Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

L’architecture rurale du Parc naturel régional du Perche

Dossier IA28000504 réalisé en 2016

Fiche

En raison de leur intérêt commun pour l’architecture rurale du territoire du Perche, les Régions Centre-Val de Loire et Normandie, ainsi que le Syndicat mixte du Parc naturel régional du Perche, se sont associés pour réaliser l’inventaire du patrimoine bâti du territoire du Parc.

1 L’espace naturel, historique et économique du Perche1

1.1 L’identité paysagère

Le Perche est un pays de transition entre les plateaux des pays voisins – ceux de la Beauce à l’est, du pays d’Ouche et du Thymerais au nord-est, du Dunois au sud – et le prolongement des reliefs du Massif armoricain qui, à l’ouest, domine la plaine d’Alençon. Coupés d’un dense réseau de failles, aplanis durant l’ère Primaire puis recouverts des dépôts sédimentaires durant le Secondaire, les reliefs percherons ont subi durant l’ère Tertiaire d’importants mouvements, qui ont creusé de nombreuses vallées et créé un dense réseau de vallons et de collines (les « collines du Perche »). Le paysage, animé, se distingue ainsi nettement du plateau calcaire beauceron, uniforme, recouvert d’un épais limon fertile, sans rivière et déboisé. L’imperméabilité du sous-sol a favorisé la dispersion des eaux et la naissance de plusieurs fleuves et rivières dont l’Eure, l’Avre et l’Iton, affluents de la Seine, et l’Huisne, affluent de la Loire.

La partie ornaise présente trois zones bien distinctes. Prolongeant vers le sud les plateaux crayeux surmontés d’argile à silex du Pays d’Ouche, le Perche oriental (rive droite de l’Avre, autour de Randonnai) se caractérise par des sols compacts, imperméables et lourds, recevant cultures, prairies et forêts. Autour du Mêle-sur-Sarthe, buttes, vallées et collines argileuses et marneuses constituent le Perche occidental, marqué par un paysage de bocage et d’herbages permanents. Entre les vallées de la Sarthe et de l’Huisne, une semblable alternance de buttes, collines et vallées taillées dans les formations marno-calcaires jurassiques ou argilo-calcaire du Crétacé définit le Perche central. Les terres sont ici particulièrement favorables aux cultures.

Le territoire présente une importante couverture forestière. Le Perche est en effet l’héritier d’une immense forêt, la « silva pertica » ou forêt du Perche, qui prenait place aux confins des anciennes provinces ecclésiastiques de Rouen, Paris et Tours. On estime qu’elle a pu occuper une surface d’environ 500 000 ha. D’importants défrichements ont été effectués, surtout depuis le Moyen Âge, mais les espaces boisés occupent encore environ 40 000 hectares (soit un taux de boisement de 20 %), répartis entre forêts domaniales – Bellême (2407 ha), Réno-Valdieu (1599 ha) et la Trappe (3023 ha) – et privées – Longny (4000 ha), la Ferté-Vidame (3200 ha), Montmirail (872 ha), bois des Clairets (500 ha), de Clinchamps (210 ha), de Lonné (450 ha) etc.

