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Maisons et fermes à Frazé

Dossier IA28000507 réalisé en 2016

Fiche

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Parmi les 207 édifices repérés (158 fermes, 49 maisons) sur le territoire de la commune de Frazé, 19 ont été sélectionnés pour l’étude : 12 fermes et 6 maisons (voir les liens vers les dossiers en question ci-contre).

Repères historiques :

Les maisons se situent pour l’essentiel dans le bourg. Seules 14 maisons dérogent à cette règle.

Les maisons les plus anciennes datent très certainement du 16e siècle ou du début du 17e siècle (pour 6 d’entre elles). Il s’agit de maisons du bourg construites autour de la place du Château et de part et d’autre de la route de Brou (actuelle rue du 8 Mai 1945) par des marchands, des artisans ou des aubergistes.

Ancienne auberge, au 12 rue du 8 Mai 1945, datant du 16e ou du 17e siècle.Ancienne auberge, au 12 rue du 8 Mai 1945, datant du 16e ou du 17e siècle.

De manière générale, une quinzaine de maisons semblent antérieures à la Révolution et conservent des éléments attestant de leur ancienneté (volume général, charpentes et pentes de toit importantes, souches de cheminées imposantes, etc...).

Tout au long du 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle, s’opère une importante phase de construction et de reconstruction du bâti. Ainsi, une partie des maisons préexistantes sont remaniées (agrandissement d’ouvertures, réfection des charpentes et couvertures des pignons) tandis qu’une autre partie est reconstruite in situ. 33 maisons sont construites après la Révolution (16 au 19e siècle, 17 dans la première moitié du 20e siècle). (Les lotissements construits à partir des années 1980 ne sont pas pris en compte dans cette étude)

Ancienne étude notariale et logement du notaire, au 4 rue du 8 Mai 1945, datant de 1904.Ancienne étude notariale et logement du notaire, au 4 rue du 8 Mai 1945, datant de 1904.

Le bourg concentre tout de même une dizaine d’anciennes fermes (converties en maisons). Parmi elles, se trouvent : une vaste ferme, celle du château, et des petites exploitations situées dans les rues des Essarts et des Châteliers. Elles dépendaient quasiment toutes du château, aussi bien celles construites avant que celles édifiées après la Révolution.

Les fermes les plus anciennes datent du 16e siècle (pour 15 d’entre elles, dont le But, le Petit Essart, la Petite Pihourdière, la Touche). Elles disposent de vestiges ou d’éléments structurels de cette époque : ossature en pan de bois, charpentes, corbeaux de cheminées, planchers avec anciens chevêtres de cheminées, etc... Le logis de la ferme du Petit Essart a fait l’objet d’une analyse dendrochronologique datant sa construction des années 1513-1514.

Ferme du Petit Essard, datée des années 1513-1514.Ferme du Petit Essard, datée des années 1513-1514.

56 fermes semblent dater des 17e et 18e siècles. 86 constructions nouvelles ou reconstructions – soit la majorité – sont recensées au 19e siècle et au début du 20e siècle, à l’instar des deux fermes de Montabizard.

Ferme à Montabizard, datée de 1898.Ferme à Montabizard, datée de 1898.

Par contre, la quasi-totalité des fermes ont subi des modifications durant cette période (surtout la seconde moitié du 19e siècle et le début du 20e siècle) à différents niveaux : ajout ou transformation de dépendances, nouveaux percements ou agrandissements d’ouvertures, réfection de charpente, etc... Plusieurs dates (chronogrammes, mentions des matrices cadastrales ou résultats d’analyses dendrochronologiques) attestant de constructions ou de remaniements ont été relevées : 1745, 1774, 1789, 1859, 1862, 1869, 1870, 1872, 1877, 1882, 1887, 1898 (2 fois), 1901 (2 fois), 1900 (3 fois), 1909, 1917, 1922.

Au sein de ce territoire de plateau céréalier et de bosquets, l´habitat se trouve dispersé sur l´ensemble du territoire communal. La commune compte plus de 70 lieux-dits : le bourg, quelques gros hameaux (dont Le Boulay, La Chevillière, Les Houdraises, La Leu, La Lilaudière), et une grande majorité de petits hameaux (comprenant une, deux ou trois fermes), de fermes isolées et moulins.

