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Lyon (Rhône) : cathédrale Saint-Jean-Baptiste, 9 verrières de Jean Mauret, Gilles Rousvoal et Jean-Dominique Fleury

Dossier IM69001841 réalisé en 2016
Dénominations verrière
Aire d'étude et canton France - Rhône
Adresse Commune : Lyon
Lieu-dit : Adresse : Place Saint-Jean

En 1944 à Lyon, l’explosion des ponts sur la Saône provoque la destruction de vitraux dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. Des platelages provisoires sont alors posés pour obturer les baies hautes des deux bras du transept. En 1980, ces fermetures n’assurant plus le clos de l’édifice (papier goudronné, châssis bois et maçonnerie), le clergé se plaint des courants d’air et demande une solution décente.

La commission d’Art Sacré de Lyon suggère en 1981 un programme de vitraux illustrant les grands saints de l’église lyonnaise (16 personnages pour 16 lancettes) et complétant ceux déjà en place dans l’abside haute. Afin de traiter ce programme, Christian Prévost-Marcilhacy, inspecteur des Monuments historiques, propose de s’adresser à l’artiste peintre Jacques Despierre, auteur des vitraux de la basilique Notre-Dame de Liesse (Aisne, 1972 à 1980). Les esquisses de cet artiste sont présentées à la commission du Vitrail en 1981 qui donne un avis favorable ainsi que Jean-Gabriel Mortamet (architecte en chef des Monuments historiques) et l’inspection des Monuments historiques (Michel Caille et François Enaud). La Direction régionale des affaires culturelles commande des maquettes à Jacques Despierre en 1983. Ces maquettes sont réalisées en 1984, mais l’opération est suspendue pour des raisons inconnues. Les maquettes de Despierre sont actuellement conservées à la Médiathèque du Patrimoine, mais en très mauvais état et incommunicables. Il n’a pas été possible d’en fournir des photographies.

En avril 1986, suite à une réunion de programmation durant laquelle le problème de ces vitraux est évoqué et un projet de création contemporaine suggéré, l’architecte en chef des Monuments historiques Didier Repellin rédige une étude relative aux baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon. Il s’agit de supprimer les fermetures provisoires non étanches qui assombrissent la cathédrale et qui obturent ces baies depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de restaurer les maçonneries des baies et de fermer les ouvertures par des verres ordinaires, en attendant d’y placer des vitraux de création. L’étude de Didier Repellin reçoit un avis favorable de M. Dufoix et de M. Caille, inspecteurs des Monuments historiques.

Dans un courrier de décembre 1986, le directeur régional des affaires culturelles de Rhône-Alpes, René Gachet, envoie au ministre de la Culture le dossier concernant les baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon. Sont jointes au dossier l’ensemble de maquettes de vitraux réalisées en 1984 par Jacques Despierre (1912-1995). René Gachet demande au ministre de recueillir l’avis de la commission supérieure sur les maquettes de Despierre. Pour sa part, il n’est pas favorable à cette réalisation et propose une mise en concurrence.

La consultation des procès-verbaux des séances de la commission supérieure de 1987, 1988 et 1989 n’ayant rien donné, il semble que le passage du dossier devant cette commission n’ait jamais eu lieu. A la fin des années 1980, le chantier de vitraux de création destiné à clôturer les baies hautes du transept est donc abandonné temporairement. Des verres blancs et des vitraux à motifs géométriques sont néanmoins posés, suivant l’étude de Didier Repellin.

En 2012, le chantier de restauration générale des intérieurs de la cathédrale de Lyon débute. La deuxième phase de ce vaste programme concerne le transept et la première travée de la nef et des bas-côtés. C’est dans ce cadre que la Direction régionale des affaires culturelles organise en janvier 2013 un concours portant sur la création de vitraux pour le remplacement des verres blancs et des vitraux à motifs géométriques des six baies hautes et d’une baie basse du transept (CSE). "L’opération consiste à sélectionner des artistes capables de proposer des projets en vue de créer, réaliser et poser des vitraux contemporains. (…) Seuls trois candidats ou groupements seront retenus. (…) Les candidats pourront se présenter seuls ou en groupements (artiste et maître-verrier)".

