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Logis des Sept Vertus (détruit)

Dossier IA37005755 réalisé en 2006

Á rapprocher de

Dénominations logis, logement, écurie, demeure
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

La date précise du début des travaux de construction du logis des Sept Vertus est indirectement donnée par trois éléments : premièrement les mentions dans les comptes de la ville du transport de 6 480 charretées de « terriers » depuis le pied du château jusqu'aux marais de la ville, sur la période bisannuelle 1489-1491, qui correspond sans doute aux travaux de terrassement en vue de la construction. Deuxièmement, dans les derniers folios du compte de construction de 1495-1496, des paragraphes ont été ajoutés après le contrôle du document par la cour des Comptes ; il y est mentionné la tâche confiée à Alixandre Blandin qui tint les comptes des travaux du château d'Amboise de 1492 à avril 1498, soit jusqu'à la mort de Charles VIII. On en conclut donc que les travaux de construction débutèrent en 1492 à la suite du terrassement achevé en 1491. Enfin, troisièmement, le compte de construction de 1495-1496 nous apprend que le logis reçoit sa couverture à l'automne 1495 et que les vitres des cuisines et de « la grant gallerie haulte dudit cors de maisons » du logis des Sept Vertus sont commandées et posées au même moment. Le logis apparaît pour la première fois sous la dénomination que nous lui connaissons en 1497, dans un compte d'ameublement intitulé. Ainsi peut-on supposer que l'appellation provient du thème d'un décor, une thématique en vogue à la fin du Moyen Âge. Dubuisson-Aubenay (v. 1590-1652) mentionne dans des niches ces vertus sculptées : « Trois chrétiennes ou théologales et quatre cardinales ou morales représentées en statue au naturel sur la façade dudit logis ». Entre cette date et sa disparition dans les démolitions sénatoriales de 1806-1808, le logis apparaît dans les procès-verbaux de 1630 et de 1761 ainsi que sur le plan de 1708. Il est mentionné par les visiteurs anciens, outre Dubuisson-Aubenay, le docteur Bruneau (17- -). L'iconographie est un peu plus abondante que pour les autres bâtiments : les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau (1579), celles de Jacques Rigaud (1730), l'aquatinte de Brion (1795) et quelques clichés photographiques anciens de la Base Mémoire qui montrent le rempart avant sa restauration, soit avant 1900. Les archives de la ville rapportent de la survenue d'un incendie en 1788 ; les dégâts de cet accident sont d'ailleurs bien identifiés par les huissiers qui visitent le château en 1806 lorsqu'ils dressent le procès-verbal de démolition. L'édifice fut donc arasé au niveau du sol du promontoire et l'on ne conserva que le niveau le plus bas, celui des premiers offices. Dans les années 1830, alors que le château appartenait à Louis-Philippe, le niveau subsistant du logis des Sept Vertus fut transformé en écuries. Le « Livre de menuiserie faite et fournie à façon dans le château d'Amboise pour sa majesté Louis-Philippe Ier roi des Français » : fait par Lasserre, maître menuisier à Amboise, commencé le 20 février 1832 témoigne de ces travaux. Ces aménagements sont quelque peu modifiés aujourd'hui mais se lisent encore assez bien.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 19e siècle

Le logis des Sept Vertus prenait place le long du rempart sud, à l'extrémité orientale de la rampe d'accès au château qu'il recouvrait en partie. L'ensemble des documents dont nous disposons s'accorde à le placer entre le bâtiment de la Herse et l'actuelle cour du Pansage ; les relevés de terrain corroborent les sources décrivant un bâtiment de 40 m sur 20 m. Le procès-verbal de démolition de 1806 donne sa hauteur prise depuis le niveau du promontoire : « Treize mètres de hauteur depuis le sol du rez-de-chaussée jusqu'à la charpente du comble », laquelle ne semble pas comprise. D'après le plan de 1708, c'est une construction solide dont les murs atteignent 1,80 m d'épaisseur, à l'exception de celui du sous-sol côté ville qui approche 5 m. Le bâtiment est divisé, à chaque niveau, par deux puissants murs de refend (1,20 m) en trois pièces : deux de 12 m de long encadrant une pièce centrale de 13 m. Les deux premiers niveaux accueillent les cuisines. Le troisième niveau est l'étage des logis royaux et les deux niveaux du dessus sont aménagés dans les combles en galetas. Le bâtiment est desservi par trois vis : une petite contre le pignon ouest, une autre de taille moyenne au centre de la façade nord et la plus importante située à l'angle nord-est. Perpendiculairement à la façade, et contre cette tourelle, monte la rampe cavalière droite permettant d'accéder au niveau des logis royaux.