1.2 Histoire

Plusieurs mégalithes–menhirs à Illiers-Combray et Vieuvicq, dolmens à Trizay-lès-Bonneval et à Boissy-Maugis, ensemble mégalithique dit de la Pierre Procureuse (entre Gémages et Saint-Cyr-la-Rosière…), des outils en silex datés du paléolithique, de l’époque du bronze ou de celle du fer témoignent de quelques foyers de peuplement durant la préhistoire. Des découvertes archéologiques, le plus souvent fortuites, et la toponymie confirment cette présence de l’homme au cours des périodes gauloises, romaines (« chemin chartrain », menant de Sens à Valognes par Chartres, « chemin de César », conduisant de Chartres au Mans, chemin de Sens à Jublains et Rennes, chemin d’Evreux à Tours, camp dit de César au Gué-de-la-Chaîne, objets utilitaires découverts notamment aux environs de Tourouvre, Villiers-sous-Mortagne, Saint-Ouen-de-la-Cour, Ceton…). La présence humaine aux périodes mérovingiennes et carolingiennes est, quant à elle, attestée par les noms de villages ou de lieux-dits construits sur un nom latin (villa, cortis…) avec un anthroponyme germanique : Barville, Bellavilliers, Villiers-sous-Mortagne, Coulimer, Courgeon, Courcerault… Christianisée à partir de la seconde moitié du Ve siècle (sainte Céronne, saint Laumer, saint Lubin et saint Avit sont autant d’évangélisateurs qui ont donné leur nom à des paroisses), la région est peu touchée par les invasions normandes, sans doute parce qu’elle demeure encore difficile d’accès. Des mottes castrales sont cependant érigées tout au long de la vallée de l’Huisne pour contenir l’expansion des hommes du Nord.

Les conflits qui opposent à la fin du XIe siècle et au début du XIIe siècle les seigneurs de Bellême au duc de Normandie et roi d’Angleterre, au roi de France et au comte d’Anjou trouvent leur épilogue en 1126, lorsque Henri Ier Beauclerc remet le Bellêmois à son gendre, Rotrou, comte de Mortagne : ce dernier désigne alors sous le nom de comté du Perche l’ensemble des terres sur lesquelles s’exerce sa puissance.

Une longue querelle de succession suit la mort du dernier représentant mâle des Rotrou, survenue en 1226. Le roi Louis IX y met un terme en 1257, partageant en trois le comté du Perche : au roi, l’essentiel du Corbonnais, les châtellenies de Mortagne et Bellême avec leurs dépendances, les forêts de Bellême, de Réno et du Perche ; à Jacques de Château-Gonthier, neveu du dernier comte, la châtellenie de Nogent-le-Rotrou et ses dépendances, la châtellenie de Maison-Maugis, le château de La Ventrouze et partie du château du Theil et de la forêt de Trahant ; à Blanche de Champagne, autre héritière, Bretoncelles, la Poterie et la forêt de Maurissure. La part royale est apanagée en 1269 à Pierre de France, 5e fils de Louis IX, puis aux Valois. Avec la guerre de Cent Ans, le Perche retrouve un rôle de pays frontière, mais ses structures défensives ne sont plus adaptées. Le pays est envahi en 1355, le château de Mortagne pris en 1357, Longny en 1419, le Theil en 1428, l’abbaye de Thiron est pillée en 1428. Au retour de la paix, vers 1450, commence une période de reconstruction intense qui se poursuit au cours des deux siècles suivants. C’est à cette époque que sont édifiés les premiers manoirs, sièges nobles d’une exploitation agricole. Les travaux récents menés par Nicolas Gautier en ont identifiés plus de 750 à la fin du Moyen Age2.

En 1525, la part apanagée du Perche fait retour à la Couronne. Le Perche, associé au Maine, est l’une des provinces du royaume. Mortagne en devient la principale ville. Comme d’autres contrées de l’ouest de la France, il fournit, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, une part importante de sa population à la Nouvelle-France, devenue le Québec : à la suite de Robert Giffard, considéré comme le promoteur (1621) de l’émigration percheronne, les familles Tremblay, Cloutier, Dion, Fortin, Pelletier, Juchereau... émigrent au Canada et s’y installent durablement.

Le 15 janvier 1790, l’Assemblée nationale constituante adopte définitivement le principe de découpage de la Nation en départements : la majeure partie de la province du Perche est alors intégrée au département de l’Orne, ceux d’Eure-et-Loir, de la Sarthe et du Loir-et-Cher se partageant le reste de son territoire.

