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L'opération d'Inventaire de Nogent-le-Rotrou, du Moyen Age au début de l'époque moderne

Dossier IA28000297 réalisé en 2010

Fiche

Une finalité scientifique et publique :

La sélection de Nogent-le-Rotrou comme sujet d’étude est liée à un appel à candidatures lancé par le Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire. En 2011, la convention passée entre l’université François Rabelais de Tours et le service régional de l’Inventaire a permis de recruter un doctorant, dans le cadre d’un contrat doctoral de trois ans.

La convention a permis au doctorant de rédiger une thèse au sein du CESR, Centre d'études supérieures de la Renaissance, sous la direction d'Alain Salamagne1, soutenue en décembre 2017.

Le projet est doté d’une double direction scientifique, à la fois relative au service de l’inventaire et au CESR de la faculté François-Rabelais de Tours. Les résultats ont donc été soumis aux deux autorités avant d’être mis à disposition du grand public.

Durant le contrat, le doctorant a été chercheur associé au service régional de l'Inventaire : il devait réaliser des dossiers sur la ville et son patrimoine architectural selon les normes et méthodes de l’Inventaire. Un avenant à la convention initiale, d’une durée déterminée d’un an et demi, a ensuite été signé afin de permettre au doctorant de rédiger les dossiers dans les bases de données du service. Le rendu a été effectué sous forme de dossiers électroniques.

L’Eure-et-Loir étant, pour différentes raisons, moins étudié que d’autres départements de la région Centre-Val de Loire, il a été décidé de sélectionner une commune de ce territoire pour mener un inventaire dans le cadre du contrat doctoral évoqué. Celui-ci visait différents objectifs :

- de contribuer à la connaissance de la formation de la ville de Nogent-le-Rotrou et permettre sa comparaison avec d’autres villes intermédiaires étudiées par l’Inventaire comme celles de Blois (Loir-et-Cher), Saumur (Maine-et-Loire) ou Beaugency (Loiret) ;

- d’enrichir les connaissances sur l’architecture nogentaise et plus largement sur le Perche. Ce travail peut ainsi être associé à l’étude topographique menée depuis 2007 sur l’ensemble des communes rurales du Parc naturel régional du Perche ;

- de fournir un document de référence à la commune de Nogent-le-Rotrou, afin qu’elle puisse envisager des projets dans les domaines de l’aménagement du territoire, la gestion de l’espace, l’urbanisme, le développement culturel et le tourisme.

Cette Thèse se propose d’appréhender les processus de formation de l’agglomération intermédiaire de Nogent-le-Rotrou, de son apparition depuis le 11e siècle jusqu’à la fin du 16e siècle. Trois approches complémentaires ont été retenues, afin d’interroger les relations entre le tissu urbain (parcelle, voirie, bâti) et les sociétés qui l’ont produit. L’inventaire topographique du bâti a ainsi permis de recenser et d’étudier les édifices encore en élévation, l’analyse des sources écrites, iconographiques et matérielles, de renseigner les acteurs urbains, la ville et les édifices qui y prennent place, et enfin l’approche morphologique, qui permet d’éclairer les transformations urbaines en abordant les formes transmises par le cadastre ancien.

La synthèse a été organisée en trois parties. Le corpus de preuves utilisé dans la synthèse se trouve dans le second volume.

- la première partie intitulée « de l’inventaire topographique à l’étude urbaine » pose le cadre documentaire et méthodologique de cette thèse. Les deux chapitres abordent la question de l’historiographie, des sources textuelles et matérielles d’une part, des méthodes mises en œuvre et des problématiques qui leur sont associées d’autre part.

- la deuxième partie intitulée « La capitale du Perche : Nogent-le-Rotrou du 11e à la fin du 16e siècle » fait la part belle aux acteurs urbains et aux répercutions spatiales et architecturales de leurs décisions. Composée de sept chapitres, cette partie chronologique ne correspond pas à une histoire linéaire mais à des éclairages ponctuels sur l’action de certains acteurs sur l’espace urbain (ville) au gré des sources écrites, iconographiques et matérielles disponibles. Elle met en relation les Rotrou, les moines de Saint-Denis, les chanoines de Saint-Jean et les bourgeois, avec l’espace urbain et les édifices qui y prennent place. Afin de ne pas alourdir le texte, les études architecturales mobilisées dans cette partie ont été livrées dans le volume 3.

- la troisième partie intitulée « Habiter à Nogent-le-Rotrou du 12e à la fin du 16e siècle » se propose d’aborder la question de l’habitat civil. Elle se compose de quatre chapitres chronologiques, formant une synthèse typologique sur les bâtiments civils qui composent le corpus architectural étudié dans les volumes 4 et 5.

Les dossiers d'inventaire exposés ici sont donc tous extraits du texte de la Thèse d'Hadrien Rozier.

Ces monographies et dossiers de synthèse ont été relus (2017-2018) par Florence Cornilleau (relecture scientifique), Marie-Amélie Guichard (relecture éditoriale), sous la direction de Claude Quillivic, chef du service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire. Loïc Stelitano, lors d'un stage au sein du service, a contribué à la mise en forme des dossiers de présentation et des édifices détruits.

Les notes de références n'ont pas pu être intégrées dans les textes des dossiers de présentation (IA28000297 : L'opération d'étude d'Inventaire de la ville de Nogent-le-Rotrou du Moyen Age au début de l'époque moderne, IA28000296 : Présentation de l'étude du patrimoine culturel et architectural de Nogent-le-Rotrou , IA28000298 : La ville de Nogent-le-Rotrou du Moyen-Age au début de l'époque moderne, IA28000397 : L'habitat civil de Nogent-le-Rotrou, IA28000364 : Les caves de Nogent-le-Rotrou), cependant, les références bibliographiques sont en très grande majorité présentes en bas de page.

Une municipalité motrice du projet :

La mairie de Nogent-le-Rotrou s’est engagée, dans le cadre d’une convention, à soutenir le projet se déroulant au cœur de son territoire. Grâce à ce précieux appui, il a été possible de mettre en place une collaboration pérenne avec un ensemble des services municipaux, (service de l’urbanisme, archives municipales et château Saint-Jean), mais également de bénéficier d’une facilité d’accès aux édifices municipaux.

I - Le cadre documentaire de la Thèse et des monographies d'édifices

Il s’agit ici d’identifier les sources mobilisées dans le cadre tant de la Thèse que de celui des dossiers d'inventaire. Après une courte présentation des ouvrages portant sur Nogent-le-Rotrou, les sources écrites, matérielles et iconographiques seront présentées.

Historiographie : l’apport des érudits locaux et des sociétés savantes

Les premiers ouvrages qui traitent de Nogent-le-Rotrou datent de la seconde moitié du 19e siècle. Ces travaux historiques ne documentent qu’indirectement la ville puisqu’ils portent majoritairement sur le comté du Perche et leurs seigneurs. Leurs auteurs, issus des sociétés savantes, occupent des professions diverses, sans relation avec le sujet des ouvrages publiés. A titre d’exemple, Louis Joseph Fret est prêtre tandis que Marc Anastase Parfait Oeillet des Murs est ornithologue. Leur propos bien qu’insuffisamment étayé, se fonde sur les cartulaires des abbayes percheronnes (Saint-Denis, Clairets, Tiron) et chartraines (Saint-Père), ainsi que sur les histoires du Perche des 15e et 16e siècles, transcrits et publiés à la même époque. Nogent-le-Rotrou y est résumé à ses édifices majeurs et aux seigneurs qui les ont bâtis. Ces informations sont elles-mêmes réduites à l’intérêt porté par les auteurs aux documents utilisés dans ces ouvrages. L’utilité de ces publications réside principalement dans les descriptions des monuments nogentais qu’elles proposent.

Nous retiendrons ainsi celles de Louis Joseph Fret qui décrit à la fin du 19e siècle des édifices, détruits ou altérés au cours du 20e siècle, à l’image du château Saint-Jean, de la chapelle Saint-Jacques de l’ Hôtel-Dieu, ou encore des églises paroissiales Saint-Laurent et Saint-Hilaire. A partir du dernier quart du 19e siècle, les imprimeurs Gustave Daupeley et Aristide Gouverneur publient un certain nombre d’articles et d’ouvrages sur Nogent-le-Rotrou dans Le Bulletin de la société d’Histoire et d’Archéologie d’Eure-et-Loir. Ces travaux se concentrent sur les monuments, l’industrie et plus généralement l’histoire de Nogent. Si l’intérêt historique de ces ouvrages reste limité, ils sont les seuls à documenter la ville, les travaux effectués sur ses monuments, ou les découvertes « archéologiques » réalisées à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.

Trois ouvrages publiés à la même époque sont à prendre en considération pour l’histoire de la ville : L’abbaye de Saint-Denis, Le château Saint-Jean de Nogent et Nogent-le-Rotrou. Le premier, écrit par Souancé et associé au cartulaire de l’abbaye, propose une histoire du monastère assortie de descriptions, de vues anciennes et de restitutions de ses bâtiments conventuels. L’absence de lien entre le cartulaire en latin et l’interprétation qui en découle rend cependant certaines hypothèses difficiles à vérifier d’une part et à situer dans le temps d’autre part. Certains droits apparaissent ainsi exercés par les moines dès le 12e siècle alors qu’à notre avis, ils ne sont attestés qu’à partir du 17e siècle. L’ouvrage, principalement fondé sur le cartulaire de l’abbaye est moins bien étayé après le 12e siècle, période après laquelle la plupart des chartes sont déjà écrites. Cela tend à minimiser les activités et les reconstructions dont le monastère fait l’objet aux 13e et 16e siècles. L’ouvrage n’en constitue pas moins l’une des seules références sur le monastère de Saint-Denis et plus largement sur la ville entre le 11e et le 13e siècle.

Le second constitue la première monographie du château Saint-Jean. Jousset de Bellême, médecin et propriétaire du château, y expose les travaux et les fouilles effectués sur le site au cours du 19e siècle. L’auteur est à l’origine des premières hypothèses de restitution proposées pour le château du Moyen Âge. Certaines d’entre elles, soumises aux fouilles réalisées par l’auteur, restent cependant invérifiables en l’absence de nouvelle recherche archéologique.

Le troisième, également écrit par Souancé, consiste en une histoire des principaux monuments et seigneurs de Nogent-le-Rotrou. L’ouvrage pose cependant les bases des connaissances actuelles sur la ville, notamment sa structure polynucléaire. Si l’ouvrage est insuffisamment étayé, il profite de l’inventaire des séries anciennes des archives départementales d’Eure-et-Loir publié à la fin du 19e siècle par Lucien Merlet, dont il offre ici une première interprétation. Des références sont également faites à des séries localisées à la BNF et aux archives départementales de l’Orne. Le livre offre également le premier inventaire architectural des maisons remarquables de Nogent, malheureusement l’absence de références précises rend les propos de l’auteur difficiles à vérifier.

A partir de la seconde moitié du 20e siècle, la création des Cahiers Percherons par Georges Massiot (1957-1962), dirigés ensuite par Philippe Siguret (1962-1992), inspecteur général des Monuments historiques, permet la publication de monographies, le plus souvent historiques sur les grands édifices nogentais, qui ont été utilisées comme documentation préliminaire pour l’inventaire topographique réalisé à Nogent. Inégales selon les auteurs, ces courtes monographies reprennent largement les travaux publiés à la fin du 19e siècle, sans forcément y apporter une réflexion critique. Elles n’en demeurent pas moins une source d’informations non négligeable.

Enfin, la publication de la thèse d’histoire de Claude Cailly, soutenue en 1989, intitulée « Mutations d’un espace proto-industriel : le Perche au XVIIIe et au XIXe siècle » a permis de mettre l’accent sur l’activité économique et artisanale qui prend place à Nogent dès le 17e siècle, notamment la production d’étamines s’imposant par la suite au 18e siècle. En 2004, le lancement d’un cycle de publications intitulées « Le roman des Nogentais » réunit les principales découvertes effectuées par les sociétés savantes et les chercheurs universitaires ayant travaillé sur Nogent-le-Rotrou durant la seconde moitié du 20e siècle.

Ainsi, Le roman des Nogentais : des origines à la guerre de Cent Ans propose une somme d’articles historiques portant principalement sur la dynastie des Rotrou, à l’origine de Nogent, leurs fondations et sur la ville elle-même. Se trouvent ainsi parmi les articles proposés les travaux de :

  • Florence Lepareur sur la ville de Nogent–le-Rotrou et son économie aux 14e et 15e siècles ;
  • Séverine Sureau sur les institutions hospitalières nogentaises ;
  • Kathleen Thompson sur la famille des Rotrou ;

L’intérêt historique des articles qui traitent de la ville est indéniable, l’absence de localisation des édifices identifiés par leurs auteurs est cependant regrettable. Nous retiendrons l’article de Joseph Decaens qui, en se fondant sur la morphologie du site castral et le cartulaire de Saint-Père de Chartres, pose l’hypothèse de l’existence d’un château à Nogent avant le 11e siècle.

Comme le premier opus, Le roman des Nogentais : de la Renaissance à la Révolution est composé d’articles historiques. Nous retiendrons ainsi les travaux consacrés aux cercles littéraires nogentais (16e siècle) et aux guerres de religion (seconde moitié du 17e siècle, qui éclairent une période de l’histoire nogentaise jusqu’ici méconnue. Au-delà de la publication d’une partie des travaux de Claude Cailly, déjà évoquée précédemment, l’ouvrage donne la transcription de plusieurs sources manuscrites inédites, tel l’inventaire des meubles du Château Saint-Jean (1607) ou l’aveu de la baronnie de Nogent-le-Rotrou (1648). Ces documents ont pu être utilisés d’une part pour restituer la distribution du château Saint-Jean et d’autre part pour étudier Nogent au 17e siècle. Les données contenues dans l’aveu fournissent des informations sur le foncier et sur l’immobilier nogentais. Il documente les édifices, leurs propriétaires et plus largement l’ensemble des infrastructures économiques et préindustrielles nogentaises. Malheureusement, la source n’est pas géo-référencée.

Si ces ouvrages posent les premiers jalons de la connaissance scientifique sur la ville, ils ne permettent pas d’appréhender sa matérialité. La relation entre les édifices étudiés et le tissu urbain sur lequel ils prennent place n’y est pas exploitée. D’un point de vue architectural, seuls le château Saint-Jean et l’abbatiale de Saint-Denis ont fait l’objet d’études au cours des19e et 20e siècles, les autres monuments nogentais et la question de l’habitat civil ne sont pas traités. Il est donc apparu nécessaire de proposer une synthèse urbaine faisant le lien entre les travaux publiés sur la ville et son architecture.

Les sources

Les sources écrites

La ville de Nogent-le-Rotrou n’a jamais été étudiée dans un cadre universitaire, il n’existe pas de documents de référence permettant de répertorier et de localiser les sources disponibles sur le sujet. Ce travail se propose donc de livrer un état des archives disponibles d’une part, et une description des sources écrites utilisées dans cette étude d’autre part. L’objectif de cette démarche est de proposer un document de référence afin de faciliter les études à venir sur le sujet et d’exposer les documents utilisés dans le cadre de ce travail.

Dans la mesure où les sources publiées sur Nogent-le-Rotrou n’ont jamais été analysées dans l’optique d’une étude à la fois urbaine et architecturale, notre travail s’est principalement borné à leur étude. Les transcriptions ont été limitées aux documents susceptibles de documenter la ville le plus largement possible (aveux, censiers-rentiers) et à ceux donnant des indications concernant les édifices qui y prennent place (baux). Les premiers ont été versés dans le volume d’annexes de la partie II portant sur Nogent-le-Rotrou (volume 2), tandis que les seconds ont été associés au dossier d’inventaire regroupant les études des bâtiments civils (volumes 3, 4 et 5).

Archives anciennes

Archives nationales

Les recherches effectuées aux archives nationales ont porté sur les séries :

  • 104 Mi : Cahiers de Dom. Lenoir.
  • J : Trésor des chartes
  • LL : Monuments ecclésiastiques,
  • P : Chambre des comptes et comptabilité,
  • Q : Titres domaniaux,
  • R : Papiers des Princes,
  • S : Biens et établissements religieux.

Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits.

Les recherches menées au département des manuscrits ont porté sur les fonds : Baluze ; Dupuy ; Duchesne ; Moreau ; Français ; Nouvelles acquisitions françaises.

Archives départementales d’Eure-et-Loir (28)

Les séries anciennes B (cour et juridiction) et E (féodalité, archives familiales,corporations) sont réparties entre les deux baillages seigneuriaux de la ville sous l’Ancien Régime, celui de Nogent-le-Rotrou et celui de Saint-Denis. Ces documents, principalement d’ordre notarial, sont datés entre le 15e et le 17e siècle.

La série G regroupe les archives du chapitre Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou parmi lesquelles figure son obituaire, publié au début du 20e siècle, et un certain nombre de baux récemment transcrits par Florence Lepareur.

La série H conserve les archives de plusieurs communautés religieuses nogentaises : l’abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou (fondée au 11e siècle) dont la copie du cartulaire (H 2601) a été publiée à la fin du 19e siècle ; le prieuré de Nazareth (17e siècle) ; le couvent des Ursulines (fondé au 17e siècle) et l’ hôtel-Dieu (fondé à la fin du 12e siècle). Les archives de l’abbaye de Tiron, dont certaines des possessions se trouvent à Nogent, sont également conservées dans cette série. Son cartulaire (H 1375) a été publié par Auguste Merlet.

Archives départementales de Loire-Atlantique (44)

En 1268, la seigneurie de Nogent-le-Rotrou passe aux mains des Ducs de Bretagne. La recherche effectuée aux archives départementales de Loire-Atlantique a révélé la présence de deux chartes en latin datées du 13e siècle (E 223-1 à 3). Antérieures à l’acquisition de la seigneurie par les ducs de Bretagne, elles sont relatives aux relations entre Jacques de Château-Gontier et le chapitre Saint-Jean d’une part, et l’abbaye de Tiron d’autre part. La charte E 223-1 contient des informations sur la topographie de la basse cour du château Saint-Jean au 13e siècle. Elle a été partiellement traduite et transcrite.

Archives départementales du Nord (59)

Les documents conservés dans la série B sont relatifs à l’exercice du pouvoir des membres de la famille de Bar-Flandres qui possèdent la seigneurie de Nogent entre 1323 et 1443. Après dépouillement, l’intérêt quant à l’architecture et la ville de Nogent-le-Rotrou s’est révélé assez faible.

Archives départementales de l’Orne (61)

En 1387, Yolande de Flandres, alors dame de Nogent, est condamnée à rendre hommage au comte du Perche, dont le siège est à Bellême (Orne), pour sa seigneurie de Nogent-le-Rotrou. La seigneurie est sujette aux mêmes impératifs aux 15e et 16e siècles. Malheureusement la série B n’a pas été inventoriée, ce qui a considérablement limité les recherches.

Archives départementales du Loiret (45)

La série J contient une partie des archives de l’administration de Maximilien de Béthune dit Sully. Ce dernier acquiert la seigneurie de Nogent-le-Rotrou en 1624. Deux lettres de sa main, l’une de 1629, l’autre de 1633 ont été publiées dans les Cahiers Percherons. La première se révèle être d’un grand intérêt pour l’étude du château Saint-Jean puisqu’elle décrit les réparations qui y sont alors menées. Les deux documents sont archivés sous la cote 5J577.

Des recherches ont ainsi été menées aux archives départementales de Mayenne, de la Sarthe, du Tarn-et-Garonne et du Loir-et-Cher. Malheureusement elles se sont révélées infructueuses. Une recherche a également été effectuée auprès des archives du château de Chantilly, là encore sans succès.

Archives municipales de Nogent-le-Rotrou

La mairie conserve les archives des hospices de Nogent-le-Rotrou, soit l’hôtel-Dieu et la maladrerie Saint-Lazare. Elles ont été étudiées par Séverine Sureau dans le cadre d’une maîtrise en 2003. Au-delà de cette étude, l’inventaire sommaire de ces archives n’a pas révélé l’existence de documents susceptibles de documenter l’architecture ou la ville de Nogent-le-Rotrou.

Archives du Musée-Château Saint-Jean, Nogent-le-Rotrou

Le château conserve quelques documents qui permettent d’éclairer les modifications qui y ont été effectuées du 17e au 20e siècle. On retiendra notamment l’inventaire de 1607 et l’état des réparations effectuées en 1688, tous deux publiés dans Le roman des Nogentais en 2011.

Les Archives contemporaines

Archives départementales d’Eure-et-Loir (28)

Les séries 4 N (Administration et comptabilité départementales) et O (Administration communale) ont été dépouillées afin de documenter les édifices possédés par le département et la commune au cours des 19e et 20e siècles. Le dépouillement de la série 7 S (services hydrauliques) s’est révélé particulièrement utile pour restituer les moulins nogentais disparus au cours du 20e siècle.

Bibliothèque municipale de Nogent-le-Rotrou

La bibliothèque conserve les archives du journal hebdomadaire Le Nogentais publié entre 1841 et 1944. Plusieurs articles ont été utilisés pour documenter les édifices détruits, à l’image de la maladrerie Saint-Lazare.

Les sources matérielles

Les sources matérielles peuvent être classées en deux catégories : les sources architecturales, ou le bâti encore en élévation, et les sources archéologiques issues de campagnes de fouilles. Dans la mesure où les fouilles entraînent la destruction des couches archéologiques étudiées, et les travaux de restauration la transformation des édifices concernés, les données figurant dans le rapport de fouilles et les études préalables à la réalisation de travaux peuvent être considérées comme des sources à part entière au-delà desquelles il n’est pas possible de remonter.

Au-delà de l’ouvrage sur Nogent-le-Rotrou déjà cité dans l’historiographie, on citera les travaux réalisés par les Monuments historiques, l’Inventaire général et deux mémoires de maîtrise en archéologie et Histoire de l’Art réalisés sur le château Saint-Jean et le monastère Saint-Denis2. Ces deux édifices avaient préalablement fait l’objet de deux articles écrits par Philippe Siguret, inspecteur général des Monuments historiques. La Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine conserve les archives des services des Monuments historiques. Elles ont donc été utilisées pour l’étude des édifices classés et inscrits situés à Nogent-le-Rotrou.

Les sources iconographiques

Les sources iconographiques concernant Nogent-le-Rotrou sont très nombreuses, elles sont cependant d’un intérêt et d’une fiabilité variables en ce qui concerne les informations architecturales et topographiques qu’elles contiennent. Principalement datées entre les 19e et20e siècles, elles se composent de relevés géométraux (plans, coupes), de photographies (dont des cartes postales) et de représentations d’édifices nogentais en élévation (tableaux,aquarelles, lithographies etc.).

Les relevés géométraux

Sont définis comme relevés géométraux les documents répondant à des normes de relevé et de dessin (orientation et échelle). Le premier plan utilisé dans cette étude est le cadastre de 1990 établi par la direction générale du Ministère de l’Économie et des Finances. Au-delà du fait qu’il sert de document de référence aux dossiers d’inventaire, le format vectorisé livré par la municipalité de Nogent-le-Rotrou a servi de base pour le géo-référencement de l’ancien cadastre.

Malgré le faible nombre de destructions subies par la ville durant la Seconde Guerre mondiale, un plan topographique dit de reconstruction a été établi en 1962. Il représente un jalon intéressant afin de saisir l’histoire contemporaine de la ville, notamment l’urbanisation du plateau Saint-Jean et du quartier de la gare. Suivent les plans conservés aux archives départementales d’Eure-et-Loir dans le fonds cartes et plans, notamment le nouveau plan géométral de Nogent-le-Rotrou dressé en 1884 par Alexis Manceau.

Cadastre ancien de Nogent-le-Rotrou, 1811, section A1. (Archives municipales de Nogent-le-Rotrou).Cadastre ancien de Nogent-le-Rotrou, 1811, section A1. (Archives municipales de Nogent-le-Rotrou).Les archives municipales de Nogent-le-Rotrou conservent également un fonds de plans anciens sur la ville parmi lesquels se trouve l’ancien cadastre. Dressé en 1811, le caractère géométral de ce document, ainsi que sa capacité à documenter la ville préindustrielle avant les transformations opérées sur la ville durant la seconde moitié du 19e siècle et le 20e siècle en font le second document de référence de cette étude. Après avoir été géo-référencé, l’ancien cadastre a été vectorisé de manière à être utilisé dans le cadre d’une étude morphologique sur la ville.

Les archives départementales de la Sarthe conservent également un plan de la route des Hermitières jusqu’à Nogent-le-Rotrou remontant aux années 1790. Malgré le caractère géométral du document, son état de conservation et sa précision n’ont pas permis de l’exploiter au-delà de la simple lecture des informations qu’il contient.

Le fonds cartes et plans des Archives nationales conserve le plus ancien plan figurant Nogent-le-Rotrou, sa date de réalisation est fixée autour de 1789. Le document intitulé : « carte géographique avec l’aperçu de tous les objets qui doivent être réunis pour faire l’arrondissement de Nogent et former ensemble une seule et même commune » signe la réunion des deux anciennes seigneuries qui composent la ville sous l’ancien régime, Saint-Denis et Nogent-le-Rotrou. La carte documente le réseau viaire et les principaux monuments de la ville.

Les photographies et cartes postales anciennes

Château Saint-Jean, tour Montdoucet : photographie vers 1948, fonds Trouvelot. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine). Château Saint-Jean, tour Montdoucet : photographie vers 1948, fonds Trouvelot. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine). Au même titre que les plans et relevés, les photographies et les cartes postales réalisées durant la première moitié du 20e siècle ont été mobilisées dans les études réalisées sur le bâti nogentais. Elles proposent une vision des bâtiments avant leurs modifications ou leurs restaurations durant la seconde moitié du 20e siècle. Nous retiendrons notamment le fonds Trouvelot, nommé d’après Jean Trouvelot (1897-1985), inspecteur général des Monuments historiques d’Eure-et-Loir.

Entre photographies et relevés, les photogrammétries réalisées sur la tour maîtresse du Château Saint-Jean conservées à la DRAC de la région Centre-Val-de-Loire sont les uniques témoins du bâtiment avant sa restauration au cours de la première décennie du 21e siècle.

Les documents figurés

Château Saint-Jean, châtelet : aquarelle du fonds Massiot. (Musée-Château Saint-Jean).Château Saint-Jean, châtelet : aquarelle du fonds Massiot. (Musée-Château Saint-Jean).Malgré leur subjectivité, les dessins, peintures et lithographies réalisés au 19e siècle permettent, à l’image des photographies pour le 20e siècle, de documenter la plupart des monuments emblématiques de Nogent-le-Rotrou avant leur destruction ou avant toutes opérations de restauration. Ces représentations ont donc été particulièrement utiles lors de l’élaboration de l’inventaire des bâtiments détruits. Au-delà du fonds de la Médiathèque de la ville de Chartres, nous retiendrons celui du Musée-Château Saint-Jean. Notamment le fonds Massiot composé des aquarelles de Georges Massiot, fondateur et président des Amis du Perche entre1947 et 1962. Le Château conserve également tableaux de Louis Moulin, un peintre nogentais (1817-1876) dont les vues des églises Saint-Laurent, Notre-Dame et Saint-Hilaire comptent parmi les premières conservées.

Nous avons également retenu deux albums publiés au cours de la première moitié du 19e siècle par Métais et Jubault qui sont, là aussi, les seuls à témoigner d’édifices disparus(grenier à sel, maison de la Rose, Hôtel de Mauduison).

La dite « Fresque de Nogent-le-Rotrou » est conservée au château de Nogent-le-Rotrou. Il s’agit d’une copie d’un tableau daté de la première moitié du 17e siècle. Il fait partie d’une série de trois tableaux représentant les terres acquises par Maximilien de Béthune dit Sully. Ce tableau est exposé au château de Villebon (Eure-et-Loir). Malheureusement, il n’a pas été possible de consulter ou de reproduire l’original. Le document n’en demeure pas moins particulièrement utile pour la connaissance des édifices nogentais du 17e siècle d’une part, et du tissu urbain d’autre part.

II - Présentation des méthodes mises en œuvre dans le cadre de la thèse et dans le cadre des dossiers d'inventaire

Ce chapitre présente les moyens utilisés afin d’étudier la ville et son architecture. Seront notamment exposées les méthodes propres à l’Inventaire du patrimoine, l’analyse des sources manuscrites, et la morphologie urbaine, ces deux derniers outils ayant été exploités notamment pour la rédaction de la thèse.

La conduite de l’inventaire topographique de Nogent-le-Rotrou

Recensement et sélection

Carte des bâtiments repérés, sélectionnés et monographiés.Carte des bâtiments repérés, sélectionnés et monographiés.Un recensement des édifices civils et religieux (château, églises, moulins, demeures) a été effectué pour l’ensemble des édifices compris dans les limites spatio-temporelles fixées par l'inventaire, soit le bâti encore en élévation et antérieur au 19e siècle. L’ancien cadastre (1811) a donc été géo-référencé d’après le cadastre actuel, puis vectorisé de manière à servir de document de référence. La superposition des deux cadastres permet d’identifier les édifices figurant à la fois sur le cadastre ancien (antérieur à 1811) et sur le cadastre actuel (encore en élévation) qui seront traités ensuite.

Une fois identifiés, les bâtiments sont étudiés grâce à une grille individuelle d’enregistrement contenant des critères discriminants (implantation, plan, distribution, éléments stylistiques, matériaux) permettant de renseigner leurs localisations, leurs fonctions et leurs dates de construction ou de modifications. Pour ce faire, les informations acquises sur le terrain sont associées à celles collectées lors de la recherche documentaire. Ces fiches sont également accompagnées de croquis de distribution et de photographies.