Jean Mauret travaille seul à l’époque, son atelier étant fermé depuis 2006. Cependant, le projet l’intéresse (il a déjà réalisé une création dans la grande sacristie de la cathédrale en 1991 et un projet de création pour la baie CSE la même année) et il suggère à deux autres verriers, Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal, de répondre ensemble au concours avec un projet commun de création. Les trois artistes verriers proposent de s’associer aux ateliers Duchemin pour la réalisation des vitraux. Cette démarche de création à trois artistes est totalement inédite.

25 candidats répondent au concours. Les trois équipes retenues en avril 2013 sont Gérard Collin-Thiébaut avec l'atelier Parrot, Didier Sancey et l’atelier Loire, et enfin Jean-Dominique Fleury, Jean Mauret et Gilles Rousvoal, associés aux ateliers Duchemin.

Le cahier des charges du concours (avril 2013) précise que l’affectataire de la cathédrale souhaite comme programme iconographique une "évocation des origines du Christianisme lyonnais et des figures des saints martyrs de Lyon. Les solutions proposées pourront être figuratives ou abstraites. Dans tous les cas, il est souhaité qu’une continuité chromatique et lumineuse avec les vitraux existants soit au cœur du projet qui sera retenu". Chaque équipe doit présenter une maquette 1/10e pour chacune des baies et un panneau échantillon (échelle 1).

En juin 2013, Jean Mauret démarre les recherches avec des premiers essais faits à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières. Il souhaite mélanger les pratiques des trois artistes verriers et éviter une juxtaposition de celles-ci. Il propose un principe de verticales et d’horizontales qui structurent les baies, avec des variantes de coloration et de composition suivant les baies. Ce principe est accepté par Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal, puis affiné par les trois artistes. Le projet prend forme peu à peu, les phases de recherches se succédant : peintures, découpages, collages, superpositions, reprises, scans... Trois panneaux d’essais sont réalisés à partir des maquettes finalisées. Le 3 juillet 2013, un mémoire est rédigé conjointement par Jean-Dominique Fleury, Jean Mauret et Gilles Rousvoal, expliquant leur démarche de création (voir le texte en annexe).

Durant l’été 2013, l’équipe Fleury/Mauret/Rousvoal associée aux ateliers Duchemin (mandataires du marché) est choisie pour réaliser les vitraux des sept baies du transept de la cathédrale de Lyon. Les travaux démarrent en mars 2014. En 2015, deux nouvelles baies sont commandées à l’équipe, les baies basses CSS et CNO du transept. Le chantier se termine en novembre 2015 par la pose des derniers vitraux. La serrurerie a été réalisée par l’atelier Thomas Vitraux de Valence. Le suivi administratif du marché, la gestion du chantier, la prise de mesures, les contacts avec le serrurier, le masticage, le sertissage et la pose ont été assurés par les ateliers Duchemin.

Le 6 février 2016 a lieu l’inauguration du chœur, du transept (avec ses nouveaux vitraux) et de la première travée de la nef restaurés. Les travaux ont été dirigés par Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques.

Période(s) Principale : 1er quart 21e siècle , daté par source
Dates 2014, daté par source
Stade de création pièce originale de vitrail
Auteur(s) Auteur : Mauret Jean,
Jean Mauret (1944 - )

Artiste verrier.


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peintre-verrier
Auteur : Rousvoal Gilles, peintre-verrier
Auteur : Fleury Jean-Dominique,
Jean-Dominique Fleury

artiste verrier


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peintre-verrier

Les trois artistes verriers Jean-Dominique Fleury, Jean Mauret et Gilles Rousvoal ont réalisé les vitraux de neuf baies du transept de la cathédrale de Lyon (baies hautes TNO1, TNO2, TNE1, TSO1, TSO2, TSE1 et baies basses CNO, CSE et CSS), totalisant environ 96 m².

