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Richelieu : monument au cardinal de Richelieu

Dossier IM37002173 réalisé en 2010

Fiche

Lorsqu'il décide d'honorer ses maréchaux et généraux, Napoléon Ier s'inscrit dans les galeries sculptées d'hommes illustres développées par le comte d'Angiviller à la fin du 18e siècle. La différence est cependant notable dans l'emplacement désigné dès l'origine du projet et la forme que revêt cet hommage sculpté : les principaux hommes de guerre de l'Empire seront représentés en pied, sur le même volume de 13 pieds, pour être placés sur les piles du pont de la Concorde. Douze sculpteurs reçoivent les commandes et sont installés dans des baraquements à l'arrière des Invalides. A la chute de l'Empire, seules quatre statues sont effectivement terminées, les autres restant à des stades variés d'avancement. Louis XVIII reprend le projet en modifiant la nature de l'hommage, dans un sens plus conforme à celui d'Angiviller : il s'agit désormais d'honorer les grands hommes de la France, quatre par domaine (hommes d’État, marins, hommes de guerre), sans modifier le gabarit et reprenant les généraux déjà réalisés, en changeant les têtes de deux d'entre eux pour les conformer au nouveau programme. Richelieu est confié à Ramey père. Il sera l'un des derniers réalisés, mais sera quand même achevé pour être posé sur le Pont Louis-XVI en 1828 (vocable du pont de la Concorde jusqu'en 1830). Louis-Philippe donne l'ensemble des statues au musée de l'histoire de France à Versailles en 1836, qu'il cherche à peupler de portraits des gloires de la France.

Les envois de Versailles en 1931

Installée pendant presque un siècle dans la cour d'honneur du château de Versailles, la statue est déposée en 1931 auprès de la ville de Richelieu, en même temps que le Tourville de Marin est envoyé à Coutances (Manche), le duc de Trévise de Deseine (tête de Laitié) à Plessis-Trévise (Val-de-Marne), le Sully d'Espercieux à Rosny-sur-Seine, le Suger de Stouf à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le Suffren de Lesueur à l’École navale de Brest, et le maréchal Jourdan de Debay père (tête de Laitié) et le Turenne de Gois au collège de Saint-Cyr.

L'emplacement

En plaçant la statue à l'extérieur des murs de la ville, à la jonction avec les vestiges du château et au débouché de la longue avenue Pasteur qui ceinture la ville au sud, les architectes ont trouvé un emplacement qui répond à la taille gigantesque de la statue (4,25 m). Le socle créé en Touraine par P. Boucheron (architecte) et Launay et Guillemot (entrepreneurs), en pierre de Chauvigny, est en adéquation avec la qualité du marbre de Carrare employé : d'un style classicisant par ses chaînes d'angles en bossages et le fronton brisé de sa face avant (portant les armes du cardinal et ses dates), il restitue sensiblement dans son volume la pile du pont de la Concorde auquel l'œuvre était destinée. Il participe de l'hommage au Grand Homme et porte deux plaques des corps d'armes placés sous la tutelle de Richelieu déposés dans la seconde moitié du 20e siècle.

La représentation du grand homme

Plusieurs portraits contemporains de Richelieu ont pu servir à Ramey, mais la principale influence est sans doute celle des portraits de Philippe de Champaigne et/ou son atelier (National Gallery, Londres et Château de Versailles), sensible dans l'étroitesse du bas du visage et le regard froid. Le manteau cardinalice qui enveloppe entièrement Richelieu témoigne en revanche d'une grande science du drapé de l'invention de Ramey, dont les praticiens ont admirablement rendu les détails de fourrure, de dentelle et de décoration (Saint-Esprit sur la poitrine). La pose rend compte de la commande originale : à la fois hiératique et comportant peu d'effets (la main levée vers le ciel d'un côté, l'acte de fondation de l'Académie tenu dans l'autre), la statue s'inscrit sans heurt dans une rangée de statues, permettant d'identifier nettement l'homme d’État des militaires plus dynamiques comme le Tourville de Marin ou le Grand Condé de David d'Angers.

Dénominations statue, socle
Titres Cardinal de Richelieu
Aire d'étude et canton Région Centre-Val de Loire - Richelieu
Adresse Commune : Richelieu
Adresse : place du Cardinal

La statue du cardinal de Richelieu est commandée par ordonnance royale de Louis XVIII, en date du 18 février 1816, pour le pont Louis-XVI à Paris, au sein d'un programme de douze figures historiques illustrant les Grands Hommes de la France royale. L'exécution de la statue est confiée à Claude Ramey Père, le socle en calcaire de Chauvigny est dessiné par l'architecte P. Boucheron et réalisé par les entrepreneurs Launay et Guillemot. La statue est placée sur le pont en 1828, deux ans avant le changement de vocable en pont de la Concorde.

En 1836, Louis-Philippe déplace la statue dans la cour d'honneur du château de Versailles, peu avant l'inauguration du musée de l'histoire de France. Elle y reste jusqu'en 1931, année où elle est déposée par le château de Versailles à la ville de Richelieu pour orner la place du Cardinal (LP 1338).

Le monumlent bénéficie d'une inauguration brillante le 17 juillet 1932 : le président de la République Lebrun et Gabriel Hanoteaux, secrétaire perpétuel de l'Académie française, viennent honorer la mémoire du fondateur de l'Académie. L'évènement fait la une ainsi qu'une double page de la revue l'Illustration, à une époque où les hommages aux grands hommes se font plus rares et moins grandiloquents.

Période(s) Principale : 1ère moitié 19e siècle
Dates 1816
Auteur(s) Auteur : Ramey Claude, sculpteur

Le monument est installé au centre de la place du cardinal face à l'avenue Pasteur : il occupe ainsi l'espace entre les murs de la ville et le parc du château. Sur un large emmarchement de pierre se dresse le socle en calcaire de Chauvigny d'un volume presque cubique. La statue est colossale (plus grande que nature). Le travail du marbre est soigné : fourrure sur les épaules, dentelle de bordure du surplis au genou et sur les manchettes, croix du Saint-Esprit sur la poitrine.

Catégories sculpture
Matériaux marbre
Mesures h : 790.0 centimètre
h : 425.0 centimètre
Iconographies homme, portrait, en pied
ministre
manteau

Précision représentations

Portrait d'Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu, revêtu du manteau cardinalice qui déborde sur la terrasse à gauche et dont dépassent ses deux pieds, sa main gauche, son avant-bras droit et sa tête. Il tient dans la main gauche retenant son manteau, l'acte de fondation de l'Académie française. L'avant-bras droit est replié pour pointer du doigt le ciel. Les traits du visage ainsi que la barbe sont inspirés des portraits du Cardinal, en particulier ceux de Philippe de Champaigne.

Socle, ornementation classique (fronton brisé portant les armes du cardinal sur la face avant ; chaînes d'angle en bossage aux angles).

Inscriptions & marques signature, sur l'oeuvre
date, sur l'oeuvre
inscription donnant l'identité du modèle, sur l'oeuvre
inscription
Précision inscriptions

Signature et date : C. Ramey. père. / de dijon. 1828 (sur la terrasse, à gauche) - RICHELIEU (sur le devant de la terrasse) - Inscription sur le parchemin : Fondation de l'académie française 1635 - P. BOUCHERON / ARCHITECTE S.A.D.G. / TOURS (à l'arrière) - LAUNAY ET GUILLEMOT / ENTREPRENEURS / TOURS (à l'arrière) - L'INAUGURATION DU MONUMENT / A EU LIEU / LE 17 JUILLET 1932 (à l'arrière).

États conservations salissure
oeuvre mutilée
Précision état de conservation

Une fissure se fait jour de l'épaule droite jusqu'à la plinthe, et d'autres désordres moins importants apparaissent sur le côté gauche du manteau.

Statue issue d'une commande prestigieuse et importante pour l'histoire de la statuaire publique, dans un état préoccupant.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public de l'Etat
Intérêt de l'œuvre À signaler

Annexes

  • Discours lors des funérailles de Claude Ramey père (07/06/1838) à l'Académie Royale des Beaux-Arts

    Institut royal de France - Académie Royale des Beaux-Arts

    Funérailles de M. Ramey père Discours de M. Petitot prononcé aux funérailles de M. Ramey père, le 7 juin 1838.

    "Messieurs, (...)

    Né à Dijon en 1754, Claude Ramey montra de très bonne heure une vocation prononcée pour les arts ; il étudia d'abord sous la direction de M. Devosges, fondateur de l'Académie de Dijon, école justement renommée, que David, notre grand peintre, et le célèbre statuaire Julien, considéraient comme la plus importante de France après celle de Paris.

    Ayant obtenu dans cette école d'honorables succès, Claude Ramey, entraîné par le désir de se perfectionner dans son art, et brûlant d'essayer ses forces dans une arène plus vaste, vint à Paris en 1780 avec ses amis intimes, Prudhon et Naigeon. M. Gois père, statuaire, à qui il fut recommandé, se chargea de le diriger dans ses études, et Claude Ramey ne tarda pas à se placer en première ligne parmi les élèves de l'Académie. Son séjour à Paris fut marqué par une suite non interrompue de triomphes. En moins de deux ans, il obtint successivement toutes les récompenses offertes à l'émulation des élèves, et enfin le grand prix de Rome, objet de ses constants efforts.

    Pendant son séjour en Italie, il prépara par de nombreuses études les éléments qui devaient servir à fonder sa réputation, et puisa dans cette patrie des beaux-arts de nobles inspirations.

    De retour en France en 1787, Claude Ramey se livra d'abord à des travaux particuliers qui lui furent confiés dans sa ville natale par M. De Montigny, son protecteur et juste appréciateur de ses talents. Il revint ensuite à Paris, où il commença le modèle d'une statue de soldat mourant, ouvrage qu'il destinait à sa présentation à l'Académie, mais que la marche des évènements l'empêcha d'achever.

    Nous ne suivrons pas cet artiste dans toute l'étendue de sa laborieuse carrière ; nous nous bornerons à citer sommairement les principaux ouvrages auxquels il a dû la réputation méritée qu'il s'est acquise.

    Appelé à participer aux premiers encouragements qui furent accordés aux arts par le gouvernement, après les grands événements de 1789, il exécuta dès lors, et successivement, deux pendentifs pour le Panthéon national, une statue en marbre représentant Sapho, plusieurs bustes des grands hommes de l'Antiquité. Sous l'Empire, il fit pour le palais du Sénat une statue de Scipion l'Africain, une autre du général Kléber, et la belle statue en marbre de l'empereur Napoléon, qui fait aujourd'hui partie de la collection des galeries historiques de Versailles, où l'on voit également de lui la statue du prince Eugène Beauharnais en costume de grand dignitaire.

    Parmi ses autres ouvrages, nous citerons encore une naïade pour la fontaine Médicis au Luxembourg, la statue de la Prudence, placée au-dessus de la porte d'entrée de la Banque de France et faisant pendant à celle de la Justice, exécutée par son ami Cartellier. Il fit en outre, pour l'arc de triomphe du Carrousel, un bas-relief en marbre, dont le sujet est l'entrevue des deux empereurs à Austerlitz ; la statue colossale du cardinal de Richelieu, placée aujourd'hui dans la grande cour du Palais de Versailles, les bustes de la famille de Praslin, et enfin la statue en marbre de Pascal, dont le mérite fut généralement apprécié à l'exposition de 1824.

    Tels sont, Messieurs, les titres glorieux (...).

    Claude Ramey, plein d'une modestie que ne diminuèrent pas les succès qu'il obtint, n'eut pas le malheur, assez commun, de travailler trop longtemps ; car l'on peut dire avec vérité que la statue de Pascal, son dernier ouvrage, fut un de ceux qui lui firent le plus d'honneur : peut-être même avons-nous lieu de regretter que, se défiant trop de l'influence de l'âge, il ait cessé de produire, alors que son talent était encore dans toute sa vigueur.

    En résumant les qualités par lesquelles il se distingua dans son art, nous devons reconnaître qu'il donna constamment à ses oeuvres le caractère qui convenait le mieux aux sujets qu'il avait à traiter. Appréciant la noble mission de la statuaire, dont les travaux ont pour objet de perpétuer la mémoire des grands hommes ou des grandes actions, il sut toujours, dans ses ouvrages, allier la grandeur à la vérité, et la verve à la finesse de l'exécution. (...)"

  • Liste des statues ornant le pont de la Concorde en 1830

    Les Grands Hommes qui ornaient le Pont Louis XVI (devenu pont de la Concorde en 1830) sont les suivants en 1830 :

    Côté Occidental, à partir du Palais-Bourbon :

    - Le Grand Condé, par David d'Angers

    - Du Guesclin, par Bridan

    - Richelieu, par Ramey

    - Sully, par Espercieux

    - Duquesne, par Rognier

    - Duguay-Trouin, par Dupasquier

    Côté oriental, à partir de la place de la Concorde :

    - Suffren, par Lesueur

    - Tourville, par Marin

    - Colbert, par Milhomme

    - Suger, par Stouf

    - Bayard, par Mautoni

    - Turenne, par Gois

Références documentaires

Documents d'archives
  • Institut Royal de France. Funérailles de M. Ramey père - Discours de M. Petitot prononcé aux funérailles de M. Ramey père, le 7 juillet 1838. Paris, 1838.

  • Description des statues du pont de la Concorde, commençant par ces mots : Côté occidental, venant du Palais Bourbon... Paris, 1830.

  • Notice historique des peintures et des sculptures du Palais de Versailles. 4e partie, Tables de bronze et sculptures, Paris, 1839.

    n°313
Bibliographie
  • Musée national du Château de Versailles. Les Sculptures, I. Le Musée. Paris : RMN, 1993.

    n.1506
Périodiques
  • Inauguration de la statue de Richelieu. L'Illustration, n°4664, juillet 1932.

    p. 391

Liens web

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