Structure et composition d´ensemble :

Parmi les 157 fermes repérées, seulement deux possèdent un logis qui ne soit pas attenant aux dépendances agricoles (au bourg au 2, rue du Puits, et au But). 68 sont de type "bloc à terre" simple : un bâtiment rectangulaire abritant sous un même toit le logis et les dépendances. C’est le cas notamment au Boulay, aux Grande et Petite Girouardière, à La Morinière et aux Ouelles.

Ferme de type "bloc à terre", à La Grande Girouardière.Ferme de type "bloc à terre", à La Grande Girouardière.

La plupart des fermes disposent d’un unique bâtiment (93 occurrences). Les autres adoptent un plan plus complexe, comprenant plusieurs bâtiments : 38 fermes en possèdent deux, 18 fermes trois, sept fermes quatre, une ferme cinq et deux fermes six.

Si en grande majorité les fermes sont dites à cour ouverte, une dizaine d’entre elles, essentiellement situées dans la partie est de la commune, possèdent des murets de clôture enfermant la cour. C’est le cas notamment aux Houdraises, à La Leu ou au bourg (ferme du château).

Ferme à cour fermée, aux Houdraises.Ferme à cour fermée, aux Houdraises.

Les bâtiments se répartissent de manière plus ou moins ordonnée : 21 ont des bâtiments en vis-à-vis (qui se font face). C’est le cas notamment au Petit Essart. 24 ont des bâtiments en "L" (La Haie, La Mare aux Joncs, Le Mesnil), 13 ont des bâtiments en "U" (La Chevillière, Les Petites Fleuveries, La Pacoterie) et 11 des bâtiments en "O" (Aigrefoin, La Huvetière, L’Orme).

Ferme en "L" au Mesnil.Ferme en "L" au Mesnil.

Ces fermes résultent parfois de l’évolution d’une ferme bloc-à-terre simple qui s’est agrandie au fil du temps. Les types de fermes à cour les plus représentés semblent être la ferme à plusieurs bâtiments en vis-à-vis ou en "L". Atypique par la pierre de taille calcaire employée dans les encadrements d’ouvertures et les chaînages d’angle, l’exemple de la Petite Girouardière est pourtant assez représentatif des petites fermes du secteur : la façade principale, celle qui reçoit l’essentiel des ouvertures, est orientée au sud – sud-ouest. La partie ouest du bâtiment a une vocation essentiellement domestique. On y trouve la salle, une chambre, le fournil, mais également l’écurie – le cheval étant l’animal le plus fragile et le plus cher de la ferme, il est logique que l’on garde un œil dessus. La laiterie et la cave se situent sous un appentis à l’arrière de cette même partie ouest, profitant d’une fraîcheur et d’une humidité relativement constantes. La partie est est dédiée à l’exploitation agricole : étable, bergerie, toit à porcs, pressoir, grange avec aire à battre. Le traitement n’est pas le même suivant ces différentes parties d'édifice et suivant l’orientation : la façade principale de la partie domestique en maçonnerie de silex et encadrement en calcaire est beaucoup plus soignée que la façade arrière ou que la partie exploitation, essentiellement construite en bauge.

Plan schématique au sol de la ferme de La Petite Girouardière.Plan schématique au sol de la ferme de La Petite Girouardière. Façade principale de la partie ouest de la ferme de La Petite Girouardière.Façade principale de la partie ouest de la ferme de La Petite Girouardière.

La quasi-totalité des logis des fermes sont en rez-de-chaussée (154 spécimens), surmontés d’un comble à surcroît (pour 2 d’entre eux à La Haie et à La Mânerie). Seul quatre logis disposent d’un étage carré : Montabizard, la Petite Girouardière, la Pihourdière et au bourg.

Pour les maisons, 36 (soit 73%) sont en rez-de-chaussée (dont 5 surmontées d’un comble à surcroît). 11 d’entre elles (soit 27%) s’élèvent sur deux niveaux habitables (rez-de-chaussée et un étage carré). Concernant la distribution, toutes les maisons disposent de deux pièces (par niveau dans le cas de maisons à étage) au minimum, généralement réservées à la salle et à la chambre (surmontées de 2 chambres à l’étage). Témoins d’une importante activité commerciale, six maisons à boutique sont recensées. Le rez-de-chaussée abrite la partie commerce alors que l’étage est réservé à l’habitation. Deux maisons disposent d’une aile en retour d’équerre à l’arrière, à l’instar des auberges (non comptabilisées dans cette partie). Trois maisons situées au Cormier, au Champs de Mars et à L’Orme entrent dans la catégorie des maisons de maître. S’élevant sur deux niveaux, elles possèdent un toit à longs pans et à croupe (voire en pavillon comme au Champs de Mars), couverts en ardoise. Leurs façades, à l’instar de bon nombre de maisons à étage du bourg, sont rythmées par des travées d’ouvertures.

Matériaux et mises en œuvre :

Les matériaux de construction sont très nombreux et diversifiés. Le sous-sol local, relativement pauvre en pierre, fournit tout de même deux matériaux essentiels dans les constructions anciennes : la terre argileuse et le silex.

Le silex :

Provenant du "dé-pierrage" des champs, les rognons de silex sont utilisés tels quels ou cassés en moellons plus petits. Ils sont liés par un mortier chaux / sable (voire même à la terre) et sont largement employés dans les constructions de maisons et de fermes, surtout à partir du 19e siècle.

Mise en oeuvre en moellons de silex, au Petit Essard.Mise en oeuvre en moellons de silex, au Petit Essard.

La bauge :

Provenant du sous-sol argileux, la terre crue est mise en œuvre sous forme de bauge, associée à des fibres végétales telles que le genêt et sur le principe de l’empilement (non banché). Les murs en terre sont montés sur des solins maçonnés en moellons de silex (pour éviter les remontées d’humidité) et sont couverts d’un enduit plein (chaux / sable) évitant les infiltrations d’eau et protégeant le mur. Ce type de mise en œuvre est très répandu dans l’architecture traditionnelle, et ce dès le 17e siècle. Un contrat de maçonnerie de l’orangerie du château de Frazé, daté du 8 septembre 1665, fait ainsi état de "mur en bauge" et de "bousillage". Les témoins actuels de cette technique semblent dater du 18e et du 19e siècle.

Mise en oeuvre en terre crue (bauge), aux Houdraises.Mise en oeuvre en terre crue (bauge), aux Houdraises.

Le pan de bois :

De nombreuses constructions – les plus anciennes, souvent antérieures au 18e siècle – sont en pan de bois. Des exemples intéressants subsistent notamment au Petit Essart, au But, à La Petite Pihourdière et au Grand Cormier. Le pan de bois, hourdé en terre, repose également sur un solin maçonné en moellons de silex. Il a souvent été remplacé par des murs maçonnés en pierre, à partir du 18e siècle (et surtout au 19e siècle) en ce qui concerne les murs extérieurs - la structure en pan de bois (poteaux, cloisonnement, etc.) restant alors visible à l’intérieur des bâtiments. Ce phénomène, déjà bien identifié et étudié par les historiens de l’art dans d’autres régions, se nomme "pétrification du pan de bois" (un exemple très significatif subsiste à La Ferrière).

Mise en oeuvre en pan de bois d'une grange, au Souchet.Mise en oeuvre en pan de bois d'une grange, au Souchet.

La brique :

Cuite dans les tuileries locales - notamment les trois tuileries-briqueteries de Frazé (celle du bourg qui a certainement été mise en place pour la construction du château à la fin du 15e siècle, celles du Champs de Mars et de la Tuilerie Neuve datant de la seconde moitié du 19e siècle) - la brique est largement employée, notamment pour les encadrements de baies (dès le 17e siècle), les chaînages d’angle et les corniches, plus rarement pour la construction des murs comme à La Pichonnière et à La Toucauderie.

Mise en oeuvre en brique, sur une dépendance à La Pichonnière.Mise en oeuvre en brique, sur une dépendance à La Pichonnière.Mise en oeuvre de la brique et du silex, sur une dépendance au bourg.Mise en oeuvre de la brique et du silex, sur une dépendance au bourg.

Le grison :

Il s’agit d’un agglomérat (poudingue) constitué de silex et de sable qui présente une couleur gris sombre. Extrait des labours, Il a pour caractéristique d’être assez "tendre" après extraction, mais il durcit considérablement en séchant. Le grison est employé dans les maçonneries les plus anciennes, en soubassement (château de Frazé) ou dans les contreforts (église paroissiale). On le retrouve également dans les mises en œuvre, souvent associé au silex.

Mise en oeuvre du grison et du silex, sur le pignon d'une dépendance de la ferme de L'Orme.Mise en oeuvre du grison et du silex, sur le pignon d'une dépendance de la ferme de L'Orme.

