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Pont médiéval (détruit)

Dossier IA00141128 inclus dans Ville de Blois réalisé en 1988

Fiche

Á rapprocher de

Le pont de pierre, qui franchit la Loire dans le prolongement de la grande voie nord-sud, est l'un des édifices majeurs de la ville médiévale. Il se situait en aval de l'ouvrage reconstruit au XVIIIe siècle, proche du Port-Vieil et de l'enclos de Bourgmoyen. Succédant à un premier ouvrage de la seconde moitié du XIe siècle, le pont de pierre ne paraît pas antérieur au début du XIIIe. Cette construction parachève le développement de la ville, dont la vocation fluviale initiale s'enrichit d'une voie de passage essentielle. Blois bénéficiait désormais d'une position privilégiée au croisement de deux axes de circulation importants, favorisant les échanges et les activités commerciales.

Le pont, d'une longueur d'environ 320 m, atteignait 8 m de large, non compris les parapets, et possédait 22 arches, dont la largeur moyenne variait de 10 à 12 m. Il était entièrement construit en pierres de taille dures et en moellons assemblés par un mortier de chaux et sable. Ses arches, à l'origine en arc brisé, avaient été remaniées au début du XVIe siècle, certaines élargies, d'autres reconstruites en arc segmentaire, cotoyaient celles de la construction médiévale (101). Des avant-becs importants précédaient toutes les piles, mais leurs dimensions variaient considérablement : les cinquième et quartorzième piles, qui supportaient, la chapelle Saint-Fiacre et la tour du Pont, étaient beaucoup plus fortes, et les deux dernières du côté de Vienne, assez minces et très longues, ne semblent jamais avoir reçu la moindre construction. En face de la onzième pile, un "duit" -petit barrage de pilotis- détournait le courant vers l'arche centrale, plus large afin d'augmenter le tirant d'eau pour le passage des gabares ; mais cet aménagement ne date peut-être que du XVIe siècle, après la création d'une arche unique à l'emplacement des septième et huitième trop étroites pour la navigation.

Le pont possédait, nous l'avons vu, son propre système défensif composé de trois ouvrages militaires, la porte Saint-Fiacre côté ville, la tour du pont aux deux tiers de l'ouvrage et les tours commandant le faubourg de Vienne. La porte Saint-Fiacre ou porte du pont n'était pas construite sur la berge du fleuve, mais s'appuyait sur la première arche, disposition qui apparaît nettement sur le relevé de Poictevin effectué en 1716, et qui a été confirmée par les fouilles de 1940 (102). Elles ont mis en évidence un raccordement maladroit entre la porte et le mur de ville, et ont dégagé une arche, soigneusement appareillée qui, permettent de préciser la date de construction. En effet, ce type de maçonnerie assez élaborée, semble improbable avant l'extrême fin du XIIe siècle ou le début du XIIIe (103). En avant de la porte, le tablier du pont-levis occupait la moitié de la seconde arche. On retrouvait une disposition analogue sur la quinzième arche en avant de la tour située sur la quatorzième pile. Cette tour est diversement représentée dans les documents, car tantôt elle apparaît fondée dans le lit du fleuve, tantôt appuyée en encorbellement sur le parapet, et sa largeur varie d'une vue à l'autre. Le relevé de Poictevin, paraît le plus fiable : il montre que la tour occupait toute la largeur du pont et qu'elle s'appuyait de part et d'autre des parapets sur les avant-becs de la pile. Du côté de Vienne, le pont était fermé par une porte cantonnée de deux tours, mais si cet ouvrage, représenté uniquement sur la gravure de Belleforest, a réellement existé, il disparaît dans le courant du XVIIe siècle et aucun document ne permet d'en restituer les dispositions.

Le pont n'assurait pas uniquement une fonction de passage : il constituait un pôle majeur de l'activité urbaine, comme en témoignent les nombreuses constructions de bois ou de pierre établies sur les avant-becs et sur les parapets. Avec les éléments de fortification, la chapelle Saint-Fiacre était l'une des plus importante : elle avait remplacé, en 1399, un premier sanctuaire dédié à la Vierge avant d'être reconstruite par Charles d'Orléans au milieu du XVe siècle. Edifiée sur la cinquième pile, sa petite nef, terminée par une abside triangulaire, était surmontée d'une flèche de charpente. Sur la seizième pile, à proximité de la grande tour, s'élevait une pyramide de pierre surmontée d'une croix. De nombreuses maisons avec boutiques (on en dénombre trente au XVe siècle), une boucherie et des moulins regroupaient les activités commerciales et artisanales. Les moulins constituaient l'élément le plus pittoresque : ouvrages de bois à cage fixe ou mobile suspendus aux parapets, flottants ou sur pilotis entraînés par des roues déplacées suivant le niveau du fleuve, ils dépendaient du domaine comtal ou de fondations monastiques, comme ceux du prieuré Saint-Jean en Grève (104).

Aux abords immédiats du pont, les installations portuaires se sont sans doute développées, mais elles sont difficiles à restituer avant le XVIe siècle. En aval, entre le pont et la clôture de Bourgmoyen, un port accessible depuis un embranchement de la Grande Rue occupait une petite cale : appelé "Port Vieil" à partir du XVIe siècle , c'était un aménagement de dimensions modestes, dont le quai de maçonnerie formait une avancée à l'extérieur du mur de ville. Du côté amont nous n'avons retrouvé, avant l'aménagement du Port-Neuf pendant la période royale, aucune mention d'un quai en pierre : à cet endroit, le long du quartier des foulons, les grèves de la berge tenaient lieu de port entre le pont et le bourg Saint-Jean.

Au XIIIe siècle, la construction d'édifices civils revêt une importance capitale pour le développement de la ville, car ils assurent, face au pouvoir féodal du comte et à l'autorité spirituelle, le fonctionnement quotidien et vital de la communauté des habitants et ils attestent la naissance d'une véritable civilisation urbaine. Si leur implantation est moins déterminante que celle des fondations religieuses, car elle aura par la suite moins d'incidence sur le tissu urbain, ces édifices constituent néanmoins de nouveaux pôles d'attraction grâce aux activités commerciales qu'ils engrendrent.

Appellations pont médiéval
Parties constituantes non étudiées chapelle, moulin, maison
Dénominations pont
Aire d'étude et canton Blois centre
Adresse Commune : Blois
Adresse : quai de la Saussaye , quai Villebois Mareuil

L' existence d' un pont à l' époque gallo-romaine n' est pas attestée ; la traversée du fleuve pouvait se faire par un gué, éventuellement par un pont en bois, bien que nulle trace n' en ait été retrouvée ; la première mention d' un pont de pierre remonte à 1089 dans une charte du comte Etienne faisant don de deux moulins sur le pont au prieuré de Saint-Jean-en-Grève ; rien ne permet d' affirmer que ce premier ouvrage soit celui qui existait jusqu' en 1716 ; d' importants travaux ont du êtres exécutés aux 13e siècle et 14e siècle lors de la construction des fortifications. Le pont comportait au 14e siècle des éléments fortifiés : tour du pont avec pont-levis, tours du faubourg de Vienne et porte du pont pour entrer dans la ville ; cette dernière était établie sur la première arche. La chapelle Saint-Fiacre et les moulins existaient déjà au 14e siècle. Au début du 16e siècle les arches en arc brisé sont remplacées par des arcs surbaissés. A la même date les 7e et 8e arches très étroites sont remplacées par une arche unique pour faciliter le passage des bateaux. La chapelle Saint-Fiacre est rebâtie dans les premières années du 16e siècle ; entre 1500 et 1515 Louis XII autorise la construction de maisons avec boutiques, il en existe 30 au 17e siècle. La pyramide surmontée d' une croix est renversée par un orage en 1593, elle sera rebâtie après 1598. A la fin du 17e siècle l' édifice a subi quelques modifications : réduction de la largeur des piles et des saillies des culées, suppression de maisons, destruction des deux tours du côté du faubourg de Vienne ; lors de la débâcle du 5 février 1716, le pont s' écroule sur deux tiers de sa longueur : de la porte de ville à la tour du pont ; le 20 août on procède à l' adjudication des matériaux de la démolition le 14 novembre le régent autorise la construction d' un nouveau pont.

Période(s) Principale : 4e quart 12e siècle
Principale : 13e siècle
Principale : milieu 14e siècle
Principale : 1er quart 18e siècle
Auteur(s) Auteur : auteur inconnu,
Murs pierre
calcaire
bois
pierre de taille
moellon
États conservations détruit

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives municipales de Blois. Série B : registre des délibérations municipales. Pose d'une passerelle de bois à l'emplacement de trois arches tombées. 13 mars 1573.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 894. Devis de réparations. 25 avril 1625.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 130. Devis de réparations. 15 juin 1620.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 1195. Réfections à la chapelle Saint-Fiacre.. 25 mai 1626.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 1187. Devis de réparations. 13 août 1691.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 1136. Devis de réparations. 17 juin 1680.

  • Archives départementales de Loir-et-Cher. Minutes notariales : Etude 19, liasse 848. Devis de réparations. 7 février 1612.

Documents figurés
  • Extrait album Poitevin : Desseins de ponts, fol. 36. (Bibliothèque municipale de Saumur, Mss 21).

  • Veue et plan géométral du pont de Blois. N° 294. Plume et lavis (0,67 x 0,37 m), échelle : 30 toises (11,5 cm sur l'original), copie sur calque d'après "le sieur Poictevin ingénieur et architecte du Roy ce 12ème février 1716". "Pour copie conforme à l'original existant aux archives du Ministère des Travaux Publics. Paris le 4 novembre 1871". (Archives départementales de Loir-et-Cher, Blois)

Bibliographie
  • BERNIER, Jean. Histoire de Blois, contenant les antiquitez et singularitez du comté de Blois, les éloges de ses comtes et les vies des hommes illustres qui sont nez au païs blésois, avec les noms et les armoiries des familles nobles du même païs, suivis des preuves. Paris : Muguet, 1682.

    p. XIII, Preuves
  • COSPEREC, Annie. Blois : la forme d'une ville. Paris : Imprimerie nationale, 1994. (Cahiers du patrimoine, 35).

    p. 38, p. 90-92
  • DUFAY, P. La destruction du pont et de la chapelle Saint Fiacre. Mémoires de la société archéologique de l'Orléanais.

    t. XXXIV, 1913.
  • HARDEL, Ch. Une fondation à la chapelle Saint-Fiacre de l'ancien pont de Blois. In : Le Loir-et-Cher historique. 1896.

  • LESUEUR, F. Murs de ville et vieux pont. In : Notes archéologiques sur les ruines de Blois.

    p. 9-13.
  • LESUEUR, Frédéric. La chapelle Saint Fiacre. In : Les églises du Loir-et-Cher. Paris : Picard, 1969.

    p. 78-79
Périodiques
  • CHAVIGNY, J. L'ancien et le nouveau pont de Blois. Le flambeau du Centre.

    Nov.-Déc. 1936, n° 21.
  • MARTONNE, A. (de). Notice historique sur l'ancien pont de Blois et sa chapelle. Mémoires de la société archéologique de l'Orléanais.

    t. VI, 1863, p. 415-416.
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