Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Maisons et fermes à Thiron-Gardais

Dossier IA28000496 réalisé en 2014

Fiche

Voir

Parmi les 106 repérages (32 fermes et 74 maisons), 12 ont été sélectionnés pour l’étude : 7 fermes et 5 maisons (voir colonne de droite).

Repères historiques :

Les maisons se situent pour l’essentiel au bourg. Seules 7 maisons dérogent à cette règle (parmi elles, 2 sélectionnées et 5 repérées).

Les maisons les plus anciennes datent très probablement des 16e (pour 3 d’entre elles) et 17e siècles (13 d’entre elles). Il s’agit de maisons du bourg construites en périphérie de l’ancienne abbaye par des marchands ou des artisans, profitant de l’effervescence occasionnée par le monastère pour commercer. Maison au bourg.Maison au bourg.De manière générale, une trentaine de maisons semble antérieure à la Révolution et conserve des éléments significatifs de cette période (volume général, charpente et pentes de toit importantes, souches de cheminées imposantes, pignons découverts, etc.). Tout au long du 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle s’opère une importante phase de construction et de reconstruction du bâti. Ainsi, une partie des maisons préexistantes est remaniée (agrandissement d’ouvertures, réfection des charpentes et couverture des pignons) tandis qu’une autre partie est reconstruite in situ. 44 maisons sont construites après la Révolution (17 au 19e siècle, 15 à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle et 12 dans la première moitié du 20e siècle).Alignement de maisons au bourg, rue Alfred Chasseriaud.Alignement de maisons au bourg, rue Alfred Chasseriaud.

À l’exception de 2 anciennes fermes (converties en maisons) situées au bourg (une qui dépendait de l’abbaye, au sud du collège militaire, l’autre – la ferme de la Motte – aujourd’hui englobée dans les lotissements au sud du bourg), toutes se trouvent à l’extérieur du bourg. Les fermes les plus anciennes datent du 16e siècle (pour 5 d’entre elles : les Aulnays, la Bougarderie, la Chalopinière, la Folie et la Palfaudière). Elles disposent de vestiges ou d’éléments structurels de cette époque : corbeaux de cheminées, planchers avec anciens chevêtres de cheminées, charpentes anciennes, ossatures en pan de bois, etc. Le logis de la ferme de la Chalopinière a fait l’objet d’une analyse dendrochronologique datant sa construction des années 1567-1568.Ferme à la Chalopinière.Ferme à la Chalopinière. 18 fermes - soit une grande majorité - semblent dater des 17e et 18e siècles. Seulement 9 constructions nouvelles (ou reconstructions) sont recensées au 19e siècle, à l’instar de la ferme sud de Coudelée. Ferme à Coudelée.Ferme à Coudelée.Par contre, la quasi-totalité des fermes a subi des modifications durant cette période (surtout la seconde moitié du 19e siècle et le début du 20e siècle) à différents niveaux : ajout ou transformation de dépendances, nouveaux percements ou agrandissements d’ouvertures, réfection de charpente, etc.

Plusieurs dates (chronogrammes, mentions des matrices cadastrales ou résultats d’analyses dendrochronologiques) attestant de constructions ou de remaniements ont été relevées : 1567, 1702, 1732, 1781, 1815, 1842, 1938.

Au sein de ce territoire de plateau céréalier et de bosquets, l´habitat se trouve dispersé sur l´ensemble du territoire communal. La commune compte une trentaine de lieux-dits : le bourg, trois hameaux (Coudelée, le Plessis et les Sècheraies) et plus de 25 fermes isolées et moulins.

Structure et composition d´ensemble :

Parmi les 32 fermes repérées, aucune ne possède un logis qui ne soit pas attenant aux dépendances agricoles. 7 sont de type "bloc à terre" simple : un bâtiment rectangulaire abritant sous un même toit le logis et les dépendances. C’est le cas notamment aux Bordeaux, à la Maison Neuve ou à la Sècheraie. Ferme à la Sècheraie.Ferme à la Sècheraie.La plupart des fermes adopte un plan plus complexe comprenant plusieurs bâtiments.

