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Lotissement réglementé des Champs-Élysées

Dossier IA45003146 réalisé en 2010

Fiche

  • Vue zénithale.
    Vue zénithale.
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  • Parties constituantes

    • maison
    • immeuble
    • jardin
    • place
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Œuvres contenues

Le lotissement des Champs-Elysées s'étend entre le boulevard Alexandre-Martin, la place de l’Étape et le Campo Santo, à l'emplacement de l'ancienne caserne d'artillerie, qui occupait depuis le début du 19e siècle les terrains du couvent des Jacobins. Envisagé dès l'administration Gitton (maire de 1910-1912) lorsqu'il est question du déménagement de la caserne au nord du boulevard de Châteaudun, puis étudié sous celle de Fernand Rabier à partir de 1912, le lotissement de l'Étape n'est véritablement aménagé qu'à partir de 1927, lorsque sont entrepris les travaux de voirie. Il présente une exceptionnelle unité formelle qui résulte autant du contrôle municipal exercé à partir du règlement général sur la voirie et les constructions et le cahier des charges du lotissement, que des pratiques constructives à l’œuvre au début des années 1930.

Plan cadastral, 2008.Plan cadastral, 2008.

La conception du lotissement

De nombreux projets ont été élaborés entre les années 1912 et 1915 par des architectes, conseillers municipaux ou citoyens locaux. Seule une partie de ces plans n'a toutefois véritablement été discutée au sein de la commission des travaux et lors des séances du conseil municipal, avant l'approbation du plan Naudin en août 1915. Plus que le découpage des parcelles, qui ne sera fixé qu'en 1926, ces discussions concernent le tracé des voies et la reconstruction de plusieurs édifices publics.

Les premières études sont menées durant l'année 1912 au moment où la Ville est en pourparlers avec le ministère de la Guerre pour la désaffectation de la caserne de l'Étape. Deux projets sont exposés au conseil municipal le 31 mai 1912 par René Depallier, rapporteur de la commission des travaux. Le premier prévoit la création de cinq îlots pour une centaine de maisons desservies par trois rues : l'une en prolongement de la rue d'Alsace-Lorraine, l'autre en prolongement de la rue des Bons-Enfants, une autre enfin partant de la place de l'Étape et se dirigeant vers la rue Eugène-Vignat. Le second étend le périmètre du premier projet et envisage la rectification de la place de l’Étape et le percement de deux rues supplémentaires après destruction du théâtre, de la salle des fêtes et de la bibliothèque. De ces projets, seule sera conservée dans le plan final l'idée du prolongement rectiligne des rues d'Alsace-Lorraine et des Bons-Enfants.

Projet Depallier n° 1, mai 1912. (Archives communales, Orléans, Série O, dossier 5866).Projet Depallier n° 1, mai 1912. (Archives communales, Orléans, Série O, dossier 5866).Projet Depallier n° 2, mai 1912. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Projet Depallier n° 2, mai 1912. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Le véritable projet dit "projet municipal", confié à l'architecte parisien Gaston Grandjean, n'est toutefois présenté qu'au début de l'année 1913. Un premier projet du même architecte (non connu) avait servi à la signature de la convention entre la Ville et le ministère de la Guerre pour la désaffectation de la caserne et le transfert des bureaux de l'état-major de la place (12 novembre 1912). Le second est présenté par l'architecte dans un courrier daté du 11 janvier 1913. Quatre voies nouvelles sont envisagées : la première reliant la place Sainte-Croix à la rue Eugène-Vignat, la seconde prolongeant la rue d'Alsace-Lorraine infléchie vers la rue des Bons-Enfants, une troisième reliant la place de l'Étape (hôtel de ville) au cloître, une dernière parallèle à la rue principale favorisant le découpage des terrains. Hormis la première rue qui fait la liaison entre le cœur historique et le boulevard Alexandre-Martin, le réseau projeté par Grandjean reste soumis aux contraintes topographiques de l'ancienne caserne.

Projet de lotissement de la caserne et du vieux grand cimetière, Grandjean architecte, janvier 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Projet de lotissement de la caserne et du vieux grand cimetière, Grandjean architecte, janvier 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Cette absence de liaisons entre le lotissement projeté et les quartiers environnants est vivement critiquée dans le Journal du Loiret du 27 février 1913, qui publie, aux côtés du "projet municipal", un contre-projet établi par l'architecte orléanais Besombes-Chenesseau (daté du 25 février 1913). Dans ce projet, la circulation et les liaisons externes y sont davantage étudiées. La place de l’Étape, dégagée et reliée par une voie rectiligne au boulevard Alexandre-Martin dans l'axe de la rue Eugène-Vignat, sert de point de départ à une seconde voie prolongeant la rue d'Escures vers la rue des Bons-Enfants à l'est et empruntée par la ligne de tramway projetée. Le cloître Saint-Louis y est entièrement dégagé, et bordé d'un autre axe principal nord-sud reliant le boulevard à la cathédrale. Le plan est complété par le prolongement en biais de la rue d'Alsace-Lorraine, se recoupant avec la rue d'Escures prolongée pour former une place à l'angle du cloître. La plupart des équipements projetés par Grandjean figurent également sur ce plan (reconstruction des bâtiments de l'État-major, salle des fêtes, salle de dessin, école communale, théâtre) mais l'école joue un rôle plus important au sein de la composition, en étant placée à la jonction des deux rues principales formant une avancée vers le boulevard. En dépit des intérêts qu'il présente, ce projet sera définitivement écarté lors de la remise d'un terrain au Ministère de la Guerre destiné à la reconstruction des services de l’État major (situé au n° 2 rue Fernand-Rabier, à l'emplacement d'une des voies projetées par Besombes-Chenesseau).

Projet de dégagement du grand cimetière et lotissement de la caserne, Besombes-Chenesseau architecte, 25 février 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Projet de dégagement du grand cimetière et lotissement de la caserne, Besombes-Chenesseau architecte, 25 février 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Plan du lotissement, projets Grandjean et Besombes-Chenesseau, supplément au Journal du Loiret du 27 février 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Plan du lotissement, projets Grandjean et Besombes-Chenesseau, supplément au Journal du Loiret du 27 février 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Si dans sa partie sud, une partie du plan projeté par Grandjean sera réalisée avec le percement d'une nouvelle entrée dans le cloître et la construction du nouveau bâtiment de l'État-major, c'est la liaison entre la cathédrale, l'hôtel de ville et le secteur extra-muros qui s'impose comme principe directeur du futur réseau de voies nouvelles du quartier.

Projet Étape-Saint-Vincent ou de l'artère nord-est, Robichon architecte, 19 juin 1913. (Archives communales, Orléans, 1 Fi 18).Projet Étape-Saint-Vincent ou de l'artère nord-est, Robichon architecte, 19 juin 1913. (Archives communales, Orléans, 1 Fi 18).Dans cette perspective, le projet d'Alcide Robichon, président du comité de défense de la rue Royale, marque une étape importante dans la réflexion globale de l'aménagement du quartier de l'Étape, au moment où est discutée la question de la création d'un jardin public à l'emplacement de l'ancien cimetière Saint-Vincent. Présenté en mai et juin 1913 (les documents sont envoyés à la mairie d'Orléans), le plan Robichon propose le lotissement et l'aménagement combinés des terrains du quartier de l’Étape et de l'ancien cimetière. S'il existe une parenté entre ce projet et celui de Grandjean (les deux axes nord-sud), Robichon envisage l'ouverture d'une grande artère reliant la place de l'Étape à la rue du Faubourg Saint-Vincent. Rapidement, la proposition de Robichon trouve un écho favorable au sein de la commission des travaux municipaux, en particulier auprès de René Depallier qui la défend dès le 8 août 1913. Durant les mois suivants, la commission des travaux municipaux se réunit afin d'examiner les différents projets dressés par Grandjean, Besombes-Chenesseau, Robichon et les conseillers municipaux Depallier et Naudin. Les discussions aboutissent finalement à la sélection de deux plans, le projet Depallier (classé n° 1 par la commission des travaux municipaux) et le projet Naudin (classé n° 2) soumis au vote du conseil municipal le 23 juin 1914.

S'inspirant du projet présenté l'année précédente par Alcide Robichon, René Depallier propose dans son projet que soient menés de front l'aménagement de l'ancien cimetière Saint-Vincent et le lotissement des terrains du quartier de l'Étape. Depuis la place de l'Étape rayonnent trois rues, la première se dirigeant vers le Campo Santo, la seconde vers la rue Eugène-Vignat, et la troisième constituant la grande artère traversant le boulevard et menant au faubourg Saint-Vincent. À l'emplacement de l'ancien cimetière, un ensemble de voies délimite le futur jardin public (bordé au nord par quatre nouveaux îlots) et relie le faubourg Saint-Vincent, la rue Eugène-Vignat et la rue de la Claye. Toute l'argumentation de Depallier repose sur une critique de l'urbanisation spontanée de la ville à laquelle il oppose un urbanisme de plan, propre à organiser le développement "raisonné" et "méthodique" de la commune : "Une ville ne crée pas un quartier nouveau par petits morceaux et rien n'est plus déplorable [...] que l'absence de plans généraux, tout en raisonnant leur exécution financière. Voyez à quoi aboutit dans les quartiers nord-ouest de la ville [le clos des Vaupulents, au nord du quartier Dunois] le morcellement sans méthode, sans plan, de tout ce qui se trouve au nord du boulevard de Châteaudun. Des ruelles se coupant sans ordre, des impasses, dont la transformation en voies classables est devenue impossible sans frais énormes". Ce projet ambitieux établit ainsi des liaisons plus directes entre le centre-ville et la périphérie en faisant converger les avenues principales vers le centre, à l'image des différents faubourgs de la ville (excepté le faubourg Saint-Vincent) et propose un accès au jardin public depuis le boulevard.Projet Depallier, 1914. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Projet Depallier, 1914. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Le projet Naudin s'oppose au projet Depallier en distinguant l'aménagement du cimetière et le lotissement du quartier de l'Étape. La première partie du plan s'appuie sur une délibération du conseil municipal du 27 juin 1913 qui a approuvé l'aménagement d'un parc public à l'emplacement de l'ancien cimetière. Le jardin, accessible depuis le boulevard Alexandre-Martin par une allée plantée, est délimité par un réseau de rues de 10 m de large et bordé au nord par deux îlots destinés à la construction. Au sud du boulevard, le lotissement du quartier de l'Étape comprend l'ouverture de six rues : les rues d'Alsace-Lorraine et des Bons-Enfants sont prolongées en ligne droite, la rue Eugène-Vignat est prolongée vers la place de l'Étape, une quatrième rue reliant le boulevard à la cathédrale dessert le bâtiment projeté de l'état-major et le théâtre. Dans la partie sud, le plan reprend les principes présentés par l'architecte Grandjean. Selon Auguste Naudin, le percement d'une diagonale ne présente aucun intérêt pratique et entraîne un surcoût important pour la Ville. Elle est par ailleurs vivement critiquée par les commerçants du faubourg Saint-Vincent qui redoutent la concurrence commerciale de cette nouvelle voie. Le projet Naudin est appuyé par l'architecte orléanais Mothiron qui conteste également l'utilité de la grande artère, en rappelant l'objectif premier de l'aménagement du quartier de l’Étape :

"Ce qu'il faut envisager dans un plan de lotissement, c'est le lotissement lui-même qui n'a qu'un but, celui de donner de la plus-value aux terrains. Lotir, c'est diviser un terrain en parcelles pour en tirer le plus de revenus possible et où les rues n'interviennent que comme une chose nécessaire, tant pour la facilité de cette division que pour augmenter la valeur des terrains par l'appoint de l'air, de la lumière et du facile accès. Les rues ne sont donc qu'une chose secondaire, ce qui ne veut pas dire qu'elle est négligeable, mais l'auteur d'un projet doit, dans la mesure du possible, ne faire que celles qui sont absolument indispensables pour tirer le meilleur parti du terrain tout en leur donnant une direction favorisant la réunion des centres ou aboutissant aux voies de pénétration les plus fréquentées" (lettre du 9 janvier 1914, Archives municipales d'Orléans, 5866).

Projet de lotissement du quartier de l'Étape et d'aménagement du cimetière Saint-Vincent, présenté par Naudin-Bissauge, 1er août 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Projet de lotissement du quartier de l'Étape et d'aménagement du cimetière Saint-Vincent, présenté par Naudin-Bissauge, 1er août 1913. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Au regard des discussions qui suivent la présentation des plans Depallier et Naudin lors du conseil municipal du 23 juin 1914, il semble que seul le surcoût supposé de la création de la grande artère ait eu raison du projet Depallier qui est rejeté à l'issue de la séance du conseil municipal. Sans que ne soit voté le projet définitif, les grandes lignes du projet présenté par Naudin sont adoptées. Seule la rue reliant la cathédrale au boulevard sera ultérieurement rectifiée en ligne droite sur proposition du maire Fernand Rabier. Le conseil municipal se réunira à nouveau le 9 août 1915 afin de voter le plan d'ensemble. Suite à l'enquête publique réalisée en septembre 1915, le projet de voies nouvelles est définitivement adopté le 5 octobre et confirmé par l'arrêté préfectoral du 16 novembre 1915.

Plan des voies nouvelles, n. d., approuvé le 9 août 1915. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Plan des voies nouvelles, n. d., approuvé le 9 août 1915. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

La réalisation

Le recours à une société concessionnaire

Le recours à une société pour mener à bien le projet municipal, envisagé dès 1912 par René Depallier, est de nouveau à l'ordre du jour après la Première Guerre mondiale. Paul Bernard, administrateur d'immeubles à Paris (société immobilière fondée en 1883, installée 9 rue Bourdaloue et 1 rue Saint-Lazare, Paris, 9e), est vraisemblablement contacté par le sénateur et ancien maire d'Orléans, Fernand Rabier. Dans une lettre du 26 mai 1921 adressée au sénateur, Théophile Chollet, maire de la ville, écrit : "On pourrait aujourd'hui trouver une société qui accepterait de traiter avec la Ville à des conditions à débattre pour la construction d'immeubles dans ce quartier et l'édification d'un théâtre. Les matériaux et la main d’œuvre sont sans doute d'un prix élevé mais les loyers ont subi une ascension correspondante. La crise du logement assurerait je crois une location rapide des immeubles qui seraient construits, si bien qu'en fin de compte la société qui accepterait de bâtir le quartier nouveau ferait je crois une opération avantageuse. Ne pourriez-vous, mon cher Sénateur, parmi vos nombreuses relations parisiennes trouver une société sérieuse qui accepterait de se mettre en rapport avec nous à ce sujet"(courrier du 26 mai 1921, Archives municipales d'Orléans, 5867). Associé à Henri Colleville (ancien notaire à Saint-Sulpice-les-Feuilles, Haute-Vienne), Alexandre Lecluse (entrepreneur de travaux publics à Nanterre et conseiller général de la Haute-Vienne) et P. Lippmann-Lévy (industriel à Lyon, qui se retirera ensuite), le cabinet Paul Bernard commence à étudier le projet en décembre 1925, soit dix ans après l'approbation du tracé des vois nouvelles, et soumet sa proposition à la Ville le 6 février 1926. Celle-ci aboutit à une convention, adoptée le 19 avril 1926 par le conseil municipal, qui formule les diverses obligations des deux partis, la Ville et la société concessionnaire :

  • Le groupement se formera en société civile en participation ayant pour objet exclusif les opérations à entreprendre ;
  • Il appartient au groupement de faire toute publicité par affiches, tracts, annonces, etc., et de recruter le personnel nécessaire à la bonne marche des ventes ;
  • La ville mettra à disposition du groupement un local à titre gratuit ;
  • Les opérations de vente devront être terminées dans un délai de cinq ans maximum après la signature de l'accord. Dans le cas où les ventes ne seraient pas terminées à l'expiration de ce délai, la ville peut soit accorder un délai, soit rompre le contrat ;
  • La ville se réserve un droit de préemption sur un terrain de 1500 m² pour la construction d'un immeuble destiné à des services postaux (réalisée à l'angle de la rue Saint-Martin-du-Mail et de la rue Paul-Fourché) ;
  • La Ville avance la somme de 350.000 frs pour les expropriations nécessaires et doit recevoir, après remboursement de cette avance, 1/3 des bénéfices de la vente des lots.

La vente des terrains

La société civile en participation, réunissant Lecluse, Bernard et Colleville, est fondée le 26 octobre 1926 et débute la vente des lots en février-mars 1927. Le plan dressé par le géomètre Levacher le 4 février 1927 indique 62 lots de forme quadrangulaire, d'une superficie oscillant entre 200 et 300 m² principalement, les lots supérieurs à 300 m² se situant en bordure de la rue A et aux intersections des A, B et C.

Plan du lotissement des Champs-Élysées, Levacher géomètre, 4 février 1927. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).Plan du lotissement des Champs-Élysées, Levacher géomètre, 4 février 1927. (Archives communales, Orléans, Série O, 5866).

Affiche de vente des terrains. (Archives communales, Orléans, 5868).Affiche de vente des terrains. (Archives communales, Orléans, 5868).Les capacités de la société à vendre les terrains constituait un des arguments du conseil municipal en faveur de la concession : "Les acquéreurs ne peuvent tous se recruter à Orléans ; il faudra trouver des amateurs en dehors, d'où la nécessité d'une publicité habilement dirigée et capable d'atteindre les personnes disposant de capitaux suffisants pour acheter des terrains et y construire des immeubles importants" (délibération du conseil municipal, 19 avril 1926). Dès lors, l'affiche de vente qui accompagne le plan de lotissement vise des acquéreurs non orléanais en ventant l'intérêt historique et touristique de la ville et des bords de Loire ("cité historique la plus coquette des environs de Paris"), la proximité d'édifices prestigieux (cathédrale, hôtel de ville, musée), ses "grandes avenues" et sa "viabilité moderne". Le nom conféré au lotissement du quartier de l’Étape par la société, les "Champs-Élysées d'Orléans", procède également de l'argument publicitaire en comparant la réalisation orléanaise à l'avenue parisienne.

En dépit de la stratégie mise en place, il semble que la société ait eu quelques difficultés à vendre les terrains. Près d'un an après le début des ventes, en janvier 1928, les travaux de voirie étaient pourtant terminés et 5000 m² de terrains avaient été vendus, soit un tiers du lotissement. L'expropriation de l'immeuble Merlin (situé à l'angle de la place de l’Étape) et la nature instable des sous-sols avaient ralentis les travaux de voirie et la vente des lots avait été freinée par le vote de la taxe de remplacement.

Ces difficultés amenèrent Paul Bernard, qui joue un rôle moteur au sein de la société civile, à envisager la création de la société d'Habitations à Bon Marché, dénommée les Champs-Élysées d'Orléans, afin de créer rue Paul-Fourché un groupe d'habitations visant à relancer les ventes. Les plans de l'immeuble sont dressés par les architectes parisiens Adolphe Thiers et Henry Trésal, et sont inspirés des groupes d'H.B.M. du début du 20e siècle réalisés par les fondations parisiennes (modèle à cour ouverte). Mais suscitant de nombreuses oppositions, le projet de construction reçut finalement un avis défavorable de la commission des travaux de la ville et dû être abandonné en juillet 1928.

Projet d'H.B.M., élévation de la façade principale. (Archives communales, Orléans, Série O, 5867).Projet d'H.B.M., élévation de la façade principale. (Archives communales, Orléans, Série O, 5867).Projet d'H.B.M., élévation de la façade rue Paul-Fourché. (Archives communales, Orléans, Série O, 5867).Projet d'H.B.M., élévation de la façade rue Paul-Fourché. (Archives communales, Orléans, Série O, 5867).

Le délai de cinq ans accordé par la Ville (soit jusqu'en avril 1931) n'a donc pu être respecté et les ventes se sont poursuivies jusqu'en 1935. Si les acquéreurs proviennent essentiellement d'Orléans (67 %), la publicité a attiré une population originaire du Loiret, des départements limitrophes, de la région parisienne et de régions plus éloignées (Toulouse, Belfort). Au total, plus de 15150 m² de terrains ont été vendus et l'opération s'est avérée lucrative pour les deux partis. Les bénéfices furent répartis entre la Ville et la société civile après remboursement des frais avancés par la Ville pour les travaux et acquisitions d'immeubles et des frais d'acquisition de la caserne de l’Étape (350 000 frs). La société fit ainsi un profit de 1 931 600 frs tandis et la Ville reçut 605 133 frs (soit le tiers des bénéfices).

Plan du lotissement, état des ventes, non daté. (Archives communales, Orléans, 5868).Plan du lotissement, état des ventes, non daté. (Archives communales, Orléans, 5868).Terrains vendus dans le lotissement entre 1927 et 1935.Terrains vendus dans le lotissement entre 1927 et 1935.Origine des acquéreurs.Origine des acquéreurs.

Caractéristiques morphologiques et architecturales

Les constructions : implantation et élévation

Le lotissement présente une densité bâtie importante, avec des surfaces de jardins ou de cours de fond de parcelles relativement faibles comparées aux lotissements contemporains réalisés en périphérie. Si un espace vert a été réalisé à la jonction des rues Théophile-Chollet et Fernand-Rabier (la place Halmagrand), le parc Pasteur, situé de l'autre côté du boulevard, constitue le réel pendant végétal du lotissement.

