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L'opération d'inventaire "Val de Loire et Reconstruction"

Dossier IA00076161 réalisé en 2010

Dans le contexte d'un intérêt accru pour les villes françaises reconstruites après la Seconde Guerre mondiale, l'opération thématique "Val de Loire et Reconstruction" a été lancée par la Région Centre-Val de Loire en janvier 2010. Elle vise à étudier l'architecture et l'urbanisme des secteurs rebâtis à partir de 1945 dans treize communes du Val de Loire : Tours (37), Saint-Pierre-des-Corps (37), Amboise (37), Blois (41), Beaugency (45), Meung-sur-Loire (45), Orléans (45), Jargeau (45), Saint-Denis-de-l'Hôtel (45), Châteauneuf-sur-Loire (45), Sully-sur-Loire (45), Saint-Père-sur-Loire (45) et Gien (45).

Plan de situtation des communes de l'étude "Val de Loire et Reconstruction".Plan de situtation des communes de l'étude "Val de Loire et Reconstruction".

Ces villes constituent un ensemble géographique et historique cohérent. Toutes se situent en bord de Loire. La présence de ponts, et parfois de structures ferroviaires, en ont fait des cibles stratégiques majeures, d'où des destructions importantes infligées par l'armée allemande lors de l'invasion de 1940. Certaines d'entre elles ont également subi de nouveaux dommages en 1943 et 1944 dans le cadre des bombardements alliés. Des plans de reconstruction et d'aménagement (PRA) visant à rebâtir les zones détruites sont proposés par les villes et validés par le régime de Vichy. Les plus anciens sont rédigés dès 1940, notamment dans plusieurs villes du Loiret. Toutefois, ils n'ont donné lieu à aucune création architecturale avant la fin du conflit faute de matériaux disponibles. Après guerre, ces documents sont généralement modifiés, notamment en raison des nouvelles destructions. Ce sont donc à la fois les édifices et aménagements urbains de la Reconstruction encore en place dans les treize villes qui sont étudiés, mais aussi les différents projets de reconstruction et d'aménagement qui se sont succédé pendant et après la guerre. Enfin, localement, des ensembles urbains, héritiers de cette architecture et précurseurs des grands ensembles, ont pu être étudiés, tel que le quartier du Sanitas à Tours.

La brèche du pont, vue depuis Vienne, été 1940. (Archives Départementales de Loir-et-Cher, Blois, Fonds Lunais-Bruère, 105 Fi 456).La brèche du pont, vue depuis Vienne, été 1940. (Archives Départementales de Loir-et-Cher, Blois, Fonds Lunais-Bruère, 105 Fi 456).

Parmi les treize communes prises en compte dans cette opération, une partie d'entre elles (Blois, Orléans, Tours, Amboise...) a déjà fait l'objet de travaux menés par le Service Patrimoine et Inventaire dans le cadre de l'élaboration d'une documentation préliminaire dans les années 1970, de pré-inventaires normalisés, d'inventaires topographiques ou encore d'inventaires sur des sujets spécifiques, tels que les aménagements portuaires de la Loire (étude menée entre 2008 et 2013). Cette nouvelle approche thématique a donc pour vocation de prolonger ces travaux. Depuis janvier 2010 et le lancement de l'opération "Val de Loire et Reconstruction", six communes ont été étudiées ou sont en cours d'étude : Blois, Tours, Châteauneuf-sur-Loire, Sully-sur-Loire, Saint-Père-sur-Loire et Orléans.

1. Conditions de l'enquête sur la reconstruction de Blois

L'analyse historique et architecturale de la reconstruction de Blois a été menée sur le terrain entre 2010 et 2012 par Aurélie De Decker, conservatrice du patrimoine et chercheur au sein du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire, aux termes d'une convention liant la Région Centre et la Ville de Blois. Outre ce travail d'inventaire mené sur le terrain, des fonds d'archives ont également été consultés.

Plan de localisation des secteurs urbains de la Reconstruction de Blois étudiés.Plan de localisation des secteurs urbains de la Reconstruction de Blois étudiés.Touchée dans son centre en juin 1940 puis à l'été 1944, la ville de Blois a été reconstruite après la Libération sur un plan établi dès 1942 par l'urbaniste parisien Charles Nicod, et sous la direction de l'architecte en chef nommé par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU) André Aubert. Cette recherche propose un état des lieux, établi selon les principes et méthodes de l'Inventaire général du patrimoine culturel, de ce patrimoine architectural et urbain encore peu étudié.

L'étude s'est attachée à analyser les secteurs sinistrés de la ville qui représentent environ six hectares répartis de part et d'autre du pont sur la Loire et en ville haute dans le quartier du Carmel. Leur reconstruction a pris la forme de 17 îlots ou partie d'îlot ainsi que d'un secteur urbain autour du mail Clouseau. En outre, ont été examinés les quartiers dits de compensation, vastes réserves foncières alors utilisées par la ville pour le relogement des sinistrés, en compensation de la réduction de la construction dans la ville basse. Ces quartiers sont au nombre de trois, appelés à l'époque de leur conception îlots B, U et Y. L'étude présente enfin l'ensemble des équipements publics qui furent reconstruits ou construits à cette occasion : le groupe scolaire Victor-Hugo-Remparts, la poste, la piscine, le marché, la bourse du travail et le lycée Augustin-Thierry.

Ses limites chronologiques courent des destructions de juin 1940 aux derniers chantiers de la Reconstruction des années soixante. L'enquête a cependant nécessairement pris en compte les projets d'urbanisme qui avaient été projetés et exécutés à Blois depuis le XIXe siècle et l'état de la ville avant-guerre.

Recherches documentaires

Les sources archivistiques exploitées au cours de l'enquête sont nombreuses et variées : sources administratives, fonds d'architectes, périodiques... Les fonds des archives départementales de Loir-et-Cher, des archives municipales de Blois, de la médiathèque de Blois et de la documentation du château de Blois ont été utilisés. En outre, les fonds des architectes André Aubert et Louis Arretche conservés par l'Institut français d'architecture ont été consultés. Enfin, la photothèque du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer qui conserve les reportages photographiques commandés par le MRU, a fourni une source de premier plan.

La presse, locale et nationale, a également apporté un éclairage sur les débats qui ont accompagné les prises de décision relatives aux aménagements nouveaux et sur leur réception. En plus des revues spécialisées habituelles (Urbanisme, L'architecture d'Aujourd'hui, La Construction Moderne...), le dépouillement de la revue de l'Ecole de Loire, Le Jardin de la France, Blois et le Loir-et-Cher, animée par le blésois Hubert-Fillay, a apporté un éclairage particulier sur la ville de Blois.

Grâce à la collaboration de Bruno Guignard qui nous a permis de consulter et photographier sa collection de cartes postales anciennes, le bâti observé a pu être confronté à l'aspect de la ville avant-guerre. Enfin, la rencontre d'Henri Gautier, conducteur de travaux actif pendant la reconstruction de la ville, nous a permis d'éclairer l'analyse des sources et des observations de terrains par un témoignage oral.

Au moment de l'étude, le fond Marc Paget, versé aux archives départementales de Loir-et-Cher (125 J) n'était pas consultable.

Ce travail d'Inventaire s'inscrit également à la suite d'un inventaire topographique réalisé à partir de 1986 par Annie Cospérec, chercheur du service régional de l'inventaire, et synthétisé dans l'ouvrage publié en 1994, Blois : la forme d'une ville.

Organisation des résultats de l'enquête

L'enquête sur la reconstruction de Blois a donné lieu à la publication de 62 dossiers d'inventaire. Elle fait suite à une première opération d'inventaire topographique menée dans les années 1980. Les résultats de l'étude conduite à partir de 2010 sont structurés autour d'un dossier de synthèse sur les secteurs urbains de la Reconstruction de la ville. L'analyse est ensuite déclinée à l'échelle des grands aménagements urbains, des îlots des terrains déblayés et de compensation, et des équipements publics, sous forme de dossiers individuels, accessibles à partir du dossier de synthèse. 22 immeubles, ensembles d'immeubles ou maisons ont également été décrits plus précisément afin d'illustrer les différentes formes que l'architecture de la Reconstruction a pu prendre à Blois. Les bas-reliefs des piliers de l'entrée de la Poste sont étudiés dans un dossier mobilier. Enfin, l'ensemble des immeubles du centre-ville a fait l'objet d'un recensement qui a permis de dégager les grandes caractéristiques architecturales des édifices reconstruits dans ce secteur. Celles-ci sont présentées au sein d'un dossier collectif "Immeubles".

Sommaire des dossiers

2. Conditions de l'enquête sur la reconstruction du centre-ville de Tours

L'analyse historique et architecturale de la reconstruction du centre-ville de tours (dit Tours nord) a été menée sur le terrain entre 2010 et 2011 par Marie-Luce Fourchet, doctorante à l'université François-Rabelais de Tours et chercheur associé au sein du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire, aux termes d'une convention liant à la fois la Région Centre-Val de Loire et l'université, mais aussi la Région et la Ville de Tours. Outre ce travail d'inventaire mené sur le terrain, des fonds d'archives ont également été consultés. Le travail de Marie-Luce Fourchet était encadré par la coordinatrice du programme de recherche "Val de Loire et Reconstruction", Aurélie de Decker, conservatrice du patrimoine et chercheur au Service Patrimoine et Inventaire de la Région.

Plan de localisation des secteurs urbains de la Reconstruction de Tours étudiés.Plan de localisation des secteurs urbains de la Reconstruction de Tours étudiés.

Sinistré dès juin 1940, le quartier de l'entrée de ville monumentale, reconstruit sous la houlette de l'architecte en chef Pierre Patout, couvre une douzaine d'hectares comprenant 18 îlots édifiés selon une trame orthogonale. Quelques terrains situés hors de ce périmètre sont également inclus dans l'étude, tels que les terrains de compensation (vastes réserves foncières alors utilisées par la ville pour le relogement des sinistrés, la reconstruction d'ensembles industriels ou commerciaux, ou encore d'équipements scolaires) destinés à la reconstruction du Crédit Lyonnais, de l'imprimerie Mame et d'écoles primaires et maternelle détruites. Avoisinant le groupe scolaire Anatole-France, une cité H.L.M et un ancien commissariat de police rue des Amandiers ont par ailleurs été rattachés à l'étude car ils justifiaient d'un lien avec le projet de reconstruction.

Définies en regard de la thématique, les limites chronologiques de cette étude correspondent d'une part aux toutes premières destructions qui ont touché l'entrée nord en juin 1940, et d'autre part aux derniers chantiers de reconstruction réalisés dans l'enceinte du périmètre en 1962. Les îlots, les édifices municipaux, mais aussi les ensembles urbains regroupés autour de rue et de places ordonnancées, sont présentés au sein de dossiers individualisés, introduits par un dossier général sur la reconstruction de Tours évoquant à la fois le cadre historique et les formes architecturales de celle-ci.

Recherches documentaires

En complément des recherches bibliographiques usuelles, au sein desquelles les articles des revues spécialisées (Bâtir, Urbanisme, L'Architecture d'aujourd'hui) contemporains de la période étudiée ont permis d'évaluer l'inscription de ces opérations de reconstruction dans le contexte architectural de l'époque, un dépouillement quasi-exhaustif de la presse locale pour la période 1940-1983 (La Dépêche, La Nouvelle République, L’Écho de Touraine, L'Espoir) a été effectué.

Les documents textuels et graphiques conservés aux archives municipales de Tours ont constitué la principale source archivistique exploitée lors de l'enquête. On relève notamment la consultation des séries modernes 91 C (annuaires), 3 D (PAEE), 6 F (Relogement des sinistrés), 1 I (Inaugurations), 3 K (Décorations), 4 M (Edifices communaux, Monuments et Etablissements publics), O (Travaux publics, Voirie), 2 R (Sciences, Lettres et Arts), 5 Z (fonds Jean Meunier). Dans la série contemporaine W, plusieurs versements ont fait l'objet d'un examen attentif : 149 W (Reconstruction du secteur sinistré), 472 W (Reconstruction de la bibliothèque municipale), 999 W (fonds de l'OPAC). Il faut par ailleurs souligner la présence de nombreux permis de construire, dont l'importance documentaire témoigne du caractère exceptionnel de ces opérations de reconstruction. De ces différents fonds proviennent les plans masses, plans d'îlots et plans d'immeubles qui illustrent les dossiers électroniques. Les photographies et cartes postales anciennes sont aussi majoritairement issues de ce service d'archives (11 Fi, 101 Fi, 104 Fi, 114 Fi et 117 Fi).

Les fonds contemporains conservés aux archives départementales d'Indre-et-Loire ont été explorés plus partiellement, compte tenu de l'ampleur ou de l'état de traitement de la documentation disponible. Sont à signaler plus spécifiquement les séries 30 J (fonds des architectes Boille), 88 J (fonds de l'entreprise de construction Novello), 5 Fi (fonds du photographe Robert Arsicaud) et 302 W (fonds des Associations syndicales de remembrement et de reconstruction). Inventorié récemment, ce dernier n'a pas été consulté mais présente près de 900 boîtes d'archives constituant un complément indéniable des fonds municipaux. D'autres versements, provenant d'agences d'architectes tourangeaux ayant pris part à la Reconstruction, sont en cours de classement et pourront venir enrichir les résultats de notre enquête.

Il faut également mentionner l'utilisation de photographies issues des archives privées des Établissements Mame, du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire (vues aériennes de Roger Henrard, clichés de Bernard Vitry), ainsi que du service d'archives de l'ancien Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme.

Ce travail d'Inventaire s'inscrit enfin dans la lignée chronologique d'un précédent inventaire topographique de la cité tourangelle, réalisé de façon discontinue entre 1974 et 1988 par différents chercheurs du service régional de l'inventaire. Cette enquête sur la Reconstruction complète ainsi les études existantes, limitées à 1940. Portant sur le bâti construit des années 1950 au début des années 1960, elle s'attache à l'étude des quartiers de l'entrée de ville monumentale.

Organisation des résultats de l'enquête

L'enquête sur la reconstruction du centre-ville de Tours a donné lieu à la publication de 72 dossiers d'inventaire. Elle fait suite à une première opération d'inventaire topographique menée dans les années 1970-1980. Les résultats de l'étude conduite à partir de 2010 sont structurés autour d'un dossier de synthèse sur les secteurs urbains de la Reconstruction de la ville. L'analyse est ensuite déclinée à l'échelle des grands aménagements urbains, des îlots des terrains déblayés et de compensation, et des équipements publics, sous forme de dossiers individuels, accessibles à partir du dossier de synthèse. 23 immeubles, ensembles d'immeubles ou maisons ont également été décrits plus précisément afin d'illustrer les différentes formes que l'architecture de la Reconstruction a pu prendre à Tours. Des objets de commémoration liés à l'histoire de Tours dans la Seconde Guerre mondiale sont également étudiés (croix de guerre, service de pose de la première pierre et livre d'or consacré à Ferdinand Morin), ainsi que le mobilier d'origine encore conservé à la bibliothèque municipale.

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3. Conditions de l'enquête sur la construction du secteur urbain concerté du Sanitas

L'analyse historique et architecturale de la construction du secteur urbain concerté du Sanitas a été menée sur le terrain entre 2010 et 2011 par Hugo Massire, étudiant en master 2 d'histoire de l'art à l'université François-Rabelais de Tours et chercheur associé au sein du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire, aux termes d'une convention liant à la fois la Région Centre-Val de Loire et l'université, mais aussi la Région et la Ville de Tours. Outre ce travail d'inventaire mené sur le terrain, des fonds d'archives ont également été consultés. Le travail de Hugo Massire était encadré par la coordinatrice du programme de recherche "Val de Loire et Reconstruction", Aurélie de Decker, conservatrice du patrimoine et chercheur au Service Patrimoine et Inventaire de la Région.Plan de localisation des immeubles étudiés dans le secteur urbain concerté du Sanitas.Plan de localisation des immeubles étudiés dans le secteur urbain concerté du Sanitas.

Le quartier du Sanitas est un vaste ensemble urbain d'une quarantaine d'hectares que les dates de réalisation (achèvement en 1971) positionnent en dehors du champ chronologique de la Reconstruction, tout en ayant un lien avec les destructions de la Seconde Guerre mondiale car une partie du Sanitas est construite sur des terrains déblayés suite aux bombardements des installations ferroviaires de 1943 et 1944. Dès la Libération, ce secteur est envisagé comme faisant partie intégrante du Plan de Reconstruction et d'Aménagement de l'urbaniste en chef Jean Dorian en lien avec le projet de déplacement de la garde de Tours afin de réaliser une gare unique pour la capitale tourangelle. Bien que non réalisé, ce plan Dorian a toutefois servi de matrice au plan-masse du Sanitas, faisant de ce dernier un quartier à la charnière entre Reconstruction et grand ensemble.

Définies en regard de la thématique, les limites chronologiques de cette étude s'étendent de 1954 et de la première réalisation d'un plan-masse pour ce secteur urbain concerté à 1971, date à laquelle s'achèvent les constructions. Les différentes typologies d'immeubles en lien avec leur tranche de construction constituant cet ensemble, les édifices publics et les aménagements urbains sont présentés dans des dossiers individuels.

Recherches documentaires

En complément des recherches bibliographiques usuelles, les documents textuels et graphiques conservés aux archives municipales de Tours ont constitué la principale source archivistique exploitée lors de l'enquête. On relève notamment la consultation de la série moderne 3 D (PAEE). Dans la série contemporaine W, le fonds 999 W (fonds de l'OPAC) a été consulté. Les fonds contemporains conservés aux archives départementales d'Indre-et-Loire ont été explorés plus partiellement, compte tenu de l'ampleur ou de l'état de traitement de la documentation disponible. Sont à signaler plus spécifiquement les séries 30 J (fonds des architectes Boille), 88 J (fonds de l'entreprise de construction Novello) et 5 Fi (fonds du photographe Robert Arsicaud). D'autres versements, provenant d'agences d'architectes tourangeaux ayant pris part à la Reconstruction, sont en cours de classement et pourront venir enrichir les résultats de notre enquête. Il faut également mentionner l'utilisation de photographies issues du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire (vues aériennes de Roger Henrard).

Organisation des résultats de l'enquête

L'enquête sur la construction du secteur urbain concerté du Sanitas a donné lieu à la publication de 35 dossiers d'inventaire. Les résultats de l'étude conduite à partir de 2010 sont structurés autour d'un dossier de synthèse sur le secteur urbain concerté du Sanitas (ou secteur industrialisé). L'analyse est ensuite déclinée à l'échelle des grands aménagements urbains, des typologies d'immeubles étudiés en lien avec la tranche de construction concernée du secteur industrialisé et des équipements structurants, sous forme de dossiers individuels, accessibles à partir du dossier de synthèse.

