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Palais de l'évêché, actuellement hôtel de ville

Dossier IA00141120 inclus dans Ville de Blois réalisé en 1987

Fiche

Á rapprocher de

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Par Annie Cospérec dans Blois, la forme d'une ville, Paris : Imprimerie nationale, 1994 - Cahiers du Patrimoine -

LE PALAIS EPISCOPAL

Avant même que soit ratifiée la création du diocèse de Blois, Mgr de Bertier se préoccupa de chercher, parmi les églises de la ville, la cathédrale et l'emplacement de sa résidence future. Le choix de l'église Saint-Solenne et du terrain situé à l'est ne se fit pas sans discussion. Le roi et son entourage, très présents lors de cette décision, avaient retenu l'abbaye Saint-Lomer, mais les moines, soucieux de défendre leurs intérêts et de préserver leur monastère opposèrent de fortes résistances ; estimant que l'emplacement était peu convenable "à l'entrée d'un faubourg, mal fréquenté, entouré de cabarets et habité par le menu peuple", ils suggèrent l'église paroissiale Saint-Solenne, qui venait d'être reconstruite, et les terrains alentour, plus attrayants par leur situation (5). Cette suggestion rejoint d'ailleurs l'opinion du nouvel évêque, peu favorable au choix de Saint-Lomer ; de passage à Blois en 1692, Bertier se laisse facilement convaincre par les arguments des Bénédictins. Plus que l'église, l'emplacement de sa résidence sur un terrain dominant la ville et le fleuve, détermine sans doute sa décision. Après de nombreuses démarches du prieur de Saint-Lomer et les interventions personnelles du prélat, le roi se laisse enfin fléchir, à condition, toutefois, que l'abbaye verse au nouvel évêque 10 000 livres de rente annuelle et qu'elle se charge d'acheter les terrains nécessaires à l'édification du palais (6). Les moines s'inclinent devant ces exigences, pourtant exorbitantes, estimant avoir sauvé leur abbaye et agi au mieux de leurs intérêts. En 1697, au moment où l'église Saint-Solenne est érigée en cathédrale sous le vocable de Saint-Louis, Mgr de Bertier s'occupe avant tout de la construction du palais épiscopal.

L'aménagement du site

Le 4 août 1698, le commissaire de la Généralité d'Orléans impose au maire et aux échevins de Blois la cession des terrains et du mur de ville nécessaires au nouvel évêché : l'espace annexé s'étend, du nord au sud de la porte Clouseaux à la porte du Puits-Chatel et, d'est en ouest du chemin du Remenier à l'abside de Saint-Solenne. Il comprenait "toutes les maisons qui s'y trouvent, tant ce qu'il y a de la rue des Papegaults qui y répond et de l'autre côté les fossés et murs de ville lelong des dittes murailles..." (7).

Pour comprendre ces bouleversements nous devons tenter de restituer l'état des lieux avant la cession des terrains. Le mur de ville, situé à quelques dizaines de mètres derrière l'abside de Saint-Solenne, était précédé d'un profond fossé et flanqué, à mi-pente du coteau, par la tour de "Flandres" ou de "Paradis" du nom d'un logis qui s'y appuyait. Tout l'espace compris entre les deux portes comprenait des îlots bâtis, desservis par la portion nord de la rue des Papegaults, et à mi-pente, par la ruelle Gloriette et des chemins à flanc de coteau. La rue des Papegaults, qui bifurquait à angle droit derrière l'église paroissiale, constituait le seul axe carrossable entre le carroir Saint-Michel, au pied du coteau, et la porte Clouseaux au sommet. Plusieurs demeures importantes -hôtels de Brisacier, de Flandres, de Beauchêne, prieuré cure de Saint-Solenne- appuyées contre la muraille sont détruites. Au-delà du mur, "le grand fossé", large de 58 toises, devient propriété de l'évêché par lettres patentes du roi du 9 août 1698, accordant à l'évêque "le fonds et la propriété de la rue des Papegaults, les fossés et mur de ville, le tout sans droits à payer..." (8). Après ces concessions, il fallait encore acquérir les terrains nécessaires à l'aménagement des jardins, sur les pentes du haut-bourg Saint-Jean, très dénivelées, mais pratiquement libres de constructions. Quelques demeures seulement occupaient la partie haute -les maisons curiales, le logis de Leurette et le jeu de paume de La Ratte- tandis que des petits jardins en terrasse s'étageaient à flanc de coteau. L'ensemble de ces terrains fut acquis rapidement par Saint-Lomer, car en 1701 l'espace nécessaire à la nouvelle résidence était libre de "tous droits et servitudes quelconques" (9).

L'évêque de Blois recevait ainsi un vaste domaine, dont les limites, à peine modifiées depuis le XVIIIe siècle, correspondent aujourd'hui à celles de l'Hôtel de ville et de ses jardins. Si la constitution de ce domaine foncier a entraîné d'importants bouleversements, en particulier la suppression d'une partie de la muraille, elle n'a apporté aucun avantage à la ville, bien au contraire, car la fermeture de la rue des Papegaults privait les quartiers bas d'un débouché essentiel vers le plateau.

La construction du palais

Pendant que les moines de Saint-Lomer s'employaient à ces achats, Mgr de Bertier se préoccupait de la construction. En 1697, à l'occasion d'un mémoire adressé au roi pour la décoration de la cathédrale et la création d'un séminaire, il ne fait qu'une allusion discrète mais élégante à sa future résidence : "un premier évêque ne doit guère avoir le temps de s'apercevoir s'il est bien ou mal logé... il travaillera néanmoins à procurer une maison convenable à ses successeurs... déjà l'emplacement est dessiné dans un parfaitement bel endroit très convenable et commode. Sa majesté a vu la situation dans un plan général et elle le verra mieux encore dans un plan particulier que j'en ai fait faire..." (10). Cette lettre était sans doute destiné à tenir le roi au courant d'une entreprise qu'il financera en totalité et à obtenir son accord pour le début des travaux.

En 1698, Jean Fay, entrepreneur des ouvrages du roi, passait marché pour l'achat et le transfert des pierres nécessaires à la construction, exigeant qu'elles soient livrées avant la fin de 1699. Les plans du bâtiment étaient sans doute déjà prêts, mais il ne furent approuvés que le 1er septembre, date à laquelle les matériaux du gros-oeuvre étaient sur place. En juillet 1700, l'adjudication des travaux revient à un entrepreneur blésois et le chantier s'ouvre sans doute immédiatement, car en 1703 le palais est pratiquement achevé : Mgr de Bertier, logé provisoirement à l'hôtel de Saumery, s'installe dans sa résidence le 11 mars 1704 (11). Si les marchés passés à la Chambre des Comptes de Blois permettent de connaître les noms des entrepreneurs, ils ne contiennent, en revanche, aucune mention de l'architecte qui demeure, à ce jour, inconnu. L'attribution du palais épiscopal de Blois à Jacques V Gabriel, par Jacques-François Blondel, est acceptée par les historiens, bien que ni les devis ni la correspondance du prélat ne le confirment (12). Une lettre de Bertier fait néanmoins référence à deux plans qui pourraient correspondre aux dessins provenant du fonds Robert de Cotte. Simples croquis présentant différents projets du "Palais de Blois", ils ne portent ni date ni signature, mais on sait que Gabriel travaillait, à cette date, avec Robert de Cotte dans l'agence de Jules Hardouin-Mansart (13). Au moment de la construction de l'évêché, Jacques V Gabriel vient d'être élu membre de l'Académie d'architecture en 1699, mais à cette date sa formation d'ingénieur l'emporte encore sur celle d'architecte : ses grandes réalisations à Paris, Rennes ou Bordeaux sont postérieures à la construction blésoise (14).

L'oeuvre de Jacques V Gabriel

Au début de l'année 1703, l'édifice, pratiquement terminé, nécessitait encore quelques travaux. Le procès-verbal établi le 3 mars pour "les besognes restant à faire" représente un document de première importance, car il permet de restituer en partie le dessein initial avant les modifications intervenues en cours de construction et les transformations -assez limitées, comme nous le verrons- de la seconde moitié du XVIIIe siècle (15).

La construction est établie au bord du plateau derrière l'abside de Saint-Solenne et dans le prolongement de l'hôtel de Brisacier, réutilisé et transformé. Au nord, une vaste cour d'honneur précède le palais, tandis qu'au sud se développe une longue terrasse en contrebas, le reste du terrain étant occupé par les jardins, prévus dès l'origine. L'édifice, conçu pour s'insérer dans ce site remarquable, s'élève sur deux niveaux du côté de la cour et prend assise sur deux étages de soubassement, ouverts sur la terrasse basse. Il eut été sans doute plus aisé de construire sur la partie plane du plateau, comme le montre un des projets, mais l'architecte a certainement choisi de tirer parti de la dénivellation pour accentuer la monumentalité de l'édifice. Cette solution permettait, en effet, de développer une façade majestueuse, haute de quatre niveaux, qui semble rivaliser, par sa position élevée, avec le château.

La façade sur cour est marquée par un avant-corps central d'une travée en faible saillie, souligné de chaînes de refends et surmonté d'un fronton triangulaire aux armes de Mgr de Bertier ; le péristyle à colonnes qui précède l'entrée n'appartient pas au projet initial, mais date probablement de l'épiscopat de Mgr de Thémines. La mouluration horizontale reliant les fenêtres du rez-de-chaussée, le bandeau soulignant le premier étage, la corniche à modillons et les chaînes de refends des angles se retrouvent sur la façade est, à avant-corps central de deux travées. Au sud, la grande façade qui domine la Loire s'élève sur un haut soubassement taluté. Le premier niveau traité en bossages continus, s'ouvre sur la terrasse basse par des baies plein-cintre. Le parti est le même qu'au nord et à l'est, mais l'avant-corps, plus monumental, comporte trois travées. A hauteur des appuis de fenêtres du dernier étage, le bandeau horizontal se prolonge de ce côté, pour lier les lignes verticales de la composition, soulignées par les chaînes de refends. Tel qu'il a été construit, le bâtiment correspond au projet de l'architecte, car le procès-verbal de 1703 n'indique que de rares modifications à apporter, en particulier le percement au nord de "six fenêtres en abat-jour", pour éclairer du côté de la cour l'étage supérieur du soubassement.

L'édifice réutilise à l'ouest une partie de l'hôtel de Brisacier, dont les façades furent totalement reprises pour s'accorder à celles du palais ; cependant, la juxtaposition demeure nettement sensible, compte-tenu des moindres largeur et hauteur de l'hôtel et de sa position en contre-bas de la cour d'honneur. Côté terrasse, les deux bâtiments s'harmonisent mieux grâce à la concordance des niveaux et au traitement identique des façades.

Les dispositions intérieures originelles sont difficilement restituables, depuis les aménagements importants réalisés par Mgr de Thémines en 1776. De la distribution primitive il ne subsiste aujourd'hui que l'escalier et la disposition des pièces, de part et d'autre d'un mur de refend longitudinal ; ce mur élevé de fond en comble, assure un rôle de soutènement entre le niveau de la cour et celui de la terrasse basse. L'étage inférieur de soubassement a, en partie, conservé sa disposition initiale : cette vaste pièce voûtée d'arêtes, éclairée par de grandes portes-fenêtres ouvrant de plain-pied sur la terrasse basse, abritait une orangerie.

L'escalier dessert seulement les niveaux supérieurs, tandis qu'on accède à l'orangerie par un escalier secondaire, tournant à une volée. L'escalier d'honneur placé dans une cage relativement étroite, présente un jour central et des volées droites suspendues portées par des voûtes en demi-berceau rampant, des voûtes d'arêtes couvrant les repos et les paliers. On peut s'étonner de ce parti traditionnel et sans monumentalité pour un escalier qu'on imaginerait, à cette date, placé dans un vaste vestibule, mais la nécessité de desservir le palais et l'hôtel de Brisacier, dont les niveaux ne correspondent pas exactement, a du dicter cette solution. Il eût été plus élégant de créer un escalier d'apparat dans le vestibule et de ménager un autre escalier pour l'hôtel de Brisacier. Cette solution semble avoir été envisagée, comme le révèlent les deux dessins conservés à la Bibliothèque Nationale. Sur l'un, l'escalier tournant à deux volées droites est placé dans une vaste cage carrée, en liaison directe avec un grand vestibule et une salle d'honneur, sur l'autre, il est situé dans le vestibule. Dans les deux cas, sa position est intégrée à un système de distribution plus cohérent entre le vestibule et la grande salle, tandis que les appartements de l'évêque, situés à l'est, possédaient un accès indépendant.

Le procès-verbal fournit aussi de précieuses indications sur la disposition des pièces avant les modifications de la seconde moitié du siècle. L'étage inférieur du soubassement comprenait, en plus de l'orangerie, une salle de billard dont nous n'avons pu retrouver l'emplacement exact, tandis que la chapelle ouvrant sur la Loire occupait l'étage supérieur. Le rez-de-chaussée, réservé aux pièces de réception et à l'appartement épiscopal, s'organisait autour d'un grand vestibule, placé du côté de la cour d'honneur, qui donnait accès à la salle à manger et au salon, ouvrerts sur la Loire par de grandes portes-fenêtres. L'appartement épiscopal situé à l'est comprenait, au rez-de-chaussée, une chambre et un petit salon, à l'étage, deux chambres desservies par un escalier privé. L'affectation de l'ancien hôtel de Brisacier ne sera pas modifiée par Mgr de Thémines : en soubassement se trouvaient les cuisines, resserres, celliers et office, tandis qu'au rez-de-chaussée un couloir desservait une grande anti-chambre, une chambre et la bibliothèque (16). Nous ne possédons, en revanche, aucun renseignement sur le décor intérieur de la résidence, car le procès-verbal de 1703 est très succint à ce sujet. Le vestibule dallé de pierres blanches et noires s'ornait d'une corniche et la chapelle possédait un retable de pierre. Parmi les besognes restant à faire en 1703 on mentionne aussi les dallages et parquets, les lambris d'appui, les placards et menuiseries de la bibliothèque, ainsi que les chambranles des cheminées. L'absence de documents dans les archives blésoises suppose l'intervention d'artistes et d'artisans parisiens.

Le bâtiment achevé, il restait à aménager les jardins, la cour d'honneur et l'accès depuis la cathédrale. Ces travaux commencés dès la construction du palais ne sont pas achevés en 1703 : faute de fonds suffisants, Mgr de Bertier doit hypothéquer des biens et des revenus de la mense épiscopale (17). Les abords n'ont subi que peu de modification depuis le XVIIIe siècle. On accède à la cour d'honneur par une avant-cour qui longe la façade nord de la cathédrale, fermée par un premier portail séparant la résidence de l'évêque du cimetière Saint-Solenne. Celui-ci ne constituait pas un environnement digne du palais, mais le prélat n'obtiendra pas son déplacement car c'était le cimetière le plus ancien et le plus important de la ville. A l'extrémité est de l'avant-cour, dénommée aussi "passage des Chanoines", un second portail ouvrait directement sur la cour d'honneur : légèrement incurvé, il est percé d'une baie plein-cintre à pilastres doriques et fronton à volutes.

Le bâtiment limitant le côté nord de la cour correspond à l'emplacement des maisons du prieuré-cure de Saint-Solenne, dont les maçonneries semblent avoir été en partie réutilisées. C'est une longue et étroite construction, flanquée de deux pavillons carrés, qui s'appuie contre le terrassement de la rue Porte-Clos-haut plus élevée que la cour. De ce côté, le soubassement est précédé d'une terrasse à laquelle on accède par un escalier à montées divergentes. Les chaînes de refends, marquant les angles constituent la seule ornementation du corps central et des pavillons couverts de hauts combles. Le pavillon ouest, situé à l'extérieur du périmètre de la cour, abritait au XVIIIe siècle le logis des chanoines du chapitre cathédral, tandis que le reste du bâtiment était occupé par les bureaux de l'officialité. Dans son prolongement, un second corps (donnant sur la basse-cour, séparée de la cour d'honneur par un mur et un portail) abritait les écuries, les remises à carrosses et deux serres voûtées (18). Surélevé d'un étage dans les années 1830, il ne comportait à l'origine qu'un rez-de-chaussée, ouvert par de grandes arcades, et un comble. L'ensemble des constructions, pratiquement terminé à la fin de 1703, s'achèva avec le pavage de la cour et la pose d'une grille, entre cour et jardins.

Les jardins

L'aménagement des jardins en terrasse, tels que nous les voyons encore aujourd'hui, n'intervient qu'après 1703 et se prolonge durant toute la première moitié du XVIIIe siècle ; seul le mur de soutènement de la terrasse haute était, à cette date, en partie édifié. La superficie n'avait d'ailleurs pas été complètement délimitée, et les terrains, proches du chemin du Remenier, ne furent achetés qu'entre 1716 et 1722 par Mgr de Caumartin (19). Après ces dernières acquisitions, le second évêque de Blois se préoccupa de prolonger vers l'est le mur de soutènement de la terrasse haute et de consolider l'assise de la terrasse basse sur le coteau qui dominait le bas-bourg Saint-Jean.

Le prolongement des murs de soutènement des deux terrasses représentait une formidable entreprise à cause de la configuration très accidentée du coteau qui formait à cet endroit un à pic d'une trentaine de mètres. Réalisé à la hâte et sans précaution le mur menaça rapidement de s'effondrer, car en 1753 on y effectua des consolidations urgentes, en ajoutant de petites terrasses intermédiaires. Au même moment, sans doute, on flanqua la terrasse haute d'une avancée centrale, dénommée "cavalier". Dans le projet initial trois grandes terrasses étaient prévues : la plateforme inférieure longue de 50 toises prolongée par une plateforme intermédiaire, plus élevée, accessible par un emmarchement, et la grande terrasse supérieure qui correspond, à celle d'aujourd'hui. Toutefois, on se contenta, dans un premier temps, d'établir les terrassements sans envisager une composition d'ensemble du jardin.

Dès son installation en 1770, Mgr May de Termont se lance dans cette entreprise : souhaitant imiter les réalisations voisines de Marigny au château de Menars, il engagea Jean-Baptiste Collet, architecte et contrôleur des bâtiments du roi, collaborateur de Soufflot (20). Malgré la modification de la végétation, les jardins actuels correspondent à peu de chose près à leur dessin originel, comme le montre un plan relevé en 1793. La superficie en a été toutefois réduite au nord-est, par suite de la vente d'une partie du potager à la Révolution et du percement du boulevard Eugène Riffault en 1865.

Etablie dans le prolongement de la cour et du palais, la grande terrasse occupait toute la longueur du terrain et formait la partie noble du jardin, directement accessible depuis l'appartement de l'évêque. Elle était plantée au nord d'une double allée de marronniers, formant berceau, avec un rond-point central ; à l'extrémité de cette allée, un emmarchement conduisait à une plateforme plus élevée occupée par des tilleuls et des bosquets longeant le mur de clôture nord. Légèrement en contre-bas se développait dans l'axe du palais un long parterre prolongé par "une rampe gazonnée" en pente douce. Deux pavillons circulaires en marquaient les angles ; celui du sud, aujourd'hui masqué par le développement excessif de la végétation, était conçu à l'origine comme un belvédère d'où l'on découvrait le vaste panorama ; attribué à tort aux travaux plus tardifs de Mgr de Thémines, il appartient, en fait, aux aménagements de Jean-Baptiste Collet (21). L'édicule de plan ovale est couronné d'une corniche qui repose sur des consoles à glyphes et couvert d'un dôme de charpente. Des peintures, réalisées par un certain Latour, recouvraient les parois intérieures et la fausse voûte, mais nous n'en connaissons pas les thèmes, qualifiés en 1849 de "sujets allégoriques qui ne sont pas sans valeur" (22).

La terrasse inférieure, dite aussi "terrasse de l'orangerie", est limitée à l'est par la plateforme du "cavalier". Cette terrasse, fermée à l'ouest par un mur formant exèdre, comprenait deux parties distinctes par leur végétation et leur agencement. Face au palais, un jardin d'agrément composé de parterres réguliers avec un motif central (transformé en bassin) était directement accessible depuis l'orangerie et la salle de billard. A l'est, le potager était protégé par le mur de la plateforme (dans lequel on avait ménagé une grande niche, sans doute ornée de concrétions) et par le haut mur de soutènement de la terrasse haute, couvert d'arbres fruitiers disposés en espaliers.

De l'autre côté de la plateforme centrale, en contre-bas de la grande terrasse, un niveau intermédiaire en pente douce formait un boulingrin, dont les rampes curvilignes étaient bordées de petits bosquets ; un escalier en vis tournant autour d'un puits permettait, depuis là, d'accéder aux petites terrasses inférieures, plantées de figuiers. Les jardins étaient complétés par un vaste potager, disposé en carrés réguliers, qui occupait l'extrémité sud-est. Mgr May de Thermont achèva l'aménagement des jardins en y plaçant des éléments décoratifs réalisés par un Italien, dont le nom n'est pas connu ; un paiement de 1774 mentionne la commande de quatre statues et de dix neuf vases, ainsi que des appuis et des pilastres et, surmontant les murs de soutènement, des grilles et des treillages (23). Vases et statues ont disparu à la Révolution et les appuis des terrasses ainsi que les grilles ont été refaits au début du XXe siècle.

Dans leur état actuel les jardins offrent une image assez éloignée de la réalisation originelle, en raison de l'installation au début du siècle d'un jardin botanique et de la plantation de conifères sur la "rampe gazonnée". Il reste néanmoins l'étagement des terrasses ouvertes sur un superbe panorama d'où l'on découvre la Loire et le doux vallonnement de la rive sud qui se déploye jusqu'à la lisière de la forêt de Boulogne.

Le palais et les jardins à la veille de la Révolution

Tout au long du XVIIIe siècle les successeurs du premier évêque de Blois contribuèrent à l'embellissement de la résidence épiscopale, en particulier le dernier d'entre-eux qui transforma les dispositions intérieures du palais. Prélat fastueux et cultivé, Mgr Amédée Lauzières de Thémines, appartient à cette génération d'évêques éclairés de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il possèdait une collection d'oeuvres d'art et une bibliothèque célèbre, qui formera après la Révolution, une partie du fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Blois.

Dès la première année de son épiscopat, Thémines envisage un gigantesque projet pour accéder directement aux terrasses du palais depuis le quai et le mail, aménagés en 1730. Il s'agit d'un grand escalier, enjambant le bas-bourg Saint-Jean et escaladant le coteau, qui aurait constitué, depuis la Loire et la nouvelle route du quai, un accès plus monumental à la résidence épiscopale. Le projet est attesté par un plan et une coupe longitudinale de l'ouvrage qui montrent l'ampleur des travaux à effectuer ; formée de volées séparées par des paliers, l''escalier devait être porté par des maçonneries impressionnantes qui comportaient deux arches au-dessus des rues du Puits-Chatel et Foulerie (24). Un double rang de marronniers devait border cette voie dont le gigantisme n'est pas sans rappeler le projet de Gaston d'Orléans pour relier le château à la ville basse. L'étude préalable dut être longue, car le projet ne fut soumis à l'intendant qu'en 1787 et l'autorisation, délivrée peu avant la Révolution, ne fut pas suivie d'effet. La réalisation de cet ouvrage aurait profondément bouleversé toute la partie sud-est de la ville et le bas-bourg Saint-Jean aurait été coupé de toute communication avec la ville basse.

Mgr de Thémines entreprend aussi dès son installation un réaménagement intérieur du palais. Le grand vestibule, est alors orné de niches garnies de statues, et de colonnes tronquées portant les bustes des Grands Hommes. La salle à manger est décorée de grandes niches et de dessus de porte qui constituent l'élément le plus intéressant de cette pièce : réalisés en stuc, peint faux-marbre gris veiné, ils s'ornent de vases, d'aiguières et de coupes godronnés, remplis de fruits et de feuillages, caractéristiques du goût néo classique.

La transformation la plus spectaculaire, réside dans la création d'un vaste salon à l'italienne qui se développe sur la hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage. L'élévation de cette pièce d'apparat est rythmée par des colonnes doriques jumelées, placées entre les portes et les fenêtres, dont l'entablement porte une coursière supérieure. Colonnes et entablement sont réalisés en faux marbre vert, tandis que les chapiteaux et bases imitent le marbre noir. Toute la partie au-dessus de la coursière est un décor, en trompe-l'oeil peint sur bois : fausses portes et fenêtres, oculi, guirlandes de feuillages, personnages et cartouches, sur fond de marbre rouge veiné, créent l'illusion d'un niveau supérieur. Au-dessus de la corniche, le plafond incurvé devait recevoir un décor peint qui ne fut pas exécuté. Celui que nous voyons aujourd'hui ne date que des années 1830, quand le salon fut transformé en chapelle après la restitution du palais à l'évêché de Blois.

L'auteur de ce salon est Claude Jean-Baptiste Robin, spécialiste des décors de théâtre ; lié par son mariage à la famille Perronneau, il travailla, en 1780, au théâtre de Bordeaux, pour lequel il réalisa les peintures du plafond, malheureusement détruites en 1854. En 1807 Robin proposa d'achever le décor de cette pièce. Lors d'une séance de l'Assemblée du Département, il donne quelques précisions sur celui qui était initialement prévu : "Le salon est composé d'un ordre dorique aux proportions antiques, l'entablement est surmonté par un attique, décoré par des figures groupées régulièrement divisées et liées entre elles par des guirlandes de fleurs et de fruits que des génies soutiennent et accompagnent dans des distances égales. Tous ces objets peints de couleur de stuc blanc se détachent en clair sur un fond de marbre rouge-brun griotte d'Italie...". Selon Robin la peinture du plafond n'avait pas été arrêtée, mais elle devait avoir pour sujet "une scène historique de la mythologie", et les dessus de porte, non réalisés, devaient être "en faux marbre blanc veiné enrichi de bronzes dorés et peints de sujets représentant les arts..." (25).

Nous ignorons le reste des aménagements de Mgr de Thémines en particulier celui de la grande bibliothèque, située au rez-de-chaussée de l'hôtel de Brisacier. Le mobilier et les collections, dispersés à la Révolution, n'apparaissent pas dans l'inventaire dressé en 1791, qui mentionne uniquement les bustes de Richelieu, de Sully et de Colbert et les statues de Charlemagne, Saint-Louis et Louis XII ainsi que deux grands candélabres, placés dans les niches du vestibule. Un seul tableau avait échappé au pillage et au vol, un portrait de Louis XIV relégué dans les galletas (26).

La construction du palais épiscopal représente la création architecturale blésoise la plus importante du siècle, et le choix de son emplacement brise pour la première fois le carcan de l'enceinte, rupture qui est aujourd'hui moins sensible, mais qui n'a pas échappé aux contemporains. Ils y ont vu un précédent qui leur permettait à leur tour d'annexer ou d'abattre des portions de la muraille. Le paysage et le profil de la ville s'en trouvèrent aussi profondément modifiés, car aux lignes élancées du paysage s'opposaient désormais l'horizontalité du palais et de ses terrasses. Cette composition majestueuse, démesurée par rapport à l'échelle monumentale de la ville, n'est pas fortuite : le nouveau pouvoir religieux exhibe une magnificence princière jusque-là réservée au château.

Appellations palais de l' évêché
Destinations préfecture, hôtel de ville
Parties constituantes non étudiées communs, orangerie, cour, jardin, terrasse en terre-plein, belvédère, glacière
Dénominations évêché
Aire d'étude et canton Blois centre
Adresse Commune : Blois
Adresse : 9 place Saint Louis
Cadastre : 1980 DO 218, 544, 545, 541, 540, 516

1697 : création de l' évêché de Blois ; 1697, 1700 : donation à l' évêque de Blois d' une partie du mur et fossé de la ville, achat de terrains, fermeture de la partie nord de la rue pour la construction du palais et l' aménagement des jardins ; 1700, 1704 : construction du palais en conservant l' ancien hôtel de Brisacier ; 1705, 1716 : construction des murs de soutènement pour l' aménagement des terrasses ; 1750, 1760 : création des jardins, construction des belvédères ; à partir de 1770 : achèvement des jardins, reprise du décor intérieur (création du salon à l' italienne, de la salle à manger, de la bibliothèque) ; 1777, 1787 : projet pour une rampe cavalière entre le mail en bordure de Loire et la terrasse basse (non réalisé) ; en 1790 : saisie des bâtiments et des jardins, installation de la préfecture ; en 1830 : restitution du palais à l' évêque, les jardins deviennent promenade publique, transformation du salon à l' italienne en chapelle ; 1883, 1905 : dénaturation des jardins, destruction du belvédère nord, suppression de la partie nord-est lors du percement du boulevard Eugène Riffault ; en 1905 : avec la séparation des biens de l' église et de l' état, l' évêché devenu propriété de la ville est transformé en musée ; en 1945 : l' hôtel de ville détruit en 1940 est transféré à l' ancien évêché.

Période(s) Principale : 18e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Dates 1700, daté par source, daté par travaux historiques
1705
1750
1770
1780
1834
Auteur(s) Auteur : Gabriel Jacques V, architecte, attribution par source
Auteur : Collet Jean-Baptiste, architecte, attribution par source
Auteur : Jacquet Jean, maître maçon, attribution par source
Auteur : Robin Claude, peintre, attribution par source
Murs pierre
calcaire
enduit
bossage
pierre de taille
moellon
Toit ardoise
Étages 2 étages de soubassement, 2 étages carrés, étage de comble
Couvrements voûte en berceau
voûte d'arêtes
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit en pavillon
dôme
toit à longs pans
croupe brisée
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
États conservations restauré
Techniques sculpture
Représentations pilastre colonne ordre dorique fronton animal armoiries ornement végétal guirlande fruit fleur vase
Précision représentations

Armes de monseigneur de berthier.

Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables élévation, portail, escalier
Protections classé MH, 1930
Précisions sur la protection

1909 site classé.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Loir-et-Cher. Série B : Baillage de Blois, feuilles dressées, BB 411. Devis des ouvrages restant à faire au Palais de l'Evêché de Blois. Les 7 et 14 avril 1703.

  • A.D. Loir-et-Cher. Série G 17. Inventaire des titres de l'Evêché de Blois, 1744, p. 5 à 8.

  • A.D. Loir-et-Cher. Série Q 976. Visite du Palais de l'Evêché, inventaire du mobilier, les 21 mars 1791 et 4 août 1799.

  • A.D. Loir-et-Cher. Série Q 289. Visite et estimation des bâtiments et des jardins du Palais de l'Evêché. Le 7 août 1792.

  • A.D. Loir-et-Cher. F 2131 (fonds F. Lesueur). Notes manuscrites.

  • A.D. Loir-et-Cher. F 1699 (fonds A. Dupré). Notes manuscrites.

  • Archives diocésaines de Blois. AEB 2 D. Ministère des Cultes. Rapport de l'architecte diocésain concernant les réparations à faire au Palais de l'Evêché, (1839 à 1853).

  • Archives diocésaines de Blois. AEB 2 F. Notes manuscrites de A. Dupré.

Documents figurés
  • Projets pour le palais épiscopal. (plans, élévation, coupe) [s.n., s.d.], provenant du Fonds Robert de Cotte. B.N. : Topographie de la France, t. IV, n° 514 à 518.

  • Plans, élévations et coupes de l'évêché de Blois, par L. Lavie, 1946. (encre). Bibl. du Patrimoine : Loir-et-Cher, Blois : évêché.

Bibliographie
  • BOTTINEAU, Y. et GALLET, M. Hommage aux Gabriel. Paris, Picard, 1982.

    p. 77-79
  • COSPEREC, Annie. Blois : la forme d'une ville. Paris : Imprimerie nationale, 1994. (Cahiers du patrimoine, 35).

    p. 259-270
Périodiques
  • CAUCHIE, Amédée. L'évêché de Blois et ses jardins. Mémoires de la société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher. 1930

    t. 28, p.129-167.
  • LESUEUR, F. L'évêché. Congrès Archéologique de France, 88e session tenue à Blois, 1925. Paris : Picard, 1926.

    p. 80-82
(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Cosperec Annie