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Présentation du patrimoine industriel de la ville de Bourges

Dossier IA18000565 réalisé en 2004

Fiche

Aires d'études Cher
Adresse Commune : Bourges

Jusqu'en 1789, l'industrie est peu représentée à Bourges. En effet, l'agriculture reste l'activité économique la plus importante dans le Berry et dans la ville. La province est située à l'écart des voies de communication, les routes ne sont pas entretenues et le percement du canal de Berry est toujours à l'état de projet. La tradition textile et plus particulièrement lainière de la région s'effondre entre 1750 et 1780 face au retard pris dans l'adoption de métiers plus perfectionnés et à la concurrence des industriels du nord qui produisent des laines de meilleure qualité. Les quelques rares manufactures qui s'implantent à partir de 1790 périclitent rapidement (manufacture de toile à voiles, manufacture de draps). Jusqu'à la fin de la décennie 1820, les emplois industriels représentent à peine un dixième de la population berruyère. Au début des années 1830, de nouvelles perspectives économiques et industrielles se dessinent avec le percement du canal de Berry et l'exploitation du fer. Le premier haut fourneau est crée en 1839 au bord de l'Auron et du canal. Ainsi, dès 1840, un quartier se crée progressivement autour de ces nouvelles usines métallurgiques : aménagement d'un bassin de débarquement des marchandises, création d'une cité ouvrière. Cette expansion industrielle se traduit également par une courbe démographique en hausse à partir de1848 et jusqu'en 1860, date à laquelle la population connaît une très forte croissance (27 700 habitants en 1866, 46 500 habitants en 1901). L'implantation d'un vaste complexe d'armement (1862) au sud-est et l'arrivée du chemin de fer (entre 1849 et 1869) au nord délimitent de nouveaux quartiers industriels. Afin de relier ces trois pôles industriels entre eux et de désenclaver le quartier de la gare, d'importants travaux de voirie sont réalisés entre 1865 et 1885. Le début du XXe siècle est marqué à la fois par la densification de la production militaire au sud-est et la création de nouvelles usines dans le quartier de l'Auron. La déclaration de guerre va provoquer une concentration démographique (et en particulier féminine) et industrielle sans précédent. Durant le conflit, 25 000 personnes travaillent dans le secteur de l'armement contre 4 000 en juillet 1914. Le retour à une économie de paix se traduit par l'aménagement et l'embellissement de la ville (jardin des Prés-Fichaux). Jusqu'en 1936, l'industrie d'armement constitue la seule activité industrielle. La création d'une usine d'aviation puis d'un quartier, baptisé quartier de l'Aéroport, déclenche une nouvelle croissance. Préservée des destructions de la guerre, la ville est occupée dès 1940. Elle connaît un nouvel essor au début des années 1950 lorsque l'usine Michelin s'installe à Saint-Doulchard (ville limitrophe). La crise du début de la décennie 1970 touche plus particulièrement les branches du textile et de la métallurgie. Les établissements industriels de l'armement sont restructurés et regroupés en 1971 au sein du Groupe Industriel de l'Armement Terrestre (GIAT) qui devient en 1990 la société nationale GIAT-Industries-CBO (Centre de Bourges). L'inventaire du patrimoine industriel de la commune de Bourges a été réalisé dans le cadre d'une convention passée entre l'Université de Bourgogne (stage de DESS en Gestion et Valorisation du Patrimoine Industriel) et le Service régional de l'Inventaire de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. L'enquête s'est déroulée entre février et juillet 2004. Elle a portée sur l'inventaire des sites industriels en activité entre 1789 et 1950. Sur les 41 sites recensés, 32 ont fait l'objet d'une notice Mérimée et 9 ont été détruits. Trois sites sont encore en activité (le Giat-Industries, la distillerie Monin, la minoterie de la Chappe), six sont à l'abandon et 21 ont été reconvertis (logement, magasin de commerce, bureaux).

Annexes

  • Présentation des édifices détruits

    Moulin, puis usine métallurgique de Messire Jacques (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 IL 207

    Cadastre napoléonien (1814) Section G2 (Faubourg d'Auron), parcelle 212.

    Le moulin de Messire Jacques est établi sur l'Auron au 12e siècle. Il est acheté par le duc Jean de Berry en 1460 au chevalier Jacques Trousseau et entre dans les biens de la Sainte-Chapelle. Le moulin brûle en 1528 avec une partie du faubourg de l'Auron. Le moulin est converti en établissement sidérurgique (haut fourneau et fonderie) en 1839. Sa position devient centrale et déterminante dans le développement industriel du quartier de l'Auron. Pour faire face aux évolutions techniques et surtout à la concurrence de la fonderie de Mazières établie en 1845 rue de Mazières, l'usine de Messire Jacques est transformée en tréfilerie-pointerie (fabrication de fils de fer et de clous) en 1858. La Société Métallurgique du Centre lui succède en 1907, elle est spécialisée dans les fermetures métalliques (notamment les stores). Le site est détruit à la fin de la décennie 1970 et le palais des Congrès est construit à son emplacement dans la décennie 1980.

    Usine d'articles en caoutchouc (usine de toiles cirées Chedin) (édifice détruit)

    Réf.cad. : 2004 BE 259

    L'usine de toiles cirées et d'articles en cuir est créée par Félix Chedin en 1856 dans le quartier nord de la ville. Elle emploie 46 personnes en 1874, 75 en 1882. Les logements ouvriers ont été détruits.

    GARDANT A., Des usines et des hommes : l'industrie entre Bourges, Saint-Florent-sur-Cher et Vierzon de 1781 à 1939", service éducatif des archives départementales du Cher, 2001.

    Moulin de la Chaîne, puis bains municipaux (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 HX 111

    Cadastre napoléonien (1816) Section O (Saint-Bonnet), parcelle 454. A.D.Cher, 3S692

    Le moulin de la Chaîne est établi sur l'Yévrette dans le quartier artisanal de la ville, aux portes des marais avant 1487 (date du grand incendie de Bourges durant lequel il est brûlé). Il appartient aux religieuses bénédictines de l'abbaye Saint-Laurent (mentionnée en 1200) jusqu'à la Révolution, époque à laquelle les biens des religieuses sont confisqués. Entre le 15e et le 18e siècle, des baux successifs sont passés entre l'abbaye et les meuniers notamment pour permettre la reconstruction du moulin : un dénommé Regnier est tenu de "bâtir (...) un moulin à moudre le blé (...) avec une maison à trois étages." Le moulin est en activité jusqu'en 1901 date à laquelle son matériel est vendu. En 1903 on projette de construire à son emplacement une Bourse de Travail. Le moulin est finalement détruit dans la décennie 1920 pour y édifier des Bains-Douches (1929) et un lavoir de vingt-cinq places. L'Yévrette, dans sa traversée de la ville, a été comblée : on devine encore son tracé dans la courbe de certaines rues (rue de la Parerie, rue Viala).

    Traverse de Bourges, nivellement des diverses usines comprises entres les lavoirs de Charlay et la rivière d'Auron. 1838.

    Projet de règlement des moulins de la Chaîne, de la porte Saint-Sulpice et de l'Ile d'Or. Plan des lieux. 1857.

    Usine de produits explosifs (usine de munitions) (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 EX 320

    Le site du Pré-de-la-Chappe, en aval de l'écluse de la Chappe et en bordure du canal de Berry, accueille au cours du XXe siècle des industries chimiques dont l'usine de munitions Louis Billant qui succède, en 1915, à une usine de fabrication de celluloïd.

    Usine de transformation des métaux (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 BE 6, 7, 8

    Historique :

    Désiré Labbé est l'inventeur du moyeu métallique d'une seule pièce. Dans la seconde moitié du 19e siècle, il installe dans le quartier de la gare ("derrière la gare, sur la route de Bourges à Asnières") une usine de transformation des métaux comprenant une fonderie, des fours et des martinets. Il se spécialise dans la fabrication des essieux de charrettes. En 1866, 20 ouvriers y travaillent le jour, 5 pendant la nuit. En 1878 l'usine emploie 50 ouvriers.

    Description :

    Les carnets de patentes font état en 1866 de la fabrique d'essieux par procédés mécaniques appartenant à Gilbert Labbé. L'usine est établie dans une grande halle construite en pierre et brique recouverte d'ardoise et renfermant le logement du contremaître (2 pièces), un bureau, la machine à vapeur, la chaudière, la forge et l'atelier des tourneurs. L'outillage se compose de 16 tours à tourner les essieux, d'un arbre de transmission, de marteaux, de feux de forge, d'enclumes, d'un four de deuxième fusion.

    Moulin à poudre, puis moulin à foulon, puis moulin à blé dit moulin de l'Ile d'Or, huilerie, moulin à grains, cartonnerie (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 HP 59

    Cadastre napoléonien (1814) Section H2 (Faubourg Saint-Sulpice), parcelle 227.

    Un moulin est attesté à l'emplacement du moulin de l'Ile d'Or sur l'Yévrette dès le début du 13e siècle. Il est appelé moulin de Noël ou de Convielle. Contrairement au moulin de la Chappe situé à proximité sur l'Auron, le moulin connaît plusieurs activités au cours des siècles. Il sert à moudre la poudre à la fin du 16e et jusqu'à la Révolution. Puis il est transformé en moulin à foulon ("moulin à draps" sur le Plan de la ville et des faubourgs de Bourges de 1828) comme la plupart des moulins situés sur l'Yévrette. Les carnets des patentes font état en 1866 d'un moulin à farine dit moulin de l'Ile d'Or, situé derrière la halle au blé. Le moulin est converti en maison d'habitation en 1876. En 1879, Bailly, prend à bail le cours d'eau de l'Yévrette et le rez-de-chaussée de l'ancien moulin de l'Ile d'Or. Il remplace la roue hydraulique "usée" par une roue Sagebien qui permet de réduire de plus de la moitié la largeur occupée par l'ancien système. Bailly transforme totalement l'intérieur du moulin : au rez-de-chaussée, il établit un atelier de réparation de martinets et une huilerie. Dans l'emplacement de la vieille roue et sur le cours d'eau, il construit un hangar avec sous-sol et deux étages qui abritent un moulin à grains, une cartonnerie et un effilochage. Les travaux sont terminés à la fin de l'année 1879. Le moulin est probablement détruit à la fin du 19e siècle.

    A.D.Cher, Carton XIX, plan 166 : Plan géométrique du moulin à poudre et des dépendances appartenant au Roy. Sans date.

    A.D.Cher, 3S692 : Projet de règlement des moulins de la Chaîne, de la porte Saint-Sulpice et de l'Ile d'Or. Plan des lieux. 1857.

    Usine de chapellerie (édifice détruit)

    Réf. cad. : 2004 HT 124

    Historique :

    Le tableau des patentes mentionne en 1883 une fabrique de chapeaux située au bord de la Voiselle dans le faubourg Saint-Privé. L'usine de chapellerie tenue par Hippolyte Déron est importante puisqu'elle emploie 35 ouvriers en 1883. Elle existe probablement depuis le début de la décennie 1860.

    Description :

    Les carnets des patentes permettent d'avoir un relevé précis des bâtiments de l'usine. Celle-ci est édifiée sur une parcelle étroite (à peine 10 mètres) et longue (90 mètres) qui s'étire de la Voiselle au faubourg Saint-Privé. Au bord de la Voiselle, se trouve l'atelier de feutrage et de teinturerie (4m x 26m) construit en brique. Il renferme une machine à vapeur, un mélangeur, un foulon mécanique, une chaudière en plomb pour l'eau, un réservoir à eau en tôle, deux foulons et cinq chaudières à teindre. Dans son prolongement, l'atelier d'appropriage (15m x 4m) construit en pierre et moellon renferme le matériel des tables, formes et rayons. L'atelier de garnissage à la suite est un bâtiment en pierre et moellon de 15m x 4m qui abrite une presse à imprimer. Une petite cour sépare les ateliers de la maison d'habitation (14 mètres x 8 mètres) sur trois niveaux.

    A.D.Cher, 204P2 : Carnets des établissements industriels (contrôle de Bourges) 1883.

    Filature de laine (édifice partiellement détruit)

    Réf. cad. : 2004 HW 185

    Historique :

    Une filature de laine est implantée rue Saint-Bonnet probablement dans la seconde moitié du 19e siècle. Elle occupe une parcelle en lanière qui fait l'angle entre la rue Saint-Bonnet (rue Edouard Vaillant) et la petite rue de Voiselle. Le magasin de commerce et l'ancien logement sont toujours visibles rue Edouard Vaillant (n°122) et ont été transformés en logement.

    Description :

    La filature se compose en 1883 d'un magasin et d'une maison d'habitation sur la rue Saint-Bonnet (actuelle rue Edouard Vaillant). Dans son prolongement et à l'arrière, se trouve l'atelier de filature proprement dit et la "cage" de la machine à vapeur. Dans la cour se dresse une cheminée de 20 mètres. L'outillage de la filature se compose d'un loup, d'une essoreuse, de trois machines à carder, d'un métier de 180 broches, d'une machine à vapeur de 8 chevaux. Attenant à la maison d'habitation et sur la rue Edouard Vaillant un local était loué et servait d'atelier de dévidoir.

    A.D.Cher, 204P2 : Carnets des établissements industriels. Contrôle de Bourges.

    Moulin, puis maison, puis scierie (édifice détruit)

    Réf.cad. : 2004 HP 103, 104, 105, 106, 107

    Cadastre napoléonien (1814) Section G1 (Faubourg d'Auron), parcelles 6, 7, 8, 9.

    Le cadastre napoléonien de 1815 mentionne un moulin à huile sur l'Auron appartenant à Thévin. Il comprend une roue hydraulique verticale. Au cours de la décennie 1850, le moulin a disparu et est transformé en maison d'habitation et en magasin (pas d'activité précise connue). Le magasin, construit en saillie sur l'Auron, nuit au bon écoulement des eaux du déversoir du moulin de la Chappe et provoque plusieurs plaintes du meunier de la Chappe. En 1873, présence d'une scierie mécanique appartenant à Meunier. L'îlot de Juranville ainsi bâti comprenait également un café dit "le Moulin Rouge" qui faisait face à la passerelle du moulin de la Chappe. L'îlot a été détruit dans la décennie 1970.

    A.D.Cher, 3S77 : Ponts et Chaussées, Département du Cher, Rivière d'Auron. Extrait du plan de l'Auron dans la traversée de la ville de Bourges sur la plainte formée par le sieur Deguéret, propriétaire du moulin de la Chappe, contre un magasin construit sur le déversoir de ce moulin. 1856.

    A.D.Cher, 3S77 : Projet de règlement de l'usine du sieur Meunier. Plan des lieux dressé par les Ponts et Chaussées en juillet 1873.

Références documentaires

Bibliographie
  • [s.a]. Dictionnaire de l'industrie ou collection raisonnée des procédés utiles dans les sciences et les arts. Paris : Rémont, 1775. (3 vol. ; 261 p., 351 p., 331 p.).

  • FRÉMONT, Auguste. Le département du Cher, ouvrage topographique, historique, statistique et archéologique. Bourges : E. Pigelet, 1862. 2 vols.

    p. 62-80 ; p.206-228.
  • GALLICHER, Louis. Le Cher agricole et industriel. Simples notes recueillies par l'auteur [Louis Gallicher]. Bourges : A. Jollet, 1870.

  • GARDANT A. Des usines et des hommes : l'industrie entre Bourges, Saint-Florent-sur-Cher et Vierzon de 1781 à 1939. Bourges : Service éducatif des Archives Départementales du Cher, 2001.

  • GIRAUD, A. Les tramways de Bourges, 1898-1914. Issoudun, édité par le SIVOTU, 1998.

  • HUET B. Y. (sous la dir.). Bourges, politique municipale, morphologie urbaine et typologie architecturale au 19e siècle, 1800-1914. Paris : Institut d'études et de recherches architecturales et urbaines, 1973,

    p. 356.
  • JOANNE, Paul. Géographie du Cher. Paris : Hachette, 1886.

  • LONGUET, Edmond (dir.), BABOUIN, Jean-François, LEBRETON, Claude, BOURGEOIS, Michel. Histoire économique du Cher, 1790-1990. Bourges-Saint-Amand : Centre de Recherches et d’Etudes Régionales/Clerc SA, 1991. 224 p.

    p. 109-198
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