Le "roussard" :

Ce grès ferrugineux localement appelé aussi "pierre de Saint-Denis", car extrait des carrières de Saint-Denis-d’Authou, est employé de manière sporadique sous forme de pierre de taille, aussi bien en gros-œuvre qu’en encadrements d’ouvertures et chaînages d’angle.

Mise en oeuvre en pierre de taille de roussard et de calcaire, au niveau du pilier de l'ancien portail de la ferme du château, au bourg.Mise en oeuvre en pierre de taille de roussard et de calcaire, au niveau du pilier de l'ancien portail de la ferme du château, au bourg.

Le calcaire :

De même, le calcaire nommé "craie de Rouen" est importé du secteur de Nogent-le-Rotrou. On le retrouve de manière très minoritaire sous la forme de pierre de taille au niveau des encadrements d’ouvertures et des chaînages d’angle des demeures seigneuriales (château de Frazé, manoirs du Châtellier et de Carcahut) mais également de quelques fermes (La Ferrière, La Petite Girouardière).

Couvertures :

Les toits des maisons et des fermes sont en général à longs pans et à croupe (plus rarement : une quinzaine de cas au bourg, au Boulay, au Cormier et à Montabizard). Les couvertures sont majoritairement en tuile plate provenant, comme les briques, des tuileries-briqueteries des alentours. Une douzaine de bâtiments agricoles, de logis de fermes et de maisons sont couverts en tuile mécanique (quartier de la Gare, Le Phayes, Le Petit But, Le Boulay, Le Mesnil, etc...). Issus de l’artisanat local, quelques épis de faîtage ornent certaines toitures, notamment au bourg, au Calvaire et à La Ferrière. L´ardoise apparaît à partir de 1850, en lien avec le développement et l’arrivée du chemin de fer (vers 1900), aussi bien sur les toits des fermes que des maisons (82 occurrences : au bourg, au Cormier, aux Haies, aux Houdraises).

Toiture en ardoise d'une maison du bourg, au 15 rue du 8 Mai 1945.Toiture en ardoise d'une maison du bourg, au 15 rue du 8 Mai 1945.

Commanditaires :

En ce qui concerne les constructions les plus anciennes, bon nombre de maisons et de fermes dépendaient de seigneuries locales. Ce sont d’ailleurs les seigneurs de Frazé qui ont accordé à plusieurs individus tout au long du 16e siècle le droit de bâtir les premières maisons du bourg, reconstruites suite à la Guerre de Cent ans sous certaines conditions (payement de cens, rentes, droits de coutume, de corvée, etc.). Sous l’Ancien Régime, toutes les maisons et fermes se situaient sur le territoire de seigneuries (de Frazé, de l’Essart, de Carcahut, du Grand Écossé, d’Ézanville, de l’Orme, de Laleubelouis, de La Ferrière, du Châtellier). Les fermes appartenaient à la classe paysanne qui devait rendre hommage et payer des taxes à leur suzerain. Après la Révolution, les maisons et les fermes sont construites par des commanditaires issus de la paysannerie et par quelques notables ruraux. À noter également la reconstitution de l’ancien domaine seigneurial de Frazé par le propriétaire du château de Frazé à la fin du 19e siècle, Joseph Dulong de Rosnay. Ce dernier est le commanditaire d’importants travaux effectués à La Ferrière, au Calvaire, au Petit Essard, à La Mânerie.

Conclusion :

L´architecture rurale de Frazé a connu de nombreux remaniements au cours des siècles suite à l´évolution des manières de vivre. La prédominance de fermes de dimensions importantes et d’implantation ancienne reflète une activité agricole prospère dans ce secteur, favorisée par la qualité des terres agricoles. Cette activité connaît son apogée entre le milieu du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle, comme le montre la vague importante de reconstructions, de remaniements et d´accroissements de bâtiments, notamment des dépendances agricoles.

Le bourg, La Ferrière, Le Grand Cormier, La Grande Girouardière, L’Orme, Le Petit Essard, conservent des réalisations marquantes de l´architecture rurale de la commune.

Aires d'études Parc naturel régional du Perche
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Frazé
Période(s) Principale : 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle

Références documentaires

Bibliographie
  • FISHER, Roger. Les maisons paysannes du Perche. Paris : Eyrolles, Maisons paysannes de France, 1994.

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