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Tour Heurtault

Dossier IA37005771 inclus dans Enceinte castrale réalisé en 2006

Fiche

Précision dénomination tour cavalière
Dénominations ouvrage d'artillerie
Aire d'étude et canton Amboise - Amboise
Adresse Commune : Amboise
Adresse : Château d'Amboise

La tour Heurtault appartient aux ouvrages commencés lors de la campagne de construction de Charles VIII (1483-1498), après 1496 et achevés par Louis XII (1498-1515). Sans doute l'achat de parcelles placées au pied du château, en 1497, correspond-il au début des travaux. Nous savons que sa rampe était ruinée dès le XVIIIe siècle, mais que les travaux de restauration ne furent réellement envisagés qu'à partir de 1806-1808, par la Sénatorerie d'Orléans, pour l'établissement des logements du sénateur Roger Ducos. Finalement ils furent réalisés autour de 1890, par l'architecte en chef des Monuments historiques, Victor Ruprich-Robert. Les retombées du voûtement n'ont pas été tellement restaurées lors de ces travaux qui se concentrèrent davantage sur la remise en état de la rampe cavalière, reposant précisément sur les voûtes. Par contre, le châtelet d'entrée a été refait quasiment à neuf, tout comme le chemin de ronde et sa balustrade. Enfin, à une époque inconnue, des planchers ont été ménagés dans le noyau creux central.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 1er quart 16e siècle

Située au sud du promontoire, la tour Heurtault est une tour cavalière de plan circulaire de 25 m de diamètre pour 22 m de haut, permettant de monter en quatre révolutions et demie de la ville au château - et à l'origine au logis royal des Sept Vertus. Accolée au promontoire du château sur le tiers de sa circonférence, des pierres d'attente sont toujours visibles sur son flan oriental. Tout comme son homologue la tour des Minimes, elle constitue à la fois un édifice défensif de l'enceinte castrale, voire de la ville, et un édifice utilitaire qui résout en partie les problèmes d'accès au château. Un châtelet couvre la porte d'entrée cavalière qui fermait par un ancien pont-levis à flèches. La blancheur des pierres de cet ouvrage indique les lieux restaurés par Victor et Gabriel Ruprich-Robert. Une vue datant de 1865 et présentant ce châtelet avant sa restauration, permet de constater qu'il a bien été restitué à l'identique. Il se compose de deux puissantes piles engagées coupées à mi-hauteur par un cordon mouluré. Dans la partie inférieure s'ouvre la porte. Couverte d'un arc légèrement brisé dont l'extrados est arasé en partie supérieure et extradossée en escalier sur les reins, elle est surmontée des deux fentes dans lesquelles les flèches du pont-levis étaient logées. L'aspect défensif que ce type d'organe confère habituellement à un édifice, est habilement masqué par un large tableau rectangulaire et vertical qui, prenant place entre les deux flèches, reçoit un décor très effacé mais où on distingue encore au centre un collier de l'ordre de Saint-Michel, avec ses coquilles. Une voûte d'ogives couvre l'intérieur du châtelet. Du côté des piles, les ogives naissent de pénétrations directes dans la maçonnerie, tandis que du côté de la tour, elles reposent de chaque côté sur un dais qui devait probablement couvrir une statue posée sur une console, s'appuyant elle-même sur un culot à personnage (restauré). L'ouverture en plein-cintre du châtelet est soulignée par un cordon adroitement mouluré. Alors que la voussure est sculptée de trilobes placés sous de petits arcs brisés, à chaque extrémité de l'arc, un culot figuré soutient sa naissance. Enfin, un balcon, accessible depuis la rampe de la tour, forme le couronnement du châtelet. Prenant appui sur des encorbellements composés de trois niveaux de consoles triangulaires savamment imbriqués, chaque extrémité du balcon forme une petite échauguette non couverte. Deux niveaux d'arcatures brisées et trilobées, séparées par un cordon mouluré, ornent le soubassement du parapet crénelé du balcon et ce dernier. Dans le procès-verbal d'état des lieux de 1761, le signalement de la tour est tout à fait conforme à ce que nous voyons encore aujourd'hui. Le décor de l'édifice se porte aussi sur le sommet de la tour où un chemin de ronde repose sur des consoles de mâchicoulis qui reprennent le modèle de celles de la tour des Minimes, à savoir les trois registres de moulurations ; mais ces dernières présentent des formes beaucoup plus arrondies qui n'appartiennent plus au vocabulaire prismatique. Des clichés anciens les présentent avant restauration et on peut constater l'exactitude du modèle reproduit. Treize fenêtres, couvertes d'arc plein-cintre, éclairent la rampe du côté du mur extérieur ; des canonnières pour la plupart rectangulaires (40 cm x 18 cm à l'extérieur) sont ménagées en allège. Leur ébrasement externe varie pour deux d'entre elles, l'une étant couverte d'un arc surbaissé, l'autre étant ovale. Deux énormes canonnières à la française sont installées en tir rasant au niveau des fossés. Si les orifices sont murés grossièrement, ce qui interdit d'en donner le diamètre d'origine (sans doute autour de 50 cm de côté s'il était carré, autour de 40 cm s'il était circulaire), on remarque néanmoins qu'elles étaient fermées d'un volet dont le tableau existe encore dans la joue droite de l'ébrasement externe. Les casemates internes sont pour leurs parts inaccessibles. Depuis la ville, le pont-levis donne accès à la rampe cavalière qui, montant à main droite, repose sur des voûtes d'ogives rampantes dont les retombées s'appuient sur les seize pans du mur du noyau comme du mur extérieur de la tour. Le mur donnant sur l'extérieur atteint 4 m d'épaisseur tandis que celui du noyau creux, se limitant à 1,50 m, clôt un espace de 6,70 m de diamètre. Enfin, la largeur de la rampe atteint 3,50 m et sa pente 19 degrés en moyenne. Le noyau est aujourd'hui divisé en plusieurs pièces séparées les unes des autres par des planchers, mais il est probable qu'à l'origine le noyau ait été conçu pour être vierge de toute structure comme celui de la tour des Minimes. Il est percé de vingt-deux lancettes étroites. Les dix-sept baies du mur de cage prennent place au fond d'un ébrasement de 2,70 m à 3 m de large. Les canonnières à la française des fenêtres accessibles - car certaines sont fermées de portes pour en faire des petits retraits - présentent des bouches carrées de 12 cm de côté à l'intérieur et d'une trentaine de centimètres de large à l'extérieur, dont la hauteur de l'appui varie entre 20 cm et 80 cm au-dessus du sol, tout comme la hauteur de l'appui des baies qui se trouve entre 1 m et 1,30 m au-dessus du sol. À l'extérieur les bouches à feu de formes variées (ovales, rectangulaires ou carrées avec le sommet arrondi), se situent au contraire toujours à la même distance de l'appui de la baie. Les voûtes rampantes, constituées de cinquante-sept travées d'ogives, supportent la rampe. Pour la retombée des voûtes, la technique du tas de charge est employée, sur trois assises. À la travée rampante n°44, au niveau de la porte d'accès au logis des Sept Vertus, le type des clefs de voûtes change. Le décor de ces clefs est bûché mais on lit encore sur l'une d'entre elles le porc-épic de Louis XII. Cette césure marque donc le niveau d'achèvement qu'avait atteint le chantier de la tour en 1498, à la mort de Charles VIII. On remarquera par ailleurs que les clefs de voûtes issues de la campagne de Louis XII sont particulièrement proches de celles du portique de Gaillon. Enfin, un arc marquant l'aboutissement des voûtes rampantes présente un décor renaissant à feuilles d'acanthes. Dans la rampe, plusieurs portes donnent accès à différentes pièces. En partant du bas, les deux premières donnent dans des pièces troglodytiques qui semblent être d'anciennes carrières d'extraction réutilisées par la suite comme pièces de stockage. La suivante donne accès à la cour dite « du Pansage » qui était à l'origine l'un des accès au premier niveau d'offices du logis des Sept Vertus - qui lui-même se trouvait au niveau de la rampe d'accès au château, soit au niveau R-1. Cette porte comme la suivante, et comme la plupart des portes d'origine du château, est une porte couverte d'un arc en anse de panier, dont l'encadrement est mouluré d'un épais quart de rond et dont la base des piédroits est amortie par une hermine. La porte suivante constituait la sortie la plus directe pour se rendre devant la rampe cavalière droite du logis des Sept Vertus. Elle débouche un niveau au-dessus de la précédente, au niveau de la cour haute du château, c'est-à-dire au niveau actuel du rez-de-chaussée du bâtiment sur Loire de la grande salle, soit au niveau R. Elle fut réalisée sur le même modèle que la porte précédente. Enfin, la dernière porte reçoit le portail sommital. Son originalité tient dans son décor extérieur « à l'antique » de style Première Renaissance dont les rinceaux sont à rapprocher de ceux de la porte au porc-épic située au fond du jardin. On peut y observer deux pilastres ouvragés de rinceaux encadrant - et non supportant - un entablement à billettes. Le toit conique qui couvre l'édifice ressemble à une couverture de fortune qui du bas de la tour met en valeur son aspect massif mais qui, vu depuis le promontoire, lui donne un aspect assez peu élégant qui manque de finition.

Murs pierre
moyen appareil
Toit ardoise
Plans plan centré
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures toit conique
Escaliers sur voûte

Autres organes de circulations rampe d'accès
Techniques sculpture
Représentations personnages ordre de saint Michel rinceau
Précision représentations

Les cent quarante quatre culots desquels naissent les ogives sont sculptés de groupe de personnages côte à côte (pour quarante et un d'entre eux), de personnages regardant passer le visiteur (pour trente-cinq), de personnages au physique déformé (pour vingt-neuf), de sorte de télamons paraissant soutenir les voûtes sur leurs coudes (pour onze), de scènes de combats entre deux hommes ou grivoises entre un homme et une femme (pour dix), d'animaux (pour sept), de feuillages (pour six) ou encore de putti et d'anges (pour cinq). Le thème commun à ses sculptures semble tiré de fabliaux ou des « Cent nouvelles nouvelles », mais seuls deux ont pu être identifiés : Le laye d'Aristote et Le châtiment d'Abelard.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Les archives concernant la tour Heurtault

    Le procès-verbal de 1761 donne pour le décor du châtelet d'entrée la description suivante :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950, f°23 : « La porte d'entrée de laditte tour contenant laditte porte, neuf pieds huit poulces de haulteur, sur six pieds sept pouce de large, ceintrée en pierre de taille a costé de laquelle par le hault sont deux figures humaines, une à chaque angle, en pierre supportée par chacune un cul de lampe avec figure dessous, entre lesquelles est un cadre en pierre de taille en moulure dans son carré, et au millieu duquel sont deux écussons scultés aux armes de France entourés de cordons et coquillages, accompaignés d'épées flammées ; au dessus de laditte porte est un avant corps vousté en croix d'augives sur lequel est un baslcon en tourelle à chaque extrémité suportée de chacun d'un cul de lampe, et ledit baslcon suporté de deux pilliers en pierre de taille de quatre pieds quatre pouces d'épesseur sur trois pieds six pouces de large ».

    Ce paragraphe fournit un renseignement essentiel sur l'ornement du châtelet : en 1761, on pouvait encore observer, aux côtés du collier de l'ordre de Saint-Michel, des épées flammées, symbole que Charles VIII adopta au retour de son expédition d'Italie en 1496.

    Dans les procès-verbaux des années 1630, où la tour apparaît sous le nom de « grosse tour du costé des fours », des travaux de serrurerie et de menuiserie sont envisagés pour la porte de la tour Heurtault donnant dans la cour du Pansage :

    - Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655, f°26r° : « En la grosse tour du costé des fours : Plus à la grande porte de ladite tour fault rebarrer de bois en plusieurs endroitz et mettre une barre de fer pour tenir la moitié de ladite porte ; faire une grande porte du costé des Sept Vertus avec sa ferrure et courray et faire servir les gonds ; faire à la porte de la montée de ladite tour une clef et remettre ung crampon en pierre ; refaire partie de la couverture tout à neuf de thuille et remanier le reste et remettre des festeaux ».

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales : O2 1383. Prise de possession du château d'Amboise par la sénatorerie d'Orléans le XI brumaire de l'an 12. Rapport des architectes en 1803-1811. Démolitions au château à la même période.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 655. Procès-verbaux des réparations à effectuer au château d'Amboise. Entre 1624 et 1631, folios papier.

  • Archives départementales d'Indre-et-Loire, C 950. 1699-1761. Procès-verbal d'estimation du château d'Amboise, procès-verbal de prise de possession par le duc de Choiseul. 1761.

  • Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 26106, pièce 162. Quittance. 1499.

  • Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 26107 (f°261, 274, 275, 276, 298 et 332.). Quictances et pièces diverses de Louis XII. 1502.

Documents figurés
  • Château d'Amboise, plan de 1708. Deuxième étage du Logis des Sept Vertus, premier étage du logis dit de Louis XI, rez-de-chaussée bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, Deuxième étage du bâtiment sur Loire, deuxième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et rez-de-chaussée du logis d'Henri II. (Archives Nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, rez-de-chaussée du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Rez-de-chaussée des logis des Sept Vertus et dit de Louis XI, deuxième étage du bâtiment sur Loire, troisième étage du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et grenier du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. 2e étage dans le comble du logis des Sept Vertus, 1er étage du logis Louis XI, rez-de-chaussée du logis Charles VIII, rez-de-chaussée du logis Charles VIII-François Ier et fondations du logis Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Château d'Amboise, plan de 1708. Passage d'entrée, premiers offices du logis des Sept Vertus, premier étage du bâtiment sur Loire, rez-de-chaussée du nouveau logis de Charles VIII sur les jardins et fondations du logis d'Henri II. (Archives nationales, Cartes et Plans, O 1 1903).

  • Vüe du château royal d'Amboise ; Autre vüe du château royal d'Amboise du côté des champs ; Troisième vüe de l'intérieur de la cour du château/ Jacques Rigaud. Dessins préparatoires à la plume et lavis à l'encre de Chine, début du XVIIIe siècle. (Bibliothèque nationale de France, est, RES Ve26 (k), n°138, Mfilm A31633).

  • Château, porte intérieure de la tour Heurtault/ cl. Moreau. n.s., n.d. (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, Photothèque : 0084/037/3001 : 45-F-3009).

  • Château d'Amboise. La grosse tour, photographie n°209, n.d. (École nationale supérieure des Beaux-Arts : bibliothèque numérique de l'INHA : NUM Ph 7814, Étienne Neurdein (1832-191-), Louis Antonin Neurdein (1846-1915).

  • Plan du château d'Amboise, Le château d'Amboise, du costé de la rivière, L'élévation du chasteau d'Amboise du costé de la ville. Dessins de Jacques Androuet du Cerceau, vers 1579. (Londres, British Museum : Cote U 854-857).

Bibliographie
  • CLOULAS, Ivan. Charles VIII et le mirage italien. Paris : Albin Michel, 1986. 277 p.

  • Recueil général et complet des fabliaux des XIIIe et XIVe siècles, imprimés ou inédits, publiés avec notes et variantes d'après les manuscrits. Paris, 1872-1890 [réimpressions : Genève, Slatkine, 1973 ; New York, Burt Franklin, 1975], 6 Tomes.

Périodiques
  • AUBAILLY, Jean-Claude. Théâtre médiéval et fêtes calendaires. Bulletin d'associations sur d'étude sur l'humanisme, la réforme et la Renaissance, 1980, Volume 11, Numéro 1, p. 5-12.

  • BOULAY DE LA MEURTHE, Joseph-François. Pièce relative à la construction du château d'Amboise (tirée des archives départementales de Poitiers : H 3, liasse 8). Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, 1874-1876, p. 66-69.

  • BUREAU, Pierre."La dispute pour la cullote". Variations littéraires sur un thème profane (XIIIe-XVIe siècles). Médiévales, 1995, Volume 14, Numéro 29, p. 105-129.

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