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Pont Jacques Gabriel

Dossier IA00141147 inclus dans Ville de Blois réalisé en 1988

Fiche

Á rapprocher de

Dossiers de synthèse

L'ECROULEMENT DU PONT MEDIEVAL ET LA CONSTRUCTION DU NOUVEAU PONT

Aucun évènement n'a plus marqué la mémoire des contemporains que l'écroulement du pont, les 6 et 7 février 1716 : l'ouvrage, maintes fois réparé et consolidé, ne résista pas à la débâcle des eaux de la Loire, prises par le gel depuis deux mois. Dans un premier temps, les deux tiers du pont sont emportés, puis le lendemain, les treize arches situées du côté de la ville, entre la porte Saint-Fiacre et la tour (43). En même temps disparaissent toutes les constructions édifiées sur l'ouvrage, maisons, moulins, boucherie, poissonnerie, la chapelle Saint-Fiacre et la tour fortifiée établie sur la treizième pile. En moins de deux jours, la ville perdait toute possibilité de franchir la Loire et toute communication avec le faubourg de la rive gauche. La brutalité de l'événement et l'émotion des habitants apparaissent dans les récits contemporains et les délibérations municipales, se font l'écho de la consternation générale. Personne ne pouvait alors imaginer que cette catastrophe marquerait une étape décisive pour l'avenir de la ville.

Ville fluviale et carrefour de communication, Blois ne pouvait être longtemps privée de pont, mais l'insuffisance des finances municipales nécessita l'intervention du Régent : Philippe d'Orléans sut plaider en faveur d'une ville de son apanage pour emporter les réticences de l'intendant. Celui-ci considérait, en effet, que la construction d'un nouveau pont ne s'imposait pas de manière urgente, car la route d'Espagne, située sur la rive gauche, ne franchissait pas la Loire. Il fallut l'insistance pressante des échevins pour que l'ingénieur Jacques Gabriel se rende sur les lieux au début de l'été 1716.

Le 29 août, un arrêt du Conseil d'Etat ratifie l'adjudication de la démolition des ruines jusqu'à 18 pouces sous l'étiage, puis, le 14 novembre, Philippe d'Orléans accorde par lettres patentes l'autorisation de construire. Le devis est établi par les sieurs de La Hire, inspecteur général, Gabriel, premier ingénieur des Ponts-et-Chaussées et Desroches, ingénieur ordinaire de la Généralité d'Orléans (44). L'ouvrage devait être construit en quatre ans pour une dépense évaluée à 930 000 livres, non compris l'épuisement des eaux, mais les travaux ne devaient s'achever qu'en 1724 pour le pont, en 1726 pour l'aménagement des abords immédiats, et son coût atteignit près du double de la somme prévue, car le chantier devait rencontrer de nombreuses difficultés. Un manuscrit de la bibliothèque des Ponts-et-Chaussées permet de suivre le déroulement des travaux, tandis que le projet de Gabriel est connu par de nombreux dessins (45). Plus anecdotique, mais non sans intérêt, un tableau aujourd'hui au musée Franz Mayer à Mexico représente le pont en cours de construction, au moment où la maçonnerie des piles atteint la hauteur de l'étiage (46).

La première pierre du pont, posée en 1717, renfermait une pierre creuse remplie de médailles et de monnaies commémorant l'événement. La progression des travaux devait être ralentie par la difficulté d'établir les deux premières piles du côté de la ville, qui exigeaient la construction d'un quai, commencé dès 1717. L'année 1718 fut consacrée à l'édification de la culée du faubourg de Vienne et des trois premières piles, tandis qu'on achevait le quai de la rive droite sur une longueur de 100 m entre l'embouchure de l'Arrou et le Port-Vieil. Il fallut quatre ans pour construire les piles et les arches, les trois du milieu n'étant achevées qu'en 1722, tandis que le parapet, la pyramide et le pavage nécessitèrent encore deux ans. Le franchissement du fleuve fut enfin rétablit le 4 mai 1724, mais la réception des travaux n'intervient qu'en 1730 après l'achèvement du quai de la rive droite et la construction de celui du faubourg de Vienne. Lors de l'inauguration on fit frapper une médaille commémorative, oeuvre de Du Vivier, mais la ville attendra 1786 pour poser une plaque de marbre relatant la construction du pont (47).

