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Jardin

Dossier IA37005780 réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

Parties constituantes non étudiées belvédère
Dénominations jardin
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

Le seul jardin connu du château d'Amboise demeure celui qui existe toujours face à la Loire, sur la terrasse nord-est. L'histoire du jardin ne peut être résumée de manière compréhensible sans y associer une description détaillée, car les modifications et les diverses adaptations qu'il subit au cours des siècles sont complexes. Pour restituer son apparence originelle nous disposons de plusieurs types de sources qui, par ordre régressif, sont les suivantes : sur le terrain, le lieu d'implantation du jardin qui est bien lisible et dont quelques éléments architecturaux sont encore en place ; le rapport des sondages de la terrasse est du château d'Amboise, réalisés par Vincent Belbenoit, Élisabeth Lorans et Serge François en 1993 ; le procès-verbal de démolition du château et d'aménagement des lieux pour le Sénateur Roger Ducos en 1806-1808, qui comprend la réhabilitation des jardins ; le procès-verbal d'estimation des travaux de 1761 ; les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau qui présentent un état plus ou moins réaliste du château autour de 1579 ; le fragment d'un compte de construction daté du 11 avril 1500 avant Pâques ; le compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496 ; et les comptes de l'argenterie des souverains ayant habité à Amboise qui peuvent nous fournir quelques renseignements. Au vu de la documentation dont nous disposons au sujet du jardin, force est d'admettre qu'elle est très lacunaire : nous ne connaissons ni les aménagements du duc de Penthièvre (1786-1790), qui investit le château à une époque où le jardin tient une place de choix dans l'architecture, ni ceux qui les ont précédés. Si l'on peut supposer que le jardin ne fut pas vraiment modifié durant la période de relatif abandon du château (1562-1786), il en va tout autrement pour la Renaissance. Aussi, les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau (1579) constituent-elles les documents iconographiques les plus anciens dont nous disposons pour le jardin. Pourtant, il semble dangereux de nous en remettre entièrement à celles-ci car d'une part nous connaissons les problèmes de fiabilité qui leur sont inhérents et que d'autre part elles diffèrent les unes des autres. Trois interrogations demeurent : les galeries est et sud ont-elles réellement existé ? Les buttes - et en particulier la plus au nord - sont-elles issues des terrassements du jardin ? Quels étaient le nombre et le dessin des parterres ?

Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine

Le jardin appartient au projet général de Charles VIII (1483-1498), or la magnificence des jardins en Italie - et en particulier celui de Poggio Realle - fut l'une des choses qui frappa le plus les Français durant la conquête ultramontaine. De retour de sa campagne d'Italie, Charles VIII appela un certain nombre d'artisans et d'artistes à le suivre à Amboise, dont un jardinier : Pacello da Mercogliano qui est cité dans un compte. Il est probable que don Pacello ait travaillé à Amboise, mais on ne connaît pas la part de réalisation qui lui revient car Charles VIII avait commencé à agencer ses jardins avant l'arrivée du jardinier, en témoignent certaines parties du compte de construction de 1495-1496. Il est indéniable que Louis XII (1498-1515) acheva le chantier de Charles VIII et que par ailleurs il engagea le jardinier italien pour la réalisation des jardins du château de Blois. Au fond du jardin, dans l'angle nord-ouest, une porte a été épargnée lors de la destruction de la galerie. On connaît plusieurs représentations du 19e siècle de cette porte qui semble avoir été redécouverte en 1832. Elle est surmontée du porc-épic de Louis XII, et les anciens auteurs ont sans doute attribué le jardin à Louis XII à cause de cet emblème. Il est donc impossible de connaître la part de création revenant à Charles VIII et celle appartenant à Louis XII. On pourrait supposer que les buttes situées derrière le jardin et tout au long du rempart oriental furent mises en place en même temps que la demi-lune située au-delà du fossé de la porte des Lions, qui date dans sa configuration actuelle du début du 17e siècle mais qui est sans doute venue remplacer un ouvrage antérieur. Si ces buttes ne permettent pas de positionner des pièces d'artillerie tirant par-dessus le mur d'enceinte, elles peuvent avoir joué un rôle dans l'épaulement du mur qui est assez mince (2,50 m) face à une éventuelle attaque avec des canons de gros calibre. Ce décaissement a une autre incidence : le mur en brique bordant le jardin au sud - couramment appelé « mur du logis canonial » - est un mur de soutien qui retient les terres du terrain dominant le jardin au sud. De fait, il est contemporain des aménagements du jardin. Par contre, il est difficile d'avoir des certitudes quant à l'authenticité de la butte la plus septentrionale qui se trouve derrière le mur de l'escalier à double volée droite empiétant sur le jardin. Elle vient prendre appui contre le mur de briques ce qui prouve sa postériorité. Cependant, le mur s'arrête à 8 m du rempart des Lions, car il était en effet impossible de décaisser jusqu'au rempart qui, antérieur au jardin, est fondé au niveau du terrain naturel avant décaissement. Il y avait donc dès l'origine une terrasse haute qui ne figure pas sur les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau. Au nord, le jardin est toujours bordé de trois belvédères, qui apparaissent sur l'ensemble de l'iconographie. Le traitement décoratif des belvédères varie pour chacun d'eux. Logis de l'Armurerie Les informations relatives au mur de clôture et au « logis de l'Armurerie » proviennent : premièrement, des comptes de l'argenterie de François Ier où il est fait mention en 1515 d'« un grant tableau de toille ouquel est la Sene en peinture qui se trouvait en la salle de son armurerie de son chastel d'Amboise » ; deuxièmement, de l'Inventaire des vieilles armes conservées au château d'Amboise publié par Antoine Leroux de Lincy ; troisièmement, des procès-verbaux de 1630 qui mentionnent le «logis de l'armureurie » ; quatrièmement, du fait qu'il semble assez logique que le « jardin du roy » soit clos et séparé de la basse-cour ; et enfin, du fait que la mode des orangeries se répandit dès l'arrivée de Pacello da Mercogliano en France puisqu'il se chargea d'en installer une à Blois dès 1500. Il est donc possible que le jardin ait toujours été clos, que le logis de l'Armurerie soit contemporain du jardin de Charles VIII et Louis XII, et que sa conversion en logis canonial soit postérieure au départ définitif du roi en 1560. Cependant, on note sur la « Vue » de Jacques Androuet du Cerceau que la façade tournée sur le jardin, parfaitement ordonnancée, avec des pilastres séparant les travées et des frontons au sommet des lucarnes, ne saurait dater des travaux de Charles VIII (1483-1498), ni même de Louis XII (1498-1515). Les seuls travaux de François Ier (1515-1547) qui soient documentés datent des années 1515-1518 et même pour cette date une telle façade serait précoce. Les façades des deux corps de logis dans la cour du donjon de Fontainebleau sont assez proches. On sait toutefois qu'il quitta le Val de Loire pour la région parisienne au milieu de la décennie 1520-1530 et qu'il y a peu de chance que des travaux soient postérieurs à cette date. Si la représentation de Jacques Androuet du Cerceau est valable, le logis aurait donc été achevé pour François Ier, voire rhabillé sous Henri II (1547-1559) pour harmoniser cette façade à celle du logis d'Henri II et agrémenter le panorama du roi sur son jardin. Ce qui par ailleurs expliquerait que dans les procès-verbaux de 1630 il porte encore la dénomination de la dernière fonction qu'il a reçue, tout comme le nouveau logis de Charles VIII qui est appelé le logis de la reine à cause des appartements de Catherine de Médicis qui y prirent place. Enfin, l'orangerie a sans doute été mise en place sous Charles VIII à l'extrême fin du 15e siècle, peut-être sous l'impulsion de Pacello da Mercogliano dont la résidence est attestée à Amboise. La fontaine Quant à la fontaine que figure Jacques Androuet du Cerceau, le sondage n°2, réalisé au centre du jardin visait à retrouver ses éventuelles fondations et les traces de l'allée qui y menait. L'allée n'a pas été retrouvée dans les couches datant du 15e ou du 16e siècle ; à son emplacement, au sein de la coupe de la fosse, une allée est lisible mais juste sous le niveau du sol actuel, ce qui la date au mieux du 19e siècle. Enfin, nulle structure pouvant correspondre aux fondations de la fontaine n'a été rencontrée, mais la surface du sondage étant limité, il n'est pas non plus impossible que la fontaine ait été implantée hors de cette zone - le long du portique nord selon notre hypothèse. Par ailleurs, le compte de construction du château pour l'année 1495-1496 atteste bien le fait que l'on ait essayé de mettre en place une fontaine comme on le fera à Blois ou à Gaillon quelques années plus tard. Toutes sources confondues, voici donc la description que l'on peut proposer du jardin du début du 16e siècle. Ce jardin mesurait au maximum 95 m de long par 32 m à 36 m de large, si l'on considère qu'il venait jusqu'au pied du nouveau logis de Charles VIII. Si l'on mesure la longueur depuis l'aplomb du portique des Quatre Travées - qui correspond à l'extrémité ouest du logis d'Henri II - il ne faisait plus que 80 m de long. Il était bordé au nord de trois belvédères construits en encorbellement dans le rempart, et dans la maçonnerie duquel, par ailleurs, les vestiges de baies à meneaux sont encore visibles. Au bout du rempart nord, une porte surmontée du porc-épic de Louis XII ceint d'une frise renaissante, donnait accès à une terrasse haute à laquelle on montait sans doute par une vis. La beauté du porc-épic mérite une description détaillée : placé dans un cadre rectangulaire duquel débordent ses épines, l'animal porte une cotte de maille sur son cou qui constitue la seule partie vulnérable de son corps. Sa tête et son dos sont couverts de sa carapace naturelle dont le rendu réaliste est particulièrement réussi. La frise se compose d'une succession de graines, de feuilles d'acanthes, et de cannelures ornées, séparées par un savant jeu de doucines qui tranchent avec les arrêtes vives des baguettes. De part et d'autre de la porte, s'observent les vestiges d'un faux-appareil de briques peint qui témoigne du succès de ce matériau à l'époque. À l'est, devant la terrasse haute, il y avait peut-être une galerie, mais seul Jacques Androuet du Cerceau la mentionne. Au sud, contre le mur en brique et pierre qui soutient le terrain surplombant le jardin, s'étendait une autre galerie plus large que celle du nord. Il est possible que le jardin n'ait comporté que de grands carreaux comme en 1708 puisque l'on peut en restituer quatre identiques à ceux de ce plan en supprimant le logis d'Henri II ajouté postérieurement. Enfin, il y avait bien un point d'eau dans le jardin mais nous ne connaissons ni son profil ni son emplacement exact. Pour conclure, notons la position particulièrement équivoque du jardin pour lequel le rempart austère est orné de belvédères délicatement sculptés. Cette partie des murs qui donnent sur la Loire résume toute l'ambiguïté stylistique et fonctionnelle du château d'Amboise.

Plans plan rectangulaire régulier
Techniques sculpture
Représentations porc-épic de Louis XII
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Les archives concernant le jardin du château d'Amboise

    Dès la fin de l'année 1497, Pacello da Mercogliano est cité dans un compte :

    - Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 11350, f°1 r° : « Estat des gaiges que le roy nostre sire a ordonnez aux ouvriers et gens de mestier qu'il a fait venir de son royaume de Secille pour ediffier et faire ouvraiges a son desir et plaisir a la mode d'Ytallye, et ce pour ung an entier commencant le premier jour de janvier mil CCCC IIIIXX dix sept et finissant le dernier jour de decembre mil CCCC IIIIXX et dix huit. Lesquelz ledit sieur veult et entend estre payez par Jaques Taillandier a ce commis en la maniere qui s'ensuyt : A Don Passello, jardinier, pour semblable cause et au feur de 20 ducatz de Carline par moys a ladicte raison, vallant par an 325 l. t. ».

    Un fragment de compte daté de l'année 1501 livre quelques informations sur les travaux réalisés par Louis XII (1498-1515). Sont mentionnés : des tours de charroi pour du bois carré ; dix livres de plâtre ; des journées de travail de manoeuvres et de maçons « au talus dudit chastel devers le Petit Fort » ; des journées de maçons et de manoeuvres aux mois de février et mars qui travaillent au jardin ; et l'achat de « douze autain de pommiers, poiriers et guigners qu'il a baillez pour planter au verger dudit chastel ». Les arbres fruitiers sont destinés au « verger » que l'on distingue volontairement du jardin. Or, dans le procès-verbal d'état des lieux de 1761, le verger est positionné au-dessus du logis canonial alors que le jardin est situé à côté, emplacement qui correspondrait sur le plan de 1708 au « terre plein » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°9r°-11r°).

    Dans son procès-verbal de 1708, Robert de Cotte énonce clairement le rôle des buttes orientales du rempart de la porte des Lions qui dominent le jardin :

    - Bibliothèque nationale de France, Est, Hd 135 t.4, dossier 1629 (extrait du conseil d’État) : Devis de restauration du château d'Amboise en 1708, f°5 : « [...] La démolition de plusieurs vestiges de batimens du même côté et huit cent toises cubes ou environ de terre qui ont étés portées aux deux côtés de la porte pour servir d'épaulement dans les temps de guerre, le transport d'icelles partie dans la cour et partie dans la campagne [...] ».

    Mais on ne sait cependant pas dans quelle mesure cette affirmation se vérifie ; est-ce un constat de Robert de Cotte ou une interprétation ? Cependant les résultats des sondages réalisés en 1993 dans les jardins ont révélé l'absence, dans le sol, de matériel datant d'une longue période comprise entre l'époque antique augustéenne et le XVe siècle, ce qui prouve que l'endroit a été décaissé. On peut supposer que pour éviter de déblayer la terre - quelques 6 000 à 7 000 m3 - une partie aurait été entassée le long du rempart. Dans ce cas, ces buttes - représentant 1 500 à 2 000 m3 - seraient contemporaines du jardin de Charles VIII.

    Le procès-verbal du 2 avril 1808 fait état des plantations du jardin et mentionne les vestiges de l'escalier à doubles volées qui devance la butte :

    - Archives nationales, O² 1383, f°51 du procès-verbal du 2 avril 1808 : « Dans sa partie la plus profonde dudit jardin bas et au dessous de la grande allée de charmille est une partie de gros murs en ruine totale dont la réparation serait très dispendieux et très inutile : il convient laisser écrouler les murs supérieurs qui finiront par prendre son talus naturel d'où ne résultera aucune difformité ».

  • Précisions sur les disposition du jardin du château d'Amboise sur les archives iconographiques

    Sur le plan de 1708, le jardin apparaît dans un état proche de celui que représente Jacques Androuet du Cerceau, mais le nombre de parterres est passé de dix à trois et seule la section nord de la galerie existe, les sections est et sud de la galerie ainsi que la fontaine centrale ayant disparu. La galerie nord du jardin était déjà détruite en 1806-1808 lorsque le procès-verbal de démolition fut dressé. D'ailleurs sur le plan géométral levé par Jean-Bernard Jacquemin le 20 juin 1807, l'empreinte des galeries se lit encore dans l'implantation des tilleuls semés sur la terrasse mais aucune maçonnerie n'est figurée. Dans le procès-verbal de 1761, les structures architecturales ne sont quasiment pas citées, à l'exception d'un gros mur correspondant à l'escalier à doubles volées droites situées à l'est du jardin bas. Sur le plan de 1708, le jardin se répartissait comme aujourd'hui en un jardin bas et en un jardin haut, placé sur des buttes, auquel on accédait par l'escalier. Enfin, en 1806, il était aussi prévu d'aménager le ravelin, au-delà de la porte des Lions, en jardin à l'anglaise.

    Finalement, la description la plus proche du jardin d'origine est certainement celle du procès-verbal de 1708, sachant que le logis d'Henri II lui a été ajouté et qu'au moins la galerie sud a été abattue :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°8r°-v° : « [...] Ledit jardin de quarante toises de longueur sur quinze toises de largeur, non compris l'emplacement de la gallerie qui est à costé, distribué en trois grands carrés avec allée et plattes bandes le long duquel au Nord règne une gallerie de trente huit toises de long sur douze pieds de large de dehors en dehors, lambricée en ance de pannier, avec bousillage à terre. Devant laquelle au Midy est un mur d'appuy en pierre de taille et partie en brique élevé à deux pieds deux poulces de hauteur sur lequel est construit une charpente en potteaux, seuilles et sablières contenant soixante-quatre arcades ceintrées en bois de charpente, compris trois portes [...] ».

    D'après cette description, ce n'était pas une cinquantaine d'arcades qui bordaient le jardin comme le dessine Jacques Androuet du Cerceau, mais plus de soixante-quatre.

  • Le logis de l'Armurerie bordant le jardin à travers les archives

    Dans les comptes de l'argenterie de François Ier, il est fait mention en 1515 d'un tableau destiné au logis de l'Armurerie :

    - Archives nationales, KK 289, f°500v° : « [...] A Francisco Gale, millanais, la somme de trois cens cinquante escuz d'or au sonleil, a luy ordonnee par le roy nostresire, pour l'achapt et payement d'un grant tableau de toille ouquel est la Sene en peinture, que le roy nostredit sieur a fait prandre et achapter de luy et icelluy fait mectre en la salle de son armurerie de son chastel d'Amboise ; pour ce cy, par vertu dudit roole et quictance dudit Gale, cy rendu ladicte somme de 350 escus sonleil, vallant 700 l. t. ».

  • Les galeries bordant le jardin du château d'Amboise
    Les sondages ont pu valider l'existence des galeries nord et sud. De largeurs inégales, d'après le sondage n°1 celle du nord mesurait 2,85 m de large et d'après le sondage n°3 celle du sud à 3,95 m. Les archéologues, constatant le pendage naturel du terrain orienté nord-sud, expliquent que la galerie sud ait été plus large par le fait que les fondations de la structure étaient plus stables de ce côté. L'observation des fondations des ouvrages leur permet d'affirmer que les fondations de la galerie nord, construites en blocs de calcaires irréguliers, mortier de chaux et enduites de mortier, présentaient une largeur de 65 cm pour une hauteur de 1,20 m. Au-dessus prenait place des pierres de taille constituant le mur de la galerie. Les premières pierres de taille ont été retrouvées 75 cm sous le niveau du sol actuel, ce qui donne approximativement le niveau de circulation de la galerie. Ce niveau est à présent enfoui sous une couche de comblement, au sein de laquelle les sondages ont retrouvé de nombreux tessons de briques et d'ardoises, ce qui correspond en effet avec les projets décrits dans les procès-verbaux de 1806-1808 où il est prévu de réutiliser les matériaux, qui ne seront pas récupérés lors des démolitions, sous forme de remblais. La galerie sud reposait quant à elle sur des fondations de 50 cm de large pour 55 cm de haut construites en moellons de tuffeau. Le mur septentrional de la galerie sud n'a pas été observé, mais on connaît son mur méridional aujourd'hui appelé « mur du logis canonial». Le niveau de circulation a pu être situé grâce à la trace de mortier fixant le carrelage retrouvée à 56 cm sous le siège du banc d'une des niches. De ce côté, le remblai présentait les mêmes tessons de brique et ardoise mais sur une épaisseur limitée à 40 cm du fait du pendage du terrain.

    Il semble donc que les galeries nord et sud n'aient pas été construites dans le même matériau. On notera par ailleurs le décor que porte ce mur de soutien. Arborant un appareil de brique et de pierre, il est régulièrement agrémenté de bancs ménagés dans des niches, et de faux créneaux animent le sommet du mur aveugle. Ce type de décor est à rapprocher de celui du château du Moulin à Lassay-sur-Croisne, un château construit par Philippe du Moulin, chambellan de Charles VIII entre 1480 et 1501.

    Sur son « Plan » gravé, Jacques Androuet du Cerceau figure pour les galeries 27 travées au nord, 9 à l'est et 11 au sud ; sur son plan dessiné il ajoute 2 travées supplémentaires au nord. Nous n'avons aucun moyen de vérifier l'existence de la galerie orientale qui aurait pu exister en avant de la terrasse haute et qui depuis aurait été recouverte d'une butte de terre. Cependant, sa position en contrebas de la terrasse aurait été pour le moins étrange. Pour la galerie nord, dans les deux représentations, les belvédères sont accessibles depuis la galerie. Tandis que la galerie semble fermée, chauffée de cheminées et éclairée de larges croisées, deux des belvédères donnent à l'air libre. La « Vue du costé de la riviere de Loire » confirme cette ordonnance, et le procès-verbal de 1761 également. Le premier belvédère le plus proche du portique des Quatre Travées était à l'inverse couvert et il semble qu'il ait fait plutôt office de petit cabinet bucolique ayant vue sur la Loire.

    Les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau donnent aussi une idée du profil des arcades qui bordaient la galerie. De simples colonnes auraient ainsi soutenu la charpente en appentis. Mais encore faut-il considérer que la représentation est parfaitement fidèle. Celle des belvédères bien que stylisée, est en effet assez proche de ce que l'on observe encore aujourd'hui. La fiabilité du dessin des parterres est, quant à elle, difficile à évaluer car elle relève plutôt d'un modèle commun au XVIe siècle.

  • Précisions sur la fontaine centrale du jardin du château d'Amboise

    Le compte de construction du château pour l'année 1495-1496 témoigne des tentatives de mise en place d'une fontaine ; Pierre Vigot fut ainsi dédommagé en 1496 :

    - Fondation Saint-Louis, compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496, f°279v° : « Pour les pertes et daimaiges qu'il a euz et soustenuz a cause de son moulin et de ce quj ont esté rompuz et gastez pour ferre l'essay d'une fontaine estant en ladite terre que ledit seigneur a intencion et est deliberé faire venir en son dit chastel dont pour ce ledit molin a chommé et discontinue de mouldre par l'espace de troys ans ou environ et aussi pour aider a paier la rente qu'il doit dudit moulin et terres au seigneur du Feuillet a esté paye par ledit Blandin commis dessusdit la somme de deux cens livres tournois a luy ordonne par le Roy nostre sire pour les causes que dessus ainsi que par les lectres dudit seigneurs certifficacion ou mandement dudit Dezest tresorier dessus nommé et quictance dudit Vigot attaichee ausdites lectres et certifficacion cy rendue peult apparoir pour cecy 200 l. t. ».

    En outre, Léonard de Vinci consigna dans ses carnets que le château d'Amboise avait une fontaine sans eau :

    - Pedretti Carlo, Leonardo da Vinci, The royal palace at Romorantin, Cambridge, Massachusetts, 1972, fig. 133, reproduction du Codex Atlanticus 296 r-a, ca. 1518 : « Studies for the mechanism of a fontain, with the note : Amboise has a royal fountain without water ».

    Si l'on ne sait à quelle date le vivier fut mis en place, sa présence au sein du jardin est en revanche bien avérée par l'achat « d'une sarrure aboce mise a l'uys du vivier » figurant dans le compte de château de 1495-1496 (Fondation Saint-Louis, compte de construction du château d'Amboise pour l'année 1495-1496, f°161r°) et de « treize toises de tuaulx de terre [...] pour servir au vivier du jardin dudit chastel » (idem, f°226r°).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Nationales ; KK 289/1. Compte de l'argenterie du roi François Ier. 1517-1518.

  • Archives Nationales ; KK 289/2. Compte de l'argenterie du roi François Ier. 1517-1518.

  • Archives nationales : O2 1383. Prise de possession du château d'Amboise par la sénatorerie d'Orléans le XI brumaire de l'an 12. Rapport des architectes en 1803-1811. Démolitions au château à la même période.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fond Laurence Berluchon : 22 J 34. Jardins d'autrefois et d'aujourd'hui à Amboise. XXe siècle.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, 22 J : Fond Laurence Berluchon : 22 J 48. Jardins Renaissance à Amboise. XXe siècle.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950. 1699-1761. Procès-verbal d'estimation du château d'Amboise, procès-verbal de prise de possession par le duc de Choiseul. 1761.

  • Bibliothèque nationale de France, Pièces Originales, Vol. 2334, dossier 52557, pièce 31. Fragment de compte d'aménagement du jardin. 1501.

  • Fondation Saint-Louis, château d'Amboise. Compte de construction du château d'Amboise, tenu par Alixandre Blandin. 1er octobre 1495 - 30 septembre 1496, 285 f°.

Documents figurés
  • Château d'Amboise, plan de 1708. Passage d'entrée, premiers offices du logis des Sept Vertus, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, rez-de-chaussée du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Deuxième étage du Logis des Sept Vertus, premier étage du logis dit de Louis XI, rez-de-chaussée bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, deuxième étage du bâtiment sur Loire, troisième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et grenier du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, Deuxième étage du bâtiment sur Loire, deuxième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et rez-de-chaussée du logis d'Henri II. (Archives Nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Plan du château d'Amboise. Plan de masse aux 1er et 2e étages (échelle 50 toises)/Robert de Cotte, dessin à la plume, encre lavis et aquarelle, 1718. (Bibliothèque nationale de France, est, Va 407 (A), Format 4, (Mfilm 183718, 183719 et 183720).

  • Plan géométral du château d'Amboise/Jean-Bernard Jacquemin. Plume et lavis à l'encre de Chine, encre sanguine sur papier bleuté, 1800. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°137 Destailleur, microfilm A31632).

  • Porte découverte en 1832 sur la terrasse du château d'Amboise/ Jean-Baptiste-Joseph Jorand, dessin à la mine de plomb et lavis à l'encre brune sur papier teinté, 1832. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°141, Destailleur (Mfilm A31637), cf. lien web Gallica).

  • Vüe du château royal d'Amboise ; Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs ; Troisième vüe de l'intérieur de la cour du château/ Jacques Rigaud. Dessins préparatoires à la plume et lavis à l'encre de Chine, début du XVIIIe siècle. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°138, Mfilm A31633).

  • Château, porte au porc-épic où se blessa Charles VIII [légende erronée puisque cette porte date assurément du règne de Louis XII (1498-1515) et non de Charles VIII (1483-1498)], n.s. n.d. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, Photothèque : 0084/037/3001 : 45-F-3010).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • BELBENOIT, Vincent, LORANS, Élisabeth, FRANCOIS, Serge. La terrasse est du château d'Amboise (Indre-et-Loire). Rapport de sondages. 1993, 28 p., 24 fig. et 10 cl., (manuscrit dactylographié).

  • BOUDON, Françoise, BLECON, Jean, collab. GRODECKI, Catherine. Le château de Fontainebleau de François Ier à Henri IV, les bâtiments et leurs fonctions. Paris, 1998.

  • BOUDON, Françoise. Jardin d'eau et jardins de pente dans la France de la Renaissance. In Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa aux XVe et XVIe siècles, actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 137-183.

  • DAGNAS-THOMAS, Évelyne. Amboise, le grand dessein de Charles VIII. Poitiers : Université de Poitiers : mémoire de Maîtrise, sous la direction de Jean Guillaume : 1991. 3 vol., 182 p., 206 p. et 44 p., (manuscrit dactylographié).

  • GUILLAUME, Jean. Le jardin mis en ordre, jardins et château en France du XVe au XVIIe siècles. In Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa au XVe et XVIe siècles, actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 103-136.

  • GUILLAUME, Jean. Y a-t-il un « jardin de la Renaissance ? Introduction aux actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, Architecture, jardin et paysage. L'environnement du château et de la villa au XVe et XVIe siècles, sous la direction de Jean Guillaume, Paris, 1991, p. 7-8.

  • PEDRETTI, Carlo. Leonardo da Vinci, The royal palace at Romorantin. Cambridge, Massachusetts, 1972, fig. 133.

Périodiques
  • LE ROUX DE LINCY, Antoine. Inventaire des vieilles armes conservées au château d'Amboise. Bibliothèque de l’École des Chartes, Tome IV, 2e série, 1847-1848, p. 412-422.

  • THOMAS, Évelyne. Les logis Royaux d'Amboise. Revue de l'Art, n° 100, 1993, p. 44-57.

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