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L'architecture rurale du Parc naturel régional de la Brenne

Dossier IA36007519 réalisé en 2019

Fiche

Créé le 22 décembre 1989, le Parc naturel régional de la Brenne s’étend sur le quart sud-ouest du département de l’Indre. D’une superficie de 183 000 hectares, il comprend 51 communes (depuis 2010) et compte environ 33 000 habitants. Sa densité de population, de 18,47 habitants par hectare, est l’une des plus faibles de la région Centre-Val de Loire.

D’étangs en vallées, les prairies, les buttons1 de grès si caractéristiques de la Grande Brenne, les landes, le bocage composent une mosaïque de paysages naturels et agricoles liés aux modes de faire-valoir traditionnels, eux mêmes tributaires d’une géologie locale très diverse. C’est pour ses richesses faunistique et floristique et pour son caractère de zone humide internationale que le Parc naturel régional tire son label. Pourtant, son patrimoine culturel ne démérite pas. Pays de frontières, entre Berry, Touraine, Poitou et Marche limousine, le territoire est soumis à des influences multiples dont témoignent tant son histoire longue, son architecture, que ses traditions et ses paysages.

1. Paysages, genèse du territoire et pratiques rurales emblématiques de la Brenne

1.1. L’identité paysagère

La grande variété géologique du territoire a conduit à la mise en œuvre de pratiques rurales spécifiques à l’origine des six entités (ou sous-unités) paysagères identifiées. Lesquelles sont, pour la plupart, apparentées aux régions naturelles de l’Indre circonscrites au 20e siècle.

La Grande Brenne.La Grande Brenne.Située au nord du cours de la Creuse, la Grande Brenne, également appelée Brenne centrale ou Brenne des étangs, est le cœur identitaire du Parc. Elle est constituée d’une mosaïque de milieux naturels où s’interpénètrent l’eau, les bois, les landes et les prairies, parfois dominées par des buttons. Ceux-ci résultent de l’érosion des grès : les plus tendres ont donné certains sables que l’on trouve en surface sur l’argile, les plus résistants ont formé ces buttes donnant avec les étangs son cachet unique au paysage brennou. La nature des sols, pauvres, argilo-gréseux, difficiles à exploiter car trop humides en hiver et desséchés en été, a conduit l’homme à créer de nombreux étangs et à privilégier l’élevage au détriment de la céréaliculture.

La Queue de Brenne, située dans le nord-est du Parc, comporte moins d'étangs et de buttons que la Grande Brenne, mais présente des caractéristiques géologiques et pédologiques similaires. Située au sud de la Creuse, la Petite Brenne abrite aussi des étangs, mais en moins grand nombre que sa grande sœur. Son plateau est recouvert d’un important manteau forestier. Le relief est intermédiaire entre les collines du Boischaut, au sud-est, contrefort du Massif Central, et le plateau blancois, au nord-ouest.

Le pays d'Azay.Le pays d'Azay.

Dans le nord-ouest du Parc, le Pays d'Azay, dont l’assise géologique est essentiellement composée de calcaire tendre (le tuffeau), est une zone de cultures rattachée à la région agricole du Boischaut nord. Il n’en demeure pas moins une zone de transition avec la Touraine. La forêt de Preuilly et la vallée de la Claise forment deux éléments importants de cette entité aux paysages ouverts. La vallée du Narçay crée une limite paysagère forte entre la Brenne encore bocagère et boisée et les zones de grandes cultures où les systèmes de haies ont disparu.

Le Pays Blancois, fortement marqué par la présence de vallées entaillées dans le calcaire (du Jurassique similaire à l’assise principale de la Champagne Berrichonne dont on retrouve les prémisses de l’autre côté du Parc, vers Neuillay-les-Bois), marque la frontière entre le Berry et le Poitou. Les paysages y sont très variés avec des plateaux agricoles et des vallées alternant paysages jardinés, fonds prairiaux, falaises rocheuses et versants boisés marqués.

La vallée de la Creuse.La vallée de la Creuse.

Les vallées de la Creuse et de l’Anglin. Entre Saint-Gaultier et Tournon-Saint-Martin, la Creuse, rivière domaniale avec peu d'affluents, offre une ligne de rupture paysagère entre le nord et le sud du Parc. En amont du Blanc elle serpente dans une plaine alluviale bordée de coteaux boisés, tandis qu’en aval elle est bordée par des falaises calcaires. Sur les rebords des plateaux se sont développés des prés maigres sur calcaires ou "pelouses calcicoles". L’Anglin possède de nombreux petits affluents, surtout au sud, bordés de prairies humides et ponctuellement de tourbières.

Le bocage du Boischaut sud.Le bocage du Boischaut sud.

Les paysages de bocages du Boischaut sud sont fortement cloisonnés par une maille bocagère encore dense, notamment dans les secteurs escarpés ; le relief collinaire est assez marqué notamment au sud-est ; le réseau hydrographique est encaissé, constitué de cours d'eau (Anglin et affluents) et de quelques étangs ; on y trouve trois sous-entités, le bocage du Boischaut sud (bocage dense) au sud-est, le bocage remembré des Terres Froides du Poitou (bocage ouvert) à l’ouest et le bocage de transition en cours d’ouverture au nord, ces trois grandes familles étant traversées par un système de vallées et de vallons.

1.2. Les pratiques agraires dominantes : agropastoralisme et pisciculture

L’agropastoralisme revêt dans le Parc de la Brenne divers aspects, selon l’entité paysagère dans laquelle on se trouve. Si les plateaux calcaires des pays blancois, d’Azay et des vallées de la Creuse et de l’Anglin sont plutôt dédiés à la céréaliculture et à la polyculture, Grande, Petite et Queue de Brenne ainsi qu’une partie du Boischaut sud restent avant tout des terres d’élevage, surtout extensif (ovin, caprin, bovin).

Le centre du Parc a été marqué par l’enfrichement dans les années 1980 et 1990, en raison de la déprise agricole, du recul de l’élevage extensif et du développement de loisirs comme la chasse, mais ce phénomène semble s’atténuer depuis une dizaine d’années. Certains secteurs sont même concernés par le développement des cultures, lorsque les sols le permettent. En Petite Brenne, on observe une certaine progression des massifs forestiers et des boisements en périphérie d’étangs.

Les pays blancois et d’Azay, terres de cultures, ont été touchés très tôt par les remembrements et les mutations liées aux évolutions de l’agriculture (3e quart du 20e siècle). L’exploitation intensive des terres riches a entraîné l’élargissement du parcellaire, la quasi-disparition des haies et la mise en culture des fonds de vallées.

Étang de la Grande Brenne et sa bonde à pilon.Étang de la Grande Brenne et sa bonde à pilon.La pisciculture en étang demeure la pratique rurale emblématique de la Brenne. On dénombre aujourd'hui plus de 3000 plans d'eau dans le périmètre du Parc, mais les effectifs sont en constante évolution. Le secteur de loin le plus fourni est la Grande Brenne, qui totalise plus de 7 000 ha ennoyés. La surface totale en eau dans le Parc dépasse aujourd’hui les 9 000 ha. Le nombre de plans d'eau a surtout augmenté à partir des années 1960. Ce phénomène appelé "prolifération des étangs" désigne ce développement non concerté des pièces d'eau et l'émergence de nouvelles formes de construction.

La plupart des étangs est aujourd'hui le support de pratiques piscicoles. Cette filière s'appuie sur le principe de l'élevage extensif en étangs spécialisés, lesquels sont pêchés par vidange complète. Avec environ 1300 tonnes de poisson pêché par an, la Brenne est la seconde productrice française après la Dombes et compte parmi les 20 grandes régions piscicoles européennes.

1.3. Aperçu de la genèse du territoire identitaire

Avant de devenir un Parc naturel régional, la Brenne était depuis déjà des siècles un espace dont les sociétés du passé ont su reconnaître les spécificités. Elle a été érigée avec le temps en territoire par son histoire sociale et environnementale.

1.3.1. Paysages, territorialité et occupation archéologique du sol de la Brenne à l'Antiquité et au haut Moyen Age

Écrit au plus tard au 10e siècle, le récit de la vie de saint Cyran, fondateur, au milieu du 7e siècle, des deux plus anciennes abbayes brennouses, évoque l’existence d’une contrée appelée saltus Brioniae, située aux confins de la Touraine, du Berry et du Poitou que les premiers érudits locaux ont assimilé à un espace ancestral sauvage et humide. On pense aujourd’hui que ce terme latin désigne un territoire assez vaste, au statut juridique particulier mais dont les paysages étaient certainement multiples. Quant au nom même de Brenne, certainement est-il d’origine oronymique (toponyme de hauteur) car peut-être lié à la présence des buttons qui parsèment cette étendue.

Avant son apparition dans les textes, la Brenne est documentée par son patrimoine archéologique. Bien que fréquentée depuis la Préhistoire (notamment les vallées de la Creuse, de l’Anglin et de la Claise) et la Protohistoire, le territoire se distingue par une organisation spécifique au cours de l’Antiquité. Le territoire délimité par le Parc de la Brenne se trouvait à l’époque gallo-romaine en grande partie inclus à la cité des Bituriges (ancien territoire des gaulois Bituriges Cubes). Seule la partie à l’ouest du cours de la Creuse semble dépendre des Pictons (Poitou antique). Les opérations archéologiques récentes ont conduit à la découverte d'un très grand nombre de sites et d’indices de sites liés à la pratique sidérurgique en filière directe (notamment dans les fonds d’étangs préindustriels, pour la plupart médiévaux). L’activité revêt de très loin un caractère plus industriel au cours de l'Antiquité. La densité des sites est telle que l'hypothèse d'une zone de production sidérurgique est aujourd'hui avancée en Brenne. Elle aurait été implantée au sein ou au plus près des ressources forestières. Les recherches archéologiques régionales ont mis en évidence une occupation du sol antique différente selon les aptitudes agronomiques des sols : les ateliers sidérurgiques paraissent occuper les terrains aux sols oligotrophes, laissés aux formations forestières afin de constituer des réserves à charbon pour cette protoindustrie, tandis que les terrains calcaires semblent avoir préférentiellement attiré l’habitat et les exploitations agricoles.

L'hôtellerie de l'abbaye de Saint-Cyran (Saint-Michel en Brenne).L'hôtellerie de l'abbaye de Saint-Cyran (Saint-Michel en Brenne).C’est dans ces milieux, en partie transformés, hérités des gallo-romains que les moines bâtissent les abbayes de Saint-Cyran (anciennement Longoret) et de Méobecq au milieu du 7e siècle. Mais contrairement à ce qu’a pu prétendre la tradition, ceux-ci n’ont assaini aucun marais ni créé d’étangs, ouvrages dont on ne trouve la trace qu’à partir du milieu du Moyen Âge. La dynamique paysagère, révélée par l’analyse palynologique2 de tourbières historiques, est avant tout marquée par une régression de la forêt entre le début du haut Moyen Age et le milieu du Moyen Age central. Ces phases importantes de déboisement se traduisent par une réduction de la chênaie et s’accompagnent ponctuellement de la mise en place médiévale de la lande, formation végétale traditionnellement associée au paysage brennou. Ces déboisements médiévaux pourraient être liés à l’extension de l’espace agro-pastoral, l’exploitation non concertée des forêts, voire la poursuite d’une sidérurgie moins bien gérée.

1.3.2. La Brenne au Moyen Age : un territoire particulier aux influences régionales multiples

Les cités antiques ont donné leurs limites aux diocèses au Moyen Age. Ainsi les anciennes paroisses locales dépendaient pour leur grande majorité du diocèse de Bourges. Seules celles de Néons-sur-Creuse, Lurais, Ingrandes, Saint-Hilaire sur Benaize et une partie de Lignac étaient incluses à celui de Poitiers ; Tilly, à celui de Limoges. Alors que le diocèse garde sa cohérence et son unité jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le pagus (territoire civil sous l’autorité théorique d’un comte) ne survit pas à la fin du haut Moyen Age ; vers 920-930, il n’existe déjà plus. En fait, l’absence comtale est un temps compensée par la concentration des deux pouvoirs publics entre les mains de l’archevêque de Bourges, fidèle des souverains francs. Mais la déliquescence du pagus, liée au déclin de la dynastie carolingienne, a pour principale conséquence l’émergence précoce du pouvoir privé jetant les bases de l’ère féodale. Entre le début du 10e et le 13e siècle, les seigneurs locaux érigent le pagus en principautés et en châtellenies. Ces nouvelles institutions subissent très vite l’attraction des plus puissants féodaux voisins en implantant des familles qui leur sont dévouées. L’actuel territoire du Parc devient, à la fin du haut Moyen Age et au Moyen Age central, un terrain de lutte entre les ambitions territoriales du Berry, de la Touraine, du Poitou et de la Marche limousine.

Indépendamment du découpage des châtellenies et de l’obédience régionale de chacune d’entre elles, le "pays" de Brenne revêt une territorialité médiévale, comme le montrent quelques chartes anciennes où apparaissent les premiers suffixes de pays. Il s’agit des "en-Brenne" localisant un nom de paroisse, jugé trop commun, dans le "pays" où il se trouve renforçant l’idée d’appartenance (exemple : Saint-Michel-en-Brenne, Sancti Michaelis en Brena, en 1264). La perception populaire continue à en faire un "pays traditionnel" durant l’Ancien Régime mais les limites de cet espace, relevant de l’impression du vécu ordinaire, ne furent jamais réellement posées.

À partir du Moyen Âge central, le cœur identitaire du Parc de la Brenne prend progressivement l’aspect que nous lui connaissons. Au plus tard à partir du 14e siècle jusqu’au 16e siècle, des étangs de pisciculture sont construits en grand nombre par l’édification de barrages de terre en travers de nombreux petits talwegs qui parsèment le territoire. Ces étangs anthropiques ont été probablement créés à la faveur de l’arrivée en Europe occidentale d’un poisson adapté aux exigences et aux besoins des populations médiévales : la carpe danubienne (Cyprinus carpio carpio). La découverte de ce poisson extrêmement rentable conduit le pays de Brenne à se "spécialiser" dans l’élevage spéculatif du poisson. Un paysage inédit, stagnustre, était né. Il traverse, sans encombre, quasiment tout l’Ancien Régime.

1.3.3. Perceptions du territoire à l'époque contemporaine

Le 19e siècle est particulièrement difficile pour la Brenne qualifiée dorénavant de "mauvais pays". La période révolutionnaire particulièrement tumultueuse n’a pu mettre en place des projets durables de « dessèchement » des étangs telle que le préconise la loi du 14 frimaire An II (4 décembre 1793). Mais la notion de "mauvais pays" doit beaucoup aux Statistiques du département de l’Indre du préfet Dalphonse, publiées en 1804 et souvent citées en référence. Aujourd’hui, la Brenne dépeinte par cet auteur est considérée comme une exagération, révélatrice de la mentalité de l’époque à l’encontre des milieux humides. Médecins, ingénieurs et élus locaux, pétris d’hygiénisme et de positivisme, s’intéressent au problème de l’insalubrité de la Brenne "la plaie de l’Indre et même du centre de la France". La question est au cœur des débats et amène à reconsidérer la territorialité du vieux pays et à chercher les raisons de son état non plus seulement dans les pratiques agraires locales mais dans la nature des lieux. La région entre ainsi, au milieu du 19e siècle, dans la période dite de "l’assainissement de la Brenne". Mais celui-ci n’affecte pas durablement les étangs, puisque la majorité d’entre eux perdurent jusqu’au siècle suivant. L’économie piscicole en crise depuis la fin du 18e siècle n’est reprise en main par les pisciculteurs et propriétaires d’étangs qu’à partir du début du 20e siècle, à la faveur de la modernisation de la carpiculture en France. La Brenne entre alors dans l’ère de la pisciculture rationnelle qui voit la mise en œuvre de techniques d’élevage, de méthodes d’alevinage, de sélections animales et de gestion des étangs en provenance des pays du centre de l’Europe.

Prairie et queue d'étang de la Grande Brenne.Prairie et queue d'étang de la Grande Brenne.Aux 19e et 20e siècles, la perception populaire du "pays" cède progressivement le pas à une perception savante : celle d’une région naturelle. Par ce nouveau concept, l’accent est mis sur le déterminisme géologique, imposant à la végétation et aux hommes, les paysages et le choix des pratiques agraires. Son succès est révélateur de l’affirmation de l’œil scientifique, mais aussi d’un certain mépris pour le vocabulaire populaire dont le mot "pays" fait indéniablement partie. Du point de vue des géologues, la Brenne est d’abord un territoire à l’histoire et aux caractéristiques la distinguant très nettement des autres unités géologiques du centre de la France. Ses faciès siliceux datés de l’ère tertiaire portent d’ailleurs l’appellation nationale de "formation de Brenne".

Au début du 20e siècle, la Brenne, à l’identité pourtant bien affirmée, est considérée comme un pays en marge du Berry semblant subir les influences culturelles des provinces voisines. Le géographe Antoine Vacher en fait, comme la Sologne, un territoire gravitant autour de la seule région naturelle digne d’intérêt : la Champagne berrichonne. La Brenne s’y oppose "comme le mauvais au bon pays". Et c’est avec une certaine ironie que l’on constate à quel point la perception sociale de ces deux régions s’est inversée.

La notion de région naturelle est approuvée par l’État au milieu du 20e siècle. Dans le Berry, le découpage en arrondissements ou en cantons ne semble pas cohérent du point de vue de la géologie, des paysages, des pratiques sociales et des identités régionales. Pour y remédier, les arrêtés ministériels du 7 janvier 1955 et du 13 janvier 1964 posent les limites de quatre "régions naturelles" englobant les 6 790 km² du département de l’Indre : la Champagne berrichonne, le Boischaut (Boischaut sud), les Gâtines de l’Indre (Boischaut nord) et la Brenne s’étendant sur 34 communes et couvrant une superficie de 146 687 ha. Elle réunit trois grandes zones : la Grande Brenne, la Petite Brenne et la Queue de Brenne.

La création du Parc naturel régional, en 1989, et son extension en 2010 constituent les derniers avatars du territoire dit de la Brenne. Ce parc n’est plus celui de la région naturelle puisqu’il couvre, comme nous l’avons vu, également une partie du Boischaut et de la Gâtine de l’Indre.

2. Aperçu de l’architecture rurale de la Brenne

L’architecture rurale du Parc naturel régional de la Brenne s’apparente pour l’essentiel à l’architecture berrichonne. Mais le choix des materiaux et les caractères morphologiques rappellent, par endroits, autant le bâti de la Touraine que celui du Poitou. Au sud de la rivière Creuse, il accompagne la transition des paysages vers ceux de la Creuse ou du Limousin (la Marche). Les formes et les volumes de cette architecture sont tributaires des fonctions essentielles de l’habitat et des usages agricoles ou artisanaux. Les matériaux de construction disponibles, tirés localement, lient très fortement le bâti à l’environnement géologique où il est implanté.

2.1. Matériaux de construction

Les matériaux de construction, pierre, terre, bois, nuancent par leur texture et leur couleur l’unité apparente de cette architecture. L’architecture de grès rouge de la Grande Brenne est la plus fortement associée à l’identité du Parc. Le grès rouge est utilisé seul ou mélangé avec le grison, grès bigarré, blanc ou gris plus ou moins veiné d’ocre. Au sud de la Creuse, la pierre devient, en Petite Brenne, blonde (grès ocre et calcaire) mais on retrouve par endroits quelques poches d’un grès très ferrugineux, presque noir.

Partout ailleurs, le calcaire, tendre (“tuffeau” du Crétacé) ou dur (du Jurassique), domine.

Maison à murs en terre crue (Tilly).Maison à murs en terre crue (Tilly).La commune de Tilly, située à l’extrême sud du Parc, abrite un patrimoine bâti faisant figure d’exception : des constructions en terre crue (bauge et torchis).

Le bois, essentiellement le chêne, a été mis en œuvre pour fabriquer les charpentes et les poutraisons mais de façon beaucoup moins systématique pour les encadrements d’ouverture ; le matériau étant peut-être plus rare qu’on ne le pense à certaines époques. De ce fait, les constructions à pan-de-bois restent peu communes dans le périmètre du Parc.

2.2. Les spécificités de l’architecture rurale traditionnelle

2.2.1. Une architecture rurale modulaire et des volumes extensibles

Les proportions et les types des bâtiments sont reproduits de façon systématique à partir de modules fonctionnels, correspondant aux besoins fondamentaux de l’habitat et des pratiques rurales, essentiellement agro-pastorales et artisanales. Les combinaisons très variées des modules d’habitation et des annexes agricoles ou artisanales (granges, étables, “toits”, atelier, etc.) ont produit différentes formes de l’architecture rurale locale parmi lesquelles :

- la maison du journalier (ouvrier agricole qui travaillait à la journée). On rencontre encore des maisons de journaliers faites d’un seul module : une pièce, équipée d'une cheminée et d’un évier, parfois d’un four. Sa surface (5 à 5.50 m de large par 5 à 6 m de long) est déterminée par la taille des poutres disponibles. La hauteur des murs est basse, à l’origine 2 à 2.50 m à l’égout. Au 19e siècle, le développement de l’emploi de la chaux permet d’augmenter les hauteurs des murs de façade qui s’élèvent alors jusqu’à 3-3.50 m.

Locature (ou fermette) à Font-Retord (Mézières-en-Brenne).Locature (ou fermette) à Font-Retord (Mézières-en-Brenne).

- la locature juxtapose des modules d’habitation et de petits modules liés à l’exploitation agricole, le plus souvent, suivant une répartition linéaire de 10 à 30 m de long. Le terme longères qualifie parfois ces bâtiments de type ferme bloc-à-terre qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer des maisons à petites dépendances (agricoles ou domestiques).

- le domaine (grande exploitation agricole) combine les modules d’exploitation et d’habitation autour de l’espace central rectangulaire de la cour de ferme. Les angles de la cour sont souvent ouverts, pour accéder facilement aux terres de l’exploitation. Le domaine a pu appartenir autrefois aux élites rurales. Il est alors exploité en faire-valoir indirect (fermage ou métayage).

dans les bourgs, on retrouve ce principe modulaire, mais ici l’extension se fait aussi en hauteur. On compte toutefois rarement plus de deux niveaux. On voit aussi dans quelques villages des maisons bâties en entresol sur des caves ou des celliers à demi-enterrés. Le premier niveau est desservi par un escalier extérieur.

2.2.2. Une économie de construction et une richesse de détails

L’économie de construction, par manque de matériaux et de moyens, est un trait caractéristique de l’architecture locale d’où les astuces constructives comme par exemple le double emploi de certains encadrements de baie, le “bricolage” ou le réemploi. En effet, provenant de bâtiments plus anciens, les matériaux ont été, de tous temps, recyclés dans les nouvelles constructions rendant souvent aléatoire les datations.

Écu sculpté avec inscription et date portée au domaine de Ris-de-Feu (Chalais).Écu sculpté avec inscription et date portée au domaine de Ris-de-Feu (Chalais).L’architecture rurale est riche de détails, liés aux modes de construction ou aux usages ruraux (tailles de pierre, dates portées ou graffiti, détails de couverture, épis de faîtage, dessins dans l’enduit, etc.). Ceux-ci déterminent souvent des spécificités micro-locales qui se gomment peu à peu au fil de réhabilitations pas toujours heureuses.

1Éminences topographiques composé de sédiments argilo-sableux, le plus souvent de grès.2Étude des grains de pollen anciens en général piégés dans des sédiments
Aires d'études Parc naturel régional de la Brenne
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Références documentaires

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Liens web

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