Les verrières sont le fruit d’une création commune, à trois, démarche atypique dans le monde du vitrail. Se connaissant de longue date et menant chacun un cheminement créatif personnel, les trois artistes réussissent à proposer une œuvre cohérente et harmonieuse mêlant leur trois individualités pour restituer un tout enrichi de partage et de complicité : Jean-Dominique Fleury avec ses grisailles blanches ou noires posées sur des grands verres de couleurs, Gilles Rousvoal avec ses écailles dessinées à la grisaille et aux plombs, et Jean Mauret avec ses verres structurés ou plaqués gravés à l’acide et séparés de plombs de différentes largeurs.

Assez vite (juin 2013), le principe général d’articuler leur projet autour de verticales et d’horizontales structurant les baies est adopté, avec des variantes de coloration et de composition suivant les baies. Les maquettes sont conçues par découpages, collages, scans (superposition de bandes verticales et horizontales de Mauret sur des aplats de Fleury et Rousvoal).

Ils expliquent, dans une note d’intention rédigée en juillet 2013 (voir ce texte en annexe), que leur travail s’est inspiré du tressage qui leur a permis de combiner leurs écritures propres pour en former une autre, à la fois collective et créative. Le résultat n’est pas une juxtaposition des trois pratiques mais bien une nouvelle combinaison.

La réalisation est conduite de manière singulière puisque tout ou partie des œuvres circule dans les trois ateliers au fur et à mesure de l’avancement du travail. La première phase se déroule à l’atelier de Saint-Hilaire-en-Lignières où Jean Mauret, partant des maquettes agrandies à l’échelle 1 (photocopies), recherche pour chacune des baies le dessin des plombs (fusain sur calque) puis, à partir de ce premier calque, un deuxième avec la mise en plomb plus précise tracée au crayon. Ce deuxième calque est ensuite reporté sur du papier calibre (avec l’aide d’un carbone). Les pièces sont numérotées et les calibres découpés. Sur une très grande table, sont ensuite posés le deuxième calque et les calibres numérotés. Jean Mauret est alors en mesure, pour les parties qui le concernent, de choisir ses verres (verres industriels, jaune sélénium, rose à l’or, verres plaqués …), de les travailler (pose de jaune d’argent, pose d’un dépoli léger à l’aide de grisailles blanches et vertes très pâles, gravure à l’acide), de les cuire et de les découper.

Il regroupe ensuite les pièces de verre achevées en petits paquets numérotés par panneaux qui sont acheminés en caisses aux ateliers Duchemin à Paris.

Gilles Rousvoal réassemble alors les pièces du puzzle sur le calque de mise en plombs et prépare ses propres pièces. Les calibres de Jean-Dominique Fleury sont conduits à Toulouse où il peut à son tour réaliser sa peinture (les verres et les coloris ont été auparavant déterminés). Ce travail achevé, il retourne les verres finalisés à Paris où les ateliers Duchemin effectuent le sertissage des panneaux en respectant les largeurs de plombs demandées par Jean Mauret (variation de 4 à 15 mm) et en utilisant parfois la technique du copper foil (bandes de cuivre à la place des plombs).

Les vitraux sont ensuite mastiqués, puis conduits à Lyon pour la pose, effectuée par les ateliers Duchemin.

Catégories vitrail
Structures baie libre lancette, 3 lancette, 2
Précision dimensions

h=440 la=440 (TNE1). h=510 la=410 (TNO2). h=510 la=280 (TNO1). h=500 la=560 (TSE1). h=490 la=420 (TSO2). h=550 la=280 (TSO1). h=700 la=110 (CNO). h=550 la=160 (CSS). Dimensions approximatives.

Inscriptions & marques date, sur l'oeuvre
inscription concernant l'auteur, sur l'oeuvre
Précision inscriptions

Inscriptions : JM 2014 (baies TNO1, TNE1) et JM 2015 (baie TSE1). Pas de signature visible pour Jean-Dominique Fleury et Gilles Rousvoal.

États conservations bon état

La cathédrale de Lyon est classée au titre des Monuments Historiques depuis 1862.

Statut de la propriété propriété de l'Etat
Protections protection MH

Annexes

  • Note d'intention rédigée par Jean-Dominique Fleury, Jean Mauret et Gilles Rousvoal, 3 juillet 2013

    "Comme le rappelle le cahier des charges, l'éclairement de la cathédrale a été profondément réfléchi, et notre première tâche est d'en restituer l'harmonie, de faire en sorte que la puissance spirituelle de la lumière, que toute l'architecture de l'édifice porte, soit pleinement révélée.

    Notre complicité n'est pas nouvelle et depuis la première biennale du vitrail de 1986 nos chemins se sont souvent croisés, nos collaborations développées.

    La démarche de chacun est évidemment singulière et repose sur des itinéraires artistiques et humains différents, en faire une description succincte dans ce contexte est forcément réducteur, mais on peut rapidement rappeler que Jean-Dominique Fleury s'appuie sur un travail de peinture à la grisaille, obscurcir le verre pour aiguiser la lumière : Jean Mauret travaille plus directement la matière verre, verres structurés, verres plaqués gravés à l'acide, rythmés par les plombs aux sections variées ; Gilles Rousvoal développe une écriture simple et primitive, de plombure ou de grisaille, propre à irriguer la lumière.

    Notre candidature commune relève d'un souhait profond de partage et c'est pourquoi nous avons voulu réunir nos écritures sur l'ensemble des verrières. S'il y a trois auteurs, il n'y a qu'une parole. Partager est aussi une manière d'augmenter, d'enrichir. Ce n'est pas un travail fait en collaboration mais en communion d'esprit.

    Si certains d'entre nous ont inscrit la figuration dans leur travail, nous avons choisi ici de nous en tenir à une manière purement formelle afin que la lumière s'exprime pleinement et s'ouvre à la spiritualité. Aujourd'hui les images lumineuses sont partout autour de nous, même dans notre poche les écrans s'insinuent. La cathédrale invoque la lumière du jour, la lumière solaire, et l'objet du vitrail est de la rendre lisible quand le nôtre est de tenter d'en renouveler l'émerveillement. Ainsi, nous ne figurons pas, nous illustrons au sens d'éclairer.

    L'artiste donne à voir et provoque un questionnement qui doit aller au-delà de la réflexion intellectuelle pour se porter au niveau spirituel, car l'art doit proposer une voie qui mène directement à l'esprit humain, à son moi véritable.

    Formellement, notre travail s'est appuyé sur le tressage, le tissage. "Le texte est un tissu de sens enchevêtrés, mais aussi tout ce qui apparaît comme tissé, peut se lire comme un texte", Roland Barthes. Nous avons choisi d'imbriquer nos écritures, de tisser les vitraux, chacun à son tour représente la chaîne ou la trame. Ce travail d'imbrication des écritures nous l'avons mené, dans un premier temps, à la manière d'un "cadavre exquis", chacun ignorant les projets de l'autre, libre dans son expression et curieux des métamorphoses que provoqueront plus tard les rencontres. Bien sûr, en amont, nous avons décidé d'un certain nombre de principes relevant du contexte architectural spécifique à chaque baie.

    Les verrières hautes des transepts donnent à voir, par la qualité de leur lumière, avant d'être regardées. La hauteur et l'étroitesse relative des bras de transept donnent une vision très en raccourci des baies, excepté pour TNO2 et TSO2.

    Les baies TNE1 et TSE1 d'une part, et TNO1 et TSO1 d'autre part doivent participer au rétablissement d'un contre-jour satisfaisant pour les rosaces et relier celles-ci aux baies des prophètes. Les verticales, à dominante blanche (ne signifiant pas nécessairement claires), qui rythment nos maquettes font écho, de manière organique, aux bordures des verrières existantes, et les horizontales forment un chaînage. Décrire plus avant notre projet conduirait à la redondance, car ce sont, évidemment, les maquettes et les panneaux d'essai qui tentent de faire réponse à la question.

    On ne saurait échapper à nous-mêmes et notre territoire est bien la "matière-lumière". Le verre est notre médium et la lumière du jour son révélateur. Ce que l'on appelle la maquette est un terrain d'exploration, un repère spatial et dimensionnel, mais ne saurait être, pour nous, l'image du vitrail achevé. C'est dans le faire que l’œuvre prend vie.

    Ainsi nous avons élaboré les panneaux d'essai suivant le même protocole que celui qui a présidé à la conception des maquettes. Nous avons repris avec le verre l'exercice que nous avions mené à l'aide du papier. Coloration, texture, traitement à la grisaille ou au sel d'argent, gravure à l'acide, coupe et montage, tout cela se réaliser au-delà du modèle. Nous faisons confiance à la matière, c'est un acte de foi et nous avons l'espérance d'une lumière chaleureuse et apaisée".

    Jean-Dominique Fleury

    Jean Mauret

    Gilles Rousvoal

  • Extraits de "Luxumbra", échanges épistolaires entre Jean Mauret et Jöel Frémiot, janvier 2014 à mars 2015.

    - 4 avril 2014 : "Je démarre enfin la réalisation des vitraux pour la cathédrale Saint-Jean de Lyon. J’ai récupéré tous les éléments de mesures, emplacement des ferrures, maquettes originales et aussi les trois panneaux d’essais réalisés pour le concours. Je les ai sous les yeux et redécouvre ce que nous y avions inscrit à ce moment-là.

    Les cartons grandeur prennent forme avec le dessin au fusain qui va me permettre de préciser l’emplacement des plombs et leur rythme dans les baies. Je prévois déjà les plombs larges qui accompagneront la composition ainsi que leurs rapports jusqu’aux plus étroits qui sépareront les couleurs des "blancs" tout en disparaissant visuellement, de par la hauteur des fenêtres.

    Je dois éviter la trop grande rigidité des bandes verticales et horizontales et, pour cela, créer des passages avec les interventions de peinture de Fleury et Rousvoal. Le contraste des plombs est un des éléments importants de la structuration de la composition générale.

    Je travaille le dessin sans changer l’essentiel : accentuer un décalage par ici, redresser une oblique trop importante ailleurs, conserver des imprévus heureux de la maquette en leur donnant une place définie dans l’ensemble, transmuer la légèreté de l’aquarelle sur le papier en un élément d’architecture monumentale qui devra jouer un rôle d’éclairement et de modification d’un espace clos…

    (...) Les colonnes verticales et les bandes horizontales marquent la composition générale des baies, dominante de blancs variés, transparents et opaques, dépolis légers par cuisson, verres structurés et unis. C’est la lumière qui vient découper les grandes plages de couleur peintes. Lumière blanche traversée, barrée, percée par des couleurs plutôt vives et acérées, bleus profonds et clairs, jaunes sélénium et jaune d’argent, vers, rouges, noirs…

    Je dois penser à l’intervention de chacun qui doit trouver sa place et participer à la mise en valeur de l’autre.

    Quand j’ai démarré ce projet, je n’étais pas conscient (heureusement) de l’impossibilité d’une telle aventure ! En effet, comment faire travailler trois artistes sur un même vitrail ? Il existe quelques cas d’interventions multiples dans des églises ; je pense notamment à la cathédrale de Nevers ou à celle de Saint-Dyé. Mais il s’agissait dans chacun de ces cas de faire cohabiter dans un même lieu des vitraux d’artistes différents, responsables à titre individuel de leur propre travail, avec dans le meilleur des cas une sorte d’arbitrage pour donner une impression d’unité.

    (...) Mon idée a été comme un défi dont je n’avais aucune idée du résultat. Nous pensions d’ailleurs ne jamais être retenus, ce qui a peut-être permis d’avancer sur ce projet "impossible" sans a priori. Mes premiers essais tendaient à mélanger nos trois praxis et cela ne me satisfaisait pas, car il manquait un sens au projet.

    L’idée de bien séparer les genres à partir d’une structure solide a permis que chacun trouve sa place à côté des autres dans une expression totalement personnelle et en même temps au service de l’ensemble.

    Bien marquer les personnalités en même temps que permettre des liaisons indispensables pour éviter une juxtaposition trop simpliste. Rousvoal devra d’ailleurs intervenir en dernier. Il aura ainsi la possibilité de déborder par son dessin "d’écailles" sur les places de couleur de Fleury, mais aussi sur certaines zones blanches des colonnes.

    Ce projet "impossible" peut exister, doit prendre forme et devenir un révélateur d’une certaine idée du vitrail pour le passant qui y trouvera une épiphanie : mais aussi pour nous trois, et sans doute de manière très différente…

    Je suis déjà dans le choix des verres et le début de la coupe. Je présente à la lumière les verres accumulés dans les casiers et nourris mes yeux de juxtapositions et superpositions colorées qui me rappellent mon émerveillement d’enfant, quand je fouillais dans les chutes de verre de l’atelier paternel".

    - 1er juillet 2014 : "Je suis passé à l’atelier "verre" et la coupe d’une quatrième lancette pour la cathédrale de Lyon est achevée. Je vais m’atteler maintenant à la cinquième, qui est un peu plus grande et tient tout juste sur ma table (5,50 m x 1,50 m). J’ai sous les yeux le carton grandeur accroché à un système de présentation "fabrication maison" qui permet de visualiser l’ensemble verticalement. (…)

    A nouveau devant une table vierge sur laquelle est posé le calque de mise en plomb, je découpe les calibres en les positionnant à leurs places respectives. L’opération est invariablement la même pour chaque baie ; la coloration est indiquée par des annotations diverses et des petits carrés de papiers colorés parsemés sur les gabarits qui anticipent sur mes choix futurs…

    Les verres sont posés par tas et par affinités dans les espaces laissés vides, zones d’intervention futures pour Fleury et Rousvoal.

    Très rapidement les morceaux s’empilent et la table déborde bientôt ; je flotte littéralement au-dessus de ce gisement d’où je vais extirper ce qui m’attirera au grès de mes déambulations et de mes inclinaisons.

    Le processus est bien rodé et très structuré afin de tenir le cap dans la durée. En contrepoint et parallèlement à cette rigueur nécessaire, une envie irrésistible de m’égarer pour permettre les confrontations improbables de couleurs et les choix spontanés."

    - 15 août 2014 : "Je reprends après quelques jours de coupe pour les vitraux de Lyon"

    - 6 septembre 2014 : "Je suis arrivé à mi-parcours de la réalisation des vitraux de Lyon pour ce qui concerne mon intervention. Fleury et Rousvoal interviennent la semaine prochaine sur la première baie dans les Ateliers Duchemin. Je les retrouve mardi à Paris pour voir le résultat. Tout cela est un peu laborieux !

    Me voilà donc dégagé provisoirement de ce travail, et cela pour plus d’un mois, car nous n’avons pas encore les cotes précises des trois autres baies et je ne peux plus travailler pour le moment."

    - 23 septembre 2014 : "Les trois prochains mois vont être chargés à l’atelier. Les vitraux de Lyon d’abord : la plus importante part pour la durée mais pas celle qui me préoccupe le plus. Je sais où je vais dans le projet commun achevé à cinquante pour cent pour ce qui me concerne. Déjà un peu du passé et, de toute façon, peu de possibilités de modifier l’essentiel du projet. Encore de nombreuses heures à tourner autour de ma table noyée sous les morceaux de verres dont la quantité augmente au fur et à mesure que le travail avance. Toujours le besoin impérieux d’aller rechercher dans un casier le fragment qui m’interpelle et vient s’ajouter à ceux déjà sortis de leurs compartiments.

    Mon diamant et mes pinces m’accompagnent dans ce va-et-vient qui me permet de me rincer l’œil des couleurs que je déplace et étalonne sur le ciel. J’ai hâte maintenant de voir ces vitraux dans la cathédrale. Moment de vérité pour ce travail construit en atelier comme un puzzle dont on effacerait l’image de la pièce dès qu’elle est posée à sa place sur la table qui n’en renvoie pas la lumière…"

    - 14 octobre 2014 : "La première baie de Lyon est enfin terminée dans les Ateliers Duchemin et je vais demain à Paris voir le résultat de notre mayonnaise à trois. (...) Je dois vérifier l’emploi des largeurs différentes des plombs car ce choix auquel je tiens est primordial dans notre projet. J’ai commencé la deuxième partie du chantier (le transept sud) et j’espère obtenir les derniers éléments pour poursuivre et terminer ma part pour la fin de l’année."

    - 1er janvier 2015 : "J’ai enfin reçu les dimensions de la dernière baie de Lyon et je me suis remis au travail pour la dernière ligne droite de réalisation de ces vitraux. Ça avance bien."

    - 13 janvier 2015 : "La dernière lancette de la dernière baie (transept sud-est) pour la cathédrale de Lyon est sur la table de l’atelier. J’arrive au bout de ce travail que j’ai hâte de terminer. Mais ces dernières pièces à découper et à graver me prennent plus de temps, comme si tout cela allait bientôt me manquer. Je profite des derniers moments au milieu de tous ces verres qui m’auront servi de réserve pour y puiser… Je sais pourtant que mes tables seront rapidement recouvertes par d’autres verres, pour d’autres vitraux encore en devenir.

    Cette astreinte dans mon atelier a été finalement fertile en nouvelles expériences qui sont venues enrichir mes acquis.

    La lumière est insaisissable et nous joue souvent des tours ; chercher à la diriger veut dire aussi lui faire confiance et se laisser guider. Chaque baie aura été abordée de manière différente ; j’aurai levé les bras des milliers de fois pour observer les rapports entre les pièces juxtaposées, rapports qui varient suivant leur situation dans l’espace ; aussi une manière de me rassurer dans mes choix : un peu plus vert, un peu plus jaune ou bleu, opalescent… anticiper sur les options colorées de Fleury et Rousvoal qui interviendront à la suite. Ne pas s’éloigner de l’idée générale des bandes claires orthogonales tout en variant les teintes pour éviter une uniformisation de ces blancs qui seront exaltés par la couleur et complémentaires du travail de peinture associé ".

  • Jean Mauret travaillant dans son atelier en 2014 (1 minute)

    Réalisation des vitraux des baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon (Jean Mauret, Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal).

    Jean Mauret dans son atelier le 6 avril 2014 : choix et coupe des verres (avec un diamant) à partir de calibres de papier. Sans commentaire vocal.

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  • Jean Mauret travaillant dans son atelier en 2014 (2 minutes)

    Réalisation des vitraux des baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon (Jean Mauret, Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal).

    Jean Mauret dans son atelier le 6 avril 2014 : copie au fusain sur calque du carton ech. 1. Ce calque servira à la réalisation des calibres. Indication des couleurs des verres. Sans commentaire vocal.

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  • Jean Mauret travaillant dans son atelier en 2014 (5 minutes)

    Réalisation des vitraux des baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon (Jean Mauret, Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal).

    Jean Mauret dans son atelier le 8 octobre 2014 : copie au fusain sur calque du carton ech. 1. Ce calque servira à la réalisation des calibres. Sans commentaire vocal.

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  • Jean Mauret travaillant dans son atelier en 2014 (10 minutes)

    Réalisation des vitraux des baies hautes du transept de la cathédrale de Lyon (Jean Mauret, Jean-Dominique Fleury, Gilles Rousvoal).

    Jean Mauret dans son atelier le 13 octobre 2014 : choix et coupe des verres (avec un diamant) à partir de calibres de papier. Utilisation d’une pince à gruger et d’une pierre à meuler (pour atténuer le coupant des verres). Sans commentaire vocal.

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Références documentaires

Documents d'archives
  • Atelier de Jean Mauret, Saint-Hilaire-en-Lignières. Archives.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine ; ETU 536. Vitraux de la cathédrale de Lyon. 1985-1986.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine ; 81/69/11. Vitraux de la cathédrale de Lyon. 1987.

Bibliographie
  • Cathédrale Saint-Jean de Lyon (Rhône). in : DAVID, Véronique et DE FINANCE, Laurence (dir.). Chagall, Soulages, Benzaken ... le vitrail contemporain. Catalogue de l'exposition présentée à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris du 20 mai au 21 septembre 2015, 2015.

    p. 210-212
Périodiques
  • ZENNARO, Franck. A Lyon trois artistes pour la cathédrale. Connaissance des Arts, Septembre 2014, hors série n° 634, p. 67.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Mauret-Cribellier Valérie