Malgré cette division, l’identité percheronne demeure fortement affirmée. L’ancien comté du Perche, dont une étude récente a suggéré que c’est sans doute à la faveur de sa création « que s’individualisa vraiment la province du Perche […] et que cette région se coupa définitivement […] de la Normandie »3, constitue le cœur du Syndicat mixte du Parc naturel régional du Perche, créé par décret du 16 janvier 1998 à l’initiative conjointe des régions de Normandie et du Centre-Val de Loire.

1.3 Le contexte socio-économique

Situé à 1h30 de Paris, bénéficiant d’une bonne accessibilité routière, le Syndicat mixte du Parc naturel régional du Perche s’étend sur 126 communes réparties sur deux départements, l’Orne (région Normandie) et l’Eure-et-Loir (région Centre-Val de Loire). D’une superficie de 194000 ha, il compte 78 291 habitants au premier janvier 2016, soit environ 40 habitants au km². Territoire rural, le Parc n’a pas été confronté, comme d’autres espaces, au phénomène de désertification. Les activités agricoles y demeurent bien présentes, même si l’on observe depuis plusieurs années un vieillissement de la population, notamment des chefs d’exploitations.

1.3.1 L’agriculture

L’agriculture est dominée par le système de polyculture/élevage, qui occupe les plateaux (culture), les vallées (prairies d’élevage) et les versants (mixité culture et élevage). Ce modèle s’est longtemps maintenu grâce à la dispersion de l’habitat rural. Les filières agricoles sont :

  • l’élevage de bovins et d’ovins, pour la production de lait et de viande ;
  • la pomme. La culture de la pomme à couteau et, surtout, celle de la pomme à cidre se sont généralisées dans le Perche à partir du XVIIIe siècle. La production de Calvados bénéficie d’une AOC, dont le territoire se situe en majeure partie dans l’Orne ;
  • le cheval percheron. Le Perche doit sa renommée et sa richesse à l’élevage du cheval. Animal de force et de vitesse, le cheval percheron est une race autochtone qui fut particulièrement recherchée pour le service des diligences, notamment en Amérique dès 1839. Fondée en 1883, la Société Hippique Percheronne se mobilise pour promouvoir des activités sportives et de loisir autour du cheval percheron et pour améliorer son élevage.

1.3.2 L’industrie

Le Perche est depuis longtemps pays d’élevage, mais son sous-sol, riche en minerai de fer et en gisements d’argile, a aussi permis que s’y développe une importante activité sidérurgique et céramique. Les mines de fer y ont été exploitées au moins dès l’époque romaine, à ciel ouvert. Le fer, issu de la réduction directe du minerai dans un bas foyer, était travaillé dans de petites forges, dont plusieurs toponymes révèlent l’existence. Mais c’est surtout au cours de la dernière décennie du XVe siècle, marquée par l’implantation d’un nouveau procédé de fabrication du fer, le procédé indirect, que démarre une véritable industrie sidérurgique, dont l’apogée se situe au XVIIIe siècle : des hauts fourneaux et des affineries sont ainsi construits à Longny, Bretoncelles, Maison-Maugis, Boissy-Maugis, la Madeleine-Bouvet, Saint-Victor-de-Réno… Autour de Nogent, plusieurs aciéries sont actives au XVIe siècle, à Arcisses, Brunelles, Champrond-en-Perchet…

La présence d’abondantes couches d’argile permit, dans le même temps, l’implantation de tuileries et de briqueteries. De cette activité, qui conserva jusqu’au XXe siècle un caractère artisanal, témoigne la briqueterie des Chauffetières à l’Hôme-Chamondot : dans cet atelier, protégé au titre des Monuments historiques en 1995, la fabrication des briques se poursuit selon les méthodes décrites dans l’Encyclopédie.