L'emplacement du nouveau pont fut fixé à 35 toises en amont de l'ancien, afin que les travaux ne soient pas gênés par les ruines qui encombraient le lit du fleuve. Par ce choix, il ne se trouvait donc plus dans l'axe de la Grande Rue mais au débouché d'une voie secondaire qui prolongeait la rue de la Poissonnerie, dénommée rue du Pont à partir de 1724. L'ouvrage qui mesure 302 m de long et 14,95 m de large adopte une forme en dos d'âne, rarement utilisée par la suite pour les grands ponts. Il comporte onze arches en anse de panier et une arche centrale plus large et plus haute, encadrée de deux piles plus fortes assurant une résistance propre à chacune des trois parties. Le devis de Jacques Gabriel permet de connaître la technique de construction : des pilotis de bois, placés à l'emplacement des culées, étaient enfoncés dans le sol au moyen d'un balancier ou "mouton", actionné par vingt quatre hommes. Ces pieux, qui ne dépassaient pas le niveau des basses eaux, étaient reliés par un assemblage de madriers destiné à recevoir une plateforme en maçonnerie de moellons et de mortier ; on coulait ensuite les fondations des piles dans des batardeaux d'où l'eau avait été épuisée. Les pierres employées pour la construction proviennent des carrières voisines de La Chaussée Saint-Victor, d'où l'on extrayait un calcaire dur et très résistant. Les parements extérieurs des piles réalisés en pierres étaient soigneusement appareillées et tenues par des crampons de fer scellés au plomb, tandis que les arches et les têtes de voûtes étaient construites en tas de charge. La solidité du nouveau pont, éprouvée par la suite lors des crues les plus violentes, résulte du parti adopté par Jacques Gabriel contre l'avis de J.B. de Regemortes, inspecteur des Levées et Turcies de la Loire (48).

Malgré quelques atteintes, provoquées par les circonstances historiques, l'ouvrage, dont la silhouette reste intacte, s'inscrit admirablement dans le paysage urbain et contribue à l'une des visions les plus attachantes du Val de Loire. La grande pyramide qui surmonte, du côté amont, l'arche centrale accentue l'élégance de la forme en dos d'âne : haute de 14,60 m elle s'amortit d'un globe de pierre surmonté d'une croix. A sa base un large cartouche, oeuvre de Guillaume Coustou, porte un écu aux armes de France encadré de touffes de roseaux, de dieux marins et d'avirons. L'original, emporté par les éclats d'une bombe en 1940, a été remplacé par une réplique simplifiée, oeuvre du sculpteur blésois Gilly. Un autre cartouche, assez voisin par ses motifs, orne la face aval ; il fut sans doute exécuté par Coustou, et non par Coyssevox comme l'affirme la tradition blésoise.

Appellations pont Jacques Gabriel
Dénominations pont
Aire d'étude et canton Blois centre
Hydrographies la Loire
Adresse Commune : Blois
Adresse : rue du Maréchal de Lattre de Tassigny , quai Villebois Mareuil

Après l' écroulement du pont médiéval, le régent autorise le 14 novembre 1716 la construction d' un nouveau pont suivant le devis dressé par Jacques Gabriel, architecte et premier ingénieur des ponts et chaussées ; le nouvel ouvrage doit être édifié en amont du pont médiéval ; les travaux commencent en avril 1717 et s' achèvent le 4 mai 1724 ; dès 1723 on aménage les quais des deux rives. Du côté de la ville on détruit une grande portion du mur de la ville, et le pont ne se trouvant pas dans l' axe de l' ancienne grande rue, on le fait communiquer avec la rue de la Poissonnerie qui est élargie ; en 1724 on procède au pavage de la voie et l' on construit au centre du pont la pyramide ornée d' un cartouche, oeuvre du sculpteur Guillaume Coustou. Pendant la Révolution la plaque de marbre apposée sur la pyramide et relatant les étapes de la construction disparaît. En 1793 pour retarder une marche éventuelle des vendéens on fait rompre deux arches qui ne sont rétablies qu' en 1803 ; du côté du Faubourg de Vienne la voûte attenante à l' arche centrale est minée en 1870 et reconstruite en 1872 à moindres frais : les reins de la voûte sont remplis de sable au lieu d' être faits en maçonnerie, cette malfaçon se révèle lors des bombardements de 1940.

Le 18 juin 1940, l'armée française fit sauter sa 10e arche pour freiner l'avancée de l'armée allemande. Une fois Blois occupée, cette dernière rétablit rapidement le passage et dès l'été 1940 l'ingénieur Bailly des Ponts et Chaussés travailla à la reconstruction du pont qui fut menée en 1941-1942. Le pont ne fut pas touché par les bombardements alliés des 10 au 14 juin 1944, visant les carrefours de communication pour empêcher l'envoi de renforts allemands vers la Normandie. Mais deux mois plus tard, le 16 août 1944, les Allemands firent sauter les trois arches centrales pour protéger leur retraite en Vienne. Dès la Libération de Vienne, en septembre 1944, on déblaya les gravats du pont et on construisit une première passerelle provisoire légère, en bois, dans l'axe du pont et posé sur ses piles. Celle-ci fut suivie d'une seconde passerelle provisoire, beaucoup plus résistante, qui opérait un virage au niveau de la brèche et fut maintenue pendant les travaux de reconstruction du pont, entre 1945 et 1948 par l'entreprise parisienne Sainrapt et Brice. Le pont fut inauguré et réouvert à la circulation en décembre 1948. La chaussée avait été à l'occasion élargie de 60 centimètres. Entre 1949 et 1951, l'obélisque centrale fut reconstruite et le sculpteur blésois Gilly sculpta une réplique simplifiée du cartouche de Guillaume Coustou disparu en 1944 : un écu aux armes de France encadré de roseaux, de dieux marins et d'avirons.

Le pont est le seul exemple de reconstitution à l'identique de la reconstruction après-guerre de la ville de Blois.

Période(s) Principale : 1er quart 18e siècle
Secondaire : 4e quart 18e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Dates 1717, porte la date, daté par source, daté par travaux historiques
1724
1945, daté par source
Auteur(s) Auteur : Gabriel Jacques V, architecte, attribution par source
Auteur : Coustou Guillaume, sculpteur, attribution par source
Auteur : Gilly, sculpteur, attribution par source

Le pont franchit la Loire à hauteur du centre ancien et reconstruit de Blois. Il est composé de onze arches, symétriques par rapport à l'arche centrale. Sa forme caractéristique en dos d'âne est soulignée, au niveau de l'arche centrale par un cartouche décoré surmonté d'une pyramide.

Murs pierre
calcaire
pierre de taille
États conservations restauré
Techniques sculpture
Représentations pyramide cartouche coquillage ornement végétal animal fantastique armoiries couronne
Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH, 1937/04/22

Références documentaires

Documents d'archives
  • Bibliothèque de l'école des Pont-et-Chaussées. Catalogue des manuscrits : n° 1630. Ms. 2119. Devis d'adjudication du pont de Blois, non signé, non daté.

  • Archives nationales. Série E : E 889. Arrêt du Conseil d'Etat approuvant l'adjudication du pont de Blois, par De La Hire, inspecteur général, Gabriel 1 er ingénieur et Desroches ingénieur ordinaire de la généralité d'Orléans, le 29 août 1716.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher, 10 Fi 1-18 : Blois. Photographie de René Millet.

  • Collection particulière, B. Guignard. Cartes postales.

  • AD Loir-et-Cher. Série W : 1195 W 44. Blois, Reconstruction, travaux : correspondance, photographies et plans. 1946-59.

  • Les destructions du pont de Blois au cours de l'histoire. Il faillit sauter en 1793 et 1815 et fut coupé en 1870 et 1940. La dépêche du Centre. 21 août 1940.

Documents figurés
  • photog. noir et blanc. Par Doré Jean-François (photographe). (Archives Départementales de Loir-et-Cher, Blois, 171 Fi).

  • photog. n. et b., 18,2 x 24 cm. Par Chartrin, J. (photographe). (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195 W 44).

  • Photog. n. et b. Auteur inconnu. (Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, 18655).

  • photog n. et b., 6,5 x 11 cm. Auteur inconnu. (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois, 1195W44).

  • photog. noir et blanc. Auteur inconnu. (Archives communales, Blois, 2 Fi 22).

  • photog. noir et blanc. Auteur inconnu. (Archives communales, Blois, 13 Z 21).

Bibliographie
  • BOTTINEAU, Y. et GALLET, M. Hommage aux Gabriel. Paris, Picard, 1982.

    p. 44-47
  • COSPEREC, Annie. Blois : la forme d'une ville. Paris : Imprimerie nationale, 1994. (Cahiers du patrimoine, 35).

    p. 281-283
  • DARTEIN, F. (de). Etude sur les ponts en pierre remarquables par leur décoration, antérieurs au XIXe siècle. Paris, 1907.

    p. 102-107.
  • DEZAILLERS-D'ARGENVILLE. Vie des fameux sculpteurs depuis la Renaissance des Arts, avec la description de leurs ouvrages. Paris, 1787.

    t. II, p. 305.
  • MESQUI, J. Passer la Loire. In : Blois un amphithéâtre sur la Loire.

    p. 38.
  • PITROU, R. Recueil de différents projets d'architecture de charpentes et autres concernant la construction des ponts. Paris, 1756.

    p.
  • JARRIGEON, André. Les journées historiques de Juin 1940 à Blois. Tours : imprimerie Arault et Cie, 1940.

Périodiques
  • CHAVIGNY, J. L'ancien et le nouveau pont de Blois. Le flambeau du Centre.

    Nov.-Déc. 1936, n° 21.

Liens web

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général - Cosperec Annie - De Decker Aurélie