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Miermaux : manoir

Dossier IA28000630 réalisé en 2019

Fiche

Á rapprocher de

Parties constituantes non étudiées écurie, remise, grange, colombier
Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Parc naturel régional du Perche - Nogent-le-Rotrou
Adresse Commune : Trizay-Coutretot-Saint-Serge
Lieu-dit : Miermaux
Cadastre : 1811 A 184 ; 2019 B1 435

Une forge, alimentée par les sablières de Rougemont (Vichères) et de Saint-Serge, est attestée à Miermaux dès le Moyen-Âge central (12e siècle). Un incendie est signalé en 1356, ainsi qu’une reconstruction en 1545. L’affinerie de « Miarmoust » est en activité en 1548, probablement alimentée en fonte par le haut fourneau de la Sohorie, établi vers 1538. Peu d’actes concernent cet établissement, qui fonctionne au moins jusqu’en 1555. Propriété de la famille Peau, de Nogent, peut-être parente des maîtres de forges de La Chaux, du Moulin Colin et de Carrouges à la fin du XVIe siècle, l’affinerie de Miarmoust était, de 1548 à 1555, exploitée par Pierre le Mercier. Aucune trace de l’établissement métallurgique ne nous est parvenue, si ce n'est une quantité importante de laitier présente dans le sol sur tout le site.

Le 3 août 1604, la terre de Miermaux est vendue par les héritiers des défunts Jacques le Mercier, sieur de Miermaux, et Jacqueline Bouteville. Robert Maugars, sieurs de Tremblay, et son épouse Françoise Lesueur, se portent adjudicataires pour la somme de 8 624 livres. Maugars, bourgeois enrichi par son mariage et ses années de services comme marchand pourvoyeur du comte de Soissons (résidant au château Saint-Jean) depuis 1592, se fait construire un manoir au cours du premier quart du 17e siècle, à proximité des ruines de l'ancienne affinerie. Pour cela, il inscrit la construction dans son époque par le style Renaissance des ornements d'ouvertures et des huisseries (Henri IV et Louis XII), par son plan et ses façades sobres (tour d'escalier dans-œuvre, travées d'ouvertures, recherche de symétrie). Il est probablement à l'initiative de la construction des deux granges, de l'étable et du colombier présents sur le plan cadastral de 1811. L'accès principal se faisait par le nord-ouest (axe repris par la voie de chemin de fer vers 1908) tandis que l'accès secondaire - devenu le seul accès aujourd'hui - traversait à gué la Berthe au nord de la propriété (pont en bois construit fin 19e siècle). Après la Révolution, le manoir devient une ferme. La cuisine de l'étage de soubassement devient une cave; un four à pain et une laiterie sont construits sous un appentis accolé au pignon sud (accès au four par la cheminée de la salle sud). En 1811, un certain Tauzé, rentier à La Flèche, en est le propriétaire. Miermaux est baillé à ferme tout au long du 19e siècle à des locataires successifs. Eugène Neveu, cultivateur, vit à Miermaux et sa famille dès 1903. Son fils Alexandre Cirou Neveu, également cultivateur, en devient propriétaire en 1924. Il est très probablement le commanditaire des travaux de réaménagement de la ferme : construction des toits à porcs et du fournil, percement de nouvelles ouvertures en brique sur les dépendances.

L'activité agricole cesse au troisième quart du 20e siècle. Le logis manorial a subi des transformations au quatrième quart du 20e siècle : enduit ciment en façade principale, meneaux et traverses restituées en béton, escalier extérieur et perron reconstruit en béton, cloisonnement et subdivision de la salle nord et transformation du grenier nord (étage de comble) en chambre (percement d'une lucarne en béton).

Période(s) Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Dates
Auteur(s) Personnalité : Maugars Robert, commanditaire, attribution par source

Le manoir de Miermaux se situe au fond de la vallée de la Berthe, à un kilomètre au sud-est du bourg de Trizay. Il comprend cinq bâtiments, organisés en "O" autour d'une cour ouverte.

À l'angle sud de la cour se trouve le logis manorial. Adapté à la déclivité du terrain, il s'élève sur un étage de soubassement, un rez-de-chaussé surélevé (accessible de plain-pied à l'est) et un étage de comble desservis par un escalier en vis compris dans une tour dans-œuvre. La façade principale est orientée à l'ouest sur la cour. Un escalier extérieur droit donne accès au perron et à la porte d'entrée. Cette dernière reçoit un décor Henri IV et Louis XIII : chambranle mouluré, jambages saillants se terminant par des colonnettes à chapiteau ionique portant un fronton cintré brisé coiffé d'un vase sculpté. La porte, qui a conservé son huisserie d'origine, donne dans la tour d'escalier. Elle forme une travée d'ouvertures avec la lucarne en demi-croisée qui la surmonte et qui éclaire la partie supérieure de la tour d'escalier. À l'étage de soubassement se trouvent plusieurs pièces voûtées dont l'ancienne cuisine au nord (qui conserve sa cheminée), l'arrière-cuisine, quatre caves et/ou celliers et deux vestibules. Depuis la cave sud-ouest, un escalier de service très pentu donne accès à une vraisemblable chambre de domestique au niveau supérieur. Le rez-de-chaussée surélevé comprend deux grandes salles distribuées par la tour d'escalier. La salle nord bénéficiait de beaucoup de lumière par ses cinq baies (deux croisées et trois demi-croisées) alors que la salle sud ne possède que deux croisées (une porte obstruée à l'est donnait accès de plain-pied au jardin). Les encadrements de ces ouvertures ainsi que leurs appuis sont à chambranles moulurés. De style Renaissance, la cheminée monumentale de la salle sud dispose de piédroits saillants à deux pilastres, de corbeaux en doucine et d'un manteau mouluré portant une hotte droite couronnée d'une large corniche. Le fond de cheminée a été percé postérieurement d'une niche et d'une entrée de four (voûte du four détruite mais bouche toujours visible). Deux portes encadrant la cheminée permettaient l'accès à des probables cellier et laiterie. De l'autre côté de la pièce, une dernière porte donne accès à la chambre de domestique. La cheminée de la salle nord du même style que la précédente se démarque par ses piédroits assez frustres en volute se terminant par une colonnette surmontée d'un chapiteau ionique. À l'arrière de la tour d'escalier, se situe une petite chambre, à l'étage entresolé au-dessus de la chambre de domestique. Une lucarne en demi-croisée à chambranle mouluré éclaire la pièce. Cette dernière possède une cheminée de style similaire aux précédentes : piédroits saillants à volute sculptée, console ornée de glyphes, manteau mouluré, hotte droite sans décor et large corniche. L'étage de comble servait de grenier, tout comme le faux-comble accessible par des échelles de meunier depuis l'étage de comble. La balustrade en bois qui surmonte la cage d'escalier (balustres et appuis sculptés) est probablement d'origine. Un pigeonnier, installé tardivement au-dessus de la balustrade conserve une partie de son cloisonnement léger en bois. Les planchers sont d'origine également, tout comme la charpente constituée de cinq fermes de comble (la ferme centrale étant réduite, coiffant simplement le mur de refend sud). Les autres fermes sont constituées d'un entrait (faisant office de poutre maîtresse soutenant les solives du plancher du grenier), d'un faux-entrait (poutre maîtresse du plancher du faux-comble), d'un poinçon court (pénétrant dans le faux-entrait), de jambes de force, de blochets et d'arbalétriers. Des pannes faîtières et sous-faîtières reliées entre elles par des liens obliques assurent un bon contreventement.

Au sud-ouest de la cour se situe une grande dépendance agricole servant de grange, d'étable et d'écurie. La partie la plus ancienne, la grange, possède des murs gouttereaux en pan de bois (pignons reconstruit tardivement en pierre) et une charpente à cinq fermes d'origine. En retour d'équerre au nord-ouest se situe une étable accolée au pigeonnier. De plan carré, ce dernier s'élève sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée percé d'une porte et d'une petite fenêtre donnant sur la cour (fonction défensive possible, à en croire les deux meurtrières encadrant l'angle nord, juste au niveau du portail d'entrée). À l'étage, les murs intérieurs sont aménagés pour recevoir les boulins (lits de pierre de taille calcaire alternativement ajourés). La charpente d'origine en enrayure est également conservée.

Au nord-est de la cour se trouve un autre bâtiment d'exploitation formant un "L" et comprenant plusieurs corps. Aux extrémités des deux ailes se situent une grange et une étable au nord, ainsi que des étables au sud-est, bâtiments reliés entre eux par un hangar construit tardivement. La partie grange conserve son mur postérieur en pan de bois. Un fournil et une remise accolée complètent l'ensemble.

Les murs sont en moellons de calcaire couvert d'un enduit plein (à l'exception des murs des dépendances les plus anciennes, en pans de bois hourdés en torchis ou en maçonnerie). Les encadrements des baies et les chaînages d'angles sont en pierre de taille calcaire (sauf certaines ouvertures de dépendances en briques, et plusieurs en béton sur le logis). Les toits à longs pans et en pavillon (pigeonnier) sont couverts en tuile plate.

Murs calcaire moellon enduit
torchis pan de bois enduit
Toit tuile plate
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, étage de comble, entresol
Couvrements voûte en berceau
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
toit en pavillon
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis, en maçonnerie

Le manoir de Miermaux est atypique à bien des titres :

- son implantation en fond de vallée très peu stratégique et défensive qui s'explique par la présence d'une ancienne affinerie,

- sa construction tardive, au début du 17e siècle, époque à laquelle les "maisons" de campagne sont délaissées par les puissants au profit des hôtels particuliers des villes,

- son commanditaire, Robert Maugars, riche bourgeois qui parvient dès 1620 à la noblesse en achetant une charge de conseiller du roi et qui, à l'instar des grands seigneurs locaux, tente de se constituer un domaine foncier autour de Miermaux en acquérant la terre de la Gadelière et en réaménageant le manoir,

- son plan : tour d'escalier dans-œuvre, une cuisine et des caves à l'étage de soubassement, 2 grandes salles et une chambre de domestique au rez-de-chaussée surélevé, une chambre seigneuriale au-dessus

- son décor sobre mais raffiné d'influence Renaissance : une travée d'ouverture centrale pour chaque façade, une recherche de symétrique, des chambranles moulurés ornant les baies, des tympans de la porte d'entrée et des lucarnes probablement inspirés de ceux de la maison du Bailli à Nogent-le-Rotrou, des cheminées monumentales.

Il constitue un édifice majeur à l'échelle de la commune et du Parc du Perche ainsi qu'un exemple de manoir tardif du Perche.

Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales d'Eure-et-Loir ; 3 P 5637-5645. Plans cadastraux des communes de Trizay, Coutretôt et de Saint-Serge. 1811-1812.

  • Archives départementales d'Eure-et-Loir ; 3 P 2901-2907. Matrices cadastrales de la commune de Trizay-Coutretôt-Saint-Serge.

Bibliographie
  • BELHOSTE, Jean-François, LECHERBONNIER, Yannick, ARNOUX, Mathieu, ARRIBET, Danielle, AWTY, Brian G., RIOULT, Michel. La métallurgie normande, XIIe - XVIIe siècles. La révolution du haut fourneau. Caen : Association Histoire et patrimoine industriels de Basse-Normandie, 1991 (Cahiers de l'Inventaire, n° 14), 322 p.

  • PROVOST, Gilles. Maison des champs du Perche nogentais, 1450-1560. Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art sous la direction de Jean Guillaume : Université François Rabelais : Tours : 1992.

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