Le Perche était aussi réputé pour ses activités textiles : serges et étamines (toiles de laine), notamment autour de Mortagne, Bellême et Nogent-le-Rotrou, filets autour de Bellême, Nocé, Pervenchères, le Theil…. toiles de chanvre - les lieux de culture de cette plante pouvant être identifiés par la présence de quelques fours à chanvre (Saint-Fulgent-des-Ormes, Pouvrai…).

Ce rapide panorama de l’industrie percheronne ne saurait être complet sans mentionner la présence, au XIXe siècle, de verreries (Tourouvre, l’Hôme-Chamondot…), d’usines à papier (Mâle et Le Theil notamment, avec la production du papier à cigarettes Abadie), d’usines agro-alimentaires (moulins et minoteries de Buré, la Madeleine-Bouvet, Bretoncelles…, chocolaterie de l’abbaye de la Trappe, à Soligny-la-Trappe), d’imprimeries (La Chapelle-Montligeon), de tanneries (Nogent-le-Rotrou et Mortagne), de fabriques de gants (Ceton), pantoufles (Habert, à Nogent-le-Rotrou), chapeaux et chaussons (Tirard, à Nogent-le-Rotrou).

La plupart de ces activités ont disparu. L’équipement automobile, le travail des métaux, l’injection plastique, l’extraction de matériaux (sables du Perche, calcaire voire argile à silex), la sylviculture sont aujourd’hui, avec l’essor du tourisme vert, les principaux secteurs d’activités.

2. Le patrimoine bâti percheron

L’objectif de l’inventaire du patrimoine architectural du Syndicat mixte du Parc naturel régional du Perche est d’asseoir notre connaissance du patrimoine sur une enquête de terrain précise et raisonnée, susceptible d’enrichir les données généralement admises sur le territoire du Perche dont nous rappelons ici les grandes lignes.

2.1. Un habitat dispersé

Dans ce pays de collines et de forêts, l’emprise humaine est particulièrement dispersée. Bourgs et villages sont espacés et chaque commune abrite une multitude de petits écarts et de maisons isolées, desservis par un dense réseau de chemins4.

Ce qui frappe, c’est le nombre et l’ampleur des bâtiments. L’habitat rural se compose couramment d’un bâtiment principal, auquel viennent progressivement s’ajouter, en fonction de l’élargissement des besoins domestiques et agricoles, de nouveaux volumes, multipliant les décrochements en saillies et en retraits. Ainsi, il est fréquent d’observer la greffe de fours à pain de forme circulaire en façade ou en pignon du bâtiment principal.

2.2. Les matériaux de construction

Le sous-sol offre une diversité géologique que l’homme a su habilement mettre à profit pour les besoins de la construction5 : les argiles, issues de la décalcification de la couverture de craie de Rouen et chargées en silex, les sables du Perche, ferrugineux et colorés par l’oxydation, la craie de Rouen du cénomanien et les calcaires gris ou jaunes alternant avec les marnes ou les sables du Jurassique.

La pierre blanche et le sable jaune sont les principaux matériaux employés pour la construction des maisons percheronnes. Facile à extraire et à tailler, la pierre blanche (ou craie blanche du crétacé) abonde dans le Perche. Elle fournit le matériau de gros œuvre sous forme de moellons, souligne les chaînes d’angle, les bandeaux et l’encadrement des ouvertures, dessine les corniches moulurées à la base du toit et les linteaux cintrés. Cependant, sa fragilité à la gélifraction et sa vulnérabilité aux mousses, qui lui donnent une couleur grisâtre, expliquent qu’elle n’est pas utilisée pour la fabrication de linteaux de longue portée (supérieure à 1 mètre). Elle ne permet pas davantage l’édification d’une maison en pierre de taille.

Un autre atout du sous-sol percheron est l’abondance, sur une épaisseur de 30 à 40 mètres, de sables, dits « sables du Perche ». Leur teneur en argile permet d’économiser la chaux dans la fabrication des enduits.