Le caractère historique du quartier avait conduit la municipalité à règlementer la construction du lotissement en déterminant le gabarit des constructions en fonction des rues. Aucun lot ne pouvait mesurer moins de 7 m de large et les constructions devaient comporter au moins un étage au-dessus du rez-de-chaussée et des pans coupés aux angles de rue (5,60 m). La première clause n'a toutefois pas toujours été respectée, en raison d'un probable assouplissement de la délibération du 26 avril 1926 suite aux difficultés rencontrées par la société pour la vente des lots. Le cahier des charges insistait également sur le strict respect du règlement de voirie et de construction dont la révision (approuvée par arrêté préfectoral du 25 novembre 1925) précéda de peu le démarrage du chantier des Champs-Élysées (1926). Moins libéral que le règlement de 1890, celui-ci imposait une hauteur maximum sous corniche égale à la largeur de la rue, soit 14 m pour la rue Théophile-Chollet et 12 m pour les autres rues. Ce rapport de proportion largeur de rue-hauteur du bâti s'apparente ainsi à celui du "carré haussmannien" qui était égal à 18 m.

Immeuble, 8 rue Théophile-Chollet.Immeuble, 8 rue Théophile-Chollet.Les constructions des rues Théophile-Chollet et Fernand-Rabier, qui constituent les deux axes principaux du quartier, et celles de la place Halmagrand, doivent leur uniformité à un règlement ajouté dans les actes de vente complétant la délibération du 19 avril 1926. Les acquéreurs avaient en effet l'obligation d'établir la corniche à une hauteur de 11 m au dessus du sol (soit deux ou trois étages au dessus du rez-de-chaussée) ou à 14 mètres au dessus d'un balcon obligatoire (à 11 m) pour les immeubles de plus de deux étages. De ce point de vue, l'immeuble n° 8 rue Théophile-Chollet, remarquable par ses pilastres colossaux, sa façade d'angle bombée et ses balcons de fer, utilise au maximum les possibilités offertes par le règlement : il comporte trois étages sur une hauteur de 14 m et un étage en retrait s'inscrivant dans le cercle autorisé (soit un rayon égal à la moitié de la largeur de la rue). Si cet exemple reste isolé, il illustre cependant l'importance hiérarchique qu'occupe la rue Théophile-Chollet où les constructions comportent généralement quatre à cinq niveaux d'élévation.

Cette hiérarchisation est également soulignée par le développement des saillies particulièrement présentes rue Théophile-Chollet. Ici, les simples balconnets ou les balcons plus profonds cèdent volontiers la place à de plus amples décrochements de façade. Les oriels ou les bow-windows, de forme triangulaire (à l'image du n° 13 rue Théophile-Chollet, construit par Croissandeau), trapézoïdale ou arrondie, sont régulièrement traités dans un matériau différent (béton, enduit de ciment). Ces encorbellements sont parfois simplement évoqués par le jeu des ressauts n'entraînant à l'intérieur aucune augmentation de la surface habitable (n° 10 rue Fernand-Rabier). L'ensemble de ces saillies peuvent être également associées : les immeubles situés aux n° 8 place Halmagrand et n° 12 rue Théophile-Chollet offrent de ce point de vue de remarquables combinaisons d'oriels, de loggias, de balcons et de terrasses. Les reliefs peuvent enfin jouer un simple rôle d'animation. Les ressauts verticaux ou horizontaux qui se déploient en façade prennent alors régulièrement la forme de palier ou d'une composition pyramidale, à l'image du n° 16 rue Théophile-Chollet (Lecomble entrepreneur). Cette formule, qui constitue un des principes courants de la modernité Art déco, se retrouve en couronnement d'angle aux n° 6, 12 et 13 rue Fernand-Rabier.

Le contrôle des profils de voirie (soit le rapport entre la hauteur des bâtiments et la largeur de la rue) demeure exceptionnel et lié à la situation extrêmement centrale du lotissement. On ne retrouve en effet, avant les années 1950, aucune contrainte de gabarit dans les lotissements extra-muros, y compris dans les lotissements communaux tel que le lotissement du Baron réalisé à la même période. La volonté municipale d'assurer la cohérence du paysage urbain est donc plutôt à rapprocher du règlement des constructions de la rue de la République percée à la fin du 19e siècle d'après lequel les acquéreurs avaient pour obligation d'établir la corniche entre 15 et 16 m au dessus du sol (pour une largeur de rue de 17 m).

Les matériaux et le décor

À l'image de la rue de la République où la municipalité avait imposé des constructions en pierres de taille non gélives ou en briques de choix laissées apparentes, les constructions du lotissement des Champs-Élysées présentent, conformément au règlement imposé, des façades en pierre, en brique et en ciment. En dehors des subventions versées pour la construction de l'Office Régional du Crédit Agricole, du siège syndical de l'association des Mutilés du Loiret et de la caisse départementale des assurances sociales, la municipalité n'avait prévu aucune prime pour la décoration des édifices (ce qui était le cas pour la rue de la République). Les édifices des Champs-Élysées affichent pourtant une grande variété décorative dont les motifs témoignent de l'héritage de l'exposition des arts décoratifs de 1925.

Répartition des matériaux utilisés en façade.Répartition des matériaux utilisés en façade.Utilisée en parement dans près de 90 % des édifices, la brique revêt une importance particulière au sein du lotissement. En imposant ce matériau, la Ville a semble-t-il provoqué un engouement pour un matériau qui durant cette période restait davantage masqué derrière un enduit ou employé en second-œuvre et en décor. Ce matériau économique offre en effet de multiples possibilités de combinaisons que les maîtres d’œuvre ont habilement exploitées. Plus que dans tout autre lotissement orléanais, les architectes excellent ici dans l'art du calepinage dont ils exploitent tous les effets. Tour à tour matériau de structure et ornement, la brique offre de multiples solutions décoratives participant à l'animation de la façade : reliefs en creux et en saillie (n° 14 rue Théophile-Chollet), frises en damier (n° 8 place Halmagrand ou n° 9 rue Émile-Davoust), polychromie (teintes jaune, orangée, rouge, ocre), jeux sur les vides et les pleins (claire-voie au n° 2 rue Paul-Fourché), appareil en panneresse ou à l'anglaise, position dressée, lames de parquet, dents d'engrenage, etc.

19 rue Fernand-Rabier, détail d'un balcon.19 rue Fernand-Rabier, détail d'un balcon.Le ciment, dont l'usage était préconisé par la Ville, se prête également à différentes ornementations. Employé en pierre d'imitation, il souligne les rez-de-chaussée par des bossages continus et appareils en crossette (par exemple le n° 4 place Halmagrand). Aux étages, les bandeaux marquent les différents niveaux tandis que l'enduit souligne les linteaux et les allèges. Employé sur l'ensemble de la façade, l'enduit dessine alors un carroyage dont témoignent quatre maisons étroites à deux étages carrés percés de grandes baies quadrangulaires (n° 3 place Halmagrand, n° 6 rue d'Alsace-Lorraine, n° 3 et 6 rue Émile-Davoust). On voit par ailleurs se développer les décors en table et les frises de ciment moulé sous les balcons et les corniches (allèges et cul-de-lampe), telles que les tables tubulaires, les cannelures concaves ou convexes pratiquées par Roger Croissandeau ou Henry Ballu ou encore les rainures évoquant des pics à glace ornant les constructions de Croissandeau. Les tables moulées peuvent faire l'objet de compositions plus élaborées selon une représentation géométrique et végétale stylisée évoquant l'abstraction futuriste italienne des années 1910-1920, particulièrement affectionnées par les tenants de l'Art déco. Dans l'ensemble, l'emploi du ciment se trouve réduit à quelques éléments de modénature et de décor. Dans ce contexte, la maison située au n° 19 rue Fernand-Rabier (Henry Ballu architecte) affichant des tubes en fibro-ciment montant le long du bow-window et des tables décoratives figurant des écureuils apparaît tout à fait remarquable.

L'emploi de la pierre de taille est réservé à quelques façades de style Beaux-arts. On la trouve ainsi utilisée en parement masquant la structure au n° 8 rue Théophile-Chollet ou en gros-œuvre pour l'immeuble bâti pour Le Barbier par Croissandeau en 1933 rue Fernand-Rabier (n° 20), la maison de Mignan édifiée par l'entrepreneur Dessus (n° 10 rue Paul-Fourché, 1932) ou encore l'immeuble construit par l'entrepreneur Lecluse, dont le rez-de-chaussée est agrémenté de figures humaines ou monstrueuses sculptées au dessus des baies (n° 29 boulevard Alexandre-Martin). Dans un traitement plus monumental adapté à la fonction symbolique de l'établissement bancaire, l'immeuble du Crédit Agricole construit sur les plans de l'architecte Constant Coursimault à partir de 1931 (n° 23 rue Théophile-Chollet), présente sur trois niveaux une façade à quatre travées scandées par des pilastres cannelés.

Aux compositions rectilignes et parfois austères caractérisant les façades, répondent les ferronneries des garde-corps et des portes d'entrée et de garage qui se prêtent au jeu de la ligne courbe. Les motifs en série du commerce, souvent observés en périphérie, cèdent ici la place à des ornements le plus souvent individualisés. Rares en effet sont les motifs répétés sur plusieurs façades, à l'image du motif de corbeille stylisée, si courant à cette période, et pratiquement absent du lotissement, et dont le garde-corps du n° 2 place Halmagrand offre un bel exemple reproduit au niveau du soupirail en fer poinçonné. Certaines ferronneries affichent des motifs d'avantage géométriques à l'image du n° 22 rue Fernand-Rabier présentant des damiers de fer forgé jouant avec les carrés de céramique blanche et noire de la façade ou du n° 7 rue Paul-Fourché avec ses motifs triangulaires. Les ferronneries des portes d'entrée, à l'image des n° 15, 19 et 21 rue Théophile-Chollet, offrent enfin de remarquables exemples de compositions d'inspiration marine ou végétale.

2 place Halmagrand, détail d'un garde-corps et d'un soupirail.2 place Halmagrand, détail d'un garde-corps et d'un soupirail.15 rue Théophile-Chollet,détail de la porte d'entrée15 rue Théophile-Chollet,détail de la porte d'entrée19 rue Théophile-Chollet, détail d'une porte d'entrée.19 rue Théophile-Chollet, détail d'une porte d'entrée.21 rue Théophile-Chollet, détail de la porte d'entrée.21 rue Théophile-Chollet, détail de la porte d'entrée.