Le procès-verbal de démolition de 1806 donne un aperçu des matériaux de construction employés. Malgré les dégâts causés par l'incendie et les pertes dues à la démolition, il est encore possible de récupérer dans le corps de logis principal, exception faite des escaliers en vis : 9 000 quartiers de pierre de taille dont 1 000 de pierre dure, 8 000 quartiers de pierre de Belleroche, 150 millions de briques doubles, et 1 600 m3 de moellons. Le bâtiment est couvert d'ardoises, ce qui est précisé dans chaque procès-verbal. Si l'on en croit les pièces de charpenterie nécessaires à sa réparation en 1761, la charpente à chevrons-formant-fermes repose sur des blochets. Le comble doit être suffisamment spacieux pour accueillir, dans sa moitié orientale, deux niveaux d'habitation. Dans le procès-verbal de démolition soixante fermes sont comptées pour la charpente principale. Avec un entraxe de 65 cm qui se rencontre couramment dans l'architecture de la fin du Moyen Âge, les soixante fermes auraient bien couverts 40 m.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Le logis des Sept Vertus dans les archives

    Le compte de construction du château d'Amboise de 1495-1496 précise la durée d'activité d'Alixandre Blandin :

    - Château d'Amboise, Fondation Saint-Louis, Compte de construction de 1495-1496, f°282v° : « A Alixandre Blandin, commis dessus sur nommé a tenir le compte et faire le payemens des deniers, a luy ordonnez par ledit seigneur pour les ediffices et bastimens de son chastel d'Amboize lequel fini le 4e jour d'avril l'an mil CCCC 97 a fait remostrer, a feu le roy Charles de France trespassé que dieu absoille, comme de l'an mil CCCC 92 il fut par luy commis et depputé a l'exercice de ladite commicion, de laquelle commicion, tauxacion il auroit esté faicte par ledit seigneur pour les ainsi annees mil IIIIC 93, 94 et 95 mars au regard et les derniers ans septembre 496 97 et 98 ».

    Le logis reçut sa couverture à l'automne 1495 :

    - Château d'Amboise, Fondation Saint-Louis, Compte de construction de 1495-1496, f°78r° : « (...) Pour avoir couvert d'ardoise fine au temps dessusdit un grant corps de maison que le roy notre sire font de present bastir audit chastel nommé sa maison des cuisines contenant vingt toise de long avecques, les galleries joinctes audit corps de maison et les pavillons de viz et montees d'iceluy et aussi toutes les lucarnes d'iceluy corps grande et petite ».

    Description du logis des Sept Vertus dans le procès-verbal de 1761 :

    Dans le procès-verbal de 1761, la visite commence au bas de la rampe d'accès et lorsque les inspecteurs arrivent au niveau des cuisines basses du logis des Sept Vertus, ils entrent par l'escalier central du bâtiment et considèrent les deux pièces occidentales. À l'aplomb du pignon ouest, ils arrivent au niveau des fondations des deux petits tours circulaires dont l'une est la tour Bourbon. Apparemment, soit l'une des tours, soit la pièce située dans le décrochement rectangulaire du promontoire, est occupée à ce niveau par un colombier et dispose d'un niveau inférieur : « Au bout duquel cachot noir est une chambre à cheminée aussy voultée servant actuellement de colombier ; sous lequel colombier est un autre cachot qui a son entrée par un escalier de pierre dont l'entrée est bouchée du costé du premier office » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°2v°).

    Quant à « l'escalier de pierre dont l'entrée est bouchée du costé du premier office », il n'apparaît pas plus sur le plan de 1708 alors que les procès-verbaux de 1630 précisent au chapitre des cuisines du rez-de-chaussée du logis qu'il faut « boucher la porte d'ung viel escallier qui va aux offices de dessoubz » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655, doc. 3 f°5v°). Il pourrait donc correspondre soit à la vis occidentale du logis des Sept Vertus, mais cela impliquerait que son absence est une erreur sur le plan de 1708, soit, ce qui est plus probant, à un escalier qui a été relevé à la fin des années 1990 par l'architecte en chef des Monuments Historiques Arnaud de Saint-Jouan, mais où la billetterie a été installée aujourd'hui et auquel on ne peut plus accéder.

    Ensuite, les inspecteurs reprennent le couloir voûté qui devance les offices. Ce couloir doit présenter une pente sans doute moins forte que celle de la grande rampe et permettre de faire la transition entre le niveau du sol de cette dernière qui monte et le niveau de sol des offices qui est horizontal. Au bout du couloir, ils empruntent la vis orientale du logis et descendent, probablement de quelques marches, dans la cuisine orientale. Enfin ils reprennent la grande rampe d'accès au promontoire et arrivent au niveau de l'église Saint-Florentin.

    Le procès-verbal de démolition du 11 mars 1806 contient un chapitre sur le logis des Sept Vertus intitulé :

    - Archives Nationales, O² 1383, f°2v° : « PREMIERE PARTIE : Démolition bâtiments caducs et inutiles. Chapitre 1er : Grand corps de bâtiments en parties incendié en 1789 et cy devant occupé par les vétérans ».

  • L'assiette du logis des Sept Vertus

    La compréhension de l'édifice passe par une étude minutieuse de la topographie de son assiette. L'implantation de la rampe d'accès au château est liée au statut de l'église Saint-Florentin, paroissiale entre 1044 et 1470. Aussi son existence est-elle bien antérieure au début du chantier royal sous Louis XI (1461-1483). Malgré le peu d'informations dont nous disposons, on peut imaginer que la rampe montrait un tracé analogue à celui que le plan de 1708 nous présente puisqu'elle débouche devant le portail de l'église. Après avoir marqué deux légères inflexions en suivant le tracé naturel du rocher, son tracé formait un angle droit à gauche - là où elle tourne actuellement à 180 degrés pour rejoindre le promontoire. La rampe devait présenter une pente assez douce (6% à 8%) devant le logis des Sept Vertus et une pente plus forte (17% à 20 %) pour rejoindre le promontoire. Ainsi tout le problème est de connaître les terrassements réalisés pour permettre l'implantation du logis des Sept Vertus : la rampe a-t-elle été modifiée ? Le tracé naturel du rocher peut être déterminé par l'alignement du soubassement de la chapelle qui vient contre et par le raccord de la tour Heurtault au promontoire, d'où plusieurs caves troglodytiques partent. Il est essentiel de souligner que les fondations du logis des Sept Vertus ne s'appuyaient pas au niveau la ville mais bien sur le promontoire rocheux. On connaît cependant mal le profil du rempart au moment des travaux de Charles VIII (1483-1498). Aujourd'hui les baies percent un mur de près de 5 m d'épaisseur, dont la base présente un fruit sur 3 m de hauteur, mais rien ne permet de trancher entre un aménagement antérieur ou postérieur à la construction du logis des Sept Vertus. De plus, si l'épaisseur du mur est si importante à ce niveau, aucun élément ne permet de déterminer celle de sa base.

    Il est donc certain que la rampe ne montait pas à découvert et qu'elle était parée du côté de la ville. Deux hypothèses sont alors envisageables : soit il existait déjà un bâtiment, sans doute plus ou moins défensif protégeant et dissimulant la rampe d'accès qui a été remplacé par le niveau des premiers offices (R-I) ; soit le rocher avait été creusé pour le passage de la rampe et l'on continua de creuser cette roche pour construire le logis. Aucun document ne permet de trancher formellement entre ces deux possibilités.

    Aujourd'hui le dénivelé entre le niveau du sol des anciens offices et celui du promontoire atteint environ 7 m. En supposant que l'emprise du logis a été décaissée à ce moment, 400 m² auraient été creusés sur 7 m de profondeur au maximum. La roche aurait pu en partie être employée à la construction et les quelques 2 800 m3 produits n'auraient pas eu à être évacués. Même si la qualité de la roche n'aurait pas permis d'en tirer de la pierre de taille, Gilles de Laage considère que plus de la moitié aurait pu fournir du moellon. La seconde hypothèse paraît toutefois plus probante. Le plan de 1708 ne présente pas les fondations de la tour Bourbon au niveau R-I mais au niveau R et la petite tour circulaire qui est dessinée par Jacques Androuet du Cerceau à l'extrémité ouest du logis des Sept Vertus n'apparaît sur aucune autre iconographie. Cependant, le procès-verbal de 1761 donne une description de la tour Bourbon : « Le dessous de ladite tour étant comblé sous la voulte jusqu'à dix pieds de haulteur par le bas ou se trouve une porte au midy qui conduit par un escalier de pierre de septe marches en dedans [...] deux autres portes qui donnoient communication à d'anciens bastiments suprimés » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°3v°). Il est ainsi probable que ses fondations aient été implantées au niveau R-I. Rien n'empêche donc de penser que l'autre petite tour était également fondée à ce niveau, et que le logis des Sept Vertus soit venu remplacer un bâtiment antérieur. D'autre part, les organes de défense de la rampe d'accès sont nombreux - trois ponts-levis et une herse - et il serait bien étonnant que Louis XI (1461-1483) qui se montrait tellement inquiet quant à la sécurité du dauphin ait laissé ce front vierge. Il est donc probable que le terrain y ait déjà été relativement aplani.

  • La distribution du logis des Sept Vertus

    Le premier niveau d'offices était constitué dans son état d'origine de trois grandes pièces voûtées disposant chacune de deux cheminées, éclairées de deux baies vers la ville. De ce côté, le profil du rempart marque un décrochement de 6 m de large sur 15 m de long ; le « puits du roy » qui est accessible depuis ce niveau comme depuis le niveau supérieur descend en dessous du niveau de la ville. La fonction de ce massif n'est pas évidente ; le trou du puits existant encore aujourd'hui, on peut observer ses parois rocheuses. Il donne à présent dans le tunnel Louis-Philippe qui traverse de part en part le promontoire et il se présente comme un puits d'extraction ; mais il est possible que le puits à eau qui devait exister au sol et dont il est question dans plusieurs documents d'archives, ait disparu lors du percement du tunnel. Dans la ville, au 7 montée Abd el-Kader notamment, il existe ainsi un puits dans la cave. Par ailleurs, le fait que le puits soit creusé dans le rocher prouve que l'on a implanté le rempart en suivant la forme naturelle du promontoire.

    Du côté de la rampe, le niveau est divisé par la vis centrale. Les pièces les plus basses ont une baie et une porte qui ouvrent sur la rampe ; les pièces les plus hautes ouvrent sur un couloir qui doit présenter une légère pente pour rattraper celle de la rampe. Ce couloir ouvre, quant à lui, sur la vis principale à l'angle nord-est du logis. Aujourd'hui lorsqu'on monte la rampe d'accès, celle-ci présente un palier au niveau de l'ancienne orangerie (l'actuelle boutique). L'ancienne rampe d'accès marquait un angle à 90 degrés vers la gauche là où, à présent, elle tourne à 180 degrés. Elle se plaçait dans l'alignement de l'orangerie à l'aplomb de laquelle le niveau du sol se trouve 2 m plus haut que le niveau auquel la rampe débouche actuellement. L'orangerie a pu être adossée contre le mur d'origine qui soutient le terrain. Ce mur nécessaire à l'installation de la rampe d'accès est sans doute antérieur à la construction du logis des Sept Vertus ; il est même possible que ce soit contre ce mur qu'on ait construit « le massif de la rampe qui monte au 3e étage », selon l'expression employée sur le plan de 1708. Si l'on en croit les « Vues » de Jacques Androuet du Cerceau la rampe droite cavalière du logis est couverte d'un toit charpenté. Dès le XVIIIe siècle, Jacques Rigaud la représente sans couverture. Quant au sol de la rampe, Évelyne Thomas remarque que ce même dessinateur représente un pas d'âne ; aucun élément ne nous permet de trancher en faveur ou non de l'existence de marches.

    Au rez-de-chaussée (ou deuxième niveau), soit au niveau auquel la rampe d'accès au château débouche, l'espace intérieur est occupé par trois autres cuisines. Leurs dispositions sont similaires à celles que nous avons décrites pour le niveau inférieur, à savoir : un espace voûté avec deux cheminées par pièce et des baies donnant de chaque côté. Le procès-verbal de 1761 signale l'existence de la « motte de four » des offices du logis des Sept Vertus. Ainsi, dans le premier office à l'ouest, sur le contrecœur de la cheminée placée contre le mur pignon, est installée l'ouverture d'un four.

    D'après le plan de 1708, du côté de la ville, tandis que les ouvertures du centre de la façade sont des croisées, celles placées à chaque extrémité sont des portes donnant sur la terrasse. De fait, cette terrasse est aménagée sur la largeur considérable du mur sous-jacent des premiers offices et court depuis la chapelle jusqu'à la tour Heurtault. Au sein de cette terrasse qui marque un décrochement s'ouvre le « puits du roy ». Côté cour, les dispositions sont beaucoup plus complexes puisqu'il faut couvrir la grande rampe d'accès au château. Du côté de la Herse, on laisse un « passage », c'est-à-dire une interruption dans la voûte qui couvre la rampe. Cet espace est bordé d'un muret et la fenêtre ouest au rez-de-chaussée de la Herse offre une vue plongeante sur la rampe. Puis, l'espace recouvrant la voûte (19 m) de la grande rampe est couvert et enjambé d'une galerie de quatre travées (7,60 m de large) qui est décrite de la façon suivante dans le procès-verbal de 1761 : « Le dit gros corps de bastiments des Sept Vertus suporté en la force de costé de la cour est une voulte croix d'augives en pierre de taille sculptées par cinq pilliers formant quatre arcade, tous sont élevés chacun une pointe de pignon, ornés en sculptures d'épée flamée et une autre aux armes de France par le hault, aux deux extrémités duquel, et au milieu, sont trois tours à pend renfermant chacun un grand escalier de pierre dure à noyau rond communiquant du haut au bas des appartement cy dessus » (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°2r°). Une telle ordonnance est nécessaire pour soutenir la moitié ouest de la façade du logis des Sept Vertus dont le poids n'aurait pas pu être supporté par la voûte de la rampe d'accès qui n'avait pas été conçue dès l'origine pour supporter cette charge. Enfin, la rampe est à nouveau découverte dans sa dernière partie qui remonte vers le promontoire et un autre passage est aménagé. Ici le couloir ménagé devant les offices n'excède pas 1,60 m de largeur. Un garde-corps prévient des chutes et à son aplomb quatre arcades sur colonnes de bois s'élèvent en retrait de 5 m par rapport à la première galerie.

    Le troisième niveau, ou premier étage depuis le niveau du promontoire, est occupé par les logis de Charles VIII et Anne de Bretagne. Au lieu de la distribution traditionnelle où le logis de Madame est sous celui de Monsieur, des logis jumeaux sont installés de part et d'autre d'une salle commune et distribués par deux galeries, le roi occupant le logis occidental, avec la galerie fermée au-devant. Celles-ci présentaient les mêmes dimensions que les portiques du niveau inférieur ; la galerie de bois est ouverte et celle de pierre fermée, constituant une pièce lumineuse et chauffée.

    Sur le plan de 1708, la cloison la moins épaisse qui sépare la salle centrale en deux correspond à une modification tardive ; en revanche, les cloisons minces des deux chambres semblent d'origine, isolant ainsi une garde-robe (4 m x 7,50 m) du reste de la chambre (8,50 m x 9 m). On trouve en effet plusieurs mentions des garde-robes de ce logis dans le compte de construction de 1495-1496 pour lesquelles des pièces de serrurerie sont achetées pour « la garde robe du bout » et des peintures sont réalisées (Château d'Amboise, Fondation Saint-Louis, compte de construction de 1495-1496, f°210r° : « A Prothays de Portemille, paintre, pour ses peines et sallaire d'avoir estophé et paint de plusieurs peinture une chambre et garde robe du grant corps de maison fait nouvellement audit chastel et fourny de toutes choses a ce nececessaires a esté payé par cedict commis, par vertu dudit roolle comme par sa quictance cy rendue appert, la somme de 18 l. t. »). Les vis des extrémités communiquent directement dans les garde-robes et chacune dispose de latrines (« chambre aisée »). La vis centrale débouche au contraire dans la galerie. La petite tour ronde, qui n'est figurée que par Jacques Androuet du Cerceau, aurait selon lui constitué un cabinet attenant à la chambre du roi. Cependant, aucune autre source ne le laisse supposer.

    On accède au niveau supérieur par les trois vis hexagonales (La galerie étroite conserve son plan tandis que la plus large est cloisonnée, chacun des quatre pignons devançant une petite chambre chauffée. La galerie étroite continue jusqu'à l'extrémité ouest du logis formant ainsi un couloir qui dessert les six chambres prenant place sous la charpente principale du corps de logis. Enfin, un autre couloir longe le gouttereau sud et une colonnade, longeant un balcon, ouvre sur la ville.

    Un dernier niveau aménagé prend place sur les faux-entraits de la charpente. On y accède par une minuscule vis accolée à la grande vis de l'angle sud-est du logis, qui apparaît d'ailleurs sur la vue de 1795 du Ci-devant chasteau d'Amboise de Brion. Les procès-verbaux de 1630 font également état de cet escalier : « Plus au hault du grand escallier dudit logis, fault faire une porte pour aller au petit escallier qui va au galtace le plus hault, avec sa serrure et faire servir les gondz » (ADIL, C 655, doc.3 f°8v°). Le même document rapporte que deux chambres hautes, superposées l'une à l'autre, sont installées « dessus » le grand escalier.

    La façade côté cour se divise en deux moitiés ; à l'ouest, quatre toits à deux versants étroits et parallèles couvrent la galerie tandis qu'à l'est de simples coyaux doivent prolonger la pente du toit du logis pour couvrir la galerie étroite. La « Vue du costé de la rivière de Loire » dessinée de Jacques Androuet du Cerceau, qui rend mal les dispositions topographiques du terrain puisque la rampe cavalière ne semble pas perpendiculaire à la façade, présente toutefois une ordonnance de la façade assez juste ; sans doute manque-t-il des lucarnes pour les galetas. Le style du logis aurait été encore profondément marqué par les formes gothiques avec un emploi abondant de tourelles d'escalier en vis, de voûtes d'ogives, d'accolades et de crochets.

    Côté ville, il n'y a que Jacques Androuet du Cerceau qui ait représenté la façade ; la gravure de Jacques Rigaud comporte beaucoup trop d'erreurs pour être prise en compte. Bien que celle de Jacques Androuet du Cerceau soit un projet, elle correspond assez bien aux descriptions des procès-verbaux ; il semble donc que l'on puisse s'y fier. Au premier niveau, apparaissent quatre grandes embrasures au fond desquelles s'ouvrent les baies des premiers offices. Au niveau du rez-de-chaussée, la terrasse est bordée de consoles de mâchicoulis, et des baies à doubles croisillons, qui semblent proches de celle du bâtiment sur Loire, percent la façade ; au premier étage les mêmes croisées sont visibles. Enfin, au niveau des galetas, les procès-verbaux de 1630 décrivent un couloir qui dessert toutes les chambres : « Plus en la gallerie vers la ville joignant toutes les susdites chambres » (ADIL, C 655, doc. 3 f°8r°). Le plan de 1708 figure quant à lui une colonnade qui n'est pas représentée sur ce dessin.

    Évelyne Thomas soulève le problème des dispositions de la rampe cavalière du logis : y a-t-il une ou deux rampes superposées ? Sa réflexion est essentiellement basée sur une étude minutieuse de l'iconographie. Ainsi, Jacques Androuet du Cerceau représente sur certaines de ses « Vues » deux niveaux d'arcades. Cet élément ne nous semble pas recevable dans la mesure où le niveau inférieur pourrait aussi bien correspondre à des arcades aveugles qu'à des arcades ouvertes. Notons d'ailleurs que sur la « Vue du costé de la rivière de Loire » apparaît la silhouette de cervidés que l'on retrouve dans le compte de construction à travers le paiement de Jehan de Launay (Château d'Amboise, Fondation Saint-Louis, compte de construction de 1495-1496, f°219v° : « (...) Pour avoir taillé en boys les cornes d'une des grans bestes ferres en pierre apellés rangiers estans contre le mur de la gallerie a monter a cheval audit chastel lesquelle ont cinq piez et demy de long a esté payé par cedit commis par vertu dudit roolle comme par sadicte quictance cydevant rendue appert la somme de 8 l. t. »). La présence de deux rampes superposées supposerait que la rampe supérieure aille du rez-de-chaussée au premier étage ce qui est bien le cas, et que la plus basse, partant du rez-de-chaussée pour descendre sous la première rampe, soit au niveau R-I ce qui semble complètement improbable. Nous avons donc recherché dans les textes un indice qui pourrait déterminer le nombre et les dispositions de la ou des rampe (s), mais ils sont faibles. Le procès-verbal de 1630 mentionne à plusieurs reprises une structure qui pourrait correspondre avec une seconde rampe. Après la description du niveau des seconds offices, soit du rez-de-chaussée, un paragraphe concerne apparemment la rampe : « En la montee du milieu fault une ferrure en la porte du bout et a la grande montee fault faire une clef et la porte dubou et la mesme monté a la porte qui va en la gallerie da hault fault une clef et attaché le corray » (ADIL, C 655, doc. 2, f°1r°). Le terme de montée est malaisé à définir ; il est employé à deux reprises dans les documents 2 et 5 (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655, f°1r° et 5r°) et nous avons beaucoup de mal à déterminer s'il est question d'un escalier ou d'une rampe, car la rampe cavalière montant au troisième niveau est désignée comme une « gallerie qui va de l'ormeau auxdites Sept Vertus », et que les degrés sont aussi appelés escalier (Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655, doc. 2, f°3r°). La position du milieu pourrait correspondre avec celle de la vis centrale du logis et la grande vis se trouve bien au bout du logis. Aussi pour nous, si cette rampe existe, la seule position envisageable serait celle d'un couloir court et pentu (20 degrés de pente, tout comme les rampes cavalières) qui traverserait le massif de la rampe (7 m à 8 m d'épaisseur), partant de l'extrémité oriental et dans le prolongement de la galerie étroite du rez-de-chaussée et ressortant dans le pignon est, environ 1,50 m plus haut. Mais cette supposition est assez hasardeuse et n'apparaît pas plus sur les plans anciens que les deux rampes superposées dont parle Évelyne Thomas ; la présence d'une rampe unique semble en somme l'hypothèse la plus plausible.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales : O2 1383. Prise de possession du château d'Amboise par la sénatorerie d'Orléans le XI brumaire de l'an 12. Rapport des architectes en 1803-1811. Démolitions au château à la même période.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950. 1699-1761. Procès-verbal d'estimation du château d'Amboise, procès-verbal de prise de possession par le duc de Choiseul. 1761.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Archives communales d'Amboise, BB 56, f°66. Mention de l'incendie du logis des Sept Vertus en 1788.

  • Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 20877, f°43 à 46 (Microfilm n°9618). Fragments de compte d'ameublement du logis des Sept Vertus. 1497. « Parties fournies et livrees a Jehan Lefevre et Lancelot Platel, tappissiers ordinaires du roy nostre sire, par Guillaume Mesnagier, marchant demourant a Tours, pour faire ce qui s'ensuit sur lesquelles objets ont esté depuys livrés par lesdits tappissiers au chastel d'Amboise pour servir a l'amesnaigement du grant corps d'ostel neuf des sept vertus dudict chastel d'Amboyse par le commandement dudit sieur ».

  • Bibliothèque municipale de Tours ; ms. fr. 1206. Copie d'un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine (ms. n°2694), intitulé Voyage en France, par Dubuisson Aubenay. 1635.

  • Fondation Saint-Louis, château d'Amboise. Compte de construction du château d'Amboise, tenu par Alixandre Blandin. 1er octobre 1495 - 30 septembre 1496, 285 f°.

  • Fondation Saint-Louis, Château d'Amboise. Livre de menuiserie faite et fournie à façon dans le château d'Amboise pour sa majesté Louis-Philippe Ier roi des Français. Fait par Lasserre, maître menuisier à Amboise, commencé le 20 février 1832.

Documents figurés
  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, deuxième étage du bâtiment sur Loire, troisième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et grenier du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Plan du château d'Amboise/Jacques Androuet du Cerceau, en 1579. (Bibliothèque nationale de France, département des estampes, Va 37 Tome 1. H 125703).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Passage d'entrée, premiers offices du logis des Sept Vertus, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Deuxième étage du Logis des Sept Vertus, premier étage du logis dit de Louis XI, rez-de-chaussée bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, rez-de-chaussée du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, Deuxième étage du bâtiment sur Loire, deuxième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et rez-de-chaussée du logis d'Henri II. (Archives Nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Vue cavalière du château d'Amboise du côté de la ville. Dessin de Jacques Androuet du Cerceau de 1579. (B.n.f., département des estampes, Va 37 Tome 1. H 125705).

