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Ouvrage avancé : la demi-lune

Dossier IA37005798 inclus dans Enceinte castrale réalisé en 2006

Fiche

Précision dénomination demi-lune
Dénominations ouvrage fortifié, enceinte, ouvrage avancé
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château-d'Amboise

La demi-lune actuelle date du XVIIe siècle, probablement de Louis XIII. Tant ses caractéristiques constructives (proches de celles de l'enceinte bastionnée de Saumur) que le contexte historique le laissent supposer. Néanmoins, elle dut reprendre l'emplacement et une partie des structures d'un ouvrage antérieur.

Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle

La contrescarpe prenant place à 40 m du rempart oriental, on peut supposer qu'elle fut mise en place dès les travaux de Charles VIII (1483-1498) qui semble bien avoir fortifié cette entrée, en témoigne la canonnière à la française découverte dans le soubassement de la tour ruinée. Cette distance permet en effet d'être couverte par le tir d'une arquebuse légère qui couvre aisément 40 m à 50 m sans toutefois excéder les 80 m à 90 m. Par ailleurs, la pile centrale du pont dormant qui franchit aujourd'hui le fossé a été étayée de deux puissantes maçonneries. Deux coups de sabre se distinguent et rien n'empêche de supposer que la pile centrale soit celle de l'ouvrage primitif. Au sein de la maçonnerie de la contrescarpe, on observe deux coups de sabre correspondant à des changements nets de maçonnerie. Tandis que la partie centrale de la contrescarpe - appartenant à la contrescarpe primitive - présente un moyen appareil qui s'étend sur 30 m, les parties collées de part et d'autre de ce mur sont aussi en moyen appareil mais chaînées. Les harpes correspondent sans doute à des contreforts intérieurs, un système théorisé par Jean Errard (1554-1610). On peut donc supposer que la contrescarpe centrale correspond au premier ouvrage avancé (sans doute dernier tiers du XVe siècle, contemporain de la porte à tambour) et qu'elle fut ensuite allongée lors de la mise en place de la demi-lune que nous connaissons. La demi-lune présente sa pointe - dite capitale - face au pont qui traverse le fossé. Elle est bordée d'un large fossé de 16 m pour 7 m de profondeur. Ainsi les fentes de tir ménagées dans les faces de l'ouvrage se trouvent à environ 1 m au-dessus du niveau du fond du fossé, tandis que le terre-plein de la demi-lune se situe environ 1,5 m sous le niveau du chemin couvert faisant le tour du fossé. On peut en effet parler de chemin couvert puisque, d'une part, cette différence de niveau existe encore aujourd'hui et que, d'autre part, sur le plan de 1815 - qui en raison des remaniements récents est plus complet que ce que nous pouvons relever aujourd'hui sur le terrain - son emplacement apparaît. Toutefois son parapet de défilement a déjà disparu en 1815. Le procès-verbal de 1761 complète notre connaissance des lieux. Aujourd'hui on accède à la demi-lune par une vis en pierre à l'aplomb de laquelle s'élevait une tourelle d'escalier desservant la dernière porterie d'entrée au château. Cette porte était bien contemporaine de la demi-lune et arborait, selon le procès-verbal de 1761, « en dehors au dessus de ladite porte [...] trois écussons aux armes de France et d'Espaigne ». La porte était quant à elle surmontée d'un chemin de ronde couvert défilé par un parapet qui était « ouverts par des meurtrières de dix huit pouce de distance l'une de l'autre » et qui disposait de mâchicoulis « suporté par des courbelets en pierre de taille en saillie de deux pieds ». À l'évidence cet ouvrage correspond à celui qui figure sur le plan de 1815. La demi-lune présente une galerie de 2,1 m de haut pour 0,90 m de large et près de 140 m de long à laquelle on accède par la petite vis. Alors qu'elle rejoint au Nord-Est la capitale située à 51 m, au sud-ouest, elle présente un tracé tenaillé d'une douzaine de mètres afin de défendre la porte qui la surplombe. À la capitale, les traces d'une ancienne porte murée sont encore bien lisibles. À cet endroit, la galerie présente un angle aigu de 63 degrés et repart vers le nord-ouest sur 64 m, puis tourne à angle droit vers un puits obstrué après 4 m mais qui devait rejoindre le terre-plein de l'ouvrage. On peut supposer que ce puits de contre-mine ait été creusé dans l'idée d'ajouter des rameaux à l'ouvrage. Les 31 ouvertures de tir sont régulièrement réparties tous les 3,70 m. Présentant leur appui à 1,30 m au-dessus du niveau du sol, elles sont simplement composées d'une fente de 50 cm de haut pour 4 cm à 5 cm de large. On note l'absence de tout système de ventilation qui a sans doute été jugé superflu du fait de la multiplication des ouvertures. Par ailleurs, le niveau du sol de la galerie n'est pas plan car il suit les variations du sous-sol rocheux. Il ne peut donc s'agir d'une contre-mine, mais plutôt d'une simple galerie d'écoute. Quatre éléments se révèlent particulièrement datant pour cette demi-lune : premièrement, la présence d'un chemin couvert avec une tête d'accès, système qui apparaît dans les traités de Jean Errard (1554-1610) et qui devient courant dès 1620 ; deuxièmement, le chaînage de la contrescarpe correspondant à des contreforts intérieurs qui appartient également à la théorisation de Jean Errard ; troisièmement, le calibre réduit des armes à feu qui ne pouvaient pas dépasser 3 cm au vu de la largeur des fentes et qui correspond à celui de mousquet ; et enfin, quatrièmement, les armes de France et d'Espagne sculptées sur la porte surplombant la demi-lune qui sont celles de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. A-t-on fortifié le lieu à cause des rivalités de succession qui opposent, dès 1610, Louis XIII à sa mère Marie de Médicis (1600-1610 puis régente jusqu'en 1617) ? On sait que pour mettre fin au conflit le roi l'exila et l'incarcéra à Blois de 1617 à 1619. Mais c'est aussi le temps des guerres contre les protestants et il n'est pas à exclure qu'Amboise ait ainsi été fortifiée en même temps que l'on mettait en défense Saumur. Par ailleurs, le procès-verbal de 1624 signale qu'une des toitures du logis de la herse a été soufflée par le vent des canons. Cette mention fait sans doute allusion à des tirs d'épreuve, soit que l'on ait testé le bon fonctionnement des armes à feu en vue d'une mise en défense, soit que l'on ait fêté le roi à la Saint-Louis.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Les archives concernant la demi-lune

    Le procès-verbal de 1761 propose une description assez détaillée de la porte des Lions. Au-delà du tambour, il semble que le pont ait été bordé de deux murs équipés de fentes de tir :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°12v° : « [...] A neuf pieds de haulteur de chaque costé, ouvert de l'une et de l'autre de plusieurs meurtrières ».

    En 1761, les inspecteurs du procès-verbal pouvaient sortir par la porte placée en capitale de la demi-lune :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°13r° : « [...] Dans un des angles au levant est une petitte porte par laquelle nous sommes entrés dans les douves qui reignent le long desdits casemat, de huit toises de largeur [...] ».

    On peut supposer que cette porte permettait de rejoindre le chemin couvert, ce qui valide d'autant plus la présence de ce dernier.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, DOE 2004. Restaurations de la porte des Lions du château d'Amboise. 1990-1991.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, etu 0602. Étude pour la restauration de la porte des Lions du château d'Amboise. 1990.

  • Archives nationales, XIX/12, 2 septembre 1497, dans BECHU, Claire, GREFFE, Florence, PEBAY, Isabelle. Minutier central des notaires de Paris, minutes du XVe siècle de l'étude XIX, inventaire analytique. Paris, Archives nationales, 1993, n°3733.

Documents figurés
  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, Deuxième étage du bâtiment sur Loire, deuxième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et rez-de-chaussée du logis d'Henri II. (Archives Nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, deuxième étage du bâtiment sur Loire, troisième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et grenier du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Passage d'entrée, premiers offices du logis des Sept Vertus, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, rez-de-chaussée du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. 2e étage dans le comble du logis des Sept Vertus, 1er étage du logis Louis XI, rez-de-chaussée du logis Charles VIII, rez-de-chaussée du logis Charles VIII-François Ier et fondations du logis Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Deuxième étage du Logis des Sept Vertus, premier étage du logis dit de Louis XI, rez-de-chaussée bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Plan du château d'Amboise. Attribué à Robert de Cotte, dessin à la plume et à l'encre de Chine aquarellée, 1708. (Archives Nationales; O1 1903, Cartes et Plans, n°1 et 3).

  • Plan du château d'Amboise en 1815, n.s. (Archives communales d'Amboise).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • CRON, Éric. La ville de Saumur du XVe au XVIIIe siècle : urbanisme, architecture et société. Tours : Université François Rabelais : Thèse de Doctorat sous la direction de Claude Mignot, 2004-2005, 4 vol.

  • ERRARD, Jean. La fortification démontrée et reduicte en art. Paris, 1600.

Périodiques
  • COMTE, François. Le château et la ville : Angers (XIII e -XVIe s). Revue archéologique du Centre de la France, Tome 48, 2009, (cf.lien web en-dessous).

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie