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L'opération d'Inventaire du patrimoine du château et de la ville d'Amboise aux 15e et 16e siècles

Dossier IA37004299 réalisé en 2006

Ce dossier présente les moyens de l'étude menée sur le patrimoine de la ville d'Amboise, dans le cadre de la thèse de Doctorat de Lucie Gaugain soutenue en mai 2011, ainsi que toutes les sources historiques consultées.

I - Contexte de l’étude d'inventaire sur le patrimoine de la ville et du château d'Amboise aux 15e et 16e siècles

A - Contexte institutionnel

Le château, le pavillon Penthièvre, la tour des Minimes au fond.Le château, le pavillon Penthièvre, la tour des Minimes au fond.

A partir de 2006, la Région Centre-Val de Loire a mis en place un dispositif de bourse doctorale pour les étudiants commençant une thèse de 3e cycle de l’université, en partenariat avec le service de l’inventaire général du patrimoine culturel. L’étude du château et de la ville d’Amboise, initiée en partenariat avec l’université François Rabelais de Tours, est la première à avoir bénéficié de ce dispositif. Le sujet de l’étude a été défini par le directeur de thèse, en l’occurrence Monsieur Alain Salamagne, professeur d’histoire de l’art à l’université de Tours et par Monsieur Christian Trézin, conservateur du patrimoine, chef du service régional d’inventaire. Lucie Gaugain a accepté de réaliser sa thèse dans ces conditions.

Allouée pour 3 ans, la bourse doctorale permet au doctorant :

  • de mener à bien ses travaux de recherche et d’aboutir à la soutenance de la thèse
  • de bénéficier de l’appui scientifique du service de l’inventaire général du patrimoine culturel de la région Centre : échanges avec les chercheurs, mise à disposition de la bibliothèque et du fonds documentaire, réalisation de clichés par des photographes professionnels, réalisation ou aide à la réalisation de relevés par la géomètre-topographe du service...
  • de publier en fin d'étude tous les dossiers réalisés sur le portail de données du service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire (https://patrimoine.regioncentre.fr/gertrude-diffusion/)

En contrepartie, le doctorant s’engage à apprendre la méthodologie propre à l’Inventaire général du patrimoine culturel et à fournir les résultats de son étude sous la forme de dossiers normalisés intégrables dans le système de diffusion des données régional.

B - Contexte scientifique

L’objectif premier de la thèse était de renouveler les travaux antérieurs en plaçant l’étude à la rencontre de plusieurs disciplines. Les connaissances relatives au château ont été confrontées à celles de la ville afin d’aborder le sujet sous un jour nouveau. L’étude du château, fondée sur des documents d’archives revus in extenso ainsi que sur les relevés topographiques et planimétriques a conduit à des conclusions inédites en particulier sur la fortification de la place mais aussi sur le château de Louis XI toujours resté dans l’ombre de celui de Charles VIII. La compréhension globale du château et son évolution à travers les siècles ont autorisé à formuler de nouvelles hypothèses sur le chantier de Charles VIII et sur la distribution des bâtiments.

L’étude du bâti urbain s’est basée sur une lecture minutieuse des archives communales qui a permis de restituer un ensemble d’éléments aujourd’hui disparus, tant défensifs qu’édilitaires, tels que l’enceinte médiévale, les ponts et la maison de ville. L’architecture civile privée s’est heurtée à diverses difficultés en l’absence de travaux antérieurs dans ce domaine ; elle a toutefois abouti à la compréhension d’un ensemble cohérent et encore vierge d’investigations.

Commencée en 2006, l’étude du château et de la ville a été conduite pendant 3 ans. La soutenance de la thèse a eu lieu en mai 2011.

La Loire, le château et la tour des Minimes depuis la tour Garçonnet.La Loire, le château et la tour des Minimes depuis la tour Garçonnet.La thèse a fait l’objet d’une publication : « Amboise, un château dans la ville » par Lucie Gaugain, co-éditée par les Presses universitaires François-Rabelais et les Presses universitaires de Rennes, dans la collection « Renaissance » en 20141.

Par ailleurs, un Itinéraire du patrimoine « Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles » a été publié en 2010, pour présenter les édifices remarquables et le château d'Amboise au grand public.2

Les dossiers d’inventaire ont été réalisés par Lucie Gaugain entre 2008 et 2011.

En 2018-2019, le logiciel ayant évolué, ils sont revus et mis en forme par Marie-Amélie Guichard, afin d'être publiés sur le portail du service Patrimoine et Inventaire (https://patrimoine.regioncentre.fr/gertrude-diffusion/).

C - Limites chronologiques de l’opération

Les limites chronologiques scientifiques de l’étude ont été posées entre 1421 et 1525 : c'est-à-dire peu avant la date à laquelle la ville est confisquée à la famille d'Amboise par Charles VII, en 1434 (règne de Charles VII : 1422-1461) et devient ville royale, et le départ de la cour du roi François Ier, en 1525 (1515-1547).

À la lecture des publications, l'essentiel des faits historiques et des phases de construction du château comme de la ville transparaissent. Les études se sont affinées au cours du dernier tiers du XXe siècle et les erreurs des premiers auteurs ont été corrigées par leurs successeurs. Cependant, l'approfondissement du sujet a conduit les chercheurs à se spécialiser sur la ville ou sur le château. Une étude globale de l'architecture n'avait encore jamais été entreprise, en particulier pour la ville où le service de l'Inventaire n'avait dressé qu'un inventaire iconographique. Le château quant à lui n'avait été étudié ni pour les périodes antérieures à Charles VIII ni pour les périodes postérieures à celui-ci, et en aucune manière d'un point de vue topographique, un aspect pourtant essentiel. En somme, pour la ville comme pour le château, une étude de terrain avec relevés à l'appui s'imposait. Cette nouvelle perspective a été abordée en reconsidérant l'ensemble des sources, afin d'établir le lien entre la réalité du terrain et les données archivistiques.

