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Maison dite Cave des Templiers (3 rue du Paty)

Dossier IA28000340 inclus dans La ville de Nogent-le-Rotrou du Moyen-Age au début de l'époque moderne réalisé en 2010

Fiche

Face ouest, vue de l'ouest.Face ouest, vue de l'ouest. HISTORIQUE

L’édifice est identifié comme la cave des templiers depuis le début du 20e siècle. La cave occupe alors le rez-de-chaussée de la maison Lancelin avant d’être occupée par l’épicerie-mercerie « A la Renommée » exploitée par le couple Langlais1. La maison est aujourd’hui propriété de la mairie de Nogent-le-Rotrou.

L’emplacement de l’édifice est occupé par une tenue de cinq maisons dont les droits de justice et de juridiction sont déclarés dans un aveu daté de 1648. L’une de ces maisons située au bout de la halle des bouchers, à proximité des Marches Saint-Jean, pourrait correspondre à la construction étudiée. Malheureusement, le nom de son propriétaire est cité parmi d’autres, non cités dans l’aveu pour la tenue susnommée, ce qui ne permet pas de l’identifier.

DESCRIPTION

Situation

L’édifice est situé le long du coteau limitant le plateau Saint-Jean. Ses caves sont creusées dans la craie à silex qui compose le plateau à cet endroit. Côté ouest, le premier niveau de la construction est bordé par une cour avant, située sur une parcelle voisine donnant sur la rue du Paty2. Côté est, son second niveau communique avec la rue des Marches, située environ 6 m plus haut. La rue du Paty est un des tronçons qui compose l’axe principal de Nogent-le-Rotrou, tandis que la rue des Marches permet un accès direct mais non carrossable au château Saint-Jean, situé sur le plateau.

Structure

Coupe longitudinale.Coupe longitudinale.La construction est dotée de deux niveaux d’élévation et adopte un plan proche du carré (9 m de large pour 10 m de long). Le second niveau n’a pu être visité.

Le premier niveau est accessible depuis la cour avant, par une porte ménagée dans son mur pignon ouest. Il est composé d’un volume unique de deux travées de côté. Celles-ci sont couvertes de quatre voûtes d’ogives dont les nervures retombent sur une colonne octogonale (au centre) et sur des consoles liées aux murs latéraux. L’épaisseur des maçonneries des murs varie entre 0,9 m et 1,2 m. La pièce est éclairée par deux baies ouvertes dans le mur ouest. Une baie bouchée haute est également visible sur le mur sud. Un massif de maçonnerie prend place dans l’angle nord-ouest. Le sol de la pièce est couvert de terre battue, laissant apparaître par endroits des tommettes posées selon des orientations différentes. Il est creusé d’un escalier droit menant à une porte percée dans le mur est en direction de la cave.

Celle-ci est située entre 2 et 2,5 m au-dessous du sol du niveau 1. Le vaisseau central est long d’environ 20 m. Il adopte une largeur variant de 1,8 à 1,9 m pour ses parties maçonnées, et dépasse les 2 m de large pour la partie directement au contact de la roche. Les parties maçonnées sont couvertes de voûtes en berceau légèrement surbaissées tandis que les parties au contact de la roche prennent place sous un ciel de carrière. Cinq cellules sont disposées de part et d’autre du vaisseau central. Elles sont couvertes de voûtes en berceau surbaissées d’une portée avoisinant les 2 m. Leur profondeur varie d’1 m à 1,7 m. Les cellules donnent toutes sur un front de taille.

Élévations intérieures et couvrement

Vue intérieure, rez-de-chaussée, salle, voûte.Vue intérieure, rez-de-chaussée, salle, voûte.Vue intérieure, rez-de-chaussée, salle, colonne centrale.Vue intérieure, rez-de-chaussée, salle, colonne centrale.

Les murs du premier niveau sont construits en moellons de calcaire et de silex. Les ouvertures et les voûtes d’ogives sont montées en pierre de taille calcaire comportant des noyaux siliceux. Ces dernières possèdent des nervures à double chanfrein, des clefs cruciformes et des voûtains construits en petit appareil de calcaire. Les voûtains sont plaqués contre les murs latéraux. La colonne centrale est surmontée d’un chapiteau octogonal sculpté de crochets peu saillants, tandis que les consoles ont été soit bûchées, soit remplacées. L’une d’entre elles, située dans l’angle sud-est, porte encore les vestiges d’un visage et d’une chevelure bouclée. Des tracés de taille layée oblique ont été identifiés sur plusieurs nervures de la voûte.

La porte d’entrée est ménagée sous un arc surbaissé en mauvais état, elle ne possède qu’un seul piédroit.

Les deux fenêtres observées sur le mur ouest prennent place sous des arcs en plein-cintre dont les encadrements semblent plaqués contre les nervures de la voûte. La fenêtre percée dans le mur sud prend place sous un arc en plein-cintre, elle est dotée d’un glacis. Le massif de maçonnerie observé dans l’angle nord-ouest est plaqué contre les murs nord, ouest et les nervures de la voûte.

Plusieurs irrégularités ont été observées sur les maçonneries du mur est. On remarque ainsi la présence de plusieurs assises en pierre de taille partiellement rubéfiées en partie basse, ou la présence d’une niche en partie haute. En l’absence d’un décroutage complet des murs, il n’a cependant pas été possible d’aller plus loin dans la description.

La cave s’ouvre depuis le premier niveau par une porte percée sous un arc en plein-cintre d’une largeur de 1,9 m. Son encadrement est mouluré d’un chanfrein et porte des vestiges de gonds. Les cellules sont accessibles par des arcades basses, ménagées sous des arcs surbaissés. Certaines d’entre elles portent également des traces de gonds. Elles sont moulurées de chanfreins. Dans la dernière partie de la cave, le vaisseau se réduit et donne accès à une salle couverte par un ciel de carrière.

Vue intérieure, rez-de-chaussée, cave, cellule.Vue intérieure, rez-de-chaussée, cave, cellule.

Les murs de la cave sont construits en moellons de silex et de calcaire. Les voûtes, ainsi que les ouvertures, sont réalisées en pierre de taille calcaire comportant des noyaux siliceux. Des traces de brettelure et de layage oblique ont été identifiées sur les piédroits de la porte de la cave ainsi que sur les arcades des cellules. Les pierres mises en œuvre dans les voûtes sont taillées plus grossièrement, certaines d’entre elles portent des traces de polka. Plusieurs coups de sabre ont été identifiés sur les voûtes du vaisseau central. Des traces de piques de carriers ont pu être identifiées sur plusieurs des fronts de tailles accessibles depuis les cellules.

Élévations extérieures

Orthophotographie et relevé en élévation, face ouest.Orthophotographie et relevé en élévation, face ouest.

La façade ouest est composée de deux niveaux d’élévation prenant place sous un toit à deux versants et croupe couvert en tuile plate. Ses maçonneries, majoritairement enduites, laissent apparaître un appareil de moellons au-dessus de la porte O-14. Le premier niveau est percé de quatre ouvertures (O-11 à 14). L’ouverture O-11 est bouchée, seule une partie de son arc en plein-cintre est encore visible. Les baies O-12 et O-13 sont percées sous des arcs en plein-cintre. La première est néanmoins plus petite et possède une moulure chanfreinée, tandis que la seconde plus grande est moulurée en quart-de-rond3. La porte O-14 est percée sous une poutre IPN en acier.

La transition entre les deux niveaux d’élévation est marquée par un retrait dans les maçonneries du mur ouest. Ce dernier est interrompu au-dessus de la porte O-21 qui prend place sous un linteau en bois, porté par des piédroits en brique. L’ouverture O-22 est dotée d’une plate-bande et d’un encadrement en pierre de taille. Son seuil est en brique. La fenêtre O-23 possède un encadrement en ciment.

La façade est se compose de deux niveaux d’élévation (dont un sous comble). La façade est entièrement enduite. Une porte et une fenêtre prennent place en partie basse, tandis qu’une fenêtre est ménagée dans le comble.

CONCLUSION

L’édifice peut être identifié comme une maison sur cellier dotée d’une cave à cellules.

La salle voûtée observée au premier niveau, ainsi que la cave qui lui fait suite forment un ensemble cohérent. Les ruptures de maçonnerie observées au contact des fenêtres O-12, O-13, du massif de maçonnerie de l’angle nord-ouest et de la porte O-14 invitent à garder des réserves quant à leur contemporanéité avec la salle voûtée. A l’inverse, la fenêtre observée sur le mur sud semble s’intégrer aux maçonneries dans lesquelles elle prend place.

Compte tenu du peu d’informations obtenues sur le second niveau, il n’a pas été possible d’éprouver son rapport de contemporanéité avec le rez-de-chaussée.

L’implantation et l’orientation de l’édifice (en retrait de la rue et offrant son pignon sur cette dernière) présentent un caractère commun à plusieurs constructions antérieures au (ou datées) du 13e siècle à Nogent-le-Rotrou. On citera ainsi les exemples du 11 rue du Paty ou du 13 rue Villette-Gâté.

La voûte de la salle du premier niveau peut également être rapprochée du cellier situé au 1-3 rue du Puits-Chastel à Blois. Ce dernier est doté de voûtes d’ogives dont les nervures sont à double chanfrein, il comporte également une colonne et un chapiteau octogonal à crochets. Il est daté du 13e siècle.

Le type de la cave à cellules apparaît à partir du 13e siècle pour se diffuser aux 14e et 15e siècles en Normandie4 et en région Centre-Val de Loire5. La porte d’entrée en plein-cintre, les arcs surbaissés et l’usage du chanfrein associé aux traces de taille brettelée invitent à dater la cave du 13e siècle. Néanmoins, l’absence d’arcs doubleaux, trait plus fréquent dans les exemples de la fin du Moyen Age, amène à étendre la datation jusqu’au 15e siècle.

Le peu d’éléments disponibles pour dater les ouvertures O-12 et O-13 n’a pas permis de resserrer la datation au-delà d’une fourchette comprise entre le 12e et le 16e siècle. La forme des baies rappelle à la fois des ouvertures romanes, tandis que leurs moulures sont utilisées à Nogent jusqu’au 16e siècle.

Aucune des ouvertures conservées au second niveau d’élévation n’est antérieure au 17e siècle. La plate-bande O-21 pourrait dater du 17e ou de 18ème siècle, tandis que les autres ouvertures en brique, bois et ciment remontent plus certainement au 19e, voire au 20e siècle.

L’absence de cheminée interdit la restitution d’une fonction résidentielle au sein de la salle basse. Néanmoins, la richesse de son décor et l’ampleur de l’espace disponible sous voûte permettent de lui attribuer une fonction semi-publique, à l’image d’un espace de présentation et de vente. La cave à cellules située à la suite de la salle pourrait alors avoir assuré une fonction de stockage. La construction était peut-être déjà surmontée d’un étage abritant un logis dont le rang du propriétaire devait faire écho aux décors développés au rez-de-chaussée et à la localisation de la construction, située au pied du château Saint-Jean. Cependant, le peu d’éléments collectés sur le second niveau invite à ne pas dépasser le stade de l’hypothèse.

Dans l'aveu de 16486, l’édifice est qualifié de maison, ce qui laisse à penser que la salle basse était alors surmontée d’un étage. L’emplacement du bâtiment, la déclaration de ses droits de justice et de juridiction comme le rang des propriétaires7 de la tenue contenant la maison étudiée, laissent alors peu de doute quant à son rang de demeure patricienne.

1JOUSSELIN, Bruno, PIGRAY, Gérard. Nogent-le-Rotrou et son canton, tome 2. Tours : éditions Alan Sutton, 2011. p. 68.2Plusieurs constructions masquent l’édifice depuis la rue.3La baie O- 12 mesure 0.6 m de large à l’extérieur et 1.1 m à l’intérieur. La baie O-13 mesure 0.7 m de large à l’extérieur et 0.7 m de large à l’intérieur.4DESHAYES, Gilles, LEPEUPLE, Bruno. Les caves à cellules latérales du château de Hacqueville (Eure). In : Haute-Normandie Archéologique, 2006, n°11, fascicule 2.5ALIX, Clément. L'habitat d'Orléans du 12e siècle au début du 15e siècle (état de la recherche : étude des élévations et apports de l'observation des caves. Revue archéologique du Loiret et de l'axe ligérien, Fédération archéologique du Loiret, 2007-2008, n°32, pp.123-147. 6AN. Série P : 898, n°38. Aveu et dénombrement de Nogent-le-Rotrou. 1648.7Soit les « appartenans ausdictz heritiers de regnouard messire nicollas lormeau prestre cure de nostredame, le sieur de mongobert et me philipes jacquelin chirurgean et autres ».
Appellations Cave des Templiers
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Nogent-le-Rotrou - Nogent-le-Rotrou
Adresse Commune : Nogent-le-Rotrou
Adresse : 3 rue du Paty

La salle voûtée du rez-de-chaussée, la cave à cellules et l'emplacement de l'édifice sur sa parcelle permettent d'avancer une date de construction au 13e siècle, même si des campagnes postérieures, peut-être aux 17e et 19e siècles, ont conduit à modifier les ouvertures. L'emplacement de l'édifice actuel est évoqué dans un aveu daté de 1648. L'une des maisons mentionnée pourrait correspondre à l'édifice étudié. Celui-ci est identifié comme la cave des Templiers depuis le début du 20e siècle. La cave occupe alors le rez-de-chaussée de la maison Lancelin avant d’être occupée par l’épicerie-mercerie « A la Renommée », exploitée par le couple Langlais. La maison est aujourd’hui propriété de la mairie de Nogent-le-Rotrou.

Période(s) Principale : 13e siècle , daté par travaux historiques , (?)
Secondaire : 17e siècle , (?)
Secondaire : 19e siècle , (?)

L'édifice de plan massé est disposé en fond de parcelle. Il est constitué de deux niveaux sous un toit en pavillon couvert de tuiles plates. Les murs sont constitués de moellons de calcaire enduits. Au niveau du rez-de-chaussée, une salle est voûtée d'ogives et divisée en deux travées par une colonne octogonale centrale qui reçoit les retombées des nervures des voûtes. En arrière de la parcelle, prend place une cave à cellules, d'environ 20 mètres de long.

Murs calcaire moellon enduit partiel
Toit tuile plate
Étages 1 étage carré
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures toit en pavillon
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier droit
Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Aveu et dénombrement de Nogent-le-Rotrou (1648). fol. 34 r°.

    AN, série P : article P898. Aveu et dénombrement de Nogent-le-Rotrou (1648). fol. 34 r°.

    Item la justice et jurisdiction sur cinq maisons et leurs appartenances dont y en a une au bout de ladicte halle en montant aux marches vers sainct jehan et quattre sur ladicte rue doree appartenans ausdictz heritiers de regnouard messire nicollas lormeau prestre cure de nostredame, le sieur de mongobert et me philipes jacquelin chirurgean et autres se tenant lune l’autre et joignant par le devant a ladicte rue doree ayant sur icelle (blanc) de longueur dautre par derriere au chemin neuf montant du bourg leconte a st jean d’un bout ladicte halle du bourg le conte et dautre bout a la tenue cy apres premiere declaree

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales. Série P : article P898, numéro 38. Aveu et dénombrement de Nogent-le-Rotrou. 1648.

    fol. 34 r°
Documents figurés
  • Caves de la maison L. Lancelin, 1 et 3 rue du Paty / Nogent imp. Renoult-Weingand. Début 20ème siècle. Photographie. (AD Eure-et-Loire, photos et cartes postales, dossier Nogent-le-Rotrou).

  • 115- Le vieux Nogent. L'ancienne cave des templiers (Maison Langlais) / N.D. Phot, début du 20e siècle. Impr. photoméc. (carte postale). (Archives privées).

  • 451 - Nogent-le-Rotrou (E. et L.) rue du Paty n°2. 20e siècle. Impr. photoméc. (carte postale). (Musée-Château Saint-Jean, Nogent-le-Rotrou).

Bibliographie
  • JOUSSELIN, Bruno, PIGRAY, Gérard. Nogent-le-Rotrou et son canton, tome 2. Tours : éditions Alan Sutton, 2011.

    p. 68.
  • LEPAREUR, Florence. Nogent-le-Rotrou à la fin du Moyen-Age. In : LECUYER-CHAMPAGNE, Françoise. Le roman des Nogentais : des origines à la guerre de Cent Ans. [Nogent-le-Rotrou] : [Musée municipal du château Saint-Jean], 2004.

    p.44-49
Périodiques
  • ALIX, Clément. L'habitat d'Orléans du 12e siècle au début du 15e siècle (état de la recherche : étude des élévations et apports de l'observation des caves). Revue archéologique du Loiret et de l'axe ligérien, Fédération archéologique du Loiret, 2007-2008, n°32, p. 123-147.

    pp.123-147.
  • DESHAYES, Gilles, LEPEUPLE, Bruno. Les caves à cellules latérales du château de Hacqueville (Eure). In : Haute-Normandie Archéologique, 2006, n°11, fascicule 2.

    pp. 125-127
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Rozier Hadrien