Précision dénomination lotissement réglementé
Appellations lotissement réglementé des Champs-Élysées
Parties constituantes non étudiées maison, immeuble, jardin, place, monument
Dénominations lotissement
Aire d'étude et canton Commune d'Orléans
Adresse Commune : Orléans
Adresse : rue Théophile-Chollet , 2 à 25 rue Fernand-Rabier , 2 à 19 rue Alsace-Lorraine , rue Émile-Davoust , rue Paul-Fourché , place Halmagrand , 1, 7, 9 rue Saint-Martin-du-Mail , 27 ter à 31 boulevard Alexandre-Martin
Cadastre : 2008 BR 63 à 65, 67, 68, 72 à 83, 86 à 92 ; 2008 BP 1 à 3, 5 à 23, 129 à 135, 148 à 174, 187, 192

Le lotissement des Champs-Élysées se situe à l'emplacement de l'ancien couvent des Jacobins fondé en 1218. Acquis par la Ville le 10 février 1791, l'établissement religieux est transformé en caserne et abrite à partir de 1810 un régiment d'artillerie. Le 12 novembre 1912, une convention est signée entre la municipalité et le ministère de la Guerre pour la désaffectation de la caserne et le transfert des bureaux de l’État-major de la place. C'est durant cette période que les premières études d'aménagement du lotissement sont réalisées par René Depallier, conseiller municipal, puis par l'architecte parisien Gaston Grandjean, nommé par la municipalité. La publication du projet municipal (projet Grandjean) en février 1913 suscite alors de nombreux débats alimentés par les questions du maintien du Campo Santo, de la circulation et de l'embellissement général de ce secteur et de l'aménagement de l'ancien cimetière Saint-Vincent.

Au cours de l'année 1913, plusieurs projets soumis par des architectes, des anonymes ou des conseillers municipaux sont discutés au sein de la commission des travaux de la ville. Ces discussions aboutiront finalement au choix du projet du conseiller municipal Naudin le 9 août 1915, approuvé par le Préfet du Loiret le 16 novembre 1915.

Le lotissement, dont la réalisation est concédée à une société civile, n'est cependant entrepris qu'à partir de 1926. Le projet de voies nouvelles ayant déjà été approuvé, le lotissement proprement dit ne fait alors l'objet d'aucune autorisation préfectorale. La vente des terrains, qui s'effectue entre 1926 et 1935, s'accompagne de plusieurs prescriptions architecturales. Les acquéreurs ont ainsi l'obligation de construire, dans un délai de deux ans et sur des lots de 7 m minimum de façade, un édifice d'un gabarit déterminé par l'administration, soit en pierre, soit en pierre et brique, soit en ciment avec un ravalement imitant la pierre. Sur les 84 édifices bâtis au total, l'architecte Roger Croissandeau en construit 33 (dont 26 portent sa signature en façade), soit près de 40 % du nombre total des constructions, et s'installe au n° 13 rue Théophile-Chollet. Les autres maîtres d’œuvre sont essentiellement Orléanais parmi lesquels figurent les architectes Coursimault, Ballu et Vaillant et les entrepreneurs Pagot, Dessus et Guillon.

Si la construction du lotissement est achevée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs bâtiments seront reconstruits suite aux bombardements de 1940-1944. En 2010-2011, l'aménagement de la seconde ligne de tramway de la ville passant par la rue Théophile-Chollet s'accompagne d'une requalification des espaces publics du lotissement : pavage de la chaussée et de certaines parties de trottoirs, plantations d'arbres de hautes tiges, réaménagement de la place Halmagrand.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1926, daté par source
Auteur(s) Personnalité : Ville d'Orléans, promoteur, attribution par source
Personnalité : société Bernard, Lecluse et Colleville,
société Bernard, Lecluse et Colleville
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promoteur, attribution par source

Le lotissement des Champs-Élysées se situe dans le cœur historique de la ville et est délimité au sud par la place de l'Étape et la rue Paul-Fourché, à l'ouest par la rue des Anglaises, à l'est par la rue Saint-Martin-du-Mail et au nord par le boulevard Alexandre-Martin. Il comprend 83 lots et 84 édifices répartis sur sept îlots desservis par cinq rues. Les deux voies principales, la rue Théophile-Chollet et la rue Fernand-Rabier, se rejoignent au boulevard Alexandre-Martin et délimitent une petite place triangulaire arborée et gazonnée (place Halmagrand). Les rues d'Alsace-Lorraine et Émile-Davoust s'inscrivent dans le prolongement de voies existantes. La rue Paul-Fourché relie quant à elle la place de l'Étape au Campo Santo, lequel jouxte le lotissement.

Les édifices sont implantés à l'alignement et entre mitoyens, exceptées quatre constructions semi-latérales dont le jardin ou la cour sont accessibles depuis la rue et clôturés par un mur et une grille métallique.

Les habitations, maisons et immeubles, composent la majorité du bâti du lotissement (78 édifices). Elles comportent généralement un ou plusieurs garages en rez-de-chaussée ou une boutique pour certains édifices d'angle. Le lotissement comprend également des édifices de différentes natures : l'ancienne direction des Postes et Télégraphes (reconvertie en logements étudiants), deux établissements d'assurance (les assurances E. Coppens Et Fils et la Caisse Départementale des Assurances Sociales), l'Office Régional du Crédit Agricole, une ancienne imprimerie (devenue une étude notariale) et l'ancien siège syndical de l'Association des Mutilés du Loiret. L'ensemble des édifices possède de un à quatre étages carrés couverts de toits à deux pans, à longs pans, à longs pans brisés et de croupes en ardoise ou en tuile mécanique (2 cas). Seuls les deux édifices publics, l'ancienne direction des Postes et télégraphes et la Caisse départementale des Assurances sociales, sont couverts d'une toiture terrasse.

L'ensemble présente une facture architecturale très homogène reposant en grande partie sur les matériaux utilisés, lesquels étaient imposés par le cahier des charges. La brique polychrome demeure le matériau principalement employé (83 %). Le jaune constitue la couleur dominante en parement de façade avec 47 édifices contre 23 en rouge. La brique, qui constitue l'unique matériau de façade dans 7 édifices, est également associée à la pierre et au ciment : les façades en brique et pierre (6 cas), en brique et ciment (36 cas) ou en brique, pierre et ciment (19 cas) représentent ainsi près des trois quarts du lotissement (72 %). La pierre de petit appareil ou la pierre de taille sont par ailleurs utilisées dans 6 cas en matériau principal en façade sur rue, dont 5 cas pour la pierre de taille. L'enduit de ciment imitant la pierre, prescrit dans le cahier des charges, est utilisé à 21 reprises (soit 1/4 des édifices) sous forme de plate-bande, de carroyage en parement (pour les édifices postérieurs à 1940) ou de bossages continus soulignant le rez-de-chaussée.

La mise en œuvre des briques se prête à de nombreuses variations composant des décors géométriques jouant sur les effets de volume, d'appareillage et de polychromie. Le ciment moulé constitue également un élément de décor important, disposé sous les corniches ou les balcons, et représentant des compositions géométriques, florales ou figurées. La ferronnerie des portails, des portes d'entrée et de garages et des garde-corps qui présentent une ornementation stylisée ajoute enfin au caractère décoratif de l'ensemble des façades.

Murs pierre
brique
brique silico-calcaire
ciment
enduit
moellon
pierre de taille
béton armé
Toit ardoise, tuile mécanique
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, 2 étages carrés, 3 étages carrés, 4 étages carrés, étage de comble
Couvertures terrasse
toit à longs pans brisés
toit à deux pans
croupe
Typologies lotissement réglementé
Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • AC Orléans. Série O, dossier 5866, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Projets non réalisés. Choix du projet définitif, 1913-1915.

  • AC Orléans. Série O, dossier 5867, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Conventions avec l'État, Ministère de la Guerre, pour la remise à la Ville du quartier Duportail et la cession à l'État d'un terrain pour la construction de l'état-major. Relations avec la société Colleville, Bernard et Lécluse, 1912-1950.

  • AC Orléans. Série O, dossier 5868, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Démolition de la caserne. Demande de conservation des Jacobins. Travaux de viabilité devant l'état-major. Ouverture à la circulation d'une rue allant de la rue d'Escures à la salle des fêtes, pose d'une palissade et transfert de la grille de la caserne au nouveau jardin public. Viabilité définitive. Dénominations. Locations et occupations temporaires. Expropriations. Cession des terrains, 1915-1929.

  • AC Orléans. Série O, dossier 5869, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Cession des terrains à l'État, Ministère des Postes et télégraphes, pour la construction de la Direction régionale des Postes et le centre des chèques Postaux, 1925-1930.

  • AC Orléans. Série O, dossier 5870, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Cession d'un terrain à la Caisse Départementale des Assurances sociales pour l'installation de la caisse. Cessions de terrains, 1927-1938.

  • AC Orléans. Série O, dossier 5871, cotation provisoire. Lotissement de l'Étape. Cessions de terrains, 1931-1935.

Documents figurés
  • Lotissement du quartier de l'Étape, projet Depallier n° 1, mai 1912 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Lotissement du quartier de l'Étape, projet Depallier n° 2, mai 1912 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Plan des terrains à lotir, G. Grandjean architecte, janvier 1913 (AC Orléans. Série Fi : 1 Fi 70).

  • Projet de lotissement de la caserne et du vieux grand cimetière, G. Grandjean architecte, janvier 1913 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Projet de dégagement du grand cimetière et lotissement de la caserne, Besombes-Chenesseau architecte, 25 février 1913 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Plan du lotissement, projets Grandjean et Besombes-Chenesseau, supplément au Journal du Loiret du 27 février 1913 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Projet Étape-Saint-Vincent ou de l'artère nord-est, Robichon architecte, 19 juin 1913 (AC Orléans, 1 Fi 18).

  • Projet de René Depallier, présenté le 23 juin 1914 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Projet de lotissement du quartier de l'Étape et d'aménagement du cimetière Saint-Vincent, présenté par Naudin-Bissauge [1er août 1913], présenté le 23 juin 1914 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Plan des voies nouvelles approuvé le 9 août 1915 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Affiche de vente des terrains, 1926 (AC Orléans. Série O, dossier 5868).

  • Plan du lotissement des Champs-Élysées, Levacher géomètre, 4 février 1927 (AC Orléans. Série O, dossier 5866).

  • Projet d'H.B.M., élévations des façades, 17 janvier 1928. (Archives communales, Orléans, Série O, 5867).

  • Plan du lotissement indiquant le prix des terrains en vente, s. d. (AC Orléans. Série O, dossier 5868).

  • Orléans, place du Docteur Halmgrand, les Champs-Élysées. Carte postale. Par L. Lenormand. (Archives communales, Orléans, 2Fi176).

  • Carte postale. Par L. Lenormand. (Archives communales, Orléans, 2Fi1209).

Bibliographie
  • PELLETIER, Jacques. Les Champs-Élysées d'Orléans. Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, 1985, VIe série, tome IV, n° 70.

  • VOYER, David. Les Champs-Elysées d'Orléans. Mémoire de maîtrise : Tours : Histoire de l'art : 1998.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Launay Yann - Meudec Juliette