Les maisons font un large usage de ces deux matériaux. Les moellons reçoivent une protection de joints largement beurrés, dits joints « à pierre vue », ou un enduit qui laisse émerger les chaînes d’angle et bandeaux faits de pierre de qualité supérieure.

Aux marges, les constructions rappellent davantage celles de régions voisines, le Pays d’Ouche au nord ou le Thimerais au nord-est. L’usage du grès et du grison est très répandu au nord-ouest du Perche. Plus résistant que le calcaire, le grès est plus particulièrement utilisé pour les chaînes d’angle, les seuils, les soubassements ou encore les encadrements de fenêtres. Il peut être de couleur jaune ou roux-violet (il est alors dit « roussard »). Le grison, ou grès roussard, est une pierre dure de teinte rouge brun affleurant à la surface du sol. Il est utilisé surtout pour la base des maisons, pour supporter les assises de pierres blanches ou aux points sensibles des maçonneries, parfois en pierre de parement. Au nord et à l’est (Thymerais et Pays d’Ouche), le silex assure tout le remplissage du mur. Liés avec un joint très large, les rognons de silex offrent un parement au relief rocailleux.

L’habitat percheron a fait aussi appel à la brique, notamment pour souligner les chaînages d’angle, les jambages des ouvertures ou encore les linteaux légèrement cintrés.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, seules les maisons bourgeoises, les manoirs, les châteaux ou les églises étaient couverts en tuile. Le chaume de seigle ou de blé, qui recouvrait alors la majeure partie des toitures des édifices ruraux, ne disparaît progressivement qu’à partir du XIXe siècle au profit de la tuile. Plusieurs bâtiments montrent encore des traces de reprises de maçonnerie qui ont accompagné la réduction de la pente des toitures lors du passage à ce matériau de couverture.

2.3. Les types architecturaux percherons

2.3.1 La maison percheronne

La maison percheronne n’a jamais plus de deux niveaux. Au cœur du Perche, le plan en longueur, complexe, et l’imbrication des toits, caractérisent à la fois la ferme importante, souvent isolée, et les modestes maisons rurales, souvent groupées en hameaux. Toutes les ouvertures sont sur l’élévation antérieure, exposée au sud. L’élévation postérieure et les élévations latérales sont presque toujours aveugles. Un toit à deux pans couvre l’ensemble, tout en laissant un comble spacieux à usage de grenier auquel on accède par une lucarne aux jambages de pierre blanche.

La maison rurale se caractérise par une absence de décor. La présence de moulures (corniches) répond avant tout à la nécessité de protéger la façade du ruissellement des eaux de pluies, celle de feuillures (encadrements d’ouvertures) à la pose de volets. Celle de pierres sculptées ou de moulures travaillées, avec parfois des blasons, trahit la réutilisation de pierres d’anciens manoirs désaffectés ou à l’état de ruine.

Dans les bourgs, les façades respectent l’alignement sur rue. Les maisons s’y regroupent parfois autour d’une cour commune. Elles se distinguent des maisons rurales par des éléments décoratifs (corniches, niches, figurines sculptées, brique apparente…) et des balcons protégés par des ferronneries. Celles qui abritent une activité commerciale ou artisanale présentent souvent trois travées et disposent d'un étage d’habitation.

Aux abords des maisons, prennent couramment place puits et lavoirs. Le plus souvent de plan carré, construits en moellons avec chaînes d’angle en pierre blanche, les puits sont protégés par un toit en tuile plate à deux versants. Aménagés en bordure des cours d’eau, les lavoirs, généralement en bois, sont recouverts d’un toit en tuile très incliné, pour permettre aux femmes de se protéger des intempéries.

2.3.2 Les fermes

Généralement isolées en bout de chemin, elles étaient autrefois entourées de haies. Les grandes fermes disposent souvent de nombreux bâtiments disposés autour d'une cour ouverte : grange-remise, écurie, étable, chenil, porcherie, four à pain, poulailler, four à chanvre, colombier...

De petites habitations isolées étaient occupées par des ouvriers agricoles, les « brassiers ». L’unique pièce à vivre, surmontée d’un comble à usage d’espace de stockage auquel on accède par une lucarne aménagée sur la façade principale, était flanquée d’une « laitière »6.

De longues maisons présentent plusieurs logements avec autant de propriétaires : ce sont les « longères », juxtaposition longitudinale de plusieurs foyers. Leur longueur varie en fonction de la disposition des espaces domestique et agricole. Au XIXe siècle, la longère évolue et est adaptée à un usage uni-familial.

2.3.3 Les manoirs

Le Perche, comme de nombreuses autres provinces françaises, sort éprouvé de la Guerre de Cent Ans. Au retour de la paix, vers 1450, la reprise des cultures, d’abondantes récoltes et un important essor démographique sont autant de conditions favorables à un renouveau économique. C’est dans ce contexte que s’implantent les premiers manoirs. Les constructions se poursuivent jusqu’au XVIIe siècle, au cours de trois grandes périodes. La première, couvrant grossièrement les années 1450-1520, correspond à une reconstruction des maisons fortes. La suivante, qui démarre après 1525, voit les manoirs perdre leur caractère défensif. A partir des années 1570 enfin, le retour de l’insécurité, lié aux guerres de Religion, se traduit par une mise en défense du logis.

Le manoir s’organise autour d’une cour (une haute cour et une basse cour pour les plus importants) où s’élèvent, à côté du logis, parfois d’une chapelle et d’un pigeonnier, les bâtiments liés à l’exploitation agricole : grange, étables, écuries, porcherie, logement du fermier etc.

Au début du XVIIe siècle, le regroupement des terres nobles et roturières, démarré après 1550, et l’attrait pour la Cour entraînent peu à peu la disparition de plusieurs manoirs. Ceux qui subsistent deviennent bientôt de simples demeures résidentielles. La gestion des terres est alors confiée à des fermiers, qui, à partir des dernières années du XVIIe siècle, occupent eux-mêmes le logis noble.

1Ce chapitre est largement fondé sur le texte du rapport de stage réalisé au PNR par Elodie Devierers en 2006.2Nicolas Gautier, Régis Faucon, Les manoirs du Perche, ed. Acanthe, 20063Gérard Louise, La seigneurie de Bellême (Xe-XIIe siècle), Le Pays Bas-Normand, n°199 à 202, 1990-1991.4« Ainsi, par exemple, dans la commune de Préaux (Orne, canton de Nocé), à côté du chef lieu qui groupe une centaine de personnes, on dénombre un gros hameau, huit petits hameaux et 80 maisons isolées ». L’Architecture rurale française. Normandie, p.325Atlas des paysages du Parc naturel régional du Perche, p.23.6Atlas des paysages du Parc naturel régional du Perche, p.38.
Aires d'études Parc naturel régional du Perche

Références documentaires

Bibliographie
  • COTREUIL, Gaëtan, FOLLEA, Bertrand, GAUTIER, Claire, PASCO, Pierre-Yves, (Agence Folléa - Gautier), Atlas des paysages du Parc naturel régional du Perche. Diagnostic et orientations pour une politique du paysage. Commande du Parc naturel régional du Perche. Nogent-le-Rotrou : Imprimerie Peau, 2003, 232 p.

  • FISHER, Roger. Les maisons paysannes du Perche. Paris : Eyrolles, Maisons paysannes de France, 1994.

  • GAUTIER, Nicolas, FAUCON, Régis. Les manoirs du Perche. Paris : Acanthe, 2006, 223 p.

Périodiques
  • LOUISE, Gérard. La seigneurie de Bellême (Xe-XIIe siècle), le Pays Bas-Normand. Revue trimestrielle, n°199 à 202, 1990-1991.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Région Normandie, Inventaire général ; (c) Parc naturel régional du Perche - Maillard Florent