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Tour Garçonnet

Dossier IA37005694 inclus dans Enceinte castrale réalisé en 2006

Fiche

En 1468, une mention particulièrement explicite précise qu'il faut « ouster les terriers qui estoient au pié de la tour nefve derriere la maison Jehan Cloué » (Archives communales d'Amboise, CC 89 f°10v° (26 juillet 1468) . Cet ouvrage fut modifié après 1579, année où la tour est encore représentée dans son intégralité par Jacques Androuet du Cerceau, et, avant la décennie 1630, où elle est qualifiée de « tour rasée » dans les procès-verbaux (ADIL, C 655).

Relevés de la tour Garçonnet, 1892, par Ruprich-Robert : élévation de la tour avant restaurations, côté nord-ouest. Relevés de la tour Garçonnet, 1892, par Ruprich-Robert : élévation de la tour avant restaurations, côté nord-ouest. Dans son état d'origine, la tour possédait en effet deux niveaux supplémentaires dont nous connaissons les dispositions grâce aux « Vues » tirées des Plus excellents bâtiments de France de Jacques Androuet du Cerceau (1579) et aux relevés de l'architecte Gabriel Ruprich-Robert réalisés en 1892 et en 1896. En outre, un plan de 1708, des procès-verbaux dressés entre 1623 et 1632 (ADIL, C 655 doc. 4 f°3r° doc. 5 f°3v°-4r°), et un autre de 1761 (ADIL, C 950, f°5r°), permettent de compléter notre analyse de l'édifice. Enfin, des vues anciennes, gravées ou photographiques, témoignent de l'aspect de la tour et de son couronnement avant restauration. Parmi ces documents, à l'exception de la « Vue du costé de la rivière de Loire » de Jacques Androuet du Cerceau qui est erronée - nous y reviendrons -, seuls les relevés de Gabriel Ruprich-Robert permettent d'appréhender les transformations de l'édifice car, il put observer des vestiges de maçonnerie encore présents à la fin du XIXe siècle et, restaurer la tour sans effacer un certain nombres d'indices archéologiques. Sur ses plans, l'architecte figure en gris les maçonneries d'origine, en bleu celles qui sont modernes et en rouge celles qu'il projette de restituer. Cependant, en 1892, au moment de l'établissement de ses projets de restauration, il ne connaît pas encore un certain nombre d'indices archéologiques qui lui apparaîtront ultérieurement, en 1896, lors des travaux. En témoigne un projet de restauration de 1896 annulé à la suite de la découverte « des traces d'escalier carré » (Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine, 0082/037/2007, collection Ruprich-Robert M-H 25979 (11) ; document titré : « Château, Tour Garçonnet. Restauration de la partie haute de l'escalier central. Non exécuté à cause des traces d'escalier sur plan carré retrouvées ultérieurement, 1896 » ; projet malheureusement dépourvu de tout rapport complémentaire).

Pour restituer l'aspect originel du bâtiment, il est nécessaire de lier l'analyse des différents relevés, la lecture du bâti et la compréhension globale des caractères de la tour. La construction primitive devait être relativement soignée, si l'on en croit les vestiges de l'encadrement d'une de ces portes qui est en pierre de taille de tuffeau et sur laquelle figure accessoirement un autographe de Jehan-Benoit Bretigny, un fidèle serviteur de Louis XI. Selon l'abbé Lebeuf, Jacques de Saint-Benoit, chambellan de Louis XI, devint en 1480 seigneur de Brétigny.

Si dans la grande vis de la tour, à l'origine de plan carré, le passage fut élargi et la pente de la vis réduite postérieurement - époque qualifiée de « moderne » par Gabriel Ruprich-Robert, sur laquelle il conviendra de revenir -, on peut supposer que ce fut pour faciliter le montage de chargements volumineux. D'après la planche aquarellée de 1892, Gabriel Ruprich-Robert estime que la porte ouvrant de la grande vis sur la petite fut, par la suite, réduite en largeur, ce que nous ne pouvons pas vraiment expliquer. Gabriel Ruprich-Robert relève aussi, au niveau de la salle sous coupole, que la pièce fut mise en communication avec la « salle des Lys » par l'intermédiaire d'un escalier droit qui passait au travers du conduit de latrines et de la petite vis. De fait, il y a tout lieu de croire, que la « crevée » apparaissant encore aujourd'hui dans le sol qui sépare la grande vis de la salle sous coupole, est contemporaine de cette adaptation grossière que l'on fit de l'ouvrage à l'époque « moderne » et non pas due à une dégradation des maçonneries. Tout en condamnant la petite vis, on conservait ainsi l'accès à la salle sous coupole qui constituait un lieu de stockage et l'on relia cette dernière à la « salle des lys » par un escalier droit passant à travers la cage de l'ancienne petite vis et le conduit de latrines. Pour que la pente de l'escalier droit descendant de la pièce sous coupole ne soit pas trop forte, il fut alors nécessaire de rehausser le niveau de sol de la « salle des Lys » comme l'atteste le plan de l'architecte.

La fonction défensive de la tour est primordiale. En 1892, Gabriel Ruprich-Robert prévoit de remplacer les baies par des archères et de supprimer les encoches pour les barres de blocage qui étaient ménagées dans les joues de l'ébrasement, jugeant ces encoches comme « modernes ». Pourtant si l'on considère la position de la tour située face à la Loire, à quelques dizaines de mètres de la tête de pont, et la couverture de tir des ouvertures, l'état avant restauration que nous présentent les clichés anciens, le plan circulaire de la pièce sous coupole et l'analyse des ouvertures, il y a tout lieu de croire que le niveau sous coupole était pourvu de fenêtres-canonnières avec des niches anti-recul pour des barres de calage. L'architecte dut sans doute prendre pour modèle les ouvertures dans la grande vis qui sont d'origine et qui ne présentent en effet aucun système anti-recul. Vue d'une archère-canonnière de la grande vis.Vue d'une archère-canonnière de la grande vis.Mais tandis que ces dernières avaient été entendues pour des armes sur affût placées à 70 cm du sol, les ouvertures de la salle sous coupole avaient été conçues pour des veuglaires, des armes de gros calibre qui nécessitaient d'être enchâssées et posées au sol. D'ailleurs son relevé avant restauration montre des bouches de 30 cm de diamètre dont la barre de recul se situait à environ 1,50 m de celle-ci. Par ailleurs, la largeur (90 cm) et la profondeur des niches de calage (50 cm) prouvent bien qu'il s'agissait de retraits destinés aux servants. La présence de ces retraits devait être d'autant plus appropriée que les louches n'étaient pas surmontées d'archères mais de fenêtres exposant encore davantage les servants aux tirs ennemis. Les ouvertures de tir situées dans la grande vis de plan carrée ne proposent pas les mêmes dispositions. Les joues des ébrasements sont dépourvues de système contrôlant le recul de l'arme, la base de la louche (30 cm) est à 70 cm du niveau du sol d'origine et la fente mesure 90 cm de haut pour 16 cm de large.

Vue générale de la tour Garçonnet deuis la rue de la Concorde.Vue générale de la tour Garçonnet deuis la rue de la Concorde.Jean-Pierre Babelon puis Sophie Cassagnes-Brouquet ont supposé que la tour Garçonnet constituait le prototype des tours cavalières des Minimes et Heurtault que Charles VIII fit par la suite édifier. Notre restitution est différente. Si le grand escalier recouvra la fonction de rampe d'artillerie à l'époque « moderne », dans sa conception d'origine il s'agissait bien d'un accès piéton. Gabriel Ruprich-Robert vit juste en qualifiant cette phase de travaux de « moderne » car il y a tout lieux de croire que le dérasement de la tour et les transformations qui suivirent, eurent lieu autour des années 1620, conjointement aux aménagements de la porte des Lions par Louis XIII.

Précision dénomination tour résidentielle et militaire
Dénominations escalier, ouvrage d'artillerie
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

La tour Garçonnet fut élevée entre 1466 et 1468, soit peu après l'avènement de Louis XI (1461-1483) ; l'attestent les archives de la ville faisant état de terres qui procèdent du creusement de ses fondations qui restaient alors à déblayer au Petit Fort.

Période(s) Principale : 15e siècle

Il s'agit d'une construction circulaire, accolée au promontoire rocheux, de 10 m de diamètre pour 26 m de haut, à laquelle est accoté, au Nord, un conduit de latrines descendant sur le tiers supérieur de sa hauteur. À la base de la tour, un talus monte jusqu'à 2,50 m au-dessus du sol. Le périmètre externe de la tour est percé par trois types d'ouvertures : des fentes de jour et d'aération, des archères-canonnières et des fenêtres-canonnières. La répartition des ouvertures délimite visuellement les espaces intérieurs. Les fentes et les ouvertures de tir, réparties dans les deux tiers inférieurs de la tour, correspondent à l'emplacement de la grande vis (2,50 m de large) à noyau rond (1 m de diamètre) et aux murs épais (2 m). Entièrement montée au mortier de chaux, un moyen appareil de pierre de taille de tuffeau, est employé en revêtement d'un blocage de morceaux de brique et de moellons de tuffeau. À l'intérieur, dans la grande vis, apparaît parfois, bien que très modifié et tout aussi restauré, l'appareil d'origine en brique enduite ; ces parements montrent une facture assez grossière qui laisse envisager, pour cet espace, une fonction de service. Dans le tiers supérieur de la tour, qui est tout aussi restauré, les parements en brique apparente ont conservé, par endroit, leur aspect originel, bien plus soigné. Couverte d'une voûte annulaire, la grande vis présente des marches très peu hautes (0,15 m) et longues (1 m le long du mur de la cage d'escalier) qui montent, avec une faible pente (19,5 degrés), depuis la porte d'accès (2,20 m x 1,10 m), percée rue de la Concorde, dans la ville, jusqu'à une porte ouvrant sur une petite vis (0,70 m de large). La petite vis dessert une pièce actuellement appelée « salle des Lys », ainsi que deux pièces sommitales. La « salle des Lys » se situe à l'Ouest, dans le flanc Nord du promontoire rocheux, environ 5 m sous son niveau R. La première pièce sommitale est, quant à elle, très restaurée ; de plan circulaire, elle est couverte d'une coupole, éclairée de trois fenêtres-canonnières, se trouve dotée d'une cheminée et pourvue de latrines. La seconde, couverte d'un plafond abaissé à 1,60 m du sol, prend place juste sous la terrasse de la tour : de plan pentagonal, elle conserve les vestiges d'une cheminée, d'ouvertures et d'un accès aux latrines. Actuellement, les niveaux des marches de la grande vis correspondent mal avec les niveaux de sol des ébrasements des ouvertures de tir qui ont été abaissés ; d'autre part, les fentes de jour sont disposées de manière aberrante de telle sorte qu'elles n'assurent plus leur fonction d'éclairage. En 1896, lorsque Gabriel Ruprich-Robert entreprit ses travaux, sans doute après avoir piqueté les maçonneries, il découvrit des « traces d'escalier carré » et modifia son projet primitif. On ne connaît pas exactement ce qu'il avait pu envisager antérieurement puisque la planche de relevé de l'architecte ne propose aucune modification majeure pour la vis, mais on peut supposer qu'il souhaitait parementer à nouveau la partie supérieure de la cage qui est détériorée. Sur ce mur, apparaissent aujourd'hui trois encoches réparties régulièrement, qui peuvent paraître étranges à première vue. Aucun document ne précise l'origine de ces encoches mais un relevé en développé du mur de la cage d'escalier permet de montrer que l'architecte a ainsi restitué les angles d'une cage d'origine de plan carré (4 m de côté). Les modifications, qu'il qualifie de « modernes », inscrivent donc le plan carré d'une ancienne cage d'escalier dans le plan circulaire de la cage telle que nous la connaissons aujourd'hui. On bûcha ainsi la maçonnerie du noyau et du mur de la cage d'escalier pour élargir le passage. Les relevés permettent également de vérifier qu'en restituant la pente d'origine de la vis, à 28 degrès, - c'est-à-dire en supprimant une révolution - les marches correspondent aux niveaux de palier originel des ébrasements des ouvertures de tir. Par ailleurs, on remarque dans ces ébrasements, d'anciennes feuillures marquant les emplacements des volets qui séparaient les ouvertures de la cage d'escalier de plan carré. En somme, Gabriel Ruprich-Robert prit le parti de restituer un état n'ayant jamais existé où la grande vis conserve son plan circulaire tout en débouchant sur une petite vis étroite qui dessert les niveaux supérieurs auxquels on a restitué leurs attributs résidentiels, mais seulement une partie de leurs équipements défensifs. À l'étage, la pièce de plan pentagonal se prêtait sans doute mieux à l'habitat, mais ses dimensions réduites en faisaient une pièce dévolue aux gardes. Au nord, un couloir desservant la pièce menait vers le chemin de ronde qui longeait le flanc septentrional du promontoire castral. Il semble avoir tiré son jour d'une baie ouvrant sur la vis. Sans pouvoir l'expliquer, on constate que Gabriel Ruprich-Robert ne figura aucune communication entre la petite vis et cette pièce pentagonale. Aussi, si son analyse des maçonneries a bien été exacte, peut-on supposer que l'une, ou les, ouvertures ouvrant sur le chemin de ronde n'étaient pas des fenêtres mais des portes. En effet, avec des murs très peu épais (30 cm) qui se trouvaient en retrait du nu du mur extérieur de la tour, la pièce était ceinte d'un chemin de ronde sur consoles de mâchicoulis, qui aujourd'hui ont disparu. Les premiers relevés de l'architecte, tout comme les clichés photographiques, présentent le profil des consoles à trois quarts de rond superposés, reliées entre elles par de simples arcs en plein-cintre. Enfin, on ne connaît rien de la pièce sommitale, dont la présence est attestée par le troisième conduit de latrines et qui, se superposant à la pièce précédemment décrite, devait présenter un plan et un équipement similaire. On devait y accéder par la petite vis, ce qui induit l'existence d'une communication entre le chemin de ronde et la vis. Cette pièce, constituant une sorte de guette, devait également servir aux gardes.

Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales : O2 1383. Prise de possession du château d'Amboise par la sénatorerie d'Orléans le XI brumaire de l'an 12. Rapport des architectes en 1803-1811. Démolitions au château à la même période.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950. 1699-1761. Procès-verbal d'estimation du château d'Amboise, procès-verbal de prise de possession par le duc de Choiseul. 1761.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, 81/37/0003 (1002). Prévisions des travaux dus aux dommages de guerre à réaliser au château d'Amboise : chapelle Saint-Hubert, tour Garçonnet, pavillon Penthièvre, tour des Minimes, logis sur Loire, vestibule de la tour des Minimes, logis François Ier, remparts, tour Heurtault, tour Garçonnet (janvier 1951) ; comptes de restaurations du pont d'Amboise (1951) ; comptes des restaurations du château d'Amboise correspondant au rapport ci-dessus (1952-1958) ; comptes des restaurations de la chapelle Saint-Jean (1963).

Documents figurés
  • Relevés de la tour Garçonnet levés lors de sa restauration en 1892/ Ruprich-Robert. (Archives Nationales, Cartes et Plans, 300 AP (1) 1417).

  • Plan du château d'Amboise. Attribué à Robert de Cotte, dessin à la plume et à l'encre de Chine aquarellée, 1708. (Archives Nationales; O1 1903, Cartes et Plans, n°1 et 3).

  • Vüe du château royal d'Amboise ; Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs ; Troisième vüe de l'intérieur de la cour du château/ Jacques Rigaud. Dessins préparatoires à la plume et lavis à l'encre de Chine, début du XVIIIe siècle. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°138, Mfilm A31633).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • BABELON, Jean-Pierre. Le château d'Amboise. Arles, 2004, 184 p.

  • CASSAGNES-BROUQUET, Sophie. Louis XI ou le mécénat bien tempéré. Rennes, 2007, 272 p.

  • GAUGAIN, Lucie. Amboise, un château dans la ville. [Publication de Thèse]. Rennes : presses universitaires de Rennes ; Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

  • LEBEUF, Abbé. Histoire du diocèse de Paris, contenant la suite des paroisses de Doyenne de Montlery. Tome XI, 1757, p. 82.

Périodiques
  • THOMAS, Évelyne. Les énigmes de la tour "rasée" au château d'Amboise. Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tome LXVII, 2011, p. 157-166.

(c) Région Centre-Val de Loire, Inventaire général ; (c) Université François-Rabelais de Tours - Gaugain Lucie