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Maison (54 place Michel-Debré)

Dossier IA37005625 inclus dans Amboise : place Michel Debré réalisé en 2006

Fiche

Dénominations maison
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : 54 place Michel-Debré

Une part de l'histoire de la maison peut être reconstituée grâce aux photographies anciennes et à la lecture du bâti. Ainsi, sait-on que ce fut une boutique jusqu'à ce que son propriétaire actuel l'habite il y a quelques dizaines d'années. L'échoppe se trouvait au rez-de-chaussée et le logement au premier étage. Les solives de plancher du rez-de-chaussée, qui sont liées à la façade, ont été prélevées pour une datation par dendrochronologie qui a révélé une date d'abattage des bois autour de 1512. La façade a fait l'objet d'un relevé photogrammétrique.

Période(s) Principale : 16e siècle
Dates 1512, datation par dendrochronologie

La façade en pan de bois et hourdis de briques du 54 place Michel Debré est non seulement l'une des plus large (9,20 m pour 12,40 m de haut, toiture comprise) et des plus richement ornées d'Amboise, mais encore l'une des mieux conservées. Par ailleurs, sa distribution intérieure a été en partie préservée. Construite sur trois niveaux, sans compter un niveau de cave n'occupant que l'angle nord-ouest de la parcelle, la maison présente sa rive nord-est sur la rue, face au château. Le premier étage est en léger surplomb sur le rez-de-chaussée. L'encorbellement adopte la technique employée habituellement à Amboise, à savoir, une sablière de plancher et une sablière de chambrée superposées qui reposent sur un poteau central élargi et sur deux poteaux corniers également élargis. Les murs pignons sont aussi bâtis en pan-de-bois, leurs sablières prenant appui sur les poteaux corniers, sans encorbellement. Au rez-de-chaussée, la disposition d'origine est mal connue. Plusieurs vestiges de colombages, de croisées ou de baies sont visibles mais il est très difficile de valider ou d'invalider la contemporanéité des éléments. Aujourd'hui, la façade du rez-de-chaussée demeure très évidée ; à une époque inconnue deux larges devantures de boutique ont été ménagées de part et d'autre de la porte d'entrée. On voit encore dans les encadrements des baies les traces des mortaises des sablières d'appui des baies qui se trouvaient 20 cm plus haut. À l'époque moderne, la moitié gauche de la façade a été équipée d'une porte charretière donnant ainsi accès à la cour arrière. Dans son état primitif, la sablière de plancher, qui a conservé les mortaises d'anciennes colombes et d'un ancien meneau, devait présenter une simple devanture de boutique. Dans la partie droite de la façade, cette même sablière présente à son extrémité droite le chanfrein d'un quart de croisée. Le poteau central de la façade est également chanfreiné sur une longueur correspondant au montant d'une croisée ou d'une devanture de boutique. Ces observations impliquent une façade moins ajourée, avec sans doute des devantures plus petites et un quart de croisée à droite. Légèrement décentrée sur la façade, la porte d'entrée est encadrée par deux épais poteaux qui reprennent le motif géométrique des poteaux corniers. À droite le piédroit est parfaitement intégré à la structure, la moulure des sablières y retombe sans discontinuer. À gauche, le piédroit semble avoir été ajouté postérieurement. Le motif du pilastre pentagonal est identique à ceux des autres poteaux mais la moulure n'a pas été reproduite en haut. Le bois employé est d'ailleurs particulièrement noueux, contrairement aux autres bois qui sont rectilignes et de bonne qualité. Deux hypothèses peuvent expliquer cette anomalie ; la première suppose que le poteau a été changé parce qu'il était endommagé, mais la moulure de la sablière ne présente pas de retombée à gauche ; la seconde hypothèse, la plus probante semble-t-il, considère que le poteau a été ajouté. Mais ce repentir n'est pas nécessairement tardif ; il s'agit sans doute d'un oubli, ou d'un changement d'intention en cours de construction. Le premier étage présente un décor à panneaux de croix de Saint-André disposés en deux registres entre des poteaux verticaux. Les guettes des croix de Saint-André sont assemblées à mi-bois à la tournisse. Les poteaux sont sculptés de pilastres de section carrée au relief important (12 cm en moyenne). Symétriquement s'ouvrent deux baies (1,16 m x 1,70 m et 1,11 m x 1,60 m) ayant perdu meneau et traverse. Le niveau de plancher du comble, donné par les solives qui apparaissent en façade prises entre deux sablières, indique un comble à surcroît. On note qu'à ce niveau les solives sont perpendiculaires à la rue. Enfin, le dernier niveau est constitué de potelets, deux d'entre eux, espacés de 3 m l'un de l'autre, sont sculptés des mêmes pilastres qu'au niveau inférieur. Il semble donc que la lucarne actuelle soit venue remplacer une lucarne monumentale qui devait simuler un pignon. On peut imaginer cette lucarne disparue à l'image de celle photographiée par l'abbé Bosseboeuf au 42 rue de la Concorde. Cette façade est en effet à rapprocher de celle du 42 rue de la Concorde tant pour ses pilastres de section carrée sculptés dans les pièces verticales, que pour ses croix de Saint-André animant les panneaux. La longueur moyenne des bois (3,4 m) est inférieure à celle relevée dans la ville (5,6 m) du fait de l'emploi des croix de Saint-André. On remarque aussi que