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Présentation de la vallée de la Brenne

Dossier IA37004735 réalisé en 2011

Carte présentant les communes de la vallée de la Brenne.Carte présentant les communes de la vallée de la Brenne.

Dans le cadre de l'opération d'inventaire général du patrimoine culturel, seules les communes de la vallée de la Brenne situées en Indre-et-Loire ont été étudiées, il s'agit de : Auzouer-en-Touraine, Chançay, Château-Renault, Le Boulay, Neuillé-le-Lierre, Neuville-sur-Brenne, Reugny, Vernou-sur-Brenne, Villedômer.

Valmer, la vallée de la Brenne et le château de la Côte depuis les vignes.Valmer, la vallée de la Brenne et le château de la Côte depuis les vignes.L'étang de l'Arche à Villedômer.L'étang de l'Arche à Villedômer.

1 Identité paysagère

1.1 La Brenne et ses affluents

La Brenne, l'ancienne tannerie Peltereau-Tenneson et le château de Château-Renault.La Brenne, l'ancienne tannerie Peltereau-Tenneson et le château de Château-Renault.La Brenne, rivière du bassin de la Cisse et sous-affluent de la Loire, longue d'une cinquantaine de kilomètres, prend naissance dans le Loir-et-Cher. Il n'existe pas de source observable sur le terrain mais une alimentation progressive par différents suintements : la source, généralement localisée à Lancé est du point de vue règlementaire, est située près du lieu-dit Les Perrières, à Pray. La Brenne arrose ensuite les communes de Saint-Amand-Longpré, Saint-Gourgon, Villechauve, Authon. En Indre-et-Loire, elle traverse Neuville-sur-Brenne, Le Boulay, Château-Renault, Auzouer-en-Touraine, Villedômer, Neuillé-le-Lierre, Reugny, Chançay et Vernou-sur-Brenne, où elle se jette dans la Cisse, au sud-ouest du bourg. Elle est alimentée par plusieurs affluents dont les principaux sont : le Rondy, la Glaise, le Madelon, le Mélotin et la Cousse en rive droite ; le Gault et la Quintaine en rive gauche.

Plan des rivières de Brenne et du Bourot et des prairies, non daté (fin 17e siècle?).Plan des rivières de Brenne et du Bourot et des prairies, non daté (fin 17e siècle?).

La plus ancienne mention connue est Bredanna dans un cartulaire de l'abbaye de Cormery, en 851. Elle fut ensuite appelée Branle, Bransle ou Branne comme en témoignent plusieurs plans et cartes, du 17e au 19e siècle. Voie d'eau non navigable, la Brenne a très tôt été utilisée pour actionner des moulins.

Plan de la rivière de Branne, entre les moulins de Vernou, des Landes et Griard, 1810.Plan de la rivière de Branne, entre les moulins de Vernou, des Landes et Griard, 1810.

Digue de Vernou-sur-Brenne, rue Aristide Briand.Digue de Vernou-sur-Brenne, rue Aristide Briand.

De nombreuses inondations ont marqué le territoire, comme le rappellent les repères de crues observés dans plusieurs communes. Des aménagements ont été réalisés afin de les éviter, et notamment la construction à Vernou d'une digue, longue de 1,5 km, en terre, moellon et pierre de taille, de 1871 à 1877. Après la crue de février 1958 et celle de janvier 1961, le cours de la Brenne est dévié à Château-Renault et des travaux de mise au profil, entre Château-Renault et la confluence avec la Cisse, sont réalisés entre 1962 et 1968.

Gué sur la Brenne, près du moulin Neuf, à Chançay.Gué sur la Brenne, près du moulin Neuf, à Chançay.Sur le territoire étudié, le franchissement de la Brenne est assuré par des gués (cinq recensés) et des ponts routiers (une trentaine). Ces ponts datent des 19e et 20e siècles, cependant certains sont attestés dès le 16e siècle : le pont Paillard à Château-Renault est ainsi cité dans un aveu de 1558.

Prenant naissance à environ 130 m d'altitude, la Brenne passe de 96 m à 76 m entre Neuville-sur-Brenne et Neuillé-le-Lierre, puis s'encaisse pour atteindre 51 m à la confluence avec la Cisse. Au sud, la Brenne et ses affluents ont creusé dans le tuffeau des vallées bordées de coteaux où l'habitat troglodytique s'est développé. Ces caractéristiques topographiques se retrouvent dans la toponymie comme en témoignent les dénominations : val, vallée, vallière, vau, vaux, côte ou coteau.

1.2 Paysages et agriculture

Deux grandes zones paysagères peuvent être distinguées :

Paysage de gâtine à Auzouer-en-Touraine.Paysage de gâtine à Auzouer-en-Touraine. Au nord, un paysage de gâtine, terme qui désigne un espace forestier ayant connu d'importants défrichements (coupes suivies d'incendies) remplacé progressivement par des landes. Pendant longtemps, cet espace fut voué à l'agriculture extensive où l'élevage bovin prédominait. Au 19e siècle, l'apport de chaux a permis de développer la culture du blé. Une partie du canton de Château-Renault (Villedômer et Auzouer notamment) fut même dénommée, avec exagération, la "Beauce tourangelle". Aujourd'hui, l'horizon de ce plateau agricole est seulement arrêté par quelques bois (dont certains ont été plantés au 19e siècle) : Gâtines, Fléteau, Tondereau, La Hardonnière, La Couarde et Jupeau.

Coteaux viticoles de la vallée de Cousse à Vernou-sur-Brenne.Coteaux viticoles de la vallée de Cousse à Vernou-sur-Brenne. Au sud, se développe un paysage du Val de Loire, où les sols argilo-calcaires et argilo-siliceux, associés à un climat tempéré, ont très tôt favorisé la culture de la vigne. La production viticole, attestée en Touraine dès la période gallo-romaine, se développe progressivement au Moyen-Age, mais ce n'est qu'à partir du 17e siècle qu'une partie de la production de vins blancs de Vouvray est exportée, notamment vers les Provinces-Unies (Pays-Bas). En 1863, les maires d'Auzouer, Villedômer, Neuillé-le-Lierre, Reugny, Chançay, et Vernou, souhaitant que le tracé de la future ligne de chemin de fer Paris-Tours emprunte la vallée de la Brenne, rédigent un Exposé des produits et de l'importance commerciale de la vallée de la Brenne de Château-Renault à Vernou. Il y est alors précisé que le vignoble "peut livrer tous les ans au commerce 40 mille hectolitres de vin de bonne qualité [...] surtout exportés vers la Beauce et Paris".

Cave troglodytique à Vernou-sur-Brenne.Cave troglodytique à Vernou-sur-Brenne.

Auzouer possède alors 92 ha de vignes, Neuillé-le-Lierre 120 ha et la culture de la vigne est en plein développement à Villedômer. Cependant, à la fin du 19e siècle, le vignoble est décimé par le phylloxera et nécessite un nouvel encépagement. Dans la partie nord de l'aire d'étude, la production a progressivement disparu au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Seule la présence de loges de vigne et d'anciens pressoirs témoigne encore de cette activité. Dans la partie sud, au contraire, la diversité des terroirs, le savoir-faire des vignerons et la qualité des vins produits à partir du cépage chenin (ou pineau de Loire) ont permis, en 1936, la création de l'A.O.C. Vouvray dont font partie Vernou-sur-Brenne, Chançay et Reugny.

2 L'histoire de la vallée

2.1 Une occupation ancienne

L'occupation humaine est attestée dès le Paléolithique à Vernou-sur-Brenne et Chançay, et au Néolithique sur les communes d'Auzouer-en-Touraine, Neuillé-le-Lierre, Vernou-sur-Brenne et Villedômer. Les mégalithes sont très rares sur les communes étudiées. Le dolmen de Pierrefitte à Auzouer-en-Touraine, classé Monument historique en 1887, a été fouillé en 1843, mettant en évidence le remploi du site à l'époque gauloise (découverte d'une fibule en verre et d'une pièce de monnaie). Deux autres mégalithes ont également été fouillés : La Haute-Métairie à Auzouer-en-Touraine a livré des tessons néolithiques, et La Pierre Tournante à Villedômer une grande hache taillée en silex du Grand-Pressigny.

Les découvertes archéologiques de la Tène finale et de l'époque gallo-romaine sont plus abondantes : céramiques et tuiles, pièces de monnaie, fibule, urne funéraire en verre (Reugny). Plusieurs sites présentant des traces de construction de ces périodes ont été identifiés. A Neuville-sur-Brenne, au lieu-dit Le Pavillon, une fouille a permis de découvrir un enclos entouré d'un fossé à l'intérieur duquel se trouvait une ferme. A elle seule, la commune de Vernou-sur-Brenne a livré plusieurs sites : une maison à atrium et ses dépendances à L'Ecomard ; une villa et un fossé-dépotoir à La Butte du Trésor ; une enceinte au lieu-dit Champmartin. Un édifice, appelé à tort localement "Palais de Pépin le Bref", dont trois murs datant du 3e ou 4e siècle s'insèrent dans une construction plus récente, aurait constitué des bains ou des thermes du vicus gallo-romain.

2.2 La formation des paroisses, des bourgs et le développement des châteaux

Une église près du vicus de Vernadum ou Vernaus (Vernou), aurait fait partie des premières églises rurales fondées par saint Perpet au 5e siècle. Des objets métalliques et des sarcophages mérovingiens ont en effet été découverts à proximité de l'église actuelle, construite à partir du 11e siècle. Plusieurs villae sont également mentionnées par des archives de l'époque carolingienne : Cansiacus villa (Chançay) et Novilla (Neuville) en 852 ; Villa Domerii (Villedômer) en 886 ; villa cui nomen de Edera (Neuillé-le-Lierre) au 9e siècle. Cependant, ce terme villa ne donne aucune information sur la structure de l'habitat et peut désigner des exploitations agricoles dispersées ou une résidence aristocratique, associée ou non à un habitat groupé.

Plan géométral de la terre, fief et seigneurie de Notre Dame de Neuville, 1740. Détail du bourg de Neuville. (Archives départementales, H 291).Plan géométral de la terre, fief et seigneurie de Notre Dame de Neuville, 1740. Détail du bourg de Neuville. (Archives départementales, H 291). La plupart des bourgs actuels se sont développés aux 11e et 12e siècles. La création de Château-Renault résulte de la présence d'un château : en 1066, le seigneur de Castrum Rainaldi (Château-Renault) donne un terrain à l'abbaye de Saint-Julien de Tours pour édifier un bourg au pied de l'éperon rocheux où il a été construit. D'autres bourgs sont liés à la proximité d'établissement religieux : en 1102, un domaine est donné à l'abbaye de Marmoutier pour fonder un prieuré à Nova Villa juxta castrum Rainaldi (Neuville) ; un prieuré de bénédictines créé à Château-Renault vers 1135 est transféré au Boulay vers 1147. Le toponyme Parochia de Oratorio, utilisé dans une charte de l'abbaye de Gâtines en 1265 pour désigner Auzouer, témoigne, là encore, de la présence d'un lieu de prière. Outre ces domaines appartenant à des prieurés et des couvents installés sur ce territoire ou à des abbayes de Tours, plusieurs terres et seigneuries sont également des possessions des archevêques et du chapitre cathédral de Tours : les archevêques possèdent ainsi la baronnie de Vernou (de 837 à la Révolution) où ils font construire un château, ou encore l'étang de l'Archevêque à Villedômer ; le chapitre cathédral est quant à lui détenteur, à partir de 886, de la châtellenie de Villedômer.

Plan du fief de la Grassardière et du fief de Villedômer dépendant du chapitre de la cathédrale Saint-Gatien, non daté (18e siècle).Plan du fief de la Grassardière et du fief de Villedômer dépendant du chapitre de la cathédrale Saint-Gatien, non daté (18e siècle).

Donjon de Château-Renault, depuis le sud.Donjon de Château-Renault, depuis le sud.

Entre le 10e et le 12e siècle, période d'affrontements entre les comtes d'Anjou et les comtes de Blois pour le contrôle de la Touraine, les châteaux se multiplient : l'édification du château de Reugny (détruit vers 1596-1600) est localement attribuée à Foulques Nerra, comte d'Anjou, ou à ses successeurs ; le donjon de Château-Renault été incendié vers 1140 par Sulpice II d'Amboise, il est reconstruit vers 1160 pour Thibault V comte de Blois ; le château de Vernou est incendié en 1171 par le comte Hugues II d'Amboise.

Enceinte circulaire au lieu-dit le Grand Mauléon. Auzouer, plan cadastral ancien,1835.Enceinte circulaire au lieu-dit le Grand Mauléon. Auzouer, plan cadastral ancien,1835.

Une seule enceinte circulaire, qui constituait un lieu de refuge plutôt qu'une motte castrale, est recensée sur l'aire d'étude, au Grand Mauléon à Auzouer-en-Touraine. Datée entre le 11e et 13e siècle, cette structure d'une cinquantaine de mètres de diamètre est composée d'un fossé, d'un bourrelet de trois mètres de hauteur formant rempart, couronné d'arbres, et d'une dépression au centre.

Dans la première moitié du 15e siècle, les campagnes tourangelles sont marquées par les ravages liés à la guerre de Cent Ans, des catastrophes climatiques, des épidémies et disettes entraînant une baisse démographique.

2.3 La reconstruction dans la seconde moitié du 15e siècle et la Renaissance

Grange de La Barre à Reugny, dont la charpente est datée de 1458.Grange de La Barre à Reugny, dont la charpente est datée de 1458.

La fin de la guerre de Cent Ans (1453) et le choix de la Touraine comme résidence royale (dès 1444) marquent le début d'une importante période de reconstruction et d'une nouvelle mise en valeur des terres délaissées. Quelques bâtiments témoignent de cette période de reconstruction, comme les granges sur poteaux dont les charpentes ont pu être datées par dendrochronologie : celle de La Barre, à Reugny, datée de 1458 et celle des Argouges, à Reugny, datée de 1484.

Château de Jallanges à Vernou-sur-Brenne.Château de Jallanges à Vernou-sur-Brenne.

L'appauvrissement des campagnes et la disparition des familles nobles pendant la guerre ont permis à une nouvelle catégorie de bourgeois d'acquérir des terres. Vaux à Chançay est la propriété de Martin d'Argouges, maire de Tours (1483-1484) ; puis de Nicolas d'Argouges, avocat, lieutenant particulier, conseiller au bailliage et maire de Tours (1525-1526). Jallanges, à Vernou-sur-Brenne, appartient à Nicolas Gaudin, marchand à Tours puis secrétaire du roi, argentier d'Anne de Bretagne et maire de Tours (1504-1506).

Manoir de Vaumorin à Chançay.Manoir de Vaumorin à Chançay.

Le changement de propriétaire d'une seigneurie s'accompagne souvent de la construction d'une nouvelle résidence : Jean Binet fait édifier le château de Valmer et le manoir de Vaumorin à Chançay dans la première moitié du 16e siècle ; Marc de La Rue agrandit en 1528 le château de La Côte à Reugny, construit par ses parents entre 1500 et 1510 ; tandis que Laurent Le Blanc et son fils, Jean, reconstruisent le château de La Vallière à Reugny dans la seconde moitié du 16e siècle.

Château de La Côte à Reugny.Château de La Côte à Reugny.Château de La Vallière à Reugny.Château de La Vallière à Reugny.

2.4 Les 17e et 18e siècles

Louise-Françoise de La Baume le Blanc (1644-1710), duchesse de la Vallière.Louise-Françoise de La Baume le Blanc (1644-1710), duchesse de la Vallière. A partir de 1526, François Ier et la Cour quittent le Val de Loire pour l'Ile-de-France. Cependant, plusieurs personnages résidant à Paris, à Versailles ou à l'étranger restent attachés à leurs origines familiales et entretiennent ou modifient leurs résidences de Touraine : Thomas Bonneau, financier, conseiller d’État, acquiert puis transforme le château de Valmer, à Chançay, à partir de 1640 ; François Pallu (1626-1684), l'un des fondateurs des Missions étrangères à Paris, missionnaire en Asie et premier évêque de Chine, est propriétaire de Vaux à Chançay ; François-Louis Rousselet (1637-1716), vice-amiral du Levant et maréchal de France, apporte des modifications au château de Château-Renault dont il est marquis ; Françoise-Louise de La Baume le Blanc (1644-1710), duchesse de la Vallière, favorite de Louis XIV puis carmélite, passe une partie de son enfance dans le château familial à Reugny.

Le 17e siècle est marqué par le développement des échanges commerciaux : les vins produits autour de Vouvray sont exportés vers les Provinces-Unies. Château-Renault et Reugny font partie des principaux lieux de fabrication de draperies en laine (droguets et serges façon Londres) de Touraine. Cependant, la situation commerciale se détériore au 18e siècle : dans les années 1740, il y a quarante métiers à tisser à Château-Renault (alors qu'il y en a eu plus de soixante) et cinq à Reugny (contre trente dans les années 1720). Le commerce du cuir à Château-Renault connaît également une chute d'activité, passant de six maîtres et vingt-huit ouvriers en 1759 à un maître et un ouvrier en 1788.

Retable de l'église paroissiale du Boulay, milieu du 17e siècle.Retable de l'église paroissiale du Boulay, milieu du 17e siècle.

La Réforme catholique s'accompagne de la création de nouveaux établissements monastiques (un couvent de cordeliers récollets est établi en 1618 dans la Basse Vallée du Boulay, à l'ouest de Château-Renault) et de la rénovation des règles de vie communautaire dans les couvents déjà existants. En 1661, lors de son décès, Françoise de Montgarny, prieure des religieuses du Boulay, est regrettée par quarante-quatre bénédictines pour avoir "rétabli la discipline régulière qui depuis cent ans estoit abolie, faict bastir le monasterre entièrement ruiné, establi la closture et les lieux réguliers". Logis des moines de l'abbaye de Gâtines à Villedômer, édifié en 1738.Logis des moines de l'abbaye de Gâtines à Villedômer, édifié en 1738.

L'abbaye de Gâtines, à Villedômer, adopte en 1668 la réforme de l'ordre augustinien (génovéfain) et d'importants travaux sont entrepris entre 1725 et 1765 sous l'abbatiat de Bertrand-César Taschereau de Linières.

2.5 De la Révolution à la fin du 20e siècle

En 1790, lors de la formation du département d'Indre-et-Loire, Château-Renault (Montbraine à partir de 1793) obtient le statut de chef-lieu de canton et de district regroupant les cantons de Château-Renault (dont Auzouer, Le Boulay, Neuville), Monnaie (dont Neuillé-le-Lierre, Reugny, Villedômer) et Neuvy. Les communes de Vernou et Chançay, appartenant au canton de Vouvray, dépendent quant à elles du district de Tours. Depuis 2014, Villedômer, Auzouer (Auzouer-en-Touraine depuis 1961), Le Boulay, Neuville (Neuville-sur-Brenne depuis 1987) et Château-Renault appartiennent au canton du même nom ; Chançay, Reugny et Vernou (Vernou-sur-Brenne depuis 1959) font partie du canton de Vouvray ; la commune de Neuillé-le-Lierre est rattachée au canton d'Amboise.

La vente des biens nationaux, à partir de 1791, concerne tout d'abord les propriétés du clergé : château des archevêques à Vernou ; abbaye de Gâtines et métairies en dépendant ; ancien prieuré du Boulay et fermes en dépendant ; couvent des Récollets ; moulins, fermes et terres, situés dans différentes communes, appartenant aux abbayes de Fontaine-les-Blanches à Autrèche, Marmoutier à Tours, l’Étoile à Authon, Notre-Dame de la Virginité aux Roches-l'Évêque et à la commanderie d'Artins. A partir de l'année suivante, les biens des nobles émigrés sont également vendus, parmi lesquels Jallanges et Bas-Cousse, à Vernou, saisis sur Claude Lefebvre de La Falluère, ou Forge et Bourot, à Neuillé-le-Lierre, saisis sur la famille de Bridieu.

Tanneries de Château-Renault au début du 20e siècle.Tanneries de Château-Renault au début du 20e siècle.Au milieu du 19e siècle, l'industrie du cuir à Château-Renault connaît un remarquable essor et devient la première du département. Elle atteint son apogée à la fin du siècle, époque où l'on recense seize tanneries. Cette croissance industrielle s'appuie sur trois facteurs principaux : les progrès techniques et la personnalité de quelques maîtres-tanneurs (Placide Peltereau équipe son usine d'une machine à vapeur dès 1844) ; l'arrivée du chemin de fer (ligne Paris-Orléans-Tours desservant Vernou en 1846, ligne Paris-Vendôme-Tours via Château-Renault en 1867, et ligne Tours-Sargé en 1894) ; et l'accroissement des commandes de l'armée lors de la guerre de 1870-1871 et de la Première Guerre mondiale.

Viaduc ferroviaire de Villedômer.Viaduc ferroviaire de Villedômer.

La guerre de 1870 n'épargne pas le territoire. Devant l'avancée des armées prussiennes, un camp d'observation est créé en novembre près du château de La Boisnière à Villedômer. Le 19 décembre, environ 20 000 Prussiens arrivent à Château-Renault et affrontent le lendemain les troupes françaises près de Monnaie. Le 27 décembre, le viaduc ferroviaire de Villedômer est partiellement détruit par un bombardement prussien et reconstruit l'année suivante. En revanche, le territoire n'est pas touché directement par les combats de la Première Guerre mondiale.

Durant l'entre-deux-guerres, l'industrie du cuir reste importante même si le nombre de tanneries diminue, passant de treize en 1922 à neuf en 1938.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les troupes allemandes entrent à Château-Renault le 18 juin 1940 ; la ville est libérée quatre ans plus tard le 13 août 1944.

A partir des années 1960, afin de faire face à la demande croissante de logements, on assiste au développement de nouveaux quartiers comprenant logements pavillonnaires et collectifs à Château-Renault, et à la création de lotissements pavillonnaires dans les vallons secondaires et sur les plateaux dans les autres communes. À Château-Renault, la fermeture progressive des tanneries (la dernière en activité ferme ses portes en 1985) s'est accompagnée le plus souvent d'une destruction des bâtiments industriels, permettant de nouveaux aménagements urbains à la fin du 20e ou au début du 21e siècle. Quelques bâtiments ont cependant été sauvegardés et réhabilités.

Ville et église de Château-Renault, depuis l'esplanade du château.Ville et église de Château-Renault, depuis l'esplanade du château.Bourg du Boulay, depuis le nord-est.Bourg du Boulay, depuis le nord-est.Ancienne tannerie Peltereau-Tenneson, actuellement musée du Cuir et de la Tannerie.Ancienne tannerie Peltereau-Tenneson, actuellement musée du Cuir et de la Tannerie.

3 Les matériaux de construction et leur mise en oeuvre

3.1 Le calcaire

Le calcaire est le matériau de construction le plus utilisé, en pierre de taille ou en moellon généralement crépi ou enduit. Deux types de tuffeau sont utilisés : le tuffeau blanc du Turonien moyen à grain fin pour la pierre de taille, et le tuffeau jaune du Turonien supérieur, à grain plus gros. L'extraction du calcaire remonte au moins à l'Antiquité. Au fil des siècles, les carrières ont été remployées la plupart du temps comme caves, parfois habitées (Vernou-sur-Brenne, rive droite de la Brenne à Chançay, vallée du Madelon à Villedômer). Cet habitat modeste, dépourvu d'ornement, est difficile à dater. Près de l'étang de l'Arche à Villedômer, deux cavités troglodytiques étaient utilisées comme ferme avec un logis (cheminée) et une étable (mangeoire creusée dans la roche).

Les maisons sont rarement construites entièrement en pierre de taille ; son utilisation se limite généralement à la façade principale sur rue et très fréquemment à l'encadrement des baies, aux chaînes d'angle, aux cordons et aux corniches. La consultation des archives des édifices communaux des 19e et 20e siècles permet d'avoir une connaissance plus précise de la provenance des matériaux. La pierre de taille est extraite localement (Chançay, Reugny, Vernou) ou dans un rayon de trente kilomètres (Authon, Charentilly, Monnaie, Nazelles, Saint-Arnoult, Semblançay). Elle provient parfois du sud du département (Loches, Sainte-Maure) ou des départements voisins du Loir-et-Cher (Bourré, Pontlevoy) et de la Vienne (Chauvigny, Lavoux). Les moellons de tuffeau ou de silex (le "moellon dur du pays") proviennent de petites carrières locales (Vernou, Chançay, Neuillé-le-Lierre et Le Boulay) ou voisines (Monnaie et Beaumont-la-Ronce). Le sable utilisé est du "sable de Loire" ou du "sable de mines".

Ferme troglodytique près de l'étang de l'Arche à Villedômer.Ferme troglodytique près de l'étang de l'Arche à Villedômer.Mise en oeuvre des moellons de tuffeau et de silex, à Villedômer.Mise en oeuvre des moellons de tuffeau et de silex, à Villedômer.

3.2 La brique

Appareil associant brique et pierre au château de Beauregard à Villedômer.Appareil associant brique et pierre au château de Beauregard à Villedômer.

Dans la partie sud de l'aire d'étude, la brique est présente de façon résiduelle et se limite à quelques petites dépendances. A l'inverse, dans des édifices importants, datant de la fin du 15e et du 16e siècle, son usage décoratif est apprécié en association avec la pierre de taille : châteaux de Jallanges et du Clos à Vernou-sur-Brenne, et maison dite "Le Navire" à Reugny, qui s'inspirent des chantiers royaux du Plessis (près de Tours) ou de Blois. Au nord, son utilisation est plus répandue mais là encore presque jamais seule et date des 19e et 20e siècles.

3.3 La tuile

Tuilerie-briqueterie de Neuillé-le-Lierre vers 1920.Tuilerie-briqueterie de Neuillé-le-Lierre vers 1920.

La tuile plate constituait le matériau le plus utilisé en couverture. En effet, la présence des sols argileux a permis la production locale de tuiles et de briques. Les tuileries-briqueteries situées autour de Château-Renault ont fait de ce canton le second du département pour la production des briques et tuiles au 19e siècle. A cette époque, les "carreaux de Château-Renault' sont utilisés pour refaire le pavage de nombreuses églises. L'étude menée par Jacques Thomas sur les fours à chaux, tuileries et briqueteries en Touraine, entre 1995 et 2002, a révélé la présence sur l'aire d'étude de vingt-six sites dont trois subsistent à l'état de vestiges, les autres ayant disparu.

3.4 L'ardoise

Maison couverte d'un toit à croupes, flanqué aux angles de toits en pavillon très élancés, Neuillé-le-Lierre.Maison couverte d'un toit à croupes, flanqué aux angles de toits en pavillon très élancés, Neuillé-le-Lierre.L'utilisation de l'ardoise, longtemps limitée aux églises et aux châteaux, s'est répandue à partir de la deuxième moitié du 19e siècle grâce à l'amélioration des moyens de transport depuis l'Anjou, en particulier le développement du chemin de fer. On observe aujourd'hui une différence entre le sud de l'aire d'étude, où l'ardoise est omniprésente, et le nord, où ardoise et tuile plate cohabitent, parfois sur un même édifice. L'utilisation du bois en couverture sous forme de bardeaux, mentionnée dans les archives, a disparu.

Aires d'études Vallée de la Brenne

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales d'Indre-et-Loire. E dépôt 166.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire. 1 Q 33. Biens Nationaux.

Documents figurés
  • Cartes postales de Touraine : Château-Renault. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 10 Fi 63).

  • Cartes postales de Touraine : Neuillé-le-Lierre. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 10 Fi 166).

  • Auzouer-en-Touraine, extrait du plan cadastral dit cadastre napoléonien, section F2. 1835. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 3 P2 10).

  • Plan du fief de La Grassardière et du fief de Villedômer dépendant du chapitre de la cathédrale Saint-Gatien. Non daté (18e siècle). (Archives départementales d'Indre-et-Loire, G 83).

  • Plan des rivières de Brenne, du Bourot et des prairies (entre Neuillé-le-Lierre et Reugny). Non daté (deuxième moitié du 17e siècle ?). (Archives départementales d'Indre-et-Loire, H 120).

  • Moulins de la Brenne, plans. (Archives départementales d'Indre-et-Loire, S 5575).

Bibliographie
  • CARRE DE BUSSEROLLE, J. X. Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine. Mayenne : Joseph Floch, 1977 (réédition).

  • COUDERC, Jean-Marie, AUDIN, Pierre, HUBERT, Martine. Dictionnaire des communes de Touraine. Chambray-les-Tours : C.L.D., 1987. 967 p.

  • FOURNIER, Gérard. Maîtres et ouvriers tanneurs à Château-Renault de la seconde moitié du XVIIIe siècle à 1914. Paris : thèse de doctorat : Université de Paris I Panthéon-Sorbonne : 1989.

  • MALVEAU, Régine. Tanneries renaudines, répertoire numérique détaillé des sous-séries 48 J, 62 J, 63 J, 101 J. Tours : Conseil général d'Indre-et-Loire, Archives départementales, 1999. 148 pages.

  • MONTOUX, André. Vieux logis de Touraine. 8 séries, 1974-1990. C.L.D., Normand et Cie.

  • PAUCTON, Arnaud, CANTALUPO, Thierry (photogr.), GUÉRID, Myriam (cart.). La Vallée de la Brenne, de Château-Renault à la Loire. Lyon : Lieux-dits, 2018. (Images du Patrimoine, n°304).

  • RANJARD, Robert. La Touraine archéologique ; Guide du touriste en Indre et Loire. Mayenne : Joseph Floch éditeur, 1971 [5e édition, 1ère éd. 1930].

  • THOMAS, Jacques. Fours à chaux, tuileries, briqueteries en Touraine. Tours : Conseil général d'Indre-et-Loire (imprimerie départementale), 2005.

  • ZADORA-RIO, Élisabeth (dir.). Des paroisses de Touraine aux communes d'Indre-et-Loire : la formation des territoires. 34e supplément à la Revue archéologique du Centre de la France. Tours : FERACF, 2008. 304 p.

Périodiques
  • Rivières Tourangelles, La Brenne (sous-affluent de la Loire). Société d’Étude de la Rivière Indre et ses Affluents (SERIA), n°2, 2001, 115 pages.

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