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Maison dite La Tour d'Ardenay (17 rue de Rhône)

Dossier IA28000336 inclus dans La ville de Nogent-le-Rotrou du Moyen-Age au début de l'époque moderne réalisé en 2010

Fiche

Dossiers de synthèse

HISTORIQUE

L’édifice est identifié par les historiens percherons comme la Tour d’Ardenay1. Il aurait appartenu au seigneur du même nom2, un vassal des comtes du Perche ou des seigneurs de Nogent3 selon les différentes versions des historiens. Il se serait installé au pied du château pour y fonder sa demeure. Pour Bart des Boulais, l’installation du seigneur d’Ardenay est liée aux comtes du Perche, et donc antérieure à 12264. L’auteur précise que la maison est alors augmentée en cens et rente. Pour l’abbé Fret5, l’implantation du seigneur d’Ardenay prend place à la fin du 15e siècle.

En 1613, la maison appartient au seigneur de la Chenelière6. Les archives du baillage de Nogent-le-Rotrou7 mentionnent à plusieurs reprises la seigneurie de la Chenelière. Celle-ci appartient à Gui de Dampierre en 1554-1555, puis à Louis de Dampierre, son fils supposé, en 1563. Ils sont tous deux seigneurs de la Chenelière8. La femme de Louis, Jacqueline du Bellay, est mentionnée comme dame de la Chenelière en 15779.

DESCRIPTION

Situation

L’édifice est implanté le long de la rue de Rhône. Celle-ci fait partie de la route reliant Le Mans à Chartres qui traverse Nogent-le-Rotrou selon une orientation nord-sud. C’est l’un des deux axes majeurs de la ville. La voie traverse la Rhône à environ 40 m de l’édifice étudié. Celui-ci est situé à proximité du prieuré-doyenné de Saint-Denis dont il est distant d’environ 150 m, et du château Saint-Jean dont il est séparé par environ 250 m à vol d’oiseau. Il est localisé à côté d’un parking à l’emplacement duquel se trouvait autrefois la maison de Rémi Belleau.

Faces sud et ouest, vue du sud-ouest.Faces sud et ouest, vue du sud-ouest.

Composition d’ensemble

La parcelle qui accueille l’édifice adopte un plan en L irrégulier occupant une surface au sol de 330 m². Elle compte deux bâtiments. Le premier prend place entre la rue et une cour arrière. Il est doté d’un plan rectangulaire ayant son grand côté sur rue. Le second est implanté en retrait de la rue. Sa construction est postérieure à 181110, il n’a donc pas été étudié.

Structure

Le rez-de-chaussée occupe une surface au sol d’environ 170 m². L’épaisseur de ses murs pignon contraste avec celle de ses murs gouttereaux11.

Le volume est divisé en sept salles couvertes par des planchers et séparées par plusieurs cloisons (salle 1.1, couloir 1.2, salles 1.3 et 1.4) et murs de refend (salles 1.3, 1.4, 1.5 et 1.6). Les murs de refend ne sont pas chaînés aux murs sur lesquels ils s’appuient. Les portes ouvertes dans ces derniers sont percées sous des linteaux en bois.

Trois systèmes de distribution sont identifiables. Le premier est composé de la salle 1.1 et du couloir 1.2. Ce dernier dessert la cour et la salle 1.1 depuis la rue. La salle 1.1 possède un escalier droit en bois desservant le niveau 2. Le second regroupe les salles 1.3 à 1.6, celles-ci sont distribuées par la salle 1.4 qui possède une porte sur rue. La salle 1.3 donne accès à la cour et aux deuxième, troisième et quatrième niveaux, grâce à un escalier tournant en bois. Le troisième système de distribution est limité aux salles 1.5 et 1.7 à partir desquelles on peut accéder à la cour et au niveau 2 par un escalier droit en pierre situé dans le mur pignon sud.

L’escalier susnommé est accessible par la salle 1.7. Celle-ci s’ouvre sur la salle 1.5 par une porte dotée de 1,3 m de largeur et couverte par un arc en plein-cintre légèrement surbaissé, sculpté d’une feuillure. Ses claveaux portent des traces de layages obliques. La salle 1.7 est couverte par une petite voûte en berceau légèrement surbaissée. Côté sud, elle s’ouvrait sur la cour par une porte sur coussinets aujourd’hui bouchée. Côté ouest, elle s’ouvre sur un escalier droit en pierre par une seconde porte sur coussinets.

La salle 1.6 possède deux espaces percés dans le mur pignon sud. Ils sont disposés de part et d’autre d’une cheminée dont le manteau repose sur des consoles en quart-de-rond. Celui disposé à gauche de la cheminée semble déboucher sur le fruit du mur, celui de droite est voûté en plein-cintre. Il débouchait peut-être à l’origine sur une ancienne porte.

L’escalier droit accessible depuis la salle 1.7 est couvert d’une voûte en plein-cintre légèrement surbaissée. Celle-ci est montée avec des blocs de calcaire rapidement dégrossis et couverts par un enduit, portant à plusieurs endroits les traces d’un coffrage. Cet enduit est peint de fleurs quintefeuilles rouges et de fleurs noires à clochettes. L’escalier dessert plusieurs portes bouchées au sud (O-1321) et au nord où une porte à linteau chanfreinée débouche entre les niveaux 1 et 2. La voûte de l’escalier vient se plaquer sur son encadrement. Plus haut, une porte dotée d’un linteau en bois permet d’accéder au second niveau. L’escalier poursuit sa montée jusqu’à l’angle sud-ouest du bâtiment. Il est éclairé à cet endroit par un jour à ébrasement interne doté d’un glacis. L’encadrement de l’ouverture comporte des traces de layage. Elle est chaînée aux murs qui limitent l’escalier. Une fenêtre bouchée est visible sur le mur pignon sud. Elle est dotée du même décor que celui observé sur l’enduit de la voûte de l’escalier et porte des traces de brétture ou de gradine. Au nord, l’escalier s’ouvre sur une porte orpheline, débouchant au-dessus du sol du second niveau. Elle possède un linteau sur coussinets portant des traces de layages obliques. L’enduit peint décrit plus haut vient recouvrir une partie du linteau de la porte.

Le deuxième niveau est divisé en cinq salles par un mur de refend et deux cloisons. Le mur gouttereau est est désépaissi. Ses chaînes d’angle nord et sud ont ainsi été détruites afin de réduire l’épaisseur du mur. Dans la salle 1.12, ce mur est construit selon deux appareils de pierre différents : un appareil de moellons de calcaire et de silex liés avec un mortier rose en partie basse, et un appareil de moellons de calcaire noyés dans un mortier jaune en partie haute. Ce dernier appareil est plaqué contre le mur pignon sud. Le constat est plus tranché à l’ouest, où le mur gouttereau est intégralement plaqué contre ce même mur pignon.

Dans la salle 1.8, les piédroits de l’embrasure de la fenêtre O-1424 possèdent des pierres de réemploi sur plusieurs de leurs assises. Les angles de ces dernières sont moulurés de tores. Un large espace sous linteau est creusé de biais dans le mur pignon nord. Il n’a pas été possible d’en connaître sa fonction. Les salles 1.9 et 1.10 possèdent des cheminées de marbre noir, une souche est visible dans la salle 1.11.

Un escalier tournant situé entre les salles 1. 10 et 1.11 permet de desservir les deux derniers niveaux de l’édifice12. Si les salles 1.8 à 1.11 sont couvertes d’un plancher, la salle 1.12 est située directement sous la charpente. Elle ne comporte donc que deux niveaux sous comble.

1er étage, salle 1.12, escalier du mur pignon sud.1er étage, salle 1.12, escalier du mur pignon sud.La salle 1.12 est accessible depuis l’escalier ménagé dans le mur pignon sud et par une porte percée dans la cloison la séparant de la salle 1.11. Son mur sud est percé de trois portes s’ouvrant depuis l’escalier du mur pignon sud. La première est recoupée par le niveau de sol du niveau 2, la seconde est dotée d’un linteau en bois et la troisième possède un linteau sur coussinets débouchant dans le vide. Elle est en partie bouchée par un conduit de cheminée. Un retrait dans les maçonneries du mur est visible au-dessus de la première porte, recoupe la seconde et correspond au seuil de la troisième. En dessous du retrait, les maçonneries sont composées de moellons de silex et de calcaire tandis qu’au-dessus, le mur est monté en pierres de taille calcaire rapidement dégrossies. Un enduit semblable à celui observé dans l’escalier est visible en partie haute. Un escalier est accessible dans l’angle sud-est de la salle au-dessus du retrait mentionné plus haut. Celui-ci prend place dans l’épaisseur du mur sud. Les vestiges du départ d’une voûte en plein-cintre sont visibles au contact avec le mur gouttereau est. L’escalier, en grande partie détruit, vient buter contre le versant est du toit. Deux types de maçonneries sont identifiables sur le mur pignon. Ainsi un appareil monté en moellons de calcaire et de silex est visible jusqu’au retrait mentionné.