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Aires d'études Val de Loire et Reconstruction

Annexes

  • Cahier des clauses scientifiques et techniques du programme "Val de Loire et Reconstruction" (2013)

    Contexte de l’étude

    Depuis quelques années, l'intérêt pour l’architecture des villes françaises reconstruites après la Seconde Guerre mondiale s’est considérablement accru. En 1993, le deuxième colloque international des villes reconstruites s’est tenu à Lorient et a abouti à une publication de référence (DIEUDONNE, Patrick (dir.). Villes reconstruites, du dessin au destin. Paris : L’Harmattan, 1994. 2 tomes). Les programmes d’inventaire sur le sujet se sont multipliés : Maubeuge et Dunkerque en Nord-pas-de Calais, Le Havre, Rouen, Saint-Valéry-en-Caux en Haute-Normandie, Saint-Lô en Basse-Normandie, Saint-Nazaire en Pays de la Loire, Abbeville en Picardie et Athis-Mons, Juvisy-sur-Orge et Paray-Vieille-Poste en Ile-de-France. En particulier, Royan et le Havre ont fait l’objet de publications dans la collection des Cahiers du patrimoine :

    -ETIENNE-STEINER, Claire, SAUNIER, Frédéric [et al.]. Le Havre : un port, des villes neuves. Paris : Centre des monuments nationaux Monum, 2005,

    -RAGOT, Gilles (dir.). L'Invention d'une ville. Royan années 50. Paris : Monum, Editions du patrimoine, 2003.

    Ce souci de connaissance et de valorisation a été accompagné d’une politique de protection. Par exemple, à Royan une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) a été instituée dès 1992 en réaction à des dénaturations ou à des destructions comme celle du casino de Claude Ferret. La ville du Havre reconstruite par Auguste Perret est devenue patrimoine mondial de l’humanité en 2005. Les églises de la Reconstruction ont été protégées au titre des Monuments Historiques notamment en Haute-Normandie en 2001-04, en Nord-Pas-de-Calais en 2002 et en Basse-Normandie en 2005-06.

    La région Centre, à la frontière entre zone occupée et zone libre dans les premières années de la guerre, a particulièrement souffert des bombardements : l’architecture et l’urbanisme hérités de la Reconstruction marquent aujourd’hui fortement les centres urbains de ses villes. Cependant, au sein du Service Patrimoine et Inventaire de la région Centre-Val de Loire, l’architecture de la Reconstruction n’a jamais constitué un sujet de recherche à part entière : évoquée à travers certaines études, comme celle de la rue des Carmes à Orléans (2006), elle est délibérément laissée de côté dans d’autres, comme celle de Blois (réalisée à partir de 1986), en raison notamment du manque de recul critique au moment des études. D’un point de vue bibliographique, ces quartiers de la Reconstruction ont été parfois étudiés en monographies distinctes ; les cas les plus connus tels qu’Orléans et Gien sont cités dans des ouvrages généraux à titre d’exemples seulement. Par ailleurs, rares sont les édifices de la Reconstruction de la région à avoir fait l’objet d’une protection (Imprimerie Mame et bibliothèque municipale à Tours, église paroissiale Sainte-Jeanne d'Arc à Gien). Le label "patrimoine XXe", qui vise à valoriser l'architecture du siècle dernier auprès du grand public, n'avait pas non plus permis d'attirer l'attention sur les reconstructions d'après-guerre avant le lancement de la présente étude en 2010. Cette dernière a fait évoluer la situation puisque les îlots expérimentaux (îlots 1, 2, 4 et 5) ou le réservoir Freyssinet d'Orléans ont été labellisés en 2015.

    Les plans d’urbanisme et les bâtiments nés de la Reconstruction furent souvent l’occasion d’adapter les réseaux urbains à la circulation automobile, d’améliorer considérablement les logements en les dotant du confort moderne, d’expérimenter de nouvelles techniques constructives et d’utiliser de nouveaux matériaux à grande échelle. Moment très stimulant de l’histoire de l’architecture française, la Reconstruction illustre l’optimisme d’une époque, la croyance dans le progrès et la modernité. Cependant, cette période de l’histoire de l’architecture française est, aujourd’hui encore, controversée, et ses réalisations sont souvent peu appréciées voire malaimées ce qui les rend particulièrement vulnérables. Certaines de ces constructions sont d’ailleurs aujourd’hui dans un état médiocre. Leur valorisation, la protection d’éléments représentatifs ou exceptionnels et leur restauration s’avèrent urgentes. La soixantaine d’années qui nous séparent de la Reconstruction constitue aujourd’hui un recul suffisant pour l’étude de ces villes et un délai intéressant pour établir un bilan des caractéristiques, de l’état actuel et de l’appropriation de ce bâti. Les travaux d'inventaire déjà menés par le service dans des villes concernées par cette étude (Tours, Blois, Beaugency, Sully-sur-Loire, Gien, Orléans, Châteauneuf-sur-Loire) constitueront un cadre historique très éclairant pour l’analyse de l’insertion des nouveaux quartiers reconstruits au sein de la trame urbaine et des typologies et styles architecturaux locaux ou régionaux.

    Cette étude se concentrera sur les villes du Val de Loire. Ce dernier est, entre Sully-sur-Loire et Chalonnes, inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité depuis 2000. En étudiant et valorisant son architecture de la Reconstruction, le Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire cherche à diversifier encore l’intérêt qui lui est porté. C'est dans cette logique que d'autres études sont également menées, telle que celle conduite entre 2008 et 2013 sur les aménagements portuaires situés le long de l'axe ligérien.

    Objet de l'étude

    Aire d'étude

    La présente étude se concentrera donc sur la Reconstruction des villes du Val de Loire situées en Région Centre-Val de Loire. Celles-ci constituent un ensemble cohérent géographiquement et historiquement. Elles jalonnent tout d’abord le fleuve qui structure le territoire régional. Elles ont ensuite été particulièrement meurtries par les bombardements allemands en 1940 puis Alliés en 1943-44 en raison de l’importance stratégique de leurs ponts, points de franchissement du fleuve, et de leur gare. De plus, le concours d’idées pour la « reconstruction des villes du Val de Loire », organisé dès septembre 1940 par le préfet régional Jacques Morane, fait de Gien, Sully-sur-Loire, Châteauneuf-sur-Loire, Jargeau, Orléans, Meung-sur-Loire, Beaugency les premières villes en France dont la Reconstruction est envisagée. Elles sont dès lors considérées comme un ensemble et posent la question d’un style de Reconstruction propre au Val de Loire. Sous le régime de Vichy, ces villes, mais aussi Tours, Amboise et Blois, font l’objet de programmes de reconstruction afin de relancer leurs activités économiques et de reloger leurs sinistrés. Ce n'est toutefois qu'après la Libération que ces plans sont repris, développés et en partie réalisés. Orléans accueille alors des chantiers de préfabrication expérimentaux nationaux.

    L’étude ne se concentrera pas uniquement sur les grandes villes reconstruites telles qu’Orléans, Tours ou Blois. Intégrer toutes les villes du Val de Loire touchées par les bombardements, quelles que soient leur taille, leur importance, leurs activités, permettra de mettre en valeur, dans leur variété, les choix politiques et les objectifs de la Reconstruction.

    Après un premier repérage effectué sur le terrain, les villes sélectionnées qui devront être étudiées sont, dans chacun des départements concernés :

    -LOIRET : Gien, Sully-sur-Loire, Saint-Père-sur-Loire, Châteauneuf-sur-Loire, Jargeau, Saint-Denis-de-l’Hôtel, Orléans, Beaugency, Meung-sur-Loire ;

    -LOIR-ET-CHER : Blois ;

    -INDRE-ET-LOIRE : Tours, Saint-Pierre-des-Corps, Amboise.

    La plupart de ces villes ont déjà été étudiées par le service sous la forme de documentation préliminaire, de pré-inventaire normalisé et d’inventaire topographique. Cette nouvelle approche thématique vise à prolonger ces études en complétant les connaissances sur ces territoires.

    Limites chronologiques

    Étudier l’architecture de la Reconstruction suppose avant tout une définition claire de notre objet. On entendra par Reconstruction : l’architecture, l’urbanisme et plus globalement les projets urbains conçus à partir de 1940 dans le cadre d’« opérations de Reconstruction ». Sauf exceptions, l'étude ne portera donc pas sur le bâti privé isolé, c'est-à-dire non inscrit dans un plan de reconstruction et d'aménagement (PRA). Le contexte historique est alors caractérisé par des destructions de grande ampleur dans les centres des villes, par des problèmes de logement déjà très importants avant-guerre qui s’en trouvent aggravés, par la pénurie de matériaux de construction, par un appareil industriel à réorganiser et moderniser, et par un cadre légal - sous Vichy puis après la Libération - qui instaure une maîtrise d’ouvrage très centralisée et une gestion complexe des dommages de guerre. Face à l’importance du phénomène – qui concerne les domaines de l’architecture, de l’urbanisme, de l’organisation des métiers, des inventions techniques, et de la loi - les auteurs qui ont consacré des ouvrages à la Reconstruction adoptent des limites chronologiques extrêmement variables (1954 pour Danièle Voldman qui se concentre sur l'élaboration de la politique nationale en matière de reconstruction ou le milieu des années 1970 pour Bruno Vayssière qui s'intéresse plus largement aux Trente Glorieuses). En l’absence de définition consensuelle de la Reconstruction en termes chronologiques, c’est donc en fonction des spécificités de notre terrain d’étude et de nos objectifs que nous devrons délimiter notre chronologie.

    D’une part, la période à étudier doit commencer en 1940. Nombreuses sont les villes, comme Gien ou Tours, pour lesquelles des plans de reconstruction sont élaborés dès le début des années 1940. Le préfet du Loiret Jacques Morane s’est tout particulièrement appliqué à la mise en œuvre rapide de programmes de reconstruction dès sa nomination fin juin 1940. Si la réalisation de la plupart des projets n’a pas encore commencé à la fin de l’Occupation, ils sont néanmoins fréquemment réutilisés après guerre, après quelques modifications dues en particulier à la seconde vague de bombardements par les Alliés en 1944.

    Commencer l’étude en 1940 justifiera précisément de mentionner dans les dossiers d’inventaire les projets successifs qui ont mené au résultat bâti observé aujourd’hui, c’est-à-dire toute la genèse des projets qui leur confèrent souvent leur relief et leur sens. L’exemple de la bibliothèque de Tours est, à ce titre, éclairant : détruite en 1940, des projets pour sa reconstruction sont proposés pour différents emplacements dès 1942, d’une part par le conservateur de la bibliothèque et d’autre part par les frères Charles et Jean Dorian. La ville choisit finalement en 1950 un pavillon dessiné par Patout et celui-ci est construit entre 1953 et 1957. Pour comprendre cet édifice aujourd’hui, il est donc fondamental de connaître l’évolution de son projet et de savoir que son architecte, Pierre Patout, avait prévu la construction d’un édifice symétrique pour abriter le Palais des Congrès : l’échelle monumentale des deux pavillons jumeaux, parfois regrettée ou jugée saugrenue aujourd’hui, aurait signalé, place Anatole-France, l’entrée nord de Tours [FOURCHET, Marie-Luce. La reconstruction de la bibliothèque municipale de Tours (1940-1957). Genèse d’une architecture emblématique. Direction de l’Architecture et du Patrimoine, sous-direction des Monuments Historiques et des espaces protégés, 2009]. Commencer l’étude en 1940 permettra, en outre, de mettre en lumière le passage de l’organisation mise en place sous Vichy à celle du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme à partir d'octobre 1944, ainsi que les changements de projets et de personnels qui l’accompagnent.

    Chaque ville ayant son propre rythme de reconstruction, au gré notamment des volontés politiques, la limite chronologique finale de l’étude ne peut être identique pour tout le Val de Loire : elle devra être pensée dans chaque cas selon la définition de la Reconstruction et les objectifs définis pour l’étude, communs eux à toutes les villes. L’inventaire portera sur tous les édifices (de logements, industriels ou publics) qui ont été construits en conséquence des destructions de la Seconde Guerre mondiale - sur les terrains des anciens bâtiments détruits et sur les terrains dits de compensation. Cet inventaire pourra également ouvrir, par un recensement, vers l’étude des édifices qui en sont les héritiers directs c’est-à-dire qui ont bénéficié des découvertes techniques, d’une organisation professionnelle renouvelée et des mutations urbaines. En effet, un des intérêts de la Reconstruction réside dans les révolutions techniques et architecturales qu’elle a stimulées ou organisées. Le Val de Loire s’est d’ailleurs illustré à ce titre avec le chantier expérimental de l’îlot 4 d’Orléans par Pol Abraham, chantier fondateur dans le contexte de la standardisation des éléments de construction. Il semble donc particulièrement pertinent de pousser les limites de l’étude jusqu’aux prémices de la politique des grands ensembles qui hérite directement de l’industrialisation et la mécanisation de la construction. Intégrer à l’étude de la Reconstruction ses premières répercussions permettra de lui donner toute sa place dans l’histoire de l’architecture. Ce recensement pourra préparer une recherche approfondie menée dans un deuxième temps.

