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Maison (52 place Michel Debré)

Dossier IA37005646 inclus dans Amboise : place Michel Debré réalisé en 2006

Fiche

Dénominations maison
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : 52 place Michel-Debré

Les données historiques sur cette maison sont plus fournies que pour la plupart des maisons amboisiennes. Au XVIIIe siècle, deux visites d'état des lieux réalisées par un notaire livrent la description des espaces. Au XIXe siècle, la maison fut épargnée par les plans d'alignement des rues. Les deux procès-verbaux décrivent la maison ainsi : une pièce au rez-de-chaussée, deux à l'étage avec un couloir passant le long du mur gouttereau nord-ouest et reliant par une galerie la première maison donnant sur la rue à la seconde située en arrière-cour. Par ailleurs, la galerie est encore lisible sur le plan cadastral dit napoléonien. Dans la cour, prenaient place un puits, des latrines et une petite vis descendant à la cave. Bien que la distribution du XVIIIe siècle soit empreinte de tradition médiévale, aucun élément ne permet d'affirmer qu'elle correspond exactement à la distribution primitive. Les analyses dendrochronologiques réalisées sur les bois de charpente de chaque maison ont révélé des dates d'abattage des bois de 1504 pour la maison en arrière-cour et 1543 pour la maison donnant sur la rue. L'organisation de la parcelle de part et d'autre d'une toute petite cour, sur une parcelle très étroite et longue avec une galerie permettant de joindre les deux maisons est tout à fait caractéristique de ce que l'on trouve dans les villes médiévales, dont l'architecture a été bien étudiée (Bourges, Orléans, Angers...). Elle constitue l'un des deux exemples de ce type de distribution à Amboise mais les transformations de la ville ne permettent pas d'évaluer s'il en existait d'autres ou non. La façade, les charpentes et le plan ont fait l'objet de relevés.

Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : limite 15e siècle 16e siècle
Principale : 16e siècle
Dates 1504, datation par dendrochronologie
1543, datation par dendrochronologie

La demeure est composée d'une première maison installée à rive sur rue (4,30 m de large sur 10,30 m de long pour 13 m de haut), d'une cour (2,90 m sur 4 m), et d'une seconde maison placée en fond de cour (de plan irrégulier : 3,90 m de large x 4,80 m de long x 3,40 m de large x 5 m de long). À l'intérieur, nous décrirons les espaces par niveau, de manière à mettre en évidence les problèmes de distribution. La façade sur rue, orientée au nord-est s'élève sur deux niveaux plus un niveau de comble à surcroît très vaste. Elle est l'une des façades de la ville les plus étroites, avec seulement 4,50 m de large. La maison est construite en partie en pan-de-bois à grille mais la base des murs pignons, qui sont mitoyens des autres maisons, est montée en pierre de taille de tuffeau. Le pan-de-bois emploie des bois de quartiers pour les colombes et des bois de brin pour les poteaux et les sablières. Ces choix se lisent dans la largeur moyenne des bois (12,8 cm), qui est à peu près équivalente à celle de la ville (12,70 cm). Le premier étage surplombe légèrement le rez-de-chaussée par un encorbellement conforme à celui retrouvé sur la plupart des maisons amboisiennes, à savoir une sablière de chambrée qui avance d'une vingtaine de centimètres sur une sablière de plancher. Elles étaient à l'origine moulurées discrètement de deux cavets peu profonds séparés par une baguette. Les poteaux corniers se présentent comme de petites colonnettes de section circulaire, dont les chapiteaux se réduisent à deux bagues superposées. Au premier étage, deux aisseliers ont été installés entre le poteau cornier et la sablière. Le niveau du comble à surcroît est constitué de potelets encadrés aux extrémités de deux décharges prises entre la sablière de plancher du niveau 3 et celles longeant les murs gouttereaux. Le hourdis visible par endroits à l'intérieur est constitué de moellons de tuffeau et de morceaux de brique liés au sable et à la chaux. À l'extérieur, il est recouvert d'un enduit moderne. La maison a été transformée à de nombreuses reprises et il nous est difficile de savoir si les baies présentent leurs dimensions d'origine. Au rez-de-chaussée, une large baie vitrée éclaire aujourd'hui la pièce. À l'étage, une baie (1,26 m x 1,83 m) placée au centre de la façade apporte de la lumière à la pièce donnant sur la rue. Ses dimensions sont importantes et il est possible que l'allège ait été abaissée, mais rien ne le prouve pour autant formellement. Une lucarne est actuellement visible au niveau du comble. Cette lucarne est vraisemblablement contemporaine des modifications d'époque moderne que la maison a subies. Il est toutefois probable qu'il y ait eu dès l'origine une lucarne. La cour se limite à 12 m², et donne accès à une cave desservie par un petit escalier en vis en pierre de tuffeau. Conformément aux procès-verbaux du XVIIIe siècle, des vestiges de latrines qui descendaient sous le sol de la cave ainsi qu'un puits restent encore en place.

La cave est voûtée d'un berceau présentant deux états successifs. Il semble que dans un premier temps la cave - cave qui aujourd'hui couvre la totalité de la superficie de la première maison, de la cour et de la seconde maison - se soit limitée à l'emprise de la première maison donnant sur la place Michel Debré. La voûte présente en effet une rupture à l'aplomb du mur arrière de la première maison. Cette rupture est renforcée par un arc doubleau. Par ailleurs, un ancien escalier en vis a été retrouvé dans la partie primitive de la cave ; il débouchait derrière l'actuelle porte d'entrée de la boutique. Pour une raison inconnue l'accès à la cave a été déplacé dans la cour. La façade de la seconde maison - située dans l'arrière-cour - tout comme la façade de la première maison donnant de ce côté, ont perdu toute authenticité. Le rez-de-chaussée de la seconde maison dispose d'une porte de communication avec la cour. Derrière un épais crépi on peut distinguer l'emplacement de la porte qui reliait la maison à la galerie. Aujourd'hui, au niveau du comble, une simple ouverture dont on ne peut évaluer l'authenticité éclaire l'espace. Dans la première maison - côté rue -, la pièce du rez-de-chaussée communique directement avec la cour. Elle est bordée de deux murs en pierre de taille sur lesquels apparaissent plusieurs graffiti tels que des hermines stylisées, ou encore des compas, des gabarres... Sur les murs reposent de longues sablières dans lesquelles s'encastrent les solives. Ainsi la pièce est couverte d'un plafond de solives placées parallèlement à la rue. On explique ce choix par des raisons éminemment économiques ; alors que la plupart des maisons ont tout intérêt à disposer leurs solives perpendiculairement à la rue pour employer des bois moins longs, ici la largeur très réduite de la parcelle permet de positionner les bois parallèlement à la rue et de faire l'économie d'une poutre médiane. La porte qui ouvre actuellement sur la cour est une création récente. Cette dernière est encore lisible dans le mur côté cour, par un linteau chanfreiné qui se trouve contre le mur pignon nord-ouest. Cette porte ouvrait ainsi au-dessus de la cave. Deux hypothèses se présentent donc à nous : soit, la porte du nord correspond à l'état de la maison durant lequel l'accès à la cave se faisait par la vis placée juste derrière la porte côté rue ; soit, la porte nord existait en effet en même temps que la vis qui descend actuellement à la cave. Dans ce cas l'ouverture de la cave devait être couverte d'une trappe dont il ne reste aucune trace. La cour est aujourd'hui bétonnée et il ne demeure que la petite vis de la cave. Celle-ci est particulièrement étroite (environ 65 cm de rayon), mais les contremarches à cavet permettent de poser le pied même à côté du noyau. La petite maison de plan carré - en arrière-cour - abrite une unique pièce à chaque niveau. On pouvait encore y voir il y a quelques temps l'emplacement d'une cheminée et d'une pierre d'évier. La pièce devait sans doute abriter une cuisine ; le puits se trouvait juste à côté dans la cour. L'accès au premier étage de la grande maison se fait par un escalier droit post-médiéval. On voudrait trouver les traces d'une petite vis, mais ces recherches s'avèrent sans succès, car il y a lieu de croire que l'escalier de la galerie ait été le seul degré de la maison. Le premier étage est entièrement enduit, peint et plaqué ; très peu d'éléments de la structure en bois sont encore visibles. Mêmes les solives n'apparaissent pas. Aujourd'hui, l'escalier droit, qui coupe la maison en deux, donne accès à un couloir qui relie la pièce du côté de la place Michel Debré à celle du côté de la cour. Il semble bien que cette distribution soit conforme à celle que décrivent les procès-verbaux du XVIIIe siècle. La pièce arrière est éclairée par une large baie très remaniée. Dans cette pièce, une porte devait donner sur la galerie qui traversait la cour en longeant son mur nord-ouest. Cette galerie avait des dispositions particulières du fait de la différence de niveau de la première et de la seconde maison. Ainsi après 2,50 m de galerie, il devait y avoir quelques marches qui descendaient vers une porte donnant à mi-hauteur de la seconde maison. La porte de la deuxième maison ouvrait donc sur une vis présentant un palier qui permettait ou de finir de descendre au rez-de-chaussée de la petite maison ou bien de finir de monter au comble de celle-ci. On trouve encore le noyau de cet escalier, assez modifié, au rez-de-chaussée. Les deux dates révélées par analyses dendrochronologiques ne permettent de dater formellement ni le type de charpente adoptée ni la distribution. À l'évidence ces bois cohérents au sein de leurs structures, mais qui recouvrent des structures de pierre plus anciennes, ont été mis en oeuvre lors de restaurations. On constate donc qu'au XVIe siècle, lors de la réhabilitation de la maison, la distribution typiquement médiévale fut conservée.

Murs brique
moellon
pan de bois
Toit tuile plate
Étages 1 vaisseau, sous-sol, rez-de-chaussée, 1 étage carré, comble à surcroît
Couvertures toit à deux pans
Escaliers escalier intérieur : escalier en vis
Représentations compas ornement figuré
Précision représentations

Hermines stylisées ; gabarres.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Précisions sur les charpentes du 52 place Michel Debré à Amboise

    Le comble de la petite maison arrière est intéressant. Le niveau du sol se trouve 1 m sous le niveau des sablières longeant les murs pignons. Comme la première maison celle-ci est installée à rive sur cour. L'essence des bois employés est le chêne et la pente du toit atteint 56 degrés. Même parmi les bois les plus épais - les poteaux corniers par exemple - on trouve peu de bois de brin ; certains sont des demi-grumes, d'autres des quartiers. La qualité générale est assez médiocre, le bois présentant beaucoup de noeuds et de flaches. L'ensemble des assemblages se fait à tenon-mortaise.

    Cette charpente à fermes et à pannes a été consolidée plusieurs fois mais les dispositions d'origine sont encore lisibles. On avait donc sur chaque ferme, prise dans le mur pignon, un poinçon reliant le faîte à l'entrait. Un faux-entrait venait de part et d'autre du poinçon le lier aux arbalétriers. Longitudinalement, le faîtage était soutenu par de petits aisseliers placés entre ce dernier et les poinçons. Des pannes posées sur l'arête et encastrées dans les faux-entraits soutenaient les chevrons. Des tuiles plates couvraient le tout. Les analyses dendrochronologiques datent les structures primitives de 1504 environ.

    Le comble de la première maison donnant sur la rue présente quant à lui un volume important. Les bois sont de mauvaise qualité et la pente du toit de 48 degrés. La numérotation des bois est incohérente. Ont donc été prélevés pour l'analyse dendrochronologique des bois des sablières et des potelets du surcroît plutôt que ceux de la charpente, ce qui ne nous permet pas de valider formellement ce type de charpente pour la fin du Moyen Âge.

    La charpente actuelle est à fermes et à pannes. Les caractéristiques générales des bois et des assemblages sont identiques à celles de l'autre maison. Les deux fermes sont prises dans les murs pignon de la maison. La structure se décrit comme suit : les fermes montrent un poinçon reliant le faîtage à l'entrait et un faux-entrait s'assemble aux deux tiers de la hauteur du poinçon. Faîtage et sous-faîtage prennent appui sur les poinçons et sont reliés entre eux par de simples décharges. Enfin, des pannes reposent sur des échantignolles chevillées aux arbalétriers.

    La charpente repose sur un niveau de potelets en connexion avec une sablière longeant le mur pignon. Cette sablière est, au nord-ouest comme au sud-est, constituée de deux sections de bois liées entre elles par une enture en trait de Jupiter. La jointure se fait au niveau d'un poteau dont la section est plus importante que celle des potelets. Les assemblages s'étant écartés, il est possible de voir que le poteau présentait un assemblage à tenon plat sur lequel devait se fixer une entretoise qui traversait le comble à environ 70 cm au dessus du niveau du sol. L'entretoise a disparu mais la sablière devait reposer à l'origine sur l'assemblage poteau-entretoise.

    Le mur pignon sud-est présente un poteau identique au premier sur lequel l'entretoise reposait également. Les prélèvements dendrochronologiques, réalisés sur l'entrait et la sablière du pignon nord-ouest, ont révélé une date d'abattage des bois autour de 1543. Il semble que l'entretoise, qui avait pour fonction de contreventer la structure, mais qui devait aussi gêner considérablement le passage, ait disparu au moment où l'on a refait la charpente.

    Aujourd'hui la pièce est éclairée par une lucarne assez étroite, dont la structure est liée à la charpente et qui par conséquent ne peut être d'origine. Le conduit de cheminée actuel est postérieur à la nouvelle couverture, en atteste un étais en « X » installé sous la panne sectionnée du mur gouttereau sud-est. Enfin, le couvrement est postérieur au pignon de la maison du 54 place Michel Debré. Dans un souci d'économie, le hourdis du pignon sud-est n'a pas été mis en place dans sa totalité.

Références documentaires

Bibliographie
  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355).

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie