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Immeubles

Dossier IA41000717 réalisé en 2010

Fiche

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1- Conception : un projet associant plan de zonage et programme réglementaire

Le plan de zonage de Charles Nicod définit les zones de construction de logements collectifs, 1942. (Ville de Blois, service du cadastre, Blois).Le plan de zonage de Charles Nicod définit les zones de construction de logements collectifs, 1942. (Ville de Blois, service du cadastre, Blois). Les caractéristiques générales des immeubles reconstruits furent définies par le Plan de Reconstruction et d'Aménagement établi par Charles Nicod et déclaré d'utilité publique en novembre 1942. Un plan de zonage y définit les secteurs dévolus aux logements collectifs. Sur la rive droite, ils comprennent la ville basse et se prolongent en ville haute, le long de la rue du Bourg-Neuf, tandis qu'en Vienne, ils sont limités aux abords immédiats du pont et des quais de la Loire (voir ci-dessous le plan de zonage). Le programme d'aménagement qui lui est associé impose dans son titre III et ses chapitres 9 et 10 des servitudes architecturales qui traduisent la volonté que les constructions nouvelles s'intègrent formellement aux constructions anciennes subsistant dans leur environnement et qu'une continuité paysagère soit assurée.

a- Intégration formelle : homogénéité des matériaux, des formes, des couleurs

Pour les quartiers neufs, il fut prévu d'établir des dessins pour la disposition générale des façades : gabarit, animation verticale et horizontale, formes des couvertures, couleurs (voir les extraits du programme d'aménagement : art 10/1, dans les annexes en bas de page). L'objectif était de concevoir des quartiers nouveaux homogènes dans les formes et les couleurs des façades sur rue. La reconstruction des quartiers centraux, que la position en ville basse rendait visible de toutes parts, fut plus encadrée encore. Une zone archéologique fut définie à cet effet et soumise à un ensemble de règles plus contraignantes. Les injonctions pour cette zone furent plus explicitement régionalistes imposant l'usage de « matériaux traditionnels de la région » selon une mise en œuvre conforme aux modes de construction locaux (voir les extraits du programme d'aménagement : art 10/2, dans les annexes en bas de page). Enfin, il fut prévu que l'aménagement des places les plus en visibilité ferait l'objet d'études spéciales d'architecture (voir les extraits du programme d'aménagement : art 9/1, dans les annexes en bas de page). A des degrés divers, les bâtisseurs furent donc contraints de concevoir une architecture dont les formes et les matériaux devaient faciliter l'intégration dans un environnement épargné par les destructions.

b- Continuité paysagère

L'objectif du règlement consista également à intégrer l'architecture nouvelle au paysage urbain blésois caractérisé par une forme en amphithéâtre : un étagement du bâti dans un site de coteau, entre une ville basse encaissée en bord de fleuve, et une ville haute ponctuée par le Château et la cathédrale.

La conscience des qualités paysagères de Blois était forte chez ses habitants. Ils n'avaient pas oublié que Victor Hugo s'était émerveillé du spectacle de leur ville : « Un entassement régulier et confus de maisons, de clochers, un château, et sur la colline, un couronnement de grands arbres et une rangée de façades aiguës à pignons de pierre au bord de l'eau. » Les berges de Loire autour de Blois avaient par ailleurs été protégées au titre des sites dès juin 1939. Dès 1940, des personnalités locales invitèrent donc à préserver ce tableau. Évoquant notamment l'écrin que ce paysage constituait pour le Château, l'érudit blésois Hubert-Fillay attira l'attention de l'architecte en chef sur ce point dans un article de 1941 : « Il n'est pas possible d'édifier des maisons d'une certaine hauteur entre la vallée de la Loire et le Château, de tendre un écran devant la merveille révélée. » La conservation de la visibilité des monuments et de l'étagement du bâti motiva donc aussi la réglementation sur la hauteur des bâtiments.

Cependant les gabarits autorisés par le règlement résultèrent également de négociations entre l'homme de l'art et les habitants au premier rang desquels les commerçants, représentés par la Chambre de Commerce de Blois et soutenus et relayés par le Conseil Municipal. Dans un premier temps, Charles Nicod proposa que la hauteur des immeubles reconstruits dans la zone archéologique se limite à un étage carré et un étage de comble. Dans cet état du projet, qui proposait donc une reconstruction du centre moins haute et moins dense au sol qu'auparavant, la perte de surface de plancher était estimée à environ 40 à 50 % par rapport à celle d'avant-guerre. Craignant qu'elle n'occasionne une baisse de la fréquentation des commerces de la ville basse, la Chambre de Commerce sollicita un aménagement du règlement. Le plan validé en novembre 1942 prit acte des propositions faites par le Conseil Municipal pour assouplir cette contrainte et instaura un règlement en trois parties. Dans la zone d'habitat collectif du centre, les immeubles ne devaient pas comporter plus de trois étages habitables au-dessus du rez-de-chaussée, y compris l'étage de comble, leur hauteur maximum étant limitée à 16,3 mètres, toit compris. Deux secteurs faisaient exception par rapport à cette norme. D'une part, les immeubles projetés en bordure de la place Louis-XII, aux abords du Château, furent contraints de ne comporter qu'un étage carré sur rez-de-chaussée et un comble habitable, le tout ne devant pas dépasser 12,6 mètres de hauteur (voir les extraits du programme d'aménagement : art 10/4, dans les annexes en bas de page). D'autre part, dans la rue Denis-Papin la hauteur maximale autorisée fut portée à 19,3 mètres avec le toit.

2- Difficultés et retards liés au remembrement

L'autre préalable à la reconstruction des immeubles blésois fut le remembrement. La difficulté de cette tâche qui consista à répartir les terrains entre tous les sinistrés membres de l'Association Syndicale de Reconstruction explique en partie la longueur des délais de reconstruction mais Blois ne constitue pas en l'espèce une exception en France. On remarquera simplement qu'en dépit du bouleversement du parcellaire qu'implique une telle procédure, chaque sinistré se vit attribuer une parcelle dans la zone de sa parcelle d'origine dans l'immense majorité des cas. Si quelques-uns se virent attribuer une parcelle dans un autre secteur du centre-ville, aucun sinistré de la rive gauche ne passa néanmoins le pont et ne reconstruisit en rive droite, et seuls deux sinistrés firent le chemin inverse : leur bien sinistré était en rive droite et fut reconstruit en Vienne.

3 - Construction

La construction des immeubles ne commença qu'en 1946 par ceux de l'îlot J, situé en tête de pont, rive droite. Cet îlot fut reconstruit par l’État sans attribution individuelle préalable et fut l'occasion d'expérimenter les techniques de construction. Sa construction fut confiée à l'entreprise Sainrapt et Brice, alors grande entreprise française du BTP spécialisée dans le béton armé et qui avait travaillé pendant la guerre aux grands ouvrages défensifs français puis allemands sous l'Occupation. Ces premiers tâtonnements révélèrent notamment une difficulté technique concernant les fondations. Celles-ci devaient être assurées dans un terrain comportant des restes des constructions antérieures. Les fondations des premiers immeubles reconstruits dans l'îlot J furent effectuées par pieux frettés. Il s'agissait de pieux en béton comportant à leur extrémité une masse métallique en pointe qui étaient enfoncés à la sonnette (voir la photo ci-dessous).

Vue du chantier de construction de l'îlot J, au premier plan, des pieux frettés, prêts à être utilisés pour les fondations, 3-06-1947. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).Vue du chantier de construction de l'îlot J, au premier plan, des pieux frettés, prêts à être utilisés pour les fondations, 3-06-1947. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).

Cette technique s'avéra rapidement inadaptée : les pieux rencontrant sur leur trajectoire des fondations ou des murs de caves anciennes étaient déviés et se brisaient avant d'atteindre la couche pouvant résister au poids des constructions à venir. Les fondations des immeubles construits par la suite, à commencer par ceux de l'îlot G, furent donc élaborées par puits. Des trous de 1,20 à 1,40 mètres de large étaient pratiqués au marteau compresseur puis bourrés de béton maigre et de pierre (voir la photo ci-dessous).

Fondations par puits, Ilot G, 1948. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).Fondations par puits, Ilot G, 1948. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).

La construction des autres immeubles commença en 1947 et s'étala jusqu'au milieu des années soixante (voir la carte ci-contre). Elle se caractérise par l'association d'une maçonnerie traditionnelle et d'une ossature en béton armé, mettant en œuvre des procédés de petite préfabrication.

Chronologie de construction par îlot : fin de la construction.Chronologie de construction par îlot : fin de la construction.Différents types de planchers en béton armé furent ainsi successivement utilisés (voir la photo ci-dessous). Pour les premiers immeubles, à commencer par ceux de l'îlot J, on employa des planchers Phéfer, du nom d'un brevet de petite préfabrication. Des hourdis creux en terre cuite préfabriqués en usine, dits briques Phéfer, étaient disposés en ligne sur un coffrage de bois et traversés par des aciers. Nervures et dalles de compression étaient ensuite coulés dessus et, en séchant, solidarisaient l'ensemble. Cette technique présentait l'avantage de pouvoir être utilisée par une main d’œuvre très peu qualifiée et offrait de bonnes qualités d'isolation. On utilisa ensuite les planchers préfabriqués du brevet Zonca, du nom de l'entrepreneur orléanais. Son principe était similaire : on disposait des pièces préfabriquées sur un coffrage de bois avant de les assembler par le coulage d'une dalle de compression. Le changement résidait dans le matériau et la taille des pièces préfabriquées qui n'étaient plus des briques de terre cuite mais des poutres et des hourdis en béton armé dont les profils complémentaires s'emboîtaient. Le principal apport de cette technique fut qu'elle nécessitait une main d’œuvre moins nombreuse. Ce n'est que dans les derniers chantiers que l'on utilisa des planchers préfabriqués, dalles pleines, posées de mur à mur, qui nécessitèrent l'emploi de grues. La petite préfabrication fut également utilisée pour des éléments de corniche ou d'encadrements de baie par exemple.

Tous ces procédés de petite préfabrication furent associés à une maçonnerie traditionnelle pour la construction des murs. Ceux-ci furent élevés en briques, en moellon, ou encore, plus exceptionnellement en pierre de taille pré-taillée dont on s'approvisionnait dans la région (pierre de Lavoux, de Chauvigny, de Sireuil ; voir la photo ci-dessous).

Préparation du plancher en béton armé du rez-de-chaussée, 7 rue du Poids-du-Roi, îlot J, 3-10-1947. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).Préparation du plancher en béton armé du rez-de-chaussée, 7 rue du Poids-du-Roi, îlot J, 3-10-1947. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).Montage en cours des murs du deuxième étage en pierre de taille avec moellon en remplissage, îlot J, 02-1948. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).Montage en cours des murs du deuxième étage en pierre de taille avec moellon en remplissage, îlot J, 02-1948. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).

La construction des immeubles se caractérisa par conséquent par l'emploi d'une main d’œuvre très nombreuse, peu qualifiée et par un recours restreint au matériel de levage. L'utilisation de grues se limita en effet à de petites grues Poclin et des grues Wess plus hautes mais de maniement complexe. Des bois d'étaiement et de coffrage provenant de Sologne furent utilisés en grande quantité.

4 - Les immeubles reconstruits de Blois : aspects régionalistes et modernes

a- une architecture régionaliste ?

Des hauteurs graduées

Matériaux en façade.Matériaux en façade.Les immeubles de la reconstruction blésoise, conformément à l'intention de l'architecte, se caractérisent par leur intégration au paysage urbain environnant. Du point de vue des matériaux utilisés et des techniques mises en œuvre, on constate que le règlement de 1942 a été respecté. Tous les toits sont couverts en ardoise et animés de souches de cheminée en brique, et les matériaux de façade les plus souvent représentés sont la pierre de taille et les enduits clairs (voir la carte ci-dessous). La pierre, matériau de construction traditionnelle par excellence, bien qu'il s'industrialise alors, est notamment employée pour les grandes ordonnances et les façades les plus en visibilité. Sur d'autres façades, elle n'apparaît que ponctuellement : uniquement en rez-de-chaussée par exemple ou pour les encadrements des baies avec une maçonnerie en remplissage masquée sous un enduit. La brique en revanche est peu représentée sur les façades des immeubles blésois à la différence d'autres villes reconstruites du Val de Loire comme Gien ou Sully-sur-Loire. Le béton armé, utilisé pour l'ossature de tous les immeubles est systématiquement caché.

Par ailleurs, du point de vue de leur gabarit, les immeubles ont bien des hauteurs graduées qui permettent d'assurer à la fois une continuité avec la partie ancienne de la rue Denis-Papin et une bonne visibilité sur les éléments patrimoniaux de la ville. La très grande majorité des immeubles comporte trois niveaux au-dessus du rez-de-chaussée, les immeubles situés en contrebas du Château - îlot A, partie de l'îlot D - n'en comptent en majorité que deux, les immeubles de la rue Denis-Papin en comportent quatre (voir la carte ci-dessous). A propos de ces derniers, on note que tous les immeubles de la rue Denis-Papin, y compris ceux de l'îlot G qui se situe au-delà de l'ordonnance du rond-point de tête de pont, comportent entre le rez-de-chaussée et le comble deux étages carrés et un étage attique. Ce dernier, moindre en hauteur, permit de mettre à profit la limite de hauteur étendue à 19,6 mètres toit compris, qui n'autorisait pas l'ajout d'un étage carré de plus.Nombre de niveaux au-dessus du rez-de-chaussée. Nombre de niveaux au-dessus du rez-de-chaussée.

Nuançant le respect du programme d'aménagement, deux exceptions apparaissent sur la carte indiquant le nombre de niveaux au-dessus du rez-de-chaussée. Les immeubles de la rue Henry-Drussy, implantés dans les îlots K et J qui se font face autour de cette voie, ne comportent pas trois niveaux au-dessus du rez-de-chaussée comme le règlement les y autorisait mais seulement deux : un étage carré et un étage de comble dans la plupart des cas. Cela s'explique peut-être par la volonté de ne pas trop assombrir une voie plus étroite que les autres. La deuxième exception est constituée par l'immeuble du 6 de la rue des Orfèvres, immeuble qui forme l'angle de l'îlot H situé sur les rues du Commerce et des Orfèvres. Celui-ci comporte quatre niveaux au lieu des trois autorisés par le règlement. Cette anomalie est en partie masquée par le niveau de la corniche qui, au-dessus des deux étages carrés, est alignée avec celle de ses voisins. Cependant, au-dessus d'elle, l'architecte a ménagé deux niveaux d'habitation, un étage-attique légèrement en retrait et un étage de comble. Un tel contournement des règles demeure cependant l'exception.

Des façades variées

« L'esprit » du règlement se traduit de plus en façades sobres, sans éléments de décor, mais rythmées et variées. Le règlement laissait une petite marge d'interprétation et de créativité aux architectes d'opération. André Aubert, l'architecte en chef qui succéda après 1945 à Charles Nicod, incita les architectes d'opération à une grande variété, gage d'une bonne intégration dans un quartier ancien pittoresque. En dépit de leur sobriété, les façades se singularisent de fait par leur rythme et des effets de volumétrie produits par des balcons, des soulignements verticaux ou horizontaux, des corniches, des encadrement de baies. Les emprunts à l'architecture locale sont choisis dans un répertoire restreint de « motifs » architecturaux locaux - lucarnes, oculi - et agencés de manières singulières.

Cette variété est cependant à nuancer dans la mesure où on distingue dans de nombreux îlots des séquences d'immeubles aux caractéristiques de gabarit, de matériaux voire de second-œuvre proches ou semblables. C'est par exemple le cas des immeubles situés 1 à 5 rue des Trois-Clés, 4 et 6 rue Saint-Lubin, ou encore 4 à 8 rue du Commerce . Ces séquences traduisent probablement la répartition de la construction entre les architectes. En effet à partir de 1949 et conformément aux nouvelles règles définies par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), la reconstruction des immeubles groupés dans un même îlot fut confiée suivant leur importance, à quatre ou cinq architectes d'opération, les propriétaires n'ayant plus à choisir un architecte sur la liste des hommes de l'art agréés. Cependant, malgré cette organisation, l'ensemble ne sombre pas dans la monotonie. Certains architectes avaient au demeurant bien compris l'intérêt de cette variété et y travaillèrent au sein de la séquence d'immeubles qui leur incombait. Ce fut le cas par exemple de l'architecte des monuments historiques, Paul Robert-Houdin, qui conçut les immeubles de l'angle ouest de l'îlot P (voir la photo ci-dessous). Un jeu sur des références variées à des motifs d'une architecture plus ancienne ou plus savante crée un effet pittoresque rompant l'homogénéité de la façade de l'îlot. Des lucarnes aux formes diverses animent la ligne de ses toits, également interrompue par deux murs pignons et une lucarne-pignon. L'angle nord-ouest de l'îlot est adouci par la présence d'une tourelle d'angle.

Projet de Paul Robert-Houdin pour une séquence d'immeubles donnant sur les quais de Loire. (Archives Départementales de Loir-et-Cher, Blois, 176 FiV 26).Projet de Paul Robert-Houdin pour une séquence d'immeubles donnant sur les quais de Loire. (Archives Départementales de Loir-et-Cher, Blois, 176 FiV 26).

Des immeubles qui contribuent à un effet de décor

Une analyse plus poussée intégrant notamment une distinction entre traitement sur rue et traitement sur cour révèle que l'impression d'intégration des immeubles reconstruits au tissu ancien repose sur un effet de décor. La création d'ordonnances architecturales sur des points centraux tels que la tête de pont en est l'expression la plus évidente (voir la photo ci-dessous). On observe aussi, de manière générale une hiérarchie dans l'usage des matériaux entre les façades très visibles, sur les places et en bord de Loire, construites en pierre de taille, celles moins exposées aux regards, construites en pierre de taille avec moellon sous enduit, et celles moins visibles encore, voire invisibles depuis l'espace public comme le sont les cœurs d'îlot, en maçonnerie entièrement enduites (voir la carte des matériaux en façade ci-dessus). Si l'on observe les matériaux d'encadrement des baies, on constate le même type de gradation entre la pierre sur des façades visibles, le béton moulé des façades moins en vue et la brique qui n'est utilisée que sur cour à quelques exceptions près (voir la carte ci-dessous). De même pour les lucarnes, les lucarnes à fronton ou à croupe sont réservées aux façades sur rue au contraire des lucarnes rampantes.

La partie est de la place de tête de pont, vue depuis l'îlot I.La partie est de la place de tête de pont, vue depuis l'îlot I. Matériaux d'encadrement des baies.Matériaux d'encadrement des baies.

Le soin apporté au traitement de la plupart des immeubles d'angle est également caractéristique de la recherche de ces effets de décor, à l'échelle de l'îlot ou des rues cette fois. C'est par exemple le cas du traitement des angles de l'îlot G sur la rue du Commerce : couverts en pavillon, ils structurent et rythment aux deux extrémités de l'îlot, la courbe empruntée par la rue. Les deux angles de l'îlot H sur cette même rue sont soulignés par des travées en avancée. On constate également une certaine homogénéité du traitement des angles par ensemble : les angles donnant sur la rue Denis-Papin sont en pans coupés, ceux donnant sur la placette au croisement de la rue du Commerce et de la rue des Orfèvres sont arrondis.

Un effet de décor cependant n'est pas efficace depuis n'importe quel point de vue. En l'occurrence, il fait effet de loin, mais ne résiste pas au point de vue de la déambulation ou à la perspective aérienne. Le remembrement supprima le parcellaire laniéré en partie conservé avant-guerre et dessina des parcelles généralement beaucoup plus larges, comme en témoigne la superposition du plan de 1937 et du cadastre actuel. Ainsi les quelques 350 immeubles détruits dans le centre furent-ils remplacés par seulement 161 immeubles reconstruits dans le centre, complétés par ceux des quartiers de compensation. De plus ces immeubles furent bâtis le long de voies élargies, redressées et dont le niveau fut surélevé. Le contraste entre les quartiers reconstruits et les quartiers anciens environnants est donc sensible.

Les servitudes architecturales imposées par le règlement de reconstruction génèrent une architecture qualifiable de « régionaliste » mais qui ne peut être pour autant simplement assimilée à un style du « Val de Loire » tel qu'il était invoqué par les organisateurs des concours de 1940. En effet contrairement à ce que prônaient ces derniers, le souci de son intégration dans le contexte architectural épargné confine parfois au pittoresque : pour préserver les apparences, on crée un tableau, un décor. Ce n'est pas une architecture ligérienne dans son essence qui est mise en œuvre, mais une architecture qui, en façade, s'accorde avec son environnement. De telles réalisations se situent donc plutôt dans la lignée d'un régionalisme tel que le défendirent Jacques Baschet et Léandre Vaillat à la veille de la guerre, un régionalisme comme « critère » de la règlementation des nouvelles constructions. On en trouve d'ailleurs un écho local à travers la société savante l’École de la Loire. Championne du régionalisme politique et de la décentralisation artistique, la société continua pendant la guerre de publier son fameux bulletin le Jardin de la France, Blois et le Loir-et-Cher. Le régionalisme architectural qui y était revendiqué fut alors directement lié à la conservation du patrimoine de la ville. Hubert-Fillay, son directeur, souligna également l'intérêt de l'étude de René Clozier qui pensait l'association du modernisme et du régionalisme.

b- Quelle modernité ?

Les architectes, encadrés par le programme d'aménagement, dessinèrent donc des immeubles dont l'enveloppe au moins assurait une certaine continuité architecturale et paysagère. Néanmoins, et à l'initiative notamment du MRU, la Reconstruction fut, partout en France, l'occasion d'améliorer le parc immobilier des villes, de les doter de logements au confort moderne. Le Ministère orchestra la promotion de la modernisation des villes en usant notamment de reportages photographiques permettant d'opposer les quartiers anciens insalubres au nouveau visage souriant de la ville moderne. Nous n'avons pas trouvé la trace d'éventuels reportages de ce type faits à Blois. Mais on sait cependant que le problème des logements insalubres avait commencé à y être pris en compte à partir de 1932 avec la création d'associations syndicales pour l'aménagement d'îlots défectueux.

Cet objectif ne ressortit pas avec évidence des vœux exprimés par les Blésois à l'été 1940 en réponse à la consultation que la délégation spéciale de la ville mit alors en place. De rares voix s'élevèrent en ce sens, émanant de professionnels du bâtiment ou de la santé. L'inspecteur départemental de l'Enseignement technique et ancien entrepreneur M.A. Duneau par exemple exprima clairement ce souhait : « de l'air et de la lumière pour toute habitation ». La directrice du service social de la Caisse de Compensation des Allocations Familiales, ajoutait en décembre 1940 que des améliorations d'ordre sanitaire pouvaient être envisagées dans le contexte de la Reconstruction. Elle exprima notamment le souhait que se multiplient les balcons dans les quartiers neufs « moins pour l'esthétique des façades que pour l'hygiène des petits enfants, que leur mère n'ont pas le temps de sortir. (...) La surface du balcon qui élargit d'autant le sol de la pièce agrandit la baie dispensatrice d'air, de lumière, de soleil. » Elle reprenait enfin les vœux que l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées Tarnier avait exprimé dès septembre 1940 : la nécessité d'étudier la construction d'un réseau d'égout, Blois n'étant pas alors dotée de tout à l'égout. Enfin, outre ces aspects hygiéniques, la question du confort des logements ne semble pas avoir été abordée avant les plans des architectes d'opération. Du point de vue du confort, les immeubles reconstruits constituent néanmoins une amélioration certaine par rapport aux logements disparus en 1940.

Lumière

Ces immeubles ont tout d'abord en commun d'avoir été construits avec le souci de la luminosité des logements qu'ils abritent. Le plan dans lequel ils s'inscrivent est conçu pour que tous puissent recevoir une lumière solaire directe. Ils sont en effet implantés le long d'un réseau viaire simplifié et moins dense qu'auparavant. Certaines rues disparurent et toutes furent élargies et redressées. Les immeubles furent en outre regroupés en îlots ménageant de larges cœurs d'îlots.

Cette disposition urbaine fut par ailleurs mise à profit par des choix architecturaux simples. Les architectes jouèrent notamment sur la taille des baies. Si la très grande majorité des baies sont à deux vantaux, dans 27 immeubles sur 184 (14,7%) des baies à trois vantaux ont été introduites et dans huit immeubles sur 184 on relève même des baies à quatre vantaux. Dans leur grande majorité, les cas de baies à trois et quatre vantaux ont été relevés sur des immeubles d'angles d'îlot où elles mettent à profit une orientation multiple autant qu'elles soulignent et valorisent l'angle. En outre, plus de la moitié des immeubles comportent des portes-fenêtres (105 sur 184). Ce type de baie fut notamment choisi pour les immeubles dont une façade est orientée au sud ou sur les bords de Loire (voir la carte localisant les différents types de baies ci-dessous). Elles sont en outre souvent ouvertes sur des balcons, et des terrasses (83 cas sur les 105 à porte-fenêtre ; voir la carte ci-dessous sur le prolongement de l'espace intérieur).

Types de baies. Types de baies. Prolongement de l'espace intérieur : balcon, terrasse et loggia.Prolongement de l'espace intérieur : balcon, terrasse et loggia.

Des parties communes assainies

La lumière est aussi ce qui contribue à constituer des parties communes saines et engageantes. Le traitement de la porte d'entrée est déjà l'occasion d'améliorer cet aspect. Dans plus de 65% des cas, le vantail lui-même comporte une partie vitrée. En complément ou à la place dans 37,5 % des cas, il est surmonté par une imposte en verre, comme au 8 rue Denis-Papin. Cette recherche est particulièrement aboutie dans les sept cas où tout l'encadrement de la porte est en verre, le hall d'entrée étant alors véritablement baigné de lumière. On a également relevé des cas où la porte d'entrée est située au fond d'un porche dans-oeuvre dont les côtés s'ouvrent sur une ou des vitrines : dans ces sept cas, l'architecte a assuré simultanément une belle exposition du porche et des vitrines.

Les cages d'escalier bénéficient elles aussi d'un bel éclairement. 116 d'entre elles (sur 184) ont été vues au moment du repérage sur le terrain. Rares sont les cages d'escalier aveugles ou éclairées seulement par une baie zénithale : parmi les escaliers visités nous n'avons observé que trois cas de ce type. La plupart sont éclairées par des fenêtres (environ 60% des cas). Une proportion nettement moindre mais néanmoins très visible est éclairée par de hautes baies verticales (environ 30%).

De manière générale, et au-delà de la problématique de leur éclairement, on a constaté, que les parties communes avaient été traitées avec une attention particulière, un certain souci du détail. Ainsi en est-il des escaliers en béton armé, qui représentent 37 % des cas visités. Conçus spécifiquement pour l'espace dans lequel ils se déploient, ils ont fait l'objet d'une mise en œuvre très soignée. D'une grande qualité plastique, qui tranche bien souvent avec la modestie de l'enveloppe extérieure, ils exploitent les possibilités du béton : porte-à-faux, plasticité, effets de matière (voir la carte et les photos ci-dessous). Les marches y sont souvent recouvertes de revêtements en granito, bois ou pierre. Les granitos, parfois polychromes, sont d'une grande qualité et constituent une spécificité blésoise liée à l'activité d'un carreleur d'origine italienne, Attilio Montico, implanté à Blois dès l'entre-deux-guerres. Ils ont dans d'autres cas été peints de couleurs vives.

Matériaux de construction des escaliers.Matériaux de construction des escaliers. Exemple d'escalier dans tour demi-hors-oeuvre, 15 rue du Président-Wilson.Exemple d'escalier dans tour demi-hors-oeuvre, 15 rue du Président-Wilson.Cage d'escalier suspendu vue du rez-de-chaussée, la plasticité du béton est avantageusement exploitée.Cage d'escalier suspendu vue du rez-de-chaussée, la plasticité du béton est avantageusement exploitée.

En outre, ces escaliers sont en général associés à des rampes en ferronnerie, elles aussi très soignées. On citera l'exemple particulièrement abouti du 6 rue des Orfèvres, dit immeuble Rousset, dont le départ forme un R stylisé (voir photo ci-dessous). Les autres entrées d'immeubles et escaliers sont traitées avec une grande sobriété et un caractère sériel : sol revêtu de carreaux cassés -matériaux très économique-, boîtes aux lettres en bois, escalier en bois dans 63% des cas. On a d'ailleurs pu noter qu'un modèle d'escalier en bois se retrouvait dans la quasi-totalité des cas. En dépit de cette grande concision, ces entrées ont dans leur ensemble plutôt bien vieilli.

Rampe d'escalier de l'immeuble Rousset. Rampe d'escalier de l'immeuble Rousset.

L'escalier est d'ailleurs souvent mis en valeur sur les façades des immeubles. L'élément fonctionnel de liaison qu'il constitue est rendu visible de l'extérieur : par sa longue baie verticale, qui dans cinq cas sur 43 repérés donne sur la rue (voir ci-dessous), par sa structure en saillie (onze cas d'escalier en demi-tour hors-oeuvre repérés ; voir le plan du 3 rue Emile-Laurens ci-dessous) ou encore par une ponctuation verticale de type faux-pignon comme au 5 de la place Louis-XII. Il est alors autant élément fonctionnel qu'élément de composition.

Des logements au confort moderne

Commodités et espaces communs

La plupart des immeubles furent pensés pour offrir un certain nombre de commodités à leurs habitants. On observe dans tous les immeubles qu'à chaque appartement était attribué un local de cave situé en sous-sol. A ce niveau, on a parfois prévu aussi une buanderie et/ou une chaufferie communes. A la différence d'autres villes reconstruites du Val de Loire comme Orléans ou Tours, la mise en place d'une chaufferie commune à plusieurs immeubles n'a été en revanche repérée que dans un cas, celui des immeubles des 1 à 7 de la rue de la Chaîne. Le logement fut également pensé avec le développement de l'automobile. A chaque immeuble furent souvent associées une à trois places de garages : en sous-sol, en rez-de-chaussée, dans la cour.

Distribution et lumière

La trentaine d'immeubles visitée au cours de l'étude ou connue par des plans d'exécution présente des plans aux dispositions variées, en raison de leur adaptation à des parcelles aux formes irrégulières et à des programmes définis avec les propriétaires. Au sein d'un même immeuble peuvent coexister des appartements aux plans différents tout comme des appartements aux plans répétés sur plusieurs niveaux.

Les appartements sont cependant dans leur grande majorité structurés de la même manière. On accède depuis l'escalier commun distribuant l'immeuble à une entrée aveugle qui commande l'ensemble des pièces. Les appartements sont alors souvent doubles en profondeur. Sur ce corpus, un seul cas a été relevé de pièces se commandant entre elles : il s'agit de l'immeuble Girault, 2 rue Jeanne-d'Arc. De même, un seul cas a été repéré d'appartement distribué par un couloir ouvert sur la cour, l'ensemble des pièces étant ouvertes sur la rue : il s'agit de l'immeuble Bréon, 1 place Ave-Maria.

Cette économie de la distribution permet qu'à l'exception de l'entrée, l'ensemble des pièces soient éclairées par la lumière du jour. Afin d'éviter une entrée trop sombre, on relève souvent l'usage de portes comportant un panneau vitré, qui permet d'éclairer cet espace en second jour. Il arrive que la salle de bain ou les toilettes ou parfois les deux soient aveugles. Ces pièces sont dans ce cas reliées à des systèmes de ventilation. De plus, dans certains cas, un vitrage fixe est imaginé pour qu'elles soient éclairées en second jour, c'est par exemple le cas dans certains appartements de l'immeuble Dufour-Rué, 14 rue du Commerce.

Les pièces d'eau, cuisine et salle de bains, quand elles donnent sur l'extérieur sont dans leur immense majorité orientées sur la cour ou la façade arrière de l'immeuble. Cela n'est cependant pas une règle absolue. Dans les appartements de l'immeuble Coutant, 6 rue Jeanne d'Arc, par exemple, les salles de bain donnent sur la rue.

Espaces

Les appartements des immeubles reconstruits de Blois étaient pour la plupart divisés à l'origine en petites cellules monofonctionnelles : cuisine, chambre, salle à manger, salle de bain et WC sont les pièces que l'on retrouve dans la quasi-totalité des appartements. Du studio au six pièces, tous les types d'appartements ont été repérés. La grande majorité d'entre eux sont cependant des deux et trois pièces.

Il existe de grandes disparités de taille entre des appartements de même type. Ainsi la taille des deux pièces varie-t-elle entre 35 et 60 m², les cas les plus fréquents faisant entre 42 et 53 m². De même la taille des trois pièces varie entre 55 et 85 m², la majorité faisant entre 70 et 80 m². Certains immeubles abritent des appartements de différents types.

Il existe également une grande disparité dans la taille de chacune des pièces. La salle à manger est en général la pièce la plus grande, elle fait le plus souvent entre 14 et 20 m². Dans quelques appartements plus rares, les architectes prévoient des pièces encore plus vastes qui rassemblent salle à manger et salon et sont appelées living-room (immeuble 10 rue des Orfèvres). Ces pièces ont parfois en outre la qualité d'être traversantes (immeuble Girault, living room traversant de 34 m² ; immeuble Balleux, vaste salle à manger avec double exposition de 35 m²). D'autres fois encore, un mur largement percé matérialise la distinction entre les deux espaces. On a enfin pu observer quelques plus rares exemples de systèmes permettant de moduler l'espace comme le système de portes escamotables du salon du 3 rue Emile-Laurens, ou l'espace en alcôve donnant sur la salle à manger des appartements du 7 rue de la Chaîne.

Les chambres sont ensuite les pièces les plus vastes de l'appartement. Sur l'échantillon observé, leur taille varie entre 9 et 20 m², la majorité des cas se situant entre 11 et 13 m². Dans un même appartement, les chambres sont rarement de la même taille et celles-ci peuvent varier fortement. La cuisine est en général plus petite que les chambres, elles font le plus souvent entre 8 et 10 m². Les WC et la salle de bains, la plupart du temps séparés, sont également de tailles variables. Les salles de bains comprennent en général un bidet, un lavabo ainsi qu'une baignoire. Dans certains cas, l'espace disponible a contraint à remplacer la baignoire par une douche ou une baignoire sabot (immeuble Florin, 8 rue des Orfèvres). L'espace d'entrée évoqué plus haut est souvent très réduit en taille et n'occupe que quelques mètres carrés, dans certains cas cependant, il prend la forme d'un couloir et occupe alors parfois 10 à 15 m², soit l'équivalent ou plus d'une chambre dans ces mêmes appartements.

Tous les appartements qui ont été visités sont parquetés sur dalle de béton et la très grande majorité d'entre eux comprend une cheminée dans une pièce au moins. Il s'agit cependant d'un élément de confort voire de décor, les appartements étant le plus souvent chauffés au gaz.

Exemple de cheminée, au 1 place Ave-Maria.Exemple de cheminée, au 1 place Ave-Maria.

Conclusion : état actuel

Ces immeubles sont aujourd'hui en relativement bon état. On constate néanmoins la dégradation du béton de certains encadrements de baies et l'encrassement des enduits.

Les modifications les plus répandues sont liées à l'évolution des fonctions et des pratiques. Ces immeubles furent conçus dans leur grande majorité pour avoir une fonction mixte de commerce et de logement. Aujourd'hui, certains d'entre eux, tous situés en rive droite, sont désormais entièrement occupés par des locaux professionnels, qu'il s'agisse de commerces ou de bureaux. A l'inverse, quelques immeubles, en grande majorité situés en rive gauche, ne sont dévolus qu'au logement (voir la carte ci-dessous). L'évolution la plus fréquente, celle des commerces abrités dans les boutiques de rez-de-chaussée, a eu pour conséquence une modification voire une altération de ces espaces. Rares sont aujourd'hui les devantures conservées (voir la carte ci-dessous). Le développement massif de l'automobile a rapidement rendu très limitée la proportion de places de garages prévus pour chaque immeuble. Les cœurs d'îlot servent aujourd'hui de parking de manière plus ou moins anarchique. La modification des espaces intérieurs n'a pas pu être étudiée systématiquement, mais on a pu constater dans les appartements visités que la cuisine et les salles de bains sont les espaces qui ont été le plus fréquemment modifiés : elles ont été peu à peu adaptées aux nouvelles normes de confort et de sécurité. Seule deux cuisines ont été vues dans un état proche de celui d'origine témoignant de l'intégration de nombreux meubles de rangement à l'équipement de cette pièce alors en pleine révolution dans le contexte du développement des arts ménagers. Quant aux autres pièces de vie, les pratiques actuelles ont conduit parfois à leur décloisonnement.

Fonctions des immeubles.Fonctions des immeubles.Etat de conservation des rez-de-chaussée.Etat de conservation des rez-de-chaussée.

Une sélection d'une vingtaine d'immeubles a été opérée au terme de l'établissement de ce dossier afin de l'illustrer par des exemples, en soulignant les caractéristiques récurrentes ou en faisant ressortir les exemples exceptionnels. Cette sélection a en outre été faite de manière à rendre compte de différents îlots, de la plupart des architectes impliqués dans la reconstruction de la ville, de l'organisation de celle-ci en séquences d'immeubles et des grandes ordonnances.

Aires d'études Région Centre-Val de Loire
Dénominations immeuble
Adresse Commune : Blois

Ce dossier propose une analyse des immeubles reconstruits à Blois après la Seconde Guerre mondiale à partir d'observations de terrain et d'analyse d'archives. En 2010 et 2011, un repérage systématique des 184 immeubles reconstruits a été effectué. Ces immeubles se situent principalement de part et d'autre du pont, en ville basse et en Vienne, mais aussi dans quelques quartiers dits de compensation qui ont été appelés îlots U, B et C. Ces derniers se situent respectivement à proximité de la gare de chemin de fer pour le premier et dans la ville haute, aux alentours de la place de la République pour les deux autres. Des données relatives à l'implantation, aux fonctions, au gabarit, aux matériaux et techniques de construction, aux baies et aux éventuels éléments d'animation de la façade ont été collectées pour chaque immeuble. Outre les caractéristiques du bâti, l'attention a été concentrée sur quelques éléments plus spécifiques de l'architecture étudiée. En particulier, ont été relevés les dispositifs mis en œuvre pour favoriser la circulation de la lumière, le traitement des espaces communs, de même que le second-œuvre qui constitue bien souvent le seul élément d'animation de façades par ailleurs dénuées de décor. Ces données ont ensuite fait l'objet d'un traitement cartographique et statistique. Leur analyse a été éclairée par la confrontation avec de nombreux documents d'archives. Le projet de reconstruction de Charles Nicod, nommé architecte en chef de la reconstruction de Blois en 1941, et les négociations qui le conditionnèrent éclairent la logique de l'implantation de ces constructions. Les sources relatives aux réalisations dans ce cadre réglementaire ne sont cependant pas exhaustives ; en particulier, les permis de construire n'ont malheureusement pas été conservés. Ne pouvant bénéficier de cette donnée systématique, nous nous sommes donc appuyés sur une documentation éparse : la liste des sinistrés, quelques avant-projets. Cela explique que nous n'avons pas pu identifier les architectes de chacun des immeubles. Enfin des entretiens menés avec un ancien conducteur de travaux, monsieur Gautier, alors employé du cabinet de René Erre puis Lucien Joubert, ainsi que les reportages photographiques documentant la phase de construction des îlots J, G et Q en particulier, nous ont permis d'éclairer quelques aspects techniques de cette reconstruction. L'étude des dossiers de sinistrés a été écartée car ces derniers renseignent essentiellement les bâtiments disparus. Elle serait néanmoins intéressante à mener pour prendre une mesure plus précise de l'évolution de l'habitat à l'occasion de la Reconstruction. Une sélection d'une vingtaine d'immeubles a été opérée au terme de l'établissement de ce dossier afin de l'illustrer par des exemples, en soulignant les caractéristiques récurrentes ou en faisant ressortir les exemples exceptionnels. Cette sélection a en outre été faite de manière à rendre compte de différents îlots, de la plupart des architectes impliqués dans la reconstruction de la ville, de l'organisation de celle-ci en séquences d'immeubles et des grandes ordonnances.

Décompte des œuvres repérés 184
étudiés 19

Annexes

  • Programme d'aménagement de Blois (extraits)

    Les extraits suivants sont tirés du programme d'aménagement de la ville de Blois établi par l'architecte et urbaniste Charles Nicod et déclaré d'utilité publique le 6 novembre 1942. Ses chapitres 9 et 10 en particulier définissent des contraintes formelles.

    "titre III : Règles spéciales d'ordre esthétique et archéologique.

    Chapitre 9 : ordonnances d'architecture.

    Art 9/1 - Ordonnances nouvelles. - Pour l'ensemble des immeubles bordant les places formant tête de pont et les immeubles sur la Place Louis XII ainsi que l'hôtel des Postes, il est créé une ordonnance d'architecture.

    Les façades des immeubles seront construites, pour tous leurs détails, conformément aux dessins d'exécution établis, en accord avec l'urbaniste, par un architecte désigné par l'Administration. Les matériaux de façade et de toiture fixés pour cet ensemble, seront obligatoirement employés. Les constructions devront être achevées dans le délai de 2 ans à dater de l'approbation des dessins d'exécution. (...)

    Art 9/2 - Voies nouvelles bordées de portiques. - Le long des Places désignées au plan d'aménagement, notamment la Place Louis-XII et la Place formant tête de Pont Rive Droite, il sera aménagé en bordure de l'alignement, sur la propriété privée, des passages publics sous portiques.

    Sauf prescription spéciale du plan d'aménagement, la largeur du portique mesurée du nu de la façade jusqu'au mur du fond du portique, est fixée à 4m. Les points d'appui soutenant la façade laisseront pour les piétons un passage libre sous le plafond du portique [qui], [mesuré] avec le trottoir au nu de la façade, sera au minimum de 3m50. Les points d'appui seront espacés de 3m80 au moins et de 4m au plus.

    Chapitre 10 : disciplines d'architecture.

    art 10/1 - Quartiers neufs. - Pour tous les îlots bordant les places et voies nouvelles à ouvrir dans les quartiers sinistrés, il sera établi des dessins spéciaux pour la disposition générale des façades fixant, dans les limites de hauteur précisées à l'article 2/5, les niveaux, saillies, et modes de couronnement des bâtiments, la pente et les matériaux de toiture, les lignes de planchers et le nombre d'étages utiles, les matériaux de façades et leur tonalité.

    Les dessins seront établis en accord avec l'urbaniste chargé du projet : ils laisseront une complète liberté pour l'arrangement de détails des façades et la distribution intérieure des plans. »

    Art. 10/2. - Quartiers anciens. - Dans toute l'étendue de la zone archéologique définie sur le plan d'aménagement par un liseré bleu, il sera fait uniquement usage des matériaux traditionnels de la région (briques, pierres, ardoises etc) mis en œuvre conformément aux modes de construction locaux (chaînes d'angle, jambages de fenêtre, enduits etc...). Les pentes des toitures seront maintenues entre 45 et 55 degrés.

    Ces prescriptions sont valables non seulement pour les constructions neuves, mais aussi pour les travaux de restauration et d'entretien des façades ou des saillies de toitures.

    Dans les rues ou dans les groupements de maisons présentant un caractère pittoresque, les enduits ou badigeons vus ou pouvant être vus de la voie publique ou d'un lieu public, seront exécutés dans la tonalité générale de la rue.

    Art. 10/3. - Couvertures et saillies de toits. Il est imposé pour toute construction nouvelle ou reconstruction, dans les limites précisées au plan d'aménagement, l'emploi de l'ardoise.

    On s'inspirera, pour le couronnement des bâtiments, de la forme traditionnelle des corniches et des saillies de toit. Les souches de cheminée seront traitées en briques.

    Art. 10/4. - Constructions aux abords des édifices classés. - Les immeubles bordant la place Louis-XII et entourant le château classé monument historique ne comporteront que 1 étage sur rez-de-chaussée et un comble habitable couvert en ardoises, le tout ne dépassant pas 12m60 de hauteur.

    Les constructions frappées de cette servitude de hauteur sont les suivantes :

    - les édifices publics groupés autour de la place Louis-XII, Marché couvert, bureau de poste auxiliaire et les constructions à édifier sur l'emplacement du Théâtre, ainsi que la salle des Fêtes en bordure de Loire,

    - à l'Ouest, les constructions à usage de commerce et d'habitation formant l'îlot compris entre la place Louis-XII et la place Saint-Lubin, la rue des Jacobins et la voie nouvelle en bordure de l'ancien Théâtre,

    - les constructions de la rue des Jacobins,

    - à l'Est, les constructions en bordure de la place Louis XII sur une profondeur de 15 mètres,

    - les constructions en bordure du quai de la Saussaye, sur une longueur de 25 mètres et en retour sur la voie nouvelle partant de la fontaine Louis XII et aboutissant au quai de la Saussaye,

    - les constructions nouvelles devront, par leurs proportions, leurs percements, leurs couleurs, s'harmoniser avec l'édifice dont ils constituent le cadre. Le permis de bâtir sera délivré après avis favorable du Service des Monuments Historiques. "

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Loir-et-Cher. Série J : 127 J, fonds Paul Robert-Houdin : 127 J 71. Hôtel de ville, projet de reconstruction à l'identique de l'hôtel de ville détruit en 1940.

  • AD Loir-et-Cher. Série W : 1588 W 14. Blois, Projet d'Aménagement et de Reconstruction. Dossier administratif. Règlements, plans de situation de l'état actuel et de l'état futur. 1942-57.

  • AD Loir-et-Cher. Série W : 1195 W 43. Blois, reconstruction (ville et Vienne), dossier technique, plans. 1949-54.

  • AD Loir-et-Cher. Série W : 1195 W 44. Blois, Reconstruction, travaux : correspondance, photographies et plans. 1946-59.

Documents figurés
  • plan de zonage, sur papier, 1942. Auteur inconnu. (Ville de Blois, service du cadastre, Blois). (cf. illustration n° IVR24_20104100564NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100947NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100909NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100936NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100934NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100896NUC2A).

  • Photog., n. et b., 24,5 x 18 cm. Par Chartrin, Jean (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100895NUC2A).

  • plan de zonage, sur papier, détail, 1942. Par Nicod, Charles (architecte). (Ville de Blois, service du cadastre, Blois). (cf. illustration n° IVR24_20104100566NUC2A).

  • Photog., n. et b., 11,5 x 16,5 cm. Par Vilpoux, Pierre (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44). (cf. illustration n° IVR24_20104100979NUC2A).

Bibliographie
  • HUBERT-FILLAY. La grande pitié de la ville de Blois. Dessins par Etienne Gaudet. Blois : éditions du jardin de la France, Juin 1940.

  • LESUEUR, Frédéric. Notes archéologiques sur les ruines de Blois. Blois : éditions du jardin de la France, Août-septembre 1941.

  • TEXIER, Simon. Paris 1950. Un âge d'or de l'immeuble. Paris : éditions du pavillon de l'Arsenal, 2010.

Périodiques
  • BASCHET. A la recherche d'une discipline. L'Illustration. Mai 1939.

  • HUBERT-FILLAY. La Reconstruction de Blois : la place du Château, le nouvel Hôtel des Postes. Le Jardin de la France, Blois et le Loir-et-Cher. n° 260-261-262, Octobre-novembre-décembre 1941, p. 21-24.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - De Decker Aurélie