  • Plan du château d'Amboise. Attribué à Robert de Cotte, dessin à la plume et à l'encre de Chine aquarellée, 1708. (Archives Nationales; O1 1903, Cartes et Plans, n°1 et 3).

  • Château : façade sur la ville/ docteur Lesueur, fin XIXe siècle. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Série 9 Fi : verre 9 Fi 3 Fi 983).

  • Château : façade Sud, docteur Lesueur, fin XIXe siècle. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Série 9 Fi : verre 9 Fi 3 Fi 9823).

  • Château : vue générale, du côté de la forêt, docteur Lesueur, fin XIXe siècle. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Série 9 Fi : verre 9 Fi 3 Fi 9833).

  • Vüe du château royal d'Amboise ; Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs ; Troisième vüe de l'intérieur de la cour du château/ Jacques Rigaud. Dessins préparatoires à la plume et lavis à l'encre de Chine, début du XVIIIe siècle. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°138, Mfilm A31633).

  • Entrée principale du château d'Amboise, dessin à la mine de plomb, n.s., n.d. [édition 1789], ancienne collection Hippolyte Destailleur (1822-1893). (Bibliothèque nationale de France, Est, RES Ve26 (k), n°145, Mfilm A31641).

  • Vüe du château royal d'Amboise/ Jacques Rigaud (d'après), lithographie, v. 1730. (Bibliothèque municipale de Tours : L.C. Amboise : Château ; R. 1, Ic. 3159/10).

  • Vüe du château royal d'Amboise et Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs/Jacques Rigaud, lithographie, v. 1730. (Bibliothèque municipale de Tours : L.C. Amboise : Est. 7, Ic. Auv. 451).

  • Troisième vüe du château d'Amboise, Jacques Rigaud, lithographie, v. 1730. (Bibliothèque municipale de Tours : L.C. Amboise : Est. 6, Ic. Auv. 450).

  • Vüe du château royal d'Amboise et Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs, lithographie, Jacques Rigaud, v. 1730. (Bibliothèque municipale de Tours : L.C. Amboise : Château ; est. 2, Ic. 205 b).

  • Vüe du château royal d'Amboise/ Jacques Rigaud. Lithographie, n.s., n.d. (Bibliothèque municipale de Tours : L.C. Amboise : Château ; est. 1, Ic. 205 a).

  • Vües de Jacques Rigaud, v. 1730. Photographie noir et blanc, reproduction XXe siècle. (Bibliothèque municipale de Tours : L. A. Amboise : R. 6, Ic. Auv. 3752).

  • Le ci-devant Château d'Amboise, Eugène Brion, aquatinte, 1795. (Bibliothèque municipale de Tours : L. A. Amboise : Château ; est 22, Ic. Auv. 2889).

  • Le ci-devant Château d'Amboise/Eugène Brion, aquatinte, 1795. (Bibliothèque municipale de Tours : L.A. Amboise, Château, est 22, Ic. Auv. 2889).

  • Château, vue générale du côté de la forêt/Jacques Androuet du Cerceau, dessin gravé, 1579 (reproduction BnF, Est., Ed. 2a). (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, Photothèque : 0084/037/3001 : Micr-47-4-M-24).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

  • La rue Montrichard passant au pied de la tour Heurtault et de la chapelle Saint-Hubert/A. Gusmand, lithographie d'après Karl Girardet, 1865. (In BOSSEBOEUF, Louis-Auguste, Amboise, le château, la ville et le canton, Tours, 1897).

Bibliographie
  • DAGNAS-THOMAS, Évelyne. Amboise, le grand dessein de Charles VIII. Poitiers : Université de Poitiers : mémoire de Maîtrise, sous la direction de Jean Guillaume : 1991. 3 vol., 182 p., 206 p. et 44 p., (manuscrit dactylographié).

  • LESUEUR, Docteur Frédéric. Le château d'Amboise. Paris, 1935, 112 p.

Périodiques
  • THOMAS, Évelyne. Les logis Royaux d'Amboise. Revue de l'Art, n° 100, 1993, p. 44-57.

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