les bois de quartiers des croix de Saint-André sont moins épais (10,6 cm en moyenne) que les bois de brin des poteaux et des sablières (13,9 cm en moyenne). En revanche on constate que le volume de bois nécessaire à la construction d'une maison à croix de Saint-André est plus important que celui qu'aurait demandé un simple pan-de-bois à grille. Récemment, pour accroître la surface habitable de la maison, le mur gouttereau arrière d'origine a été transformé en cloison et un autre mur gouttereau a été édifié environ 2 m en arrière. L'escalier à vis prend place côté cour, dans une tourelle hors-oeuvre plaquée sur l'ancien mur gouttereau. Dans son état primitif, il desservait la maison de la cave au comble. Le noyau de l'escalier propose un profil tors. De 8 m de haut, il est constitué de deux grumes. Une corde posée dans la cavité supérieure de la main-courante est restée en place. Sa patine prouve son ancienneté sans pour autant proposer de datation. Aujourd'hui la couverture de la vis est à hauteur des coyaux aboutés pour l'agrandissement de la maison, mais à l'origine, sa toiture se détachait nettement de celle du logis. La maison est divisée par un mur de refend situé à l'aplomb du poteau décentré. Au rez-de-chaussée, la moitié gauche de la maison abrite à présent un porche qui donne accès à l'arrière-cour. La moitié droite se divise en deux pièces, dans la profondeur de la maison : une grande pièce et une plus petite se trouvant à côté de l'escalier, sous l'appentis ajouté. Les solives de plancher de la partie de la maison d'origine sont positionnées perpendiculairement à la rue. Au rez-de-chaussée comme au premier étage, ces solives monoxyles reposent de chaque côté sur les sablières de plancher du pan-de-bois. À l'étage, la maison est toujours distribuée de la même manière avec deux grandes pièces de part et d'autre du mur de refend et deux pièces plus réduites créées récemment. Sur le pignon nord-ouest, se tient une cheminée engagée à tablette de facture récente. Enfin, le comble est couvert d'une charpente à fermes et à pannes. L'ensemble des bois de la maison sont des bois de brin et de quartiers issus de chênes. Les bois de brin sont employés pour les pièces d'une section supérieure à 14 cm, à savoir : les solives de plancher, les sablières, les poteaux corniers ou centraux. Les bois débités à la scie en quartiers se rencontrent pour les colombes, aussi bien dans la structure extérieure que dans les cloisons. Deux qualités de bois sont utilisées : pour l'essentiel de la façade le bois est rectiligne et présente peu de flaches. Seul le poteau ajouté possède de gros noeuds, ce qui peut également expliquer pourquoi il n'est pas autant sculpté que les autres ; pour la charpente, les bois sont tous noueux et les flaches importantes. Par ailleurs, le comble a probablement servi de fumoir, d'où la couleur quasiment noire de certains bois. La numérotation des bois n'a pas été retrouvée. La qualité médiocre et variable des bois nous empêche de nous prononcer formellement sur la réelle homogénéité de la structure. Ce comble à surcroît semble toutefois contemporain des pignons qui paraissent eux-mêmes contemporains de la façade. La charpente est constituée de trois fermes dont deux prises dans les pignons. La coupe longitudinale de la charpente se présente ainsi : le faîtage monoxyle s'assemble au poinçon par un simple tenon-mortaise. Le sous-faîtage assemblé à ce dernier est au contraire moisé. La ferme centrale présente un entrait retroussé moisé prenant en tenaille les arbalétriers et le poinçon. Les arbalétriers, renforcés de jambes-de-force, s'assemblent à l'entrait qui porte aussi le mur de refend. Une poutre longitudinale posée au sol reprend le poids des solives qui devaient s'affaisser. Les nombreuses vis en fer mécanique datent cette structure de l'époque contemporaine. La mise en oeuvre soignée de la façade, lisible dans sa symétrie, l'emploi des croix de Saint-André et la sculpture des pilastres révèlent la volonté de paraître du propriétaire. Ces choix entraînent une nette augmentation du volume de bois nécessaire et donc du coût de la construction. La charpente présente des caractéristiques paradoxales : à première vue, elle semble de facture médiocre en particulier à cause du choix des bois qui sont très noueux mais les procédés techniques des pièces moisées sont assez élaborées pour la fin du Moyen Âge. On aurait donc une charpente mise en oeuvre par des charpentiers ayant un bon niveau de connaissance technique mais utilisant des matériaux de mauvaise qualité. On note d'ailleurs que la date de construction de la maison coïncide avec la période de renouveau architectural de la ville. Il n'est donc pas impossible que cela traduise une difficulté à répondre à une demande croissante de bois.

Murs brique
pan de bois
moellon
pierre de taille
Toit tuile plate
Étages 1 vaisseau, sous-sol, rez-de-chaussée, 1 étage carré, comble à surcroît
Couvertures toit à deux pans
Escaliers escalier intérieur : escalier en vis
Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Bibliographie
  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, ville royale : maisons et hôtels des XVe et XVIe siècles, Indre-et-Loire. photogr. Hubert Bouvet, Thierry Cantalupo, Mariusz Hermanowicz ; llus. Anne-Marie Bonnard, Myriam Guérid. Lyon : Lieux-Dits, 2010. (Parcours du patrimoine, n°355).

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie