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Rue des Carmes

Dossier IA45001381 réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

PREMIÈRE PARTIE

LA RUE DES CARMES DANS L'HISTOIRE : UN OBJET D’ÉTUDE À LA CROISÉE DES PROBLÉMATIQUES

La rue des Carmes offre peu de prise à l'analyse et aux commentaires. Les archives sont pauvres1, et, en conséquence, les historiens, géographes, archéologues et autres chercheurs vont rarement au-delà de la simple mention : on ne compte à ce jour aucune étude monographique sur les Carmes, hormis un Atlas de quartier édité sous l'impulsion de la ville d'Orléans, qui envisage la zone non pas à l'échelle réduite de la rue, élément de réflexion à part entière, mais à celle plus étendue du quartier2. En fait, il semble que dans ce cas précis, la rue ne puisse s'appréhender en tant que telle ; elle joue plutôt le rôle d'interface ou de césure dans le tissu urbain ouest de l'intramail. Que dire des auteurs de guides ? La rue des Carmes n'y est évoquée que de façon lapidaire. À trois reprises, entre 1830, 1845, 1900 et le milieu des années 1960, elle est, au mieux, effleurée ; jamais elle ne suscite de description globale. Vergnaud-Romagnési l'oublie dans son chapitre "Rues, places et carrefours de la ville d'Orléans"3. D. T. Emmanuel lui consacre quelques lignes, à deux reprises : la première pour mentionner la présence disparue du couvent qui donna son nom à la rue, la seconde pour décrire succinctement une maison, que l'auteur situe cent ans trop tôt. Émile Huet ne fait guère mieux : la rue joue un simple rôle de repoussoir : elle n'est en définitive qu'une voie menant à l'Hôpital Général qui seul mérite l'attention. Quant au guide édité par la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais, Comment visiter Orléans, elle ignore totalement la rue4. C'est bien peu de choses...

Nous reviendrons sur ce point, car il contient la nature et la fonction de la rue des Carmes, sorte d'objet qui toujours semble échapper et se définir avant tout par un rapport de médiation vis-à-vis de ce qui l'entoure, rues et îlots.

I. LES CARMES HORS LES MURS : DES ORIGINES À LA DERNIÈRE « ACCRUE »

Orléans à l'époque du Bas-Empire n'intégrait pas les Carmes. Car l'oppidum gaulois qu'a investi César se limitait à une ville fortifiée fermée par des portes, ainsi qu'à un pont dont le général romain dut se rendre maître pour continuer sa conquête de la Gaule5. En fait, on sait peu de choses, sinon que la ville était organisée autour de deux axes de base typiques de la castramétation romaine antique, le cardo maximus, d'orientation nord-sud, représentant l'axe du monde, et le decumanus maximus, d'orientation est-ouest6. La première enceinue d'Or première enceinte d'Orléans reprit le tracé du castrum du Bas-Empire, "reconstruite en partie pendant 7la guerre de Cent Ans".

Très vite, la croissance urbaine imposa une extension hors de l'enceinte, et dès le 4e siècle le decumanus maximus détermina par ses prolongements le dessin des premiers faubourgs : à l'est le burgus Sancti Aniani ; à l'ouest le burgus dunensis, c'est-à-dire le bourg dunois, car il menait à la route de Dunum, Châteaudun8. C'est ce dernier axe qui nous intéresse puisqu'il détermine d'emblée le tracé de la route comprenant la future rue des Carmes. La porte dunoise, à l'extrémité du decumanus maximus, correspondait au nœud de routes le plus dense de la ville : au nord, vers Paris ; au sud, vers Bourges ou Tours (rive gauche de la Loire), via le pont qui commandait l'axe nord-sud ; à l'ouest, après un dédoublement de la route, vers Tours (rive gauche), ou vers Châteaudun et Le Mans plus au nord.

La zone étudiée est comprise entre la porte dunoise et la fourche Tours/Châteaudun-Le Mans ; plus précisément, entre la porte Renard ou Regnard, qui enclôt à l'ouest le bourg dunois proprement dit, au sein de la deuxième enceinte délimitant la première accrue d'Orléans entre 1300 et 1330. La rue des Carmes semble avoir été dessinée très tôt et conservé son tracé antique remontant peut-être au 1er siècle après J.-C9. L'implantation d'un couvent, dit des Grands Carmes, en 1265, plusieurs fois détruit et déplacé à l'est vers l'enceinte suite aux troubles de l'époque avec l'ennemi anglais, donna son nom à la rue des Carmes10. Les dommages causés par la guerre s'expliquent simplement : situé hors la ville, le monastère, en deux occasions, subit les affres du conflit : une première fois en 1358, la seconde lors du siège d'Orléans en 1429. Les ravages provoqués par les faits d'armes incitèrent donc les autorités à protéger de manière durable et efficace leurs faubourgs dévastés, comme les textes le mentionnent11.

Mais le dessin de la seconde accrue décidé par Louis XI au sortir de la guerre de Cent Ans, fin 1466, ne concernait pas la rue des Carmes, puisqu'il s'agissait de protéger, après sa reconstruction, l'abbaye de Saint-Aignan, soit la partie est du castrum12. Ce n'est que suite à la décision du duc d'Orléans futur Louis XII, en 1485-1486, de faire édifier la quatrième et dernière enceinte, correspondant à la dernière accrue de la ville, que le quartier des Carmes et la rue éponyme furent enclos dans un système défensif qui doublait à lui seul la surface intra-muros de la ville pour lui conférer son aspect moderne.

Entre le Moyen Âge et la fin du 15e siècle, la rue des Carmes n'a pas toujours porté ce nom, ainsi que le rappelle Émile Lepage en 1901 : "La rue des Carmes, aujourd'hui une des plus commerçantes de la ville, n'était à l'origine, comme bien d'autres rues, qu'une route située en dehors des murs de la seconde enceinte d'Orléans.

Elle faisait suite à la Porte-Renard à laquelle aboutissaient la rue de la Tamellerie ou du Tabour, et les rues qui de l'est à l'ouest, formant la rue de Bourgogne actuelle, traversent Orléans de l'orient à l'occident.

Elle s'appelait alors grande route ou grande rue de la Porte-Renard. Plus tard, lorsque les Carmes vinrent s'y établir, elle prit le nom du couvent de ces religieux, mais seulement dans la partie comprise entre la Porte-Renard et la rue des Charretiers, l'autre partie étant dénommée rue Croix-Morin"13.

À quoi pouvait ressembler la rue des Carmes à la fin du 15e siècle ? Nous ne disposons d'aucune description, écrite ou graphique, des lieux, et aucune documentation générale. Il faut s'en remettre aux propos de Buzonnière. Au sujet de la nouvelle implantation du monastère des Carmes, il relate : "les religieux avaient résolu de se rapprocher des murs ; ils avaient choisi le long du chemin qui est devenu, sous le nom de rue des Carmes, l'une des plus belles et des plus spacieuses de la ville, un emplacement maintenant occupé par les maisons numérotées de 37 à 49"14. Il est certain toutefois que le couvent constitua un véritable point de fixation de la population autour de la rue des Carmes.

En filigrane, on peut donc lire, malgré un tracé très tôt pérenne, une histoire contrastée, entre rue et quartier délimitant un faubourg, c'est-à-dire un espace en périphérie de la cité, marqué par les échanges et par une trame urbaine spécifique en même temps que renouvelée, conséquence des destructions. Voie de circulation essentielle, la rue, à l'image du quartier, était dès le 13e siècle dynamique et commerçante15. Très récemment, les travaux de Clément Alix ont souligné l'extrême difficulté pour l'historien de se pencher sur l'habitat urbain antérieur à la fin du Moyen Âge à Orléans, la documentation s'avérant trop lacunaire donc inexploitable en l'état et l'étude directe et précise du bâti in situ discutable dans la mesure où certains édifices notoirement anciens ont été fortement remaniés au fil du temps16.

II. LA RUE DES CARMES DANS LA DERNIÈRE ACCRUE : UNE (PREMIÈRE) CÉSURE DANS LE TISSU URBAIN

Clément Alix le souligne, l'édification de la quatrième et dernière enceinte détermina une opération urbanistique de grande ampleur, puisque le tracé délimitant la troisième accrue, en intégrant les faubourgs, doublait la superficie de la ville intra-muros et recouvrait la partie déjà enclose tant à l'ouest, qu'au nord ainsi qu'à l'est17. Au sein de ce nouvel espace, quelques rues préexistantes permirent d'élaborer un nouveau tissu urbain. La rue des Carmes en faisait partie, mais sa position charnière lui fit jouer le rôle particulier de « limès » entre deux des trois zones nouvellement intégrées. D'un côté la zone 1, entre la Loire au sud et les rues des Carmes et Porte-Madeleine au nord ; de l'autre la zone 2, entre les deux rues précédentes au sud et la rue de la Bretonnerie à l'est, le flanc nord étant fermé par la nouvelle enceinte18.

Reproduction du plan du réseau viaire et délimitation des espaces morphologiques dans les quartiers de la dernière enceinte d'Orléans (plan cadastral de 1823) de Clément Alix, 2004.Reproduction du plan du réseau viaire et délimitation des espaces morphologiques dans les quartiers de la dernière enceinte d'Orléans (plan cadastral de 1823) de Clément Alix, 2004.Or, il ressort que de part et d'autre de la rue des Carmes le tissu urbain présentait un visage différent. La zone 1, déjà formée, est constituée d'îlots découpés inégalement entre trois axes parallèles à la Loire : la rue de la Turcie-Saint-Laurent (a), un axe composé des rues Saint-Laurent, de la Croix-de-Bois, du Chat-qui-Pêche et de la Chèvre-qui-Danse (b), et l'axe de la rue des Carmes (c)19. Ces trois voies de communication sont coupées par des rues secondaires qui descendent vers la Loire, perpendiculaires au fleuve donc, et qui s'appuient sur la pente naturelle du coteau. D'après Clément Alix, "Dans cette partie de la ville, la création de l'enceinte ne semble pas avoir joué un rôle déterminant dans l'élaboration du tissu urbain. Elle est venue protéger l'habitat pré-existant qui s'était formé le long des axes importants"20. La zone comprise entre les axes (b) et (c) montre de façon évidente la disparité des îlots : en lanière, plats, carrés, imbriqués le réseau de voirie dessine une trame disparate.

En revanche, au nord de la rue des Carmes, dans la zone 2, du moins dans l'espace compris entre (c) et (g) [la rue Bannier à l'est], il est évident que le tissu présente une trame normée, résultat d'une action concertée21. On perçoit nettement un effet "grille" qui délimite des îlots certes différents, mais qui de manière générale affectent tous une forme quadrangulaire de base22. Il s'agissait en tous les cas d'une véritable opération d'urbanisme, puisque le cahier des charges imposait de "faire des allignements des rües et la disposition des places publiques"23, même si certaines rues, de part et d'autre de la rue des Carmes, conservent ou reprennent l'orientation des anciennes voies romaines24. Mais la zone constituée par les faubourgs de la ville conserve une densité réduite, surtout au nord, du fait des nombreux couvents, de l'habitat bourgeois qui aime à enclore des jardins sur un parcellaire plus vaste que dans le cœur historique de la ville, et d'une manière plus générale, des aires dégagées (cours, vergers et terrains vagues)25. Toujours est-il qu'en tant qu'élément pérenne et stable la rue des Carmes a manifestement servi à la mise en place de l'organisation orthonormée des rues au nord.

Qu'en est-il de la rue des Carmes au sein de cet espace urbain intégré dans la dernière enceinte ? Il est clair qu'elle constitue une frontière sur le plan de la trame urbaine. Au sud, pas ou peu de changements : la population marchande reste impliquée dans les activités en rapport avec le fleuve, et présente un caractère plus populaire qu'au nord. Car les opérations d'urbanisme affectent essentiellement la rive nord de la rue des Carmes, entraînant d'ailleurs quelques expropriations ; quant à la régularité des îlots, séparés par des voies dont le tracé et la superficie résultent d'une réflexion globale, elle trahit la présence d'une population bourgeoise26. Qu'observe-t-on, en définitive ?

Clément Alix a recensé trois propriétés en relation indirecte avec la rue des Carmes visées par les opérations d'urbanisation27. Mais la rue elle-même n'est semble-t-il pas touchée en profondeur par la réorganisation. L'observation directe du bâti permet cependant de remarquer une récurrence significative de gabarits typiques de la fin du 15e et du 16e siècles donc contemporains sinon postérieurs à la dernière accrue dans la partie ancienne de la rue c'est-à-dire la partie préservée par les destructions dues à la seconde Guerre mondiale (à partir du carrefour de la rue des Grands Champs). Nous y reviendrons. D'une manière générale, on relève qu'au cours des siècles la rue des Carmes reste à l'écart en tant que telle des grandes entreprises urbanistiques, même si elle constitue une sorte de frontière, qui peut d'ailleurs être interne, nous le verrons28. Très tôt tracée, elle a conservé son aspect général et très vite elle a développé une vocation marchande (commerces et échoppes) en relation avec sa nature d'axe de communication avec l'ouest (Châteaudun et Tours), vocation qui s'est prolongée jusqu'à aujourd'hui. L'intégration du faubourg à la ville ne change pas la donne. Il renforce simplement pour la rue la concentration du bâti de façon mécanique, puisqu'il évacue de fait la menace invasive. Il s'agit là d'un processus habituel. L'opération d'urbanisme cherchait à percer des "rues plus larges et en droites lignes et non avançantes les unes sur les autres comme elles sont dans l'ancienne ville et dans ce qui a esté adjoint par les autres premières criies"29, mais on remarque que la rue des Carmes conserva après les travaux un tracé en arc de cercle avant de se scinder en fourche (actuelles rues Porte Madeleine et Porte Saint-Jean).

III. LES STIGMATES DE L'HISTOIRE : LA RUE DES CARMES ENTRE BOMBARDEMENTS, RECONSTRUCTION ET DÉFIS CONTEMPORAINS

1. Les bombardements de la deuxième Guerre mondiale

La rue des Carmes subit deux vagues de bombardements, en juin 1940 et mai 1944, allemands et alliés. Nous conservons quelques témoignages des destructions et du traumatisme causés par ces attaques. Lors de la percée allemande et de la débâcle française qui s'ensuivit, le soldat Jean Villette décrivit les ruines de la ville meurtrie :

"Nous arrivons bientôt place du Martroi, qui offre un spectacle affligeant. C'est un décor de ruines. Les pavés de la place sont jonchés de pierres, de ferrailles tordues et de gravats de toutes sortes.

Je vois tout cela très vite, car je marche d'un bon pas et ce n'est pas le moment de s'arrêter. Inutile de prendre, à gauche, la rue Royale puisqu'elle conduit au pont [Joffre] qui, vraisemblablement, est détruit. D'ailleurs, de ce côté, ce ne sont qu'éboulements et grands murs ruinés encore debout, dans lesquels s'ouvrent, béants, les rectangles des fenêtres.

Je connais la rue des Carmes, où je suis venu chez des amis, mais il m'est impossible de savoir où elle se trouvait : par là, c'est un chaos de murailles effondrées"30.

Les dommages s'étendent sur dix-sept hectares ; on dénombre 621 immeubles touchés sur un total de 11200 (soit 5,5% du parc immobilier de la ville) et 1700 habitants victimes des bombardements sur une population totale de 70000 âmes. Trois zones sont affectées, mais c'est surtout le centre qui souffre directement du sinistre, c'est-à-dire les rues les plus commerçantes et les plus riches, dont fait partie la rue des Carmes31. Très vite, dès 1940, la Reconstruction est envisagée et des plans ébauchés, qui ne furent pas mis en application, par manque de temps, de moyens et parce que la rue allait une nouvelle fois être sinistrée, quatre ans plus tard :

"Jeudi 11 mai 1944. Il fait un temps magnifique. À 14 H, alerte. Sept vagues de bombardiers passent vers l'est à très haute altitude. À 14H30, trois ou quatre détonations. On aperçoit une colonne de fumée au-dessus du centre de la ville. Les bombes sont tombées sur la rue des Carmes, détruisant une demi-douzaine d'immeubles.

Que s'est-il passé par ce bel après-midi de printemps ? Il semble qu'un bombardier à la traîne ait été accroché par la chasse allemande ou ait subi une avarie. Il aurait alors largué ses bombes pour s'alléger. Au lieu de tomber dans la Loire, les projectiles se sont égrenés à 400 m. au nord, sur la rue des Carmes, où les gens vaquaient à leurs occupations, sans se soucier ni de l'alerte, ni des avions qui venaient de passer.

Les premiers secours vont retirer des décombres 26 morts et 32 blessés.

Une fois achevées les opérations de déblaiement, le nombre des morts va s'élever à 46. Il est décidé de célébrer leurs obsèques solennelles le lundi 15 mai"32.

À Orléans même, on recense également 3169 immeubles touchés, dont 487 furent entièrement détruits33. Cruelle ironie : le lendemain des bombardements, le 12 mai, un plan de réaménagement de la rue des Carmes était livré, signé notamment par le Chef du Bureau d'études et l'Architecte en chef d'îlot. Si l'option des façades à pan coupé sur l'angle des rues apparaît d'ores et déjà (le principe fut repris pour la Reconstruction de l'après-guerre), la rue de l'Arche de Noé borde un îlot alors même qu'elle venait de disparaître la veille sous les bombes alliées34. Le plan porte d'ailleurs significativement le titre "Îlot 11", avant que les îlots 11 et 12 ne soient couplés lorsque la rue de l'Arche de Noé fut rayée de la carte.

2. La Reconstruction : de la fin de la guerre au début des années 1960

Au total, la rue des Carmes souffrit particulièrement des dommages dus à la guerre, dans sa chair et dans sa pierre. Elle fait partie des îlots reconstruits à la fin de la guerre, sous les numéros 6-6 bis (entre les rues des Carmes, des Grands Champs, d'Illiers et du Grenier à sel), 7 (entre les rues des Carmes, du Grenier à Sel, d'Illiers, des Minimes et la place de Gaulle), 11-12 (entre les rues des Carmes, Henry Roy, des Chats ferrés et des Charretiers) et 13 (entre les rues des Carmes, Notre-Dame de Recouvrance, des Chats ferrés et Henry Roy). On s'aperçoit très vite que les différents îlots qui nous intéressent n'ont pas été reconstruits uniformément non plus que simultanément d'un îlot à l'autre. Les phases furent successives, comme l'attestent les documents d'archives (permis de construire, dessins et plans) ainsi que les photographies, et les tâtonnements, patents.

- Succession chronologique : un plan non daté non signé mais de toute évidence dressé entre 1945 et 1950 et conservé aux archives départementales du Loiret propose une vision différente de la Reconstruction telle qu'elle nous est parvenue (nous l'appellerons "plan Boizeau", ce nom apparaissant sur le document). On y distingue, parfaitement représenté, le bâti préservé (les numéros 1, 3, 5 et 7 ou encore le 48) entre des zones vides au sol symbolisant les espaces à reconstruire. Les édifices correspondant aux numéros 1, 3, 5 et 7 par exemple, ne seront pas détruits avant 1959. De la même manière, un plan masse de 1950 révèle l'état d'avancement de l'entreprise urbanistique : elle n'était alors en tout état de cause pas achevée pour la rue des Carmes35. En réalité, contrairement aux idées reçues et comme ce fut d'ailleurs le cas dans de nombreuses villes françaises la Reconstruction s'est opérée sur plusieurs phases - en ce qui concerne la rue des Carmes, elles s'est étalée sur une quinzaine d'années (1948-1963). Une distinction doit être opérée entre reconstruction pure (sur du bâti et du parcellaire détruit) et opération immobilière destinée à remplacer des bâtiments jugés vétuste ou devenus inadaptés à un plan d'ensemble plus moderne : c'est par exemple le cas pour les numéros 1, 3 5 et 7 de la rue des Carmes, détruits en 1959, et qui avaient été épargnés par les bombardements.

- Tâtonnements : un autre plan également non daté (nous l'appellerons « plan B », également conservé aux archives départementales du Loiret) présente avec le "plan Boizeau", qu'il précède manifestement, un projet avancé non retenu. Il est amusant de jouer au jeu des différences avec la situation actuelle. Cinq au moins sont susceptibles d'être retenues :

1. La "Rue Nouvelle", future rue Henri Roy, trace un arc de cercle alors qu'elle forme aujourd'hui une ligne droite ("plan B").

2. L'actuelle rue de l'Arche de Noé, parallèle à la rue des Carmes, n'est pas encore percée (plans "Boizeau" et "B")36.

3. Les parcelles et le bâti correspondant aux numéros 45 et 47, soit l'extrémité ouest de l'îlot 11-12, à l'angle de la rue des Carmes et de la rue des Charretiers, ont manifestement été alignés sur le parcellaire détruit issu de la Reconstruction. Le rétrécissement de la rue des Carmes équivalant à sa largeur « historique », n'apparaît donc plus qu'à partir de l'îlot suivant. Or les numéros 45 et 47 ont été conservés, et l'élargissement n'intervient qu'à partir du n° 23 (plan masse de 1950 ou "plan Boizeau")37. D'autres plans montrent la volonté d'intégrer les numéros 45 et 47 à l'îlot 11-12, en élargissant la rue des Charretiers, c'est-à-dire en rognant sur le bâti rive sur rue qui fait l'angle de l'îlot 11-12, supprimant la parcelle 493 (le n° 47). Finalement, cette solution ne fut pas retenue : la rue des Charretiers conserve aujourd'hui son caractère étroit, et le propriétaire qui occupait la parcelle d'angle dès avant la deuxième Guerre mondiale, monsieur Pierre Vaury, habite toujours sur place.

4. L'aménagement de la "Place nouvelle" ou Place de Gaulle, a subi de nombreuses modifications. Le "plan B" donne un état projeté du bâti alors que le plan masse de 1950 accuse plus fortement encore l'emprise du bâti au sol, non retenue au final.

5. En conséquence, la forme d'ensemble dessiné par les îlots diffère de la réalité actuelle, au moins pour la rive sud. Car les îlots de la rive nord opposée (6, 6 bis et 7) furent très rapidement déterminés tels que nous pouvons les observer aujourd'hui. L'îlot 11-12 ne fut scindé par la nouvelle rue de l'Arche de Noé (sur les plans) qu'à partir de la fin de 1952, et ce n'est qu'au tournant de 1950 que l'arc de cercle de la Rue nouvelle fut abandonné. Quant à l'îlot 13, le "plan B" lui donne une forme de camembert tronquée en son extrémité avant que le "plan Boizeau" ne l'incorpore à un ensemble plus vaste, excroissance rectangulaire de la Place nouvelle à l'est et espace planté au sud. Nous pouvons mieux juger des évolutions de l'îlot en comparant ces tentatives urbanistiques avec la situation contemporaine : il est délimité à l'ouest par la rue Henri Roy (ancienne Rue nouvelle), à l'est par la rue Notre Dame de Recouvrance, au nord par la rue des Carmes, au sud par le prolongement de la rue des Chats Ferrés : la place de Gaulle est dégagée en son centre de toute architecture habitée. Quant au lotissement de l'îlot 13, on projeta jusque très avant dans les années 1950 de le consacrer à une gigantesque salle des fêtes. Seul le cinéma, au numéro 7, en donne aujourd'hui une idée très réduite.

Étudions à présent les changements réels opérés depuis la Reconstruction et rappelons à cet instant que seules les bordures d'îlots entrent dans le champ de l'étude, soit les rives sud des îlots 6-6 bis et 7, ainsi que les bordures nord des îlots 11-12 et 13. On constate à ce titre que lorsque l'on s'enfonce dans la rue du Grenier à Sel par exemple, les édifices en façade de part et d'autre ne relèvent pas tous du type d'architecture composée d'éléments préfabriqués mis en œuvre pour la Reconstruction. Ainsi, dès le numéro 3 bis (parcelle 167), l'habitat 19e siècle est préservé

En revanche, le tracé général de la rue est modifié. Distinctement, la courbure marquée, due à une "bosse" au niveau du carrefour de l'ancienne rue de l'Arche de Noé, évidente sur les plans généraux de la ville de 1640 (plan Fleury), 1704, de 1831 (plan Adam) et encore perceptible sur celui de l'étude Moneau de 1934, s'atténue pour laisser place à un axe presque rectiligne, incurvé fortement toutefois en son amorce, sur la rive sud de la rue des Carmes (plans de 1950 révisé en 1976 et cadastres de 1969 et de 2003). C'est, parmi d'autres, la différence de loin la plus frappante, qui d'emblée vient corroborer l'analyse visuelle sur le bâti. À la césure nord-sud précédemment relevée, fruit d'une réalité sociale et urbanistique, vient donc s'en ajouter une autre, de nature historique, résultat des dommages causés par les bombardements. Celle-ci scinde la rue selon un axe est-ouest, à partir d'une "butée" correspondant aux constructions antérieures à la Seconde Guerre mondiale.

La limite de la Reconstruction est directement visible en façade, entre le numéro 66 et le numéro 68 (enduits maçonnés de couleur différente). Plus concrètement, un mur d'héberge recevant une souche surélevée de cheminée, en bois et moellons enduit de crépi maçonné, marque la césure. Le numéro 45 quant à lui désigne côté numéros impairs la frontière préservée d'une longue façade 19e siècle. À cet endroit précis, et jusqu'à la place de Gaulle du côté impair, les bâtiments issus de la Reconstruction dessinent un retrait qui élargit la rue et propose en élévation un bâti moderne en opposition architecturale avec les édifices préservés38. Mais il nous faudra revenir sur ce point pour le nuancer : si la rupture visuelle s'avère indiscutable, elle n'intervient pas de manière anarchique. En tout état de cause, la superposition des cadastres de 1823 et de 2003 révèle l'ampleur des changements dans la partie est de la rue, en même temps qu'une grande stabilité dans la partie ouest. La rue des Carmes présente ainsi deux visages : sur un peu plus de 110 mètres linéaires (partie ouest), rives nord et sud, les façades en élévation donnent à voir un bâti historique antérieur aux destructions et à la Reconstruction ; sur la portion restante, soit environ 165 mètres, la plus large, nous avons affaire à du bâti récent, avec le décrochement signalé rive sud.

Plus finement, la superposition du cadastre napoléonien de 1823 et du cadastre de 2003 montre des transformations plus subtiles relatives aux opérations d'urbanisme liées entre autres aux destructions de 1940 et 1944, mais pas seulement. Des numéros 9 à 45, on observe un retrait par rapport à la situation avant-guerre : il s'agit de la suppression de la "bosse" mentionnée plus haut. À partir de la rue Henri Roy, qui n'existait pas auparavant, c'est-à-dire à partir du numéro 7 (parcelle 155) occupé par le cinéma Les Carmes, le front bâti gomme la courbure ancienne pour maintenir la perspective entre l'actuelle place de Gaulle et la place Croix Morin et repasse devant la ligne du front bâti précédente qui plongeait de façon beaucoup plus affirmée. Sur la rive nord, (numéros pairs), l'alignement quasiment rectiligne, hormis un décrochement depuis le numéro 14 (début de l'îlot) jusqu'au numéro 48, entraîne un retrait des façades. Mais on doit noter que cette opération d'urbanisme - la Reconstruction - ne s'est pas effectuée d'un seul trait, même si elle a entraîné un remembrement important du parcellaire. Par exemple, côté sud, la disparition d'une rue - celle de l'Arche de Noé39 -, et le percement d'une autre - la rue Henri Roy - témoignent des transformations profondes apportées au tissu urbain. Les photographies aériennes du fonds Henrard (conservées au service régional d'inventaire de la Région Centre) nous permettent de voir l'évolution des travaux : de fait, il ne faut pas indéfectiblement associer les destructions de la guerre à la Reconstruction. Si les premières, partout en France, déterminèrent une politique de remodelage urbain intégré au sein d'un cadre institutionnel, très rapidement mise en œuvre, la seconde ne se limita pas aux dommages effectifs pour prendre les dimensions d'une réorganisation urbanistique volontariste qui toucha parfois des zones non détruites : ce fut le cas pour la rue des Carmes, entre autres.

Vue du centre d'Orléans au cours de la Reconstruction prise depuis l'est.Vue du centre d'Orléans au cours de la Reconstruction prise depuis l'est.L'occasion était effectivement trop belle de moderniser et d'"assainir" une zone vétuste au regard des immeubles reconstruits après guerre. Limitons-nous à une date, 1952, pour considérer, à partir d'un document iconographique (une photo du fonds Henrard, N° 7434, 92 45 0273 N) la situation des îlots alors à reconstruire. En 1952, la rue des Carmes était en pleine mutation. Mutation plus que rénovation, car il s'agissait d'élaborer un nouveau visage à cet axe meurtri par les bombardements. Observons d'abord les faits côté rive nord de la rue. L'îlot 7 est facilement discernable par la ceinture des nouvelles constructions qui le délimite en partie. Une photographie aérienne du fonds Henrard montre l'arrondi que forme l'angle du bâtiment de l'actuelle place de Gaulle, le prolongement de la façade sur la rue des Minimes (la rue de la Hallebarde a disparu à cet endroit et le parcellaire a été profondément modifié) ainsi que celui en retour sur le début de la rue d'Illiers. Le trou détermine l'emplacement du futur hôtel des postes destiné à remplacer l'ancien qui lui fait face et n'a pas été détruit lors de la guerre (il ne le sera qu'en 1963 pour être remplacé par l'actuel siège de la Sécurité sociale). Dans le prolongement, on reconnaît la barre d'immeubles nouvelle, sur une portion ravagée de la rue des Carmes : cet ensemble forme les numéros 4 à 12 ter, jusqu'au carrefour avec la rue du Grenier à Sel. La bordure ouest de l'îlot (le long de la rue du Grenier à Sel) n'est pas encore entièrement rebâtie, alors que l'on distingue des immeubles anciens qui ont échappé aux bombardements (vers le carrefour de la rue d'Illiers).

Observons ensuite l'îlot 6, du moins ce que la photographie en laisse apercevoir : le bâtiment qui fait l'angle de la rue des Carmes (entrée au 14) et de la rue du Grenier à Sel (entrée au 1), est en cours d'édification. La dalle du premier étage posée sur piliers est caractéristique du nouveau type de construction, de même que les cloisons préfabriquées percées d'ouvertures donnant sur la rue. Le numéro 16 de la rue des Carmes est également en cours d'assemblage. En revanche, le 48 demeure encore tel que : on peut apercevoir le mur extérieur qui dessine le gabarit du bâtiment. Cela perdurera en 1969 comme le prouve une autre photographie du fonds Henrard (N° 60701, 92 45 0329 N), et jusqu'au milieu des années 1970.Vue du centre d'Orléans reconstruit prise depuis le nord-ouest.Vue du centre d'Orléans reconstruit prise depuis le nord-ouest.

Plaçons-nous à présent côté rive sud de la rue. L'îlot 13 relève bien du plan de répartition des îlots à reconstruire, mais en 1952, les anciennes constructions qui ont résisté à la guerre restent en place. Ainsi les numéros 1, 3, 5 et 7 subsistent. Les maisons correspondant aux numéros suivants ont quant à elles bel et bien été rasées jusqu'à la nouvelle barre d'immeubles qui commence pour la rue des Carmes au numéro 9 actuel : le remembrement parcellaire dû aux destructions a entraîné une extension de l'aire de chaque nouvelle parcelle par rapport aux anciennes, ce qui explique la moindre quantité de numéros fiscalement attribués sur une même surface. Entre l'espace vide correspondant au futur numéro 7 et le numéro 9, une rue a de surcroît été percée, la rue Henri Roy laquelle, avec la disparition de la rue de l'Arche de Noé d'origine (axe nord-sud devenu axe est-ouest avec la Reconstruction) et l'élargissement de la rue jusqu'au numéro 45, achève de perturber le visage de la rue des Carmes tel qu'il existait avant la Seconde Guerre mondiale.

L'îlot double 11-12 a subi un complet bouleversement : il ne se compose plus que d'une rangée d'immeubles à façades uniformisées dont on peut faire le tour par la rue de l'Arche de Noé, nouvelle artère est-ouest desservant l'arrière de la barre qui rappelle la rue du même nom (initialement axe nord-sud) disparue lors du plan de Reconstruction urbaine. À l'extrémité de l'îlot, ultimes traces des constructions antérieures, les numéros 45 et 47, le 45 constituant le dernier morceau d'une "suite de maisons particulières qui form[ai]t, rue des Carmes, l'îlot compris entre la rue de l'Arche-de-Noé et la rue des Charretiers"40.

Finalement, la reconstruction des différents îlots reconstruits s'étala sur quinze années, de 1948 à 1963, selon la chronologie suivante :

  • Îlots 7 et 11-12 : 1948-1951, livraison en 1952
  • Îlot 6 : 1949-1952, livraison en 1953
  • Îlot 6 bis : 1952-1959, livraison en 1957-1960
  • Îlot 13 : 1957-1962, livraison en 1961-1963

À l'échelonnement externe dans le temps, entre la Reconstruction des différents îlots, s'ajoute un échelonnement interne à l'îlot lui-même. Considérons l'îlot 6 bis par exemple. Un plan daté du 6 janvier 1956 et conservé aux archives départementales du Loiret montre une élévation de la façade sur rue conforme à l'exécution41. À cette date donc, le bâti était achevé. Mais d'autres documents d'archives révèlent concomitamment que l'on dressait seulement le plan d'exécution du numéro 54 (20 mars 1956) quand les projets de façades et de coupes des numéros 58 et 66 ne furent respectivement signés que le 4 avril et le 21 mai de l'année 1957. Les travaux se déroulaient donc façade par façade, numéro après numéro. À Orléans, la Reconstruction s'est donc effectuée sur la durée. Et le cas n'est pas isolé. Longtemps les personnes sinistrées attendirent d'être relogées. On possède même quelques lettres de riverains mécontents de la lenteur des travaux et des nuisances qu'ils provoquaient dans la rue !

3. Des années 1970 à aujourd'hui

Pas de changement remarquable dans la physionomie générale de la rue depuis la fin des années 1960. La destruction du numéro 48 suite à la délocalisation de la maison Richer et Cie (magasin de bonneterie et chaussures) à Saint-Jean de la Ruelle, pour édifier un immeuble à logements, constitue la seule opération immobilière notable. À telle enseigne que l'axe inchangé devient véritable goulet d'étranglement face à une circulation routière en augmentation constante. L'actualité prend un tour réglementaire et juridique qui outrepasse le cadre strict de la rue des Carmes puisqu'il englobe l'essentiel de la commune d'Orléans dans un projet de ZPPAUP dont le cahier des charges et l'étude préalable ont été confiés à l'atelier d'architecture et d'urbanisme Blanc-Duché. Le rapport de présentation souligne incidemment la nature particulière de la rue qui s'inscrit dans une double optique héritée de l'histoire : celle des quartiers historiques du centre (secteur 1) et celle du quartier de la Reconstruction (secteur 4)42.

L'avenir de la rue des Carmes se conjugue désormais avec la volonté pour l'agglomération de tracer une seconde ligne de tramway, la ligne 2, qui ne sera sûrement pas sans conséquence sur la physionomie de cet axe commerçant. Le passage de deux lignes impose en effet de supprimer le coude qui marque rive Sud la césure entre bâti reconstruit et bâti ancien, là où la largeur de la rue est la plus réduite. Cela entraînerait la disparition des façades (au moins) des numéros 45 à 77, jusqu'à la place Croix Morin, donc une dénaturation profonde de la rue dans son ensemble, dans la mesure où toucher à une rive revient à affecter, visuellement et structurellement, la perception globale du tout. D'où l'utilité d'entreprendre une étude d'inventaire de cette aire pour conserver la mémoire d'un patrimoine urbain en sursis.

IV. UNE AIRE D'ÉTUDE À LA CROISÉE DES PROBLÉMATIQUES

Au total, la rue des Carmes en tant qu'aire d'étude concentre une multiplicité d'approches par son appartenance à des ensembles urbains disparates mais complémentaires :

- le centre historique : la rue se rattache en effet historiquement aux quartiers du centre, dans l'intramail.

- les premiers faubourgs. La rue des Carmes, avant la dernière accrue, était un axe commerçant situé hors la ville (voir supra) : elle propose donc un bâti de type faubourg intégré dans la cité, selon un processus traditionnel et historiquement répandu, découlant de la poussée démographique en particulier, raison à laquelle vient s'ajouter dans ce cas précis la nécessité de protéger un espace économiquement en expansion (commerce et habitat noble et bourgeois).

- les développements urbains de la dernière accrue. La rue des Carmes correspond à une interface entre la rive sud tournée vers la Loire et la rive nord, plus bourgeoise et relevant d'une opération globale concertée sur le plan du réseau de voirie notamment (voir supra). Elle délimite également une frontière entre la nature et les fonctions de l'habitat entre ces deux rives, comme le recensement des quatre îlots bordant la rue sur la partie non reconstruite le montre clairement. La rue des Carmes, qui donne son nom au quartier, joue le rôle d'épine dorsale.

- le quartier de la Reconstruction. Dans cet ensemble, la rue des Carmes ne constitue que la partie ouest d'une aire bien plus vaste (îlots 6, 6 bis, 7, 11-12 et 13), qui entraîne des problématiques propres non plus seulement à la rue, mais à celles d'un quartier urbain lui-même formé d'ensembles disparates, réunis par le hasard d'une histoire commune, et dont l'appellation repose sur une ligne architecturale unique et itérative. La dénomination de quartier pour le secteur de la Reconstruction dans le centre historique surimpose une autre problématique et une autre logique à une zone qui administrativement désigne les deux quartiers compris dans l'intramail, Bourgogne-République et Carmes-Bannier.

Pourtant, et de manière contradictoire, la rue des Carmes, constituée en partie par les bordures d'îlots mentionnées ci-dessus, s'appréhende également comme autant de morceaux dont la Reconstruction ne fut pas parfaitement synchrone. Par exemple l'achèvement de l'îlot 7, du moins pour la partie qui borde la rue des Carmes, intervint avant celui de l'îlot contigu 6, 6 bis, ou de l'îlot 13, qui lui fait face.

À cette approche externe de la rue s'ajoutent des césures internes, notamment fiscales, économiques, sociales, et bien sûr architecturales (zone reconstruite et zone conservée) au cours d'une histoire par essence évolutive. À cette occasion, il est piquant de remarquer que la zone reconstruite s'inscrit exactement dans l'ancienne rue des Carmes, c'est-à-dire du couvent des Grands Carmes, et que la zone préservée s'inscrit dans l'ancienne rue de la Croix Morin, avant que l'ensemble de l'axe ne soit désigné sous le nom générique de rue des Carmes. Il faudrait naturellement mener une étude sociologique pour compléter les informations relatives à la rue, mais une telle entreprise dépasse le cadre de ce travail.

La rue des Carmes constitue ainsi un objet composite. Objet d'étude valide en soi, par la richesse de son histoire, on ne saurait cependant la couper de son aire d'attache, le quartier des Carmes, sur lequel elle influe fortement. C'est avant tout la question de l'analyse du bâti qui va nous occuper, car au sein de l'espace urbain, la rue offre le spectacle d'un hiatus visuel entre d'une part les immeubles issus de la Reconstruction et d'autre part l'aspect à la fois plus varié et disparate que procurent les habitations préservées. Une frontière qui permet d'étudier l'évolution historique et les transformations d'un espace urbain déterminé.

DEUXIÈME PARTIE

LA RUE DES CARMES : UN AXE DE COMMUNICATION COMMERÇANT

Nous l'avons dit, le tracé de la future rue des Carmes remonte sans doute au 1er siècles ap. J.-C. et déterminerait l'axe menant à Châteaudun. La vocation commerçante de la rue apparaît très tôt ; elle s'inscrit d'ailleurs dans le prolongement de la principale artère commerciale de la ville, la rue de Bourgogne, tracée sur le decumanus maximus antique. Aucune étude ne nous permet cependant de déterminer avec précision la nature des boutiques et échoppes tenues sous l'Ancien Régime : il faudrait pour cela mener des recherches approfondies qui dépassent le cadre de ce travail. On peut toutefois s'appuyer sur l'analyse formulée par André Chastel entre autres, qui établit un rapport direct entre la concentration commerciale et l'organisation parcellaire en texture serrée homogène : "Cette relation est - d'une façon plus ou moins intuitive - établie depuis longtemps par les historiens et les géographes [...]. Il y a une relation très étroite entre l'architecture des rues fortes, leur parcellaire et l'activité économique qui les caractérise.

Les voies de grand passage favorisent le commerce et une prospérité d'où naît une constante plus-value des terrains qui en favorise la division - au moins dans le type d'économie pré-industrielle. Cette division se répète jusqu'à la limite au-delà de laquelle le développement en façade de chaque parcelle deviendrait trop étroit pour permettre la construction d'une maison, donc l'installation d'une boutique. Il s'établit ainsi très tôt, avant le 12e siècle, une espèce de standard parcellaire dans les zones à vocation marchande : le terrain est partout découpé en unités étroites et longues, le développement en profondeur compensant l'exiguïté du terrain en largeur. Ainsi, le long des voies naturellement privilégiées par leur situation topographique, comme dans les zones à vocation exclusivement marchande [...], l'agglomération de ces petites parcelles régulières quadrangulaires, à l'exclusion de toutes autres, engendre une texture remarquablement homogène"43.

En revanche, par sa position de voie excentrée hors de l'enceinte fortifiée, au bâti lâche, on peut la ramener au type du faubourg. C'est ce que révèle la présence d'architectures variées comme la maison du numéro 69, à travée et étage unique, qui semble contredire la pression foncière poussant les immeubles à gagner en hauteur. D'une manière générale, la rue reçoit peu de constructions élevées, hors partie reconstruite. Mais l'étroitesse des parcelles détermine une croissance urbaine effective dès l'entrée dans la dernière ligne d'enceinte, à la fin du 15e siècle, catalysée par l'implantation et le développement des commerces. Il semble - mais cela demande confirmation - que l'on ait d'abord édifié les immeubles d'angle, dont la morphologie externe détermine un gabarit typique du 16e siècle, sorte de points de calage pour les autres constructions.

I. L'ANCIEN RÉGIME

Difficile de déterminer la composition socio-professionnelle exacte des habitants de la rue des Carmes à la fin du 17e siècle. Le registre de la première capitation de 1695 apporte certes des informations essentielles relatives à la population orléanaise mais ce document ne mentionne "aucune indication sur le lieu d'habitation des contribuables à l'intérieur même du cadre urbain (les paroisses ne sont pas distinguées)"44.

La situation commerciale n'était guère florissante à Orléans au 17e siècle, et la crise durable de la fin du siècle, particulièrement sensible à Orléans, ralentit l'élan amorcé par la politique économique mise en place par Colbert45. La diminution de foyers fiscaux à cette période confirme 1'état fragile de la ville - et explique en partie sans doute la faible pression démographique donc foncière que l'on peut alors déceler à Orléans.

Il est d'ailleurs également délicat d'être beaucoup plus précis pour ce qui est de la situation au 18e siècle, même si elle s'améliore considérablement. Les répartitions fiscales contemporaines obèrent toute analyse fine. Si l'on s'intéresse par exemple aux revenus fonciers des Orléanais en 1790-1791, les sections scindent parfois des rues en deux, ce qui brouille toute velléité d'étude approfondie, semble-t-il. C'est notamment le cas de la rue des Carmes : en 1791 elle relevait de deux sections fiscales, la 1 qui correspondait à la désignation fiscale de La Monnaie, et la 4 qui correspondait à celle de Recouvrance. Pour autant, il nous est permis de dire que la rue des Carmes occupait une bonne place dans la liste des 57 rues qui dépassaient le poids moyen des 227 rues intra-muros - soit 0,4% du revenu foncier total de la ville intra-muros46 . En effet, elle intervient aux 18e et 19e rangs, avec respectivement des pourcentages de 1,178 et 1,132. Sans appartenir au riche axe nord-sud­ - rue Bannier, place du Martroi, rue Royale entre autres - la rue des Carmes s'inscrit dans l'axe est-ouest- rues Saint-Euverte, de l'Évêché, le Martroi et la rue d'Illiers- qui jouit alors d'une confortable aisance . On relève même au numéro 11 de la rue (section 4) un certain Geffrier Olivier, qui faisait commerce dans l'épicerie, et qui par le montant de ses revenus fonciers annuels - 7000 livres - appartenait à la neuvième classe - entre 5000 et 10000 livres47 -, soit l'avant-dernière d'une série de dix - la dixième classe déterminait des revenus fonciers annuels supérieurs ou égaux à 10000 livres48.

II. LE 19E SIÈCLE

L'étude du cadastre napoléonien de 1823 montre d'emblée une emprise caractéristique du parcellaire identifiant une rue commerçante. Sur la rive nord, il se présente sous cinq formes identifiables :

1. très allongée, en lanière, parfois de longueur identique, la plupart du temps de largeur similaire (voir par exemple les parcelles 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 60, 61, 62, 64, 65, 203, 204, 717, 718, 719, 720 et 723). D'une manière générale, les parcelles sont étroites - de 3 à 8 mètres, du fait de la densité des boutiques, et perpendiculaires à la rue.

2. allongée, rectangulaire (parcelles 194, 725, 726, 727, 728, 729 et 730.

3. trapu, proche du carré (parcelles 198, 199, 794).

4. on remarque aussi ponctuellement un parcellaire en lanière crénelé (parcelles 58, 194, 202 ou encore 734).

5. enfin, des "formes enveloppantes" qui entourent ou contournent d'autres parcelles (parcelles 59, 192, 200, 731, 733, 740).

La rive sud est plus disparate, même si la forme allongée prédomine : les parcelles diffèrent sensiblement de surface, elles proposent rarement des formes crénelées (482, 489), parfois enveloppantes (parcelles 481, 490, 495, 805, 826). Si les parcelles 807, 808, 809, 810, 811 sont semblables, c'est parce qu'elles appartiennent à une même opération immobilière (les terrains de l'ancien couvent des Carmes rachetés par l'architecte Benoît Lebrun, qui ont été lotis par leur propriétaire en parcelles égales, pour un bâti identique, à la fin du 18e siècle). Notons que le réseau viaire ancien au sud de la rue, tortueux - contrairement à la logique concertée de la voirie au nord - délimite des îlots de surface de formes différentes, ce qui explique les tailles et les configurations variées des parcelles les découpant.

Les parcelles de forme allongée dominent néanmoins dans la rue des Carmes ; elles s'inscrivent de manière pérenne dans le paysage urbain depuis la fin du Moyen Âge. La bordure stradale de texture serrée identifie la fonction commerciale de la zone et dessine un bâti mitoyen en façade tel qu'on peut l'observer sur le plan de la section D levé dans le premier tiers du 19e siècle (rive sud de la rue des Carmes). D'où une lecture d'ensemble des masses bâties, comme s'il s'agissait d'une seule ligne de construction. Impression que traduisent les photographies anciennes et contemporaines. Les choses diffèrent quelque peu lorsqu'on analyse précisément l'emprise du bâti sur le parcellaire (pour la seule rive sud, cela concerne les parcelles 249, 479, 480, 481, 482, 484, 485, 486, 487, 489, 490, 491, 492, 493, 807, 808, 809, 810, 815, 816, 817, 819, 820, 823, 824, 825, 826 et 829). Cela n'a rien d'étonnant : la boutique contient l'accès pour la clientèle, et derrière, l'accès privatif réservé au commerçant relatif à son activité (vestiaire parfois, réserves, magasins et autres, éventuellement séparés par une cour intérieure). La boutique n'occupe pas l'intégralité de la parcelle au sol : très souvent l'espace est scindé en deux parties d'inégale largeur, marquée par un accès commerçant (entrée de la boutique avec devanture) et, plus étroite, la porte privative prolongée par un couloir qui mène à un escalier desservant le ou les étages. Il s'agit d'une distribution traditionnelle depuis le moyen âge.

La nature commerçante de la rue des Carmes fait perdurer encore au 19e siècle l'emprise au sol d'un parcellaire étroit, avec des maisons à boutiques qui répondent dans une large mesure à des schémas bien connus que l'on peut voir illustrés dans des traités d'architecture dès l'époque classique, notamment à travers le célèbre recueil de modèles de maisons que Pierre Le Muet publia à Paris en 1623, "Manière de bastir pour touttes sortes de personnes", qui eut une postérité fameuse49. La rue des Carmes, à Orléans, s'est donc inscrite dans une tradition de construction de la ville en fonction de sa destination - dans le cas présent, le commerce au rez-de-chaussée, doublée de la fonction d'habitation à l'étage50 - et de la typologie des parcelles sur lesquelles il convenait d'édifier.

III. LE 20E SIÈCLE ET LA PÉRIODE CONTEMPORAINE

Au début du 20e siècle les informations abondent. Sur les 462 commerces et activités répertoriés en 1906 dans l'Annuaire général d'Orléans et des communes du Loiret, la rue des Carmes en propose près de 80. Sur les 89 numéros de la rue des côtés pair et impair, 74 sont concernés par un ou plusieurs commerces : les numéros 4 et 77 par exemple proposent quatre enseignes. Au total, on dénombre 103 enseignes au début du 20e siècle, soit plus que d'adresses fiscales. Cent ans plus tard, en 2006, sur 61 numéros fiscaux, pairs et impairs, on compte un nombre largement inférieur d'enseignes (74 recensées en juillet 200651) mais proportionnellement deux fois moins de numéros en sont dépourvus (7 en tout). La concentration est demeurée stable - en vérité, elle a très légèrement augmenté en un siècle52. C'est la nature des commerces qui a beaucoup changé. On constate aussi une réduction drastique de la diversité des activités - de nombreux petits métiers ont disparu, mais aussi des commerces de plus de grande envergure, à l'instar de la confection, représentée à l'époque par de véritables manufactures implantées dans le tissu urbain. Citons par exemple la maison Piprot-Aubert, spécialisée dans la lingerie (au numéro 33), les établissements Richer chausserie et Cie (bonneterie laine et coton et magasin de chaussures, au numéro double 48-50 : ils occupaient une vaste surface de vente, et les locaux furent même agrandis en 1906, prévoyant deux étages de vente53) ou encore la maison Proust et Bertrand (manufacture de lingerie et confection, sise au numéro 82).

L'état des lieux dressé par Jacques Debal pour la répartition des activités commerciales reste valable aujourd'hui : prédominance des commerces non alimentaires et de services54. Les services d'hôtellerie et de restauration prennent quant à eux majoritairement place dans la partie préservée de la rue.

La Reconstruction avait pour but essentiel de proposer rapidement des constructions modernes (confort, hygiène) pour répondre à la demande de logements des habitants sinistrés consécutive à la Seconde Guerre mondiale. Toute une partie du bâti fut en effet détruite par les bombardements. Le tissu urbain de la rue des Carmes entre autres fut profondément meurtri par ces dommages. La rue pouvait craindre de perdre en partie sa vocation commerçante. En effet les immeubles reconstruits, hauts de quatre étages carrés en majorité, s’inscrivirent dans une opération de remembrement où le parcellaire, profondément modifié, voyait sa surface moyenne au sol fortement accrue par unité édifiée. Ils prenaient la place d’un bâti moins haut – deux à trois étages carrés au plus – sur un parcellaire bien plus étroit, qui se rattachait dans sa typologie à l’habitat de type maison recevant boutique.

L’intrusion, dans la rue, d’une fracture architecturale et fonctionnelle avec côté est les immeubles à logements et côté ouest le bâti ancien préservé, pouvait laisser craindre l’introduction de discontinuités et donc une fragmentation rédhibitoire, fruit d’une juxtaposition de tissus urbains disparates. Or, c’est précisément la fonction commerciale de la rue des Carmes, conservée malgré la transformation radicale de nature du bâti au sortir de la guerre qui a permis de maintenir l’unité fonctionnelle de cet axe d’échanges. Chaque rez-de-chaussée d’immeuble accueille en effet une, voire plusieurs enseignes commerciales, qui garantissent la continuité structurelle séculaire. Aujourd’hui encore, la rue des Carmes demeure une voie commerçante importante dans la ville, en dépit d’un bâti architectural diversifié – antagonique même.

TROISIÈME PARTIE

L’ÉVOLUTION DU PARCELLAIRE ET DU BÂTI

I. LE PARCELLAIRE

La superposition du cadastre actuel sur le cadastre napoléonien fournit d’emblée des informations utiles. On peut en retirer deux données essentielles :

- Premièrement, la transformation totale du parcellaire ancien après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale : l’état actuel issu de la Reconstruction ne permet plus de lire la distribution antérieure55. Des distinctions apparaissent entre les deux rives. Sur la rive nord, l’îlot 7 a été bouleversé et pris une forme nouvelle : à cette occasion, la rue du Grenier à Sel a été élargie en empiétant sur l’îlot ancien, alors qu’elle s’est calée sur le bord de l’îlot 6, comme en témoignent d’ailleurs la présence d’habitations anciennes (notamment au numéro 7, datable du 18e siècle, avec un léger retrait en façade qui atteste son caractère originel). Dans l’îlot 6, du 14 au 58 compris, en revanche, si la modification profonde du parcellaire se poursuit, elle s’inscrit dans les limites du découpage "historique" de l’îlot en bordure de rue. Sur la rive sud, pour les îlots 13 et 11-12 jusqu’au numéro 45 excepté, le bouleversement est de même nature que pour l’îlot 7, avec de surcroît la percée d’une nouvelle rue, dite de l’Arche de Noé. On notera que la Reconstruction a entraîné un changement dans la numérotation antérieure du parcellaire, qui ne correspond plus non plus à celui en cours aujourd’hui. Pour se limiter à l’îlot 7, les parcelles 98, 99, 100, 101 et 102 (respectivement les numéros 4, 6, 8, 10, 12 et 12 ter) portaient les numéros suivants : 293, 291, 298-295, 321-320, 308, 139 et 420. Nous reviendrons sur ce point.

- Deuxièmement, un respect global voire entier de la morphologie du parcellaire ancien avec quelques variantes ponctuelles : allongement ou rétrécissement des parcelles (comme au 47, parcelle 144), ou changement de forme restreint (en sifflet pour la parcelle 194, numéro 94, ou pour les parcelles groupées 306, 307 et 308 qui définissent fiscalement le numéro 92, alors qu’elles étaient laniérées et droites auparavant.

Sans surprise, ces deux données générales définissent les deux aspects de la rue des Carmes, chacun présentant des caractéristiques propres.

D’emblée se dégage une conclusion simple de l’analyse combinée des cadastres et de l’observation sur le terrain: il faut dissocier numéro fiscal (l’adresse), numéro de parcelle et bâti existant. Cela permet de mieux appréhender et de comprendre des curiosités relatives à l’évolution même de la rue, qui demeure un espace vivant. Ainsi par exemple le numéro 80 comprend-il deux façades sur une même parcelle, alors que le numéro 77 est scindé en deux parcelles, et que les numéros 9 et 9 bis appartiennent au même immeuble et à la même parcelle56.

1. La rue "ancienne"57

Les traces laissées par l’histoire montrent deux aspects opposés de la rue. L’inertie domine très nettement pour la zone "historique" préservée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Le rapport de présentation de la ZPPAUP pour la commune d’Orléans donne pour l’intramail des informations générales sur l’évolution du grand parcellaire par typologie de tissus urbains au fil du temps, depuis le 16e siècle jusqu’à aujourd’hui : on y lit que l'"approche tend à mettre en lumière la pérennité des vastes emprises occupant le centre historique, et donc en négatif, la relative stabilité du parcellaire plus modeste"58. La comparaison permise par le plan cadastral napoléonien de 1823 avec celui de 1969 puis celui de 2003, confirme à l’échelle de la rue préservée cette fois une conservation remarquable du parcellaire. Le front compris entre les rues actuelles de Limare et des Grands Champs est demeuré pratiquement inchangé : le parcellaire laniéré domine, perpendiculaire à la rue en son petit côté (voir supra deuxième partie). On retrouve même une marque ancienne de circulation entre parcelles en cœur d’îlot : une ruelle interne parallèle à la rue des Carmes desservant deux parcelles, la 300 et la 187, séparées par une porte mitoyenne. Rive sud également, le parcellaire bordant la rue des Carmes, dans son ensemble, demeure stable.

Pour autant, quelques variations ressortent. On peut les regrouper sous trois formes, en notant d’emblée que parfois les changements s’opèrent aussi dans la phase contemporaine (1969-2003) :

- le redécoupage interne du parcellaire :

a) Rive Nord : Entre 1969 et 2003, on remarque par exemple une redistribution du parcellaire par morcellement. La parcelle 193 (cadastre de 1969 et numéro 92) a ainsi été redécoupée en interne – donc sans conséquences sur les parcelles mitoyennes – en trois parcelles (306, 307 et 308)

b) Rive Sud : La partition de la parcelle 249 (numéro 83) du cadastre napoléonien en deux parcelles et deux numéros fiscaux : respectivement les parcelles 326 (le 77 bis) et 101 (le 77) est remarquable59. Dans une moindre mesure on repère un phénomène identique pour la parcelle 107 (numéro 67) du cadastre de 1969, scindée sur le cadastre de 2003 (parcelles 322 et 323).

- le regroupement parcellaire :

a) Rive Nord : Les parcelles 61 et 62 du cadastre de 1823 (numéros 84 et 82) ont fusionné pour former la parcelle 187 (cadastres de 1969 et 2003), correspondant au numéro 78.

Entre 1969 et 2003, la séparation entre les parcelles 188 (numéro 80) et 197 (numéro 82 entre autres) a disparu pour créer un seul et même ensemble, la parcelle 300 (le numéro 82 de la rue des Carmes a fiscalement disparu sans entraîner de destruction en façade), bordée en son côté ouest par un redécoupage de l’ancienne parcelle 197.

b) Rive Sud : les parcelles 482 et 483 (numéros 67 et 69) du cadastre de 1823 ont été réunies pour former la parcelle 109 (numéro 63, cadastre de 1969 et de 2003). Plus récemment, les numéros 59 et 61 ont été intégrés à la même parcelle (la 308, cadastre de 2003).

- Modifications plus profondes du parcellaire :

a) Rive Nord : c’est le cas pour les parcelles 57 et 58 correspondant respectivement aux numéros 92 et 90 du cadastre de 1823. La parcelle 57 a englobé la partie supérieure de la parcelle 58, ce qui a conduit à la suppression de la limite mitoyenne. La parcelle 58 (devenue 189) a ainsi perdu en superficie et abandonné sa forme en lanière crénelée pour adopter une forme rectangulaire. Dans le même temps, la parcelle 57 a perdu en profondeur. Laniérée en 1823, elle présente aujourd’hui une forme crénelée dans laquelle s’encastre la parcelle 58.

b) Rive Sud : on ne relèvera que trois exemples significatifs. Le premier s’inscrit dans le sens de la réduction de superficie : la parcelle 481 (numéro 65 du cadastre napoléonien évoqué ci-dessus) a perdu une grande partie de sa surface lorsqu’on l’a fusionnée pour créer la parcelle 308 du cadastre actuel60. Même schéma pour la parcelle 490 (numéro 57 du cadastre de 1823) qui, en se réduisant, perd en outre son accès sur la rue de l’Ange, ou pour la parcelle 493 (144 et numéro 47), qui a été raccourcie en perdant sa cour en fond de parcelle61. Le second exemple, en revanche, témoigne d’un accroissement de l’aire de la parcelle : il s’agit de la parcelle 491 (cadastre de 1823) qui, en récupérant une partie de la parcelle 490 (cadastre 1969 et 2003, parcelle 142), gagne une ouverture sur la rue de l’Ange (le 79 bis). Le dernier exemple relève de l’emprise historique du couvent des Carmes, pourtant détruit à la Révolution, dont le terrain fut racheté par l’architecte Benoît Lebrun (voir supra) pour construire des immeubles de lotissement à partir de 1791. Trente ans plus tard, les traces de l’ensemble religieux demeurent perceptibles sur le parcellaire. Ainsi, la parcelle 495, très étendue, donne à la fois sur la rue des Carmes au nord et sur la rue de l’Ange à l’ouest62. Or, cette ouverture est matérialisée au sol par une pénétration en biseau qui marque de façon nette l’entrée du cloître dont le périmètre subsiste, symbolisant une présence en creux63. Le plan de l’étude Moneau de 1934, juste avant les destructions de la guerre, témoigne d’une situation inchangée.

c) Combinaisons : il arrive que des parcelles soient affectées par plusieurs transformations. La parcelle 109 résulte de la fusion des parcelles 482 et 483, nous l’avons vu (regroupement parcellaire). Il faut y ajouter un redécoupage significatif : la parcelle 482 a été réduite en biseau au lieu d’une extrémité rectangulaire (modification plus profonde du parcellaire)

Le plan d’alignement de 1813 précède de dix ans l’élaboration du cadastre napoléonien. Nous ne disposons donc pas de l’état antérieur du parcellaire : le plan fournit cependant des informations graphiques importantes, puisqu’il atteste que le nouveau tracé a modifié très légèrement les deux lignes de façades hormis quelques exceptions comme l’élimination de la courbe côté rive nord (numéros 2 à 16) qui suivait celle de la rive sud en face. Les autres interventions furent soit modestes, soit ponctuelles, à l’échelle d’une façade ou deux (numéro 53, numéros 65-67, 66-68, ou encore 102-104). En outre, ce plan nous renseigne utilement sur l’irrégularité de la largeur de la rue selon les zones de mesure : la variation opère sur un différentiel important de 3 mètres au maximum, entre 9,60 et 12,60 mètres. L’alignement a en partie cherché à tempérer ces disparités métriques – pour améliorer la circulation, pour répondre aussi à des préoccupations hygiénistes – sans toutefois parvenir à les effacer entièrement. Seule la Reconstruction permettra de tracer une portion de rue plus régulière sans être uniforme, mais en faisant table rase du parcellaire précédent il est vrai détruit par les bombardements.

2. La Reconstruction

La partie de la rue issue de la Reconstruction présente un visage complètement différent du précédent, fruit d’une entreprise urbanistique et architecturale pilote en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La transformation visuelle s’appuie sur un bouleversement du parcellaire hérité pour une part du Moyen Âge tardif. L’aspect général de la rue a déjà été abordé plus haut. La Reconstruction offre une occasion de moderniser l’habitat et de modifier l’emprise au sol. Gommage de la courbe pour tracer un axe rectiligne pouvant être embrassé d’un seul regard, élargissement de la rue pour faciliter un trafic routier croissant, homogénéisation de l’ensemble à rebâtir64, création de logements standardisés plus spacieux et fonctionnels, sur un principe structurel modulaire selon un modèle répétable à l’envi constituent quelques-uns des objectifs prioritaires et moteurs de l’entreprise.

Les différentes largeurs des façades de la zone "ancienne" accentuent l’impression d’étroitesse générale du parcellaire préservé, face à l’uniformité globale des façades reconstruites. Les relevés métriques confirment ce sentiment : la nouvelle zone propose des parcelles bien plus larges et moins profondes d’où résulte un effet "barre"65.

Pour autant, cette portion de rue n’est pas restée totalement figée et il est possible de repérer certains – très modestes – changements entre l’immédiat après-guerre et la situation actuelle. Le regroupement parcellaire, par exemple, prouve qu’elle évolue. On constate ainsi par exemple que les parcelles 308 (numéro 12) et 139 (numéro 12 bis) ont fusionné pour ne plus former qu’une parcelle, la 102 actuelle (numéro 12 actuel). Il est vrai que dès l’origine un bâtiment unique avait été prévu pour être scindé en deux adresses fiscales, comme la continuité de la corniche de toit le montre clairement66. Une trace demeure de cette partition interne désormais révolue : la cheminée de mitoyen.

II. MATÉRIAUX ET MISE EN ŒUVRE

1. Gros œuvre

La distinction s’opère naturellement entre bâti ancien et bâti d’après-guerre. En ce qui concerne le premier, majoritairement, les façades sont en maçonnerie de moellons sous enduit, que l’on distingue immédiatement dans les murs mitoyens (par exemple entre le 72 et le 74 ainsi qu’entre le 76 et le 78). Les carrières en sous-sol dans le quartier ont servi de zone d’extraction. La pierre de taille en angle apparaît dans quelques cas, par exemple aux numéros 47, 51, ou encore au 73, manière de rigidifier la structure autant que par souci décoratif. Le caractère esthétique intervient véritablement lorsqu’il adopte une forme harpée, comme aux numéros 57, 77 ou 98. Il peut se développer sur la façade par le jeu des bandeaux, l’encadrement de baies, moulurés ou non, ou des balcons, comme au 45.

- La brique apparaît peu en façade, sinon pour revêtir un caractère décoratif (par exemple la maison du 94). Mais elle est tout de même utilisée pour des constructions de second œuvre (souche de cheminée par exemple), adventices, pour des ajouts architecturaux tardifs (ainsi au numéro 49) ou pour consolider des structures affaiblies, comme matériau de comblement. Seul l’état original du 45 indique, sur le plan en élévation, un traitement de gros œuvre pour le premier niveau, et même si l’enduit la dissimule la conservation de l’édifice plaide pour sa présence sous-jacente67.

- Le parpaing n’apparaît guère, sinon de façon ponctuelle (adjonction d’un bâti sur la façade postérieure du numéro 45 – il permet d’augmenter la surface au sol des appartements, pour une salle de bains au troisième étage par exemple, ou construction d’un bâti en fond de parcelle du numéro 76).

- Les constructions en pierre de taille sont rares. Le plus souvent, on constate une volonté décorative de trompe l’œil par un parement noble simulé par un tracé peint des jointures entre les blocs feints, comme au numéro 96. On la trouve cependant à trois reprises au moins pour la totalité de la façade, aux numéros 70, 80 (la façade portant anciennement le numéro 82) et 84, et à deux reprises pour le soubassement de deux immeubles, les 45 et 72. Cette technique reste réservée aux habitations cossues témoignant d’un niveau social élevé et s’accompagne d’un traitement soigné voire raffiné de l’architecture. Traditionnellement, trois sortes de pierre étaient utilisées, le calcaire de Beauce, la pierre d’Apremont, beaucoup plus tendre, d’une teinte ocre-ivoirine, ainsi que le tuffeau, très tendre également, d’une teinte blanche ou beige. Dans la rue des Carmes, le calcaire de Beauce, d’un coût abordable, a eu la préférence. Sa mise en œuvre avec du mortier de chaux remonte au 15e siècle ; il fut utilisé jusqu’au 19e siècle.

Le caractère d’apparat de telles élévations se perçoit aisément lorsque la seule façade reçoit un traitement en pierre de taille. C’est le cas de l’immeuble du 45, et, plus nettement encore car il s’agit d’une construction d’angle, du numéro 70 : la façade commerçante, délicatement décorée, même si de façon discrète, donne sur la rue des Carmes, axe important, alors que la rue des Grands Champs, plus étroite, moins fréquentée, reçoit une maçonnerie de moellons enduits.

- Le pan de bois intervient aussi, mais sa mise en œuvre s’avère complexe à déterminer. Il est fréquemment employé dans le bâti ancien, mais on sait qu’à partir de 1839 les propriétaires et les architectes furent obligés d’enduire les pans de bois de façon à éviter le propagation du feu lors d’un éventuel incendie. Il n’apparaît donc pas ostensiblement côté rue, mais est parfois relégué côté cour (façade sur jardin du 78), sur un axe secondaire, moins fréquenté, parfois pour certaines parties spécifiques du logis, moins directement visibles, comme c’est le cas pour la tourelle d’escalier dans la cour du 80 ou l’appentis du 76. Il peut témoigner d’une construction postérieure, par exemple pour l’ajout d’une galerie de distribution adjacente, pour un bâtiment annexe (25 bis rue de l’Ange, 59, 80 ou encore 98 rue des Carmes) ou plus modestement, pour une simple ouverture, comme la fenêtre sur cour du 72, dont l’encadrement en brique et bois côtoie une baie encadrée en pierre, certainement contemporaine de la modification de la construction, au 18e siècle. Dès que l’on s’enfonce dans les cœurs d’îlots entourant la rue des Carmes on s’aperçoit d’une manière générale de la forte prégnance de l’architecture en pan de bois.

Dans la rue des Carmes, il n’est donc pas directement visible en façade, masqué sous un crépi. La maison du 88 fait seule exception. Certains détails suffisent cependant à en assurer la présence sous-jacente, de façon positive – par exemple les encadrements de fenêtres et les appuis de fenêtre en bois (49, 51, 53, 55, 76, 86 et 96) – mais aussi de façon négative – l’enduit incisé trahit très souvent la présence d’un bâti de ce type (53).

Pour le bâti d’après-guerre, les archives départementales du Loiret conservent le fonds lié à la Reconstruction : nous disposons donc d’informations fort bien documentées et précises. On peut distinguer trois cas de figure pour la Reconstruction :

- Du numéro 4 au numéro 16 inclus, rive nord, et du numéro 9 au numéro 21 inclus68, les immeubles reconstruits de la rue des Carmes proposent rigoureusement les mêmes caractéristiques pour le bâti en façade :

  • un mur en béton banché composé de « blocs-tableaux » pour la superstructure
  • un parement en pierre reconstituée ou en gravillon lavé, sur une sous-couche en béton caverneux, qui assure une parfaite adhésion au mur

- Du numéro 48 au numéro 66 inclus, rive nord, on est en présence de murs en maçonnerie enduite de ciment. La surface apparaît donc brute, simplement lissée. Pour le numéro 52 au moins, on relève un mur de refend en moellon apparent, mais comme la ligne de faîtage reste la même du numéro 52 au numéro 66, il est impossible de déterminer sans une étude plus approfondie si c’est le cas pour chaque mur mitoyen, même si cela semble peu probable.

- Du numéro 1 au numéro 7 inclus, c’est-à-dire pour les immeubles de l’îlot 13 bordant la rue des Carmes, la structure laisse apparaître des murs en béton armé, sans couche de parement.

2. Couverture

Sur les 57 immeubles de la rue des Carmes69, cinquante-trois – soit presque 93% – reçoivent une couverture en ardoise, les quatre autres une couverture en zinc – et des toits plats. Ce sont d’ailleurs les immeubles de l’îlot 13, le dernier reconstruit (numéros 1, 3, 5 et 7). Bien que certaines constructions soient anciennes – remontant parfois au 16 siècle pour le bâti primitif – on ne trouve nulle part trace de tuile. Manifestement, les remaniements ultérieurs, nombreux au 19e et surtout au 20e siècle, ont fait disparaître les couvertures originelles.

III. LE BÂTI

1. Évolution de l'espace libre et de l'espace bâti

Même si la rue des Carmes ne fut intégrée au centre ville que lors de la dernière accrue à la fin du 15e siècle, sa vocation commerçante a entraîné un schéma de construction continu en bordure de rue (aucun bâti principal en retrait), ce que vient renforcer le parcellaire médiéval laniéré typique de l’implantation de commerces dans la partie préservée – celle de l’ancienne rue de la Croix Morin. Une conséquence découle de cet état de fait : on ne perçoit aucun espace vert depuis la rue. Les cours et jardins (espaces verts ou plantés) demeurent cachés aux yeux du piéton qui ne pénètre pas dans la parcelle, bien qu’ils existent (52, 78). Il arrive que l’entrée soit en partie libre : le numéro 82 permet une progression dans le parcellaire, grâce à l’implantation d’une rue fossilisée, puisqu’un commerce (café) est établi en fond de courette intérieure. Dans le cas contraire, seules les portes cochères indiquent la présence d’un espace libre, visible directement (le 56 par exemple) ou non (le 16 et le 63).

La Reconstruction gauchit bien sûr la donne, mais on peut noter des évolutions significatives dans la zone préservée, pour la période s’étalant entre le cadastre napoléonien de 1823 et le dernier en date – celui de 2003. D’une manière générale, la tendance indique une densification du bâti par rapport aux surfaces libres jusqu’alors. On le remarque d’autant plus lorsque l’on s’enfonce dans les ruelles adjacentes où les îlots font une part plus importante aux espaces non construits. La vocation commerçante pérenne de la rue des Carmes explique évidemment la forte emprise au sol du bâti, qui s’est même accrue aujourd’hui. Le parcellaire a parfois évolué dans l’intervalle des cent quatre-vingts ans séparant nos deux cadastres de référence : certaines parcelles ont diminué, d’autres ont au contraire augmenté de surface, quelques-unes ont même considérablement changé de forme, y compris pour l’aire de l’ancienne rue de la Croix Morin70. Pour autant, il est permis de dresser un tableau global de la situation, qui va dans le sens d’un accroissement du bâti. Sur les trente-trois numéros de parcelles concernées71, vingt-trois (soit plus des deux tiers) sont dans ce cas de figure, sept ont pour ainsi dire conservé leur morphologie (les parcelles correspondant aux numéros 47, 55, 59, 68, 69, 71 et 82), les quatre autres voient leurs surfaces libres se développer (63, 78, 84 et 98).

Des distinctions s’opèrent au sein de ce schéma général : dans la nature des espaces occupés par le bâti d’une part (la plupart du temps il s’agit d’une reconquête), de rive à rive d’autre part :

- L’évolution se fait le plus souvent à partir d’une trame existante, à partir de laquelle on note les transformations.

  • Rares sont les mouvements d’accroissement des espaces libres de type cour et jardin. Le cas du numéro 78 est particulier. Il est issu de la réunion de deux parcelles, la 61, pourvue d’une cour centrale, et la 62, entièrement bâtie ; les deux parcelles se prolongeaient par ailleurs par une autre, la 63, qui recevait une construction adventice en matériau léger. Si la fusion a réduit l’espace libre central, désormais commun, l’ancienne parcelle 63, désormais partie intégrante de la parcelle actuelle, est devenue jardin (78).
  • Pour les cas de stagnation approximative, il peut arriver que la répartition des espaces libres ait été considérablement modifiée. Par exemple, au numéro 68, une cour centrale occupait la largeur de la parcelle, séparant deux corps de bâti, en avant et en fond de parcelle. Aujourd’hui, elle a diminué de surface, et le bâti se prolonge en galerie jusqu’à un autre corps en profondeur. Mais le fond de parcelle est cette fois laissé libre.
  • Le cas le plus remarquable de réduction des espaces libres est aussi le plus spectaculaire : le comblement absolu au profit du bâti. Il intervient à plusieurs reprises, par exemple aux numéros 49, 61, 74, 88 ou 96.

- Le tableau révèle un aspect significatif qui tend à confirmer la dissociation des espaces au sein même de la rue des Carmes – en l’occurrence dans ce cas précis au sein de l’ancienne rue de la Croix Morin. Sur les seize immeubles rive nord, deux seulement (soit 12,5%) n’ont pas varié dans la répartition des espaces bâti et libre72. En ce qui concerne les immeubles de la rive sud, ce pourcentage atteint près de 30% (cinq sur un total de dix-sept). On peut en tirer une conclusion simple : la morphologie du bâti semble mieux préservée rive sud que rive nord, dans l’ancienne rue de la Croix Morin. L’analyse du plan d’alignement de 1813 le confirme : sur les quatorze façades épargnées par l’opération, onze sont du côté impair. Un recensement des îlots adjacents confirme la pérennité d’un bâti traditionnel plus ancien au moins en bordure d’îlot au sud (le quartier populaire) qu’au nord. La morphologie du bâti propose une récurrence des portes cochères, du système des croisées/demi croisées typiques du 16e siècle bien plus fréquente au sud qu’au nord, par exemple.

2. Implantation des bâtiments

La totalité des soixante bâtiments repérés rue des Carmes sont implantés en bordure de rue, sans jardin ni courette, avec leur mur gouttereau sur rue, et dans le cadre du parcellaire ancien préservé comme dans celui de la Reconstruction, possèdent des murs mitoyens avec les immeubles contigus.

Une fois encore, une distinction s’opère entre bâti ancien et reconstruit. Pour le premier, sur les trente-quatre numéros de parcelles, onze (soit le tiers environ) présentent le même caractère (corps de logis sur rue et cour ou jardin en fond de parcelle)73. Quinze autres ont une cour en milieu de parcelle, dont un au sens propre (entourée de bâti)74. Huit n’ont pas de cour (bâti omniprésent au sol)75. Trois cas de figure ressortent dans ce contexte de parcellaire laniéré :

- Deux corps de bâtiments (sur rue et en fond de parcelle) sont reliés par une galerie courant le long d’un côté de la parcelle. Les numéros 68 et 98 présentent une telle disposition. Le 98, qui se prolonge dans la rue de Limare et forme un immeuble d’angle illustre parfaitement ce cas de figure, puisqu’il est directement visible depuis la rue

- Deux corps de bâtiment indépendants séparés par une cour centrale parfois couverte : il s’agit d’une formule caractéristique des constructions avec boutique au rez-de-chaussée qui s’étale en profondeur, de l’espace commercial public jusqu’aux réserves parfois remisées dans un local en fond de parcelle. On en trouve un exemple au 76 de la rue des Carmes

- Il existe aussi des parcelles où l’on trouve un corps de logis unique sur rue avec une cour à l’arrière qui reçoit parfois des constructions adventices en matériaux légers souvent mêlés (tôle, bois, brique), qui d’ailleurs peuvent apparaître sur le cadastre actuel. Ces adjonctions restent la plupart de temps invisibles depuis la rue, à moins qu’on les distingue dans une parcelle d’angle, comme c’est le cas depuis la rue Stanislas Julien pour le numéro 77.

Dans le second cas la double orientation sur rue et sur cour ou jardin à l’arrière est quasi systématique : on y retrouve des considérations hygiénistes établies dès l’origine du projet76. C’est manifeste sur le cadastre pour les îlots 7, 11-12 et surtout 13, où l’on voit que les immeubles sont rassemblés autour d’une cour donnant sur la rue Henri Roy – la parcelle 161. Quelques exceptions existent toutefois : ainsi aux numéros 8, 11 ou 14, mais elles ne remettent pas en cause le principe. L’îlot 6 et 6 bis présente des particularités, dans la mesure où le cœur d’îlot a été conservé en grande partie : seul l’abornement de la rue des Carmes a été reconstruit – jusqu’au 68 et sur une frange limitée. On note ainsi deux très vastes parcelles découpées qui pénètrent profondément en cœur d’îlot – les parcelles 303 et 258. La première reçoit après le corps de logis en façade (le numéro 48) une cour qui s’évase, puis un second logis récent – une barre d’immeuble à logements – puis une seconde cour : la parcelle reprend l’espace des établissements Richer, spécialisés dans la confection (chaussure et bonneterie) depuis la seconde moitié du 19e siècle. La seconde est constituée de bâtiments accolés autour d’une cour centrale et reçoit une grande construction d’un niveau en fond de parcelle : certainement un hangar où ranger matériel, bétail et fourrage, devenu garage au cours du 20e siècle. Un vestige du 19e siècle épargné par les bombardements et la Reconstruction.

3. Datation

Par sa position de voie excentrée hors de l’enceinte fortifiée, on peut rattacher la rue des Carmes au type du faubourg, puisqu’elle ne fut intégrée dans l’enceinte de la ville qu’à la fin du 15e siècle (ill.35). C’est ce que révèle la présence d’architectures variées comme la maison du numéro 69, à travée et étage unique, qui semble contredire la pression foncière poussant les immeubles à gagner en hauteur. D’une manière générale, la rue reçoit peu de constructions élevées, hors partie reconstruite. Mais l’étroitesse des parcelles détermine une croissance urbaine effective catalysée par l’implantation et le développement des commerces, notamment après l’inclusion intra-muros. La morphologie externe des immeubles d’angle illustre un gabarit typique du 16e siècle – voire de la fin du 15e siècle –, datation la plus haute des exemples subsistant aujourd’hui dans la rue, et dont le dessin subsiste malgré les remaniements postérieurs. Par exemple, la pente visiblement modifiée du toit du 98 pour ouvrir son angle d’ouverture et permettre l’édification d’un second étage sur rue77. Ce bâti mis en place, on a peu à peu loti le parcellaire en bordure d’îlot, même s’il pouvait alors exister des éléments plus anciens. Par exemple, la mention par D.T. Emmanuel d’une maison dite du Mouton (encore identifiable en 1845 à un bas-relief ainsi qu’à une inscription) au n° 65 de la rue des Carmes, comme étant antérieure à 1275, est intéressante même si elle n’est plus vérifiable aujourd’hui78. Il existe bien une maison à ce numéro, mais rien en façade n’indique une datation si précoce ; quant au bas-relief et à l’inscription, on n’en décèle aucune trace. En réalité, et selon Louis Gaillard, il s’agirait de la troisième maison vers l’ouest après la rue de l’Ange (donc la 63), appelée "Hospice des Passants" ou "maison du mouton rouge", fondée en 137579. Or la façade du numéro 63 fut remaniée au cours du 19e siècle, réunissant deux parcelles (482 et 483) : la maison citée pourrait donc correspondre à celle de la parcelle 482, c’est-à-dire au numéro 67.

Les modifications sont monnaie courante, surtout en milieu urbain où la pression foncière va s’accentuant la plupart du temps. Successives, elles ont parfois conduit à la dénaturation du bâtiment, du moins en façade, notamment par les opérations d’alignement – la connaissance du plan d’alignement de 1813 constitue de ce fait une source d’information de premier ordre pour mieux connaître et appréhender le bâti existant. L’utilisation d’enduit rend plus difficile encore la datation, car elle masque la maçonnerie de gros œuvre telle que le pan de bois ou l’appareillage en moellons, décelable parfois sous l’enduit sous-jacent mais pas de façon systématique80. Dans ce contexte, trois sources d’informations permettent d’appréhender le bâti : les documents d’archive (manuscrits ou imprimés), les documents iconographiques (plans, dessins, photographies) ainsi que, surtout, l’observation directe sur place. Ces trois types de données complémentaires fournissent des indications non seulement sur l’origine sinon exacte du moins approximative d’une construction, mais aussi sur les modifications qui y ont été apportées au cours du temps81. Le cadre limité de notre travail ne nous a pas permis d’approfondir les recherches, et nos estimations, en majorité, s’appuient sur l’observation directe et l’analyse comparative avec des exemples connus et répertoriés.

À ce titre le cas des numéros 68 et 70 est exemplaire. L’état actuel laisse apparaître deux adresses fiscales dissociées. On perçoit nettement la ligne d’enduit indiquant la limite de la Reconstruction – ce que les plans d’archives confirment par ailleurs. On sait que la maison d’angle du 70 présente un bâti ancien caractéristique du 16e siècle, remanié aux 18e et au 19e siècles (le bâtiment a subi le plan d’alignement). Information précieuse, le plan de 1813, précisément annoté, fournit des mesures métriques que l’inertie du parcellaire permet de vérifier aujourd’hui pour une large part – et donc de confirmer. Or, le relevé en largeur de la parcelle correspondant au numéro 70 actuel est manifestement trop important par rapport au développement en façade du front bâti : 9 mètres sur le plan de 1813, à peine 6 aujourd’hui. Pourtant le plan d’alignement montre bien qu’il s’agissait d’une seule et même parcelle, selon la codification visuelle établie de façon normative au début du 19e siècle82. Lorsqu’on se tourne vers la maison du 68, on constate une largeur sur rue d’un peu plus de 3 mètres. La façade laisse apparaître une lucarne à arc segmentaire typique du 18e siècle. Mais elle peut avoir été ajoutée postérieurement au bâti plus ancien. La façade prolonge celle de la maison mitoyenne, mais elle semble indépendante (la corniche le prouve, qui diffère de celle du numéro 70). Les percements de la façade montrent une construction peu courante d’une travée et demie, soit une croisée et une demi croisée correspondant certainement à un dégagement intérieur – une source de lumière pour éclairer sûrement une cage d’escalier à vis. Le niveau des ouvertures est légèrement plus bas que pour les baies du numéro 70, mais la façade a été manifestement très profondément dénaturée au 20e siècle. Une transformation de ce type, qui ruine la continuité d’une façade auparavant unifiée, n’est bien sûr pas exclue – elle paraît même évidente au regard des informations fournies par le plan, l’observation directe ainsi que les éléments de comparaison ailleurs à Orléans, rue de Bourgogne par exemple83. Les numéros 68 et 70 devaient former un ensemble bâti unique, une maison bourgeoise recevant un escalier légèrement décentré qui desservait les appartements du maître de maison et de la domesticité, scindée par la suite en deux propriétés distinctes.

Au total, la rue des Carmes propose un éventail fort varié sur le plan de la chronologie du bâti. On trouve des constructions qui s’étalent sur quatre cents ans, de la fin du 15e siècle au dernier quart du 20e siècle84. Si les immeubles issus de la Reconstruction sont bien documentés, pour l’ensemble des phases du processus, de l’élaboration des plans à la livraison aux locataires, ce n’est pas le cas pour le bâti antérieur. Rares sont les exemples contraires, à l’instar du 45 édifié en 1794 – datation permise par les archives. En outre, la physionomie des édifices traduit parfois le passage du temps et les modifications, reprises de façade ou rhabillage – notamment lors des opérations d’alignement – et autres ajouts comme les surélévations ou les constructions adventices – telle ce water-closet au début des années 1910 sur la façade arrière du numéro 59. De même, une façade remaniée – souvent à plusieurs reprises dans le temps –, à plus forte raison dénaturée, obvie parfois à toute possibilité de dater précisément, correctement, le bâti originel : les hypothèses restent ainsi sujettes à caution. L’intérieur des logis – types d’escaliers, de charpentes – constitue un apport essentiel pour se prémunir au mieux des approximations et autres erreurs d’interprétation, mais il n’est pas toujours possible d’y pénétrer. Il faut donc accepter une part d’incertitude.

À ces contraintes s’ajoute l’extrême difficulté à dater un bâti lorsque la façade a été profondément remaniée. S’il est possible, grâce à des marqueurs stylistiques ou à des indices caractéristiques de savoir si une façade a subi une modification – et quand –, il s’avère particulièrement complexe – pour ne pas dire impossible la plupart du temps, à moins bien sûr de pouvoir entrer dans le bâtiment – de donner une datation antérieure alors même que l’on sait que la structure sous-jacente doit être plus ancienne. D’où la limite évidente de l’exercice dans les conditions particulières de cette étude.

Ces remarques étant formulées, nous proposons ci-dessous un tableau chronologique du bâti.

Numéros

impairs

Datation

Numéros

pairs

Datation

1

3e quart 20e siècle

4

milieu 20e siècle

3

3e quart 20e siècle

6

milieu 20e siècle

5

3e quart 20e siècle

8

milieu 20e siècle

7

3e quart 20e siècle

10

milieu 20e siècle

9

milieu 20e siècle

12

milieu 20e siècle

9 bis

milieu 20e siècle

12 ter

milieu 20e siècle

11

milieu 20e siècle

14

milieu 20e siècle

13

milieu 20e siècle

16

milieu 20e siècle

15

milieu 20e siècle

48

4e quart 20e siècle

17

milieu 20e siècle

50

3e quart 20e siècle

19

milieu 20e siècle

52

3e quart 20e siècle

21

milieu 20e siècle

54

3e quart 20e siècle

23

milieu 20e siècle

56

3e quart 20e siècle

45

1794

58

3e quart 20e siècle

47

limite 18e-19e siècle

66

3e quart 20e siècle

49

17e siècle

68

16e siècle

51

17e siècle

70

16e siècle

53

17e siècle

72

16e siècle

55

limite 15e-16e siècle

74

18e siècle

57

limite 15e-16e siècle

76

16e siècle

59

limite 15e-16e siècle

78

19e siècle

61

16e siècle

80

16e siècle

63

17e siècle

(82)

18e siècle

65

17e siècle

84

18e siècle

67

18e siècle

86

limite 17e-18e siècle

69

17e siècle

88

18e siècle

71

17e siècle

90

18e siècle

73

18e siècle

92

18e siècle

75

18e siècle

94

1er quart 20e siècle

77

limite 15e-16e siècle

96

18e siècle

98

16e siècle

Tableau chronologique du bâti rue des Carmes

4. Morphologie du bâti

La césure visuelle opérée par l’épisode de la Reconstruction constitue l’un des facteurs de la classification que nous allons établir.

La différence frappante entre la partie préservée et la partie reconstruite s’appréhende sans doute plus aisément à travers les chiffres relatifs aux classes de largeur sur rue85. L’évolution se lit très nettement entre l’état du début du 19e siècle et aujourd’hui. En 1813, la rue des Carmes comprenait quatre-vingt douze adresses fiscales. Sur ces quatre-vingt douze numéros, une très large majorité se détachait pour les classes I et II (respectivement 38,04 et 53,26% du total). En 2006 la rue, dont la longueur n’a entre temps pas changé – 275 mètres –, comprend soixante numéros fiscaux : cela suffit en soi à montrer l’élargissement proportionnel du parcellaire sur rue dans l’intervalle, mais l’analyse détaillée des variations de classes permet de mettre plus finement en évidence l’opposition entre parcellaire ancien et parcellaire reconstruit.

- D’une part, les chiffres pour la rue dans son ensemble se répartissent de façon bien plus homogène : certes la classe II domine largement (45% du total), mais ensuite les autres classes sont dans les mêmes proportions : 21,6% pour la classe III ; 16,7% pour les deux extrêmes, les classes I et IV.

- D’autre part, si l’on s’intéresse particulièrement à la répartition actuelle entre les deux types de parcellaire, on remarque que les trente-deux numéros correspondant au parcellaire ancien86 (à partir du 45 rive sud et du 68 rive nord) se divisent essentiellement en deux classes, les I et II (97% du total, avec respectivement 27,3% et 69,7%), alors qu’on ne dénombre aucune entrée pour la classe IV. En revanche, les 27 numéros fiscaux "récents" présentent des façades bien différentes, aux caractéristiques opposées, pourrait-on dire. En effet, les classes se répartissent comme suit : 3,7% pour la classe I, 14,8% pour la classe II, 55,6% pour la classe III et 25,9% pour la classe IV, soit plus de 80 % pour les façades larges et très larges.

La rue des Carmes, bordée de constructions variées, présente un visage très pittoresque. Le poids de l’Histoire intervient dans sa physionomie, provoquant une césure visuelle. Mais en plus de ce facteur essentiel à son appréhension, l’ancienne nature de faubourg de la rue détermine une variété remarquable dans la typologie du bâti.

La simple prise en compte du nombre d’étages carrés offre un intérêt semble-t-il relatif, mais il permet de corriger l’impression directe sur le terrain qui tend à donner une place prépondérante aux immeubles reconstruits, puisque les constructions de deux étages carrés et deux étages carrés avec comble totalisent un peu plus de la moitié du bâti en façade (près de 62%), quand les immeubles de trois voire quatre étages carrés n’atteignent pas la moitié du total (un peu plus de 48%)[1]. En outre, on trouve, dans le bâti de l’après Seconde Guerre mondiale des constructions à deux étages carrés avec comble, sans comble, et même un immeuble d’un étage carré avec comble (le 50). Inversement, le numéro 45, daté précisément de 1794, affiche trois étages carrés.

Nous avons ainsi choisi de croiser quatre critères :

- l’aspect historico-urbanistique : l’héritage du faubourg et la Reconstruction

- la position géographique de la construction dans l’îlot

- le nombre d’étages carrés

- la fonction sociale

Pour aboutir à la typologie suivante :

  • forme I : les immeubles à quatre et trois étages carrés
  • forme II : les immeubles et maisons à deux étages carrés
  • forme III : les maisons à un étage carré
  • forme IV : les maisons d’angle
  • forme V les maisons bourgeoises "préservées"87 (70, 45, 72, 80-82, 84, 96, 98)

Multiplier les formes constitue un risque : selon les critères d’appréciation, il arrive qu’une maison ou un immeuble ne relève pas d’une seule catégorie. Par exemple, la maison d’angle du numéro 70 est une maison à deux étages carrés qui traduit une architecture bourgeoise. Pour autant, il nous a semblé utile de ne pas nous limiter à une simple typologie formelle. La situation d’angle entraîne des problématiques définies, de même que l’apparence esthétique et la disposition générale des différents éléments qui compose le bâti (ouvertures, position des baies, matériaux employés…).

On n’utilisera pas pour classer globalement les divers immeubles de critère formel unique comme la présence d’une porte cochère même si ponctuellement ce trait architectural apparaît ; ce dernier ne constitue d’ailleurs pas une donnée historique pour la partie préservée de la rue, dans la mesure où le parcellaire laniéré, résultante d’une pression foncière élevée, ne permettait pas la conservation d’espace libre important (la porte cochère est un indicateur efficace de cour en fond de parcelle). La zone concernée par la Reconstruction en revanche, reçoit plus de cours, décelables sur le cadastre et sur le terrain par la présence de porte cochère (numéro 16 donnant sur la cour de la parcelle 303) ou encore de passage (numéro 56, lequel donne sur celle de la parcelle 258, où le bâtiment 19e comporte une porte charretière).

Notons à cet instant les limites d’une typologie rapportée à une rue constituée d’un nombre réduit d’entités architecturales : évidemment, l’étude aurait gagné à prendre l’intégralité de l’axe antique, avec la place de la Croix Morin88 et la fourche composée par la rue de la Porte Madeleine et celle de la Porte Saint Jean, qui montrent une architecture de faubourg typique et une grande variété typologique, l’immeuble cédant le pas à la maison, comme on le perçoit déjà dans la rue des Carmes entre la zone reconstruite et la zone préservée.

Forme 1 : les immeubles à quatre et trois étages carrés

Rares sont les immeubles d’avant guerre de plus de deux étages carrés. On n’en dénombre que cinq (les numéros 45, 47, 75, 86 et 88). C’est apparemment très peu, mais au regard du bâti conservé, cela représente plus de 15% du total, et plus de 8% du bâti total89. Surtout, si l’on se réfère à quelques photographies anciennes, et plus encore aux fiches auxiliaires cadastrales de la rue, on constate que les immeubles de trois étages, même minoritaires, n’étaient pas l’exception avant la Seconde Guerre mondiale. L’entreprise immobilière de l’architecte Benoît Lebrun, en 1794, concernait déjà six immeubles entre la rue de l’Arche de Noé et celle des Charretiers90.

Mais il est vrai que la Reconstruction a changé la donne en édifiant des immeubles plus hauts que les habitations précédentes. Par exemple – et pour se limiter à quelques numéros de la rive nord aujourd’hui représentés par des immeubles de quatre étages carrés – les fiches auxiliaires cadastrales indiquent que les numéros 1, 3, 5, 11, 15, 23 possédaient deux étages ; les numéros 7, 9, 13, 19 et 21 un étage et un deuxième mansardé (ou avec grenier, pour le 9) ; le numéro 17, quant à lui, semblait disposer de trois étages91. Les critères de datation permettent cependant de déterminer que les immeubles dans ce cas n’étaient pas antérieurs à la fin du 18e siècle, et plus sûrement qu’ils dataient du siècle suivant : l’immeuble conservé du 75 a ainsi clairement subi une élévation d’un étage, vers le milieu du 19e siècle. De fait, les immeubles "hauts", de trois étages carrés, furent une manifestation architecturale tardive – et somme toute restreinte, même si réelle – extérieure au mode de construction typique du faubourg, caractérisé par des édifices de deux voire un seul étage carré, vestiges parfois intacts de l’opération d’alignement des façades à partir de 1813.

La Reconstruction concerne vingt-sept unités architecturales sur les soixante (et soixante numéros fiscaux) que compte la rue, soit 45% du total92. L’aspect uniforme du bâti résulte d’une opération de grande envergure, rationalisée, fondée sur une méthode rapide d’assemblage d’éléments préfabriqués identiques pour des économies de temps (reloger urgemment les habitants sinistrés) et de moyens (coût global moindre) : on parle ainsi d’architecture modulaire. La Reconstruction n’est pourtant pas si uniforme qu’il y paraît de prime abord : sur les vingt-sept entités, on dénombre quatre sous catégories : immeubles à quatre, trois, deux et même un étages carrés93. Car la modularité des différents éléments permet des combinaisons multiples de façon à créer des ensembles qui jouent sur la variation et le rythme des ouvertures en façade et qui prennent en compte, ponctuellement, l’histoire architecturale de la rue : "Ainsi apparaît la possibilité de coordonner la composition architecturale, la préfabrication industrielle et le montage au chantier, sans que la recherche du rendu économique soit un obstacle rédhibitoire à des réalisation harmonieuses", pouvait écrire Pol Abraham94 . Il est important de dissocier dans le bâti reconstruit les quatre îlots concernés : 6 - 6 bis, 7, 11-12 et 13 : la phase de reconstruction dans la rue des Carmes s’étale en effet sur une quinzaine d’années .

- Immeubles à quatre étages carrés

Quatorze immeubles sont concernés (les numéros 4, 6, 8, 9 (et 9 bis), 10, 11, 12, 12 ter, 13, 15, 17, 19, 21 et 48), soit près de 61% de la forme I, sur trois îlots (6, 6 bis, 7 et 11-12). L’uniformité est sensible dans ces unités architecturales itératives, à une exception près : le numéro 48.

  • La Reconstruction "historique" proprement dite

Ces immeubles reposent tous sur le même principe architectural : six registres répartis comme suit : un rez-de-chaussée, quatre étages et un comble sous un toit à faible pente. Les habitations n’occupent que les étages, accessibles par un escalier à volées droites, tous les rez-de-chaussée étant affectés au commerce. Chaque façade détermine le parcellaire grâce à deux éléments simples : les gouttières d’une part, qui ajoutent à leur fonction première celle de séparateur visuel vertical, les corniches d’autre part. L’uniformité structurelle de façade est patente : des surfaces couvertes de dalles extérieures préfabriquées, de taille standardisée (750 x 650 mm), percées par des baies également préfabriquées. Pourtant, ces ouvertures permettent une variété réelle, car elles répondent à des schémas divers. On trouve ainsi trois types de blocs croisées : A, B et C, qui peuvent se décliner en divers formats : six pour le type A, trois pour le type B, un seul pour le type C. À ces blocs croisées viennent s’ajouter des dalles perforées de trois types également : la dalle type normale ajourée en claustra, perforée en modèle quatre trous ou avec prise d’air. D’une façade à l’autre, on ne trouvera pas forcément les mêmes types de croisées réparties de façon uniforme, outre les dimensions variables des types choisis. De même, toute façade reçoit au moins deux types de blocs croisées.

Il en résulte une animation discrète – interne à la façade, et qui s’étend à l’ensemble de la rangée d’immeubles – qui contrecarre l’impression de monotonie ressentie au premier regard95. Les variations de format – ouvertures carrées, en hauteur ou en largeur – rompent avec un schéma rigide que scanderaient des percées alignées de façon mécanique. Chaque façade joue ainsi sur sa propre rythmique : au numéro 4 se déploie sur les quatre étages le même schéma A – B – B. Le numéro 6, mitoyen, répond à une autre logique interne qui diffère selon les niveaux : au premier étage, c’est le A – A – A. Au second, le rythme change : B – A – B. Au troisième, A – B – A. Au quatrième, B – A – B de nouveau. Le numéro 8 propose une autre formule : A – A – A pour les trois premiers étages, puis B – B – B au quatrième. Au numéro 10, A – A – A pour le premier étage, puis A – B – A pour les trois autres. Et ainsi de suite jusqu’en fin d’îlot. Il convient d’ajouter que le B diffère d’un numéro à l’autre : au numéro 4, il désigne une fenêtre en hauteur, au même niveau que les baies de type A ; pour les autres façades, c’est une sorte de porte-fenêtre étroite, avec balcon, en décalage par conséquent par rapport au niveau plus élevé des ouvertures de type A.

Notons que les façades arrière (sur cour ou sur la rue de l’Arche de Noé) proposent chacune une autre rythmique, beaucoup plus complexe que celle donnant sur la rue des Carmes, dont la lecture est plus directe. Ainsi au numéro 10, la variation simple des ouvertures A – A – A pour le premier étage, puis A – B – A pour les trois autres étages en façade sur rue, délimitant trois travées régulières, est contredite par le jeu déroutant de la façade sur cour. Ce ne sont plus trois mais quatre ouvertures, réparties comme suit en largeur : A – B – C – A ; en outre la lecture par niveau est perturbée car la croisée C qui sert à éclairer la cage d’escalier à chaque palier intermédiaire. Seules les ouvertures A et B, par conséquent, indiquent l’étage. L’emplacement des claustras, qui jouxtent les ouvertures B, lesquelles sont en légère surélévation par rapport aux A, conduit le regard vers l’ouverture C, qui conduit à son tour vers la travée A de l’étage supérieur. Le traitement des façades sur cour s’avère donc bien plus dynamique, "iconoclaste" pourrait-on dire, que la fixité mélodique et "classique" de celles des façades sur rue.

Les portes d’entrée apportent elles aussi de la variété : pour l’îlot 11-12 par exemple, la porte du 9-9 bis donne sur la rue Henri Roy, celle du 11, piétonne, est située à l’extrême gauche, celle du 13, bâtarde, est légèrement décentrée sur la gauche, alors que celle du 15, elle aussi bâtarde, se situe à l’extrême droite de l’immeuble, que celle du 17, toujours bâtarde, est centrée, et que celles du 19 et du 21, bâtardes, donnent respectivement sur l’extrême gauche et l’extrême droite. En outre, leur hauteur varie, ainsi que leur encadrement : moulure en béton pour la plupart, encadrement en brique pour celle du 11. Celle du 10, centrée, présente une particularité : bâtarde à l’origine, conçue en anse de panier séparée en son milieu par une colonne trumeau, le demi arc situé à droite a été occulté pour n’offrit plus qu’un passage tronqué par le vantail de gauche.

  • La reconstruction après la Reconstruction

Vue du centre d'Orléans reconstruit prise depuis le nord-ouest.Vue du centre d'Orléans reconstruit prise depuis le nord-ouest.Le numéro 48 est le seul immeuble à entrer dans cette catégorie. On sait que l’immeuble a été épargné par les bombardements, ce que prouve une vue en élévation des façades de la rue pour l’îlot 6 bis, signée par l’architecte de groupe J. Baudin, en date du 27 mars 1951 : on y voit le bâti en façade du 48. Une photographie du fonds Henrard (conservé au service régional d'inventaire de la Région Centre) datant de 1969 révèle un bâti préservé, avec un étage à surcroît pour gagner un niveau d’habitation supplémentaire96. Depuis, la construction a été rasée pour édifier un immeuble moderne de quatre étages dont l’élévation repose sur la symétrie sur les niveaux qui le composent. Sa mise en œuvre n’a aucun rapport avec les immeubles de la Reconstruction. Le rez-de-chaussée est divisé en deux parties : commerce avec devanture sur une large moitié gauche, passage permettant l’accès sous l’immeuble vers la cour. Les trois premiers niveaux répètent une scansion régulière en chiasme de type A – B – B – A (baie large, demi baie, demi baie, baie large). Le dernier niveau, qui semble rajouté, reprend la même scansion, mais les ouvertures perdent en hauteur. Le couronnement, une succession de quatre petits toits à deux versants, plus amples aux extrémités, reprend le découpage rythmique des ouvertures.

- Immeubles à trois étages carrés

On y trouve les cinq immeubles anciens mentionnés plus haut : ils forment une première sous-catégorie. Quatre immeubles de la Reconstruction et deux îlots sont ensuite concernés (les numéros 1, 3, 5 et 14, îlots 6 et 13), soit un peu plus de 17% de la forme I seulement. Deux ensembles s’y dégagent nettement : l’un s’inscrit pleinement dans l’opération de Reconstruction au tournant des années 1940 et dans l’esthétique de la précédente sous-catégorie (a), pour un immeuble de trois étages carrés cette fois ; l’autre relève d’une autre phase de la Reconstruction, la plus tardive en ce qui concerne la rue des Carmes, au tournant des années 1950-début des années 1960, ce dont témoigne son architecture radicalement différente.

  • Les immeubles anciens

Ce sont les numéros 45, 47, 75, 86 et 88. Il s’agit de constructions sur du parcellaire étroit, ce qui explique que chaque façade ne dépasse pas deux travées. De même, la répartition des ouvertures sur le mur répond à des caractéristiques identiques : trois séries de deux fenêtres par niveau. Le numéro 45 est structurellement demeuré en l’état depuis son édification à la fin du 18e siècle. Les numéros 75, 86 et 88 sont en pans de bois. Les façades des 86 et 88 sont contemporaines, comme en témoigne la présence d’une entrée commune par une porte située à l’extrême gauche du 88. Toutefois, les dimensions des fenêtres diffèrent légèrement, tout comme leur encadrement, absent du 86. Et si les immeubles sont de la même hauteur, rigoureusement, la séparation architecturale est visible au niveau de leur mur gouttereau et de leur corniche respectifs : la façade du numéro 88 apparaît en très faible retrait par rapport à celle du numéro 86.

D’une manière générale, dans cette rue commerçante, les portes sont décentrées sur la gauche, pour dissocier le couloir menant aux habitations dans les étages, alors que l’espace le plus vaste est accordé aux devantures. Le numéro 47, seul, fait exception : l’entrée privative est située sur le côté, dans la rue adjacente des Charretiers : tout le rez-de-chaussée est ainsi consacré à la devanture. Le 75, tout comme le 47, ont été surélevés d’un étage, le premier au 19e siècle, le second au début des années 1920.

  • La première phase de la Reconstruction

Un seul immeuble se rapporte à cette forme particulière, au numéro 14. Il s’agit d’une construction d’angle, mais à l’inverse des numéros 12 ter et 9-9 bis, elle ne compte que trois étages carrés et un comble sous un toit à faible pente. En revanche, le rez-de-chaussée est là encore dévolu au commerce. Les caractéristiques générales demeurent, auxquelles s’ajoutent celles propres à un immeuble d’angle (arrondi pour faire la transition visuelle au carrefour, comme pour les 12 ter et 9-9 bis). La réduction d’un étage carré s’explique par la volonté, sensible rive nord, de respecter la hauteur du bâti "ancien". En ce sens, le 14 constitue un immeuble de transition avant le numéro 16, lui aussi fruit de l’opération d’urbanisme de l’immédiat après-guerre, comme nous le verrons, et limité à deux étages carrés.

  • La phase la plus tardive de la Reconstruction

La bordure sud de la rue des Carmes a longtemps conservé son aspect ancien : les immeubles 1, 3 et 5 ne furent détruits qu’en 1959. Le plan de remembrement était à peine achevé en 1957, et ce n’est qu’en avril 1963, dans le plan définitif du remembrement final, qu’une lecture pleine et entière permit de considérer l’ensemble de la Reconstruction de l’îlot 1397. Cet îlot, il est vrai, fut réhabilité tardivement. D’où une forme architecturale qui diffère du reste de la Reconstruction : un rez-de-chaussée dévolu au commerce, trois étages d’habitation et un comble sous un toit quasiment plat. Au nombre moindre d’étages s’ajoute une hauteur sous plafond légèrement inférieure à celles des immeubles des îlots 7 et 11-12. Il en résulte un front d’immeubles moins élevé que ceux formés par les îlots 7 et 11-12.

L’homogénéité d’ensemble domine : les ouvertures nombreuses, de mêmes dimensions, chacune pourvues d’un même garde-corps, déterminent des travées régulières aux étages. Une scansion régulière découpe les façades uniformément, sur les trois niveaux. Le format en hauteur des ouvertures ainsi que le faible écartement qui les sépare les unes des autres permet, en les trouant, d’atténuer la monotonie qui découle du développement en longueur des façades. Quelques variations sont néanmoins perceptibles : à l’immeuble du 3, le découpage est interrompu par une travée unique et séparée des deux autres à l’aplomb de la porte d’entrée, laquelle, légèrement décentrée sur la droite, crée un subtil déséquilibre. Pour l’immeuble du 5, la dernière travée est rejetée à l’extrême droite, mais cette fois sans aucune relation avec la porte d’entrée qui occupe une place centrale.

L’effet induit diffère donc radicalement de celui produit par les immeubles des îlots 7 et 11-12 : là où la rythmique d’ensemble des façades était engendrée par les variations de dimensions des ouvertures, lesquelles déterminaient des travées régulières le plus souvent, les immeubles de l’îlot 13 répondent à une logique opposée. L’animation des façades ne repose pas sur les ouvertures, toutes identiques ou presque, mais sur la rupture volontaire dans la régularité de leur disposition, sur la recherche discrète du décentrement. Ainsi à l’immeuble du 3 la bipartition est-elle déséquilibrée : quatre travées, une travée, trois travées (4 – 1 – 3). Pour celui du 5, l’architecte va jusqu’à nier la symétrie axiale, même imparfaite : à six travées régulières s’oppose une travée isolée (6 – 1).

L’immeuble d’angle est légèrement plus bas que les 3 et 5. Il appartient aussi davantage à la rue Notre-Dame de Recouvrance : la façade sur la rue des Carmes se déploie sur trois travées seulement. L’immeuble du 3 présente quant à lui un arc de cercle en façade sur rue, puisque le remembrement final a opté pour une ouverture en éventail de la rue en son extrémité est, au débouché sur l’actuelle place de Gaulle.

Forme 2 : les immeubles et maisons à deux étages carrés

Trente et un immeubles sont concernés dont sept pour la Reconstruction (les numéros 7, 16, 52, 54, 56, 58 et 66), soit plus de 50% du total des façades sur rue et près de 26% du bâti issu de la Reconstruction.

- Maisons à deux étages carrés préservés

Cela concerne vingt-quatre maisons (les numéros 49, 51, 53, 55, 57, 59, 61, 67, 68, 70, 72, 73, 74, 76, 77-77 bis, 78, 80-82, 84, 90, 92, 94, 96 et 98) et 25 façades soit plus de 70% du bâti préservé98. Ces façades présentent de grandes similitudes architecturales. Les maisons à deux étages carrés, avec ou sans comble aménagé, composent l’essentiel des habitations dans la rue des Carmes : des constructions qui continuent à accueillir en rez-de-chaussée des boutiques, vocation de cet axe de communication depuis toujours. Une majorité présente des portes piétonnes décentrées, caractéristiques des maisons à boutiques. On peut signaler des exceptions (neuf au total, aux numéros 49, 59, 70, 72, 77, 78, 80 [82] et 98), mais pour six d’entre elles, il s’agit de maisons d’angle, dans lesquels la dissociation commerce/accès à la partie privative est traditionnellement marquée par une devanture sur la rue et par une entrée privée dans la rue adjacente. Pour les trois autres, l’entrée se fait par un passage couvert qui mène à des courettes intérieures.

La variété n’est pas à chercher dans les élévations, mais dans la répartition par travées. Onze immeubles présentent deux travées (soit 44% du total), schéma de loin le plus fréquent, mais on trouve aussi sept immeubles à une travée (soit 28% du total), un à une travée et demi (soit 4% du total), un à deux travées et demi (même pourcentage) et cinq à trois travées (soit 20% du total). Si l’on met de côté les exceptions des numéros 68 et 80, on constate que dans ce qui constitue la forme numériquement la plus importante de la rue (immeubles à deux étages carrés), et plus précisément dans le nombre de travées, si le schéma à deux travées intervient le plus fréquemment, celui à une et à trois travées n’est quantitativement pas négligeable non plus (près de 50% du total).

Cela produit une variation pittoresque en bordure de rue, d’autant qu’à un nombre d’étages carrés donné équivalent ne correspond pas toujours une hauteur équivalente, à plus forte raison quand certains de ces immeubles disposent de combles aménagés, et donc de lucarnes en façade (c’est le cas pour six unités). La forme des toits elle aussi joue un rôle dans la diversité visuelle au sein d’une même forme : si les longs pans dominent largement (vingt-trois exemples contre deux pour les pans coupés [numéros 49 et 74]), leur pente respective diffère sensiblement – c’est d’ailleurs une caractéristique générale pour les immeubles préservés –, créant un effet d’hétérogénéité encore une fois très pittoresque.

- Immeubles à deux étages carrés issus de la Reconstruction

On constate que les immeubles de deux étages carrés (avec comble parfois) reconstruits après guerre sont tous – à l’exception du numéro 7 qui est à mettre à part – localisés sur la rive nord de la rue, dans l’îlot 6. Rive sud, le parcellaire a été plus bouleversé par les bombardements et le remembrement qui s’est ensuivi : d’où les implantations d’immeubles de quatre étages – jusqu’au 45.

L'immeuble d'angle du 14, rue des Carmes.L'immeuble d'angle du 14, rue des Carmes.Dans l’îlot 6, comme nous l’avions noté avec l’immeuble d’angle du 14, la transition s’opère progressivement : d’une rive à l’autre de la rue du Grenier à Sel, le nombre d’étages carrés perd un niveau pour passer de quatre à trois étages carrés. L’immeuble suivant – le 16 – poursuit la tendance pour présenter un bâti à deux étages carrés avec comble. Avec la façade du numéro 16, la Reconstruction récupère la ligne de faîtage des constructions préservées. L’immeuble du 48, avec ses quatre étages carrés, reconstruit bien plus tard, constitue une exception. Car dès le numéro 50, et ce jusqu’à la fin de l’îlot, dont les deux dernières unités appartiennent à la période d’avant guerre, les façades ne dépassent pas les deux étages carrés (avec comble la plupart du temps).

Il semble difficile, au-delà de cette norme, d’établir un profil type des façades concernées. En effet, la variété empêche toute généralisation. Un simple tableau, élaboré à partir de quelques critères de base du relevé d’inventaire, montre la diversité des cas de figure. Dans ce relevé de sept façades, il faut de plus mentionner au préalable la présence de deux états de la Reconstruction : d’un côté le parement en dalles extérieures préfabriquées, selon le principe des immeubles des îlots 7 et 11-12 (pour le numéro 16), de l’autre les façades enduites de ciment (pour les numéros 7, 52, 54, 56, 58 et 66). Cette floraison de particularités permet toutefois d’affirmer le caractère pittoresque de la rue des Carmes, y compris dans la phase architecturale de Reconstruction, réputée terne et monotone.

Façade du cinéma "Les Carmes".Façade du cinéma "Les Carmes".Le cinéma "Les Carmes" quant à lui, au numéro 7, constitue un cas particulier dans la mesure où il s’agit d’un immeuble essentiellement commercial : seul le deuxième étage est habité, le reste étant dévolu aux salles de projection. La façade propose un découpage rigoureusement symétrique : trois entrées, une succession de six groupes de baies composées d’une fenêtre haute (type a) et d’une fenêtre moins élevée (type b) pour le premier niveau (le hall du cinéma), et, dans le prolongement, une autre succession de six fenêtres (de type b). D’où une nouvelle scansion de la façade par rapport aux cas précédents, qui se déploie en hauteur, entre des niveaux liés par des échos visuels et rythmiques, selon le schéma suivant : A – B – B répété six fois.

Forme III : les maisons à un étage carré

Cinq bâtiments entrent dans cette catégorie (les numéros 50, 63, 65, 69 et 71), soit un peu plus de 8% des façades de la rue99. C’est peu, mais on a vu plus haut, grâce aux fiches auxiliaires cadastrales, que ce chiffre était plus important avant les destructions de la Seconde Guerre mondiale.

- Maisons d’un étage carré préservées

Les maisons d’un étage sont un témoignage caractéristique du bâti de faubourg. Il n’est donc guère surprenant de les trouver spécifiquement en fin de rue, vers la place de la Croix-Morin, dans sa partie la mieux conservée tant du point de vue du parcellaire que de celui du bâti. Les quatre maisons préservées – hormis celle du numéro 63 – présentent une façade étroite100 sur rue, à deux travées (numéro 65), ou à travée unique (numéros 69 et 71) caractéristique. La maison du 63 se différencie par sa façade plus large101. Mais cet état actuel témoignage d’un rassemblement tardif de deux parcelles, au XIXe siècle : le cadastre napoléonien de 1823 montre encore les deux parcelles contiguës – 482 et 483. L’ensemble des quatre maisons illustre donc un type défini de bâti étroit et peu élevé.

- Immeuble d’un étage carré issu de la Reconstruction

En revanche, l’immeuble du 50, large puisqu’il appartient à la classe III, est caractéristique de la Reconstruction102. Il observe une symétrie rigoureuse ; la porte d’entrée privative– porte piétonne en plein cintre – sert d’axe central séparant deux commerce de part et d’autre. L’appartenance du numéro 50 dans la forme IV est cependant remarquable : elle traduit la volonté, chez les architectes de la Reconstruction, de ne pas créer de césure visuelle trop forte, souvenir du bâti détruit pendant la Seconde Guerre mondiale peut-être, en tout cas souci de ne pas trancher de façon brutale avec le bâti préservé. Par bien des aspects en effet, le numéro 50 se rapproche du numéro 63.

Forme IV : les maisons d’angle

On dénombre huit maisons d’angle préservées dans la rue (les numéros 47, 49, 57, 59, 70, 72, 77 et 98, soit près de 25% des trente-trois numéros conservés de l’avant-guerre). Les autres – numéros 7, 9-9 bis, 12 ter et 14 – relèvent de la Reconstruction et ont été traités dans la forme I. Nous éludons volontairement ces derniers des maisons préservées car leur mise en œuvre ne traduit sur le plan structurel et formel aucune spécificité remarquable. Les parcelles d’angle, en général, et surtout dans une rue commerçante, serait-on tenté de dire, présentent une forme longue et étroite : elles s’enfoncent profondément dans les rues adjacentes (voir par exemple les numéros 14, 49, 59, 70, 72 ou encore 98) : elles ont parfois deux adresses : l’une, commerciale sur la rue des Carmes, l’autre, privative, dans la rue adjacente103. Certains toits à longs pans, on le sait, ont été modifiés ultérieurement en réduisant l’inclinaison de leur pente sur rue pour permettre de surélever en façade le bâti d’un étage carré (voir notamment les numéros 70, 77 et 98).

Exemple d'une maison d'angle : le 57, rue des Carmes.Exemple d'une maison d'angle : le 57, rue des Carmes.La maison d’angle, par sa position à la croisée de deux rues, de deux voies de circulation, joue un rôle important d’abornement de l’îlot. Très souvent, le bâti présente une façade soignée avec chaînage d’angle parfois harpé – qui distingue une fonction géographique et sociale particulière.

Les numéros 57, 59, 70, 72, 77 et 98 proposent tous un gabarit typique fin XVe-début XVIe siècle, ce qui constitue les datations les plus anciennes conservées pour le bâti observé rue des Carmes104. Il apparaît logique que, d’une manière générale, cette position stratégique en milieu urbain, surtout dans un contexte marchand, témoigne d’un tel état de fait.

Forme V : les maisons bourgeoises

Il est délicat de déterminer précisément ce que l’on entend par maison "bourgeoise". Par bien des aspects, le numéro 16, par exemple, issu de la Reconstruction, mais qui présente une façade régulièrement ordonnancée de deux étages carrés avec balcon au troisième niveau, déployant six travées en largeur, avec porte cochère, constitue une exception au sein de l’architecture reconstruite ; elle désigne une volonté d’afficher une différenciation sociale par le bâti au sortir de la guerre, au sein d’une entreprise architecturale d’ampleur qui visait davantage la rapidité et l’efficacité que le souci esthétique. De la même manière, la façade réunie donc élargie du numéro 63, simple mais parfaitement symétrique dans le percement de ses baies et l’implantation de ses lucarnes sur rue, dotée d’une porte cochère elle aussi, révèle confort matériel et souhait modeste de l’afficher. D’un autre côté, une construction comme la maison d’angle du 59 devait forcément appartenir à un marchand ou à un négociant possédant des revenus fonciers au-dessus de la moyenne. Mais son état actuel ne permet pas selon nous de la classer dans cette catégorie.

Nous avons ainsi choisi de retenir sept numéros (et huit façades) dans cette catégorie (les numéros 45, 70, 72, 73, 80-82, 84 et 98)105. Par maison bourgeoise, il ne faut pas entendre édifice luxueux et ostentatoire car la rue des Carmes ne présente pas d’exemples architecturaux remarquables au regard de ce que la ville peut offrir ailleurs dans ce domaine. Cependant, certaines façades témoignent d’une aisance certaine et donc d’une attention particulière dans les matériaux employés et leur mise en œuvre. La maison du 80, sur ce plan, bien que la façade en ait été modifiée, s’inscrit dans la catégorie de l’hôtel particulier. La distribution sous-jacente du 68-70 s’y rattache également. L’exemple de Geffrier Olivier, riche marchand qui faisait commerce dans l’épicerie, montre en tout cas que la bourgeoisie, et même la grande bourgeoisie, n’était pas absente de la rue106. La possession d’une maison cossue voire d’un hôtel particulier, découlait logiquement d’un statut social élevé.

Une façade au décor raffiné : la maison du 80, rue des carmes.Une façade au décor raffiné : la maison du 80, rue des carmes.À l’exception du numéro 45 – un immeuble de trois étages carrés –, les autres numéros proposent deux étages carrés. Le percement régulier des baies, leur taille, l’utilisation de la pierre de taille, le souci décoratif et même le raffinement ornemental (évident dans la façade du numéro 80 – qui rappelle, par bien des aspects, celle de l’ancien numéro 3 de la rue des Carmes, détruit en 1959 –, avec ses portes en plein cintre moulurées et chanfreinées dans la courette intérieure, ses encadrements de baies moulurées en doucine, son alternance de croisée/demi-croisée dans la ruelle qui dessert l’intérieur de l’îlot…) sont quelques-uns des marqueurs du bâti bourgeois.

CONCLUSION

Ainsi, au terme de notre travail, forcément incomplet, évidemment discutable, nous souhaiterions mettre en exergue quelques-unes des caractéristiques de la rue des Carmes, axe historique de la ville d’Orléans. Il est toujours délicat de prendre la distance suffisante avec son objet d’étude. La rue des Carmes concentre de nombreuses problématiques, nous l’avons vu, qui l’enrichissent et la rendent complexe, impure au sens premier du terme, c’est-à-dire fruit du mélange, de la diversité et du mouvement : elle est un organisme qui vit et évolue. En mutation constante, tout simplement. Aussi ne manque-t-elle pas de charme. Son caractère pittoresque ne peut échapper à l’observateur attentif, non plus qu’au flâneur.

La partie reconstruite ne constitue pas la césure rédhibitoire que l’on serait tenté de voir de prime abord. Certes, le bâti et les matériaux employés diffèrent radicalement, mais le cadre d’une étude évite d’en rester au simple coup d’œil superficiel. L’esthétique pauvre en apparence des façades bétonnées révèle une dynamique et une variété insoupçonnées au regard inattentif, par des jeux subtils de décentrement, d’asymétrie et de scansion des façades, entre vides et pleins. Et cela, même si la volonté était bien de constituer un ensemble homogène, comme le stipule l’article 8 du cahier des charges de Remembrement de l’îlot n° 13 rédigé par l’Association syndicale de Remembrement d’Orléans : "Les constructions, édifiées d’un seul tenant, sur des parcelles contiguës, devront constituer un ensemble présentant une unité de structure et de composition architecturales."107 Les architectes de la Reconstruction avaient pris en compte l’histoire et le visage de la rue avant d’édifier leur front d’immeubles de quatre étages carrés pour reloger les personnes sinistrées. La transition visuelle s’opère dès l’îlot 6, avec un bâti réduit à trois étages, puis à deux, avant que l’îlot 6 bis ne rattrape le niveau des maisons préservées108. Ce que l’on voit aujourd’hui est le résultat d’une action concertée qui s’est inscrite dans la durée. À l’origine en effet, les plans révèlent que les numéros 14 et 16 devaient comporter eux aussi quatre étages. Ils nous disent également qu’à défaut d’avoir été poursuivie jusqu’au bout, la diversité avait été envisagée au sein même des îlots de quatre étages. Les plans initiaux du numéro 4 , du numéro 8 ou encore du numéro 19 n’en comportaient ainsi que trois, ce qui devait conduire à créer un effet de crénelage. N’oublions pas non plus que l’îlot 11-12 devait être reconstruit dans son intégralité, sans tenir compte des numéros 45 et 47 encore debout ; il y eut même des propositions pour reconstruire selon des modalités identiques le bâti préservé de l’îlot suivant109. Inversement, le bâti préservé de l’îlot 13 n’a pas résisté à l’opération d’urbanisme. Une rue ne se limite pas à ce qu’elle montre de façon concrète à un instant donné, elle est aussi la somme des projets qui l’ont façonnée, l’héritière d’une histoire très riche qu’il faut prendre en compte. Et un lieu de vie.

Aucun élément architectural pris isolément ne recèle un intérêt tel qu’il suscite l’enthousiasme. Certes, la maison du numéro 80, dite Maison de l’ange car la tête ailée d’un putto y figure sur une façade, présente un bâti Renaissance remarquable110. Certes, le numéro 45 est un immeuble de qualité, mais son importance réside dans le fait qu’il constitue l’unique témoignage connu conservé sans avoir été dénaturé des travaux de l’architecte parisien Benoît Lebrun qui fit presque toute sa carrière à Orléans. Certes, les petites maisons à un étage et à travée unique, dont une au moins a échappé à l’alignement, contribuent à ancrer historiquement et socialement cette partie de la rue dans un bâti ancien de type faubourg implanté sur un parcellaire largement conservé– et il en reste peu d’exemples à Orléans.

Mais ce qui fait le charme de la rue des Carmes est précisément la présence simultanée des ces unités architecturales, qui, loin de s’opposer, contribuent à composer un ensemble urbain harmonieux au-delà des hiatus visuels entre zone reconstruite et zone préservée. La frontière architecturale réelle, la superposition d’éléments hétérogènes, la juxtaposition spatiale de structures contradictoires (citons la façade en pierre de taille du numéro 84 et celles mitoyennes des numéros 86 et 88 en pan de bois) ou encore l’adjonction postérieure de matériaux pour des réalisations adventices (le bâti en pan de bois en fond de parcelle du numéro 76 pour ne mentionner que ce cas) forment un ensemble diversifié très pittoresque.

Une vue biaise permet d’apprécier le déroulé des façades ainsi que la variété des hauteurs de toit.

La multiplicité des enseignes et l’agitation de cet axe commercial en font un espace de vie très agréable, qui tranche avec le calme des rues adjacentes. Quand on s’enfonce dans les parcelles, on est surpris du contraste avec le brouhaha de la rue qui fourmille. C’est ainsi que l’on peut découvrir la présence d’un petit jardin au numéro 52 et apprécier la paisible verdure d’un gazon au fond de la parcelle du numéro 78, auquel on parvient en empruntant une rue fossilisée puis une ruelle de desserte d’îlot. Curiosité insoupçonnée au sein d’un univers minéral, propre d’ailleurs à la ville.

Le projet de ligne du tramway constitue une nouvelle étape dans l’histoire de la rue des Carmes. Il est possible qu’elle n’en sorte pas indemne. Quelle attitude adopter face à une opération d’urbanisme qui risque de raser une partie du front bâti – c’est-à-dire de dénaturer la rue dans son ensemble ? La mission de l’Inventaire général est parfaitement claire : il ne s’agit pas d’intervenir dans des débats polémiques mais de mener de manière scientifique des études qui visent à recenser et à faire connaître le patrimoine d’une aire préalablement définie et délimitée. Ces données trouvent leur aboutissement dans la diffusion et l’utilisation concrète que décideront d’en faire – ou de ne pas en faire –les différents acteurs (professionnels du patrimoine, chercheurs, élus ou simples particuliers) qui, finalement, occupent ces territoires et parfois les méconnaissent. La démarche poursuit un but simple et précis qui veut que plus l’on est familier, d’un point de vue historique et culturel, avec l’espace dans lequel on vit, plus on est tenté de s’y intéresser et de le protéger le cas échéant. Afin que les études menées par l’Inventaire général, suscitant un écho public, ne se limitent pas à la simple recension, mais fassent de la connaissance acquise sur un objet, et de sa diffusion, un outil d’action pour un patrimoine qui nous est commun.

1Les archives départementales ont brûlé en 1940.2DEBAL, Jacques. "Atlas de quartier : Carmes". Orléans : Ville d'Orléans, 1989.3VERGNAUD-ROMAGNESI, Charles François. "Histoire de la ville d'Orléans, de ses édifices, monumens, établissemens publics etc., avec plans et lithographies". Orléans : imprimerie de Rouzeau-Montant, 1830 (deuxième édition de l'Indicateur orléanais, augmentée d'un précis sur l'histoire de l'Orléanais). Orléans : Les Éditions de la Tour Gile, 1996.4EMMANUEL, D. T. "Quatre jours dans Orléans". Orléans : A.Gatineau, 1845. HUET, Emile ; "Promenades pittoresques dans le Loiret. Châteaux, monuments, paysages". Orléans : Paul Pigelet et H. Herluison, 1900 ; "Comment visiter Orléans". s.d.5DEBAL, Jacques. "Le plan d'Orléans à travers les siècles". "Bulletin de la société archéologique et historique de l’Orléanais", 1980, p.5.6Ibid.7ALIX, Clément. DURANDIERE, Ronan. "La dernière enceinte d'Orléans (fin du XVe-1ère moitié du XVIe siècle) : nouvelles approches". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais", nouvelle série, t. XVII, n°139, 2004, p.6.8DEBAL. Op. cit., p.13.9MAZUY, Laurent, MICHEL, Philippe, BARRAY, Caroline, et al. "Jeu de plans. Atlas archéologique". Orléans : Service archéologique municipal. Cahier d'archéologie, n°11-12-13, 2005, p.17.10VERGNAUD-ROMAGNESI. Op. cit., p.281-283 ; EMMANUEL, D. T. Op. cit., p. 272.11DEBAL, J. Op. cit. p.19.12ALIX, C. DURANDIERE, R. Op. cit. p.6.13LEPAGE, Eugène. "Les rues d'Orléans. Recherches historiques sur les rues, places et monuments publics depuis leur origine jusqu'à nos jours". Orléans : Impr. orléanaise, 1901. Marseille : Laffitte, 1977 (réimpression). p. 152-153.14BUZONNIERE, Louis-Augustin-Léon Nouel de. "Histoire architecturale de la ville d'Orléans, illustrée par 60 lithographies de Charles Pensée". Paris : Victor Didron, 1849 (réédition dans la collection dirigée par M.G. MICBERTH, Monographies des villes et villages de France, Paris : Res Comédit, 1994), p.195.15DEBAL, J. Op. cit. 1989.16ALIX,Clément, "L'habitat orléanais à la fin du Moyen Âge", 2002, mémoire de D.E.A et de civilisation de la Renaissance, sous la direction d'Alain Salamagne, Tours, université François Rabelais, vol. 1, p.5-6.17ALIX, Clément. "La dernière enceinte d'Orléans et ses nouveaux quartiers : une opération de grande ampleur". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais", nouvelle série, t. XVII, n°139, 2004, p.11-16.18Ibid. p.8-10 et p.27.19Ibid. p.27.20Ibid. p.8.21Ibid., p.23.22Ibid., p.9-10.23DEBAL, J. Op. cit. 1980, p.21.24 MAZUY, Laurent, MICHEL, Philippe, BARRAY, Caroline, et al. Op. cit., p.17.25DEBAL, J. Op. cit. 1980, p.22.26ALIX, C. Op. cit. 2004. p.15-16.27Ibid. p.80-81 et 89-90.28HUET, B. (dir.). LAMBERT, M. PERCHE, M. PEYSSON, J.M. "Mécanique de la percée urbaine de 1750 à 1900 : les trois percées d'Orléans". Paris : I.E.R.A.U., Ministère de l'Equipement et du Logement, 1988.29GUYON, Symphorien. "Histoire de l'église et diocèse, ville et université d'Orléans". Orléans : M. Paris (C. et J. Borde), 1647-1650. Volume II, p.304-305.30VILLETTE, Jean. "L'écroulement du pont Joffre, le dimanche 16 juin 1940". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais", nouvelle série, tome XI, n°93, juillet 1991, p.61.31ROUSSEAU, Aurélie. "Le chantier expérimental de l'îlot IV". Mémoire de maîtrise. Université François-Rabelais de Tours, 2002.32DEBAL, Jacques, "La Libération à travers la presse locale". "Bulletin de la société archéologique et historique de l’Orléanais", nouvelle série, Tome XIII, n° 106, 1995, p.31.33Archives départementales du Loiret. Série W : 206 W 47195. Lettre du délégué départemental adjoint, chargé des travaux, adressée au député-maire d'Orléans le 16 janvier 1948 au sujet de la Reconstruction d'Orléans.34Archives départementales du Loiret. Série W : 251 W 56136. Plan de réaménagement de la rue des Carmes (12 mai 1944).35Archives départementales du Loiret. Cote 40743. Plan masse - Orléans - Centre, 1950..36La décision fut prise à l'automne 1952. Dans une lettre adressée au maire d'Orléans par le commissaire au remembrement et à la reconstruction, Ch. Giacobbi, en date du 15 octobre 1952, on lit : "Il a été décidé qu'une nouvelle rue serait percée derrière l'îlot 11/12". C'est alors que fut décidé de renommer cette portion d'îlots : celui en bordure de la rue des Carmes devint l'îlot 11, et l'îlot au sud de la nouvelle rue de l'Arche de Noé prit le nom d'îlot 12.37Une lettre des archives départementales datée du 30 septembre 1950 (cote 130 W 23543 : Associations syndicales de remembrement et de reconstruction", cahier relatif à l'îlot 11-12), adressée à "Monsieur le Président de l'Association syndicale de remebrement et de reconstruction - Orléans" mentionne que : "l'immeuble contigu [au numéro 45] portant le n°43, considréré comme totalement sinistré, a été démoli et englobé dans l'îlot 11-12, dont les façades ont été reconstruites en reculemnet ; un espace a été laissé entre le bloc des nouveaux immeubles et le mur mitoyen entre les anciens n°43 et 45".38Avant le décrochement, la rue mesure onze mètres de large en moyenne, contre treize après.39Axe nord-sud avant les destructions, créé à nouveau selon un axe est-ouest au moment de la Reconstruction.40GUILLAUME, Louis. "Benoist Lebrun, architecte à Orléans, 1754-1819". Orléans : imprimerie Auguste Gout et Cie, 1907, p.8.41Archives départementales du Loiret. Série W : 130 W 23588. Elevation de façades de l'îlot 6bis (6 janvier 1956).42BLANC-DUCHE, Elisabeth. "Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. Rapport de présentation". Orléans : 2006, p. 170.43BOUDON, Françoise, CHASTEL, André, COUZY, Hélène, et al. "Système de l'architecture urbaine. Le quartier des Halles à Paris". Paris : éd. du CNRS, 1977, p.60-61.44BOISSIERE, Jean. "Une source capitale pour la connaissance d'Orléans à la fin du 17e siècle : le registre de la première capitation (1695)". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais". Nouvelle série, t. X, n°77, juillet 1987, p.3-22.45Ibid., p.11.46Ibid., p.47-48.47Limite inférieure inclusive et supérieure exclusive.48Ibid., p.38 et 68.49"Manière de bastir pour touttes sortes de personnes par Pierre Le Muet, Architecte ordinaire du Roy, et conducteur des desseins des Fortifications en la Province de Picardie", 1623. Consulter l'édition établie par Claude Mignot, Paris : éditions Pandora, 1981. Le recueil de Le Muet proposait, en face du texte, des planches de plans illustrant de façon claire et pratique son propos.50Voire aux étages. Mais les maisons sont le plus souvent à étage unique - n'oublions pas qu'il s'agit d'une ancienne rue de faubourg - ; en tout cas n'excèdent-elles que très rarement deux étages.51Le caractère spécifique de la rue, où les petits commerces pullulent, explique la difficulté à établir un chiffre précis : plusieurs enseignes ne sont pas répertoriées dans les pages jaunes par exemple, bien qu'elles aient pignon sur rue. La nature éphémère de certains commerces - ainsi les enseignes de restauration rapide ou celles liées aux nouvelles technologies - empêche de dresser un inventaire pérenne. Il s'agit donc d'une donnée approximative, fluctuante, même si l'identification fragile des enseignes n'empêche pas d'avancer un chiffre relativement fidèle à la réalité du terrain, puisqu'une enseigne qui disparaît est la plupart du temps remplacée par une autre.52On passe de 116% environ à 121% environ d'enseignes par rapport au nombre d'adresses fiscales.53Archives municipales d'Orléans. Série J : 5 J 149. Casier sanitaire.54DEBAL, J. Op. cit. 1989, planche 8 : "L'activité commerciale".55Hormis dans deux cas : les parcelles 303 et 258. 56Ce qui n’était d’ailleurs pas le cas à la Reconstruction : le remembrement avaient pris soin de découper le terrain en trois parcelles (259, 265 et 345). 57Elle correspond à l’ancienne rue de la Croix Morin, après la rue des Carmes, en rapport avec le couvent des grands Carmes, partie reconstruite aujourd’hui.58BLANC-DUCHE, Elisabeth. Op. cit., p.35.59Cela montre à quel point le parcellaire peut évoluer rapidement : dans le plan d’alignement de 1813, le numéro 83 rassemblait deux parcelles, nettement séparées par un mur mitoyen symbolisé par un trait encré. Dix ans plus tard, les deux parcelles ne faisaient plus qu’une, la 249. 60Outre les variations importantes du parcellaire de ce côté-ci de la rue, on remarque notamment que l’emprise au sol de l’ancienne parcelle 481 est aujourd’hui partagée entre plusieurs propriétés.61Le numéro 57 en 1823 correspond aujourd’hui au 53 (parcelle 141).62D’une manière générale, hormis les parcelles découpées par l’opération immobilière de Benoît Lebrun, en bordure de la rue des Carmes, le reste de l’îlot est composé de parcelles très vastes, comme il apparaît sur le cadastre napoléonien.63GUEMY, Christian. "La reconstruction de Notre-Dame-des-Carmes à Orléans au 17e siècle, d'après les "Maximes et exemples d'architecture" du frère Sébastien Chaitegnay, dit de Saint-Aignan". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais", nouvelle série, t. XVI, n°131, 2002, p.23. Le dessin et le plan au sol qu’il fournit permettent de bien visualiser l’élévation, l’emprise au sol ainsi que l’ouverture du cloître sur la rue de l’Ange.64Et cela, même si la question de la charte esthétique de la Reconstruction n’est pas vraiment posée – l’urgence à édifier de nouveaux immeubles de logement est le fait essentiel – et si la ligne architecturale s’inscrit dans un contexte urbanistique bien plus large, puisqu’il comprend l’ensemble des zones à rebâtir.65Par exemple, l’immeuble du numéro 8 occupe les parcelles 295-298.66Chaque immeuble reconstruit des îlots 6, 7 et 11-12 possède une corniche indépendante. Chaque adresse fiscale est ainsi architecturalement désignée. L’immeuble du numéro 12, à l’origine partitionné en 12 et 2 bis (aujourd’hui le 12 ter qui fait l’angle succède au numéro 12), est la seule exception qui, en quelque sorte, confirme la règle.67On notera que l’utilisation de la brique prend un tour décoratif, même si elle remplit aussi une fonction structurelle.68On mettra à part le cas particulier du garage au numéro 23.69En réalité 59, mais on peut considérer le 9 bis comme le résultat d’une partition fiscale indépendante du gros œuvre comprenant les deux groupes de numéros – 9-9 bis. Le 23 – le garage –, est une construction totalement indépendante, par ailleurs recouvert d’une simple dalle de béton, que nous considérons à part.70Voir supra.71Qui correspondent à trente deux numéros fiscaux. La parcelle 308 reçoit les numéros 59 et 61, le numéro 77 est scindé en deux parcelles (101 et 326) et le numéro 92 trois (306, 307 et 308).72Et encore, on a vu que si pour le 68 le pro rata était sensiblement équivalent entre 1823 et 2003, il relevait d’une morphologie très différente.73Les numéros 53, 55, 63, 65, 68, 71, 75, 77 (parcelles 101 et 326), 78 et 84.74Les numéros 51, 57, 59, 67, 68, 69, 72, 73, 76, 80, 86, 90, 92, 94 et 98. Le numéro 78, qui relève de la première catégorie (cour en fond de parcelle), possède également en plus une cour intérieure.75Les numéros 45, 47, 49, 61, 70, 74, 88 et 96.76ROUSSEAU, Aurélie. Op. cit., p. 57. "libérer le cœur de l’îlot est l’une des conditions premières à sa réalisation. En effet, comme pour les directives concernant les plans d’aménagement, il faut faire pénétrer la lumière, l’air, et aménager des espaces verts au centre de celui-ci, afin de ne pas reproduire l’entassement des constructions d’avant-guerre. Ainsi s’est ouverte pour chaque propriété la possibilité de posséder en commun des bâtiments annexes, des dépendances, ou des jardins."77Le versant opposé du toit donne une idée de ce qu’était originellement la pente nettement plus accentuée du toit côté rive sur rue. Voir aussi les numéros 57 et 77. Voir aussi infra, la forme IV du bâti relevé.78"La maison n° 65 de la rue des Carmes, connue sous le nom du Mouton, fut donnée en 1275 par Guillaume Bruneau à un de ses parents, à condition qu’il mettrait, toutes les nuits, une chambre à deux lits à la disposition de quatre pauvres, leur donnerait une écuelle de soupe, et placerait au-dessus de la porte un bas-relief représentant la sainte Vierge, saint Paul et quatre pauvres assis à la même table. Une inscription devait expliquer le sujet de la sculpture." Cf. D. T. Emmanuel, op. cit., p. 274.79GAILLARD, Louis. "Histoire des établissements hospitaliers d'Orléans du Moyen Âge à nos jours". "Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais". t.IX, n°72, 1986, p.8.80On sait toutefois, et c’est une règle générale qui n’est pas propre à la rue ni même à la ville d’Orléans, que les caves sous les habitations ont servi souvent de carrière d’extraction de la pierre calcaire travaillée en moellons pour l’édification des murs porteurs.81Sur les questions de méthode quant à l’utilisation des sources, voir Principes, méthode et conduite de l’Inventaire général, sous la direction de Michel Melot et Hélène Verdier, Paris, Monum,éd. du patrimoine, 2001, p. 37-38 et 71-79. Lire aussi Système de l’architecture urbaine. Le quartier des Halles à Paris, op. cit., p. 67-73.82LAISNEY, François. "Les plans d'alignement des villes (1807-1819) : une loi mal appliquée". In "Villes françaises au 19e siècle. Aménagement, extension et embellissement". Paris : éd. Recherches/Ipraus, 2002, p.22-24.83Une simple addition vient confirmer l’hypothèse, sur le plan métrique : avec les deux largeurs de façade, on atteint les 9 mètres mentionnés sur le plan d’alignement de 1813.84Peut-être même bien antérieur – dernier quart du 15e siècle – si les propos de Louis Gaillard en ce qui concerne la maison du Mouton sont fiables. L’assertion de D.T. Emmanuel affirmant qu’elle subsistait encore en 1845 tendrait à confirmer les faits – à moins que le remaniement de façade pour unifier les deux façades des parcelles 482 et 483 n’ait définitivement détruit le bâti préexistant. En effet, on constate une modification dans la parcelle, du moins dans la partie située en arrière cour. Il serait toutefois surprenant qu’il ne reste aucun vestige de la maison dite du Mouton dans le bâti actuel.85Nous avons retenu quatre classes de largeur représentatives de la situation passée et actuelle. Classe I, très étroite (de 3 à 5 m), classe II, moyenne (de 5 à 8 m), classe III, large (de 8 à 13 m), classe IV, très large (13 m et plus).86On dénombre en fait concrètement trente-trois façades et trente-trois numéros anciens, puisque si le numéro 82 a fiscalement disparu le bâti demeure. On établira donc les statistiques en fonction non pas des simples numéros mais de la réalité du terrain qui témoigne de l’existence de l’ancien numéro 82, avec une façade indépendante et identifiable.87Au sens où elles présentent un bâti ancien qui a survécu aux destructions de la seconde Guerre mondiale. 88Rappelons aussi que la partie préservée de la rue des Carmes portait auparavant le nom de rue Croix Morin, ce qui suffit à valider une étude plus étendue.89Par bâti total, nous entendons cinquante-neuf unités architecturales (puisque les numéros 9 et 9 bis).90Louis Guillaume écrit ainsi, op. cit., p. 8 : "Ces façades, très élevées pour l’époque, brillaient surtout par leur simplicité". En réalité, cette "suite de maisons particulières" n’occupait pas toute la bordure de "l’îlot compris entre la rue de l’Arche de Noé et la rue des Charretiers", mais, comme l’indique le cadastre napoléonien, six parcelles.91Archives départementales d'Orléans. Série G : 4 G 463. Fiches auxilaires cadastrales. Rue des Carmes (1861-1984). Bien sûr, l’exactitude demeure sujette à caution, dans la mesure où parfois un étage correspond à un espace mansardé, sans que cela soit toujours indiqué. Malgré tout, ces fiches fournissent une indication intéressante.92Si l’on prend en compte le garage au numéro 23 – qui n’est pas un immeuble à logements.93On ne comptabilisera pas le garage du 23 bien que l’adresse fiscale existe, car cette construction en béton de plein pied n’est pas habitable. En outre, l’immeuble à logements du numéro 48 n’appartient pas à la phase historique de la Reconstruction ; il lui est postérieur.94ABRAHAM Pol. "L’architecture préfabriquée". Paris : éd. Dunod, 1946.95Le numéro 21 est légèrement moins haut que les autres immeubles, ce qui rompt discrètement la ligne de façade de l’îlot 11-12. Le léger décalage induit se répercute sur l’ensemble de la façade, dont les ouvertures sont en décrochement avec celles des autres immeubles.96Le plan du parcellaire de l’îlot 5 conservé aux archives départementales et daté du 12 décembre 1946 – le hachurage de la parcelle 500, qui correspond au numéro 48, l’indique clairement : elle n’était pas concernée par la Reconstruction de l’après-guerre. Le cliché ne montre que la façade sur cour, mais on y retrouve la répartition dissymétrique à trois baies, et l’appareillage bicolore en brique et pierre. Le plan en élévation permet de distinguer un premier étage noble appareillé en pierre de taille. Il s’agissait d’une maison bourgeoise avec commerce au rez-de-chaussée et porte cochère pour les livraisons. Les archives municipales conservent les plans de l’ensemble. Un autre cliché de 1973 montre que le bâtiment était toujours en place.97Les plans d’exécution des quatre édifices qui nous intéressent s’étalent entre février 1959 pour le cinéma et septembre 1960 pour le numéro 1. Les plans des étages intérieurs sont légèrement plus tardifs (1960-1961).98Le numéro 80 comprend la façade et le bâti de l’ancien numéro 82, adresse qui a disparu aujourd’hui. En prenant ceux-ci en compte, on dépasse les 75% du bâti préservé.99Sur ces cinq unités, une seule relève de la Reconstruction, c’est-à-dire moins de 4% du bâti reconstruit.100Ces quatre maisons appartiennent à la classe I (façade comprise entre 3 et 5 m).101 Elle s’inscrit dans la classe III (façade comprise entre 8 et 13 m).102Nous avons vu que pour les immeubles reconstruits la classe III représente plus de la moitié du bâti.103Au numéro 47 de la rue des Carmes (parcelle 144) correspond le numéro 52 de la rue des Charretiers ; au numéro 49 (parcelle 143) correspond le numéro 81 de la rue des Charretiers; au numéro 59 (parcelle 308) correspond le numéro 25 bis de la rue de l’Ange ; au numéro 70 (parcelle 180) correspond le numéro de la rue des Grands Champs ; au numéro 72 (parcelle 184) correspond le numéro 1 bis de la rue des Grands Champs ; au numéro 98 (parcelle196) correspond le numéro 2 de la rue de Limare. Le numéro 14 (parcelle 302), auquel correspond le numéro 1 de la rue du Grenier à Sel constitue un cas à part, dans la mesure où le 1 est l’adresse fiscale d’un supermarché.104Il convient toutefois de ne pas oublier l’hypothèse du numéro 63 (ancienne parcelle 482 et numéro 67), dite du Mouton. Voir supra.105Ils représentent plus de 13% du bâti total et près de 25% du bâti préservé. Nous indiquons ces chiffres en note, car ils ne témoignent pas d’un regard subjectif ; les statistiques n’ont dans ce cas précis qu’une valeur toute relative. 106DURAN, Alain. "Noblesse et nobilités à Orléans au tournant des Lumières (vers 1780-vers 1820)". Th. doct. : histoire : Paris I-Panthéon-Sorbonne, 2003. 3 vol.107Archives départementales du Loiret, série W. D’un îlot à l’autre les mêmes noms interviennent d’ailleurs, garantie d’une unité architecturale d’ensemble : Baudin, Leroux, Martin ou encore Winter.108L’immeuble à logements du numéro 48, nous l’avons vu, résulte d’une édification bien postérieure à la phase historique au sortir de la Seconde Guerre mondiale. 109Archives départementales du Loiret.110Notons cependant qu’il est indiqué en rouge sur le plan des bâtiments de grand intérêt architectural de la ZPPAUP (centre historique) établi par le cabinet Blanc/Duché, op. cit., secteur 4 (le quartier de la reconstruction), p. 12.
Appellations rue des Carmes
Parties constituantes non étudiées passage couvert, immeuble à logements, maison, boutique, cinéma
Dénominations rue
Aire d'étude et canton Commune d'Orléans - Orléans-Carmes
Adresse Commune : Orléans
Adresse : rue des Carmes

Remontant peut-être au 1er siècle après J.C., la rue des Carmes et les architectures la bordant ont longtemps eu un caractère de faubourg. Intégré dans les murs de la ville à la fin du 15e siècle, l'ensemble urbain qu'elle constitue conserve des traces courant de la fin de l'époque médiévale pour les plus anciennes à la deuxième moitié du 20e siècle, notamment pour les immeubles reconstruits suite aux destructions de la Seconde Guerre mondiale.

Période(s) Principale : Antiquité
Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine

Références documentaires

Documents d'archives
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  • Archives municipales d'Orléans, Série O, 1O671, Voirie : plan d'alignement de 1813 rue des Carmes.

  • Archives municipales d'Orléans, Série J, 5J149 : Casier sanitaire.

  • Archives municipales d'Orléans, Série J, 5899 (1945), 5900 (1946), 5902 (1947), 5904 (1948), 5906 (1949), 5910 (1950), 5910 (1951), 5912 (1952) : Permis de construire des sinistrés rue des Carmes.

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  • Archives départementales du Loiret, 40743-40746. Reconstruction d'immeubles, d'îlots.

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  • Archives départementales du Loiret, 23543. Reconstruction des îlots : études préliminaires à la Reconstruction.

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Documents figurés
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