D - Organisation des dossiers

Les résultats sont restitués sous la forme de dossiers géolocalisés et illustrés. Pour cette étude, 208 dossiers d'édifices ont été publiés, et 18 dossiers d'objets mobiliers.

Ils sont liés à 1514 images, dont 1200 photographies réalisées par les photographes du service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire.

Organisation des dossiers de l'étude sur la ville et le château d'Amboise.Organisation des dossiers de l'étude sur la ville et le château d'Amboise.

Les dossiers sont de plusieurs types :

  • Le dossier Présentation de l’aire d’étude décrit les principales caractéristiques morphologiques, géographiques et historiques du territoire étudié.
  • Le dossier collectif décrit les caractéristiques d’une famille d’œuvres (l'habitat par exemple).
  • Les dossiers d’œuvre individuelle (architecture ou mobilier) décrivent précisément un édifice ou un objet, sous la forme d’une petite monographie.

Pour cette étude, les dossiers sont organisés autour du dossier Ville d'Amboise, puis structurés par secteurs urbains. Au sein de ces secteurs urbains, les dossiers des édifices étudiés sont classés dans des dossiers "rues".

Le dossier Château d'Amboise , lié directement à la ville, possède de nombreux sous-dossiers :

Les édifices détruits du château (Logis dit de Louis XI, Logis ouest, Logis des sept vertus, Logis dit d'Henri II, Ensemble canonial, Bâtiments de la basse-cour) ont été liés différemment au dossier château, afin d’apparaître ensemble : ils possèdent tous le terme "(détruit)" dans leur titre.

Quelques édifices d'importance ont par ailleurs été reliés directement au dossier ville d'Amboise (le Château, le Manoir du Clos-Lucé, le Logis des Pages, l'Hôtel Morin, l'Hôtel Joyeuse...). Les voies navigables ont été rattachées au dossier présentation du patrimoine de la ville.

II - Le corpus des sources concernant le château

A - L'iconographie

La documentation figurée (950 documents recensés) concernant le château d'Amboise peut être classée en trois catégories : les relevés d'architecture, les vues en perspective dessinées, peintes ou gravées, et les photographies.

Les relevés d'architecture

Les sources iconographiques les plus anciennes sont les représentations de Jacques Androuet du Cerceau. L'exactitude de ses « Vues » est variable mais, d'une manière générale, les dessins conservés à Londres sont plus précis et moins schématisés que les gravures. Même si les proportions des bâtiments les uns par rapport aux autres sont rarement respectées, la considération de ces relevés est toutefois indispensable car ils constituent la seule source figurant l'ensemble des logis du château issus des campagnes de construction des XVe et XVIe siècles.

Château d'Amboise, plan de 1708. (Archives nationales, O² 1903).Château d'Amboise, plan de 1708. (Archives nationales, O² 1903).Des plans du château ont été levés lors des travaux de restauration régulièrement envisagés au cours des siècles mais rarement effectués avant les destructions du début du XIXe siècle. Du premier plan qui remonte à 1708 existe plusieurs versions. On connaît mal les circonstances dans lesquelles cette série de plans a été réalisée, mais ils sont attribués à l'agence de l'architecte Robert de Cotte (1656-1735) qui rédigea par ailleurs un devis de réparation en 1708. Le plan de 1708 des Archives nationales est un support essentiel. Il s'agit d'un plan à rabats sur lequel apparaissent les niveaux principaux de chacun des bâtiments. Des oublis ont été commis et quelques erreurs apparaissent car, si les dimensions des constructions sont justes, l'orientation des édifices les uns par rapport aux autres est erronée.

Au 19e siècle, les relevés du château se multiplient en prévision des travaux d'aménagements et de restaurations des lieux. Le premier est le plan masse de Jean-Bernard Jacquemin, géomètre, qui lève un plan légendé du château le 20 juin 1807 en vue des travaux de Roger Ducos. Le plan, contemporain du projet de restructuration, présente les bâtiments déjà détruits et ceux à détruire (les bâtiments à raser apparaissent en brun délavé tandis que ceux qui seront réaménagés pour le sénateur sont en noir). Les appellations que l'on retrouve dans les procès-verbaux de démolition de 1806 et 1808 sont reprises en légende. En 1815, l'entretien du château revient à la ville ; durant les Cent Jours, Napoléon et son ministre de la Guerre, Louis Nicolas d'Avout (1770-1823), dit Davout, souhaitent faire d'Amboise un dépôt d'armes et de munitions. Un plan du château est à nouveau levé avec une justesse étonnante mais en raison de la nouvelle destination de l'ouvrage, on privilégia la représentation des caves troglodytiques creusées dans le promontoire rocheux et des ouvrages avancés à l'est du promontoire, du côté du coteau. En 1861, un plan du château d'Amboise et de ses abords est relevé en vue d'un aménagement des jardins et de l'édification d'un tombeau pour la famille Abd el-Kader, dont certains membres sont décédés durant le séjour de l'émir (1848-1852). Les données de ce plan qui concernent principalement les abords du château apportent des informations secondaires.

Relevés avant restauration de la tour Garçonnet côté nord-ouest en 1892, par Ruprich-Robert.Relevés avant restauration de la tour Garçonnet côté nord-ouest en 1892, par Ruprich-Robert.Vient ensuite le temps des travaux de restaurations du service des Monuments historiques sous la direction des architectes Victor Ruprich-Robert (1820-1887) et de son fils Gabriel qui ont laissé de nombreux relevés : au total 280 documents, réalisés à partir des années 1872 consignent les états avant restauration, les différents projets de restauration et l'état restauré. Au vu de la pauvreté des rapports concernant les observations des architectes ou leurs projets, il semble qu'ils aient privilégiés les relevés à la rédaction de rapports.

La tour Garçonnet a fait l'objet de relevés très précis qui sont regroupés sur une planche aquarellée de 1892 particulièrement précieux pour appréhender l'édifice et d'une série de dessins de calepinage. Sans ces documents, la reconstitution de l'édifice, jusqu'à maintenant ignorée, n'aurait pas été possible. On notera toutefois l'article rédigé en 2011 par Évelyne Thomas3 qui propose une lecture de l'édifice différente de celle de cette étude. À cette même époque, le dégagement du pied du rempart qui menaçait ruine est entrepris et un plan du château intitulé « Achat de maisons aux pieds du rempart » répertorie l'ensemble des parcelles de terrain qu'il était nécessaire d'acquérir.

Les vues en perspective dessinées, peintes ou gravées

Vue cavalière du château, 1579, par Androuet du Cerceau.Vue cavalière du château, 1579, par Androuet du Cerceau.

La première vue de la ville et du château d'Amboise est celle attribuée à Léonard de Vinci (1452-1519) ou Francesco Melzi (c.1491-1570), saisie depuis le Clos-Lucé, au début du 16e siècle.

Les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau datent des années 1579 : malgré la beauté et la crédibilité de ces dessins, il est nécessaire de garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas à proprement parler de relevés, et qu'ils ne sont pas exempts d'une interprétation de leur auteur.

Vue de la ville d'Amboise (...), 1762, par Lenfant.Vue de la ville d'Amboise (...), 1762, par Lenfant.Aux 17e et 18e siècles, les dessins de plusieurs peintres et dessinateurs hollandais, comme Lambert Doomer (1624-1700) représentent la Loire à Amboise avec le château en arrière-plan. Un grand nombre de gravures exécutées après cette date s'en inspirent largement. La plus intéressante et la plus précise est la « Troisieme vüe du château d'Amboise », dessinée sur le rocher ou esplanade sur lequel le château est situé. On ne voit plus ici qu'un reste de magnificence gothique de cette ancienne maison. Une seconde gravure, légendée « Autre vüe du château royal d'Amboise du costé des champs », soit côté ville, ne respecte ni la topographie ni les proportions des monuments. Une troisième gravure, « Vüe du château royal d'Amboise », qui figure le front nord sur la Loire, est intéressante pour son esquisse de la troisième tour cavalière qui apparaît à l'angle nord-est du promontoire, au bout du jardin. En 1762, Pierre Lenfant, répondant à la commande du duc de Choiseul, alors propriétaire du château, exécuta deux vues panoramiques. Réalisés avec une précision saisissante, les bâtiments du château s'y observent bien, notamment l'église Saint-Florentin et le logis de Louis XI, encore debout à cette date.

De très nombreuses gravures du XIXe siècle, pour la plupart conservée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France, représentent essentiellement le front nord du château face à la Loire beaucoup d'entre elles figurent également dans les collections de la Bibliothèque municipale de Tours. Trois vues font toutefois exception : celle d'Eugène Brion, de 1795, qui nous présente le logis des Sept Vertus sous un angle inhabituel. Une autre gravure, conservée à la Bibliothèque municipale de Tours, présente la Porte des Lions depuis l'intérieur de l'enceinte du château. Enfin, un dessin à la mine de plomb figure le front sud du château, côté ville, alors en cours de destruction.

Les photographies

Les premières photographies du château d'Amboise datent des années 1870-1875 et sont juste antérieures au début des travaux de restaurations. La plupart offre des vues panoramiques, soit depuis l'île d'Or sur le rempart nord du château, le logis du roi et la tour des Minimes, soit à partir de la ville, sur la chapelle et parfois une partie du rempart sud. Sans doute par manque de recul, la tour Heurtault est très rarement photographiée.

Vue d'ensemble de la ville vers le nord. Photographie Henrard, 1955. Vue d'ensemble de la ville vers le nord. Photographie Henrard, 1955. Les vingt-trois clichés de Frédéric Lesueur, conservés aux Archives départementales de Loir-et-Cher, constituent une source fondamentale de la fin du XIXe siècle. Une autre série d'une cinquantaine de photographies, dont la plupart ne sont pas datées, s'avère néanmoins capitale, en particulier pour connaître l'état de la Grande Salle avant restauration. Ces clichés pris au cours des travaux de restaurations sont consultables sur la base de données Mémoire4 (https://www.pop.culture.gouv.fr/). Par ailleurs, la Fondation Saint-Louis a acquis au moment de l'étude une collection de petites photographies des années 1925 figurant les ouvriers à l'ouvrage qui complète les collections précédentes et qui est conservée au château. La photothèque de la Médiathèque du Patrimoine et de l'architecture conserve une grande partie de contretypes de ces clichés. Un recueil plus tardif, contemporain de la Seconde Guerre mondiale, atteste les dommages alors subis par le château et de nombreux bâtiments avaient dû être étayés à la suite de ces dommages. Enfin, le fond Henrard, constitué dans les années 1960, rassemble des vues en partie aériennes de la ville et du château.

