et 20, dans le cadre de la quatrième tranche du Sanitas. Le retard accumulé avait toutefois permis la reprise des études des deux bâtiments, dont l'architecture singulière initialement voulue par Labourdette peinait à trouver des financements adéquats. L'architecte parisien réutilisa donc, pour ses projets définitifs, les plans de constructions déjà réalisées en n'y ajoutant que de légères modifications. Les bâtiments 19 et 20 furent respectivement achevés en 1967 et 1969. La récupération des espaces vacants touchant à son terme, deux immeubles supplémentaires, numérotés 11 et 26, furent terminés en 1968. Leur architecture constitue une reprise quasiment à l'identique du modèle établi en 1961-1962 pour le bâtiment 17.

Les caractéristiques formelles des immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas

Comportant douze bâtiments d'habitation, les troisième et quatrième tranches du Sanitas sont donc caractérisées par une absence d'unité spatiale, les différents immeubles étant disséminés au milieu de ceux déjà réalisés au cours des deux premières tranches de construction. Deux principaux ensembles peuvent toutefois être distingués.

Le premier, autour de la place Saint-Paul et de l'avenue du Général-de-Gaulle, est formé des bâtiments 17, 18, 19, 20 et de la tour U. Situé à l'extrémité sud-ouest du quartier du Sanitas, il constitue à la fois sa porte d'entrée, justifiant le souci de monumentalité de l'ensemble, et le principal point de raccordement au centre-ville de Tours. La place Saint-Paul, située au carrefour des deux principales voies de circulation du Sanitas, constitue le cœur de cet ensemble, et comporte en son centre une église du même nom dont le rayonnement dépasse le périmètre du quartier. Encadrant la place, les bâtiments 18 et 19, d'une hauteur de R+6 (6 niveaux au-dessus du rez-de-chaussée), offrent par comparaison une échelle plus urbaine qu'au sein des deux premières tranches où les barres s'élèvent à R+10. Ce retour à l'urbanité se manifeste également par la présence de boutiques en rez-de-chaussée du bâtiment 17, évoquant les rues commerçantes traditionnelles. Située à la jonction du quartier avec la place du Commandant-Tulasne, la tour U, en R+21, constitue un signal urbain marquant l'entrée du quartier. Haute de 59 mètres, elle est le troisième plus haut immeuble d'habitation de la ville. A l'est de la tour U, le bâtiment 20, en R+4, se distingue enfin par la singularité de son architecture ne reprenant aucun des plans-types présents dans les autres immeubles des troisième et quatrième tranches.

Le second ensemble est formé par les bâtiments 21 à 25, lotis dans un terrain triangulaire en bordure des voies SNCF, à l'est du quartier. Le retour à la rue est ici encore plus affirmé par l'utilisation de gabarits peu élevés (R+4) et de faible longueur : le bâtiment 24 ne compte ainsi que deux cages d'escaliers. La jonction entre les différents bâtiments est de plus assurée par des portiques permettant aux piétons de disposer de passages couverts entre les différentes voies desservant l'ensemble des bâtiments. Les bâtiments 11 et 26, enfin, sont isolés des deux ensembles sus-cités et sont situés à proximité d'immeubles de la deuxième tranche du Sanitas, dont ils reprennent l'alignement. La différenciation chronologique n'est révélée que par l'esthétique des façades.

L'architecture des bâtiments ne comporte, tant dans leur structure que dans leur esthétique, aucune référence à l'environnement et à l'histoire locale ; des réalisations d'un type très proche peuvent d'ailleurs être trouvées à Sarcelles, en région parisienne. La structure des bâtiments est uniquement formée par des planchers en béton armé et des parois en béton banché ou en parpaings. Les façades sont presque toutes structurellement libres, permettant d'éclairer les logements par d'imposantes baies vitrées. La présence de balcons distingue également les immeubles du '' Nouveau Sanitas '' de ceux des deux premières tranches. Extérieurement, outre les larges surfaces vitrées obturées par des persiennes en bois peint, les immeubles de la troisième et de la quatrième tranche se remarquent par l'utilisation intensive de carreaux de grès cérame. Ceux-ci, présentant différentes teintes, sont employés pour le parement des murs pignons ainsi que des allèges. La polychromie des bâtiments marque un fort contraste avec ceux des deux premières tranches, a fortiori aux endroits où les deux formes architecturales entrent en contact direct, comme par exemple entre les bâtiments 11 et 12.

Vue de détail des différents types de grès cérame utilisés pour les allèges des immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas. Ici à l'angle des bâtiments 11 et 12.Vue de détail des différents types de grès cérame utilisés pour les allèges des immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas. Ici à l'angle des bâtiments 11 et 12.

Évolutions depuis l'achèvement des bâtiments

A l'inverse des deux premières tranches, les bâtiments du "Nouveau Sanitas", comme le dénommèrent ses habitants, ne fut guère esthétiquement marqué par les campagnes de rénovation effectuées depuis les années 1990. Aucune surélévation et aucun couronnement en ardoise ne furent réalisés, les rénovations se limitant à des travaux de mise aux normes techniques et énergétiques. Formant un ensemble spécifique de par son échelle réduite, le groupe des bâtiments 21 à 25 fait l'objet depuis 1998 d'une mise en vente progressive par l'OPAC de Tours, les résidents pouvant acquérir leurs appartements à des conditions avantageuses. L'église Saint-Paul, seul équipement réalisé dans le cadre de ces deux tranches, a quant à elle vu son parvis entièrement refait dans le cadre des travaux de la première ligne de tramway de l'agglomération tourangelle.

Appellations immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas
Dénominations immeuble
Aire d'étude et canton Val de Loire et Reconstruction - Tours-Est ; Tours-Sud
Adresse Commune : Tours
Lieu-dit : Quartier du Sanitas

Après son élection à la mairie de Tours en mars 1959, Jean Royer (1920-2011) baptise le nouveau secteur industrialisé du nom de "Sanitas". Il fait également le choix de repousser sine die le projet de gare unique. Toutefois, le déménagement d'industries vers Saint-Pierre-des-Corps ayant été poursuivi, de nouveaux terrains ont pu être bâtis. La troisième tranche du Sanitas débute ainsi en 1961 avec la construction de trois bâtiments entre la place de la Liberté et la place Saint-Paul, dont la tour U de 21 étages. Une étude pour cinq immeubles de plus petite échelle (numéros 21 à 25) est également lancée par Jean Royer en 1963 pour la partie nord-est du secteur. La quatrième tranche débute, quant à elle, en 1967 et 1969. Elle fait suite à la faillite des établissements Billard, situés à proximité de la place Saint-Paul. La fermeture de l'entreprise permet de libérer cet emplacement pour de nouvelles constructions. Deux édifices (immeubles 19 et 20) sont ainsi bâtis. Deux autres (immeubles 11 et 26) suivront également dans le cadre de cette tranche. Les rénovations intervenues dans les décennies suivantes ont peu altéré ces bâtiments, se limitant à des travaux de mise aux normes techniques et énergétiques.

Période(s) Principale : 3e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1965, daté par source
1969, daté par source
Auteur(s) Auteur : Henri-Labourdette Jacques, architecte, attribution par source
Personnalité : Ville de Tours, OPMHLM, commanditaire, attribution par source
Auteur : Labadie Pierre, architecte, attribution par source

Comportant douze bâtiments d'habitation, la troisième et la quatrième tranche du Sanitas sont caractérisées par une absence d'unité spatiale, les différents immeubles étant disséminés au milieu de ceux déjà réalisés au cours des deux premières tranches de construction. Néanmoins, cinq d'entre eux, les bâtiments 17, 18, 19, 20 et la tour U, se situent dans ce qui constitue l'une des portes d'entrée du quartier, le long de l'avenue du Général-de-Gaulle. Ils sont de hauteur variables allant de 4 étages au-dessus du rez-de-chaussée (bâtiment 17 et 20 en R+4) à 21 (tour U en R+21), en passant par des R+6 (bâtiment 18 et 19). Les sept autres (bâtiments 11 et 21 à 26) localisés plus à l'est, de part et d'autre de l'avenue du Général-de-Gaulle, comportent 4 niveaux au-dessus du rez-de-chaussée. En termes d'esthétique, on ne retrouve plus ici de référence aux matériaux traditionnels comme dans les première et deuxième tranches. Les façades n'ayant plus de rôle porteur sont rythmées de grandes ouvertures et de balcons. La structure des bâtiments est constituée des planchers en béton armé et des parois en béton banché ou en parpaings. Enfin, des carreaux de grès cérame sont utilisés pour le parement des murs pignons et des allèges.

Murs parpaing de béton
béton armé
parement
Toit béton en couverture
Étages sous-sol, rez-de-chaussée, 4 étages carrés, 6 étages carrés, 21 étages carrés
Couvertures terrasse
Statut de la propriété propriété d'un établissement public communal

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives communales de Tours. Série W : cote 999 W 97. Permis de construire de la troisième tranche (bâtiments N bis, 17 à 20 et U).

  • Archives communales de Tours. Série W : cote 999 W 98. Permis de construire de la troisième tranche (bâtiments N ter et 21 à 25).

  • Archives communales de Tours. Série W : cote 999 W 101. Troisième tranche : avant-projets, plans, correspondances.

  • Archives communales de Tours. Série W : 999 W 117. Permis de construire de la quatrième tranche (bâtiments 1 ter, 11, 19, 20 et 26).

  • Archives communales de Tours. Série W : cote 999 W 122. Permis de construire modificatif du bâtiment 19.

Documents figurés
  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 97). (cf. illustration n° IVR24_20113700995NUC2A).

  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 65). (cf. illustration n° IVR24_20113700978NUC2A).

  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 117). (cf. illustration n° IVR24_20113701013NUC2A).

  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 117). (cf. illustration n° IVR24_20113701014NUC2A).

  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 97). (cf. illustration n° IVR24_20113700996NUC2A).

  • (Archives communales de Tours, section contemporaine, Série W, cote 999 W 98). (cf. illustration n° IVR24_20113701007NUC2A).

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Massire Hugo