La salle est couverte par une charpente à ferme et pannes dotée d’un poinçon et de deux niveaux de contrefiches.

Au troisième étage, le mur pignon nord possède les vestiges de deux massifs de maçonneries évasés. L’un d’entre eux possède une chaine d’angle en pierre de taille de moyen appareil. Il n’a pas été possible de vérifier la présence de conduits de cheminée.

Élévations extérieures

Face sud, vue du sud.Face sud, vue du sud.La façade sud est composée de deux niveaux d’élévation et d’un pignon découvert. Le parement du premier niveau est composé de plusieurs appareils de pierre différents. Le mur M-1311, également visible au second niveau, est composé de moellons de silex et de calcaire rubéfiés. Le mur M-1312 est monté avec des moellons de silex et de calcaire, la majeure partie de ses joints est manquante. Les vestiges d’une cheminée et de son conduit prennent place à proximité de l’angle sud-ouest. Ce dernier est creusé dans le fruit du mur pignon. La porte O-1311 s’ouvrait sur la salle 1.7. Elle est dotée d’un arc en plein-cintre surmontant un linteau droit en bois reposant sur coussinets.

Les trois ouvertures visibles au second niveau ont été bouchées par les reprises M-1321 et M-1322. Le revers de la porte O-1321 est visible dans l’escalier compris dans le mur sud. Il n’a pas été possible de localiser les O-1322 et O-1323.

Un changement d’appareil est visible au-dessus des ouvertures du second niveau. Le mur M-1331 est construit en pierre de taille calcaire rapidement dégrossie et de gabarits différents. L’appareil est semblable à celui observé dans la salle 1.12 au-dessus du retrait visible sur le revers du mur pignon sud. Une saignée est opérée deux à trois assises au-dessus du départ du M-1331. Celle-ci peut être mise en relation avec les reprises M-1324 et M-1325, ces dernières pouvant être identifiées comme les vestiges d’un plancher.

Face ouest, vue de l'ouest.Face ouest, vue de l'ouest.L’élévation ouest est divisée en deux façades autonomes.

La première au nord est composée de deux travées et de deux niveaux d’élévation prenant place sous un toit à deux versants couvert d’ardoises. Le premier niveau est percé par une porte s’ouvrant sur le couloir 1.2 et une fenêtre éclairant la salle 1.1. Il est intégralement recouvert d’un enduit en ciment. Le second niveau est construit en pierre de taille. Il est éclairé par deux fenêtres à plates-bandes moulurées de fasces, au-dessus desquelles on peut lire « BOULANGERIE ». Celles-ci donnent dans la salle 1.9. Elles sont encadrées par deux pilastres limitant la façade, qui portent un entablement sur lequel est inscrit « A la tour d’Ardenay ». Le toit est percé d’une lucarne, dotée de pilastres portant un fronton triangulaire. L’autonomie de la façade répond à celle de la distribution des salles 1.1 et du couloir 1.2 au rez-de-chaussée, ainsi que de la salle 1.8 et 1.9 à l’étage.

La seconde partie de la façade occidentale au sud est dotée de trois travées et de trois niveaux prenant place sous un toit à deux pans couvert de tuiles plates. Elle est construite en moellons de calcaire assez réguliers recouverts d’un enduit. Un massif de maçonnerie, correspondant à la largeur du pignon sud, est visible dans son angle sud-ouest. Il est construit en moellons de calcaire et de silex irréguliers. Une partie de ces derniers présente une couleur rouge qui pourrait correspondre à une rubéfaction (libération de fer par la roche). L’appareil est semblable à ceux observés sur les façades sud et est (murs M-1311 et M-1411). Le premier niveau est assis sur un solin en pierre de taille. Il est percé par deux portes et une fenêtre dotées de plates-bandes et de chambranles formant des bandeaux. La première porte ouvre sur la salle 1.4, tandis que les deux autres ouvertures (dont l’une, une est bouchée) donnent sur la salle 1.6. L’angle formé par le massif de maçonnerie et la façade est doté d’un chaînage en pierre de taille grise. Celui-ci contraste avec la chaîne d’angle observée au sud-ouest construite en pierre de taille reconstituée et liée au ciment. Le second niveau est percé par une fenêtre éclairant la salle 1.11 et une porte s’ouvrant sur la salle 1.12. Leurs encadrements sont similaires à ceux observés au premier niveau. L’angle entre le massif de maçonnerie et la façade a été remonté dans un appareil de moellons de calcaire. La chaîne d’angle sud-ouest est construite à l’aide de pierre de taille grise. Le troisième niveau est doté d’une lucarne à fenêtre pendante donnant sur une pièce ménagée en porte-à-faux sur la salle 1.12. Elle interrompt une corniche moulurée en cavet, quart-de-rond et doucine. Celle-ci vient buter contre le massif de maçonnerie. Ce dernier est éclairé par un jour dont la partie haute est manquante.

Face est, vue de l'est.Face est, vue de l'est.La façade est est composée de cinq travées et de deux niveaux d’élévation prenant place sous une corniche moulurée en talon et un toit à deux versants couverts de tuiles plates.

Le premier niveau semble assis sur un solin en pierre de taille altéré (M-1401), visible au nord de la façade. L’enduit la recouvrant empêche de savoir si ce solin court sur toute la longueur de l’élévation. Le mur M-1411 compose la majeure partie du parement du premier niveau. Il est en grande partie couvert d’enduit. Son appareil est composé de petits moellons de calcaire et de silex rubéfiés semblables à ce que l’on peut observer sur la façade sud (M-1311). La porte O-1411 est montée avec des piédroits en pierre de taille et un linteau en bois. Elle permet d’accéder à la salle 1.5, éclairée par une petite fenêtre en pierre de taille (O-1412), percée sous un arc surbaissé. La porte O-1413 s’ouvre sur la salle 1.3. Elle prend place sous un linteau en bois. Ses piédroits sont réalisés en pierre de taille et en brique. La porte O-1414 communique avec le couloir 1.2. Ses piédroits sont en pierre de taille, et portent un arc surbaissé en brique. L’ouverture est surmontée par un arc en plein-cintre en pierre de taille à moitié bûché. La fenêtre O-1415 éclaire la salle 1.1. Son encadrement est entièrement recouvert d’un enduit en ciment.

Le mur M-1411 est encore visible sur une partie de l’élévation du second niveau. Ceci est particulièrement manifeste aux angles nord et sud, endroits où il monte jusqu’au faîte de la façade. Le reste du parement est composé par les murs M-1421 et M-1422. Le premier est construit en moellons de calcaire disposés en assises assez régulières. Il est séparé du second par un coup de sabre suivant la forme d’une chaîne d’angle prenant appui sur l’arc de la porte O-1414. Le mur M-1422 est monté avec des moellons de calcaire irréguliers. Le coup de sabre précédemment mentionné est à mettre en relation avec le mur de refend visible entre les salles 1.8 à 1.9 et les salles 1.10 à 1.11. Contrairement au reste de la façade, la corniche qui le surmonte prend appui sur un bandeau en pierre de taille.

L’ouverture O-1421 a été bûchée lors de la mise en place du mur M-1421. Elle conserve un de ses piédroits, l’un des sommiers de son arc et peut-être une partie de son appui13. La fenêtre O-1422 est percée dans les murs M-1411 et M-1421. Elle est dotée d’une plate-bande et d’un encadrement en pierre de taille. Son seuil est placé sur la même ligne que le linteau de la porte O-1411. La fenêtre O-1422 est en partie percée dans le mur M-1421. Elle éclaire la salle 1.10. Son appui est situé environ 1 m plus bas que celui de l’ouverture O-1421. Elle est percée sous une plate-bande et possède un encadrement en pierre de taille dont le chambranle est mouluré d’un bandeau.

La fenêtre O-1424 éclaire la salle 1.8. Elle est percée sous une plate-bande en pierre de taille. Son appui est implanté au même niveau que celui de l’ouverture O-1423. Son chambranle est mouluré d’un bandeau. Un coup de sabre est visible à la jonction des murs M-1422 et M-1411. Il est possible que ce dernier soit provoqué par le plaquage du mur M1422 sur le revers du mur pignon nord.

CONCLUSION

Présentation du parti général

L’appellation de l’édifice, l’épaisseur de ses maçonneries et son lieu d’implantation, à proximité du pont de « la Rhône » annonçant l’entrée dans l’ancienne rue du faubourg Saint-Lazare, posent la question de sa fonction défensive. Elle est néanmoins contredite par la présence d’enduits peints, indiquant une fonction résidentielle et par l’absence de structures défensives.

L’existence de cheminées et l’accessibilité des bâtiments depuis la rue permettent d’attribuer la fonction de maison à l’édifice. La présence de deux systèmes de distribution autonomes indique qu’il fut composé de deux maisons avant d’avoir été réuni en un seul bien.

L’enseigne « boulangerie » et la reprise du rez-de-chaussée de la façade ouest laissent peu de doutes quant à son utilisation comme boutique.

Synthèse des observations concernant l’homogénéité de l’œuvre

La proximité des appareils observés sur les murs M-1311 (façade sud), M-1411 (façade est) et sur le massif de maçonnerie de la façade ouest invitent à les rassembler au sein d’une même phase de construction. En l’absence d’éléments antérieurs, celle-ci peut être assimilée à la première phase de l’édifice.

Au sud, la similitude des matériaux entre les murs M-1311 et M-1312 indique qu’ils sont peut-être issus de la même campagne de travaux. La différence entre les deux parements s’expliquerait alors par le fait que les joints du mur M-1312, plus exposés au contact du sol, auraient moins bien résisté que ceux du mur M-1311, situés plus haut. L’enduit présent sur le mur M-1312 n’a pas permis de préciser sa relation stratigraphique avec la porte O-1311.

Façade sud, photographie redressée et relevé.Façade sud, photographie redressée et relevé.

Le mur M-1331 est assis sur le mur M-1311, il est également visible sur le revers du pignon où il semble contemporain de la seconde volée de l’escalier intra-mural.

Le mortier brun (M-1321 et M-1322) englobant les ouvertures O-1321, O-1322 et O-1323 est le même que celui trouvé dans leur bouchage. Il est donc postérieur aux ouvertures. On retrouve ce même mortier (M-1324 et M-1325) au contact du mur M-1331 à proximité de sa jonction avec le mur M-1311. Partant de ce constat, il est possible que l’utilisation de ce mortier soit liée à une phase de comblement des ouvertures du bâtiment en direction du sud, et peut être à la suppression d’un plancher dont on observe encore le négatif au contact de la jonction entre les murs M-1311 et M-1331.

La cheminée et son conduit sont creusés dans les murs M-1311, M-1312 et M-1331. Ils leur sont donc postérieurs. Le mortier jaune commun aux parements M-1324 et M-1325 situés de chaque côté de la cheminée invitent à penser qu’ils sont contemporains de la mise en place de cette dernière.

Façade est, photographie redressée et relevé.Façade est, photographie redressée et relevé.

A l’est, le mur gouttereau M-1411 est d’abord évidé en partie basse du second niveau avant d’être remplacé par les murs M-1421 et M-1422 en partie haute. Les ouvertures du second niveau sont toutes liées au mur M-1421 ou au mur M-1422, elles sont postérieures au mur M-1411. L’hypothèse se vérifie à l’observation du seuil de l’unique ouverture contemporaine du mur M-1411. Le niveau de la fenêtre O-1421 ne correspond pas à celui des autres ouvertures de l’étage.

Les ouvertures du premier niveau ont fait l’objet de nombreuses reprises, à l’instar des portes O-1413 et O-1414. Les piédroits de la première sont en partie composés de briques. L’arc de la seconde, en brique, recoupe celui d’une ouverture plus ancienne en pierre.

L’épaisseur du mur gouttereau (ouest) comparée à celle du mur pignon sud, ainsi que le fait que le premier soit plaqué contre le second, attestent de la postériorité du mur gouttereau. Comme c’est le cas côté est, l’élévation se compose de deux façades. Dans la mesure où celles-ci correspondent à la distribution intérieure, il est probable que la répartition des salles soit contemporaine de la bipartition observée sur les façades ouest et est. En revanche, les trois niveaux d’ouvertures observés sur le revers du pignon sud révèlent une organisation interne antérieure à celle observée aujourd’hui. Le plancher du second niveau recoupe une ouverture présente sur le mur sud de la salle 1.6, la porte sur coussinet observée dans la salle 1.12 donne au-dessus du vide.

Essai de datation des parties

L’édifice peut être daté entre le 14e siècle et le 19e siècle sur la base des éléments stylistiques suivants.

  • Marqueurs stylistiques attribués à la seconde moitié du 13e siècle et au 14e siècle :
    • Voûte de l’escalier du mur pignon sud, décor peint, clochette et quintefeuille, fin 13e ou 14e siècle.Voûte de l’escalier du mur pignon sud, décor peint, clochette et quintefeuille, fin 13e ou 14e siècle.La porte O-1311 combinant arc en plein-cintre légèrement surbaissé et linteau sur coussinets,
    • Les deux portes sur coussinets observées dans l’escalier du mur pignon sud,
    • La fenêtre chanfreinée bouchée, observée dans l’escalier du mur pignon sud,
    • L’escalier droit couvert d’une voûte en berceau légèrement surbaissée,
    • Les fenêtres à arc en plein-cintre détruites O-1421 et O-1414,
    • L’enduit peint recouvrant la voûte de l’escalier du mur pignon sud14.

Les traces de taille layées et brettelées obliques viennent confirment la datation stylistique établie.

  • Marqueurs stylistiques attribués au 19e siècle :
    • Les fenêtres à plates-bandes dont les chambranles forment des bandeaux observés sur les murs gouttereaux est et ouest (O-1222 à O-1324),
    • Les façades de l’élévation ouest.

  • Marqueurs stylistiques attribués au 19e siècle ou au 20e siècle :
    • Les linteaux en bois des portes O-1411 et O-1413,
    • L’arc en brique de la porte O-1414,
    • La fenêtre en ciment O-1415.

L’usage de linteaux en bois ou brique est rare à Nogent-le-Rotrou avant le 19e siècle.

Essai de restitution

Malgré la présence de la plupart des marqueurs stylistiques sur le mur pignon sud, la présence d’arcs en plein-cintre sur le mur gouttereau est (O-1414), et l’épaisseur du pignon nord permettent d’affirmer que l’édifice devait occuper un volume similaire dès le 13e ou le 14e siècle. Cette hypothèse semble être confirmée par la présence du même type d’appareil (M-1311, M-1411) sur les murs sud, ouest et est.

La différence d’appareil entre les murs M-1311 et M-1331, où l’on passe de l’utilisation de moellons de silex (M-1311) à des pierres de taille en calcaire rapidement dégrossies (M-1331), peut indiquer l’existence de deux campagnes de construction distinctes. Cependant la présence de marqueurs stylistiques cohérents au contact des deux murs, à savoir deux escaliers droits, et de plusieurs portes à linteaux sur coussinets, permettent de privilégier l’hypothèse de la contemporanéité des deux murs. Le calcaire plus noble aurait alors été préféré au silex à partir du second niveau15.

Si l’on retient cette hypothèse, les deux portes conservées dans l’escalier sud indiquent qu’il devait être doté d’au moins deux niveaux d’élévation. Il s’agit des portes visibles dans la salle 1.7 au rez-de-chaussée, et de la porte à linteau sur coussinets donnant sur le vide de la salle 1.12. Le niveau de cette dernière correspond à la fois avec le retrait ménagé dans les maçonneries du mur pignon afin d’y assoir un plancher et avec le second escalier ménagé dans l’épaisseur du mur pignon. Les vestiges d’une voûte indiquent que cet escalier devait également être couvert par une voûte en berceau surbaissé. Il desservait au moins un niveau supplémentaire, ce qui porte leur nombre à trois. Les arcs conservés sur la façade est (O-1414 et peut-être O-1421) indiquent que les salles desservies par l’escalier devaient être éclairées par des fenêtres sous des arcs en plein-cintre. Elles étaient peut-être chauffées par des cheminées prenant place sur le mur pignon nord et dont les massifs de maçonneries observées au 3ème niveau pourraient être les vestiges.

La présence d’enduit peint permet d’attribuer une fonction résidentielle à l’édifice. La qualité de sa construction (pierre de taille, porte sur coussinets) et de son décor indiquent une origine patricienne. Ceci pourrait concorder avec les dires de Bart des Boulais selon lesquels la construction serait l’œuvre du seigneur d’Ardenay avant la seconde moitié du 13e siècle. Son statut de vassal serait alors indiqué par le lieu choisi pour l’implantation de la demeure soit au pied du château. L’hypothèse reste néanmoins à étayer.

Au 18e ou au 19e siècle, l’édifice est partagé en deux maisons distinctes, l’une d’entre elles accueille une boulangerie. L’ensemble des ouvertures visibles sur les murs gouttereaux, ainsi que la distribution des volumes internes sont attribués à cette phase de construction.

1AD 28. Série B : 3093. "Visite des logis appelés la Tour d'Ardenay, rue de Rhône, à Nogent-le-Rotrou (1660-1713)". 2SIGURET, Philippe. "Les coutumes du Perche". "Cahiers percherons", n°7, 1958, p. 17.3Le nom Ardenay fait peut-être référence à la commune d’Ardenay-sur-Mérize dans le département de la Sarthe, située près du Mans à 50 km au sud-ouest de Nogent.4DES BOULAIS, Bart. "Recueil des Antiquités du Perche, comtes et seigneurs de la dite province". Publié et annoté par H. Tournouër. Mortagne : 1894. p.92.5FRET, Louis-Joseph. "Antiquités et chroniques percheronnes, volume III". Paris : Le Livre d'histoire, 2001 (fac-similé de l'édition de 1838). p. 92.6Lieu-dit à 3,6 km au sud de Nogent-le-Rotrou.7MERLET, Lucien. "Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, série B". Chartres : Impr. Garnier, 1890.8AD 28. Série B : 2476. "Saisie des biens de Jean Lhermitte, à la requête de Gui de Dampierre, seigneur de la Cheneliere (1554-1555)". AD 28. Série B : 2486. "Saisie des biens de Denis Abot, sieur du Bouchet, à la requête de Louis de Dampierre, sieur de la Cheneliere (1563)". 9AD 28. Série B : 2503. "Accord entre Marguerite de Boisguyon, dame de Marigny, et Jacqueline du Bellay, dame de la Cheneliere, pour une rente de 40 livres (1577)".10Le bâtiment ne figure pas sur le cadastre ancien. Archives municipales de Nogent-le-Rotrou. Cadastre ancien. Feuille A3.11Le mur pignon sud mesure 1,76 m (salle 1.5), le mur pignon nord 1,71 m (salle 1.1), le mur gouttereau est 1,3 m dans la salle 1.5 et 1 m dans la salle 1.1, le mur gouttereau ouest mesure 0,6 m dans la salle 1.4 ? et 0,30 m dans la salle 1.1.12Ces deux étages prennent place sous comble. En l’absence d’éléments antérieurs au 18e siècle, ils n’ont pas été traités.13On peut également se demander si le coup de sabre observé n’est pas le produit du plaquage du mur M1421 sur le mur pignon sud.14Le motif de la quintefeuille rouge est assez répandu en Touraine au cours des 13e et 14e siècles : ancien manoir de Courtchamp à Chinon (dernier quart du 13e siècle) ou l’église Saint-Léger à Cravant-les-Coteaux (14e siècle). Le motif de clochettes noires a été observé à l’église de Saint-Christophe à Saint-Christophe-sur-le-Nais (14e siècle). 15Dans le cas contraire on aurait affaire à une construction plus ancienne construite en moellons de calcaire en grande partie reconstruite durant le 13e ou le 14e siècle.
Appellations La Tour d'Ardenay
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Nogent-le-Rotrou - Nogent-le-Rotrou
Adresse Commune : Nogent-le-Rotrou
Adresse : 17 rue de Rhône

L’édifice est identifié par les historiens percherons comme la "Tour d’Ardenay". Il aurait appartenu au seigneur du même nom, un vassal des comtes du Perche ou des seigneurs de Nogent selon les différentes versions des historiens. Pour Bart des Boulais, l’installation du seigneur d’Ardenay est liée aux comtes du Perche, et donc antérieure à 1226. L’auteur précise que la maison est alors augmentée en cens et rente. Pour l’abbé Fret, l’implantation du seigneur d’Ardenay prend place à la fin du 15e siècle. En 1613, la maison appartient au seigneur de la Chenelière. Différents marqueurs stylistiques (porte à arc en plein-cintre légèrement surbaissé et linteau sur coussinets, baie chanfreinée, escalier droit couvert d'une voûte en berceau, enduit peint...) permettent d'avancer une datation pouvant remonter à la seconde moitié du 13e siècle ou au 14e siècle. Néanmoins, l'édifice a fait l'objet de reprises importantes (ouvertures et distribution intérieure) au 19e ou au 20e siècle.

Période(s) Principale : 2e moitié 13e siècle, 14e siècle , (?)
Secondaire : 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle , (?)

L’édifice est implanté le long de la rue de Rhône sur une parcelle qui adopte un plan en L irrégulier. Il compte deux bâtiments. Le premier prend place entre la rue et une cour arrière. Il est doté d’un plan rectangulaire. Le second bâtiment est implanté en retrait de la rue, il est postérieur à 1811 et n'a donc pas été étudié. Ayant été divisé en deux habitations, le bâtiment sur rue est constitué de deux entités pourvues de systèmes de distribution propres. Chacune comprend deux niveaux sous un étage de comble (en surcroit pour la partie sud). Le rez-de-chaussée sur rue de la première maison au nord est entièrement enduit en ciment, tandis que son étage est construit en pierre de taille, sa façade sur cour en moellons et son toit couvert en ardoise. Les étages de cette partie sont distribués par un escalier intérieur droit en bois. La deuxième entité au sud possède des maçonneries de moellons de calcaire et de silex partiellement enduites et une toiture en tuile plate. Les chaînes d'angle et les ouvertures sur rue sont encadrées de pierre de taille, tandis que la façade postérieure compte également des baies pourvues de linteaux en bois ou brique. Cette partie sud possède deux escaliers : l'un tournant en bois, l'autre droit en pierre prend place au sein de la maçonnerie du mur pignon sud. Ce dernier est couvert d'une voûte en plein-cintre légèrement surbaissée qui porte encore la trace d'enduits peints présentant un décor de fleurs quintefeuilles rouges et de fleurs noires en forme de clochette.

Murs calcaire moellon enduit partiel
calcaire moyen appareil
silex moellon enduit partiel
ciment enduit
Toit ardoise, tuile plate
Étages rez-de-chaussée, 1 étage carré, étage de comble, étage en surcroît
Couvrements voûte en berceau plein-cintre
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier droit, en charpente
escalier dans-oeuvre : escalier tournant, en charpente
escalier dans-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
Techniques peinture
Représentations fleur
Précision représentations

La voûte de l'escalier droit en pierre située dans la maçonnerie du mur pignon sud est décorée d'un enduit peint composée de fleurs quintefeuilles rouges et de fleurs noires en forme de clochette.

Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Bibliographie
  • BART DES BOULAIS, Léonard. Recueil des Antiquités du Perche, comtes et seigneurs de la dite province. Publié et annoté par H. Tournouër. Mortagne, Meaux : Pichard-Hayes et Daupeley-L., 1894. (fac-similé de l'édition de Mortagne, 1613).

    p. 92.
  • FRET, Louis-Joseph. Antiquités et chroniques percheronnes. Volume III. Paris : Le Livre d'histoire, 2001. (fac-similé de l'édition de 1838).

    p.161
  • MERLET, Lucien. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Eure-et-Loir, série B. Chartres : Impr. Garnier, 1890.

Périodiques
  • SIGURET, Philippe. Introduction Historique. Les coutumes du Perche. Nogent-le-Rotrou et le Perche nogentais. Cahiers percherons, septembre 1958, n°7.

    p. 15.
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