Ce recensement effectué à Nogent-le-Rotrou (490 édifices parmi lesquels 250 ont pu être visités) a permis la sélection des 96 édifices remarquables devant être étudiés. Au-delà de l’étude des façades, la visite permet l’analyse des systèmes de distribution, des caves et des charpentes. Ce recensement puis repérage doit cependant être considéré avec une certaine réserve. En premier lieu, 80% des bâtiments repérés sont exclusivement datés par la stylistique. En l’absence de corrélation avec d’autres sources, ceci peut représenter une marge d’erreur importante. Deuxièmement, sur la somme des bâtiments repérés, 43% pour cent sont a priori situés hors du champ chronologique étudié (bâtiments datés entre le 19e et le 20e siècle). Ces derniers ont soit été reconstruits après 1811 sur des bâtiments figurant sur l’ancien cadastre, soit trop modifiés pour attester une date de construction antérieure au 19e siècle, ce qui là encore révèle les limites imposées par le manque d’élément permettant une datation précise, et par ricochet un risque d’erreur.

Phase de sélection

Une fois le recensement effectué, l’analyse des critères renseignés permet de rassembler les édifices en groupes selon leur typologie (hôtels particuliers, maisons, etc.). Des individus dit « typicum » sont alors « sélectionnés » sur la base de leur capacité à illustrer l’ensemble des critères qui caractérisent leur groupe, y compris leurs variantes morphologiques et historiques. Au-delà de la connaissance du bâtiment sélectionné, c’est donc tout le groupe auquel il appartient qui est étudié.

La grille utilisée contenant un nombre trop élevé de critères pour autoriser le regroupement statistique des « typicum », ceux-ci ont donc été élaborés en s’inspirant des travaux réalisés par l’Inventaire général à Tours et à Blois. Les groupes, exclusivement liés à l’habitat civil ont ainsi été définis en fonction de l’implantation, de l’emprise sur rue, du plan, de la distribution et des parties constituantes des bâtiments. A titre d’exemple, l’étude du groupe formé par les maisons à accès central a entraîné la sélection de la maison repérée au n°4 rue Bourg-le-Comte. Elle représente en effet toutes les caractéristiques du groupe auquel elle appartient et peut à ce titre être considérée comme un typicum.

Au-delà de leurs capacités à représenter un groupe d’œuvre architecturale, les édifices repérés peuvent également être sélectionnés s’ils sont assortis d’une documentation abondante ou s’ils apparaissent dignes d’intérêt et rares aux yeux du chercheur, ce qui est souvent le cas des édifices les plus anciens. C’est ainsi que toutes les maisons datées des 13e et 14e siècles on sélectionnées à Nogent-le-Rotrou. Ces dernières étant soit représentatives de leur groupe, soit sélectionnées au regard du peu d’exemples conservés.

Les individus qui ne peuvent être classés dans aucun groupe, ou « unicum », font généralement l’objet d’une sélection. Celle-ci est justifiée par l’intérêt à étudier les singularités de ces édifices/éléments bâtis et leur caractère hors norme. On peut notamment citer à Nogent les exemples du donjon du château ou de la tour porte de l’abbaye Saint-Denis.

L’avantage de cette méthode est de proposer l’étude des monuments majeurs, souvent sélectionnés comme unicum d’une part, et des typicum dont l’étude permet de traiter l’ensemble des groupes auxquels ils appartiennent d’autre part. Dans le cas de Nogent-le-Rotrou, elle a permis l’étude des pôles fédérateurs de population (unicum), tels que les édifices religieux, et leurs relations avec les bâtiments d’habitation (typicum).

Une fois sélectionnés, les édifices sont étudiés dans le cadre des dossiers d’œuvres tels qu’ils sont définis par les principes et méthodes de l’inventaire (volumes 3, 4 et 5). Ils sont composés des volets suivants :

  • désignation
  • localisation
  • historique (datation, justification, auteurs, etc.)
  • description (matériaux, plan, élévation, etc.)
  • intérêt et protection
  • références documentaires
  • statut juridique
  • illustration
  • annexes
  • textes libres (dans le cas des monographies)

Les volets historiques et descriptions permettent la rédaction d’un texte court. « Le commentaire historique constitue une synthèse sur l'histoire de l'oeuvre et, plus particulièrement, sur la chronologie des bâtiments (dates de construction, agrandissement, transformation) ». Dans le cas de Nogent, ils ont été conçus de manière à faciliter leur réutilisation lors d’études à venir. Ainsi ces textes servent avant tout à mettre en avant les éléments qui ont permis la datation et l’identification de la fonction de l’édifice, qu’ils relèvent d’une analyse architecturale (commentaire descriptif), de références bibliographiques(citées en référence documentaire) ou soient issus de dépouillement en archives (cité en référence documentaire, les sources écrites transcrites figurant en annexes). « Le commentaire descriptif a pour but d'expliquer, si possible en un court paragraphe la forme générale de l'édifice (plan d'ensemble, matériaux, structure...) et de mettre en évidence ses caractères essentiels, ses parties remarquables ». Dans le cadre de cette étude il a été élaboré de manière à expliciter les éléments architecturaux participant à l’analyse de la fonction du bâtiment ou de sa datation. Chaque dossier est associé à un plan de situation intégrant l’ancien cadastre (1811) et le cadastre actuel (1990), des plans schématiques, et des photographies actuelles illustrant la description.

Au-delà de la traçabilité des sources textuelles et iconographiques qu’apportent les références documentaires, elles permettent aux chercheurs de disposer d’une base sur laquelle s’appuyer lors des études à venir.

Les dossier collectifs de l'étude d'inventaire

Le dossier collectif consiste en une synthèse typologique regroupant les œuvres architecturales repérées, sélectionnées et monographiées de même fonction. « L’intérêt d’une telle étude pour l’architecture est de faire apparaître la récurrence des caractères historiques ou morphologiques des membres d’une même famille ».

Hôtel de Bailli dit Maison du Bailli, 47 rue Saint-Laurent, lithographie, 1873. (Musée-Château Saint-Jean).Hôtel de Bailli dit Maison du Bailli, 47 rue Saint-Laurent, lithographie, 1873. (Musée-Château Saint-Jean).Dans le cas de Nogent, un dossier collectif a ainsi été consacré à l’habitat civil. Il décline plusieurs types et sous-types, de l’hôtel particulier à la maison à deux travées et accès latéral. Cette méthode permet d’aborder la question de la transformation des manières d’habiter à Nogent-le-Rotrou du 11e au 16e siècle, ainsi que la corrélation entre le parti architectural utilisé et la fonction effective du bâtiment, à l’image des travaux menés par l’Inventaire général sur la ville de Tours. La réflexion porte également sur la capacité d’un type à caractériser la qualité du propriétaire qui l’occupe, ou encore sur l’influence des édifices religieux et seigneuriaux sur l’habitat civil nogentais, tant en terme de décors que de distribution. Cette connaissance, une fois spatialisée, permet d’émettre des hypothèses sur la ville.

Dans ce dossier collectif, les objets sont replacés dans l’espace urbain, ce qui permet d’interroger leurs interactions avec le milieu dans lequel ils prennent place, tant du point de vue des pôles attracteurs de population que des matériaux mis en œuvre. L’identification de ces derniers, associée aux analyses pétrologiques, a permis de poser la question de leur provenance et de leur acheminement.

Maison 94 rue Gouverneur : cave, vaisseau est.Maison 94 rue Gouverneur : cave, vaisseau est.Les caves observées à Nogent-le-Rotrou sont essentiellement liées à l’habitat civil, elles ont également fait l'objet d'un dossier collectif thématique. La cave est une partie constituante de l’habitat, elle aurait donc dû être traitée avec la maison à laquelle elle appartient. Néanmoins, à Nogent, la déconnexion chronologique des caves avec les maisons sous lesquelles elles se trouvent autorise à les étudier pour elles-mêmes. Elles participent, au même titre que l’étude des bâtiments en élévation, à la connaissance de la ville et de son architecture. Depuis les années 2000, les études urbaines menées à Paris, Lille, Arras, Orléans et Château-Thierry ont développé de nouvelles approches pour l’étude des caves. Celles-ci, jusqu’ici traitées ponctuellement, soit par le prisme des maisons sous lesquelles elles étaient assises, soit pour leur qualité esthétique, sont devenues des sujets d’étude à part entière. Elles ont alors fait l’objet d’inventaires topographiques exhaustifs combinant à la fois l’étude des textes, l’analyse des éléments stylistiques et l’étude de leur structure.

Cette approche offre des données complémentaires là où bien souvent, les textes et les édifices conservés en élévation viennent à manquer pour documenter l’histoire de la ville et son habitat civil, ce qui est souvent le cas avant le milieu du 15e siècle. L’apport de l’étude des caves est multiple. Elle peut servir à restituer :

  • le tracé des rues et le parcellaire ancien comme cela a été fait à Douai ;
  • les bâtiments détruits ou altérés à l’image des maisons-tours identifiées à Tours grâce à leurs « caves » ;
  • la fonction des bâtiments sous lesquels elles se trouvent, notamment à Provins avec les maisons de foire ;
  • le rang social et la profession de leurs propriétaires.

A titre d’exemple, les dimensions de certaines d’entre elles indiquent une appartenance à un édifice élitaire, tandis qu’une distribution sur rue peut indiquer un local commercial appartenant à un marchand.

Le recensement des édifices civils de Nogent-le-Rotrou (2010-2012) a permis d’identifier 150 caves antérieures au 19e siècle, parmi lesquelles 97 ont pu être visitées. Celles-ci ont fait l’objet d’un enregistrement minimal (fiche de repérage) et ont été documentées par la réalisation de photographies et de plans schématiques. Certaines d’entre elles, dites « sélectionnées » ou « monographiées », ont été traitées plus en détail dans des dossiers d’inventaire.

Édifices détruits

Hôtel de Mauduison, édifice détruit, aquarelle par G. Massiot.Hôtel de Mauduison, édifice détruit, aquarelle par G. Massiot.L’abondance des sources iconographiques conservées dans les fonds patrimoniaux nationaux (Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine) et locaux (Musée-Château Saint-Jean) a permis la réalisation d’un inventaire des édifices détruits. Celui-ci permet, en complément des documents fiscaux étudiés, de préciser la localisation et les dispositions de bâtiments disparus susceptibles de documenter la ville et son architecture. Cet inventaire figure dans le dossier d’inventaire aux côtés des édifices sélectionnés et monographiés. Il a été utilisé dans le cadre de la Thèse également : dans la synthèse sur la ville (partie II de la Thèse), notamment concernant les moulins, mais aussi dans le développement sur l’architecture civile (partie III de la Thèse), car il contient des exemples architecturaux capables d’éclairer des types mal connus.

Les monographies ou dossiers d'inventaire

Le dossier d’oeuvre, tel qu’exposé ci-dessus, peut apparaître, par la concision qu’il demande, comme insuffisant pour traiter certains édifices sélectionnés. Il ne permet en effet pas de saisir leur complexité et de mettre en avant l’intérêt scientifique qu’ils représentent soit pour eux-mêmes, soit pour le territoire dans lequel ils prennent place.

Eglise paroissiale Saint-Hilaire.Eglise paroissiale Saint-Hilaire.Ces édifices, alors désignés comme « monographiés », font l’objet d’un développement plus long et non limité en longueur, suivant la méthode de la monographie d’architecture telle qu’elle a été élaborée par Jean-Marie Pérouse de Montclos. Comme c’est le cas pour les édifices sélectionnés, ils sont documentés par un plan de situation intégrant l’ancien cadastre (1811) et le cadastre actuel (1990), ainsi que par des photographies et des références documentaires. Ils font également l’objet d’un investissement plus important en matière de relevés d’architecture et d’étude des matériaux. A titre d’exemple, le château Saint-Jean a fait l’objet d’une campagne de relevés, d’une expertise dendrochronologique et d’une analyse pétrologique. Les relevés ainsi produits ont été réalisés au tachéomètre selon les normes définies par l’Inventaire avant d’être mis au propre à l’aide du logiciel Autocad. Les calculs automatiques de correspondance et la production des orthophotographies ont été réalisés par le logiciel MicMac (IGN). Enfin, les expertises effectuées sur la pierre et le bois ont été confiées au laboratoire Géhco du département de géosciences et environnement de l’université de Tours (EA 6293) et à l’entreprise Dentrotech.

Maison dite La Tour d'Ardenay, 17 rue de Rhône.Maison dite La Tour d'Ardenay, 17 rue de Rhône.Une distinction a été effectuée entre les monographies portant sur les grands édifices nogentais tels que le château, les églises paroissiales ou les couvents (volume 3 de la thèse) et celles sur les bâtiments civils (volumes 4 et 5 de la thèse). L’étude de ces derniers a été considérée plus essentielle et prime sur celle des premiers (déjà bien documentés), notamment en matière de relevés ainsi que dans la finesse de leur étude architecturale. Au-delà de l’intérêt scientifique que représente l’étude de l’habitat civil nogentais, la raison peut se résumer à la maxime de l’Inventaire : « recenser, étudier, et faire connaître ». Ces bâtiments d’habitation, parmi lesquels plusieurs sont en péril, n’avaient fait l’objet d’aucune campagne de documentation. Il est donc apparu urgent de les étudier avant qu’ils ne disparaissent afin de ne pas rééditer la situation de la maison Saint-Étienne ou celle de l’Hôtel de Mauduison, tous deux détruits malgré leurs classements au titre des Monuments historiques en 1952 et en 1987 .

A l’issue du repérage et du processus de sélection, l’inventaire topographique réalisé à Nogent-le-Rotrou a conduit à la rédaction de 96 dossiers d’œuvres (sélectionnées et monographiées) au sein desquels 250 relevés et 1120 photographies ont été présentés.

La synthèse urbaine : l'objectif de la Thèse

Le dossier d’inventaire représente un apport considérable pour la compréhension de Nogent-le-Rotrou. Cependant, s’il documente la ville sur son architecture, ses commanditaires et dans une certaine mesure son histoire, il se borne pour l’essentiel à l’étude des bâtiments conservés, ce qui constitue un effet de source. Or « la ville ne se résume pas à une somme d’objets juxtaposés et l’espace urbain ne peut se réduire à un contexte, toile de fond du décor ». Elle doit donc être traitée comme un objet d’étude à part entière, dans le cadre d’une synthèse (partie II) reposant sur l’analyse des sources écrites et de sa morphologie.

L’étude régressive des sources écrites et la morphologie urbaine : les outils méthodologiques de la thèse

L’étude régressive des sources écrites

Selon les principes et méthodes de l’inventaire, la prospection des sources textuelles doit rester limitée, elle exclut notamment le dépouillement des minutiers de notaires et des actes de la pratique. Néanmoins, compte tenu du faible nombre de publications scientifiques historiques sur Nogent-le-Rotrou, la décision a été prise de retourner aux sources textuelles, afin de proposer une lecture différente de celles mises en avant dans le dossier d’inventaire et ainsi alimenter la Thèse (parties II et III).

Les aveux et déclarations du 17e siècle, ainsi que les censiers-rentiers des 13e et 14e siècles, ont été utilisés pour leur capacité à renseigner le foncier urbain, ceux qui en ont la maîtrise, et la topographie ancienne de Nogent-le-Rotrou. Cette utilisation permet à la fois de recontextualiser les bâtiments encore en élévation, restituer ceux qui ont été détruits mais aussi de mettre en place une démarche régressive.

De manière plus générale les sources écrites étudiées permettent de problématiser l’histoire de la ville sous des aspects économiques et historiques différents de ceux développés dans le dossier d’inventaire. Est-il possible de caractériser des espaces en fonction des activités économiques et artisanales qui y prennent place ? Quelles peuvent être les relations entre ces activités et le bâti qui y est associé ? Quel est l’impact des acteurs cités dans ces documents sur l’espace urbain et l’architecture ?

Comme on a pu le voir, le dossier d’inventaire permet d’avoir une vision à la fois globale et fine du bâti encore en élévation. Il ne permet en revanche d’appréhender que partiellement les édifices disparus (des représentations iconographiques de ceux-ci sont indispensables pour une étude) et il a une approche peut-être moins complète que les travaux universitaires des transformations du tissu urbain, dans la mesure où la méthode d’inventaire invite à ne pas procéder à des recherches exhaustives en archives.

La morphologie urbaine

L’espace urbain peut être caractérisé par le cumul d’interventions, planifiées ou non, ayant trait au parcellaire, à la voirie et à l’architecture. Interventions qui, si elles ne sont plus visibles aujourd'hui, peuvent s’être transmises dans le parcellaire. Dans le parcellaire et le réseau viaire figurant sur le cadastre ancien, le tissu urbain peut être mis en relation avec les phénomènes qui en sont à l’origine. Dans le cas de Nogent-le-Rotrou, le travail s’est borné à une étude morphologique sommaire du tissu, de manière à identifier les faits urbains disparus (enceintes, bourgs, lotissements) et à appréhender la formation du bourg castral de Nogent-le-Rotrou, jusqu’à l’agglomération polynucléaire puis au bourg unique. Tous ces éléments se retrouvent au sein de la thèse.

Ces approches ont soutenu l'élaboration des dossiers d'inventaire en fournissant une compréhension globale de l'histoire urbaine de Nogent-le-Rotrou. Néanmoins, dans la mesure où elles n'ont pas été directement mobilisé dans le cadre de l’inventaire topographique, les résultats obtenus ne sont pas présentés dans les dossier électroniques.

1 ROZIER, Hadrien. Nogent-le-Rotrou du Moyen Âge au début de l’époque moderne approches architecturales et morphologiques. Thèse de doctorat : Histoire de l'art : Tours, Université François Rabelais, École doctorale « Sciences de l'Homme et de la Société », Centre d’études supérieures de la Renaissance : soutenue le 1er décembre 2017. (dir. SALAMAGNE, Alain).2ALBERTINI E., Le château Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou. Étude sur la tour maîtresse au temps des seigneurs de Nogent et des comtes du Perche, 2000. LANELUC D., Abbatiale de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou ,1991.
Aires d'études Nogent-le-Rotrou
Adresse Commune : Nogent-le-Rotrou
Lieu-dit :

Références documentaires

Bibliographie
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  • ROZIER, Hadrien. Nogent-le-Rotrou du Moyen Âge au début de l’époque moderne approches architecturales et morphologiques. Thèse de doctorat : Histoire de l'art : Tours, Université François Rabelais, École doctorale « Sciences de l'Homme et de la Société », Centre d’études supérieures de la Renaissance : soutenue le 1er décembre 2017. (dir. SALAMAGNE, Alain).

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Périodiques
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Liens web

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