    Enjeux scientifiques

    L’architecture et l’urbanisme de la Reconstruction sont intéressants à différents points de vue qui seront étudiés dans le contexte spécifique du Val de Loire. À ce titre, différentes thématiques pourraient être éclairées :

    • La Reconstruction a représenté une occasion de réorganiser les villes, ou à plus grande échelle, le réseau des villes : par le déplacement de population du centre vers la périphérie et par la requalification des espaces, par la modification de la géographie des activités, comme le regroupement des activités industrielles, par le changement des réseaux de transport et donc des flux. Quels choix ont été faits pour les villes du Val de Loire ? Illustrent-t-elles toutes cette réorganisation du sol ? De quelle manière ? Quelles ont été les positions politiques en présence (choix faits au niveau de l’État, relai de ces idées au niveau local) ? Dans quelle mesure les sinistrés réunis en associations sont-ils intervenus et ont-ils influencé les décisions ?
    • Parce que les architectes ont alors dû construire sur des terrains quasiment vides, la période de la Reconstruction a marqué les débuts d’une planification de l’urbanisme : quelles solutions urbaines ont été adoptées sur les bords de Loire ? Dans quelle mesure les concepteurs ont-ils cherché à s’adapter au paysage et au contexte architectural environnant ou préexistant ? Dans cette perspective, on accordera un intérêt particulier aux dispositions des places des extrémités des ponts et aux voies de circulation qu’elles articulent.
    • La Reconstruction marque un tournant dans l’histoire de l’architecture par la révolution esthétique, les nouveautés techniques, l’organisation de la profession d’architecte et plus largement des professions du bâtiment qu’elle induit. Dans quelle mesure les réalisations du Val de Loire nourrissent-elles ces évolutions ? Avec la Reconstruction, les antagonismes théoriques d’avant-guerre refont surface au détriment en général des théories modernes. Assiste-t-on à cet affrontement des théories architecturales dans le Val de Loire ? Le débat y est-il représentatif du contexte français global ? Les théories soutenant la Reconstruction en Val de Loire s’apparentent-elles plus au régionalisme ou au modernisme que l’on a alors tendance à opposer ? Comment la modernité des propositions de certains architectes a-t-elle été gommée ? À partir de quand et d’où peut-on réellement construire selon des principes et un style modernes ?

    L’étude qui a pour objectif la connaissance, la protection et la valorisation d’un patrimoine peu valorisé dans une Région qui est prioritairement identifiée par son patrimoine de la Renaissance, visera à mettre en valeur la diversité des solutions de Reconstruction dans le Val de Loire en adoptant ce triple point de vue du projet urbain,de l’urbanisme et de l’architecture.

    Pour cela, deux questionnements accompagneront l’observation sur le terrain :

    • Le jeu des politiques et les changements du foncier : il s’agira d’analyser les mécanismes urbains, sociaux et politiques qui ont déterminé la transformation des villes à l’occasion de la Reconstruction.
    • Les acteurs professionnels et la construction : il s’agira de comprendre le fonctionnement des réseaux professionnels et d’approfondir la connaissance des procédés techniques apparus dans le contexte de la Reconstruction.

    La synthèse de ces aspects permettra de mesurer l’écart entre les théories – d’architecture, d’urbanisme, de dédommagement – et la réalité de la pratique, écart qui est souvent à l’origine de l’incompréhension à l’égard des réalisations de cette époque. Cette analyse s’ouvrira sur les conséquences professionnelles, techniques et urbaines de la Reconstruction sur la politique de logement des années 1950-70.

    Méthodologie et approche

    Un inventaire "topo-thématique"

    Ce programme d’inventaire s’attachera à étudier, au sein de différentes villes du Val de Loire, les quartiers de la Reconstruction. Il s’agit d’un inventaire "topo-thématique" : inscrit dans la thématique de la Reconstruction dans le Val de Loire, il nécessitera d’étudier selon la méthode topographique les aires délimitées des quartiers reconstruits, dans le prolongement des inventaires topographiques déjà menés par le service.

    Le caractère thématique de l’étude ne devra cependant pas en pâtir. Il nécessitera d’aborder tous les terrains de manière synthétique et de les confronter sur différentes problématiques, par exemple : leur contexte de création, leurs influences réciproques, les priorités exprimées à l’échelle du territoire, les typologies, les réseaux, les personnalités politiques travaillant sur l’ensemble, le style de reconstruction adopté.

    L'îlot comme unité d'étude

    La singularité du contexte, de l’organisation et des procédés techniques de la Reconstruction déterminent une organisation particulière de l’étude et des dossiers d’inventaire. Dans le contexte de villes parfois considérablement détruites, et afin depouvoir rationaliser leur organisation, la loi du 16 mars 1946 rend possible les remembrements. La notion d’îlot devient de fait structurante. De plus, fréquemment, un architecte d’opération est associé à chacun des îlots. La répétition des structures et des procédés techniques ainsi que la recherche, par la variété des détails, d’une impression d’ensemble confirment qu’il n’est souvent pas pertinent de procéder à une étude par parcelle.

    À l’exception de quelques éléments spécifiques, l’unité de base de l’étude sera donc le dossier d’ensemble urbain « îlot ». Ces dossiers d’ensemble pourront contenir des dossiers relatifs à quelques éléments spécifiques ou représentatifs de la totalité de l’îlot. Des informations relatives à la morphologie de l’îlot devront être collectées : elles concerneront notamment le type de l’îlot (îlot ouvert, ou constructions continues …), la caractérisation des fonctions du cœur de l’îlot (parking, chaufferie…) et plus particulièrement des voies de desserte. Pour faciliter la description des îlots, on pourra procéder à la transcription graphique des morphologies d’îlots observées sur le terrain. Cela nous permettra en particulier de décrire précisément l’ouverture des différents îlots sur la ville. Pour qualifier l’homogénéité ou l’hétérogénéité du traitement d’un îlot, une description des parties d’îlots en différentes « séquences » pourra s’avérer pertinente. On observera l’éventuelle porosité de l’architecture de chaque îlot aux éléments alentour.

    Ce mode d’approche et cette structure de l’étude n’est cependant pas valable dans le cas de villes peu touchées par les bombardements (Meung-sur-Loire, Beaugency, Jargeau et Saint-Denis-de-l'Hôtel) et dont la reconstruction n’a par conséquent pas été pensée par îlot. Dans ces cas, la structure des dossiers sera adaptée au terrain.

    Enfin, une ordonnance particulière a parfois été adoptée pour un ensemble d’édifices de différents îlots dans le but d’unifier le traitement d’une rue ou d’une place par exemple (voir par exemple la rue Royale à Orléans ou encore la place de la Résistance à Blois). Dans ces cas, en plus des dossiers par îlots, on soulignera et étudiera cette ordonnance et les intentions qui la motivent dans le cadre d’un dossier ensemble : place, entrée de ville ou ensemble d’édifices derrière façade.

    À une plus petite échelle, en ce qui concerne l’analyse de l’urbanisme :

    • On étudiera les règlements d’aménagement des architectes en chef : on repérera ainsi les contraintes imposées aux architectes d’îlots, la typologie des rues envisagées et les rapports de proportion entre la largeur des rues et les hauteurs sous corniche.
    • On établira une typologie des unités urbanistiques telles que places, têtes de pont ou voies de circulation qui pourront aussi constituer des échelles d’analyse pertinentes.
    • Dans l’analyse des nouveaux plans des quartiers reconstruits et de leurs pôles structurants, on soulignera également ce qui ne les structure plus désormais. On s’attachera notamment à décrire la place du religieux dans les villes reconstruites.

    À une plus grande échelle, en ce qui concerne l’analyse de l’architecture :

    • Pour ne pas en rester à l’échelle de l’îlot, un dossier collectif « immeubles » semble opportun : il permettra d’établir pour chaque ville le répertoire formel des immeubles reconstruits, et de procéder plus facilement à une comparaison à l’échelle de la région. Nous proposerons dans cette perspective une fiche de repérage minimale (matériaux, mise en œuvre, travées et rythme, couverture, distribution…).
    • Il sera important de décrire les éléments de second-œuvre qui constituent souvent les seuls éléments de décor de l’architecture de la Reconstruction.
    • Il s’agira notamment d’analyser les choix architecturaux qui ont été faits dans une région où la Reconstruction a été souvent qualifiée de modérée voire de régionaliste par rapport à d’autres villes qui ont fait l’objet de choix résolument modernes.

    Intégrer les données spécifiques à la Reconstruction

    Décrire les réalisations de la Reconstruction nécessite de renseigner au sein du dossier d’inventaire quelques éléments spécifiques à ce contexte. Ces éléments pourraient donner lieu à la création d’un formulaire de données complémentaires.

    La nature du terrain

    Dans la mesure où l’objet de l’étude s’étend aux terrains de compensation et aux premiers programmes de logement des années 1960, il sera nécessaire de préciser pour chaque îlot la nature du terrain qu’il occupe : c’est-à-dire s’il s’agit d’un terrain déblayé après les bombardements, et s’il a ou non fait l’objet d’un remembrement, ou s’il s’agit d’un terrain de compensation. De cette manière l’étude permettra de mettre en valeur les changements du foncier dont la reconstruction a été l’occasion.

    Le financement

    On qualifiera ponctuellement les types de financement mis en œuvre en distinguant notamment :

    • Les systèmes de préfinancement qui prennent deux formes : soit l’argent est directement versé aux associations - l’attribution des logements se fait dans ce cas après la construction -, soit le mode de préfinancement est pris en charge par l’État dans le contexte des Immeuble Sans Affectation Individuelle ou Immédiate (ISAI).
    • Les dommages de guerre c’est-à-dire de l’argent versé par l’État aux sinistrés, qui transite souvent par les associations de remembrement ou de reconstruction. Connaître les modes de financement à l’œuvre permettra de voir s’ils ont une influence sur les choix de reconstruction : le mode de versement des indemnités a-t-il une conséquence sur la qualité architecturale ? Quels sont les choix faits pour l’utilisation de cet argent ? En quoi le temps de son attribution et de sa réception influence-t-il le temps du projet et le projet lui-même ?

    Le(s) projet(s) d'architecture

    Comme cela a été expliqué plus haut, il est souvent pertinent de s’intéresser non seulement à l’architecture observée aujourd’hui, mais aussi à la succession des projets qui l’ont précédée. Ces informations trouveront leur place dans l’historique et dans le détail des sources documentaires. Leur analyse mettra aussi en valeur « le temps » de la Reconstruction : sa durée, les débats qui l’ont animée et l’organisation mise en œuvre en l’attente de logements, en particulier la mise en place de logements provisoires.

    L'intégration

    Du fait de la nature du bâti considéré, l’étude devra s’attacher à éclairer les différentes problématiques d’intégration des nouvelles constructions dans leur environnement.

    • De quelle manière les nouveaux édifices s’insèrent-ils dans le réseau viaire préexistant ? Le Système d’Information Géographique permettra de présenter une superposition des plans d’avant 1940 et d’après la Reconstruction et mettra ainsi en valeur, le cas échéant, les mutations du parcellaire. Dans les cas où ils existent, on pourra s’appuyer sur les plans de l’état parcellaire avant démolition commandés au lendemain de la guerre à des cabinets de géomètres par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Dans cette perspective, on aura par exemple recours aux travaux menés précédemment par Myriam Guérid, topographe du Service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire, sur Tours. On pourra également avoir recours aux fonds d’orthophotographies.
    • L’architecture de la Reconstruction s’intègre-t-elle au contexte préexistant par les gabarits, les matériaux, les formes architecturales qu’elle adopte ? Intègre-t-elle des références à l’architecture traditionnelle de la région ou de chacune des villes concernées ? Existe-t-il en ce sens un style de la Reconstruction propre au Val de Loire dans la ligne du concours organisé en septembre 1940 par le préfet du Loiret ?
    • Dans quelle mesure le paysage du fleuve est-il pris en compte dans les choix architecturaux et urbains de la Reconstruction ?

    Ces informations pourront étayer les descriptifs d’îlots et seront analysées plus globalement à l’échelle de l’aire d’étude.

    Habitat et confort moderne

    En effet, au manque de logement et à l’insalubrité d’une grande partie d’entre eux avant guerre s’ajoutent tous les logements détruits ou endommagés en 1940 et 1944. La Reconstruction par son ampleur et par les moyens techniques mis en œuvre a constitué une occasion de transformer l’habitat « moyen » en France. Dans quelle mesure cela est-il visible dans le Val de Loire ? Assiste-t-on effectivement à « l’avènement du confort moderne » ?

    Pour quelques cas, on pourra notamment comparer le cadre de vie antérieur aux destructions, décrit par les sinistrés et par des architectes pour la constitution des dossiers de dommages de guerre, à celui créé par les opérations de Reconstruction.

    La mémoire

    Une telle étude ne pourra pas non plus s’affranchir de la relation du reconstruit avec le détruit et de la question de la mémoire.

    • En particulier comment sont traités les monuments historiques endommagés ? (voir relation entre service des Monuments Historiques et services du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme)
    • Pratique-t-on parfois la reconstitution ? Dans quelle mesure s’est-on alors inspiré des caractéristiques du bâti préexistant ?
    • Réutilise-t-on des vestiges des bombardements ? La Reconstruction s’inscrit-elle dans un travail de mémoire ? S’agit-il de montrer ou au contraire de cacher les destructions ?

    Témoignages

    Du fait de la proximité temporelle du patrimoine étudié, cet inventaire pourra être l’occasion de recueillir des témoignages d’architectes ayant participé à la Reconstruction comme monsieur Gauthier à Blois. Pourront également être recueillis des témoignages d’habitants et/ou d’historiens comme celui de monsieur de Leveel pour la ville de Tours. Parallèlement, l'agence régionale CICLIC pourra mener une collecte de films amateurs documentant le sujet.

    Objectifs de l'étude

    - Les recherches aux archives auront en particulier pour objectif de : connaître les différents plans de reconstruction, identifier pour chaque ville et à l’échelle de l’ensemble du territoire les acteurs de la Reconstruction (MRU et sa délégation départementale, architectes, associations de sinistrés, collectivités ?), documenter les projets architecturaux (techniques et plans).

    Les sources d’archives privilégiées seront les plans et documents techniques (plans de reconstruction à l’échelle urbaine, plans par îlot (implantation,remembrement…), plans par niveaux avec distribution, dessin de l’appareil des façades, projets de préfabrication…) et par conséquent les archives d’architectes. Selon les cas, il sera également fait appel aux archives d’entreprises du bâtiment et de géomètres.

    - Analyser les sites et connaître la topographie et l’état du bâti avant les destructions (voir études de l’inventaire).

    - Localiser et qualifier les destructions (chronologiquement + géographiquement) : quand, où et dans quelles proportions les villes ont-elles été détruites ? quelles fonctions sont sinistrées ? (logements, équipements publics, installations industrielles).

    - Quelles villes ont été déclarées sinistrées et quand ?

    - Reprendre le cas échéant l’indexation des îlots mise en place pour la Reconstruction.

    - Comparer les résultats de la Reconstruction observés sur le terrain avec :

    • Le plan de la ville avant destruction
    • Un éventuel plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension loi Cornudet (loi du 14 mars 1919 sur les plans d'aménagement, d'embellissement et d'extension des villes)
    • Un éventuel plan de Reconstruction pensé pendant l’occupation
    • Le plan de reconstruction « définitif »

    - Identifier le cas échéant les différentes zones créées par la Reconstruction (zone de logement, zone d’activité industrielle…).

    - Analyser les modifications du réseau de voirie : modification de tracé, élargissement,…

    - Qualifier la réorganisation des villes, en particulier l’importance de la dédensification des centres urbains : dans quelle proportion les habitants ont-ils été relogés sur place / dans d’autres quartiers ?

    - Identifier les acteurs de la Reconstruction dans chaque ville et au niveau du Val de Loire (architecte local ou parisien, maire, préfet, associations de sinistrés…).

    - Produire pour chacune des villes un organigramme des architectes travaillant à la Reconstruction (architectes en chef, architectes chef de secteur, architectes d’opération, architectes de chantier) indiquant leurs responsabilités respectives sur les îlots reconstruits.

    - Identifier le mode de financement et d’organisation de la reconstruction de chaque îlot.

    - Identifier les objectifs poursuivis par la Reconstruction (circulation automobile, hygiène physique et sociale (écoles, stades, espaces verts), confort, mise en valeur…), leur justification (image de la ville, activité réelle de la ville…) et leur traduction urbaine.

    - Identifier les modèles de la reconstruction, les formes urbaines recherchées, voire considérées comme vertueuses (cités-jardins, lotissements… ?).

    - Analyser le bâti : ses matériaux et modes de constructions et ses formes.

    - Qualifier l’habitat, le mode d’habiter : plan, modules d’habitation, existence de plans types d’habitation ? Apparition de nouvelles pièces ? Traitement des intérieurs.

    - Qualifier les équipements et les espaces publics.

    - Analyser la réception de l’architecture de la Reconstruction en intégrant la réception au moment de la livraison - on analysera ici en quoi les baraquements l’ont conditionnée, et le rôle joué par les comités de quartiers dans cette réception - jusqu’à celle qui en est faite aujourd’hui.

    Restitution des résultats

    Dossier électronique associé à un SIG

    Les résultats de l’étude seront mis en forme selon les normes de l’inventaire sous forme de dossier électronique. Aux dossiers d’inventaire structurés par ville s’ajouteront éventuellement des dossiers thématiques qui présenteront des synthèses transversales.

    Ces dossiers seront associés à un Système d’Information géographique. Cette cartographie dynamique aura notamment l’intérêt d’offrir une comparaison entre les plans d’avant-guerre et ceux hérités de la Reconstruction.

    Publications

    L’opportunité de publications intermédiaires sur chaque ville sera envisagée au cas par cas. L’ensemble du programme fera l’objet d’une synthèse dans un « Cahier du patrimoine » à laquelle collaboreront les différents chercheurs mobilisés par l’étude ainsi que des contributeurs extérieurs.

    Partenaires

    Au sein de la région, plusieurs partenariats – pour la recherche et pour sa valorisation sont envisagés et devront le cas échéant faire l’objet de conventions. Les partenaires envisagés sont :

    - les villes d’art et d’histoire (Blois, Tours, Orléans)

    - les Fonds d’archives, en particulier les archives départementales d’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et du Loiret, ainsi que les archives municipales des villes concernées.

    - Centre Images

    - le musée de la marine de Loire de Châteauneuf-sur-Loire

    - chacune des communes concernées par l’étude

    - le FRAC Centre.

Références documentaires

Bibliographie
  • FRANCE. Ministère de la Culture et de la Communication. Direction de l'Architecture et du Patrimoine. Espace urbain : vocabulaire et morphologie. Réd. Bernard Gauthiez. Paris : Monum, éd. du patrimoine, 2003. (Principes d'analyse scientifique)

  • FRANCE. Ministère de la Culture et de la Communication. Sous-direction de l’archéologie, de l’ethnologie, de l’inventaire et du système d’information. Principes, méthode et conduite de l’inventaire général du patrimoine culturel. Dir. Hélène Verdier ; réd. Xavier de Massary et Georges Coste ; collab. Bruno Malinverno, Jean Davoigneau, Anne-Claire Viron-Rochet. 2e éd. Paris : Ministère de la culture et de la communication, 2007. (Documents et Méthodes, n°9) 

  • FRANCE. Inventaire général du patrimoine culturel. Architecture : description et vocabulaire méthodiques. Réd. Jean-Marie Pérouse de Montclos. Paris : Editions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2011. (Principes d'analyse scientifique)

Liens web

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