14 fermes possèdent deux bâtiments, 8 fermes en possèdent trois et 3 fermes en possèdent quatre. Ce sont des fermes dites à cour ouverte dont les bâtiments se répartissent de manière plus ou moins ordonnée : 4 ont des bâtiments en vis-à-vis (qui se font face). C’est le cas notamment à la Morlière. 8 ont des bâtiments en "L" (le Bois Margot, la Bougardière), 7 ont des bâtiments en "U" (la Forest, la Tuilerie) et 4 des bâtiments en "O" (les Aulnays, la Chambrie).Ferme du Bois Margot, plan en "L".Ferme du Bois Margot, plan en "L".

Ces fermes à cour ouverte résultent parfois de l’évolution d’une ferme bloc-à-terre simple qui s’est agrandie au fil du temps. Les types de fermes à cour les plus représentés semblent être la ferme en "L" et en "U". L’exemple du Plessis est très représentatif : au nord de la cour se trouve le bâtiment principal dont la façade est orientée au sud et qui abrite sous un même toit le logis (salle et chambre) et des dépendances (écurie, cellier). Contre son pignon oriental, un appentis abritant la voûte du four à pain est accolé : ce four se situe entre la laiterie et la soue, elles aussi placées sous l'appentis. Les granges, remises, étables et écuries se répartissent en trois bâtiments (à l’ouest, au sud-ouest et au sud-est du premier) ménageant une cour ouverte au sud sur la mare.Ferme du Plessis, plan masse.Ferme du Plessis, plan masse.

Ferme du Plessis, plan schématique au sol du bâtiment principal.Ferme du Plessis, plan schématique au sol du bâtiment principal.La quasi-totalité des logis des fermes sont en rez-de-chaussée (31 spécimens) surmontés d’un comble à surcroît pour 2 d’entre eux). Un seul logis dispose d’un étage carré à la ferme de la Chalopinière.

Pour les maisons, 40 (soit 54%) sont en rez-de-chaussée (dont 5 surmontées d’un comble à surcroît). 34 d’entre elles (soit 46%) s’élèvent sur deux niveaux habitables (rez-de-chaussée et un étage carré). Adaptées à la déclivité naturelle du terrain, 17 maisons disposent d’un étage de soubassement souvent accessible de plain-pied en façade postérieure. Concernant la distribution, la majorité des maisons sont à 2 pièces (par niveau dans le cas de maisons à étage) généralement réservées à la salle et à la chambre (surmontées de 2 chambres à l’étage). 9 maisons ne disposent que d’une pièce, la salle. Témoins d’une importante activité commerciale, 18 maisons à boutique sont recensées. Le rez-de-chaussée abrite la partie commerce alors que l’étage est réservé à l’habitation. Plusieurs d’entre elles adoptent un plan double en profondeur (5 spécimens) ; la pièce arrière pouvant servir de réserve au commerce. 9 maisons disposent d’une aile en retour d’équerre à l’arrière à l’instar des auberges (non comptabilisées dans cette partie). Enfin, 9 maisons à étage possèdent des façades à travées, ordonnancées à trois travées pour 5 d’entre elles.

Matériaux et mises en œuvre :

Les matériaux de construction sont très nombreux et diversifiés. Le sous-sol relativement pauvre en pierre (ici, des argiles à silex) offre des moellons de silex. Ces deniers sont liés par un mortier chaux / sable (voire même à la terre) et sont beaucoup employés dans les constructions de maisons et de fermes, surtout à partir du 19e siècle. La mise en œuvre de la terre crue est également présente sur le territoire communal. Les murs en terre sont montés sur des solins maçonnés en moellons de silex (pour éviter les remontées d’humidité) et sont couverts d’un enduit plein (chaux / sable) évitant les infiltrations d’eau. Mise en oeuvre de la terre crue sur solin maçonné en silex à la Chambrie.Mise en oeuvre de la terre crue sur solin maçonné en silex à la Chambrie.Devenu minoritaire, il en subsiste quelques spécimens, le plus souvent des petites dépendances de fermes, notamment à la Chambrie. De nombreuses constructions, souvent antérieures au 18e siècle, sont en pan de bois. Des exemples intéressants subsistent notamment à la Bougarderie, à la Chalopinière et à Gardais. Le pan de bois, hourdé en terre, repose également sur un solin maçonné en moellon de silex. Il a souvent été remplacé par des murs maçonnés en pierre à partir du 18e siècle (et surtout au 19e siècle) en ce qui concerne les murs extérieurs - la structure en pan de bois (poteaux, cloisonnement, etc.) restant alors visible à l’intérieur des bâtiments. Ce phénomène, déjà bien identifié et étudié par les historiens de l’art dans d’autres régions, se nomme "pétrification du pan de bois" (2 exemples très significatifs à la Folie et aux Raffarinières).Mise en oeuvre en pan de bois, à la Folie.Mise en oeuvre en pan de bois, à la Folie. Cuite dans les tuileries locales - notamment au lieu-dit "la Tuilerie" où, comme son nom l’indique, se situait une tuilerie-briqueterie jusqu’à la fin du 19e siècle - la brique est largement employée, notamment pour les encadrements de baies (dès le 17e siècle), les chaînages d’angle et les corniches, plus rarement (et tardivement : pas avant la fin du 19e siècle) pour la construction des murs comme aux Raffarinières.Encadrement de fenêtre et corniche en brique (17e - 18e siècle ?) à l'ancienne boulangerie de l'abbaye.Encadrement de fenêtre et corniche en brique (17e - 18e siècle ?) à l'ancienne boulangerie de l'abbaye. Le "roussard" - un grès ferrugineux localement appelé "pierre de Saint-Denis" car extrait dans les carrières de Saint-Denis-d’Authou - est largement employé, aussi bien en gros-œuvre sous forme de moellon qu’en encadrement d’ouvertures et en chaînage d’angle.Mise en oeuvre et jambages d'une porte en roussard aux Aulnays.Mise en oeuvre et jambages d'une porte en roussard aux Aulnays. De même, le calcaire nommé "craie de Rouen" est importé du secteur de Nogent-le-Rotrou. On le retrouve aussi bien dans les maçonneries sous forme de moellons que dans les chaînes d’angle, les encadrements des baies et les corniches.

Commanditaires :

En ce qui concerne les constructions les plus anciennes, bon nombre de maisons et de fermes située sur la partie ouest du territoire communal ont été construites pour l’abbaye de Thiron. La toponymie de certains lieux-dits évoquent d’ailleurs l’appartenance monastique (ou tout au moins le lien avec l’abbaye) comme "le Bois aux Clercs" par exemple. Les études historiques ont également déterminé que plusieurs fermes dépendaient de l’abbaye. C’est le cas notamment des Aulnays, de Coudelée et de la Vallée. Les moines y plaçaient des paysans pour exploiter les terres et récupérer des vivres sous forme de taxes. Après la Révolution, les maisons et les fermes sont construites par des commanditaires issus de la paysannerie et quelques notables ruraux.

Couvertures :

Les toits des maisons et des fermes sont en général à longs pans et à croupe (plus rarement : une quinzaine de cas au bourg, à la Tuilerie et à la Forest). Les couvertures sont majoritairement en tuile plate provenant, comme les briques, des tuileries-briqueteries des alentours. Certains bâtiments agricoles sont couverts en tuile mécanique (au bourg : 35 rue du Commerce et 2 rue Jean Moulin, et à la Sècheraie). Issus de l’artisanat local, quelques épis de faîtage ornent des toitures, notamment à la Tuilerie et au bourg. L´ardoise apparaît à partir de 1850 aussi bien sur les toits des fermes que des maisons (18 occurrences : au bourg, au Bois Margot, au Bois aux Clercs et au Plessis).

Conclusion :

L´architecture rurale de Thiron-Gardais a connu de nombreux remaniements au cours des siècles suite à l´évolution des manières de vivre. La prédominance de fermes de dimensions importantes et d’implantation ancienne reflète une activité agricole prospère dans ce secteur, sous l’impulsion de l’abbaye de Thiron. Le bourg - dont la vocation dans un premier temps commerciale (artisanat et commerce dus à la présence de l’abbaye) puis administrative (chef-lieu de canton après la Révolution) sont toujours bien lisibles dans l’architecture urbaine - conserve de nombreuses maisons à boutique et auberges. Ces activités connaissent leur apogée entre le milieu du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle comme le montre la vague importante de reconstructions, de remaniements et d´accroissements de bâtiments, notamment des dépendances agricoles.

Le bourg, la Bougarderie, la Chalopinière, Coudelée, Gardais, le Moulin de la Gâtine, Moulin Trouvé, Pinodier, le Plessis et la Tuilerie conservent des réalisations marquantes de l´architecture rurale de la commune.

Aires d'études Parc naturel régional du Perche
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Thiron-Gardais
Période(s) Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Parc naturel régional du Perche - Maillard Florent