B - Les sources textuelles

La totalité des sources repérées a été dépouillée et celles déjà publiées vérifiées. Sur 6 000 folios analysés, près de la moitié ont été transcrits. Nous avons intégré un certain nombre de sources supplémentaires aux études précédentes, tels que les comptes de l'argenterie depuis Louis XI et Charlotte de Savoie jusqu'au début du règne de François Ier. Parmi les documents inédits exhumés, citons une quittance conservée par la Bibliothèque de l'Armée à Vincennes, ainsi que plusieurs mentions de paiements de maître d'ouvrage sous Louis XI. Concernant les sources non publiées mais qui avaient déjà été consultées par les historiens d'Amboise et dont la transcription intégrale a été faite pour l'étude, les procès-verbaux d'états des lieux dressés entre 1623 et 1632 et en 1761 fournissent des descriptions qui viennent éclairer la compréhension des plans anciens du château. Les procès-verbaux de démolition du château, datés de 1806 et 1808, renseignent quant à eux sur l'état de conservation des bâtiments à cette date.

Le compte de construction du château de 1495-1496, conservé au château d'Amboise par la Fondation Saint-Louis, avait été publié très partiellement par Louis de Grandmaison qui a retracé l'histoire de ce document : lors de l'incendie révolutionnaire de l'église Saint-Florentin du château, les autres volumes conservés à la bibliothèque du chapitre disparurent et le chanoine Henri Edme Joseph Quirit de Coulaine ne put sauver que celui-ci. Ce compte, tenu par Alixandre Blandin, constituait en fait le quatrième de la série, et demeure le seul conservé. Il compte 285 folios de parchemin rédigés recto-verso, à la plume, pourvus d'une couverture d'aies de bois couvertes de vélin ; l'état de conservation du document est excellent et la lecture en est aisée. Il a également fait l'objet d'une transcription exhaustive.

Le travail se déroulant en régie et non par « prix-fait » pour la très grande majorité des corps de métier, il est possible de suivre les quantités de matériaux employés et la répartition des tâches. Cependant, le document recèle peu d'informations sur les différents lieux d'intervention. Aussi avons-nous pris le parti de le transcrire intégralement afin d'établir, d'une part, le tableau comparatif des quatre trimestres (rôles) qui permet de comprendre l'organisation saisonnière du chantier et l'avancement des travaux, et, d'autre part, de dresser la prosopographie des gens de métier travaillant aux chantiers de la ville et du château.

Les archives relatives aux restaurations du château conservées à la médiathèque du Patrimoine ont été intégralement et minutieusement consultées. Elles apportent des éléments essentiels quant à la connaissance des techniques employées pour la restauration. Digne élève de Simon-Claude Constant-Dufeu, Victor Ruprich-Robert, succédant à Eugène Viollet-le-Duc, puis son fils, Gabriel, réinterprètent le monument qui était alors destiné à accueillir l'asile pour vieillards des serviteurs de la maison de France. L'usage du bâtiment ne devait pas transparaître dans leur projet et l'objectif était d'achever le chantier de Charles VIII. Si leurs choix et leurs réflexions ne sont jamais explicitement exposés dans les archives, on constate que la grande salle retrouve son volume initiale, que la façade sur Loire est unifiée d'une manière qui n'a jamais existé et que la tour des Minimes est coiffée d'un double couronnement assez fantaisiste. L'enluminure de la fin du XVe siècle des « Chroniques d'Amboise 5» semble constituer le seul modèle dont les architectes s'inspirèrent.

III - Le corpus des sources concernant la ville

A - L'iconographie

Le cadastre dit napoléonien établi en 1808-1810 a été le premier support de travail de Lucie Gaugain. A l'Inventaire iconographique de Valérie Mauret-Cribellier6 , l'auteur de cette étude a ajouté les plans d'alignements de la ville de 1834 et de 1890 qui constituent une source essentielle pour la compréhension de l'évolution et des transformations urbaines, qui s'accélérèrent à cette époque. La lecture de ces plans, plus celui du quartier compris entre la rue Rabelais, la rue Manuel et la place Saint-Denis, permet de retrouver, en partie, la trame urbaine médiévale.

Les informations relatives à la fin du Moyen Âge sont rares la majorité des documents datent du XIXe siècle. Sur les vues gravées ou dessinées, la ville n'apparaît jamais comme le sujet principal, qui est toujours le château. Cette iconographie s'est révélée néanmoins indispensable à l'étude de l'évolution du pont et des rives de la Loire. Le relevé du pont à la fin du XVIIe siècle extrait de l'album de Poitevin constitue par ailleurs une source indispensable. Les dessins hollandais du XVIIe siècle sont également incontournables et l'un d'entre eux n'avait encore jamais été considéré pour l'étude d'Amboise. Trois documents de la fin du XIXe siècle font toutefois exception : le relevé du logis des Sages et de ses peintures, le dessin à la mine de la porte de l'église Notre-Dame-et-Saint-Florentin-en-Grèves et le dessin à la mine de maisons à pan de bois à Amboise.

Photographie ancienne de l'hôtel Morin.Photographie ancienne de l'hôtel Morin.

La photographie a été un support de travail capital ; outre celles déjà citées pour le château sur lesquelles la ville figure également, d'autres, très anciennes, apparaissent dans l'ouvrage de 1897 de l'abbé Bosseboeuf. Les clichés pris lors de l'élaboration du Casier archéologique dans les années 1960, dans lequel une trentaine d'édifices fut répertoriée en vue d'une protection Monument Historique, montrent des façades encore vierges de toute restauration. Enfin, les clichés photographiques consultables sur la base Mémoire7 (https://www.pop.culture.gouv.fr/) témoignent de l'état avant restauration de certains édifices, tels les églises Saint-Denis et Saint-Florentin, l'hôtel Morin (ou ancien hôtel de ville), la tour de l'Horloge ou encore l'hôtel Joyeuse.

B - Les archives communales

Conservées à la mairie d'Amboise, ces dernières ont fait l'objet d'une convention de partenariat entre le Centre d'Études Supérieures de la Renaissance de Tours et la ville pour numériser les comptes depuis l'année 1421 jusqu'en 1525, ainsi que les délibérations du conseil de ville de cette époque, et quelques chartes et privilèges d'exemption. Pendant son étude, Lucie Gaugain a également procédé à la numérisation des quittances et mandements relevant de la même période qui, étant attachés sous forme de liasses, nécessitaient une prise de vue manuelle pour chaque document. Ces archives représentent près de 5 000 folios et la transcription intégrale d'un tel volume n'aurait pu être effectuée dans le temps qui nous était imparti. Aussi avons-nous choisi de les transcrire sous forme de tableau en faisant apparaître pour la partie « receptes » les informations concernant les impôts fonciers dus à la ville et, pour la partie « despences », l'auteur du compte, le nom et le métier de la personne rémunérée, la date à laquelle elle travaille, la tâche qu'elle effectue et la somme qu'elle reçoit.

La plupart des frais de la ville concernent l'entretien des ponts, de l'enceinte et la construction d'édifices publics. Leur étude nous a permis d'appréhender, en premier lieu, l'organisation des chantiers, qui se déroulent pour la plupart en régie, et en second lieu la typologie des fortifications et des ponts de la ville à la fin du Moyen Âge, dont les vestiges ont quasiment tous disparus, à l'exception des tours de l'Horloge et Féalen et des églises Saint-Florentin et Saint-Denis. Enfin, l'exploitation systématique de cette documentation permet de compléter la prosopographie amboisienne concernant les métiers du bâtiment.

1GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.2GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355). Les parcours du patrimoine sont l'une des collections nationales de l'Inventaire général.3THOMAS, Évelyne. Les énigmes de la tour "rasée" au château d'Amboise. Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tome LXVII, 2011, p. 157-166.4Aujourd'hui POP, Plateforme ouverte du patrimoine5Chroniques d'Amboise. Miniature enluminée de la fin XVe siècle. (Bibliothèque royale de Russie, Saint-Pétersbourg : ms. fr. Fv IV N 7, f°1).6Dossier non numérisé conservé au service patrimoine et inventaire de la Région Centre - Val de Loire.7Aujourd'hui POP, Plateforme ouverte du patrimoine
Aires d'études Amboise
Adresse Commune : Amboise

Annexes

  • L'opération d'Inventaire du château et de la Ville d'Amboise de 1421 à 1525

    Objectifs et problématiques de l'étude

    La présente étude a été réalisée dans le cadre d'une thèse de doctorat menée à l'Université François-Rabelais de Tours, sous la direction d'Alain Salamagne, professeur d'Histoire de l'Art. L 'objectif premier de la thèse était de renouveler, au besoin et au possible, les travaux antérieurs. Parce que ceux-ci semblaient de qualité et relativement complets, nous avons volontairement placé notre étude à la rencontre de plusieurs disciplines, ce qui se révéla fécond. Les connaissances relatives au château ont été confrontées en synergie à celles de la ville, afin d'aborder le sujet sous un nouveau jour. L'étude du château, fondée sur les archives transcrites in-extenso ainsi que sur les relevés topographiques et planimétriques, a conduit à des conclusions inédites, en particulier sur la fortification de la place - qui n'avait encore jamais été étudiée - mais aussi sur le château de Louis XI - toujours resté dans l'ombre de celui de Charles VIII. En outre, la compréhension globale du château et son évolution à travers les siècles ont autorisé à formuler de nouvelles hypothèses sur le chantier de Charles VIII et la distribution des édifices. L'analyse des édifices urbains, qu'il restait à mener, a été possible par l'étude des Archives communales qui ont permis d'étudier un ensemble d'éléments aujourd'hui disparus, tant défensifs qu'édilitaires, tels que l'enceinte médiévale, les ponts de la ville et la maison de ville. Quant à l'architecture civile privée, elle relevait d'une étude de terrain et s'est heurtée aux formes vernaculaires rencontrées et au manque d'études menées jusqu'à présent dans ce domaine. Toutefois notre travail aboutit à la compréhension d'un ensemble cohérent et encore vierge d'investigations. Au travers du foisonnement d'informations que livrent les sources et les données de terrain, nous nous sommes attachés à montrer comment les travaux royaux visèrent à transformer le château fort d'Amboise en lieu de résidence adapté aux usages qu'imposait la cour de France à la fin du Moyen Âge - travaux d'une telle ampleur que leur impact sur la ville fut immédiat, tant du point de vue des techniques de construction, que du point de vue de l'esthétique.

    Le cadre chronologique

    Définir le cadre chronologique d'une étude commune à un château et à sa ville suppose de faire coïncider les différents critères de sélection. Pourtant donner deux dates qui marqueraient arbitrairement le début et la fin de notre étude réduirait notre propos qui a pour but d'étudier la ville et le château d'un point de vue morphologique, architectural, urbanistique et sociologique. Il faut cependant décider d'un champ d'étude. L'année 1421 demeure la date à partir de laquelle sont conservés les premiers comptes de la ville aux Archives communales. Ces archives instruisent sur le déroulement de travaux menés dans l'enceinte urbaine, mais il semble que ce soient des travaux de réparation et non de construction. Dans les comptes, aucune mention de travaux ex nihilo ne pourraient marquer le début d'une ère nouvelle. Par ailleurs, l'étude du château médiéval est lacunaire et aucun point de repère, signe d'un renouveau, n'a pu être décelé au début du XVe siècle. L'année 1434, correspondant à la date à laquelle Charles VII (1421-1461) confisqua la baronnie à Louis d'Amboise constitue un repère chronologique fort ; pourtant il ne semble pas que cet événement marqua un changement dans le cours de la vie à Amboise. Enfin, l'établissement au château de Louis XI (1461-1483) et Charlotte de Savoie autour de 1469 annonce sans doute les mutations à venir mais auraient-elles été possibles sans les événements antérieurs ? À l'inverse, pour fixer le terminus de cette thèse, nous avions le choix entre plusieurs dates dictées non par l'histoire de la ville, mais par celle du château. En 1498, la mort de Charles VIII marqua sans doute une rupture de l'activité de construction au château, mais n'eut que peu d'impact sur les chantiers urbains. Une autre grande date aurait pu être choisie : 1560, celle de la Conjuration d'Amboise à la suite de laquelle la cour quitta définitivement le château. Nous avons toutefois préféré retenir la date de 1525 qui correspond non pas au départ définitif de François Ier pour la région parisienne, mais tout du moins à l'éloignement de la cour d'Amboise, bien que la venue de Charles Quint et la dernière grande fête donnée par le roi à Amboise aient eu lieu en 1539. Cette date trouve un écho cohérent dans l'architecture de la ville où le style gothique des demeures est abandonné et les principaux travaux d'urbanisme achevés. Par ailleurs, on constate à partir de 1520 une évolution dans la tenue et la gestion des comptes de la ville : divisés en chapitres de corps de métiers, ils s'avèrent moins précis et livrent peu d'informations topographiques ou techniques.

    Notre étude prend ainsi pour limites les dates de 1421 et 1525.

    La méthodologie

    Notre travail s'est appuyé sur un inventaire exhaustif des sources iconographiques et sur un dépouillement complet des fonds d'archives. Les sources non publiées ont fait l'objet de transcriptions exhaustives et systématiques, tandis que les sources publiées ont simplement été vérifiées. Plusieurs pièces inédites ont été mises au jour.

    Les relevés du château et des maisons urbaines

    Ne disposant pas de plan d'ensemble du château suffisamment exact, son plan de masse a été levé. La topographie du site a également fait l'objet de relevés minutieux. Les plans intérieurs des corps de bâtiments subsistants : ceux du bâtiment de la grande salle sur Loire, du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins, de la tour des Minimes, de la tour Heurtault, de la chapelle, de la tour Garçonnet et de la demi-lune ont tous été établis par nos soins. L'extérieur du château et certaines pièces intérieures ont pu être modélisés en trois dimensions avec l'aide de l'école Polytech'Orléans. Les bâtiments disparus du château ont été étudiés à partir des différents plans anciens conservés. Ces derniers ont été vectorisés afin de travailler sur des documents graphiques à la même échelle.

    Dans la ville, l'approche de l'architecture privée n'est possible qu'à travers la lecture du bâti puisque les archives notariales conservées d'Amboise ne sont pas antérieures au XVIIe siècle. Dans le cadre d'un partenariat avec le Service de l'Inventaire de la région Centre, nous avons procédé au repérage d'environ cent vingt adresses, sources uniques de notre connaissance sur l'architecture des maisons et des hôtels amboisiens.

    Les dossiers d'édifices sont regroupés au seins de secteurs urbains, puis par rue.

    Cet inventaire, non exhaustif, mais cependant jugé représentatif de l'architecture de la fin du Moyen Âge (XVe et XVIe siècles), qui constitue un corpus cohérent de formes architecturales, nous a permis de créer la présente base de données - dans laquelle sont également répertoriées les ailes du château. Le choix des édifices étudiés a été guidé par la situation des édifices dans une zone historique préalablement déterminée, l'accessibilité, le bon état de conservation et l'intérêt architectural.

    Le géoréférencement - qui consiste à cartographier sur le cadastre chacun des faits enregistrés dans un Système Informatisé Géographique (SIG) - a permis de comprendre la dynamique et le choix d'implantation des édifices en fonction de leur statut (maisons, hôtels, manoirs, églises, etc.).

    L'architecture privée s'est révélée assez modifiée, et souvent dénaturée, mais les parties datant de la période étudiée et encore lisibles ont été relevées. Aussi, les façades authentiques des édifices ont-elles fait l'objet de photogrammétries, tandis que nous avons réalisé les plans ainsi que relevé les charpentes dont les dispositions permettaient de retrouver l'état originel et les modénatures de supports authentiques. Le recours à la photographie a été systématique.

    Pour les édifices qui ne présentent que peu ou plus d'éléments ornementaux, l'analyse typo-stylistique demeure souvent stérile. Aussi avons-nous eu recours, pour dix d'entre eux, à la datation par analyse dendrochronologique. L'ensemble des analyses a révélé des dates d'abattage des bois qui correspondent à notre aire temporelle d'étude.

  • La définition du cadre géographique de l'étude est aussi complexe à établir que celle du cadre temporel. Le premier se limite aux frontières de la commune, avec une forte concentration des vestiges dans :

    - le secteur de l'ancienne enceinte de ville,

    - le secteur de l'ancien grand marché,

    - le secteur des marais asséchés vers 1494-1495.

    Le second se limite, théoriquement, à la période 1434-1525, c'est-à-dire entre la date à laquelle la ville est confisquée par Charles VII (1422-1461) à la famille d'Amboise, et le départ de la cour du roi François Ier (1515-1547).

    Le problème qui s'est posé à nous était de reconnaître les édifices construits durant cette période. Le recours à l'analyse stylistique des décors nous a aidé, mais on distingue à Amboise trois grands types d'architectures dans lesquelles le décor n'a pas la même valeur : l'architecture castrale, l'architecture de pierre (les édifices publics, religieux et les hôtels) et l'architecture de bois (les maisons). En ce qui concerne l'architecture castrale, le passage du Moyen Âge à la Renaissance a eu lieu durant la période 1485-1530. Il s'agit par ailleurs de la période la plus florissante pour le développement du château d'Amboise, ce qui provoqua la croissance économique de la ville. Aussi, nous nous sommes attachés à définir l'état architectural de la ville lorsqu'elle devient ville royale et l'évolution qu'elle va suivre sous l'influence de la présence de la cour royale de France. C'est pourquoi, ponctuellement nous avons répertorié parmi les édifices aisément datables, certains antérieurs au XVe siècle ou d'autres justes postérieurs.

    De fait, l'architecture médiévale est particulièrement rare à Amboise ; nous n'avons découvert que quelques témoignages des XIIIe et XIVe siècles. Il semble donc qu'il y ait bien eu un renouveau important du bâti aux XVe et XVIe siècles. De même l'architecture postérieure au milieu du XVIe siècle, bien qu'elle n'intègre pas notre sujet d'étude, n'a quasiment pas été rencontrée, ce qui fait dire que la Conjuration d'Amboise (mars 1560) a signé la fin de la période de faste de la ville.

    Notre enquête fut menée avec le souci de retrouver le visage médiéval d'Amboise. Aussi avons-nous été amené à intégrer dans notre corpus des bâtiments dénaturés qui avaient conservés quelques éléments datants, ou d'autres, situés dans un secteur urbanisé à l'époque concernée, mais ne présentant pas plus d'éléments en faveur d'une datation du Moyen Âge que d'autres en défaveur. Nous avons divisé la ville médiévale en secteurs et pour chaque notice nous avons procédé à une étude minutieuse du parcellaire du plan cadastral dit napoléonien en mentionnant les édifices majeurs disparus.

    Ainsi nous souhaitons présenter un inventaire des édifices remarquables d'Amboise, établir ses principaux secteurs d'urbanisation et trouver les caractéristiques de l'architecture amboisienne de la fin du Moyen Âge.

  • Méthodologie employée pour l'étude du château d'Amboise : faire le lien entre le château et la ville

    Nous avons signalé qu'aucun inventaire d'Amboise n'avait été réalisé ; la ville comme le château ont pourtant fait l'objet d'un certain nombre d'études d'époques comme de qualité variables. Depuis les années 1960, les études sur Amboise ont toujours été menées soit sur la ville, soit sur le château. Notre volonté était de les étudier ensemble pour établir leurs liens.

    L'étude de la ville s'oppose à celle du château. Pour la première, l'essentiel de la recherche se situe sur le terrain tandis que pour le second, la plupart des informations proviennent des documents d'archives, puisqu'environ 70 % des bâtiments existants à l'apogée du développement du château ont disparu, essentiellement durant la campagne de destruction de 1806-1807.

    L'histoire politique, économique et sociale de la ville ayant déjà été établie, notamment par Jean-Philippe Aubert (1967) et Jacqueline Melet-Samson (1973), nous avons pris le parti de tenter de mettre en rapports leurs travaux avec les observations et les analyses des bâtiments encore debout aujourd'hui. Pour la ville, les séries notariales des Archives départementales d'Indre-et-loire ayant brûlé au début du XXe siècle, les données archivistiques sont maigres ; elles se résument aux fonds de la Médiathèque du Patrimoine qui documentent les travaux et interventions du service des Monuments Historiques sur certains édifices remarquables.

    Le plan cadastral dit napoléonien, établi entre 1808 et 1810, et les plans d'alignements des rues levés en deux campagnes, l'une autour de 1835 et l'autre autour de 1885, nous ont permis d'appréhender l'évolution viaire et parcellaire. Puisque ce travail d'inventaire ne se veut pas exhaustif, le choix des bâtiments à étudier devait permettre de composer un corpus aussi représentatif que possible de l'architecture de la ville d'Amboise aux XVe et XVIe siècles. Si dans un premier temps nous n'avions pas déterminé le nombre d'édifices à sélectionner, rapidement il nous est apparu que le patrimoine architectural de la ville s'avérait assez endommagé et qu'il serait nécessaire de multiplier les adresses pour constituer un corpus illustrant toutes les parties architecturales et tous les modes de construction. Les études de terrain s'appuient sur des prises photographiques systématiques, des relevés de plans, de charpentes ou encore des photogrammétries de façades. L'exploitation de ces données basées sur les techniques de l'archéologie du bâti permettent de définir différentes typologies constructives qui ne définissent pas pour autant des habitats très distincts.

    La datation des édifices et des maisons en particulier fut le principal problème que nous avons rencontré pour l'étude de la ville. Ajouter un édifice au corpus suppose de pouvoir le dater au moins approximativement. Pour les maisons à pan-de-bois notamment, nous avons eu recours à l'analyse dendrochronologique. Disposant d'un nombre de prélèvements comptés, les maisons choisies constituent les modèles les mieux conservés d'une typologie donnée et rarement des cas particuliers. Nous avons également eu recours à l'analyse dendrochronologique pour les charpentes du château.

    Pour le château, le travail le plus approfondi qui ait été mené ces dernières années demeure celui d’Évelyne Dagnas-Thomas (1992)1. L'approche du château diffère de celle de la ville en ce que près de 70 % du château existant au XVIe siècle a disparu et qu'il nous faut les redécouvrir au travers des documents iconographiques et d'archives, alors que les parties architecturales encore existantes qui datent bien de la période concernée par notre étude ont été transformée et restaurées à maintes reprises.

    Nous avons dû dans un premier temps lever le plan de masse du château, celui de 1708 n'étant pas assez précis. À partir de ces contours nous avons pu, en nous aidant des plans établis par les premiers architectes chargés de la restauration à partir de 1872, Victor et Gabriel Ruprich-Robert, retracer les plans intérieurs. Ces plans constituent notre base de travail pour redéfinir la distribution originelle des pièces et des espaces de communication mais aussi des jardins et des cours. L'établissement de cette distribution première nous permet de proposer la fonction des différentes pièces, liée au cérémonial comme à la vie quotidienne du château. Les cavités souterraines et troglodytiques présentes dans le promontoire du château ont également fait l'objet de plans. Leur analyse n'est pas comparable à celle de l'architecture aérienne mais elles constituent malgré tout un système de circulation non négligeable, qui devait être bien plus important à l'origine.

    Pour toutes les parties aujourd'hui disparues, la documentation est relativement abondante ; le compte de construction pour l'année 1495-1496, les procès-verbaux d'estimation de 1630, 1761, 1806 à 1808 et 1860, les comptes de restauration du service des Monuments historiques et les fonds iconographiques ne peuvent remplacer l'analyse de bâtiments encore en place mais s'avèrent assez riches en informations pour proposer une reconstitution chronologique précise.

    Aussi le château d'Amboise a-t-il été pris pour premier objet d'étude du projet AMBOISE des laboratoires du Centre D’Études Supérieures de la Renaissance à Tours (CESR) et de PRISME à Orléans, qui s'est proposé de le reconstituer en trois dimensions. La topographie du site, inhérente au promontoire rocheux, se prête particulièrement bien à ce type d'étude.

    1DAGNAS-THOMAS, Évelyne. Amboise, le grand dessein de Charles VIII. Poitiers : Université de Poitiers : mémoire de Maîtrise, sous la direction de Jean Guillaume : 1991. 3 vol., 182 p., 206 p. et 44 p., (manuscrit dactylographié).

Références documentaires

Bibliographie
  • FRANCE. Inventaire général du patrimoine culturel. Architecture : description et vocabulaire méthodiques. Réd. Jean-Marie Pérouse de Montclos. Paris : Editions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2011. (Principes d'analyse scientifique)

  • FRANCE. Ministère de la Culture et de la Communication. Direction de l'Architecture et du Patrimoine. Système descriptif de l'architecture. Dir. Monique Chatelet et Hélène Verdier ; Réd. Jeannette Ivain, Xavier de Massary ; collab. Marie-Hélène Bénetière, Catherine Chaplain, Fabienne Chaudesaigues et al. Paris : Inventaire général, E.L.P., Editions du Patrimoine, 1999. (Documents et méthodes, n°5)

  • FRANCE. Ministère de la Culture et de la Communication. Direction de l'Architecture et du Patrimoine. Système descriptif des objets mobiliers. Dir. Hélène Verdier ; Réd. Aline Magnien, Catherine Arminjon, Nicole Blondel et al. ; collab. Jean-François Belhoste, Henri Chamoux, Jacques Corbion et al. Paris : Inventaire général, E.L.P., Editions du Patrimoine, 1999. (Documents et méthodes, n°6)

  • FRANCE. Ministère de la Culture et de la Communication. Sous-direction de l’archéologie, de l’ethnologie, de l’inventaire et du système d’information. Principes, méthode et conduite de l’inventaire général du patrimoine culturel. Dir. Hélène Verdier ; réd. Xavier de Massary et Georges Coste ; collab. Bruno Malinverno, Jean Davoigneau, Anne-Claire Viron-Rochet. 2e éd. Paris : Ministère de la culture et de la communication, 2007. (Documents et Méthodes, n°9) 

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355).

Périodiques
  • PEYRONNET, Georges. Les complots de Louis d'Amboise contre Charles VII (1428-1431) : un aspect des rivalités entre lignages féodaux en France au temps de Jeanne d'Arc. Bibliothèque de l'École des chartes, 1984, 142-1, pp. 115-135.

  • THOMAS, Évelyne. Les énigmes de la tour "rasée" au château d'Amboise. Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tome LXVII, 2011, p. 157-166.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie